Poitiers

 

En fin de conférence, un temps sera dédié à la dédicace du livre (à vendre sur place)

Ce beau livre s’adresse au grand public désireux de bien connaître l’histoire de Poitiers. Ecrit par deux auteurs passionnés, il montre l’évolution de la capitale du Poitou depuis les temps antiques jusqu’à nos jours. Soucieux de rigueur historique, Jean Hiernard et Jacques Pasquier parcourent les siècles qui ont modelé Poitiers.

De nombreux encadrés complètent le récit chronologique, éclairant un épisode marquant ou une anecdote significative. Le livre est richement illustré : plans, documents anciens, reproductions d’œuvres et photos des monuments et sites révélateurs d’une histoire aussi dense que mouvementée.

Le passé de Poitiers est un condensé d’Histoire de France. La capitale gauloise des Pictons est construite sur un plateau rocheux à la confluence des rivières Clain et Boivre. Cité gallo-romaine – appelée Limonum –, elle est un haut lieu de l’Aquitaine du IIe siècle. De la spiritualité des premiers siècles du christianisme à l’art roman, il n’y a qu’un pas que franchissent les bâtisseurs aux XIe et XIIe siècles dans la capitale des comtes de Poitou-ducs d’Aquitaine.

Durant la guerre de Cent Ans, la ville est reprise aux Anglais en 1372 par Du Guesclin. Charles VII y installe sa cour de 1418 à 1436. En 1429, Jeanne d’Arc y est confrontée aux théologiens. Au XVIe, la ville est un enjeu des guerres de Religion. Les troupes protestantes de l’Amiral de Coligny l’assiègent en vain en 1569, avant que la Contre-Réforme catholique ne s’y épanouisse au XVIIe. A partir du XIXe siècle, Poitiers s’ouvre au monde moderne.

  • Année d'édition : 2016
  • Edition : Reliée
  • Format : 19,3 x 26 cm
  • Isbn : 978-2-36746-618-7
  • Nombre de pages : 246

Prix : € 29,90.

 

 

 

Jean Hiernard, professeur honoraire d’Histoire ancienne à l’Université de Poitiers, et Jacques Pasquier, journaliste honoraire, publient chez Geste éditions un beau livre consacré à l’Histoire de Poitiers*. L’ouvrage s’adresse au grand public désireux de bien connaître le passé de la ville. Soucieux de rigueur dans leur évocation historique, les deux auteurs passionnés par leur sujet parcourent les siècles sans omettre la complexité qui préside souvent à l’aventure humaine.

Les chapitres s’enchaînent, liés par le mouvement chronologique. Aux grandes périodes (entre autres : l’Antiquité et le haut Moyen Age, l’époque des comtes de Poitou-ducs d’Aquitaine, la guerre de Cent Ans et le mécénat de Jean de Berry…) succèdent les siècles qui, à partir du XVIe, occupent chacun un chapitre entier. Le récit linéaire est ponctué par de nombreux encadrés qui éclairent un personnage, un événement, une analyse, une anecdote marquante (tels ce poème de Guillaume IX dit le Troubadour, l’interrogatoire de Jeanne d’Arc en 1429, les zouaves pontificaux au XIXe, le démantèlement du réseau Renard pendant la Deuxième Guerre mondiale)…

Le livre est abondamment illustré par des plans, des portraits, des reproductions d’œuvres et de documents d’époque, des photos anciennes et contemporaines de monuments et de sites… L’iconographie provient notamment de la Médiathèque et des Musées de la Ville de Poitiers, des Archives départementales de la Vienne. Quatre cartes originales (conçues par Jean Hiernard) présentent l’état de Poitiers durant l’Antiquité puis le Moyen Age, les édifices religieux (des temps antiques au XIXe) et le désenclavement de la cité (XVIIIe-XXe siècles). Un soin particulier a été apporté aux légendes qui se veulent précises et informatives.

Jean Hiernard et Jacques Pasquier montrent bien comment le riche passé de Poitiers est un condensé d’Histoire de France à laquelle les Poitevins ont contribué à plusieurs reprises au fil des siècles. Voici comment l’ancienne capitale gauloise des Pictons, édifiée sur un plateau rocheux à la confluence de deux rivières – le Clain et la Boivre –, est devenue une florissante cité gallo-romaine (Limonum), haut lieu de l’Aquitaine du IIe siècle, puis la capitale des ducs d’Aquitaine et un écrin pour l’art roman au Moyen Age, avant d’être un enjeu des guerres (de Cent Ans, de Religion) et la cité emblématique de la Contre-Réforme catholique. L’ex-capitale du Poitou-Charentes au XXe siècle est aujourd’hui un pôle incontournable de la grande région Nouvelle-Aquitaine.

*Histoire de Poitiers, Geste éditions, 246 p, 29,90 €.

