Poitou

 

Le livre « Oiseaux du Poitou-Charentes« , de 432 pages (24 x 32 cm), propose un riche panorama des oiseaux du Poitou-Charentes. Livre coordoné par Michel GRANGER qui était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter la LPO pour son centenaire.

Cet ouvrage, conçu pour tous les passionnés des oiseaux, qu’ils soient naturalistes confirmés ou simples amoureux de la nature, comprend plus de 500 photographies couleur et figures, ainsi que 180 cartes de répartition des oiseaux nicheurs en Poitou-Charentes.

Il est livré avec un cédérom interactif comprenant les cartes de répartition des oiseaux nicheurs, faisant suite à l’enquête menée par les groupes ornithologiques de la région entre 2005 et 2008.

Nicheurs, migrateurs, hivernants, occasionnels… tous les oiseaux du Poitou-Charentes sont présents.

On découvre aussi dans cet ouvrage les milieux qu’ils fréquentent, l’histoire régionale de l’ornithologie, les grands paysages régionaux ainsi que l’importance de la région pour les oiseaux.

Membres de Charente Nature, du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, de la LPO France, de la LPO Charente-Maritime et de la LPO Vienne, les auteurs sont tous des naturalistes confirmés réunis autour d’une même passion : faire découvrir et protéger les oiseaux !

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André Angotti était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter son livre "Aborder facilement la complexité"

Son dernier ouvrage souhaite présenter une vision de la politique sous un angle différent.

 

 

2eme partie :La crise révolutionnaire et ses séquelles

Les premières mesures de la Constituante n’avaient pas été mal accueillies ; en témoigne la quasi unanimité des prêtres en place pour la prestation du serment à la Constitution civile du clergé. La véritable coupure s’est opérée avec la politique de déchristianisation de l’An II. Désormais tout culte était interdit ; même les prêtres jureurs, dits assermentés, étaient suspects et tout recrutement sacerdotal était devenu impossible. Quand la liberté de culte a été restaurée en 1795, plusieurs prêtres étaient morts et rares étaient ceux qui osaient reprendre leur travail pastoral. Quand la paix religieuse a été rétablie grâce au Concordat de 1801, une lourde tâche attendait le nouvel évêque, d’un nouveau diocèse, Jean-Baptiste, Luc Bailly. Malheureusement, son décès dès le 15 avril 1804 allait déboucher sur une longue période durant laquelle le diocèse manqua de direction ferme. A son arrivée, en 1819, Mgr de Bouillé trouvait une situation bien compromise.

1- De l’accord à la crise

Dans cette partie du diocèse, presque tous les prêtres ont prêté serment, ce que confirme une lettre du Directoire des Deux-Sèvres au ministre de l’Intérieur1. L’ont fait tous ceux qui relevaient des archiprêtrés de Melle et de Bouin où le pourcentage de jureurs atteint les 100%. Ce n’est que dans l’ancien archiprêtré d’Exoudun que nous trouvons deux réfractaires : Villemontée, curé de Beaussais, parti en Allemagne jusqu’en 1802 et Vagnac, vicaire de Sainte-Blandine, réfugié en Piémont. Dans les paroisses saintongeaises rattachées aux Deux-Sèvres, tous les prêtres ont prêté le serment. L’encadrement pastoral, à ces deux exceptions près, était donc maintenu. Il est difficile de connaître les raisons qui ont poussé ces prêtres à prendre une position à l’opposé de celle que préconisait leur évêque. Pour certains, les titulaires des prieurés-cures, cela représentait un sacrifice financier ; pour la plupart, il semble que leur situation matérielle n’ait guère changé. Toutefois, nous nous basons sur les revenus déclarés en 1769, donc simple hypothèse et non affirmation justifiée. Il est possible que beaucoup n’aient pas voulu abandonner des paroissiens qu’ils côtoyaient depuis de nombreuses années. Les neuf qui sont mentionnés dans un document de thermidor An VI (juillet 1798) sont dans leur paroisse ou à proximité2. C’est le cas d’André Gaignepain, de Prahecq, Belin, d’Aiffres ou Martin, de Fors, restés dans leur paroisse à titre d’instituteurs ; Gaignepain aurait repris son travail pastoral après 17953. Et nous pourrions ajouter le cas de La Chauvetière, curé de La Charrière, qui est resté durant toute la période dans sa paroisse, officiant la nuit dans son église qui avait été préservée, ou bien Levesque, curé de Verrines, caché dans sa paroisse. Mais, ont aussi prêté serment de jeunes prêtres qui venaient d’arriver dans leur paroisse : ainsi, en 1785, Augustin Hautot, à Gournay ; Julien André, à Lusseray ou Rocher, au Vert. Cette prise de position semble bien correspondre à l’attente des populations. Rappelons que le cahier de doléances de Prahecq demandait que les prêtres soient salariés et il n’est pas fait allusion à des critiques des habitants à l’encontre des jureurs.

La véritable rupture commence en l’An II avec l’interdiction de tout culte, suivie de persécutions contre le clergé constitutionnel comme à l’encontre des réfractaires. Sur ce point, nous disposons aussi du témoignage d’un paysan protestant des Deux-Sèvres : « tout culte a été interdit sur le territoire de la République4 ». Pendant de longues années, les fidèles ont été laissés sans direction spirituelle et, à la différence des Réformés, les catholiques ne pouvaient se replier sur le culte familial. En même temps, les églises, vendues pour certaines en tant que biens nationaux, ont été perdues ou vouées à la démolition. C’est le cas de celles de Mougon, Périgné, Montagné, Loubillé et Loubigné, toutes deux en 1793, Hanc, Lussay et Thorigny-sur Mignon ; les églises de Mairé et de Saint-Étienne la Cigogne ont été transformées en granges ; à Aiffres, elle sert de dépôt de bois, à Prahecq et Brûlain de magasins à fourrage. Celle de Mougon, devenue bien national, a été acquise par les protestants et transformée en temple. Par contre, celle de Tillou avait été achetée par quatre particuliers qui l’ont remise à la fabrique, la paix religieuse revenue5. Nous savons que, à la fin du siècle, l’église de La Bataille est en fort mauvais état : «  totalement délabrée », comme celle de Bouin, où y vivent pourtant trois familles. C’est aussi le cas à Chef-Boutonne ; à Augé, Loizé, Ardilleux, Villefollet l’entretien a été négligé depuis de nombreuses années6. En mars 1797, la municipalité de Chizé signale que l’église est en ruine et que le culte décadaire sera déplacé dans la chapelle de l’hospice7.

La paix religieuse revenue après les différents décrets de 1795, les fidèles ont sollicité la réouverture de leurs églises. La première pétition est celle de Marigny, le 18 fructidor An IV (le dimanche 4 septembre 1796), suivie quatre jours plus tard par Les Fosses, dont les habitants s’engageaient à faire eux même les réparations nécessaires à l’édifice. Dix autres paroisses devaient les imiter.8 Mais, les édifices étaient souvent en piteux état comme nous l’avons évoqué. A Mougon ou à Hanc, c’étaient d’anciennes granges qui avaient été transformées en chapelles ; cependant les habitants de Hanc déclarent que leur église est en bon état. Il ne suffisait pas d’un lieu de culte ; encore fallait-il trouver des desservants. Toute persécution n’était pas à exclure, comme cela s’est produit après le coup d’état du 18 fructidor An V (4 septembre 1797). Ainsi, Jean-Michel Arnauld, curé de Juscorps, jureur mais rétracté, a été déporté à Rochefort. Sur les 62 prêtres en exercice en 1789 et dont nous avons pu retracer la vie, la mort avait fait des coupes sombres : 14 décès. D’autres étaient perdus pour le sacerdoce : 5 mariés9 et 3 fonctionnaires civils ; enfin, deux étaient à l’étranger, et, semble-t-il, Louis Mellin, de Belleville, resté dans sa paroisse jusqu’en 1795 et qui serait, à cette date parti, en Westphalie. La trentaine qui restait se partageait entre jureurs convaincus et rétractés qui avaient rejoint le giron de l’Église romaine, à des dates variables, ainsi Henri Bonnet en 1796. Si la population avait accepté la prestation de serment, que pouvait-elle penser de ceux qui l’avaient rétracté ? On peut supposer que, ce qui les intéressait avant tout, c’était la célébration du culte, quel que soit l’officiant. Or nous n’avons trouvé mention que de deux prêtres en activité au 19 thermidor An VI (6 août 1798) : A. Hautot, de Gournay, jureur rétracté, et Jean Chartier, de Villiers-sur Chizé, sans oublier La Chauvetière qu’ignore ce rapport. Il se peut que, par la suite, certains aient repris leur charge mais à cette date des jureurs comme Deniort, de Villiers-en bois, jureur, ou Coraze, de Tillou, rétracté, sont qualifié de «  citoyen paisible » donc n’exerçant pas leur ministère. Au hasard d’archives paroissiales on peut découvrir d’autres desservants : ainsi un ancien Cordelier, Galand, disait la messe à Aiffres avant la nomination d’un curé en 1804.

Mgr de Saint-Aulaire était décédé en 1798 à Fribourg, en Suisse. Le diocèse manquait de tête malgré les efforts des vicaires généraux qu’il avait désignés et des vicaires capitulaires élus par ce qui restait de l’ancien chapitre10. Les prêtres étaient laissés sans directives et les paroissiens pouvaient se sentir totalement abandonnés. Le concordat de 1801 allait permettre un nouveau départ, mais dans des conditions difficiles : d’après le préfet des Deux Sèvres : «  La révolution a montré que le paysan de la plaine était moins attaché à la foi de ses pères11 ».

2- Le diocèse concordataire

Les deux diocèses de la Vienne et des Deux-Sèvres étaient réunis dans le cadre du nouveau diocèse de Poitiers, couvrant les deux départements. Il ne faut pas y voir une volonté de reconstituer l’ancien diocèse de Poitiers. Le Premier consul s’était montré moins généreux que la Constituante et désormais plusieurs départements étaient réunis dans un diocèse unique, ainsi, à proximité, la Charente-inférieure et la Vendée. Par la suite nombre de départements ont retrouvé leur diocèse, mais Poitiers n’a pas été démembré. Les cadres religieux sont désormais calqués sur les institutions civiles : les archiprêtrés correspondent aux arrondissements, les vice-archiprêtrés, ou doyennés, aux cantons. Seul, le chef lieu de canton abrite une cure ; les autres paroisses ne sont que des succursales. Les 76 paroisses de 1789 avaient cédé la place à 5 cures et 51 succursales. C’est dans ce cadre que le premier évêque concordataire, Mgr Bailly, allait réorganiser la vie religieuse.

