éthique. Bonnemaison.

 

 

Présentation de la conférence du général de division Éric Bonnemaison sur la formation des officiers français, prononcée à l’Institut Jacques Cartier, le 8 février 2011.

Le Cardinal de Richelieu écrivait dans son Testament politique : « Les Français sont capables de tout, pourvu que ceux qui les commandent soient capables de bien enseigner ce qu’il faut qu’ils pratiquent. » Et, pour bien enseigner l’art militaire, il faut à la fois de l’expérience, des connaissances et une haute idée des valeurs éthiques et humaines. Il me semble, mon Général, que vous réunissez en votre personne cette remarquable trinité. N’affirmez-vous pas dans votre livre : « J’ai cette préoccupation de former des officiers compétents et dotés de solides forces morales. »

« Le chemin est long par les paroles, il est court et efficace par l’exemple », disait Sénèque. Vous avez ainsi, mon Général, participé à de nombreuses opérations extérieures, où vous avez affronté, à la tête de vos hommes, le feu d’un adversaire parfois dissimulé derrière des boucliers humains. Ces opex vous ont mené d’abord en Afrique subsaharienne (au Tchad, en Centrafrique et au Gabon) ; puis dans la corne de l’Afrique, à Djibouti et en Somalie, particulièrement à Mogadiscio, au prix de violents combats de rue contre les rebelles du général Aïdid ; enfin en Europe balkanique, c’est-à-dire en Bosnie-Herzégovine. Vous avez même été envoyé en mission en France d’Outre-mer, sur les bords du fleuve Maroni, en Guyane.

Cette expérience opérationnelle de l’étranger et de l’Outre-mer ne vous a pas fait perdre pour autant le contact avec la métropole, avec cette France, « mère des arts, des armes et des lois. » Il suffit d’énumérer quelques-unes de vos villes de garnison : Vannes, Angoulême, Poitiers, bien sûr, où vous avez commandé le prestigieux RICM, Nantes, où vous avez été le chef d’état-major de la 9e brigade légère blindée de marine, et enfin Saint-Cyr Coëtquidan où, comme général de division, vous dirigez les écoles de formation des officiers de l’Armée de Terre.

 Mais « la guerre, comme le dit Clausewitz, n’est rien d’autre que la poursuite de la politique d’État par d’autres moyens », et en France c’est à Paris que se décident les grands choix de stratégie générale. Vous avez donc aussi effectué plusieurs séjours à Paris, d’abord à la mission militaire de coopération pour l’Afrique centrale, puis comme adjoint militaire de l’ambassadeur du RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), enfin comme chef de la cellule Afrique/Moyen-Orient au cabinet du ministre de la Défense. Et entre temps, vous aviez représenté la France à Washington, auprès du Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique.

À cette expérience opérationnelle et stratégique, vous joignez une préparation intellectuelle des plus solides. Vous avez été en effet étudiant à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion Montcalm, et, heureuse coïncidence, vous retrouvez l’esprit d’ouverture de la Nouvelle France à l’Institut Jacques Cartier. Puis vous avez passé un an à Saumur, à l’École d’application de l’arme blindée cavalerie. Vous avez ensuite étudié aux États-Unis, à Fort Leavenworth au Kansas, et au Collège militaire de Norfolk en Virginie ; vous êtes d’ailleurs breveté de ces deux établissements de formation des officiers supérieurs américains. Enfin, vous avez été, à Paris, auditeur du Centre des hautes études militaires, créé par le maréchal Foch, et auditeur de l’IHEDN, illustré à l’origine par les cours de stratégie de l’amiral Castex.

Vous dirigez maintenant, aux Éditions Economica, la collection « Guerres et guerriers », qui publie des témoignages sur des opérations militaires, et aussi des analyses stratégiques mettant en relation deux pointes du triangle clausewitzien, les politiques et les militaires ; cette collection met enfin en valeur des exemples de héros plongés au cœur de la violence guerrière et capables de maîtriser cette violence qui réside au cœur de chaque homme. Vos études et votre expérience, jointes à votre sens de l’éthique, vous ont poussé à écrire ce livre, Toi, ce futur officier, qui s’adresse et aux jeunes tentés par l’Ordre militaire, et à leurs familles. Vous estimez en effet qu’il est de votre responsabilité de chef de transmettre aux jeunes non seulement ce que vous avez reçu, mais encore ce que vous avez compris de votre métier, dans un monde où les stratégies irrégulières l’emportent pour l’instant sur les guerres conventionnelles. « Sur le plan éthique, écrivez-vous, apporter mon expérience aux générations qui arrivent me semble primordial pour qu’elles puissent commencer leur apprentissage à un niveau de sophistication supérieur à celui que j’ai connu voici trente ans. »

Pour que vous puissiez nous faire part de votre réflexion sur le métier des armes, mon Général, j’ai l’honneur de vous laisser la parole.

Le général Eric Bonnemaison, commandant les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, a donné le 8 février 2011 devant le public de l’Institut Jacques Cartier, une conférence sur la formation des officiers français. 

Le général a d’abord présenté les quatre vertus cardinales qui doivent guider tout homme de bonne volonté, et particulièrement les chefs militaires: la prudence, la justice, la force et la tempérance. Puis il a énuméré les quatre vertus du commandement: l’autorité, l’exemplarité, la sollicitude et la responsabilité. 

En bon chef d’école, le général Bonnemaison a ensuite utilisé une méthode pédagogique interactive, en faisant largement participer le public à la résolution de cas concrets vécus. Ces cas se sont en effet posés sur le terrain à de jeunes chefs militaires confrontés à des situations dramatiques. Ces situations demandent une réponse adaptée dans l’urgence, sans pouvoir recourir à la « couverture » d’un ordre hiérarchique supérieur. Il faut donc à l’officier une solide préparation physique, intellectuelle et éthique préalable pour faire face et ne pas subir. 

Deux exemples retenus parmi d’autres pour illustrer ce propos. Face à un sniper ennemi qui a perdu son arme et qui envoie une femme la ramasser pour continuer à bloquer le passage d’un immeuble, que doit faire le tireur d’élite de la Force internationale? Tuer la femme? La meilleure solution trouvée: tirer sur l’arme pour la détruire, et non sur la femme. Face à un groupe de rebelles tchadiens qui campe de l’autre côté de la rivière, que peut faire l’officier français qui dispose de la supériorité numérique et de feu? Liquider les rebelles et gagner une médaille? Le lieutenant choisit la solution diplomatique mais risquée: il s’avance sans arme vers le chef adverse, parlemente et le rallie avec ses hommes au gouvernement légitime.  

Plusieurs autres cas, tous difficiles, ont été soumis au public qui a répondu de façon variée, mais non sans réflexion ni passion. »

Bernard Pénisson, vice-président de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier