INSTITUT JACQUES CARTIER

2017 « ANNEE MARTIN LUTHER : 1517 – 2017

Mardi 26 septembre 2017 à 18h

ESCEM de Poitiers 62 rue Jean Jaurès Poitiers Amphithéâtre Gaston Morin

3e étage, entrée libre

CONFERENCE de Mme NICOLE LEMAÎTRE

Professeur émérite d’histoire moderne à l’Université de Paris I

LUTHER,1517… UNE REVOLUTION ?

Spécialiste de l’histoire religieuse du 16ème siècle, Madame Lemaître a étudié les comportements des populations face aux transformations religieuses et culturelles de ce temps ; elle s’attache à situer « le fait Luther » dans cette évolution et à dire aussi en quoi il résonne encore aujourd’hui.

(Présentation par Jean Carpentier, président d’honneur de l’Institut)

 

En fin de conférence, un temps sera dédié à la dédicace du livre (à vendre sur place)

Ce beau livre s’adresse au grand public désireux de bien connaître l’histoire de Poitiers. Ecrit par deux auteurs passionnés, il montre l’évolution de la capitale du Poitou depuis les temps antiques jusqu’à nos jours. Soucieux de rigueur historique, Jean Hiernard et Jacques Pasquier parcourent les siècles qui ont modelé Poitiers.

De nombreux encadrés complètent le récit chronologique, éclairant un épisode marquant ou une anecdote significative. Le livre est richement illustré : plans, documents anciens, reproductions d’œuvres et photos des monuments et sites révélateurs d’une histoire aussi dense que mouvementée.

Le passé de Poitiers est un condensé d’Histoire de France. La capitale gauloise des Pictons est construite sur un plateau rocheux à la confluence des rivières Clain et Boivre. Cité gallo-romaine – appelée Limonum –, elle est un haut lieu de l’Aquitaine du IIe siècle. De la spiritualité des premiers siècles du christianisme à l’art roman, il n’y a qu’un pas que franchissent les bâtisseurs aux XIe et XIIe siècles dans la capitale des comtes de Poitou-ducs d’Aquitaine.

Durant la guerre de Cent Ans, la ville est reprise aux Anglais en 1372 par Du Guesclin. Charles VII y installe sa cour de 1418 à 1436. En 1429, Jeanne d’Arc y est confrontée aux théologiens. Au XVIe, la ville est un enjeu des guerres de Religion. Les troupes protestantes de l’Amiral de Coligny l’assiègent en vain en 1569, avant que la Contre-Réforme catholique ne s’y épanouisse au XVIIe. A partir du XIXe siècle, Poitiers s’ouvre au monde moderne.

  • Année d'édition : 2016
  • Edition : Reliée
  • Format : 19,3 x 26 cm
  • Isbn : 978-2-36746-618-7
  • Nombre de pages : 246

Prix : € 29,90.

 

 

 

De Paris à Lima en passant par Londres et Madrid,

LA BATAILLE POUR L’AIR PUR ET LA VIE AU XVIIIe SIÈCLE

par Jean-Pierre CLEMENT, Professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne

Présentation par Claude Chancel, vice président de Jacques Cartier

Au XVIIIe siècle, dirigeants et penseurs considèrent qu’un pays puissant est un pays peuplé. Ils seront donc particulièrement sensibles à tout ce qui peut favoriser la croissance démographique. De là, l’essor bien connu de la médecine à cette époque. De là encore, l’apparition dans tout le monde occidental (la France, l’Europe, l’Espagne et ses colonies américaines) d’une notion nouvelle : l’hygiène, qui va avoir des implications jusque dans la vie des cités, car elle cherche à résoudre les problèmes posés par tout ce qui infecte l’air : ordures, égouts, etc. L’exil des cimetières, que l’on chasse des centres urbains pour les installer hors les murs, est spécialement exemplaire de cette volonté de préservation de la vie humaine. On constate, à cette occasion, que, l’Amérique hispanique, prétendument retardataire, réagit en même temps que l’Europe et que, partout, cette lutte “purificatrice” s’accompagne d’une action contre les marginaux et en faveur de la sécurité publique. Ce grand nettoyage des villes est parallèle à la montée de la bourgeoisie qui met en place, dès cette époque, les structures mentales et sociales qui seront celles du XIXe siècle.

 

Compte-rendu de lecture :  de Najat VALLAUD-BELKACEM, « la vie a plus d’imagination que toi », éditions Grasset, 2017, 160 p.

Par Jean Carpentier : Président d'honneur de l'Institut Jacques Cartier, Inspecteur Général honoraire de l'Education Nationale.

Quelques mois avant le terme de ses fonctions – présidentielles obligent – Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a décidé d’écrire sur elle-même « ce cri du cœur … passionné et sincère » (p. 157), alors que, dit-elle, « je m’étais juré que je ne raconterais pas, jamais. Que je garderais pour moi ce qui n’appartient qu’à moi » (p.11)… Souci de laisser une trace ?  calcul politique ?  profond désir de dire ce qu’elle est, ce à quoi elle croit, ce qu’elle a fait ? Ne tranchons pas.

Hormis trois pages de prologue et quatre de conclusion, les 160 pages du livre se lisent d’une seule traite, sans partie, ni chapitre. Cela donne un bel élan et de l’unité à l’ensemble, cela aussi permet bien des excursus dans lesquels la chronologie se perd un peu …

Tout cela étant dit, l’histoire de la petite berbère de quatre ans qui vivait dans son village marocain avec ses chèvres et ses deux poules – « chétives et bavardes, je les adorais » (p.23) – qui se retrouve à Abbeville, puis à Amiens, qui travaille bien et réussit et son bac, et sa licence en droit, et Sciences Po (les parents n’ont nulle instruction mais on est sévère dans la famille) est à la fois passionnante et émouvante : une aventure individuelle, mais un parcours porteur de symbole.

 

Puis vient la politique. Un passage très instructif par un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, « un immense apprentissage pour moi » (p.54) et le choc de 2002 et ses conséquences, « je me suis donnée tout entière au combat politique » (p.55).

Désormais, Najat Vallaud-Belkacem gravit les échelons : « la vie a plus d’imagination que toi » lui avait dit sa mère. Elections régionales de 2004 à Lyon, participation à la campagne électorale de Ségolène Royal – « ce fut difficile et joyeux » (p. 62) –, conseillère générale au département du Rhône, puis ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, le 25 août 2014, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Magnifique parcours qui nous est dit simplement et sans forfanterie, de façon vaguement chronologique, mais où perce plus que le déroulement des fonctions, le désir de dire des convictions personnelles : « Vous verrez que la politique est matière vivante, sensible, intelligente, humaine …qu’on peut et qu’on doit passionnément défendre, aimer et partager » (p.117). C’est le souvenir des rencontres dures, cette radicalité qui inquiète, la violence des affrontement dans les lois sur la prostitution ou sur le collège, mais aussi celui des joies profondes, quand le Concours général récompense, à côté de la philosophie, les métiers du verre ou la répara            tion des véhicules agricoles, quand on double à Lyon le budget de la culture et « quand on vibre devant l’impressionnante inventivité, mais surtout l’incroyable sens des solidarités de nos jeunes générations »(p.68).

Une ardeur, une conviction, un courage, qui pourrait dire le contraire ?

Mais on remarque aussi, dans ce livre, ce qu’on n’y trouve pas. Ne retenons que trois sujets qui auraient pu, peut-être faire l’objet de la réflexion de la ministre de l’Education nationale …

