RICM

 

           L’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier a noué depuis longtemps des liens étroits avec la Défense. On ne compte plus les conférences données par plusieurs de ses membres, comme le Capitaine de vaisseau Hugues Eudeline, spécialiste du terrorisme maritime, et Claude Chancel, grand connaisseur de la Chine, sur des sujets géopolitiques et stratégiques. De plus, l’Institut a invité à de nombreuses reprises des personnalités éminentes des Armées. Pour ne citer que quelques exemples, le 25 septembre 2007, l’amiral Chantal Desbordes venait nous entretenir de son autobiographie, Une femme amiral.  Le 26 novembre 2009, le colonel François Labuze, chef de corps du RICM, donnait une conférence sur L’armée de Terre en mouvement. Le 8 février 2011, le général Éric Bonnemaison, ancien chef de corps du RICM de 2002 à 2004, directeur des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, nous parlait de La formation de l’officier français. Le 27 mars 2012, le général François Lecointre, commandant la 9e BIMA à Poitiers, faisait un exposé intitulé De la guerre à la gestion de crise. Le 10 avril 2014, le général Vincent Guionie, commandant la 9e BIMA, et Christian Bernard, vice-président de L’Institut, organisaient une conférence-débat à la faculté de droit du campus universitaire, sous la présidence du doyen Philippe Lagrange, sur le thème : Le Mali, un an après. Le 22 janvier 2015, de nouveau, le général Guionie et Christian Bernard abordaient un autre sujet géopolitique, Le conflit en Irak et en Syrie : la course au leadership.  Le 13 décembre 2016, le général Jean Elie posait la question suivante, 1914-1918 : l’échec de la stratégie ? Le 24 avril 2017, le professeur Jean-Vincent Holeindre, directeur scientifique de l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire), exposait les grands thèmes de son livre, La ruse et la force. Une autre histoire de la stratégie.

            Depuis 2013, une équipe formée en grande partie de membres de l’Institut Jacques Cartier, a contribué à la préparation au concours de l’École de Guerre de plusieurs officiers de l’Armée de Terre et de la Gendarmerie nationale. Cette équipe comprend le Capitaine de vaisseau Hugues Eudeline, ingénieur nucléaire, les professeurs agrégés d’histoire Christian Bernard, Claude Chancel et Bernard Pénisson, le proviseur agrégé d’anglais Charles Thomas et le journaliste auditeur de l’IHEDN Henri Sciara. Il s’agissait de dispenser des cours de culture générale (initiation au fait nucléaire, à la géopolitique de l’Islam et de la Chine, à la question de la laïcité, aux caractères originaux de la civilisation européenne et à l’évolution des idées politiques depuis Machiavel). Une préparation à l’oral a également été dispensée dans le cadre du Quartier Aboville. Plusieurs officiers ont été admis au concours. Notre équipe a également assuré avec succès la préparation au concours des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan de plusieurs étudiants. Il va sans dire que tout ce travail a été fait bénévolement, pour contribuer à affermir le lien armée-nation.

            En 2012, l’Institut a donc fait une rencontre exceptionnelle, celle du général Lecointre, qui fut nommé le 19 juillet 2017 Chef d’état-major des Armées. C’est en effet une initiative du général Lecointre qui inaugure les premiers contacts avec l’Institut. Le 9 novembre 2011, François Lecointre invitait les membres de l’Institut à un exposé sur la mission des soldats français en Afghanistan, dans le cadre des salons de Blossac. L’événement comportait une exposition photographique, une ouverture par le général Lecointre, qui insistait sur le lien armée-nation, un peu distendu depuis la suspension du service national : « Notre volonté est de faire comprendre que les soldats ne sont pas des mercenaires de la République. Ils sont mandatés par leurs concitoyens. Chacun décide de la politique menée en matière de défense lorsqu’il se rend aux urnes. Il ne faut pas l’oublier. »  Avec un tel commandant d’armes, Poitiers ne risquait pas de l’oublier. Venait ensuite une présentation de l’état-major de la 9e BIMA par son chef, le colonel Henry de Medlege, qui revenait d’une mission en Afghanistan avec 2.500 hommes de la Brigade, dont 200 du RICM ; il prolongea donc son exposé par un développement tactique et opératique sur la guerre en cours. Puis le colonel Michel Goya, stratégiste chevronné, et alors chercheur à l’IRSEM, faisait une intervention remarquée avec ses réflexions stratégiques. Sensible à l’appel du général au renforcement du lien armée-nation, je lui écrivais dès le lendemain pour lui proposer de faire, au nom de l’Institut Jacques Cartier, une conférence devant l’état-major d’Aboville sur le thème suivant : « Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? » Ce que le général Lecointre accepta bien volontiers. La conférence eut lieu le 24 février 2012. Ce fut le début d’une fructueuse collaboration entre l’Institut et la 9e BIMA. D’ailleurs, à la suite de la conférence, le chef d’état-major du général Lecointre, le colonel Henry de Medlege, me demanda : « Et maintenant, pourquoi pas une conférence sur Jomini ? » À partir de cet amical défi, je commençai à travailler sur ce projet, qui se transforma bientôt en un nouveau livre, consacré à la triade Guibert, Jomini et Clausewitz.

