seconde guerre mondiale

 

Le 12 août 2012 était organisée à Vernon, petite commune située à l’est de Poitiers, dans le département de la Vienne, la commémoration du passage de la ligne de démarcation par Robert Schuman. Des personnes âgées venues de fermes, de hameaux et de villages voisins rappelèrent quelques souvenirs liés à la présence de la ligne de démarcation sur le territoire communal.
Cet événement, qui était presque tombé dans l’oubli, suscite bien des interrogations. Que faisait Robert Schuman dans la Vienne, lui qui était originaire des territoires de l’Est occupés par les Allemands et qui ne connaissait guère l’Ouest de la France ? Pourquoi avait-il choisi Vernon pour franchir la ligne de démarcation et rejoindre la France non occupée ? Quelle fut la portée de cet événement, commémoré en 2012 ? Quelle fut ensuite et jusqu’à nos jours la fonction de la mémoire vouée à Robert Schuman ?
Nous rappellerons qui était Robert Schuman et pourquoi il se trouvait dans la Vienne, non pas pour raconter cet événement à la manière d’une épopée héroïque mais pour tenter de donner des clés permettant de comprendre et d’ouvrir la réflexion non seulement sur le passé mais également sur l’usage qu’en fait notre société[1].

Robert Schuman, député des réfugiés mosellans

Robert Schuman est né en 1886 à Luxembourg, dans ce territoire de marche situé entre l’Allemagne, la France, la Belgique. Sa langue natale était le luxembourgeois et il apprit également le français et l’allemand. Après avoir fait des études de droit en Allemagne (Bonn, Munich, Berlin, Strasbourg), il ouvrit un cabinet d’avocat à Metz, en juin 1912. Il était donc un homme issu d’une terre de confluence, carrefour de cultures, né en une période d’exacerbation des nationalismes. Les rivalités franco-allemandes à la fin du XIXe siècle se focalisaient en effet précisément sur les questions de territoires, de frontières et d’identités nationales.

Robert Schuman fut candidat aux élections législatives de 1919dans le département de la Moselle pour la liste de L’union républicaine lorraine. Élu, il siégea à la Chambre des députés sans discontinuité de 1919 à 1940[2]. Son engagement politique était déterminé à la fois par son patriotisme lorrain, l’attachement à la « petite patrie » (Heimat) et par ses convictions religieuses, qui se traduisaient en souci de défendre l’Église catholique.

Les conditions du retour de l’Alsace-Lorraine à la France posaient en effet nombre de problèmes entre la France et les provinces restituées, dont certains étaient aigus. Les Lorrains étaient heureux de redevenir français mais craignaient de perdre leur identité. Par la lutte menée conjointement avec les Alsaciens, ils avaient précédemment obtenu de l’Empire allemand la reconnaissance de certaines particularités, qu’ils entendaient conserver. Fort attachés à leurs usages, à leurs institutions et à leur clergé, ils craignaient que l’incorporation à la République française une, indivisible et laïque se traduisît par la perte de ce statut.
Robert Schuman travailla avec discrétion et efficacité au sein de la commission parlementaire qui examinait l’un après l’autre et point par point toutes ces questions. Il rédigea plusieurs rapports, par exemple sur la nécessaire adaptation du Code civil, sur l’usage de la langue allemande dans les tribunaux, sur l’enseignement bilingue. Il était cependant « départementaliste », c'est-à-dire qu’il ne remettait pas en cause le retour à la France  et ne suivait pas les autonomistes alsaciens. Les témoignages soulignent qu’il était d’un tempérament à la fois ouvert à la discussion et tenace dans les objectifs à atteindre.

Catholique fervent, il était également fort engagé dans le mouvement de la jeunesse catholique, alors en plein essor. Il agissait pour que le catholicisme lorrain se réinsérât dans le catholicisme français et pour défendre le statut de l’Église catholique en Lorraine, régi par le régime concordataire, en particulier pour l’école primaire. Il fut le porte-parole des députés d’Alsace et de Moselle contre les projets laïcs du Cartel des Gauches (1924) dirigé par Edouard Herriot – les radicaux entendaient étendre aux territoires retrouvés la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905 – et du Front Populaire (Jean Zay, 1936).

