En fin de conférence, un temps sera dédié à la dédicace du livre (à vendre sur place)

Ce beau livre s’adresse au grand public désireux de bien connaître l’histoire de Poitiers. Ecrit par deux auteurs passionnés, il montre l’évolution de la capitale du Poitou depuis les temps antiques jusqu’à nos jours. Soucieux de rigueur historique, Jean Hiernard et Jacques Pasquier parcourent les siècles qui ont modelé Poitiers.

De nombreux encadrés complètent le récit chronologique, éclairant un épisode marquant ou une anecdote significative. Le livre est richement illustré : plans, documents anciens, reproductions d’œuvres et photos des monuments et sites révélateurs d’une histoire aussi dense que mouvementée.

Le passé de Poitiers est un condensé d’Histoire de France. La capitale gauloise des Pictons est construite sur un plateau rocheux à la confluence des rivières Clain et Boivre. Cité gallo-romaine – appelée Limonum –, elle est un haut lieu de l’Aquitaine du IIe siècle. De la spiritualité des premiers siècles du christianisme à l’art roman, il n’y a qu’un pas que franchissent les bâtisseurs aux XIe et XIIe siècles dans la capitale des comtes de Poitou-ducs d’Aquitaine.

Durant la guerre de Cent Ans, la ville est reprise aux Anglais en 1372 par Du Guesclin. Charles VII y installe sa cour de 1418 à 1436. En 1429, Jeanne d’Arc y est confrontée aux théologiens. Au XVIe, la ville est un enjeu des guerres de Religion. Les troupes protestantes de l’Amiral de Coligny l’assiègent en vain en 1569, avant que la Contre-Réforme catholique ne s’y épanouisse au XVIIe. A partir du XIXe siècle, Poitiers s’ouvre au monde moderne.

  • Année d'édition : 2016
  • Edition : Reliée
  • Format : 19,3 x 26 cm
  • Isbn : 978-2-36746-618-7
  • Nombre de pages : 246

Prix : € 29,90.

 

 

 

De Paris à Lima en passant par Londres et Madrid,

LA BATAILLE POUR L’AIR PUR ET LA VIE AU XVIIIe SIÈCLE

par Jean-Pierre CLEMENT, Professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne

Présentation par Claude Chancel, vice président de Jacques Cartier

Au XVIIIe siècle, dirigeants et penseurs considèrent qu’un pays puissant est un pays peuplé. Ils seront donc particulièrement sensibles à tout ce qui peut favoriser la croissance démographique. De là, l’essor bien connu de la médecine à cette époque. De là encore, l’apparition dans tout le monde occidental (la France, l’Europe, l’Espagne et ses colonies américaines) d’une notion nouvelle : l’hygiène, qui va avoir des implications jusque dans la vie des cités, car elle cherche à résoudre les problèmes posés par tout ce qui infecte l’air : ordures, égouts, etc. L’exil des cimetières, que l’on chasse des centres urbains pour les installer hors les murs, est spécialement exemplaire de cette volonté de préservation de la vie humaine. On constate, à cette occasion, que, l’Amérique hispanique, prétendument retardataire, réagit en même temps que l’Europe et que, partout, cette lutte “purificatrice” s’accompagne d’une action contre les marginaux et en faveur de la sécurité publique. Ce grand nettoyage des villes est parallèle à la montée de la bourgeoisie qui met en place, dès cette époque, les structures mentales et sociales qui seront celles du XIXe siècle.

 

Compte-rendu de lecture :  de Najat VALLAUD-BELKACEM, « la vie a plus d’imagination que toi », éditions Grasset, 2017, 160 p.

Par Jean Carpentier : Président d'honneur de l'Institut Jacques Cartier, Inspecteur Général honoraire de l'Education Nationale.

Quelques mois avant le terme de ses fonctions – présidentielles obligent – Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a décidé d’écrire sur elle-même « ce cri du cœur … passionné et sincère » (p. 157), alors que, dit-elle, « je m’étais juré que je ne raconterais pas, jamais. Que je garderais pour moi ce qui n’appartient qu’à moi » (p.11)… Souci de laisser une trace ?  calcul politique ?  profond désir de dire ce qu’elle est, ce à quoi elle croit, ce qu’elle a fait ? Ne tranchons pas.