La première condition était de disposer de prêtres en nombre suffisant. Or le recrutement était tari depuis une douzaine d’années, si l’on excepte les quelques prêtres constitutionnels, c’est-à-dire, ici, ordonnés par l’évêque constitutionnel Jean-Joseph Mestadier, mais qui n’ont guère persévéré. Il fallait ensuite passer par deux démarches : la réconciliation avec l’Ordinaire, chose faite en 1803 et 1804, et la prestation d’un serment devant les autorités civiles, préfet ou sous-préfets. Ces deux obstacles ont, apparemment, été franchis sans difficultés dans la région et, dans son mandement de l’été 180312, Mgr Bailly pouvait mettre un nom devant chaque nouvelle paroisse, Villiers-en bois excepté. La géographie des cures avait été largement modifiée par rapport à la situation antérieure : quinze paroisses d’avant 1789 avaient été supprimées et rattachées à une voisine. C’est le cas de Fontenille et Saint-Martin-d’Entraigues, Couture d’Argenson et Villemain, Bouin et Hanc, Mairé et Aiffres, Granzay et Gript … pour ne prendre que ces exemples. Dans la mesure du possible, Mgr Bailly a laissé en poste les anciens desservants ; Entraigues, Tillou, Gournay, Bouin, La Charrière, La Foye-Monjault, Chizé, Les Fosses, Prahecq, Sainte-Blandine et Fressines ont retrouvé leur curé après 13 ans d’absence. Girard, vicaire à Marigny en 1789, et Mesnard (qualifié de constitutionnel), à Périgné, restent dans ces paroisses, à titre de curés. D’autres ont retrouvé leurs paroissiens dans le cadre des fusions : H. Bouquet, de Villemain, à Couture-Villemain. Était-ce par commodité ou plus exactement pour répondre aux veux des fidèles, vox populi vox Dei ? Nous ne saurions trancher. D’autres ont été nommés dans une paroisse voisine : Pierre Fraigneau passe d’Ardilleux à Asnières, Jean-Pierre Gaultier de Villefollet à Seligné, Julien André (« excellente réputation ») de Lussay à Chef-Boutonne.

Mettre des noms ne suffisait pas ; encore fallait-il que les personnes désignées soient capables de remplir leur travail pastoral, et ce dans des conditions difficiles. Par exemple, on conçoit que Jacques Coraze, en poste à Tillou avant 1769, ait récusé sa nomination. Toutefois, il est resté dans la paroisse, assistant et sans doute suppléant le nouveau curé Pierre Moreau, car, à sa mort en 1817, deux ans après P. Moreau, il est marqué «  curé de Tillou ». Dans les archives départementales de la Vienne, on trouve maintes requêtes de curés demandant à être déchargés de leurs nouvelles fonctions. Nous n’en avons pas trouvé concernant Marché, ancien curé de Marigny qui, déjà en 1798, était qualifié de «  vieux [86 ans] et infirme ». Deux curés nommés en 1803 sont décédés l’année suivante : Motte, de Saint-Martin de Bernegoue, et Arnault, de Juscorps. Aussi, le nombre de succursales déclarées vacantes dès nivôse An XII (1804-1805)13 est de 22 (une seule dans le mandement, rappelons-le) et six ont déjà changé de titulaire.

Mgr Bailly était à même de régler les problèmes humains. L’ayant rencontré à Paris, Mgr Montault, ancien évêque de la Vienne et futur évêque d’Angers, le qualifiait ainsi dans une lettre à son ami François Sabourin «  Il est extrêmement conciliant ; c’est un prélat plein de sagesse et de bonté14 ». Est-ce pour satisfaire des fidèles qui n’aimaient pas changer leurs habitudes ? Dès 1804, il déclarait : «  Nous permettons aux Ecclésiastiques résidens dans les différentes parties de notre diocèse réunies à notre Siège de conserver leur liturgie15 ». Mais il y avait une foule d’autres problèmes à résoudre. Nous ne faisons pas allusion ici aux fabriques, institution auxquelles les Poitevins semblent réfractaires malgré l’ordonnance de Louis XVI, en 1786, ou, plus tard, les exigences de Napoléon, en 180916. Il s’agit de problèmes matériels : l’existence même d’églises, comme nous avons vu, et aussi de presbytères. C’était un souci supplémentaire pour le prélat. Son décès, après seulement quinze mois d’épiscopat, allait aggraver la situation.

3- Les années difficiles [jusqu’en 1819]

La disparition de Mgr Bailly ouvrait de nombreuses années durant lesquelles le diocèse allait manquer d’une direction ferme. Louis Mathias de Barral, évêque de Meaux avait été nommé administrateur provisoire, dans l’attente du siège de Tours. Cette nomination avait pour but de régler le problème de la dissidence de la Petite Église ; nous n’avons pas trace de décisions dans d’autres domaines. Dominique de Pradt, qui lui a succédé durant deux ans, semble plus préoccupé par sa carrière que par les soucis pastoraux17. A tout le moins, on peut mentionner un bon résultat : grâce à ses bonnes relations avec le pouvoir, il a obtenu que le nombre de séminaristes boursiers soit augmenté18. Après son départ pour le siège de Malines, son successeur, Sylvestre Bragousse de Saint-Sauveur, nommé en 1809, ne reçut jamais ses lettres d’investiture. Ses mandements portent simplement le titre d’ «  évêque nommé » et il eut le bon goût de laisser agir ses vicaires généraux, tout particulièrement Augier de Moussac, véritable cheville ouvrière des services de l’évêché19. En 1814, Mgr de Saint-Sauveur remit sa démission au Saint Père mais n’eut pas la satisfaction de se voir nommé à nouveau à Poitiers, ni à un autre siège épiscopal. Poitiers resta ainsi sans évêque titulaire jusqu’en 1817, date de la nomination de Mgr de Bouillé. Toutefois, diverses intrigues politiques au sujet du Concordat, retardèrent son investiture et ce n’est que le 5 décembre 1819 qu’il put prendre possession de son nouveau champ pastoral.

Durant cette longue période la situation n’avait cessé de se dégrader. En 1812, il n’y avait, pour tout le diocèse que 300 prêtres pour les 459 succursales. Et pourtant, le nombre de paroisses avait été réduit par rapport au projet initial : dès 1805, dans les Deux-Sèvres ; à nouveau, en 1807, pour tout le diocèse20. Par ailleurs, les conditions matérielles ne se sont pas améliorées : en 1819 il y avait encore dans les Deux-Sèvres 110 paroisses sans presbytère, 18 sans église et il aurait fallu réparer 174 presbytères et 266 églises21. D’ailleurs, même si les conditions matérielles s’y prêtaient, il aurait été difficile de trouver assez de desservants. De 1802 à 1808, Bussereau a été le seul prêtre pour les 23 paroisses du doyenné de Brioux22

En 1815, les vicaires généraux tiraient déjà la sonnette d’alarme : «  Plusieurs prêtres qu’on pourrait encore employer allèguent leur âge, leurs infirmités, les peines et dangers du ministère. Certains sont approuvés pour la confession et rendent quelques services à MM les curés ; on ne peut en attendre de plus23 ». Le nombre de prêtres disponibles se réduit ; ce n’est qu’en 1817 que les vicaires généraux peuvent caresser l’espoir d’une promotion de 15 prêtres et, jusqu’en 1822, le nombre de décès a toujours largement dépassé celui des ordinations24. Il était donc difficile de remplacer les prêtres décédés ; or, les morts sont nombreuses dans cette région où certains prêtres étaient déjà en poste dès les années 1760. En 1805, ce sont Bernard, d’Aiffres, et Motte, de Saint-Martin de Bernegoue ; en 1806, Perroche, de Paizay-le Chapt, et Bouleton, d’Aubigné ; en 1807, Mignot, de La Charrière ; en 1808, Jean-Michel Arnaud, du Cormenier, et J-J. Dillon, de Fressines ; en 1809, A. Hautot, de Gournay ; en 1810, Festy, de Vouillé-sur Niort ; en 1813, Sauzé, de Brioux-sur Boutone, et A. Gagnepain, de Prahecq ; en 1815, Lasseron, des Fosses, P. Moreau, de Tillou et Vagnac, de Sainte-Blandine ; enfin, en 1817 Claude Desprez, de La Foye-Monjault, et Amussat, de Luché25. Ce sont autant de cures qui se trouvent vacantes, et, parfois pour longtemps. Les documents disponibles depuis 1816 montrent qu’il y avait au moins 27 succursales vacantes dans la région, soit la moitié : 6 ou 7 dans le doyenné de Beauvoir, 7 ou 6 dans celui de Brioux, 6 dans celui de Chef-Boutonne et 4 dans ceux de Prahecq et de Celles-sur Belle26. Il pouvait certes y avoir des palliatifs, mais en fonction de la bonne volonté et des possibilités des prêtres en exercice : ainsi le desservant de Lusseray et Tillou, avait pris momentanément en charge Sompt, pourtant d’un autre doyenné27.

Aux paroisses, déjà agrandies par les réunions de communes, s’ajoute désormais la prise en charge de fidèles des paroisses vacantes. C’est une lourde tâche pour un clergé, souvent vieilli et en nombre insuffisant. Ce déficit d’encadrement a des conséquences graves, d’autant que, mais la critique est d’ordre général, trop de prêtres s’absentent. Dès le début de son épiscopat, Mgr de Bouillé a réagi contre ce laisser aller «qui n’était pas le cas autrefois même quand les paroisses étaient bien pourvues28 ». Les vicaires généraux le déploraient déjà en mai 1816 : « Le sacerdoce s’éteint et le flambeau de la foi semble jeter sur nous ses derniers feux. Une funeste indifférence pour le culte de nos ancêtres règne dans les palais et les chaumières29 ». Et, au cours de sa visite générale, Mgr de Bouilé ne peut que constater : «  L’ignorance, la corruption des mœurs, la perte de la foi sont les suites malheureuses de la cessation du divin Ministère30 ».