Jean  Hiernard et Jacques Pasquier

 

Un prélat dans la tourmente de l’Église.

Si Monseigneur Pie était vénéré de son vivant à l’égal d’un Père ou d’un docteur de l’Église, il fut relégué dans l’ombre, comme bien d’autres par l’institution religieuse, lorsque celle-ci estima qu’il existait un décalage par rapport à ses positions.,À Poitiers, l’influence de Mgr Pie s’est prolongée bien au-delà de son épiscopat pourtant aujourd’hui, le temps et le dénigrement ayant fait leur oeuvre, le rôle joué par cet évêque a été minimisé. Maurice Mathieu et la Société des antiquaires de l’Ouest ont décidé de remettre en lumière cet homme, sa place et son activité prépondérante dans la vie de Poitiers.

À la veille du premier conflit mondial, le souvenir de Mgr Pie, surnommé alors « L’Hilaire du XIXe siècle », reste entretenu par une littérature franchement hagiographique. Ensuite le silence commence à s’instaurer, et la mémoire du prélat n’est plus guère conservée qu’à travers des notices de qualité dans des dictionnaires de biographie ecclésiastique et qu’au sein de cercles traditionalistes.

La rupture que scelle le concile de Vatican II entre l’Église contemporaine et celle du XIXe siècle plonge dans un oubli presque complet les figures magistrales de l’Église post-révolutionnaire. L’oblitération est si bien accomplie qu’un très récent ouvrage d’histoire, concernant l’époque de Mgr Pie, omet même de citer ce dernier. À dire vrai, l’omission plus ou moins systématique de l’évêque de Poitiers ne résulte ni de l’effet du temps qui passe ni d’une dévaluation de l’intérêt scientifique qu’offre l’étude du plus long épiscopat poitevin du XIXe siècle. Cette omission volontaire et réprobatrice provient du changement de perception qu’opère un clergé pressé de se distinguer de son devancier, mobilisé à quelques exceptions près dans l’endiguement de la modernité, et suivant des orientations souvent radicalement différentes de celles d’aujourd’hui. 

Or, à n’en pas douter, l’évêque-cardinal de Poitiers est l’une des incarnations les plus réussies d’une Église sur la défensive et essayant de reconquérir des territoires perdus ou qui menacent de l’être.

·      Mais quelles que soient ses intimes déterminations, l’histoire ne saurait céder à des a priori idéologiques voire circonstanciels où se couler dans un moule façonné par les doxa à la mode, et des grilles de lecture probablement décalées par rapport à la temporalité de l’objet de son étude. L’actualisation des travaux sur Mgr Pie, dont, pour plusieurs, l’antécédence ne saurait être cause d’annulation, méritait d’être tenté en profitant des acquis cognitifs et méthodologiques réalisés et en prenant en considération les interrogations sans cesse renouvelées sur la matière historique.

v    « L’historisation » de Mgr Pie tient évidemment à la coïncidence de son épiscopat avec l’une des phases critiques de la vie de l’Église de Rome. À cause des effets de la diffusion d’un libéralisme polymorphe et de la menace d’une sécularisation à travers ses institutions sociales et morales, c’est bien à l’une de ses crises les plus pernicieuses que le catholicisme a été confronté – tant il a été ébranlé dans ses fondements – et que le monde ecclésiastique doit tenter de résister. Une crise longue puisque née, de la Réforme protestante, accentuée sous le pouvoir dissolvant du rationalisme philosophique aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis amplifiée à des dimensions imprévisibles par la Révolution, qui se prolonge, sans s’achever au XIXe siècle, portée par l’ensemble des diffluences post-révolutionnaires.

·       Face à ce séisme d’une magnitude, inégalée peut-être, Louis-Édouard Pie, tel l’athlète qui se redresse pour repousser l’adversaire qui l’a fait plier, s’engage sur un triple plan diocésain, national et international, dans un combat qui vaudra à ce « fils du peuple » (enfant d’un cordonnier rural) d’avoir place dans la galerie des acteurs majeurs de l’histoire religieuse. Son action a pour ligne directrice la restauration de l’unité catholique sous l’autorité romaine exercée à la fois dans ses modes spirituel et temporel. Ainsi le chef du diocèse de Poitiers rentre-t-il dans l’histoire comme champion de l’ultramontanisme dont René Rémond énumèrera les ingrédients :

« La référence à Rome irradie tout : pensée, piété, discipline, liturgie, culture, politique, société »[1].

Un ultramontanisme dont Taine disait qu’il était la planche de salut pour un clergé abattu par la perte de sa puissance et de ses repères.