Hormis trois pages de prologue et quatre de conclusion, les 160 pages du livre se lisent d’une seule traite, sans partie, ni chapitre. Cela donne un bel élan et de l’unité à l’ensemble, cela aussi permet bien des excursus dans lesquels la chronologie se perd un peu …

Tout cela étant dit, l’histoire de la petite berbère de quatre ans qui vivait dans son village marocain avec ses chèvres et ses deux poules – « chétives et bavardes, je les adorais » (p.23) – qui se retrouve à Abbeville, puis à Amiens, qui travaille bien et réussit et son bac, et sa licence en droit, et Sciences Po (les parents n’ont nulle instruction mais on est sévère dans la famille) est à la fois passionnante et émouvante : une aventure individuelle, mais un parcours porteur de symbole.

 

Puis vient la politique. Un passage très instructif par un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, « un immense apprentissage pour moi » (p.54) et le choc de 2002 et ses conséquences, « je me suis donnée tout entière au combat politique » (p.55).

Désormais, Najat Vallaud-Belkacem gravit les échelons : « la vie a plus d’imagination que toi » lui avait dit sa mère. Elections régionales de 2004 à Lyon, participation à la campagne électorale de Ségolène Royal – « ce fut difficile et joyeux » (p. 62) –, conseillère générale au département du Rhône, puis ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, le 25 août 2014, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Magnifique parcours qui nous est dit simplement et sans forfanterie, de façon vaguement chronologique, mais où perce plus que le déroulement des fonctions, le désir de dire des convictions personnelles : « Vous verrez que la politique est matière vivante, sensible, intelligente, humaine …qu’on peut et qu’on doit passionnément défendre, aimer et partager » (p.117). C’est le souvenir des rencontres dures, cette radicalité qui inquiète, la violence des affrontement dans les lois sur la prostitution ou sur le collège, mais aussi celui des joies profondes, quand le Concours général récompense, à côté de la philosophie, les métiers du verre ou la répara            tion des véhicules agricoles, quand on double à Lyon le budget de la culture et « quand on vibre devant l’impressionnante inventivité, mais surtout l’incroyable sens des solidarités de nos jeunes générations »(p.68).

Une ardeur, une conviction, un courage, qui pourrait dire le contraire ?

Mais on remarque aussi, dans ce livre, ce qu’on n’y trouve pas. Ne retenons que trois sujets qui auraient pu, peut-être faire l’objet de la réflexion de la ministre de l’Education nationale …

  • La révolution numérique. Elle bouleverse nos conditions de vie dans la quasi-totalité de ses aspects et devrait aussi bouleverser notre enseignement, dans le secondaire surtout, alors que les adolescents arrivent au seuil de la vie adulte … pas un mot sur ce sujet.
  • La formation des maîtres, sujet majeur qui mérite plus qu’une allusion au détour d’une phrase. Chacun le sait : un bon maitre fait mieux avec trente élèves qu’un mauvais avec vingt … Alors que se pose partout le problème des formations initiales et continues, on parle fort peu de la formation de ces formateurs. Et pourtant, il est central.
  • La laïcité et son nécessaire contrepoint, la connaissance des faits religieux … « Notre précieuse laïcité, à la fois si conceptuelle et si vivante « (p.92) est assurément bien précieuse mais si elle ne prend pas en compte la réalité des diverses spiritualités religieuses, agnostiques et athées, si celles-ci ne sont pas elles-mêmes objet d’étude, elle risque bien de tourner à vide ou de devenir elle-même une spiritualité, ce qu’elle n’est pas. Un ancien ministre de l’Education nationale et Régis Debray avaient fait des propositions sur le sujet de la connaissance des faits religieux comme de celle de la laïcité … Où en est-on ?

                Le livre de Najat Vallaud-Belkacem apporte le témoignage d’une belle réussite, d’un courageux engagement. Mais face aux problèmes de l’heure, il ne donne pas toutes les réponses qu’on pourrait attendre d’une ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche .

                                                            Jean Carpentier

 