Cette crise de l’Église catholique ne profitait pas pour autant à l’Église réformée, malgré son existence désormais officielle dans le cadre des Articles organiques. Elle avait été réorganisée en consistoires, les communes de la région étant partagées entre ceux de Niort et de Melle. Elle connait les mêmes difficultés avec le manque de pasteurs : 2 au lieu des 6 prévus et la désaffection des fidèles. Pour certains, être protestant c’est s’affirmer comme non catholique sans pour autant vivre sa religion. Curieusement, c’est au moment où Mgr Bouillé commence une reprise en main du côté catholique que nous assistons à un renouveau de l’Église réformée.

Jacques Marcadé,

Professeur honoraire d’histoire moderne de l’Université de Poitiers

Consulter la carte des Deux-Sèvres dans le premier article

1 Arch. dép. Deux-Sèvres, L 45, 22 novembre 1790 «  La Constitution civile du clergé, ce district [Châtillon] excepté paraît y avoir été bien reçu, le nombre d’opposants a été très faible ».

2 Arch. dioc. Poit., X 2-12.

3 Ibidem, Prahecq, abbé Demellier, Prahecq et ses environs, Paris, reprint 1990, p. 161 – s. l. Prahecq.

4 Cité par André Benoist, Le «  grand brouillement ». Journal d’un paysan protestant à l’époque de la Révolution, Bull. Soc. Hist. des Deux-Sèvres, 1988, p. 229-248.

5 Arch. dioc. Poit., F 4/2-2. C’est une enquête menée en 1856 ; il se peut que les renseignements donnés par les curés, sur la base de traditions orales, soient quelque peu erronés. Dans quinze autres cas : Ardilleux, Juillé, Villiers-sur Chizé… ils déclarent qu’il ne reste que des ruines des anciennes églises mais sans en dater la destruction.

6 Ibidem, X 2-12.

7 Arch. dép. Deux Sèvres, L 35, lettre du 17 ventôse an V (17 mars 1797). Cette chapelle a fait, par la suite, office de lieu e culte.

8 Secondigné, Belleville, Chef-Boutonne et Javarsay, Ardilleux, La Bataille, Fontenille, Gournay, Loubigné et Tillou. Les demandes de Saint-Martin de Bernegoue et d’Ardilleux sont aussi aux archives départementales des Deux-Sèvres (L 141).

9 Arch. dioc. Poit. A 1, 8, 9. Quatre d’entre eux ont sollicité la réhabilitation de leur mariage entre 1804 et 1807 : Pierre Martin, Sébastien Genet, Mathieu Aupois et Cyril de Gaussaincourt.

10 R.P. Pattern Roué, Le Père Coudrin et la dualité de gouvernement dans l’administration du diocèse de Poitiers en 1798, Bull. Soc. Antiq. Ouest, 1938, p. 777-799.

11 Mémoire statistique du Département des Deux-Sèvres … par le C. Dupin, préfet de ce département, Niort, An IX, p. 194.

12 Tableau arrêté à Poitiers les 8 thermidor et 14 fructidor An XII (27 juillet-1er septembre 1803) et approuvé à Saint-Cloud les 25 thermidor et 23 fructidor An XII (13 août et 10 septembre 1803). Nombreux exemplaires, tant aux Archives départementales qu’aux Archives diocésaines.

13 E. Jacquin, Annuaire statistique du département des Deux-Sèvres pour l’an XII, Niort, passim

14 Arch. dioc. Poit. Papiers Sabourin

15 Ibidem, X 3-4. Mandement du 16 nivôse An XII (7 janvier 1804), p. 33.

16 J. Marcadé, Les fabriques rurales dans le diocèse de Poitiers de Mgr de Caussade à Mgr de Bouillé (1750-1840), La culture paysanne (1730-1830), Colloque du Centre d’Histoire culturelle et religieuse (24-25-26 mai 1993), Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1993, p.489-498.

17 Voir le jugement fort sévère d’Aymer de la Chevalerie dans L’épiscopat français depuis le Concordat jusqu’à la Séparation (1802-1905), Paris, 1907. Consultable en tiré à part.

18 Arch. dioc. Poit., E 1-2, MAN 1842.

19 Moussac (marquis de), Un prêtre d’autrefois, l’abbé de Moussac, vicaire général de Poitiers, 1753-1822, Poitiers, 1911. Quelque peu hagiographique.

20 Arch. dép. Vienne, 5 V 1. Lettre du 27 messidor An XV (15 août 1807) adressée aux sous préfets.

21 Jules Richard, Histoire du département des Deux-Sèvres sous les règnes de Louis XVIII et Charles X, Saint-Maixent, 1844, p. 127.

22 La semaine Liturgique, 1882, p. 295. Jusqu’en 1818, il n’y a eu que deux prêtres dans le doyenné.

23 Arch. dioc. Poit., E 1-2, MAN 1823.

24 Arch. dioc. Poit., F 1-4 et Registre des ordinations, incorporations et excorporations, 1808-1827.

25 J-M Béduchaud, Le clergé du diocèse de Poitiers. Les évêques et prêtres morts depuis le Concordat, Poitiers, 1906.

26 Arch. dioc. Poitiers, E 1-2, MAN 1823, 1830, 1836, 1841 1 et 2, 1842. Documents imprimés sur les quêtes, parfois en double mais aussi quelques lacunes. En outre, Aigonnay et Beaussais, mentionnées vacantes en 1816, n’apparaissent plus dans les tableaux suivants.

27 Arch. dioc. Poit., X 3-4.

28 Arch. dép. Vienne, 1 V 104. Circulaire du 5 octobre 1821.

29 Arch. dioc. Poit., E 1-2, MAN 1823.

30 Ibidem, MAN 1823. Pastorale du 5 octobre 1821.

 

1ere partie : La situation à la fin de l’Ancien Régime

Le point de départ de cette réflexion a été la carte dressée par le chanoine Fernand Boulard sur la pratique religieuse dans la France du XXe siècle1. Dans la partie du diocèse de Poitiers correspondant au sud du département des Deux-Sèvres, il distingue deux zones : une zone blanche, zone C suivant ses critères, où la population est détachée de la pratique religieuse, et une zone en grisé, B, où la population, de tradition chrétienne, est indifférente. Cette carte reprend les conclusions de l’enquête du Père Lapraz dans le diocèse2. Celle-ci, à l’échelle du diocèse, est surtout basée sur des critères du XXe siècle, passant en partie sous silence l’évolution antérieure. Nous pouvons, au plus, relever une allusion au sujet des élections de 1902 chez le P. Lapraz : «  le vote anticlérical est plus ancien » et ce jugement de F. Boulard, évoquant lors d’une conférence une baisse démographique à partir de 1850 : « la situation religieuse s’était déjà détériorée auparavant ». Or, dès 1850, pour qualifier la situation religieuse de cette région, c’est le mot «  Chine » qui apparaît sous la plume d’Edgard de Pranzay3 ; la comparaison est en quelque sorte officialisée dans un article de La Semaine liturgique évoquant «  cette partie du diocèse que l’on appelle «  la Chine du Poitou 4». Peu de prêtres, édifices en mauvais état, indifférence et parfois hostilité des populations, la comparaison paraissait justifiée aux yeux des contemporains. C’est à situer dans le contexte : les lettres de missionnaires poitevins, souvent reprises dans La Semaine liturgique, connaissent un grand succès5 , et dans la correspondance des curés avec l’évêché durant la seconde moitié du XIXe siècle certaines images reviennent : « pays de mission », «  honnêtes païens » voire «  modeste Chine ». Pour tenter de comprendre cette situation, nous nous sommes efforcé, dans la limite des sources disponibles, de remonter plus loin dans le passé. Pour ce faire, nous avons retenu cinq vice-archiprêtrés du diocèse concordataire6, division qui a perduré jusqu’aux réformes de la fin du XXe siècle sous le nom de doyennés, que nous utiliserons dès le début. Il s’agit des doyennés de Beauvoir-sur Niort et de Prahecq dans l’archiprêtré de Niort et ceux de Brioux, Celles-sur Belle et Chef-Boutonne dans l’archiprêtré de Melle. Cela représentait, du moins en théorie comme nous le verrons, 56 paroisses dans la configuration du diocèse de Poitiers en 18037.

Le nouveau diocèse, les deux départements créés en 1790, ne recouvrait pas le diocèse d’Ancien régime. S’il a perdu toute la frange méridionale, il conserve, dans la zone que nous étudions, 66 paroisses appartenant aux anciens archiprêtrés de Melle (49), de Bouin (8), Exoudun (8) et Niort (1). Par ailleurs, il a annexé 10 paroisses des anciens doyennés de Surgères et Mauzé-sur Mignon, du diocèse de Saintes. L’ensemble correspondait à 83 paroisses avant 1789, dans deux diocèses et sept doyennés différents. On ne saurait affirmer que c’était une région négligée par les évêques de Poitiers : Mgr de Saint Aulaire y a effectué une visite en 17698. Les visites pouvaient aussi être confiées à des visiteurs dûment mandatés : peu avant 1769, Brissonnet, archiprêtre de Saint-Maixent a visité Aigonnay et Vouillé-sur Niort. Mais c’est une région qui semble mal connue par les services de l’évêché : en témoignent les chiffres de communiants, absolument aberrants donnés dans le Pouillé de 17829. De même, l’état du clergé dressé en 180210 comporte de nombreuses lacunes et erreurs pour cette région.

