
Remporter l’Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open au cours de la même saison : on parle là du Grand Chelem calendaire, un exploit si rare que la liste des joueurs et joueuses qui l’ont accompli tient sur les doigts d’une main. Avant de passer en revue ces noms, une précision souvent escamotée mérite d’être posée d’emblée : les quatre tournois ne se jouent pas sur les mêmes surfaces, et cette contrainte technique change tout.
Trois surfaces, quatre tournois : la difficulté concrète du Grand Chelem calendaire
Le circuit actuel impose de gagner sur dur (Open d’Australie, US Open), sur terre battue (Roland-Garros) et sur gazon (Wimbledon). Chaque surface modifie la hauteur de rebond, la vitesse de balle et le type de jeu requis. Un spécialiste de la terre battue peut dominer à Roland-Garros sans jamais percer sur gazon, et inversement.
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Cette configuration à trois surfaces est relativement récente. Quand Rod Laver a réalisé ses deux Grand Chelems calendaires, l’US Open se jouait encore sur gazon. L’exploit restait considérable, mais la diversité de surfaces était moindre qu’aujourd’hui. Les instances du tennis (ITF, ATP, WTA) le reconnaissent désormais dans leur communication officielle en distinguant plusieurs catégories d’exploits.
On peut légitimement se demander si quelqu’un parviendra un jour à réaliser les 4 grands chelem la même année dans la configuration moderne, avec deux tournois sur dur, un sur terre et un sur gazon.
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Rod Laver : le seul joueur à avoir réussi deux fois
Rod Laver reste le nom qui revient systématiquement quand on parle de Grand Chelem calendaire masculin. L’Australien l’a réalisé deux fois : en 1962 et en 1969. La seconde fois est souvent considérée comme la plus remarquable, car elle s’est produite en ère Open, face à des professionnels qui avaient auparavant été exclus des tournois majeurs.
Entre 1963 et 1967, Laver ne pouvait pas participer aux tournois du Grand Chelem : il était passé professionnel à une époque où seuls les amateurs y avaient accès. Il a donc perdu cinq années de compétition en Grand Chelem au pic de sa carrière. Sa victoire de 1969 prend un relief particulier quand on mesure cette parenthèse forcée.
Avant Laver : Don Budge en 1938
Le premier joueur à réussir le Grand Chelem calendaire est l’Américain Don Budge, en 1938. Le contexte était différent : le tennis professionnel n’existait pas sous sa forme actuelle, et les quatre tournois se disputaient majoritairement sur gazon. Budge a ensuite quitté le circuit amateur pour devenir professionnel, ce qui l’a éloigné des Majeurs.
Steffi Graf et le Golden Slam de 1988
Chez les femmes, Steffi Graf a accompli en 1988 ce qu’aucune joueuse n’avait réussi avant elle (et qu’aucune n’a réussi depuis) : remporter les quatre Majeurs et la médaille d’or olympique la même année. On parle de Golden Slam, une variante encore plus exigeante du Grand Chelem calendaire.
L’Allemande a dominé cette saison avec une régularité difficile à concevoir. Sa capacité à s’adapter aussi bien au gazon de Wimbledon qu’à la terre battue de Roland-Garros, puis au dur de l’US Open et de l’Open d’Australie, illustre exactement pourquoi cet exploit n’a jamais été reproduit dans le tennis féminin contemporain.
Maureen Connolly en 1953
Avant Graf, Maureen Connolly avait réalisé le Grand Chelem calendaire en 1953. La joueuse américaine, surnommée « Little Mo », a remporté les quatre Majeurs à seulement dix-huit ans. Sa carrière a été brutalement interrompue par un accident d’équitation l’année suivante, ce qui rend son exploit d’autant plus singulier : elle n’a jamais eu l’occasion de retenter l’aventure.

Grand Chelem calendaire, en carrière ou à la suite : ne pas confondre
Les médias mélangent régulièrement trois exploits distincts. On gagne aux différencier clairement :
- Grand Chelem calendaire : les quatre Majeurs remportés au cours de la même année civile. C’est la version la plus stricte et la plus rare.
- Grand Chelem en carrière (Career Grand Slam) : gagner chaque Majeur au moins une fois, sans contrainte de calendrier. Plusieurs joueurs et joueuses y sont parvenus, dont Rafael Nadal, Roger Federer, Novak Djokovic, Serena Williams ou Maria Sharapova.
- Grand Chelem « à la suite » (Non-Calendar Grand Slam) : détenir simultanément les quatre titres, mais à cheval sur deux saisons. Novak Djokovic y est parvenu entre 2015 et 2016, en enchaînant Wimbledon, l’US Open, l’Open d’Australie puis Roland-Garros.
L’ITF, l’ATP et la WTA ont progressivement formalisé ces catégories dans leur communication officielle, notamment après les performances de Djokovic et le rappel du Golden Slam de Graf. Cette distinction n’est pas qu’un détail de nomenclature : elle traduit des niveaux de difficulté très différents.
Doubles et juniors : des Grand Chelems calendaires souvent oubliés
Le Grand Chelem calendaire ne concerne pas que le simple. En double, plusieurs joueurs et joueuses l’ont réalisé, parmi lesquels Margaret Court (qui l’a aussi réussi en simple en 1970, avant l’ère Open sur sa configuration actuelle) et Martina Navratilova. Les bases de données de l’ITF répertorient également des Grand Chelems calendaires chez les juniors.
Les médias francophones ont tendance à regrouper toutes ces catégories sous une même étiquette, alors que les sources anglophones et les statistiques officielles les séparent nettement. Un Grand Chelem calendaire en double et un en simple ne représentent pas le même défi physique ni la même pression individuelle, mais les deux méritent d’être documentés.
Au total, la liste des joueurs et joueuses ayant réalisé le Grand Chelem calendaire en simple reste extrêmement courte : Don Budge, Rod Laver (deux fois), Maureen Connolly, Margaret Court et Steffi Graf. Depuis 1988, personne n’a rejoint ce cercle, malgré les tentatives de Djokovic en 2021 (battu en finale de l’US Open) et la domination prolongée du Big Three sur le circuit masculin. La diversité actuelle des surfaces rend l’exploit peut-être plus difficile que jamais.