Conclusions

1. En conclusion, à l’égard de la décolonisation s’exprimant par l’autodétermination démocratique, votée à la majorité, revenons à la différence
essentielle entre la situation que connaissait l’Algérie et celle de la Nouvelle- Calédonie : la différence de proportion entre les populations autochtones et celles issues de la colonisation. Même en identifiant approximativement les autochtones aux indépendantistes (bien que ce ne soit pas tout à fait exact, dans le cas de l’Algérie comme dans celui de la Nouvelle-Calédonie), le choix pour l’indépendance exprimé par le vote d’autodétermination était majoritaire en Algérie et serait minoritaire en Nouvelle-Calédonie. Dès lors, en Nouvelle-Calédonie, étant entendu que les moyens de la force et de la terreur jadis connus en Algérie y sont rejetés, les indépendantistes sont devant un problème redoutable, celui de la sanction des urnes, qui n’inquiétait pas leurs devanciers algériens. Devant ce problème calédonien, il existe une solution difficile et une tentation néfaste.
La solution, qui a effectivement été mise en oeuvre, est celle du dialogue inlassable et inventif cherchant à parvenir à concilier les deux options opposées. La voie du compromis sans compromission, de l’alliance de l’imaginationet de la rigueur finit toujours par être féconde pour les hommes de bonne volonté. La tentation néfaste, à laquelle on a succombé, consiste à combattre l’option majoritaire en cherchant à supprimer cela même qui la rend victorieuse, c’est-à-dire précisément son caractère majoritaire : non pas, certes, ici, en pratiquant le terrorisme entrainant la fuite des familles, mais non plus par le débat, la controverse des idées et la recherche d’accommodements originaux. La tentation, qui est finalement le contraire du pari sur l’intelligence, consiste à chercher dans des recettes improbables et des comptes  le moyen contourné d’amputer les votants au scrutin d’autodétermination qui seraient censés appartenir à un camp : celui de la France. Cette faiblesse n’est pas réservée aux indépendantistes puisque le président de la République française Jacques Chirac lui-même s’y est laissé
entrainer : il a promu en 2007 la révision de la Constitution organisant la fin du suffrage universel et permettant que les élections provinciales de Nouvelle- Calédonie, berceau du vote d’autodétermination, se fassent désormais sur des listes électorales bloquées à la date de 2008, empêchant  ne les rejoignent les électeurs installés   à partir de 1998, réputés voter pour la France.
La même logique d’exclusion est en oeuvre à l’égard du corps électoral de l’éventuel référendum d’autodétermination qui est l’objet de multiples
demandes de radiations. Pourtant les choses sont claires. Il existe deux sortes de décolonisations. L’une est la décolonisation-exclusion dont l’exemple poussé jusqu’au paroxysme est l’Algérie. L’autre est la décolonisation vivre-ensemble à égalité, autrement dit la décolonisation en un destin commun, dont la Nouvelle- Calédonie aurait pu donner le meilleur exemple. Malheureusement, malgré le contexte d’efforts réels de rééquilibrages en tous domaines, donc de partage, de décolonisation intelligente, l’affaire des contestations multiples à l’égard des corps électoraux et des affligeantes demandes de radiations des listes électoralesdonne de la Nouvelle-Calédonie l’image emblématique de ce qu’elle ne doit pas être : l’image de l’exclusion, du rejet, du refus du partage, tout à l’opposé d’elle-même. Ces procédés, d’ailleurs inefficaces puisque n’ayant pas changé le rapport électoral entre indépendantistes et non-indépendantistes (imperturbablement fixé à 40/60 % depuis trente ans) sont dégradants pour leurs auteurs qui, en trahissant le suffrage universel et donc la démocratie, y perdent leur âme.
Il est vrai, fort heureusement, que le terrorisme n’a pas cours dans la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui contrairement à ce qu’a connu l’Algérie.
Mais le culte affiché de l’Accord de Nouméa n’empêche le danger des Pharisiens. Ce sont les mêmes qui pervertissent les discriminations positives savamment instillées en Nouvelle-Calédonie en les entraînant sur la pente désastreuse pour tous de discriminations inverses (par exemple lorsque la province Sud évoluant jusqu’à compter aujourd’hui les trois quarts des Calédoniens – 200 000 sur 268 000 –, continue à ne percevoir que la moitié des recettes fiscales). Force est malheureusement de constater aujourd’hui dans la Nouvelle- Calédonie arrivée au moment si difficile de la croisée des chemins, qu’une partie de la classe politique dans son émiettement général, témoigne trop souvent, de manière consternante, tant son aisance dans la communication outrancière que son absence de gravitas, c’est-à-dire de conscience du centre
de gravité indispensable, à rechercher dans la dignité. Toute cette énergie au service de l’exclusion aurait tellement mieux à faire en se consacrant à la recherche commune des solutions médianes qui permettront de se mettre d’accord sur un avenir vraiment commun et pacifique !