Entre Poitiers et la région étudiée se trouvait une des bases solides du protestantisme poitevin, le colloque du Moyen Poitou, qui englobait un certain nombre des paroisses étudiées. Dans quelques unes, la population protestante pouvait représenter plus de 90% du total face à une poignée de catholiques. Et les conversions obtenues dans la cadre des dragonnades n’ont pas eu de véritables conséquences. En 1769, les desservants de Beaussais et de Saint-Georges de Vitré reconnaissaient que leur paroisse était quasiment protestante : 23 catholiques sur 350 habitants, dans un cas, 23 sur 600, dans l’autre. Dans la majorité des paroisses, les curés mentionnent « pas de protestants », assimilant ainsi les anciens Nouveaux convertis. Mais sont-ils, pour autant sincèrement convertis ? Le rédacteur du Pouillé semble le croire quand il mentionne 600 communiants à Celles-sur Belle, alors qu’en 1769 le curé précise : 350 communiants et 300 protestants dans les hameaux. Le fait protestant est donc un facteur dont il nous faudra tenir compte dans l’évolution des mentalités religieuses.

Pour tenter de retracer celle-ci aux XIXe et XXe siècles, il nous faut partir de la situation avant la Révolution et tenter de mesurer l’impact, direct et, surtout indirect, de cette dernière. Le conformisme légal sous l’Ancien régime pouvait masquer une certaine prise de distance à l’encontre de l’Église, en tant qu’institution. La crise révolutionnaire a fait craquer le vernis, laissant la région presque sans églises et pratiquement sans prêtres. Et le rétablissement de cadres religieux, après une absence d’une dizaine d’années, a été trop lent et trop lacunaire pour pouvoir freiner l’évolution vers une indifférence croissante.

La région au XVIIIe siècle

C’est un contraste total avec la rigoureuse organisation napoléonienne : département, arrondissements, cantons et, parallèlement : diocèse, archiprêtrés, vice-archiprêtrés devenus doyennés. Non seulement diverses juridictions découpent cette petite zone : élection de Niort élection de Civray mais certaines paroisses sont parfois partagées entre deux institutions, ainsi Prissé entre l’élection de Niort et celle de Saint-Jean d’Angély. De même, une dizaine de paroisses rattachées au diocèse de Poitiers relevaient, avant 1789, du diocèse de Saintes. Enfin, sous une unanimité religieuse officielle, deux confessions cohabitent malgré la Déclaration de Louis XIV de 171511, et bien avant l’Édit de tolérance de 1787.

1- Le cadre géographique et économique

Au point de vue géographique, nous sommes en présence de trois territoires différents. Le nord de la région étudiée s’insère dans la plaine de Niort, propre à toutes les cultures et l’élevage de gros bétail. « Le pays de plaine depuis Niort jusqu’à La Mothe-Saint Heray et continuant jusqu’à Chef-Boutonne … est très bon et très fertile, il produit abondamment du froment, du seigle, de la baillarge, de la méture et d’autres grains …Il y a aussi des prés et pacages en quantité pour la nourriture des bestiaux, chevaux et mulets, dont on fait un grand commerce12 ». Le sud du département ne bénéficie pas, au départ, de conditions naturelles favorables : sols argileux et pauvres dans l’est, terres calcaires et marais à l’ouest ; seules, les vallées de la Boutonne et de ses affluents offrent des conditions meilleures. La complexité des divisions administratives (certaines paroisses relèvent de l’élection de Niort, les autres de celle de Saint-Jean d’Angely) ne nous permet pas une vue d’ensemble. Pour une approche, partielle, nous laisserons la parole à des contemporains13. Dans 13 paroisses l’appréciation portée est sévère ; cela varie de «  terres très maigres » à Crézières ou Villiers-en bois à «  pas très bonnes » à Couture-d’Argenson en passant par «  sablonneuses et arides » pour La Foye-Monjault ou «  arides et sèches » pour La Bataille. A La Charrière «  une grande quantité de terres est inculte » et, à Marigny, les terres «  sont spongieuses, peu de récoltes ». Par contraste, les paroisses traversées par des rivières : Chef-Boutonne, Brioux, Secondigné … sont qualifiées de fertiles. Si les bleds sont recensés, en plus ou moins grande quantité, dans toutes les paroisses, à La Charrière, l’accent est mis sur le seigle. Des vignes sont évoquées en divers endroits mais surtout dans la partie occidentale sur les collines pierreuses : Augé, Saint-Étienne la Cigogne, La Charrière…. Nous sommes sur les marges de la région de Cognac et certains de ces vins sont brûlés et transformés en eaux de vie. Laissons la parole au préfet des Deux-Sèvres : «  Le sud ouest de cet arrondissement consiste en marais, ou, dans les lieux plus élevés, en terres arides, pierreuses, de très mauvaise qualité pour toute autre culture que celle de la vigne. C’est dans cette partie que l’on trouve La Foye Monjault dont François 1er buvait le vin avec grand plaisir ; il est encore assez délicat. Des propriétaires industrieux … récoltent beaucoup de vin, donnant de très bonne eau de vie qui passe dans le commerce pour eau de vie de Cognac14 ».

Ce contraste pour les cultures, nous le retrouvons au niveau de l’élevage. Les paroisses des vallées : Brioux, Vernoux-sur Boutonne, Luché … élèvent des bestiaux, c’est-à-dire du gros bétail. Par contre, vers l’ouest, la mention qui revient fréquemment est : brebis, l’animal des sols pauvres ou des maigres pâturages. La proximité de bois, ainsi que un droit d’usage, permet aux habitants de Villiers-en bois d’élever des porcs, base d’un petit commerce. A Chizé comme à Breuil, on spécule sur l’élevage avec la présence de juments poulinières. Il n’est malheureusement pas précisé si c’est pour l’élevage de chevaux ou pour celui de mulets ; de fait, la présence d’ânes n’est jamais mentionnée15. Si les pâturages sont maigres, ou trop marécageux comme à Marigny, il faut noter que, depuis le début du siècle, certains paysans se sont tournés vers des prairies artificielles ; le sainfoin, connu en Saintonge depuis le milieu du XVIIe siècle a gagné cette région, ainsi à Paizay-le Chapt 16. Ce n’est donc pas une région repliée sur elle-même : les cultures fourragères apparaissent, ainsi qu’une nouvelle céréale, le maïs, dit blé de Turquie, dans les communes du sud-est qui bordent la Charente17. Ces tentatives d’innovation sont bridées non pas par la mauvaise volonté des habitants mais par l’opposition de l’Église qui voit apparaître des produits échappant à la dîme.

L’Église est, par ailleurs, largement possessionnée dans cette région. Le plus riche propriétaire est l’abbaye de la Trinité de Poitiers : 8000 l. pour la ferme générale de Secondigné et 2000 pour celle de Villemain18. L’abbaye Sainte-Croix, de Poitiers, était aussi richement dotée. Elle possédait les seigneuries des Fosses, de La Bellotière et de Breuil Chizé, ce qui implique le droit de pêche dans la Boutonne, et des terrages au 1/6e aux Fosses, au 1/6e et au 1/8e au Breuil-Chizé. Cela n’excluait pas des rentes foncières sur les propriétés : 40 ha aux Fosses, et diverses métairies. Le fermage de l’ensemble s’élevait à 2120 l. en 1759 et à 4000 l. en 1778. Cette somme a été maintenue en 1785 mais le suffrage en eau de vie passe de 28 à 60 veltes19. Lors de sa création, l’abbaye Saint-Jean de Montierneuf s’était vue attribuer un vaste territoire autour de Couture d’Argenson, ainsi que des vignes à La Foye-Monjault20. Deux chapitres de Poitiers sont aussi possessionnés dans la région. C’est, tout d’abord le chapitre cathédral avec les fermes générales de Villemain et La Bataille (4000 l. en 1790) et celles de Loizé et des Fosses (1310 et 300 en 1728) ce qui n’exclut pas des parts de dîme dans diverses paroisses comme à Saint-Martin d’Entraigues21. Le chapitre de Sainte-Radegonde est coseigneur des Fosses (500 l. en 1728)22.

Il nous faudrait ajouter à cela les biens des abbayes de Celles-sur Belle et de Saint Maixent richement possessionnées si nous en jugeons par leurs revenus mais dont le temporel semble limité au nord de la région étudiée. Ce serait aussi le cas pour l’abbaye des Chatelliers qui, pourtant, possède une métairie à Augé et une autre à Couture d’Argenson. Malheureusement, nous ne disposons que des déclarations, fort succinctes de 172823. Les revenus de l’abbaye de Saint-Maixent étaient de l’ordre de 33 000 l., toutes menses confondues ; nous apprenons l’existence de possessions à Brioux, Fressines, Prailles, Verrines. L’abbaye Notre-Dame de Celles-sur Belle est au cœur de la région ; ses revenus étaient de l’ordre de 16 000 l. mais, en outre, ses divers prieurés-cures apportaient à leurs titulaires de revenus pour le moins conséquents : 3000 l. à Périgné, 2000 à Brioux. Les bénédictines de Saint-Maixent possédaient des terres à Aigonay. Il nous faudrait ajouter à cette énumération d’autres prieurés comme celui de la Foye-Monjault dans le diocèse de Saintes : 6000 l. à la fin du XVIIe siècle, des éléments du temporel de l’abbaye Saint-Severin, « sans moine ni couvent », au dire de Colbert de Croissy, … mais avec un abbé commendataire, la commanderie d’Ensigné … Sans pouvoir pousser plus loin l’analyse, il est néanmoins possible de conclure que l’Église était largement possessionnée dans la région.

