Thatcher

 

Record de longévité pour un Premier Ministre au XXe siècle, d'autant plus remarquable que pour la première fois dans l'histoire du Royaume-Uni, c'est une femme qui occupe le poste.

·       Le phénomène Thatcher peut s'expliquer par l'éducation qu'elle a reçue, par sa formation, par une conjoncture favorable et par une conjonction d'événements heureux (« la main invisible » ?).

1 – Fille d'un épicier de religion méthodiste qui lui a inculqué le sens de l'épargne, la valeur du mérite et de l'effort, elle aime, dit-on, rappeler la maxime de John Wesley le fondateur du méthodisme : « Gain all you can, save all you can, give all you can ».

2 – A  la fin des années 70, l'opinion prend conscience des effets pervers du Welfare State installé par les travaillistes et adopté jusque-là par les conservateurs. Le LIVRE BLANC publié en 1976 par le gouvernement travailliste rend compte de cette évolution. On y dénonce, entre autres faiblesses, les grèves incessantes, la diminution des profits, le poids de l'État dans l'économie et on y préconise la création d'un secteur privé dynamique aux profits élevés, une politique de relance «donnant la priorité au développement industriel sur la consommation et même sur nos objectifs sociaux ». Au fond Mme Thatcher n'avait plus qu'à s'inspirer du constat d'échec que ses adversaires avaient dressé de leur propre politique.

3 – La découverte du pétrole en Mer du Nord vint opportunément renflouer les caisses vides de l'État et la guerre des Malouines permette à Maggie de reprendre en main la situation au moment où ses plus fervents partisans commençaient à fléchir et où elle était la seule à ne pas douter de sa politique.

·       Elle met en oeuvre une politique volontariste en rupture totale avec ce qui avait précédé :

–         Politique monétariste : réduction de l'offre de monnaie qui entraîne la chute des « canards boiteux » et augmente le nombre de chômeurs dans un pays où, il est vrai, selon Kaldor, économiste et conseiller les travaillistes, « sévissait le suremploi ».

–         Privatisation massive (et réussie) de l'économie.

–         Réduction des impôts (IRPP ramené à deux tranches + réforme radicale, et brutale, de l'impôt local).

–         Réforme de la Bourse (« Big-Bang »).

–         Réduction du pouvoir syndical (orientation consacrée par l' « Employment Act » de 1988) surtout après sa victoire sur le syndicat des mineurs en 1985 (en 1979 près de 80 % des Britanniques considéraient que la principale force d'opposition à Mme Thatcher serait les syndicats, en 1987 ils n'étaient plus que 1 % à le penser !).

–         Réduction de l'aide sociale.

–         NB : Si les salaires ont globalement augmenté plus vite que l'inflation cela tient plus au manque de main-d'oeuvre qualifiée qu'à la volonté du gouvernement (pouvoir d'achat réel : + 15 % en 10 ans).

·       Résultats :

–         Le prêt contracté auprès du FMI en 1976 a été remboursé.

–         Croissance : la plus élevée d'Europe en moyenne depuis le début de la décennie (3 %).

–         Chômage : ramené de 13 % à 6,3 % en mars 1989 (France :  10 %).

–         Budget : excédentaire.

–         Actifs à l'étranger : multipliés par quatre en 10 ans !

–         Un point noir : l'inflation risque d'atteindre 7 % en 1989.

–         Cependant : une Angleterre du Nord appauvrie, une Angleterre du Sud enrichie et que symbolise bien la « Software valley » autour de Cambridge (450 entreprises de pointe en 10 ans) et la fantastique réhabilitation des Docks de Londres (38 logements, 170 000 emplois). Notons le redressement de l'Écosse avec la « Silicon Glen » (300 firmes d'électronique, 40 000 emplois entre Glasgow et Édimbourg). À ceux qui lui reprochent d'avoir créé « Two Nations » (comme l'écrivait Disraeli), Margaret Thatcher objecte que l'égalité avait naguère été obtenue en tirant tout le monde vers le bas, c'est-à-dire par l'appauvrissement de tous, alors qu'aujourd'hui l'enrichissement de la middle-class tirera tout le monde vers le haut.monétarisme, libéralisme                                                                                                                      …/

·       « Certains affirment que je ne fais que défendre les valeurs de la ménagère et de boutiquière. Mais je n'en ai pas honte. Le recours à ces valeurs aurait évité la faillite à plus d'un financier et les crises à plus d'un pays. » Margaret Thatcher.

·       Peter Brooke, président du parti conservateur (1988) : « L'ère de Karl Marx se termine et celle de « Marks and Spencer » commence».

·       La revue « L’Economist » terminait un article sur le bilan du thatchérisme par ces lignes : « La bourgeoisie anglaise devient de nouveau riche… sa prospérité retrouvée lui donne une confiance en soi que la Grande-Bretagne n'avait pas connue depuis Édouard VII ».

·       Les adversaires de Margaret Thatcher l'appellent T.I.N.A. (« There is no alternative »).

–         En 1982 elle a reçu les réprimandes écrites et publiques de 364 illustres économistes dont ceux de la célèbre école de Cambridge.

–         Le 10 octobre 1984, l’IRA fait exploser l'hôtel de Brighton  où elle est descendue pour le congrès du parti conservateur. Sortie miraculeusement indemne des gravats, on lui demande ce qu'elle va faire, elle répond : « Business as usual »…

–         … Et sa détermination n'a, en rien, été ébranlée, même après sa déconvenue aux élections européennes de 1989, au contraire semble-t-il.

Article paru sous la double signature de Jean Henri Calmon et de Claude Chancel dans la revue ESCAP, en septembre 1989.

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