2. Nous disions en commençant qu’il n’y a que des différences entre l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie. Terminons en évoquant une différence
encore parmi les Français qui ont décidé de venir vivre en Nouvelle-Calédonie : les Français d’Algérie, quant à eux, s’y distinguent en ce qu’ils n’ont aucun espoir de retour au pays natal. Ils n’ont plus de racines, ils sont comme les plantes épiphytes qui ne s’alimentent que de l’atmosphère, alors que les autres, au contraire, entretiennent leurs racines vivant bien en terre.
La Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui est riche de ses populations
plurielles. L’Algérie d’aujourd’hui est un bloc d’obscurantisme gangréné par la violence. Les Français d’Algérie présents en Nouvelle-Calédonie et devenus Calédoniens sans retour sont les témoins vivants de toutes les différences entre l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie. Ils sont les sentinelles propres à éclairer le chemin du pays : espérons que le destin de la Nouvelle-Calédonie continue à
s’affirmer différemment de celui de l’Algérie.

3. Comparer l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie ? Les deux tableaux si opposés que nous venons de dépeindre n’empêchent pas d’affirmer de concert la beauté de ces deux pays de soleil, de mers et de montagnes, de fleurs et de palmiers, ces terres de fidélité que leurs populations portent en elles. Leur mektoub : leur destin aura été totalement contraire. Le destin commun de tous les Algériens apportant chacun tant de ressources propres, aurait été brillant et fécond. Il a été assassiné. En Algérie, à chacun son destin. Tandis que le destin commun promis aux Calédoniens qui par le passé vivaient côte à côte, pas en commun, est maintenant un grand et réel espoir. Mais ce n’est qu’un espoir. Il oblige à veiller à sa réalisation avec la plus grande vigilance.

Jean-Yves FABERON

Professeur honoraire de droit public à Nouméa (NC). A vécu à la fois en Algérie et en NC

Article publié dans les Mélanges en l’honneur du professeur Dominique Turpin (éditions du Centre Michel de l’Hospital, Université Clermont Auvergne, 2017 reproduit ici avec leur aimable autorisation

 

Nul n’est prophète en son pays. David Galula, le plus grand stratégiste français de la contre-insurrection, a été ignoré en France jusqu’à ce que le général américain David Petraeus mette sa théorie en pratique en Irak et en Afghanistan. Voici une brève biographie de Galula.

            I. De l’Afrique française du Nord à la Libération

            David Galula est un stratégiste français, né à Sfax, Tunisie, le 10 janvier 1919, fils d’Albert Galula et de Julie Cohen. Le 28 octobre 1924, la famille Galula obtient la nationalité française en vertu du décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui accordait la citoyenneté française aux Israélites d’Algérie. En 1926, la famille Galula émigre au Maroc. Le jeune David intègre le lycée Lyautey à Casablanca en 1930. Il prépare Saint-Cyr à Paris en 1938.

            En octobre 1939, il intègre l’École militaire de Saint-Cyr, promotion 126, Amitié franco-britannique,  1939-1940. La guerre réduit sa scolarité à six mois.

            Il est rappelé à Aix-en-Provence après l’armistice du 22 juin 1940. En avril 1941, il commence une scolarité complémentaire de quatre mois à Aix-en-Provence, pour achever sa formation de saint-cyrien. Il est radié des cadres de l’armée le 2 septembre 1941 en vertu de la loi antisémite de Vichy.

            Il part en mission spéciale à Tanger en 1942. Il rejoint donc l’Afrique du Nord et l’armée d’Afrique ; il est réintégré par le général Giraud comme lieutenant en juillet 1943. Il combat avec la 9e Division d’Infanterie Coloniale de la 1e Armée française pour libérer l’île d’Elbe (17-19 juin 1944). C’est l’opération Brassard. Il reçoit une citation pour sa bravoure sous le feu ennemi et il est promu lieutenant le 19 juin 1944 avec effet rétroactif au 20 mars 1942. Il participe ensuite à l’opération Dragoon (débarquement en Provence) et combat pour la libération de Toulon. Il participe à  la libération de la France.

            II. Le soleil se lève à l’Est

            En octobre 1945, il part en Chine comme assistant-attaché du général Jacques Guillermaz (1911-1998), sinologue réputé. De 1946 à 1949, il est en poste à l’ambassade de France à Pékin. En avril 1948, envoyé en mission à l’intérieur de la Chine, il est capturé par les communistes ; il observe et étudie leurs méthodes de contrôle et d’endoctrinement des populations. Il est promu capitaine en juillet 1948. Lors d’une réception diplomatique à l’ambassade de France, en septembre 1948, David Galula rencontre une jeune Américaine, diplômée de l’université du Minnesota et employée du département d’État américain, Ruth Morgan. La jeune femme tombe éperdument amoureuse du militaire français et, malgré les conseils de ses amies, qui se méfient de la réputation de légèreté des Français, elle l’épouse le 14 août 1949. Galula parle anglais et Ruth se met à étudier le français.