Dans ce cadre, nous avons essentiellement de petites communautés rurales de l’ordre de 300 à 350 communiants dans le diocèse de Poitiers. C’est par commodité que nous reprenons les chiffres du Pouillé de 1782 car ils couvrent toute la région. En fait, ils sont parfois peu crédibles, le total variant du simple au double, dans les deux sens, pour une même paroisse entre 1769 et 1782. Faute de mieux nous avons utilisé cette source, la moyenne cachant de grandes disparités : 60 communiants à La Bataille et 600 à Périgné ou Pioussay. Les communautés provenant du diocèse de Saintes présenteraient une moyenne inférieure, avec deux petites paroisses de 25 feux, Prissé et Gript. La charge pastorale n’est pas seulement conditionnée par le nombre d’ouailles mais aussi par la superficie à desservir. Nous avons ici à faire à des paroisses relativement petites, plus proches des paroisses du sud de la France que des vastes paroisses du nord, critère évoqué autrefois par Pierre Chaunu. La moyenne est de l’ordre de 14 km2 mais il existe de fortes disparités : 12 paroisses ont moins de 10 Km2, et même 4 moins de 5, alors que 18 dépassent 20 km2, Vernoux-sur Boutonne atteignant même les 30. Toutes ces paroisses avaient un desservant avant 1789 et certaines avaient même, en sus, un vicaire : par exemple à Chef-Boutonne, Bouin, Marigny et Loubillé, ou un prêtre habitué : ainsi à Javarzay où le curé retraité aide son successeur. Dans la partie qui relève de Poitiers nous constatons que l’encadrement était largement suffisant. Toutes les paroisses avaient un desservant et, entre 1771 et 1786, onze vicaires ont, en sus, été en poste, même dans une petite paroisse comme Saint-Martin de Bernegoue24. Ce qui frappe, lorsqu’on consulte le tableau des nominations25, c’est la durée de résidence dans une même paroisse : Drouet est à Mougon depuis 1759, Pretet à Asnières ou Cellin à Celles-sur Belle depuis 1754, le record étant détenu par Sanault, à Aigonnay depuis 1744. Vingt sept autres prêtres étaient dans la même paroisse depuis plus de 20 ans, et même plus de 30 pour quatre d’entre eux. Dans le cours du siècle, nous pourrions prendre d’autres exemples : Rambault est resté 56 ans à Chef-Boutonne (1727-1783), Charboneau 37 à Augé (1743-1781) ou Gigou de Saint-Senne 34 à Paizay-le chapt (1747-1781). Cela laisse supposer un long contact avec les paroissiens et la possibilité d’un travail pastoral efficace. En 1769, aucune plainte contre les desservants n’a été relevée ; mais les paroissiens auraient-ils dénoncé leur curé en présence des autorités diocésaines ? De fait, la seule critique contre le curé de Beauvoir-sur Niort a été aussitôt couverte par les déclarations en faveur de celui-ci.

2- Approche des mentalités

Le préfet des Deux-Sèvres, Dupin, déclarait « La Révolution a montré que le paysan de la plaine était moins attaché à la foi de ses pères26 ». Après avoir visité cette région en 1769, Mgr de Saint-Aulaire écrivait « Dans le nombre de paroisses que nous avons déjà parcourues, nous avons été frappé de l’état déplorable où nous avons trouvé les églises de ce diocèse : nous avons presque douté de votre foi en voyant la pauvreté et la nudité de ces édifices27 ». L’énumération des critères sur lesquels s’appuie ce jugement, sans doute exagéré par provocation, est longue : églises en mauvais état, ornement sales et déchirés, parfois absents. Ainsi, les églises de Crézières, Villiers-sur Chizé, Vouillé-sur Niort et Juscorps sont «  en mauvais état » ; celle de Secondigné en «  très mauvais état », celle de Montigny «  presque en ruine ». L’église de Fors est «  fondue » et les fidèles doivent se contenter de la chapelle de l’aumônerie, qui aurait besoin de réparations. Des réparations, plus ou moins pressantes sont indispensables dans les édifices de culte de La Bataille, Beaussais, Couture-d’Argenson, Loizé, Périgné, Séligné, Villefollet et Villiers-en bois. Des réparations étaient en cours au Vert et à Marigny ; toutefois, quand on songe que, 15 ans plus tard, les exigences de Mgr de Caussade pour les vases sacrés de Luché n’étaient pas respectées, on peut douter du zèle mis à cette tâche. Dans sept paroisses : Chizé, Hanc, Loubillé, Crézières, La Bataille, Saint-Médard, l’église manque de linges liturgiques, ou bien ceux qui sont utilisés sont sales et déchirés. Ce serait oublier que ce genre de dépenses relève plus des décimateurs que des simples fidèles. Rappelons aussi que, sous l’Ancien régime, un évêque n’était pas totalement maître des nominations des curés ; les propositions, jamais récusées émanaient des patrons des paroisses. Or, sur 66, l’évêque de Poitiers ne nomme qu’à 16 ; 34 sont sous le patronage de diverses abbayes, dont celle de Celles-sur Belle (9 paroisses) ; 9 relèvent du chapitre de la cathédrale ou de ses dignitaires et les autres ont des patrons divers (le Roi, l’évêque de La Rochelle, deux prieurs). Certains documents28 nous laissent à penser que les problèmes étaient résolus par les patrons des paroisses, souvent réticents face à des dépenses.

Il est d’ailleurs significatif que les critiques qui apparaissent dans les Cahiers de doléances visent essentiellement la mauvaise répartition et le mauvais usage des biens de l’Église. Nombre de curés, simples congruistes, étaient sur le même plan que la plupart de leurs paroissiens. Si les chanoines de saint Augustin, desservant les prieurés-cures d’Asnières-en Poitou, Brioux, Paizay-le Chapt, Périgné, Tillou, disposent de larges revenus, jusqu’à 3000 l. à Périgné, dix curés, au moins, sont réduits à la portion congrue et sept autres ne la dépassent que de peu. Les cahiers de Lusseray et d’Availles-sur Chizé demandent que la congrue soit portée à 1200 l.29. En contre partie, à Availles, ils demandent la suppression de la dîme ; c’est surtout le casuel qui est visé à Beauvoir-sur Niort, Périgné, Aiffres ou Vernoux30. Certains cahiers s’attaquent nommément à des institutions ecclésiastiques qui retirent de larges revenus de la région, sans aucune contre partie, comme l’assistance aux pauvres. C’est le cas aux Fosses où l’on dénonce l’égoïsme de l’abbaye Sainte-Croix et du chapitre de Sainte Radegonde, ou bien à Secondigné et Villefollet où sont visées les Dames de la Trinité31. D’autres cahiers s’en prennent aux institutions ecclésiastiques jugées parasitaires : chanoines et communautés religieuses à Lusseray ; les abbayes en commende à Luché ; les Mendiants à Aiffres ; les ordres contemplatifs à Beauvoir-sur Niort ou, à Vinax, toutes les communautés religieuses32. Dans le cahier d’Augé, les habitants protestent contre le curé qui dîme même sur les jardins et sur le sainfoin33. Ce mécontentement, d’ordre social, a-t-il eu des conséquences sur la vie religieuse ?

A part les critiques, reflet de la réalité ou effet de rhétorique, de Mgr de Saint-Aulaire, nous ne disposons d’aucun témoignage sérieux sur ce point. On pourrait supposer que dans ces régions de vignoble les fidèles s’éloignent de la religion comme dans la vallée de la Loire, au dire des missionnaires Monfortains34, mais nous ne pouvons nous appuyer sur aucun témoignage de prêtre ou de missionnaire. Il pourrait être tentant de faire un rapprochement entre le nombre de communiants et la population de la paroisse ; toutefois, le peu de fiabilité que l’on peut accorder au Pouillé de 1782 infirme le jugement que l’on pourrait avancer. Ainsi, Secondigné passe, entre 1769 et 1782, de 150 à 600 communiants, Villiers-en bois, de 100 à 300 ; inversement, La Charrière tombe de 340 à 250 ; alors que le même curé est en poste et aurait pu fournir des renseignements précis35. On peut douter de la fiabilité du Pouillé en tant que source : Juillé, Beauvoir-sur Niort ou Luché sont toutes trois créditées de 300 communiants alors que, en 1789, les populations respectives sont de 267, 287 et 209 habitants ! Faute de mieux, et cette réserve faite, la comparaison entre les chiffres de communiants et la population des paroisses quelques années plus tard nous donnerait une indication sur la pratique sacramentelle. Le pourcentage de communiants est de l’ordre de 58% à Périgné, 50% à Paizay-le Chapt, 43% à Chizé et Breuil, 39% à Vernoux-sur Boutonne et 31% à Asnières. Si nous continuons la comparaison avec les chiffres de population retenus par les services de l’évêché de Poitiers au début du XIXe siècle, nous obtenons – avec la même réserve que ci-dessus – un pourcentage de 37% à Hanc, de 33% au Vert. Compte tenu de la source que nous avons dû utiliser et du décalage dans le temps pour celles qui sont de meilleure qualité, les chiffres que nous avançons ne sont pas totalement fiables ; tout au plus peuvent-ils indiquer, déjà, un certain détachement par rapport aux exigences religieuses. Aussi, pourrait-on simplement avancer l’idée que la religion est déjà plus pratiquée – conformisme oblige – que véritablement vécue. Pour évoquer la situation avant la Révolution, un desservant de Prahecq note : «  Le voisinage des populations protestantes, le laisser-aller, peut-être, des ecclésiastiques qui gouvernaient la paroisse, étaient causes du peu de foi qui régnait dans la localité. La majorité faisait encore ses Pâques mais la foi allait s’éteignant et l’indifférence se propageait de jour en jour36 ». Et, dans un rapport rédigé en 1847 sur sa paroisse, le curé de Vouillé-sur Niort, dénonce l’attitude des fidèles avant 1789 : respect des pratiques extérieurs mais par habitude, oubli du jeune et de l’abstinence, attitudes immorales lors des veillées37. Toutefois, trois cahiers de doléances : ceux de Fors, de Saint-Martin de Bernegoue et de Brûlain, sollicitent des vicaires pour pallier les déficiences des desservants en titre38.

3- Le problème protestant

Nous sommes sur les marges du bloc protestant du Moyen Poitou où, même au cœur du XVIIIe siècle, certaines paroisses comptaient jusqu’à 90% de protestants. Dans cette zone, ils sont minoritaires et tenter de les évaluer est pour le moins difficile : ils n’existaient pas, officiellement du moins, depuis 1715. Par ailleurs les sources sont trop fragmentaires et de natures diverses, aussi toute tentative pour établir une évolution est fragile. Nous pourrons, au mieux, tenter d’en dresser une géographie approximative, à partir d’une documentation incomplète, qui peut permettre d’évoquer l’évolution dans le siècle. Deux de ces sources nous montrent un contraste entre deux parties de la région étudiée. Les paroisses du nord appartiennent au cœur du colloque du Moyen-Poitou, zone où les réformés étaient largement majoritaires. Le centre et le sud ne connaissaient, semble-t-il qu’une implantation limitée ; d’où une évolution contrastée.