  • La révolution numérique. Elle bouleverse nos conditions de vie dans la quasi-totalité de ses aspects et devrait aussi bouleverser notre enseignement, dans le secondaire surtout, alors que les adolescents arrivent au seuil de la vie adulte … pas un mot sur ce sujet.
  • La formation des maîtres, sujet majeur qui mérite plus qu’une allusion au détour d’une phrase. Chacun le sait : un bon maitre fait mieux avec trente élèves qu’un mauvais avec vingt … Alors que se pose partout le problème des formations initiales et continues, on parle fort peu de la formation de ces formateurs. Et pourtant, il est central.
  • La laïcité et son nécessaire contrepoint, la connaissance des faits religieux … « Notre précieuse laïcité, à la fois si conceptuelle et si vivante « (p.92) est assurément bien précieuse mais si elle ne prend pas en compte la réalité des diverses spiritualités religieuses, agnostiques et athées, si celles-ci ne sont pas elles-mêmes objet d’étude, elle risque bien de tourner à vide ou de devenir elle-même une spiritualité, ce qu’elle n’est pas. Un ancien ministre de l’Education nationale et Régis Debray avaient fait des propositions sur le sujet de la connaissance des faits religieux comme de celle de la laïcité … Où en est-on ?

                Le livre de Najat Vallaud-Belkacem apporte le témoignage d’une belle réussite, d’un courageux engagement. Mais face aux problèmes de l’heure, il ne donne pas toutes les réponses qu’on pourrait attendre d’une ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche .

                                                            Jean Carpentier

 

Conclusions

1. En conclusion, à l’égard de la décolonisation s’exprimant par l’autodétermination démocratique, votée à la majorité, revenons à la différence
essentielle entre la situation que connaissait l’Algérie et celle de la Nouvelle- Calédonie : la différence de proportion entre les populations autochtones et celles issues de la colonisation. Même en identifiant approximativement les autochtones aux indépendantistes (bien que ce ne soit pas tout à fait exact, dans le cas de l’Algérie comme dans celui de la Nouvelle-Calédonie), le choix pour l’indépendance exprimé par le vote d’autodétermination était majoritaire en Algérie et serait minoritaire en Nouvelle-Calédonie. Dès lors, en Nouvelle-Calédonie, étant entendu que les moyens de la force et de la terreur jadis connus en Algérie y sont rejetés, les indépendantistes sont devant un problème redoutable, celui de la sanction des urnes, qui n’inquiétait pas leurs devanciers algériens. Devant ce problème calédonien, il existe une solution difficile et une tentation néfaste.
La solution, qui a effectivement été mise en oeuvre, est celle du dialogue inlassable et inventif cherchant à parvenir à concilier les deux options opposées. La voie du compromis sans compromission, de l’alliance de l’imaginationet de la rigueur finit toujours par être féconde pour les hommes de bonne volonté. La tentation néfaste, à laquelle on a succombé, consiste à combattre l’option majoritaire en cherchant à supprimer cela même qui la rend victorieuse, c’est-à-dire précisément son caractère majoritaire : non pas, certes, ici, en pratiquant le terrorisme entrainant la fuite des familles, mais non plus par le débat, la controverse des idées et la recherche d’accommodements originaux. La tentation, qui est finalement le contraire du pari sur l’intelligence, consiste à chercher dans des recettes improbables et des comptes  le moyen contourné d’amputer les votants au scrutin d’autodétermination qui seraient censés appartenir à un camp : celui de la France. Cette faiblesse n’est pas réservée aux indépendantistes puisque le président de la République française Jacques Chirac lui-même s’y est laissé
entrainer : il a promu en 2007 la révision de la Constitution organisant la fin du suffrage universel et permettant que les élections provinciales de Nouvelle- Calédonie, berceau du vote d’autodétermination, se fassent désormais sur des listes électorales bloquées à la date de 2008, empêchant  ne les rejoignent les électeurs installés   à partir de 1998, réputés voter pour la France.
La même logique d’exclusion est en oeuvre à l’égard du corps électoral de l’éventuel référendum d’autodétermination qui est l’objet de multiples
demandes de radiations. Pourtant les choses sont claires. Il existe deux sortes de décolonisations. L’une est la décolonisation-exclusion dont l’exemple poussé jusqu’au paroxysme est l’Algérie. L’autre est la décolonisation vivre-ensemble à égalité, autrement dit la décolonisation en un destin commun, dont la Nouvelle- Calédonie aurait pu donner le meilleur exemple. Malheureusement, malgré le contexte d’efforts réels de rééquilibrages en tous domaines, donc de partage, de décolonisation intelligente, l’affaire des contestations multiples à l’égard des corps électoraux et des affligeantes demandes de radiations des listes électoralesdonne de la Nouvelle-Calédonie l’image emblématique de ce qu’elle ne doit pas être : l’image de l’exclusion, du rejet, du refus du partage, tout à l’opposé d’elle-même. Ces procédés, d’ailleurs inefficaces puisque n’ayant pas changé le rapport électoral entre indépendantistes et non-indépendantistes (imperturbablement fixé à 40/60 % depuis trente ans) sont dégradants pour leurs auteurs qui, en trahissant le suffrage universel et donc la démocratie, y perdent leur âme.
Il est vrai, fort heureusement, que le terrorisme n’a pas cours dans la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui contrairement à ce qu’a connu l’Algérie.
Mais le culte affiché de l’Accord de Nouméa n’empêche le danger des Pharisiens. Ce sont les mêmes qui pervertissent les discriminations positives savamment instillées en Nouvelle-Calédonie en les entraînant sur la pente désastreuse pour tous de discriminations inverses (par exemple lorsque la province Sud évoluant jusqu’à compter aujourd’hui les trois quarts des Calédoniens – 200 000 sur 268 000 –, continue à ne percevoir que la moitié des recettes fiscales). Force est malheureusement de constater aujourd’hui dans la Nouvelle- Calédonie arrivée au moment si difficile de la croisée des chemins, qu’une partie de la classe politique dans son émiettement général, témoigne trop souvent, de manière consternante, tant son aisance dans la communication outrancière que son absence de gravitas, c’est-à-dire de conscience du centre
de gravité indispensable, à rechercher dans la dignité. Toute cette énergie au service de l’exclusion aurait tellement mieux à faire en se consacrant à la recherche commune des solutions médianes qui permettront de se mettre d’accord sur un avenir vraiment commun et pacifique !