·      La mise en œuvre du programme au niveau du diocèse consistera à accélérer une reconstruction entamée sérieusement dès après l’Empire, par les prédécesseurs de Pie, en s’appliquant à l’unification spirituelle (éradication de l’impiété, de l’hérésie protestante, de la dissidence de la Petite Église) en régulant les esprits quasi militairement, dira-t-on, (éducation religieuse, modélisation de la formation du clergé, exaltation de la vie monastique). Conformément à l’optique ultramontaine, rapprochant l’exercice de l’autorité pontificale et l’élan populaire religieux, la religion sera mobilisatrice et démonstrative d’où le désir de Mgr Pie de doter son Église d’une visibilité triomphante. À cette fin, l’évêque favorisera l’investissement religieux de l’espace public (il sera un évêque bâtisseur ou rénovateur d’édifices cultuels) en promouvant l’art religieux, en créant une « Église-spectacle » au moyen de cérémonies magnifiques et d’imposantes processions, du retour à l’ancienne liturgie et de l’investissement affectif (culte marial, dévotion aux saints locaux, pèlerinages aux sanctuaires diocésains ou extérieurs).

·       Embrassant l’ensemble de la catholicité, l’action épiscopale valorisera la romanité catholique par la prédication de ses vérités et par la stigmatisation des « erreurs du temps » au nombre desquelles sont à mettre l’anthropologie révolutionnaire qui déifie l’homme et à laquelle l’évêque de Poitiers oppose la précellence de la Révélation, le naturalisme et ses multiples dérives (déisme, panthéisme, athéisme, philosophisme, libéralisme, utopies millénaristes).

Trois circonstances permettront de mesurer le poids de Mgr Pie dans son appui à la cause doctrinale du pape Pie IX et au rehaussement de son autorité : la proclamation de l’Immaculée Conception en 1854 à laquelle le prélat de Poitiers donnera une ampleur particulière, la publication des textes de 1864 (encyclique Quanta Cura et son complément le Syllabus) qui reflèteront passablement l’influence poitevine, le dogme de l’infaillibilité pontificale au concile de Vatican I en 1870 où on pourra découvrir les efforts du futur cardinal favorablement au souvenir pontife.  

·      L’intervention de Mgr Pie sur la scène diplomatique répond à plusieurs de ses préoccupations, notamment celle de servir de « défenseur principal » au pontife de Rome enfermé dans une conjoncture qui présente des perspectives inquiétantes en posant la double problématique de l’Unité italienne et de la Question romaine. L’évêque appréhende l’interaction de ces problèmes péninsulaires. L’unification territoriale, aspiration du nationalisme italien galvanisé par le Piémont-Sardaigne avec la complicité ou la passivité des Européens aboutirait, en cas d’achèvement, à liquider le pouvoir temporel du pape, souverain des États pontificaux, et du même coup, à affaiblir son pouvoir temporel imbriqué dans le premier depuis les lointains du Moyen Âge. À terme, une réaction en chaîne ruinerait l’équilibre européen amputé de ses étais, l’Autriche-Hongrie, chassée d’Italie et la puissance politique du pape, et déstabilisé par la montée de la Prusse qui obsède Mgr Pie au regard de la sécurité de la France.

Le déroulement des événements justifiera le pessimisme épiscopal, en tant qu’il rappellera le rétrécissement d’une peau de chagrin, au fur et à mesure que la marge de résistance du pape et de ses soutiens s’amenuisera, avant d’aboutir à la réduction de la puissance pontificale aux limites quasi lilliputiennes d’un espace théoriquement sanctuarisé, et à la disparition totale de l’autorité temporelle du chef de l’Église. Entre-temps, la mobilisation suprême du prélat poitevin entraîné dans un conflit franco-français au relent de chouannerie et exposé à la vindicte gouvernementale aura la fière allure des combats pour l’honneur, perdus avant d’être engagés.

v    Généralement, les historiens plutôt sensibles à une évolution « progressiste » de l’Église jugent assez négativement le rôle de Mgr Pie. Il apparaît pourtant que plus d’un échec global, il faut parler d’un bilan contrasté compte tenu du potentiel réel d’efficacité dont il disposait. À son débit, peut-être, un certain « autisme » politique qui lui interdit de prendre en profondeur toute la mesure des choses, ses encouragements à l’intransigeance du comte de Chambord et à son renoncement de 1873 ; également le manque de résultats dans son action diocésaine (notamment pour ce qui est de l’unité confessionnelle). Mais l’impuissance des constituants de 1871 à restaurer la monarchie, la déchristianisation croissante, les difficultés des catholiques en bien des pays en voie de sécularisation et même les troubles sociaux à consonance révolutionnaire sont les symptômes de la persistance d’une crise qui affecte globalement le monde conservateur et catholique, et que ressent douloureusement l’évêque de Poitiers, atteint aussi en tant que personne après 1870, par les maux et les peines qui accompagnent, cruellement dans son cas, le vieillissement. S’il y a échec du cardinal, c’est que celui-ci, comme le dira un de ses anciens séminaristes, le républicain abbé Frémont, illustre superbement par son rejet, apparemment implacable, de 89, l’inadaptation de son Église, celle de l’ultramontanisme, au siècle[2]