Le Rolle des Nouveaux convertis39 peut nous donner une indication sur la présence protestante au début des années 1680. Dans le nord, les abjurations, quelle que soit la valeur que l’on peut leur attribuer, se chiffrent par centaines : 450 à Prailles, 445 à Mougon, plus de 200 à Vitré, Celles-sur Belle ou Verrines. Quand nous nous écartons du noyau dense, les chiffres descendent à 48 pour Prahecq ou 86 pour Périgné. Au-delà, nous ne relevons que quelques abjurations : de une à une quinzaine, Paizay-le Chapt faisant exception avec 145. Ces chiffres peuvent, certes, nous donner une idée de l’importance des communautés protestantes mais ils témoignent, tout autant, de l’activité des « missionnaires bottés », certains ayant eu la chance de leur échapper.

Nous disposons, pour une dizaine de paroisses d’une évaluation officielle, mais avec les techniques de l’époque : la diminution de la population entre l’Édit de Fontainebleau et 1716, date de l’enquête40. A vrai dire, la diminution du nombre de feux, peut s’expliquer de deux façons : soit le départ de familles protestantes vers des zones d’accueil41, soit le regroupement de foyers fiscaux à cause de la misère des dernières années du règne de Louis XIV42. Cette interprétation ne doit pas être oubliée mais elle ne saurait, à elle seule, expliquer la chute démographique. Notons que, dans le cas de ces paysans attachés au sol, il ne s’agit pas de départs vers l’exil mais, bien plutôt, du repli sur une zone plus sure. Les renseignements donnés par le tableau de 1716 nous permettent de supposer l’existence de plusieurs communautés protestantes qui, pour leur chance, n’apparaissent pas dans le Rolle : ainsi, La Foye-Monjault et Le Cormenier auraient perdu un peu plus de 10% de leurs habitants. C’est dans le doyenné de Brioux que nous trouvons les chiffres les plus élevés : 30% des habitants aux Fosses, 27% au Breuil, plus de 15% à Secondigné ou Villefollet. A Chef-Boutonne, où il y avait un temple, la population n’a pas varié ; en revanche, Ardilleux (une abjuration) ou Ensigné (14 abjurations) ont perdu plus de 15% de leurs habitants. Tous les départs n’ont pas été déterminés par des raisons religieuses ; il faut aussi tenir compte des facteurs économiques et sociaux. Mais, n’oublions pas que nombre de protestants sont restés sur place, composant ce que l’ont appelait les Nouveaux Convertis. Nous ne pouvons avancer de chiffres mais il est possible de constater, dans ce sud des futures Deux-Sèvres, la présence de minorités protestantes, plus ou moins importantes suivant les paroisses. Et, dans le cas des Nouveaux convertis, on peut douter de leur attachement à une Église à laquelle leurs ancêtres avaient été contraints de se rallier. Nous avons un élément de réponse, avec la constatation du curé de Pioussay, en 1728 : il ne perçoit pas de casuel «  la paroisse ayant un grand nombre de nouveaux convertis »43. Malheureusement nous ne disposons que d’une dizaine de réponses pour toutes les paroisses et celles que nous avons évoquées précédemment n’y figurent point. En fait, dès le début, des réticences se sont manifestées à l’encontre de l’Église romaine. Il suffit de reprendre le jugement d’un contemporain : en 1698, sur les 17 593 Nouveaux convertis, 3411 seulement «  faisaient leur devoir ». Et, dans le tableau qu’il dresse en 1716, nous retrouvons le contraste entre le nord et le sud de la zone que nous étudions : dans le nord, Beaussais compte 50 réfractaires, Vitré 340, Aigonnay 300, Sainte-Blandine 250 ; dans le sud, où les communautés protestantes étaient moins importantes, il n’en recense que 8 à Gournay, 4 à Brioux, 2 à Périgné ou Fontenille. Mais, parmi ceux qui sont, en apparence, catholiques combien sont sincèrement convaincus ?

Il nous faut attendre 1769 et les comptes rendus de la visite pastorale de Mgr Beaupoil de Saint-Aulaire44, pour voir évoquer à nouveau le problème protestants. Neuf curés n’y ont pas fait allusion, dont ceux d’Ardilleux ou Ensigné. Vingt deux ont précisé qu’il n’y avait pas de protestants dans leur paroisse, y compris ceux de Villefollet ou des Fosses. A cette date, et d’après cette source, la présence protestante serait limitée, dans le sud, à cinq paroisses et à des effectifs fort réduits. Si l’on excepte Périgné : quatre maisons de «  religionnaires », nous n’avons que des cas isolés : un seul protestant à Chizé et à Paizay-le Chapt, deux à Brioux, et une maison à Bouin. Incontestablement, il y a eu une présence protestante dans cette région entre le Mellois et la région de Surgères. Dans le nord, au dire des curés eux-mêmes, figurent des communautés protestantes fort importantes : 400 à Aiffres, plus de 600 à Beaussais et Fressines, 800 à Prailles et plus de 1000 à Mougon. En cette période de tolérance officieuse, les curés reconnaissent l’existence du protestantisme. C’est à Prailles que s’était tenu chez Josué Pandin de Lussonnière, le 3 mars 1744 le premier synode du Désert. L’existence de maisons d’accueil pour les prédicants dans cette paroisse, comme pour les pasteurs itinérants à Vitré, était bien connue45. De ce fait, alors que la communauté protestante est bien reconstituée autour de ses pasteurs, certains chiffres du Pouillé laissent pour le moins rêveur : entre 1769 et 1782, Aigonnay serait passée de 50 à 300 communiants, Fressines de 80 à 400 ou Sainte-Blandine de 150 à 400 ! Il semble bien qu’il faille plutôt y voir le travail très approximatif du rédacteur plus que le résultat du travail pastoral des curés.

Cependant, certains descendants des «  convertis » des années 1680 sont restés dans l’Église romaine. Sont-ils pour autant devenus des fidèles, on peut en douter et nous avons là, à côté d’autres, une des causes de la montée de l’indifférence en matière religieuse46. C’était déjà la constatation d’un témoin, Jean Garran, dans un mémoire de 1729 : « Il y avoit il y a trente ans près de 18 000 nouveaux convertis dont près de 4000 faisoient leur devoir ; à présent on ne peut que dire qu’il y en a beaucoup dont la majeure partie ne savent ce qu’est une religion47 ». C’est aussi la conclusion de Marc Seguin sur la Haute Saintonge, si proche du nouveau diocèse : «  A la veille de la Révolution, un clergé de très bonne qualité mais une population catholiques et protestants mélangés qui ne savent plus très bien où est la « vérité» religieuse » et qui parfois n’a retenu que l’anticléricalisme48 ». La coexistence des deux confessions aurait-elle pu être un stimulant dans le cadre d’une «  frontière » ? Le temps des curés de choc semble bien révolu et c’est l’indifférence qui semble progresser.

Jacques Marcadé,

professeur honoraire d’histoire moderne de l’Université de Poitiers

Carte des Deux-Sèvres

1 Premiers itinéraires en sociologie religieuse, Paris, 1949.

2 Archives diocésaines de Poitiers, F 4-3, 2-2. Texte d’une conférence et rapport. Conférences de F. Boulard, à Poitiers, en 1956.

3 ibidem, Celles, s. l. Sainte-Blandine.

4 1877, p. 721.

5 Jacques Bouquet, Terres lointaines. Lettres de missionnaires poitevins aux XIX-XXe siècles, Poitiers, 2009.

6 Pour les communes nous avons repris les noms qui figurent dans le Dictionnaire des communes de France (Lavauzelle, éd. 2002) et non ceux qui figurent dans certaines de nos sources : Ansigny, pour Ensigné ; Vernou, pour Vernoux-sur Boutonne … sauf dans le cas de Saint-Martin d’Augé qui n’est devenue Boisserolles qu’en 1928. Nombre de paroisses d’avant la Révolution ont disparu et les communes auxquelles elles avaient donné naissance ont été absorbées par des voisines plus importantes : Javarzay par Chef-Boutonne ; Le Cormenier par Beauvoir-sur Niort ; Luzé par Gournay ; Fontenille par Saint-Martin d’Entraigues ; Gript par Granzay ; La Charrière par Prissé ; Mairé par Aiffres.

7 Tableau soumis à l’approbation du Premier consul (8 thermidor-14 fructidor an XI, 23 juillet, 1er septembre 1803)

8 Médiathèque François Mitterand Poitiers, mss 383 (192), Visites faites en 1769 de 257 paroisses des archiprêtrés d’Exoudun, …, Melle, Bouin … Par la suite, toutes les références datées de 1769 sont tirées de cette source. Les quatre prélats du XVIIIe siècle ont effectué une visite générale du diocèse, du moins d’après les titres de leurs mandements. En 1751, Mgr de la Marthonie de Caussade était à Ensigné ; en 1737, c’est l’official, Jean César Bramard qui a visité Aigonnay (Jacques Marcadé, Les visites pastorales dans le diocèse de Poitiers au XVIIIe siècle, Bull. Soc. Antiq. Ouest, 1997, p. 195).

9 Pouillé du diocèse de Poitiers, par un secrétaire de l’évêché, Poitiers, 1782.

10 Arch. dioc. Poitiers, X 2-4., dit manuscrit de Botneau, attribué à Brumauld de Beauregard.

11 Sur on lit de mort, Louis XIV avait supprimé le dernier article de l’édit de Fontainebleau laissant la liberté de conscience aux protestants qui n’avaient pas été convertis avant cette date.

12 Mémoire statistique de Maupéou d’Ableiges, publié par Ch. Dugast-Mattifeux, Poitiers, reprint 1976, p. 411-412.

13 Médiat. Poitiers, mss. 344 (168), sans doute du milieu du siècle. Pour les paroisses de l’élection de Niort, le rédacteur a repris, parfois au mot près, les appréciations portées dans l’État de l’élection de Niort publié par Léo Desaivre (Mémoires de la Société de Statistique des Deux Sèvres, III, 1886).

14 Mémoire sur la statistique du département des Deux-Sèvres …par le C. Dupin, préfet du département, Niort, An IX, p. 41.

15 Néanmoins, Dupin, op. cit., p. 106, mentionne l’élevage de mulets.

16 J. Marcadé, Brève note sur le sainfoin, Rev. Hist. du Centre Ouest, 2007, p. 165-166.

17 Dupin, op. cit., p. 90.

18 Arch. dép. Vienne, L 239.

19 Pour plus de détails, voir les pages que nous avons consacrées au temporel de Sainte Croix : Histoire de Sainte-Croix, Mém. Soc. Antiq. Ouest, 1986, p. 388-414.

20 Robert Favreau (sous la dir.), Saint-Jean de Montierneuf, Poitiers, 1996, p. 15. Malheureusement nous n’avons pas pu trouver dans les archives, à quelque date que ce soit, une estimation détaillée des revenus de cette abbaye.

21 Arch. dép. Vienne, L 283 – G 238, 234.

22 Ibidem, G 421.

23 Arch. dép. Vienne, G 431, 437. L’équivalent se trouve aux Archives des Deux-Sèvres (H 78, 47). Celles-ci ayant brûlé en 1805 nous ne pouvons trouver une documentation aussi riche que pour les établissements poitevins.

24 Arch. dioc. Poit., X 2-4. Liste des vicaires

25 Ibidem, X 2-5. Liste des desservants en 1789.

26 Second mémoire sur la statistique, Niort, an X, p. 194.

27 Médiat. Poitiers, cart. Saint-Aulaire, mandement pour la visite de 1773, p. 6.

28 Dans les archives de l’abbaye Sainte-Croix, des chapitres Sainte-Radegonde et Saint-Hilaire.

29 P. Boisonnade-Léonce Cathelineau, Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Civray, Niort, 1925, p.200,

27 – L. Cathelineau, Cahiers de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, Niort, 1912, p. 19.

30 Idem, p. 217, 231,

31 Idem, p. 234, 239, 274.

32 Idem, p.202, 215, 217, 299. Vinax, actuellement en Charente-Maritime, était alors une annexe d’Aubigné.

33 H. Donnelieu, Notes historiques sur le canton de Beauvoir-sur-Niort, Niort, 1912, p. 23-24. Le cahier de Beauvoir-sur-Niort est reproduit p. 107.

34 Pierre-Fr Hacquet, Mémoires des missions des Montfortains dans l’Ouest (1740-1779) publiés par Louis Pérouas , Cahiers de la Revue du Bas-Poitou, 1964. –

35 Cette remarque est aussi valable pour Fontenille (de 160 à 350 communiants) ou Les Fosses (de 300 à 500).

36 Arch. dioc. Poit., Prahecq, s. l. Prahecq. Le texte est postérieur à 1822 mais semble antérieur à 1830.

37 Ibidem, s. l., Vouillé-sur Niort.

38 L. Cathelineau, op. cit., p. 58, 67, 69.

39 Rolle des nouveaux convertis à la foye catholique, apostolique et romaine dans le diocèse de Poitiers, s. l., 1682. Ce bulletin triomphaliste est à manier avec précaution ; toutefois, il peut nous donner une idée de l’importance des communautés protestantes. Malgré le titre, y figurent aussi des paroisses des diocèses de Limoges, de Saintes (Gript) et de Luçon.

40 État de l’élection de Niort en 1716, publié par Léo Desaivre

41 Il ne s’agit pas seulement de départs pour l’exil, peu nombreux, mais essentiellement vers le nord de la région. Les pourcentages de population protestante augmentent dans les paroisses au cœur du Moyen-Poitou protestant.

42 C’est l’explication déjà avancée par un contemporain, Samuel Levesque, dans son Mémoire statistique sur l’élection de Saint-Maixent dressé en 1698, publié par Alfred Richard, Mémoires de la Soc. de stat., sciences, lettres et arts du dép. des Deux Sèvres, 1873-1874, p. 16.

43 Arch. dép. Vienne, G 431.

44 Médiat. Poitiers, ms. 383 (192), Visite de 257 paroisses …..

45 Arch. dép. Vienne, C 60.

46 C’est une hypothèse soulevée par Pierre ARCHES (Bul. Soc. Hist. et Stat. des Deux Sèvres, 1991, p. 332), que nous rejoignons totalement (conclusion de l’ouvrage Les protestants poitevins de la Révocation à la Révolution, La Crêche, 1998).

47 Cité dans A. Richard, op. cit., p. 196.

48 François-Julien Labruyère et Jean-Louis Neveu (coord.), La Haute Saintonge, La Rochelle, 2007, p. 181-182.

 

Conférence/présentation du livre

« LA SCULPTURE ROMANE DU POITOU, LE TEMPS DES CHEFS D’ŒUVRE » de:

– Marie-Thérèse CAMUS Professeur honoraire d’histoire de l’art du Moyen Age à l’université de Poitiers

– Elisabeth CARPENTIER Professeur honoraire d’histoire du Moyen Age à l’Université de Poitiers

– Jean-François AMELOT Photographe

Préface de Jacques Le Goff (Ed. Picard 2009 520pages 570 photographies)

Entretien conduit par Christian BERNARD

Christian Bernard introduit le sujet en soulignant que si ce livre est bien un livre d’art aux photographies exceptionnelles, il est aussi beaucoup plus que cela. Car dans la mesure où s’y retrouvent les analyses conjointes d’une historienne et d’une historienne de l’art, il apporte un éclairage rarement donné sur le monde qui a produit ces chefs d’œuvre et sur la façon dont il en a favorisé l’éclosion.

Puis il laisse la parole aux trois auteurs.

Marie-Thérèse Camus, qui est à l’origine du projet, en rappelle la genèse et insiste sur l’amitié qui a uni ceux qui l’ont mené à bien.

Elle met en valeur l’importance de la floraison romane du XIIème siècle mais aussi les difficultés que soulèvent, pour toute interprétation, l’absence de noms, de dates, de textes ainsi que l’ampleur des chaînons manquants … la disparition de nombreux cloîtres par exemple …

Elle dit aussi combien, dans cette production, se trouve affirmé le désir de l’Église de diffuser un message qui va à l’essentiel par des images fortes : montrer que le Christ est à la fois Dieu et homme (Notre-Dame la Grande … mise au tombeau de Melle …). Et cela sans que soit pour autant bridée la liberté de l’artiste ou diminué le souci de mieux adapter l’expression à la spécificité d’une église ou de son public.

Elle montre enfin qu’on a à faire à une aire artistique cohérente, avec ses chantiers organisés, ses ateliers et dedans, de très grands artistes (à Aulnay, Civray, Poitiers …)

* Elisabeth Carpentier, pour sa part, insiste surtout sur le lien, plus étroit qu’on ne le pense souvent, entre la création artistique et la grande histoire : le temps de ces chefs d’œuvre est bien celui de la réforme grégorienne, le déplacement des zones d’influence artistique joue avec les basculements politiques (du Sud vers le Nord) et les glissements des centres économiques (de l’Est vers l’Ouest et la mer) …

Les spécificités de la vie privée se dessinent avec une surprenante précision, dans le divertissement comme dans le travail (toute la gamme des instruments de musique et celle des outils) et il y a bien une mode féminine qui a ses caractères propres au XIIème siècle…

Enfin, une histoire des mentalités peut aussi se lire : volonté d’embellir la maison du Seigneur et de l’offrir aux fidèles dès la décoration extérieure mais à la fois peur du péché (la séduction, les différents vices) qui conduit à l’enfer et aussi goût manifeste pour le monstrueux et cela n’est pas sans poser à l’historien une véritable interrogation.

*  Jean-François Amelot, enfin, dit ce qu’a été pour lui le travail de la photo. Avec des photos très précises et très … éclairantes !, il montre les contraintes du temps (travail du matin ou du soir, temps ensoleillé ou nuageux …), l’importance de l’éclairage, de sa force et de son positionnement par rapport au sujet, le jeu de la couleur et celui de la proximité (c’est de très près qu’on peut voir l’épine sortir du pied du « tireur d’épine » !). En fait, ce n’est qu’au prix d’une véritable intimité avec l’œuvre d’art que peut se faire le travail photographique…

 

1-  La paix est-elle possible en Palestine ? par Jean-Henri CALMON (conférence)     


2- Portraits de Pechkoff (1884-1966) par Francis HURE
    

 
3- Les défis de la bioéthique par Alain Claeys (conférence)
    


4- Le courage du bon sens pour construire l’avenir autrement par Michel GODET
    

 5- Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? par Bernard Pénisson (conférence)    

6-Ces Messieurs de Saint Savin par Frédéric DEBIAIS 

7- La volonté de puissance par  J-Y MEZERETTE 

8- Histoire du café par Jean-Pierre CLEMENT 

9- Eloge de l’individualité par Ph.SOUAl 

10- La Chine pâr J.-P. RAFFARIN et Cl. CHANCEL 

Les défis de la bioéthique Alain Claeys

Synthèse de la présentation donnée le 6 novembre 2009 par Alain Claeys, député-maire de Poitiers, Président de la commission parlementaire en charge du projet de loi prévu pour 2010. Résumé par Stéphanie Avril

 À la veille d’une révision de son cadre législatif, Alain Claeys a tracé un portrait des principes et nouveaux enjeux relatifs à la recherche sur le vivant et à ses applications. 

Apparue en 1947, lors du procès de Nuremberg, la bioéthique renvoie à la protection de l’être humain dans sa dignité et son identité. Depuis 1994, la loi relative au don et à l’utilisation des éléments du corps humain a posé les premiers jalons du droit actuel parmi lesquels figure le principe d’indisponibilité du corps humain, visant à interdire la vente d’organes. C’est en 2004, lors de la première révision de la loi sur le don médical et l’assistance à la procréation, que le terme de bioéthique apparaît pour la première fois en droit français. Dans son acceptation prescriptive, la bioéthique se décline selon trois principes fondamentaux : le droit du chercheur en biologie et en médecine, le droit du patient à disposer librement de son corps, et le droit du corps humain, dont l’intérêt doit prévaloir sur celui de la société et de la science.  

