colonisation

 

Le 16 mai 1934, Staline faisait publier en URSS le décret sur la rédaction des manuels d’histoire, qui permettait d’écrire celle-ci en fonction des intérêts du secrétaire général du Parti Communiste de l’Union Soviétique. C’était la consécration de l’histoire officielle au service d’un parti politique unique et de son chef, dans un pays au régime totalitaire.

            Or, dans un pays démocratique comme la France, depuis 1990, on assiste à une dérive inquiétante vers la rédaction d’une histoire officielle régentée par des lois votées par le Parlement, qui s’érige en tribunal de l’histoire. Ce sont en particulier les lois suivantes :

 

– la loi du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot, réprime la négation de crimes contre l’humanité ; selon elle, « toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite » ; elle ajoute que « l’État assure le respect de ce principe dans le cadre des lois en vigueur. »

– la loi du 29 janvier 2001 déclare que « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. »

– la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, affirme que « la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, […] constituent un crime contre l’humanité. »

– la loi du 23 février 2005 reconnaît ainsi le rôle positif de la colonisation française : « la nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. » Deux mois plus tard, le président Jacques Chirac a fait « déclasser » cet article de loi par le Conseil constitutionnel ; il a finalement été supprimé.

– la loi du 23 janvier 2012 punit la négation de génocides reconnus par la loi, dont le génocide perpétré par l’Empire turc contre les Arméniens en 1915, et reconnu par la loi du 29 janvier 2001. Or, à la demande de 77 sénateurs et de 65 députés, deux recours ont été déposés contre cette loi devant le Conseil constitutionnel. Ce dernier, le 28 février 2012, a jugé la loi contraire à la Constitution. Le Conseil déclare que : « en réprimant la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes qu’il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication. »

 

            Comme le déclare un groupe d’historiennes et d’historiens, « l’histoire n’est pas la mémoire. Elle n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement, ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique, […] ni, ajoutait l’appel de Blois du 11 octobre 2008, de restreindre la liberté de l’historien sous la menace de sanctions pénales. » C’est pourquoi il serait bon d’abroger les lois mémorielles, lois qui sont indignes d’un régime démocratique. Ces lois ont en effet non seulement « restreint la liberté de la recherche historique », mais encore dicté « à l’historien, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, et qui enfin lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. » Le Conseil constitutionnel souligne d’ailleurs, dans sa décision du 28 février 2012, que la liberté d’expression est « d’autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie », à condition, certes, d’en réprimer les abus, mais de façon « nécessaire, adaptée et proportionnée. » Ce qui n’était donc pas le cas de la loi abrogée.

 

                                                                       Bernard Pénisson, agrégé d’histoire