Robert Schuman ne connaissait donc pas la France de l’Ouest.  Il vint à Poitiers pour la première fois le 4 septembre 1939. La France venait de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie et avait décidé d’évacuer les populations situées à proximité de la ligne Maginot. Les réfugiés furent dirigés vers la Vienne (Mosellans), la Vendée (Ardennais), la Creuse, la Charente, la Haute-Vienne… Robert Schuman ouvrit un bureau destiné à aider les réfugiés à trouver un hébergement et à percevoir leur allocation. Il s’efforçait d’atténuer les heurts qui pouvaient se produire devant l’arrivée de 50000 Mosellans, dont la langue, les modes de vie, les habitudes alimentaires étaient parfois très différents des ceux des habitants de la Vienne. Il était secondé par le sous-préfet de Forbach, Robert Holweck, qui avait été nommé secrétaire général du service départemental des réfugiés.

Son action fut appréciée, si bien qu’il fut nommé sous-secrétaire d’État aux réfugiés du ministère constitué par Paul Reynaud le 21 mars 1940. Il laissa Poitiers pour Paris. Son bureau fut installé à l’Hôtel Matignon. Lors de l’offensive allemande, les réfugiés affluèrent à Paris, venant du Luxembourg, de la Belgique, des Ardennes françaises, fuyant l’armée ennemie. Dans un climat de panique, avec les faibles moyens dont il disposait, Robert Schuman tenta de faire face et d’organiser accueil et hébergement de fortune dans les gares de l’Est et du Nord.
Il se replia avec le gouvernement en juin 1940. Après une étape à Azay-le-Rideau, il passa de nouveau à Poitiers le 14 juin, fut hébergé chez les parents de son collaborateur Robert Holweck, continua avec le gouvernement pour Bordeaux. Le maréchal Pétain, nouveau Président du Conseil, le reconduisit dans ses fonctions ; après l’armistice, Robert Schuman suivit donc le gouvernement à Clermont puis Vichy.
Il fit un aller-retour rapide pour Poitiers du 7 au 9 juillet. Après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, il revint à Poitiers et décida alors de retourner à Metz (4 septembre) en accompagnant la diaspora lorraine qui regagnait ses terres, sur l’injonction des Allemands soucieux de remettre en route les industries lorraines.

L’expérience poitevine de Robert Schuman était donc liée à la tragédie de la guerre et de l’évacuation forcée des réfugiés mosellans. Il agit en député soucieux de ses compatriotes et ne ménageant pas sa peine pour les aider dans ces moments difficiles. Rien ne le prédestinait donc à choisir ce département pour passer la ligne de démarcation, si ce n’est des attachements contractés en ces moments difficiles.

La ligne de démarcation en France et dans la Vienne

Le deuxième temps de notre propos s’efforcera de préciser pourquoi la ligne de démarcation, dans la Vienne, prit la forme d’une frontière inédite qui scindait en deux le département sans tenir compte des divisions traditionnelles. Nous nous interrogerons également sur l’impact de cette ligne de démarcation sur la société rurale.

La ligne de démarcation remplit trois fonctions : militaire, économique et politique

La convention d’armistice du 22 juin 1940 établit une ligne de démarcation qui séparait la France en deux ensembles, la France du Nord et de l’Ouest, occupée par les Allemands, la France du Sud et de l’Est, dite France libre. Cette frontière militaire correspondait à peu près au point extrême de l’avancée des trouves allemandes au moment de la signature de l’armistice. Il n’y eut que quelques ajustements, notamment pour que l’armée allemande pût gagner Bordeaux et fortifier le littoral atlantique. La ligne de démarcation traversait treize départements, au long de 1200 kilomètres. Le tracé fut imposé ; dans le détail, il était souvent approximatif et put être adapté localement selon les besoins de l’armée d’occupation.

Dans le département de la Vienne, la ligne arrivait d’Indre et Loire (la Haye Descartes), puis continuait le long de la Creuse jusqu'à La Roche Posay. Ensuite elle traversait le département de la Vienne par Pleumartin, Archigny, Bonnes, Jardres, Tercé, Dienné, St Secondin, Saint-Martin L'Ars, Mauprevoir. Elle traversait en tout pas moins de 17 communes.

Il s’agissait donc d’une frontière artificielle et inédite, pour la France comme pour la Vienne. Aux points de passage, des panneaux indiquaient qu’il était interdit de la franchir : « Demarkationslinie überschreiten verboten ».

Cette séparation fut rendue caduque par l’occupation par l’armée allemande de la totalité de la France en novembre 1942. Elle fut réellement supprimée en mars 1943.

Pendant toute la période de l’occupation, la ligne de démarcation établit également une frontière économique, qui fut cause de bien des difficultés pour les Français. Il s’agissait, au niveau national, d’une coupure entre la France du Nord plus riche, plus peuplée et plus industrielle, dont l’outil de production avait été réquisitionné par les Allemands – par exemple les usine Peugeot de Montbéliard pour fabriquer véhicules militaires – et la France du Sud, majoritairement rurale et agricole. Au niveau local, la ligne de démarcation perturba la production et les échanges ; les structures économiques étaient parfois totalement désorganisées. Bien des réseaux commerciaux ne pouvaient plus fonctionner. Les communications et les échanges étaient difficiles, voire impossibles. Des communes et des propriétés familiales avaient été scindées, ce qui compliquait parfois la culture des propriétés. La présence de l’armée puis de la douane, chargées de surveiller la ligne de démarcation, était pesante pour les populations.

Il convient enfin de ne pas négliger le fait qu’il s’agissait d’une frontière politique qui séparait les provinces françaises du Nord et de l’Est, soumises à l’armée d’occupation, des provinces du Centre et du Sud, sous administration française.

C’est pourquoi les personnes qui fuyaient la France occupée – Juifs pourchassés, résistants en fuite, volontaires voulant gagner l’Angleterre – pour gagner la France libre cherchaient à franchir la ligne de démarcation. Ils voulaient sauver leur vie ou combattre l’Allemagne depuis l’extérieur. La présence de la ligne de démarcation contraignit les populations des départements traversés à prendre position, entre attentisme et activisme. Si, dans leur majorité, les Français ne prirent pas les armes pour combattre l’occupant, ils ne furent pas pour autant des collaborateurs. Par patriotisme, par refus idéologique ou par intérêt personnel – par exemple pour éviter le STO – beaucoup furent des opposants. Les actes mis en œuvre furent extrêmement variés, depuis les attentats jusqu’aux renseignements communiqués aux Anglais en passant par l’aide apportée aux résistants actifs ou aux personnes en fuite. Ce furent parfois des actes ponctuels que les auteurs eux-mêmes ne considéraient pas comme relevant de l’héroïsme.

Ainsi des passeurs. Ils habitaient à proximité de la ligne de démarcation et connaissaient les moindres chemins ruraux. Parfois, ils bénéficiaient d’un laissez-passer qui leur donnait la possibilité de franchir la ligne de démarcation sans éveiller de soupçon. Ce fut le cas de Roger Robin, cultivateur à La Perdrigère, qui fit « passer » Robert Schuman[3].

Un acte décisif ?

En retournant dans son département de la Moselle, en septembre 1940, le député Robert Schuman savait probablement qu’il prenait un risque. Il fut approché par le Gauleiter, qui lui proposa de collaborer avec les autorités allemandes. Il refusa, fut arrêté et emprisonné puis contraint de demeurer en résidence surveillée dans le Palatinat. Après plus d’une année d’inaction forcée, en juillet 1942, Schuman décida de s’évader. Après être passé à Metz, il voyagea en train jusqu’à Poitiers où il retrouva son collaborateur Holweck. Ce dernier le conduisit à Ligugé, où il passa quelques jours avant d’être conduit à Vernon pour franchir la ligne de démarcation.

Il est incontestable que l’événement fut important pour lui. Après s’être dévoué pour les réfugiés, après avoir subi la prison puis la résidence surveillée, il s’était décidé à fausser compagnie à ses geôliers et à gagner la France libre. Selon son biographe François Roth, après des mois d’inaction, il refusait de se soumettre à la fatalité et souhaitait agir pour son pays.
Force nous est cependant de reconnaître que Schuman ne joua pas un rôle important dans le processus qui conduisit à la libération du pays. Après le passage de la ligne de démarcation, il vint à Lyon et y retrouva des réfugiés lorrains. Il se rendit plusieurs fois à Vichy, sans doute pour rencontrer des personnalités et réfléchir aux modalités d’action possibles, mais l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes le 11 novembre 1942 le contraignit à la clandestinité. Il se réfugia successivement chez des amis, puis dans plusieurs communautés religieuses. Il demeura notamment plusieurs mois dans l’orphelinat de Beaupont, dans l’Ain, qui était tenu par des Sœurs de la Providence.
Ce fut après la Libération que Robert Schuman joua un rôle important dans la vie politique du pays. Il devint l’un des membres importants du MRP, qui fut sous la Quatrième République l’un des principaux partis. A ce titre, il fut plusieurs fois ministre.
Le 9 mai 1950, ce fut comme ministre des Affaires étrangères qu’il prononça le fameux « discours de l’horloge », qui proposait de créer la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier. Cet acte fut le premier jalon de la construction d’une Europe communautaire. Par la suite, il devint l’inlassable défenseur de ce projet.