La recherche cellulaire 


La connaissance des cellules, et plus particulièrement celles touchées par les mécanismes de la dégénérescence, constitue un enjeu scientifique majeur. Qu’elle concerne les cellules souches adultes, embryonnaires et aujourd’hui, celles passant du stade adulte au stade embryonnaire, les cellules souches pluripotentes induites (iPS), il convient mieux de parler de recherche médicale plutôt que de recherche fondamentale. L’objectif de cette médecine réparatrice émergente consiste à remplacer des cellules malades, détruites après traitement, par ces nouvelles cellules aux potentialités plus grandes. Autorisé depuis 2002 à partir de cellules surnuméraires, ce domaine de recherche s’opère en France sous le contrôle de l’Agence de Biomédecine, dont le rôle consiste à maintenir ses applications dans un cadre strictement thérapeutique.

  

La procréation médicalement assistée

 


A l’heure actuelle, le recours à la transplantation d’un embryon n’est admis que pour des raisons médicales liées à l’infertilité et uniquement au sein d’un couple hétérosexuel. La procréation médicalement assistée, et en particulier la gestation pour autrui (GPA) fait débat en France tandis qu’elle s’observe déjà dans certains pays frontaliers et au-delà. L’apparition de cette nouvelle pratique place la filiation dans un rapport contractuel et engendre une marchandisation du corps de la femme. D’autre part, le statut de l’embryon puis du nouveau-né est remis en question. À cette instrumentalisation du progrès scientifique, la bioéthique préfère l’adoption, une alternative dont il faut rapidement repenser le processus.

  

Le code génétique

 


Grâce à l’informatique, une révolution biotechnologique est en marche. Ainsi, la recherche sur le génome humain, la thérapie génétique ou encore les neurosciences sont autant de nouveaux champs d’expérimentation. Parmi ses applications, la thérapie génétique permet à présent des diagnostics pré-implantatoires sur l’embryon. En France, trois centres (Clamart-Neker, Strasbourg et Montpellier) sont autorisés à formuler ces diagnostics qui nécessitent un encadrement strict, sous peine de dérives eugénistes. Toutefois, la mise à disposition sur Internet de tests génétiques dont l’objectif premier est marchand, menace le principe de respect de la dignité humaine. En 2006, ce problème a été examiné par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) au niveau des cellules souches et autres lignées cellulaires. En outre, l’encadrement des sentiers de la recherche sur le cerveau est sujet à controverse alors qu’elle sert déjà des fins juridiques outre-atlantique.

  

Écrire a priori une législation adaptée à la recherche publique et caractérisée par un attachement à la notion de gratuité du corps, tels sont les enjeux de la bioéthique ; son rôle devra être déterminant, au regard du basculement des valeurs du qualitatif vers le quantitatif engagé, depuis la prise de conscience du pouvoir démesuré que la science offre aujourd’hui à l’homme, sur son propre devenir.   

 

La paix est-elle possible en Palestine ?

Jean-Henri CALMON     

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 29 Janvier 2009, par Jean-Henri CALMON, Agrégé de l’Université, historien, politologue, président de la Commission d’information de la Centrale de Civaux.

Résumé  

JHC compare le territoire de la Palestine à ceux du Poitou-Charentes et de la Vienne. Il fait un rapide retour sur l’histoire. Les Juifs sont chassés de Palestine en 135 après JC, les Arabes y arrivent au début du Vile siècle. En 1880, la Palestine compte 500 000 Arabes et 35 000 Juifs. Il montre que la création d’un Foyer National Juif (1922) et d’Israël (1948) contrevenait au principe, édicté par la SDN et par l’ONU, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais les souffrances infligées à la communauté juive par les nazis justifiait, aux yeux de l’ONU, la création de l’État hébreu, programmé depuis le début du siècle [en 1948, il y a 1350 000 Arabes et 650 000 Juifs dans la Palestine historique]. Les États arabes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme une injustice, ce qui explique les guerres qui s’ensuivent. Celle des six jours (1967) a des conséquences incalculables : Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-est, le Golan, le Sinaï, sont occupés par Israël (Le Sinaï sera restitué à l’Égypte en 1982) et des colonies juives sont implantées sur ces territoires. Cette colonisation constitue un des problèmes majeurs à résoudre aujourd’hui avec les réfugiés (4 millions dans les pays voisins),les frontières, l’eau, Jérusalem.  

En 1988 Arafat annonce que les Palestiniens acceptent de créer un État conformément aux résolutions antérieures de l’ONU sur les 23 % du territoire qu’on veut bien leur concéder, c’est reconnaître, de facto, l’existence d’Israël. Les accords d’Oslo vont dans ce sens et donnent une date butoir pour y parvenir : 1999. Mais Israël fait tout pour retarder cette échéance :il se retire de Gaza, tout en maintenant l’isolement de ce territoire, isole par la construction d’un mur la Cisjordanie où la colonisation se poursuit et où les vexations et humiliations à l’endroit des Palestiniens se multiplient. Les tergiversations du gouvernement israélien à accepter la création de l’Etat palestinien ont permis au Hamas, mouvement extrémiste qui refuse de reconnaître l’Etat hébreu, de s’implanter en Palestine, et de s’opposer à l’Autorité palestinienne qui souhaitait l’exécution rapide des traités. En 2007, le Hamas prend le pouvoir à Gaza et en chasse les représentants du président palestinien, Mahmoud Abbas. Le Hamas souhaite faire de Gaza une vitrine de son savoir faire mais il faut, pour cela, qu’Israël mette fin au blocus du territoire. Il espère l’obtenir en suspendant les tirs de roquettes et d’obus de mortier sur son voisin et accepte, à cet effet, la trêve négociée par l’Egypte le 19 juin 2008. N’ayant pas obtenu satisfaction, il reprend ses tirs(qui n’avaient pas complètement cessé) avec les conséquences militaires dramatiques auxquelles nous assistons en ce moment même.  

Jh C montre qu’en dépit de la Feuille de route, de la conférence d’Annapolis, la communauté internationale, et d’abord les États – Unis, n’a pas eu le courage de forcer Israël à respecter ses engagements. L’Union européenne qui assure, à plus de 50%, l’aide matérielle au peuple palestinien, a manqué de fermeté à l’égard d’Israël. En revanche, il se félicite des propositions extrêmement novatrices faites en 2002, et renouvelées en 2007 par la Ligue arabe unanime, les 22 États, la composant étant disposés à reconnaître Israël. Il s’étonne du silence médiatique qui entoure cette résolution.  

En conclusion Jh C estime que Barack Obama sera, en matière de politique étrangère, jugé sur sa capacité à régler ce problème qui commande tous les autres au Moyen Orient et dont dépend la paix du monde. Il rappelle que le droit à l’existence, pour Israël, n’est bien sûr, pas négociable.  

PALESTINE : de quoi parle-t-on ? (comparaison territoriale + densité)
PALESTINE = ISRAËL + CISJORDANIE+ GAZA
un territoire légèrement supérieur en superficie à la région Poitou-Charentes (1500 km2 de plus)
ISRAËL = un territoire inférieur de 4740 km² à la région- d = 337
CISJORDANIE = territoire inférieur de plus de 1000 km2 à celui du département de la Vienne – d = 335.
GAZA f un territoire de 360 km2 soit 19 fois plus petit que le département de la Vienne. La densité la plus élevée du monde : 3601 !    

Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? Bernard Pénisson

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 17 novembre 2008, par Bernard Pénisson, agrégé et docteur en histoire, et auditeur de l’IHEDN.

Résumé  

Pourquoi s’intéresser encore à Cari von Clausewitz au XXIe siècle ? Critiqué par les uns comme responsable de la conduite des deux Guerres mondiales, encensé par les autres comme le plus grand théoricien de la guerre, Clausewitz reste-t-il toujours au cœur de la réflexion stratégique ?
Après une brève biographie de Clausewitz (1780-1832), qui s’est heurté à Napoléon en 1806 lors de la campagne d’Iéna, et en 1812 lors de celle de Russie, avant de devenir directeur de l’École de guerre de Berlin, le conférencier retrace les sources d’inspiration du général prussien, qui sont aussi bien Frédéric II et Scharnhorst que Kant et Montesquieu, puis il esquisse le plan et l’objectif du Traité De la guerre ( Vom Kriege).  

Vient alors l’étude fondamentale de la nature de la guerre, cette « étonnante trinité » qui met en relation permanente le peuple, l’armée et l’État. La guerre est aussi le domaine de la friction, du danger, de l’incertitude et du hasard. La guerre, qui est un instrument subordonné de la politique, aurait donc pour but l’anéantissement de l’ennemi, ce qui signifie surtout qu’il faut placer l’adversaire dans l’impossibilité de poursuivre le combat.  

Clausewitz, dont certains font un adepte de l’offensive à outrance, accorde dans son Traité le primat à la défense active, formée de contre-offensives menées contre un ennemi qui vient d’atteindre « le point culminant » de son attaque. Il est aussi un brillant théoricien de la guerre populaire au point d’influencer Mao Zedong. Il a également inspiré les stratèges de la dissuasion nucléaire par son analyse pénétrante de la montée aux extrêmes et sa référence sous-jacente à la notion de guerre absolue. Le premier extrême est constitué par une violence réciproque qui peut devenir sans limites ; le deuxième extrême, c’est la lutte réciproque jusqu’à l’anéantissement de l’adversaire ; le troisième extrême est représenté par l’escalade réciproque des moyens et des volontés. La guerre absolue, qu’il ne faut pas confondre avec la guerre totale, est un concept philosophique qui sert de point de repère à celui qui veut comprendre la guerre.  

Un grand débat agite enfin les commentateurs français de Clausewitz : la guerre absolue, concept d’analyse théorique, peut-elle devenir réelle ? Raymond Aron, l’optimiste répond par la négative ; pour lui, la logique de la politique doit toujours prédominer sur la grammaire de la guerre. Emmanuel Terray, le réaliste, estime que la guerre absolue est possible en échappant au contrôle du pouvoir politique. René Girard, le pessimiste, croit à son inévitabilité, dans la mesure où « la montée aux extrêmes s’impose comme l’unique loi de l’histoire. »  

Le conférencier termine son exposé en citant Jean Guitton : « Si la métaphysique est la part la plus haute de la pensée, c’est la stratégie qui lui correspond dans le domaine de l’agir. » La pensée et la guerre.