            Fidèle à la mission qu’il s’était assignée de renforcer le lien armée-nation, le général Lecointre donna en 2012 une série de conférences au public poitevin, particulièrement aux étudiants. Le 6 février, il s’adressait aux étudiants en droit, à l’amphi Savatier, 43, place Charles de Gaulle, sur le thème : De la guerre à la gestion de crise. Il partait du poème de l’évêque Adalbéron de Laon adressé au roi Robert le Pieux (970-996-1031), fils et successeur d’Hugues Capet, sur la tripartition de la société féodale : « les uns prient [oratores], les autres combattent [bellatores], les autres enfin travaillent [laboratores]. Ces trois parties qui coexistent ne souffrent pas d’être disjointes ; les services rendus par l’une sont la condition des œuvres des deux autres ; […] » Le général y voyait la formulation médiévale du lien armée-nation. Il se fondait par là-même sur les analyses de Georges Dumézil à propos des trois fonctions des sociétés indo-européennes, puis sur les études de polémologie de Gaston Bouthoul. Il retraçait  ensuite le passage du modèle westphalien à celui des guerres actuelles, irrégulières, asymétriques ou hybrides. Il notait l’exigence pour les soldats de se battre sous le contrôle permanent des médias, d’où le surgissement du « caporal stratégique », cher au général américain Charles Krulak. En effet, l’action intempestive d’un simple soldat, transmise et amplifiée par les médias, pouvait infléchir le cours d’une opération extérieure. Le général Lecointre s’inquiétait aussi de la réduction des budgets, des formats, des niveaux, jusqu’au point de rupture. Il se demandait en conclusion comment réinventer  un  service de la nation qui soit adéquat, face à la violence et à la barbarie, éternels revenants.

            Puis ce fut la conférence officielle du général Lecointre devant le public attentif de l’Institut Jacques Cartier le 27 mars 2012. Le 2 avril suivant, c’est aux étudiants de Sciences-Po Poitiers que le général s’adressa, en présence de plusieurs vice-présidents de l’Institut, dont il remarqua la présence.  Le 28 juin, à l’occasion de l’installation du nouvel Hôtel de commandement, au 19, rue de Blossac, le général et Madame François Lecointre invitèrent les responsables de l’Institut à participer au coquetel d’inauguration. Le président Michel Richard suggéra alors au général de venir faire une conférence devant les étudiants en philosophie et en stratégie de l’ESCEM de Poitiers. Le thème retenu était toujours d’actualité : De la guerre à la gestion de crise : évolutions de notre rapport à la violence et du modèle de défense français. Le 5 octobre 2012, Michel Richard m’a laissé l’honneur de présenter le général devant les étudiants, venus en grand nombre, dans l’amphi Gaston Morin. Peu auparavant, le 13 septembre, les responsables de l’Institut avaient de nouveau été invités à l’Hôtel de commandement par le général Lecointre, qui voyait en eux un relais utile en direction du grand public et des étudiants. Enfin, le 11 octobre 2012, en partenariat avec le Conseil Général de la Vienne, le général Lecointre organisait un forum d’information sur les enjeux de la Défense, forum où l’Institut était invité. En janvier 2013, nommé chef de mission de formation de l’Union européenne au Mali, le général Lecointre quitte Poitiers pour l’Afrique sahélienne. Son trop court passage dans notre ville, avec ses nombreuses interventions devant les civils, a fortement contribué à renforcer le lien armée-nation. Wikipédia, dans la notice consacrée au général Lecointre, cite cinq articles qu’il a donnés au Bulletin de l’Institut du 2 avril 2012 au 8 septembre 2014 [Pour une culture armée, 2 avril 2012 ; L’action militaire aujourd’hui : un sens à partager, 21 avril 2012 ; De la fin de la guerre à la fin de l’armée, 5 septembre 2012 ; Le courage du soldat, 15 janvier 2013 ; Mourir pour la France, 8 septembre 2014]. Ainsi, l’Institut Jacques Cartier peut se féliciter d’avoir été l’un des rouages modestes de cette politique d’ouverture de l’armée vers la nation en secondant avec le plus grand intérêt, de sa place et à sa manière, l’activité inlassable et remarquable de François Lecointre.

            Lorsque je demandai au général Lecointre, Chef d’état-major des Armées, une préface pour mon livre, en octobre 2017, il me fit l’honneur de répondre favorablement à cette démarche, au nom du travail réalisé en son temps avec l’Institut Jacques Cartier. « Lorsqu’il y a quelques années, écrit-il, l’Institut Jacques Cartier sollicita le commandant de la place d’armes de Poitiers pour un cycle de conférences, il s’agissait […] de créer les conditions d’un échange direct et naturel entre un chef militaire et un auditoire composé d’étudiants et de membres de la société civile locale, désireux de mieux connaître leurs armées. Immédiatement séduit par cette idée, j’acceptais bien volontiers. » Et il soulignait : « Il arrive que certaines rencontres, qui ne devaient être que passagères, se prolongent à travers les projets auxquels elles ont donné corps. » Que l’Institut Jacques Cartier poursuive donc sa mission de passeur de culture, y compris stratégique, devant un public de qualité, à la fois exigeant et bienveillant.   

                                               Poitiers, le 25 janvier 2018.

                                               Bernard Pénisson, vice-président de l’Institut Jacques Cartier