·      Une fois les comptes arrêtés, prévaudrait, semble-t-il, l’image d’un prélat glorieux (promoteur de la dévotion au Sacré-Cœur, intermédiaire entre Rome et Paris, la pourpre cardinalice) et réactionnaire par son projet d’un ordre chrétien régissant le monde. Un ordre chrétien alliant le surnaturel et la réalité terrestre, soumis à la royauté sociale du Christ (Pie porte-drapeau de la doctrine du Christ-Roi), mais n’induisant pour la gestion du temporel ni théocratie ni absence de liberté. Contrairement à la conception individualiste des révolutionnaires qui selon Pie après Bonald a conduit à couvrir la France de prisons ; la vraie liberté n’existe que dans une relation de solidarité à l’intérieur d’une société hiérarchisée et assez proche de celle de l’Ancien Régime qu’on rajeunira au besoin. Intégré à l’ordre chrétien, l’hyperpatriotisme du prélat, durement éprouvé par le désastre de 1870-1871, qu’il avait pressenti, est formulé en ce qu’on peut appeler un « national-catholicisme » dont l’acte de naissance n’est autre que le pacte conclus par Clovis entre la royauté franque et l’Église. Une telle doctrine suffit pour que son doctrinaire figure au rang des auteurs nationalistes et contre-révolutionnaires.

·      À une relecture, ou simplement, à une lecture très attentive de Pie, on perçoit un aspect moins monolithique de son système de pensée. Ainsi ne discerne-t-on pas de fermeture absolue au progrès matériel et scientifique, comme il le montre avec sa métaphore du rapprochement de la voie ferrée et de la cathédrale, pour peu que la novation s’imprègne de christianisme. De même, sa prise de conscience des réalités ouvrières, modelées sous l’effet de la révolution industrielle, ses probables échanges avec Le Play en font un précurseur du catholicisme social.

Adossé à ses certitudes, nullement contempteur définitif de la modernité, il porte un regard sur l’avenir. Un avenir qui l’inquiète parce qu’il semble avoir eu la divination des bouleversements du siècle à venir, et qu’il redoute, pénétré de la fragilité et de la vulnérabilité des hommes dans une société qui en brisant leurs liens traditionnels ne constitue plus qu’une juxtaposition d’individus qui vivent isolés à côté les uns les autres. Une telle atomisation les expose à l’excès de puissance de l’État tentaculaire.

·      L’ouvrage, Mgr Pie, évêque de Poitiers, publié sous l’égide de la Société des Antiquaires de l’Ouest, en prenant la relève d’estimables prédécesseurs s’efforce de rompre le silence, signalé plus haut, au sujet d’un des plus illustres représentants de l’histoire catholique, poitevine, française et européenne, « le plus grand évêque du XIXe siècle » répétait-on à l’envi dès son vivant, et de redonner à sa stature ses réelles proportions. Surtout, l’ambition de l’auteur qui ne croit guère au qualificatif de « livre classique » donné à un ouvrage et qui considère que sa propre publication n’est qu’une mise à jour, à un moment de la recherche, est d’inciter à poursuivre l’exploration d’une œuvre dont on peut dire, comme de certaines créations de l’esprit et du talent, qu’elle a l’ampleur d’un continent.

 

M. Mathieu


[1] R. RÉmond, Religion et société en Europe. La sécularisation, Paris, Le Seuil, 2001.

 

[2] E. Perreau-Saussine, Catholicisme et démocratie, une Histoire, Paris, Cerf, 2011.

 

 

 

Le 12 août 2012 était organisée à Vernon, petite commune située à l’est de Poitiers, dans le département de la Vienne, la commémoration du passage de la ligne de démarcation par Robert Schuman. Des personnes âgées venues de fermes, de hameaux et de villages voisins rappelèrent quelques souvenirs liés à la présence de la ligne de démarcation sur le territoire communal.
Cet événement, qui était presque tombé dans l’oubli, suscite bien des interrogations. Que faisait Robert Schuman dans la Vienne, lui qui était originaire des territoires de l’Est occupés par les Allemands et qui ne connaissait guère l’Ouest de la France ? Pourquoi avait-il choisi Vernon pour franchir la ligne de démarcation et rejoindre la France non occupée ? Quelle fut la portée de cet événement, commémoré en 2012 ? Quelle fut ensuite et jusqu’à nos jours la fonction de la mémoire vouée à Robert Schuman ?
Nous rappellerons qui était Robert Schuman et pourquoi il se trouvait dans la Vienne, non pas pour raconter cet événement à la manière d’une épopée héroïque mais pour tenter de donner des clés permettant de comprendre et d’ouvrir la réflexion non seulement sur le passé mais également sur l’usage qu’en fait notre société[1].