            Au printemps 1949 et en septembre 1950, Galula fait partie de la commission spéciale des Nations Unies sur les Balkans (UNSCOB) et il est envoyé comme observateur de l’ONU à la fin de la guerre civile en Grèce.

            De 1951 à 1956, il est attaché militaire à Hong Kong, où il rencontre le général William C. Westmoreland, qui fut commandant en chef américain au Vietnam du Sud de 1965 à 1968. Hong Kong est un véritable observatoire des révolutions du Sud-Est asiatique, avec la guerre d’Indochine et les insurrections en Malaisie et aux Philippines. En avril 1955 se tient la fameuse conférence de Bandung, en Indonésie, où 29 pays du Tiers Monde entrent en scène pour condamner le colonialisme en général et la politique française en Tunisie, en Algérie et au Maroc en particulier.

            En septembre 1955, Galula participe à la conférence de Manille aux Philippines sur la contre-insurrection. Il quitte Hong Kong en février 1956 et rentre alors en France. Après quelques mois de congé, il demande à servir en Algérie, où il compte mettre en application ses connaissances sur la contre-insurrection acquises en Asie.

            III. De l’Algérie à la théorie de la contre-insurrection

            Galula arrive en Algérie le 1er août 1956. De 1956 à 1958, il participe aux opérations de pacification. Il commande d’abord la 3e compagnie du 45e  Bataillon d’Infanterie coloniale (BIC), puis il est promu commandant en second du 45e  BIC, le 2 avril 1958. Il applique ses méthodes de contre-insurrection en Grande Kabylie, dans le Djebel Mimoun.

            Le 1er août 1958, il est affecté à l’État-Major de la Défense nationale en qualité de lieutenant-colonel. Le 21 avril 1959, c’est la naissance de Daniel, le fils adoptif de David et de Ruth.

            En février 1960, Galula est envoyé pour six mois à Norfolk, Virginie, pour suivre les cours de l’Armed Forces Staff College. Il soutient sa thèse sur On the Conduct of Counter-Revolutionary War, prolégomènes à Counterinsurgency Warfare : Theory and Practice.  

            Le 30 septembre 1961, le Harvard Center for International Affairs s’intéresse à Galula qui demande à être détaché comme visiting fellow à Harvard. La hiérarchie militaire refuse  et le 27 décembre Galula demande un congé sabbatique sans solde de 3 ans pour rejoindre Harvard comme Research Associate, à partir d’avril 1962. Le 29 décembre 1961, Galula reçoit la Légion d’honneur. Ses supérieurs le notent ainsi : « un esprit vif et bouillonnant, parfois un peu brouillon mais toujours efficace. Ne manquant ni d’initiative, ni d’originalité, Galula gagne à ne pas être bridé. [Il] est à ne pas perdre de vue dans l’intérêt de l’armée. »[1]

             Car les offres étrangères arrivent. En 1962, la compagnie pétrolière BP lui propose un emploi, à condition de prendre la citoyenneté américaine. Galula refuse : « Plutôt être pauvre que de renoncer à ma citoyenneté française », déclare-t-il. À l’initiative de Westmoreland, du 16 au 20 avril 1962, il est conférencier invité, par la RAND Corporation à un symposium sur la contre-insurrection au Center for International Affairs à Harvard. Il se met alors à écrire Counterinsurgency à Harvard, où il reste deux ans. À la demande d’un des membres de la RAND, Stephen Hosmer, qui l’avait remarqué au symposium sur la contre-insurrection, il commence à écrire le 1er octobre 1962 un rapport intitulé Pacification in Algeria, 1956-1958, rapport tenu secret jusqu’en 2004, et publié par la RAND en 2006.  Le 2 juillet 1963, il termine Counterinsurgency Warfare : Theory and Practice. Il soumet le manuscrit à l’attaché militaire français à Washington. Le 31 août le contrat de Galula avec Harvard prend fin. Et le 30 septembre 1963, c’est aussi la fin de son contrat avec la RAND. Galula soumet alors à la RAND Pacification in Algeria comme mémorandum classifié. Il retourne en France en octobre.