C’est pourquoi, Robert Schuman est aujourd’hui considéré comme l’un des « Pères fondateurs de l’Europe », aux côtés du chancelier allemand Konrad Adenauer et du président du conseil italien Alcide de Gasperi. Honorer sa mémoire au XXIe siècle, c’est non seulement rappeler son courage devant l’occupant, mais surtout célébrer ce projet audacieux de réconcilier les anciens ennemis en leur proposant de construire ensemble un édifice politique destiné à éradiquer pour longtemps la guerre de l’Europe.

Le 10 décembre 2012, les représentants de l’Union européenne venus à Oslo recevoir le prix Nobel de la paix rappelèrent cet acte fondateur. Commémorer le franchissement de la ligne de démarcation par Robert Schuman, c’est souligner que cet acte ne fut pas une fuite éperdue mais un acte d’audace politique.

Jérôme GREVY Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Poitiers

 

 


[1] Nous nous sommes appuyés principalement sur les livres de François Roth, Robert Schuman, Fayard, 2008 d’Eric Alary, La ligne de démarcation, 1940-1944, Paris, Presses universitaires de France, 1995, L'exode : un drame oublié, Paris, Perrin, 2010 ; de Jean-Pierre Azéma, 1940, l'année terrible, Paris, Éd. du Seuil, 1990 et en codirection avec François Bédarida 1938-1948, les années de tourmente : de Munich à Prague : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995. Henri Rousso, Les années noires : vivre sous l'Occupation, Paris, Gallimard, 1992.

 

[2] A partir de 1928, année du rétablissement du scrutin de liste, il fut élu dans la circonscription de Thionville, région d’industrie sidérurgique.

 

[3] Jacques Farisy, La ligne de démarcation dans la Vienne, La Crèche, Geste Editions, 2007 ; Roger Picard, La Vienne dans la guerre, Sayat, Editions De Borée, 2006

 

 
Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments. 

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Un article du journal Le Monde daté du 18 novembre 2011 met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.

Lire l'article du Monde : Le rôle discret des sous-marins français dans les opérations en Libye de Nathalie Guibert en date du 8 nov.2011. de larges extraits sont disponibles sur le blog "secret défense" de Jean-Dominique Merchet : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/La-Marine-devoile-les-missions-de-ses-sous-marins-au-large-de-la-Libye_a424.html

"Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments".

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Cet article du journal Le Monde daté du 8 novembre 2011[5] met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.


[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

 

 

 

 

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

 

 

 

 

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

 

 

 

 

[4]

                        [4] Cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

 

                   Spécificités des sous-marins

Quels sont les caractères déterminants qui rendent les sous-marins efficaces au point que tous les pays qui souhaitent exercer une influence stratégique veulent en acquérir malgré un coût de possession élevé et les difficultés à maintenir une ressource en personnel de très haut niveau technique et tactique ?

1-      En premier lieu, la discrétion que procure la navigation sous la surface. Elle permet au sous-marin d’agir dans des zones contrôlées par un adversaire, y compris quand il a la maîtrise de l’air. La permanence de sous-marins américains devant Tokyo, aux moments les plus sombres de la guerre du Pacifique pour l’US Navy, en est un exemple parmi tant d’autres. Le sous-marin est particulièrement bien adapté aux opérations spéciales (renseignement de zone, mouillage offensif de mines, mise en œuvre de commandos, exfiltration et infiltration d’agents…).

2-      Ensuite, une endurance extraordinaire comme l’ont montrés les U-boote allemands, capables de patrouilles de plusieurs mois pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950, l’avènement de la propulsion nucléaire constitue dans le domaine maritime une révolution comparable à celle du passage de la voile à la vapeur. La gestion du couple énergie/puissance, une préoccupation permanente des commandants de sous-marins à propulsion diesel-électrique, n’est plus nécessaire. Au prix d’un surcroît de technologie, l’énergie fournie par un réacteur nucléaire est quasi illimitée, et cela quelle que soit la puissance demandée. Elle permet de produire de l’eau douce, luxe suprême pour les sous-mariniers classiques, et même de l’oxygène par électrolyse de cette eau. Les commandants, libérés de cette contrainte, peuvent se consacrer entièrement aux aspects tactiques de leurs missions. L’énergie n’est plus l’élément déterminant qui limite l’endurance. C’est l’équipage qui devient dimensionnant en raison, d’une part en raison de la fatigue induite par des missions de plus de dix semaines pendant lesquelles les quarts se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept[1], et d’autre part par l’épuisement des vivres dont les quantités embarquées sont limitées par le volume disponible restreint.