Robert Schuman, député des réfugiés mosellans

Robert Schuman est né en 1886 à Luxembourg, dans ce territoire de marche situé entre l’Allemagne, la France, la Belgique. Sa langue natale était le luxembourgeois et il apprit également le français et l’allemand. Après avoir fait des études de droit en Allemagne (Bonn, Munich, Berlin, Strasbourg), il ouvrit un cabinet d’avocat à Metz, en juin 1912. Il était donc un homme issu d’une terre de confluence, carrefour de cultures, né en une période d’exacerbation des nationalismes. Les rivalités franco-allemandes à la fin du XIXe siècle se focalisaient en effet précisément sur les questions de territoires, de frontières et d’identités nationales.

Robert Schuman fut candidat aux élections législatives de 1919dans le département de la Moselle pour la liste de L’union républicaine lorraine. Élu, il siégea à la Chambre des députés sans discontinuité de 1919 à 1940[2]. Son engagement politique était déterminé à la fois par son patriotisme lorrain, l’attachement à la « petite patrie » (Heimat) et par ses convictions religieuses, qui se traduisaient en souci de défendre l’Église catholique.

Les conditions du retour de l’Alsace-Lorraine à la France posaient en effet nombre de problèmes entre la France et les provinces restituées, dont certains étaient aigus. Les Lorrains étaient heureux de redevenir français mais craignaient de perdre leur identité. Par la lutte menée conjointement avec les Alsaciens, ils avaient précédemment obtenu de l’Empire allemand la reconnaissance de certaines particularités, qu’ils entendaient conserver. Fort attachés à leurs usages, à leurs institutions et à leur clergé, ils craignaient que l’incorporation à la République française une, indivisible et laïque se traduisît par la perte de ce statut.
Robert Schuman travailla avec discrétion et efficacité au sein de la commission parlementaire qui examinait l’un après l’autre et point par point toutes ces questions. Il rédigea plusieurs rapports, par exemple sur la nécessaire adaptation du Code civil, sur l’usage de la langue allemande dans les tribunaux, sur l’enseignement bilingue. Il était cependant « départementaliste », c'est-à-dire qu’il ne remettait pas en cause le retour à la France  et ne suivait pas les autonomistes alsaciens. Les témoignages soulignent qu’il était d’un tempérament à la fois ouvert à la discussion et tenace dans les objectifs à atteindre.

Catholique fervent, il était également fort engagé dans le mouvement de la jeunesse catholique, alors en plein essor. Il agissait pour que le catholicisme lorrain se réinsérât dans le catholicisme français et pour défendre le statut de l’Église catholique en Lorraine, régi par le régime concordataire, en particulier pour l’école primaire. Il fut le porte-parole des députés d’Alsace et de Moselle contre les projets laïcs du Cartel des Gauches (1924) dirigé par Edouard Herriot – les radicaux entendaient étendre aux territoires retrouvés la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905 – et du Front Populaire (Jean Zay, 1936).

Robert Schuman ne connaissait donc pas la France de l’Ouest.  Il vint à Poitiers pour la première fois le 4 septembre 1939. La France venait de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie et avait décidé d’évacuer les populations situées à proximité de la ligne Maginot. Les réfugiés furent dirigés vers la Vienne (Mosellans), la Vendée (Ardennais), la Creuse, la Charente, la Haute-Vienne… Robert Schuman ouvrit un bureau destiné à aider les réfugiés à trouver un hébergement et à percevoir leur allocation. Il s’efforçait d’atténuer les heurts qui pouvaient se produire devant l’arrivée de 50000 Mosellans, dont la langue, les modes de vie, les habitudes alimentaires étaient parfois très différents des ceux des habitants de la Vienne. Il était secondé par le sous-préfet de Forbach, Robert Holweck, qui avait été nommé secrétaire général du service départemental des réfugiés.

Son action fut appréciée, si bien qu’il fut nommé sous-secrétaire d’État aux réfugiés du ministère constitué par Paul Reynaud le 21 mars 1940. Il laissa Poitiers pour Paris. Son bureau fut installé à l’Hôtel Matignon. Lors de l’offensive allemande, les réfugiés affluèrent à Paris, venant du Luxembourg, de la Belgique, des Ardennes françaises, fuyant l’armée ennemie. Dans un climat de panique, avec les faibles moyens dont il disposait, Robert Schuman tenta de faire face et d’organiser accueil et hébergement de fortune dans les gares de l’Est et du Nord.
Il se replia avec le gouvernement en juin 1940. Après une étape à Azay-le-Rideau, il passa de nouveau à Poitiers le 14 juin, fut hébergé chez les parents de son collaborateur Robert Holweck, continua avec le gouvernement pour Bordeaux. Le maréchal Pétain, nouveau Président du Conseil, le reconduisit dans ses fonctions ; après l’armistice, Robert Schuman suivit donc le gouvernement à Clermont puis Vichy.
Il fit un aller-retour rapide pour Poitiers du 7 au 9 juillet. Après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, il revint à Poitiers et décida alors de retourner à Metz (4 septembre) en accompagnant la diaspora lorraine qui regagnait ses terres, sur l’injonction des Allemands soucieux de remettre en route les industries lorraines.