2. Nous disions en commençant qu’il n’y a que des différences entre l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie. Terminons en évoquant une différence
encore parmi les Français qui ont décidé de venir vivre en Nouvelle-Calédonie : les Français d’Algérie, quant à eux, s’y distinguent en ce qu’ils n’ont aucun espoir de retour au pays natal. Ils n’ont plus de racines, ils sont comme les plantes épiphytes qui ne s’alimentent que de l’atmosphère, alors que les autres, au contraire, entretiennent leurs racines vivant bien en terre.
La Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui est riche de ses populations
plurielles. L’Algérie d’aujourd’hui est un bloc d’obscurantisme gangréné par la violence. Les Français d’Algérie présents en Nouvelle-Calédonie et devenus Calédoniens sans retour sont les témoins vivants de toutes les différences entre l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie. Ils sont les sentinelles propres à éclairer le chemin du pays : espérons que le destin de la Nouvelle-Calédonie continue à
s’affirmer différemment de celui de l’Algérie.

3. Comparer l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie ? Les deux tableaux si opposés que nous venons de dépeindre n’empêchent pas d’affirmer de concert la beauté de ces deux pays de soleil, de mers et de montagnes, de fleurs et de palmiers, ces terres de fidélité que leurs populations portent en elles. Leur mektoub : leur destin aura été totalement contraire. Le destin commun de tous les Algériens apportant chacun tant de ressources propres, aurait été brillant et fécond. Il a été assassiné. En Algérie, à chacun son destin. Tandis que le destin commun promis aux Calédoniens qui par le passé vivaient côte à côte, pas en commun, est maintenant un grand et réel espoir. Mais ce n’est qu’un espoir. Il oblige à veiller à sa réalisation avec la plus grande vigilance.

Jean-Yves FABERON

Professeur honoraire de droit public à Nouméa (NC). A vécu à la fois en Algérie et en NC

Article publié dans les Mélanges en l’honneur du professeur Dominique Turpin (éditions du Centre Michel de l’Hospital, Université Clermont Auvergne, 2017 reproduit ici avec leur aimable autorisation