3-        Cette endurance donne au sous-marin une double mobilité. Tactique, d’abord, puisqu’il peut se mouvoir en trois dimensions sous la surface dans un milieu où sa détection est rendue très difficile par l’hétérogénéité du milieu; stratégique ensuite, car pouvant rester immergé en permanence, il ne subit pas les effets néfastes du mauvais temps qui peu contraindre même les navires les plus gros à modifier leurs cinématiques. Dans une zone où le risque d’interception est faible, un SNA peut parcourir plus de 1000 km par jour, ce qui lui permet d’enchaîner les missions sans discontinuer en changeant éventuellement rapidement de théâtre d’opérations au gré des besoins des commandants opérationnels. 71 % de la surface du globe étant couvert par des océans, il peut gagner sans contrainte la plupart des zones maritimes. Équipé de missiles de croisière contre la terre, il peut agir sur les bandes côtières où se concentre l’activité de 80 % de la population du monde qui vit à moins de 200 kilomètres d’une côte.

4-        La puissance de feu du sous-marin est toute à fait exceptionnelle par rapport à sa taille. Elle est à la fois considérable et sans nuance : le sous-marin est un tueur qui ne sait pas agir à faible niveau autrement que par l’incertitude quant à son éventuelle présence qui pèse sur un adversaire incapable de le détecter systématiquement. Il peut délivrer une panoplie diversifiée d’armes, toutes létales : mines marines, torpilles contre les autres sous-marins ou contre les bâtiments de surface, missiles tactiques à changement de milieu contre des objectifs terrestres et navals, et enfin, dans le cas des SNLE, missiles stratégiques à charges nucléaires. Il peut également débarquer et récupérer en toute discrétion des forces spéciales et en particulier des nageurs de combat.

                   Évolutions des techniques et des tactiques

Pendant les deux guerres mondiales, le sous-marin a montré son efficacité pour le blocus stratégique (attaque des flux commerciaux) et les opérations spéciales (transport discret d’agents et de commandos, sauvetage des pilotes abattus en mer, mouillage offensif de mines, renseignement…). Pendant la guerre froide, il devient d’une part le système d’arme principal de la dissuasion nucléaire et d’autre part la plus efficace des plateformes de lutte anti-sous-marine et anti navires de surface. À présent, il a démontré ses capacités de frappe conventionnelle massive contre la terre.

1)  ·Seconde guerre mondiale:

La principale mission des sous-marins allemands pendant cette guerre est d’assurer un blocus stratégique du Royaume-Uni en coupant ses flux d’approvisionnement transatlantique. Il s’agit de couler plus de tonnage de navires marchands qu’il n’en est lancé.

Cette stratégie, simple continuation de celle appliquée trop brièvement pour être pleinement efficace pendant la Première Guerre mondiale, n’a cependant pu être menée avec l’ampleur nécessaire dès le début du conflit. Hitler ayant affirmé que la guerre ne commencerait pas avant 1945, le programme d’armement naval était conçu dans cet objectif. En 1939, l’Allemagne ne dispose que de 54 sous-marins, c’est à dire moins que la France par exemple.

Grâce en particulier à l’aide industrielle et technique américaine, et malgré l’énorme effort allemand, c’est un échec. Pendant la durée de la guerre, l’Allemagne admet au service actif le nombre stupéfiant de 820 sous-marins qui se heurtent sans discontinuer pendant les cinq ans de guerre à une force anti-sous-marine alliée comprenant au total 800 escorteurs de haute mer, 2250 escorteurs côtiers et 1500 avions. 2779 navires alliés sont coulés.

781 U-Boote sont perdus, pour la plupart corps et biens, et 32 000 des 39 000 sous-mariniers sont morts. Ce taux de 82 % de pertes est de très loin le plus élevé de tous les types de force engagés sur tous les théâtres pendant ce conflit. Il s’explique par le fait que l’équipage d’un sous-marin qui subit des avaries importantes en plongée n’a aucun moyen de s’échapper et coule avec son bâtiment.