L’expérience poitevine de Robert Schuman était donc liée à la tragédie de la guerre et de l’évacuation forcée des réfugiés mosellans. Il agit en député soucieux de ses compatriotes et ne ménageant pas sa peine pour les aider dans ces moments difficiles. Rien ne le prédestinait donc à choisir ce département pour passer la ligne de démarcation, si ce n’est des attachements contractés en ces moments difficiles.

La ligne de démarcation en France et dans la Vienne

Le deuxième temps de notre propos s’efforcera de préciser pourquoi la ligne de démarcation, dans la Vienne, prit la forme d’une frontière inédite qui scindait en deux le département sans tenir compte des divisions traditionnelles. Nous nous interrogerons également sur l’impact de cette ligne de démarcation sur la société rurale.

La ligne de démarcation remplit trois fonctions : militaire, économique et politique

La convention d’armistice du 22 juin 1940 établit une ligne de démarcation qui séparait la France en deux ensembles, la France du Nord et de l’Ouest, occupée par les Allemands, la France du Sud et de l’Est, dite France libre. Cette frontière militaire correspondait à peu près au point extrême de l’avancée des trouves allemandes au moment de la signature de l’armistice. Il n’y eut que quelques ajustements, notamment pour que l’armée allemande pût gagner Bordeaux et fortifier le littoral atlantique. La ligne de démarcation traversait treize départements, au long de 1200 kilomètres. Le tracé fut imposé ; dans le détail, il était souvent approximatif et put être adapté localement selon les besoins de l’armée d’occupation.

Dans le département de la Vienne, la ligne arrivait d’Indre et Loire (la Haye Descartes), puis continuait le long de la Creuse jusqu'à La Roche Posay. Ensuite elle traversait le département de la Vienne par Pleumartin, Archigny, Bonnes, Jardres, Tercé, Dienné, St Secondin, Saint-Martin L'Ars, Mauprevoir. Elle traversait en tout pas moins de 17 communes.

Il s’agissait donc d’une frontière artificielle et inédite, pour la France comme pour la Vienne. Aux points de passage, des panneaux indiquaient qu’il était interdit de la franchir : « Demarkationslinie überschreiten verboten ».

Cette séparation fut rendue caduque par l’occupation par l’armée allemande de la totalité de la France en novembre 1942. Elle fut réellement supprimée en mars 1943.

Pendant toute la période de l’occupation, la ligne de démarcation établit également une frontière économique, qui fut cause de bien des difficultés pour les Français. Il s’agissait, au niveau national, d’une coupure entre la France du Nord plus riche, plus peuplée et plus industrielle, dont l’outil de production avait été réquisitionné par les Allemands – par exemple les usine Peugeot de Montbéliard pour fabriquer véhicules militaires – et la France du Sud, majoritairement rurale et agricole. Au niveau local, la ligne de démarcation perturba la production et les échanges ; les structures économiques étaient parfois totalement désorganisées. Bien des réseaux commerciaux ne pouvaient plus fonctionner. Les communications et les échanges étaient difficiles, voire impossibles. Des communes et des propriétés familiales avaient été scindées, ce qui compliquait parfois la culture des propriétés. La présence de l’armée puis de la douane, chargées de surveiller la ligne de démarcation, était pesante pour les populations.

Il convient enfin de ne pas négliger le fait qu’il s’agissait d’une frontière politique qui séparait les provinces françaises du Nord et de l’Est, soumises à l’armée d’occupation, des provinces du Centre et du Sud, sous administration française.

C’est pourquoi les personnes qui fuyaient la France occupée – Juifs pourchassés, résistants en fuite, volontaires voulant gagner l’Angleterre – pour gagner la France libre cherchaient à franchir la ligne de démarcation. Ils voulaient sauver leur vie ou combattre l’Allemagne depuis l’extérieur. La présence de la ligne de démarcation contraignit les populations des départements traversés à prendre position, entre attentisme et activisme. Si, dans leur majorité, les Français ne prirent pas les armes pour combattre l’occupant, ils ne furent pas pour autant des collaborateurs. Par patriotisme, par refus idéologique ou par intérêt personnel – par exemple pour éviter le STO – beaucoup furent des opposants. Les actes mis en œuvre furent extrêmement variés, depuis les attentats jusqu’aux renseignements communiqués aux Anglais en passant par l’aide apportée aux résistants actifs ou aux personnes en fuite. Ce furent parfois des actes ponctuels que les auteurs eux-mêmes ne considéraient pas comme relevant de l’héroïsme.