            En janvier 1964, Counterinsurgency est imprimé par Praeger Security International, à Westport, Connecticut. En avril, Galula signe un contrat avec La Compagnie Française Thomson Houston ; il achète alors la maison familiale à La Norville, près d’Arpajon. Du 18 au 21 septembre 1964, il donne une série de leçons à l’Institute of Strategic Studies Conference, sur le thème : « Conflict and Co-existence in Asia ». Le 1er octobre 1964, le service actif de Galula prend fin. Il est transféré dans la réserve avec le grade de lieutenant-colonel à partir de 1965. Cette même année 1965, il publie, sous le pseudonyme de Jean Caran, un roman en français chez Flammarion, Les Moustaches du tigre, « récit caustique sur la puissance britannique à Hong Kong. »

             David Galula est mort le 11 mai 1967 à Arpajon, Essonne, d’un cancer du foie, à 48 ans. « Ce soldat intellectuel eut une vie brève mais extraordinaire », écrit son biographe, le colonel Alain Cohen. Son épouse Ruth lui survécut jusqu’en avril 2011.   

            En 2005, Praeger autorise une nouvelle édition de Counterinsurgency. La même année, la RAND autorise la publication de Pacification in Algeria pour le grand public, édition qui paraît en 2006, avec une préface de Bruce Hoffman.

            Counterinsurgency Warfare a été traduit et publié en français en 2008, aux Editions Economica, sous le titre : Contre-insurrection : Théorie et pratique, 218 p. Le général David Petraeus, qui a commandé l’École de guerre de Fort Leavenworth, avait rendu la lecture de ce livre de Galula obligatoire pour les stagiaires du Command and General Staff College. Le général Petraeus écrit dans la Préface, intitulée  David Galula, le Clausewitz de la contre-insurrection : « on peut dire de l’ouvrage de Galula qu’il est à la fois le plus grand et le seul grand livre jamais écrit sur la guerre non conventionnelle. […] Galula présente donc, comme Clausewitz, la particularité d’avoir accumulé une grande expérience de la guerre tout en possédant les qualités intellectuelles et philosophiques suffisantes pour arriver à dégager au profit des générations futures les caractéristiques du type de conflit dont il avait été témoin. […] tout comme le De la guerre de Clausewitz, cet ouvrage est à la fois une réflexion philosophique sur la nature de la guerre et un précis de doctrine. […] Galula a reçu jusqu’ici un hommage plus appuyé de notre côté de l’Atlantique que dans son propre pays. La publication du présent ouvrage en français est donc une reconnaissance tardive de son importance. » Cette initiative américaine a favorisé la traduction française du livre par Philippe de Montenon. Voici la table des matières du livre :

            1. Nature et traits généraux de la guerre révolutionnaire.

            2. Conditions de la victoire de l’insurrection.

            3. Doctrine de l’insurgé.

            4. Contre-insurrection dans la guerre révolutionnaire « froide ».

            5. Contre-insurrection dans la guerre révolutionnaire « chaude ».

            6. De la stratégie à la tactique.

            7. Opérations.

            En avril 2016, les éditions Les Belles Lettres ont publié en traduction française Pacification en Algérie 1956-1958, 365 pages. La traduction est due à Julia Malye. Dans sa Préface, Julia Malye livre le précieux témoignage de Daniel Galula sur ses parents. L’ouvrage comporte quatre parties, qui forment un programme d’action :

             I. La scène.

            II. La lutte pour le contrôle de la population.

            III. La lutte pour le soutien de la population.

            IV. La guerre dans le secteur de Bordj Menaïel.   

 

Bibliographie

            GALULA, David, Contre-insurrection. Théorie et pratique, Préface du Général d’armée David H. Petraeus, Economica, 2008, 213 pages.

            GALULA, David, Pacification en Algérie, 1956-1958, Les Belles Lettres, 2016, 365 pages.

            COHEN, Alain A., colonel canadien, Galula : The Life and Writings of the French Officer Who Defined the Art of Counterinsurgency, Praeger, 2012, 347 pages, préface du lieutenant-colonel John A. Nagl.

            MATHIAS, Gregor, David Galula. Combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire, Economica, 2012, 191 pages.

 

                                                                                                         Bernard Pénisson

Vice président de Jacques Cartier, spécialiste de géostratégie, auteur d'une  Histoire de la pensée stratégique, de Sun Zi au nucléaire, Paris, Ellipses, 2013, 444 p.


[1] Cité par Philippe de Montenon, dans la Présentation de Contre-insurrection : Théorie et pratique, Economica, 2008, p. XX.