Bien que de moindre ampleur, la guerre sous-marine menée contre la logistique de l’Afrika Korps par les bâtiments britanniques à partir de Malte est un succès. Leur efficacité, conjuguée avec le retrait d’une grande partie des forces aériennes de la Luftwaffe en méditerranée orientale et centrale pour être engagées en Russie, contraint finalement Rommel à la défensive puis à la défaite par manque de munitions et de rechanges.

Dans le Pacifique, cette stratégie d’attrition du commerce est un succès. L’empire japonais, composé essentiellement d’îles, dépend de façon vitale des flux maritimes.

Il s’agit de la Première Guerre sous-marine gagnée dans l’Histoire.

Les Japonais perdent 1178 navires de commerce et 214 bâtiments de combat par l’action des sous-marins américains (soit 55 % du total).

Seulement 52 des 288 sous-marins américains coulent (dont 48 au combat). Cela s’explique par la relative faiblesse des moyens techniques de défense anti-sous-marine de la Marine du Soleil Levant ainsi que par l’application d’une doctrine d’emploi inadaptée.

 

Deux tâches opérationnelles que seuls des sous-marins pouvaient assurer sont développées et pratiquées avec beaucoup de succès :

–         à partir du mois de mars 1942, soit seulement trois mois après la déclaration de guerre, une permanence de sous-marins américains en mission de renseignement est assurée en baie de Tokyo, et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

–         En support aux opérations aéronavales intensives, des sous-marins américains sont prépositionnés dans les zones de combat pour assurer des opérations de récupération des pilotes abattus au-dessus des eaux contrôlées par l’ennemi (Combat Search and Rescue). Le futur président des États-Unis, alors enseigne de vaisseau de 1re classe, George Bush doit la vie sauve au sous-marin USS Finback qui assure cette mission, après que le bombardier Avenger qu’il pilote est abattu le 2 septembre 1944, au cours de l’attaque de l’île de Chi Chi Jima. Cette tâche était considérée comme particulièrement importante pour le moral des équipages d’avions.

La Guerre froide

Elle marque au plan naval la primauté des forces sous-marines. C’est le budget de développement et d’équipement le plus important de l’US Navy. Avec l’avènement de la propulsion nucléaire, le submersible devient un véritable sous-marin anaérobie, parfaitement adapté à transporter en toute discrétion les armes de dissuasion nucléaire. En France, l’avènement du SNLE conduit le général de Gaulle à dire en 1965

 « La Marine se trouve maintenant, et sans doute pour la première fois de son histoire, au premier plan de la puissance guerrière de la France, et ce sera dans l’avenir tous les jours un peu plus vrai ».

En raison de son enclavement géographique résultat de l’échec de toutes les courses aux mers chaudes menées par la Russie depuis Pierre 1er, l’URSS ne dispose que de très peu de côtes libres de glaces toute l’année. L’accès aux ports passe par des détroits tous contrôlés par des pays appartenant au camp adverse. Elle développe alors une formidable flotte sous-marine dont les unités représentent environ la moitié de l’ensemble des 915 sous-marins en service dans le monde en 1986. Ces sous-marins à propulsions diesel-électrique ou nucléaire sont déployés sur toutes les mers du monde. On trouve en particulier :

–         en Méditerranée des sous-marins d’attaque munis de torpilles et de missiles antinavires destinés à couler les porte-avions de la VIe flotte américaine qui ont pour mission de renforcer la défense aérienne du « ventre mou » du sud-est de l’Europe

–         en Atlantique Nord, dans l’océan arctique et dans le Pacifique nord des « bastions » où des SNLE soviétiques sont protégés des redoutables prédateurs que sont les sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) américains et britanniques par des barrières de sous-marins classiques et de SNA.

Pour détecter les mouvements des sous-marins soviétiques, les Américains développent un extraordinaire réseau d’hydrophone qui quadrille les océans : le réseau SOSUS. Très secret comme tout ce qui touche à l’arme sous-marine dont l’efficacité repose en grande partie sur la supériorité technologique sur un adversaire, l’existence même de ce réseau n’est révélée qu’aux membres de l’OTAN sur les territoires desquels des stations techniques doivent être installées.

La chute de l’empire soviétique en 1991 conduit à la disparition de l’essentiel de la menace nucléaire. Cette transformation de l’environnement géostratégique conduit à une réévaluation de la composition des forces navales. L’importance relative des forces sous-marines décroît fortement dans l’US Navy au profit des forces de projection, c’est à dire des groupes aéronavals de porte-avions et de débarquement de troupes. 