Ainsi des passeurs. Ils habitaient à proximité de la ligne de démarcation et connaissaient les moindres chemins ruraux. Parfois, ils bénéficiaient d’un laissez-passer qui leur donnait la possibilité de franchir la ligne de démarcation sans éveiller de soupçon. Ce fut le cas de Roger Robin, cultivateur à La Perdrigère, qui fit « passer » Robert Schuman[3].

Un acte décisif ?

En retournant dans son département de la Moselle, en septembre 1940, le député Robert Schuman savait probablement qu’il prenait un risque. Il fut approché par le Gauleiter, qui lui proposa de collaborer avec les autorités allemandes. Il refusa, fut arrêté et emprisonné puis contraint de demeurer en résidence surveillée dans le Palatinat. Après plus d’une année d’inaction forcée, en juillet 1942, Schuman décida de s’évader. Après être passé à Metz, il voyagea en train jusqu’à Poitiers où il retrouva son collaborateur Holweck. Ce dernier le conduisit à Ligugé, où il passa quelques jours avant d’être conduit à Vernon pour franchir la ligne de démarcation.

Il est incontestable que l’événement fut important pour lui. Après s’être dévoué pour les réfugiés, après avoir subi la prison puis la résidence surveillée, il s’était décidé à fausser compagnie à ses geôliers et à gagner la France libre. Selon son biographe François Roth, après des mois d’inaction, il refusait de se soumettre à la fatalité et souhaitait agir pour son pays.
Force nous est cependant de reconnaître que Schuman ne joua pas un rôle important dans le processus qui conduisit à la libération du pays. Après le passage de la ligne de démarcation, il vint à Lyon et y retrouva des réfugiés lorrains. Il se rendit plusieurs fois à Vichy, sans doute pour rencontrer des personnalités et réfléchir aux modalités d’action possibles, mais l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes le 11 novembre 1942 le contraignit à la clandestinité. Il se réfugia successivement chez des amis, puis dans plusieurs communautés religieuses. Il demeura notamment plusieurs mois dans l’orphelinat de Beaupont, dans l’Ain, qui était tenu par des Sœurs de la Providence.
Ce fut après la Libération que Robert Schuman joua un rôle important dans la vie politique du pays. Il devint l’un des membres importants du MRP, qui fut sous la Quatrième République l’un des principaux partis. A ce titre, il fut plusieurs fois ministre.
Le 9 mai 1950, ce fut comme ministre des Affaires étrangères qu’il prononça le fameux « discours de l’horloge », qui proposait de créer la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier. Cet acte fut le premier jalon de la construction d’une Europe communautaire. Par la suite, il devint l’inlassable défenseur de ce projet.

C’est pourquoi, Robert Schuman est aujourd’hui considéré comme l’un des « Pères fondateurs de l’Europe », aux côtés du chancelier allemand Konrad Adenauer et du président du conseil italien Alcide de Gasperi. Honorer sa mémoire au XXIe siècle, c’est non seulement rappeler son courage devant l’occupant, mais surtout célébrer ce projet audacieux de réconcilier les anciens ennemis en leur proposant de construire ensemble un édifice politique destiné à éradiquer pour longtemps la guerre de l’Europe.

Le 10 décembre 2012, les représentants de l’Union européenne venus à Oslo recevoir le prix Nobel de la paix rappelèrent cet acte fondateur. Commémorer le franchissement de la ligne de démarcation par Robert Schuman, c’est souligner que cet acte ne fut pas une fuite éperdue mais un acte d’audace politique.

Jérôme GREVY Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Poitiers

 

 


[1] Nous nous sommes appuyés principalement sur les livres de François Roth, Robert Schuman, Fayard, 2008 d’Eric Alary, La ligne de démarcation, 1940-1944, Paris, Presses universitaires de France, 1995, L'exode : un drame oublié, Paris, Perrin, 2010 ; de Jean-Pierre Azéma, 1940, l'année terrible, Paris, Éd. du Seuil, 1990 et en codirection avec François Bédarida 1938-1948, les années de tourmente : de Munich à Prague : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995. Henri Rousso, Les années noires : vivre sous l'Occupation, Paris, Gallimard, 1992.

 

[2] A partir de 1928, année du rétablissement du scrutin de liste, il fut élu dans la circonscription de Thionville, région d’industrie sidérurgique.

 

[3] Jacques Farisy, La ligne de démarcation dans la Vienne, La Crèche, Geste Editions, 2007 ; Roger Picard, La Vienne dans la guerre, Sayat, Editions De Borée, 2006

 

 

Le 20 octobre dernier, une manifestation anti islamiste menée par le groupe extrémiste « Génération identitaire » venu de différentes régions de France, se réclamait, sur le toit de la mosquée de la ville, de la victoire remportée à Poitiers en 732 par Charles Martel, qui selon leur propos « à l’issue d’une bataille héroïque sauva notre pays de l’invasion musulmane : c’était le 25 octobre 732 ».

Pour réagir à de tels actes et propos inacceptables, nous avons demandé à Elisabeth Carpentier, professeur honoraire à l’Université de Poitiers en Histoire médiévale, de bien vouloir faire le point de nos connaissances et ignorances concernant cette fameuse bataille de Poitiers .

Mais qu’en est-il vraiment de cette bataille, célébrée par les uns, minimisée ou même récemment niée par d’autres, fantasmée de toutes parts ? Quelques mises au point s’avèrent nécessaires.

D’abord c’est une bataille très mal connue.

Les sources contemporaines sont très laconiques du côté des Francs, inexistantes du côté des Arabes. On n’est sûr ni du lieu ni de la date ni de l’importance des effectifs en présence. On sait seulement que Charles Martel a remporté quelque part entre Poitiers et Tours, sur le territoire de Poitiers, un combat sur les « Sarrasins » dont le chef, l’émir Abd-al-Rahman, a été tué ; c’était un samedi d’octobre, en 732 ou peut-être en 733… Notons que l’absence de certitudes est un terrain favorable au développement des mythes.

Ensuite nous ne voyons aucune connotation religieuse dans les sources franques contemporaines :

il s’agit d’une campagne militaire menée contre un envahisseur qui, venu d’Espagne et déjà implanté dans la région de Narbonne, voulait, pour des motifs qui eux aussi nous échappent (pillage ? conquête ?)  pénétrer au coeur de la Gaule. Ils n’y reviendront pas. Mais il faudra des siècles pour que cet obscur combat devienne le symbole d’un affrontement entre deux religions et deux civilisations.

Car ce combat, quelle qu’ait été sa réelle importance, ne se comprend que replacé dans son contexte.

Un siècle après la mort du Prophète (632), les Arabes avaient conquis, au nom de l’Islam, un immense empire qui s’étendait de l’Atlantique aux frontières de l’Inde et de la Chine. Un empire démesuré qui, dirigé depuis Damas par les califes de la dynastie des Omeyyades, donnait des signes de faiblesse se traduisant par des divisions internes (entre sunnites et chiites, entre Arabes et non-Arabes…) et par un essoufflement de la conquête.  Pour s’en tenir à nos régions de l’ouest, la bataille de Poitiers s’inscrit dans une liste plus large. En Espagne, la résistance ibérique se signale dès 718 à la bataille de Covadonga. En Gaule, le duc des Aquitains Eudes arrête les Arabes à Toulouse en 722 ; en 737, Charles Martel les battra une nouvelle fois dans la région de Narbonne d’où ils seront définitivement chassés par son fils Pépin le Bref.

Reste à savoir pourquoi cet obscur combat a acquis une telle célébrité.

Les historiens arabes n’ont longtemps accordé qu’une faible importance à une escarmouche survenue aux marges de leur vaste monde : des musulmans y étaient morts au « Champ des martyrs »…  Il n’en est pas de même de l’autre côté. Les noms de Poitiers, une cité prestigieuse, et de Charles Martel, l’ancêtre des Carolingiens, y ont probablement contribué. Mais c’est tardivement, lors de la Reconquista espagnole, des Croisades et ensuite de l’affrontement séculaire avec les Turcs en Europe que les chrétiens d’Occident ont progressivement reconnu dans les musulmans non pas des païens comme les autres, susceptibles d’être convertis, mais les adeptes d’une religion inassimilable et concurrente. L’affrontement de  732 prend alors une nouvelle importance, comme en témoignent Bossuet, Voltaire ou Chateaubriand. L’intérêt s’accroît encore au XIXe siècle, le temps des nationalismes, de la suprématie européenne et des empires coloniaux. La conquête de l’Algérie et plus largement la pénétration française au Maghreb rappellent aux Français que les Berbères formaient le gros des troupes autrefois vaincues par Charles Martel.  La fin du XIXe siècle est la grande époque de la formule définitive : « Charles Martel a vaincu les Arabes à Poitiers en 732 ». Avec son corollaire : et ils ne sont jamais revenus.

Mise en sommeil au cours du XXe siècle par les grands conflits mondiaux et la décolonisation, la question de la bataille de Poitiers réapparaît depuis une génération dans un contexte nouveau et souvent passionnel qui n’a plus grand’chose à voir avec la réalité des faits. Célébrée, niée ou appelant vengeance, elle est passée des mains des historiens à celles des extrémistes de tout bord. La vérité n’y trouvera assurément pas son compte.

Elisabeth CARPENTIER,

professeur honoraire en Histoire Médiévale, Université de Poitiers