1. Bernard GODARD, La question musulmane en France, un état des lieux sans concessions, Fayard, 349 p., 2015.

Ancien haut fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur, et de fait,  acteur de premier plan entre 1997 et 2014 quant à la mise en place des politiques publiques liées à l’islam en France.

La question musulmane en France développe un certain nombre de points qui sont le signe d’une évolution récente  de l’islam à l’intérieur de nos frontières européennes.

Les évolutions géopolitiques du monde musulman, les échos de l’affrontement entre Israël et le Hamas bouleversent en effet en profondeur la réalité de l’islam dans notre société. Marqué par l’affirmation de deux hégémonies, marocaine et turque, sur nos propres communautés, l’islam traditionnel tend à être décrédibilisé depuis l’apparition d’un islam combattant, voire terroriste, apparu depuis l’affaire Merah et surtout depuis la guerre en Syrie. Celle-ci a suscité de nombreuses vocations djihadistes au cœur même de notre pays.

 Quel est le rôle des imâms, quelle place pour les mosquées dans la cité, pour les écoles coraniques, quelle est l’influence d’Internet dans cette évolution ? Voici quelques unes des interrogations, parmi de nombreuse s autres, que soulève Bernard Godard. Il analyse également en profondeur les arrière-plans de l’islamophobie et la guerre des cultures que ces questions génèrent au cœur de notre société. [Texte de la 4e de couverture].

L’un des points forts de l’étude concerne l’islam de rupture, de l’isolement au djihad. Avec les attentats de novembre 2015, il a été beaucoup question de la filiation salafiste, sa pensée, son imaginaire, ses liens avec le terrorisme. Bernard Godard analyse de près cette mouvance aux contours de plus en plus imprécis mais qui globalement gagne du terrain. Il faut distinguer cependant, un salafisme quiétiste majoritaire, préoccupé du strict respect des textes sacrés dans la vie quotidienne, et un salafisme plus tourné vers l’action, l’engagement, et qui conduit souvent à la mort et à la destruction- le djihadisme.

Afin d’éviter tout amalgame et une approche essentialisante de l’islam, Bernard Godard conclue  la peur est aussi partagée par des croyants musulmans français sécularisés, laïques, citoyens, qui craignent par-dessus tout la régression dans laquelle les ont entrainés une fois de plus des individus à la dérive.

  1. Tareq OUBROU, Profession imâm,  entretiens avec Michaël Privot et Cédric Baylocq, Albin Michel, 340 p. Nouvelle édition augmentée de deux chapitres inédits consacrés aux relations judéo-musulmanes et aux questions de la violence et de la paix en islam, format de poche, 2015. Glossaire et biographies très utiles.

A l’heure où l’on s’inquiète de l’urgente nécessité de faire émerger un islam de France et de former des imâms conscients de leur environnement laïque, nombreux sont les regards qui se tournent vers celui qui pourrait en être la meilleure incarnation : l’imâm de Bordeaux, Tareq OUBROU. Théologien et juriste, il tente d’élaborer une sharia de minorité qui serait totalement respectueuse des principes et des lois de la République.

Influent notamment auprès des jeunes, il cherche à les éloigner des dérives radicales, du rejet de la société majoritaire et dénonce le délire normatif, le binarisme simpliste du halâl et du harâm (permis/interdit) comme seul horizon spirituel.

Acteur du dialogue interreligieux, il va à l’encontre des préjugés qu’il décèle chez  ses fideles concernant les chrétiens, les athées et surtout les juifs. Son réformisme ne se veut pas moderniste à tout prix, mais essentiellement  citoyen et pragmatique, tout en étant inspiré par une spiritualité soufie.[Texte de 4e de couverture].

Site aux attentats de janvier 2015, le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve le sollicite comme interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en vue de renouer le contact avec les représentants des musulmans de France. Ses positions libérales sont connues en faveur d’une nouvelle lecture du Coran adaptée aux réalités d’aujourd’hui, du développement de la culture et du savoir comme outils de lutte contre l’extrémisme, y compris au sein de l’école de la république où le besoin de connaissance du fait musulman est grand. Sur proposition de M. Valls, alors Ministre de l’Intérieur, qui est aussi en France ministre des cultes, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 2013.

  1. Gilles KEPEL, Terreur dans l’hexagone, Genèse du djihad français, Gallimard, 330 P., 2015. Livre écrit en collaboration avec Antoine JARDIN spécialiste de la sociologie politique des quartiers populaires. Ce livre sorti en décembre 2015 incorpore in extremis les attentats de novembre.

 Pendant les dix ans qui séparent les émeutes de l’automne 2005 des attentats contre Charlie Hebdo puis le Bataclan, la France voit se creuser de nouvelles lignes de faille. La jeunesse issue de l’immigration postcoloniale en constitue le principal enjeu symbolique.

Celle-ci contribue à la victoire de François Hollande aux élections de 2012. Mais la marginalisation économique, sociale et politique, entre autres  facteurs, pousse certains à rechercher un modèle d’islam intégral, et à se protéger dans une djihadosphère qui promeut la rupture avec l’Occident mécréant.

Le changement de génération de l’islam de France et les musulmans de l’idéologie du djihadisme sous l’influence des réseaux sociaux produisent le creuset d’où sortiront les Français exaltés par le champ de bataille syro-irakien. Fin 2015, près de mille d’entre eux l’ont rejoint, et cent cinquante y ont trouvé la mort, sans compter ceux qui perpètrent leurs attentats en France. Dans le même temps, la montée en puissance de l’extrême droite et les succès électoraux du Front national renforcent la polarisation de la société, dont les fondements sont aujourd’hui menacés de manière inédite par ceux qui veulent déclencher, dans la terreur et la désolation, la guerre civile.

C’est à dénouer les fils de ce drame qu’est consacré ce livre [texte de la 4e de couverture].

L’ouvrage ouvre sur la traduction de l’arabe au français, du communiqué de l’Etat Islamique revendiquant les attentats du 13 novembre en région parisienne [Communiqué sur l’attaque bénie de Paris contre la France croisée, 2 Safar 1437]/15 novembre 2015. Ceci  est l’une des caractéristiques majeures des travaux de Gilles Kepel, cette capacité de traduire les documents des djihadistes, comme il l’avait fait pour l’Appel à la résistance islamique globale, le document de référence d’Abou Moussab Al-Souri. Ingénieur syrien formé en France, Al-Souri est l’instigateur de l’idéologie jihadiste de la 3e génération, qui, contrairement au système centralisé d’al Qaeda, et obsédé essentiellement par l’Amérique, donne la préférence à un djihadisme de réseau qui vise l’Europe plus proche, en recrutant des jeunes issus de l’immigration musulmane ou des convertis, pour s’attaquer à des cibles molles-les apostats, c’est-à-dire les mauvais musulmans, les intellectuels islamophobes et les juifs-, et ce afin de briser les sociétés occidentales[i]. Ces recrues doivent être formées en territoires musulmans avant d’être réorientées vers l’occident pour opération.

 

4- En complément, il est utile de consulter les travaux d'une commission d'enquête du Sénat  qui a rendu son rapport en mars 2015

Filières « djihadistes » : pour une réponse globale et sans faiblesse, accessible sur internet, ainsi que les auditions et travaux intermédiaires    .

http://www.senat.fr/notice-rapport/2014/r14-388-notice.html

 

Christian BERNARD, Vice président de Jacques Cartier

 

 

 

 

 

 


[i] Le Monde week end des 26-28 décembre 2015, Propos de Gilles Kepel recueillis par Christophe Ayad.