 

En 1982, un conflit de haute intensité oppose l’Argentine au Royaume-Uni, deux pays du camp occidental. En réponse à l’invasion le 2 avril 1982 par les forces argentines des îles malouines (Falkland en anglais ou Malvinas en espagnol) sous administration britannique, le gouvernement de madame Thatcher décide d’envoyer une force aéronavale pour les reprendre.

En raison de leur mobilité et de leur disponibilité immédiate, ce sont deux sous-marins nucléaires d’attaques qui abandonnent leurs missions en cours et sont envoyés en précurseur dès que la menace se précise : le 31 mars, le HMS Spartan en opération devant Gibraltar est dérouté vers l’archipel.

Dès le 12 avril, il est en mission d’observation devant Port Stanley où il assiste à la montée en puissance du dispositif argentin. Le 1er avril, le HMS Splendid quitte la base de Faslane en Écosse. Il va franchir les 7000 milles nautiques en seulement 13 jours. Cette rapidité de déploiement est à comparer à celle du groupe aéronaval, qui appareille le 5 avril pour arriver dans la zone de combat le 29 avril, soit 17 jours après celle du premier SNA.

Les sous-marins vont assurer des missions de surveillance et d’alerte avancées, l’un d’entre eux étant placé à proximité des côtes argentines, à l’endroit où les avions argentins chargés d’attaquer la force navale franchissent la côte. Il informe l’amiral Woodward, un ancien sous-marinier, commandant les forces britanniques, du départ des raids aériens, avec un préavis suffisant pour permettre à la défense aérienne de se préparer à l’interception des avions qui subiront de lourdes pertes. D’autres opérations sont menées par les sous-marins : débarquement de commandos et surtout attaque le 2 mai, sur ordre du premier ministre britannique, du croiseur ARA Belgrano par un troisième SNA, le Conqueror, qui le pistait depuis plusieurs jours. La perte de cette grande unité va conduire les Argentins à faire revenir à quai leur porte-avions par crainte de le perdre de la même façon. Cette décision va les priver du seul moyen dont ils disposaient pour approcher leurs avions de combat Super Etendard de la zone de combats qui se trouve en limite de rayon d’action des avions basés sur le continent. De leur côté, les Argentins envoient le San Luis, un de leurs sous-marins à propulsion diesel-électrique, attaquer le groupe aéronaval. Il prononcera deux attaques infructueuses à la torpille les 1er et 10 mai contre de « grandes unités ennemies ». Il semblerait qu’un fonctionnement défectueux des torpilles utilisées soit la cause de l’échec. Par parenthèse, il est intéressant de noter que les torpilles modernes (Tigerfish) lancées par le Conqueror étaient également défectueuses ; le Belgrano est finalement coulé par deux torpilles anciennes (Mark 8) dont la technologie remonte à la Seconde Guerre mondiale. Par sa seule présence, le San Luis complique l’action des forces navales britanniques qui se trouvent sous double menace aérienne et sous-marine. Au total, plus de 70 torpilles vont être lancées sans résultat contre le sous-marin argentin (ou de faux contacts sonars).

Les îles sont reprises par les Britanniques le 14 juin, après un débarquement de vive force le 21 mai 1982.

            Développements géostratégiques et prospective

Après une courte période d’euphorie pendant laquelle les moins clairvoyants réclament « les dividendes de la paix », l’émergence de nouvelles puissances (Brésil, Inde, Chine en particulier) et la prolifération des armes nucléaires (Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël…) remet la dissuasion nucléaire sur le devant de la scène, et en particulier sa composante sous-marine.

En 2007, en application des traités de réduction des armes nucléaires (START), quatre des nouveaux SNLE de la classe Ohio, sont transformés en SSGN lanceurs de missiles de croisière capables d'emporter 154 missiles Tomahawk à charge conventionnelle et 66 membres de commandos marine (SEALs). La pertinence de ce choix est prouvée lors des opérations de Libye de 2011.

En Asie, la Chine mène une importante politique de développement maritime pour accompagner ses exportations de produits finis et ses importations de flux énergétiques. Cette politique s’accompagne d’un très important développement de sa Marine avec pour objectif de pouvoir contrer la seule puissance navale de taille mondiale, l’US Navy. Cette montée en puissance inquiète les pays riverains et entraîne le développement de forces sous-marines par tous ceux d’entre eux qui peuvent se le permettre financièrement. Elles sont composées d’unités toutes commandées à des pays occidentaux ou à la Russie et disposent de capacités en lutte sous la mer supérieures à celles de leur adversaire potentiel. L’aspect dissuasif traditionnel de ce type de bâtiment est encore accru par l’actuelle faiblesse de la marine chinoise en matière de lutte ASM (sous-marins, avions de patrouille maritime, bâtiments de surface, hélicoptères). Il s’agit d’une réelle course aux armements navals qui touche tous les pays d’Asie du Sud Est, ainsi que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et bien sûr l’Australie. Elle provoque également un rééquilibrage des forces navales américaines vers le Pacifique.

 

De leur côté, les Indiens viennent de se doter d’une véritable triade nucléaire avec des vecteurs terrestres (missile Agni V de 5000 km de portée), aériens (Sukhoi-30MKI et Mirage-2000) et sous-marins (4 SNLE de conception nationale sont prévus). Le premier de la série, l’INS Arihant devrait être admis au service actif fin 2012 ou début 2013. Il sera équipé de 12 missiles K15 de 700 km de portée. Ce missile devrait toutefois être remplacé par un engin plus puissant sur les trois SNLE devant suivre l'Arihant. Pour ces bâtiments, New Delhi prévoit l'embarquement de quatre K-4, des missiles balistiques de 20 tonnes d'une portée de 3500 kilomètres et pouvant emporter une charge militaire d'une tonne.

En Méditerranée orientale, Israël qui ne veut pas être le premier État à introduire formellement des armes nucléaires au Proche-Orient applique une politique d'« ambiguïté nucléaire » en ne reconnaissant pas posséder l'arme nucléaire et en ne la testant pas. C’est un moyen de dissuasion destiné à empêcher un nouvel Holocauste. Israël posséderait entre 75 et 200 têtes nucléaires, selon l'organisation américaine Arms Control Association. L’État juif a également constitué une triade qui comprend des chasseurs bombardiers F-16 et F-15, des missiles balistiques Jéricho ainsi que des missiles de croisière à têtes nucléaires embarqués sur les sous-marins du type Dolphin.

Outre l’Iran qui veut également se doter d’armes nucléaires et qui développe rapidement les missiles capables de la délivrer, c’est le Pakistan qui pose le problème le plus prégnant. S’il dispose de nombreuses têtes et des missiles pour les emporter, le risque qu’il représente vient surtout de son instabilité politique. Des doutes pèsent sur son aptitude à les mettre à l’abri des convoitises des puissants courants islamistes du pays et en particulier du mouvement Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) qui a montré à plusieurs reprises ses capacités à pénétrer et à agir sur les sites militaires les mieux protégés, comme la base aéronavale Mehran près de Karachi le 22 mai 2011 où il a pu détruire deux des trois avions de patrouille maritime P3C Orion de la marine pakistanaise, et, très récemment, le 16 août 2012, à Minhas, la base du  Northern Command de l’armée de l’air pakistanaise où un des trois avions de guet aérien du pays a été détruit. Le Pakistan cherche à moderniser sa flotte sous-marine et à développer une composante nucléaire sous-marine de même type que celle d’Israël.

 

Pour terminer, il faut remarquer que la possession de sous-marin a propulsion nucléaire, comme celle d’un porte-avions, marque un niveau de puissance élevé.

Les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposent de ces types de bâtiments.

Deux des quatre pays grands pays émergents (BRIC) qui n’appartient pas à ce groupe restreint cherchent à s’en doter depuis plus d’un quart de siècle. L’Inde vient d’y parvenir, et le Brésil qui possède déjà un porte-avions de construction française vient d’accélérer son programme de construction de SNA en signant des accords de coopération techniques avec la France (à l’exception de la partie nucléaire).

 

Si le nombre total des sous-marins a diminué après la chute du mur de Berlin pour atteindre un niveau bas de 495 unités en 2002, il est à nouveau en hausse partout dans le monde… sauf en Europe où il continue à décroître malgré une dépendance toujours croissante des flux maritimes intercontinentaux qui traversent des zones où se développe cette menace sous-marine et l’instabilité politique de la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures.

 

 


[1]

                        [1] La plaisanterie suivante, qui a cours dans la marine américaine reflète cet état de fait : « Savez-vous ce que signifie le signe SSN (SNA en Français) ? Saturdays, Sundays and Nights (samedis, dimanches et nuits) »

[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

[4]

                        [4] Par parenthèse, cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

[5]
                        [5] http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111108/html/822829.html8 novembre 2011