nature

 

Le livre « Oiseaux du Poitou-Charentes« , de 432 pages (24 x 32 cm), propose un riche panorama des oiseaux du Poitou-Charentes. Livre coordoné par Michel GRANGER qui était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter la LPO pour son centenaire.

Cet ouvrage, conçu pour tous les passionnés des oiseaux, qu’ils soient naturalistes confirmés ou simples amoureux de la nature, comprend plus de 500 photographies couleur et figures, ainsi que 180 cartes de répartition des oiseaux nicheurs en Poitou-Charentes.

Il est livré avec un cédérom interactif comprenant les cartes de répartition des oiseaux nicheurs, faisant suite à l’enquête menée par les groupes ornithologiques de la région entre 2005 et 2008.

Nicheurs, migrateurs, hivernants, occasionnels… tous les oiseaux du Poitou-Charentes sont présents.

On découvre aussi dans cet ouvrage les milieux qu’ils fréquentent, l’histoire régionale de l’ornithologie, les grands paysages régionaux ainsi que l’importance de la région pour les oiseaux.

Membres de Charente Nature, du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, de la LPO France, de la LPO Charente-Maritime et de la LPO Vienne, les auteurs sont tous des naturalistes confirmés réunis autour d’une même passion : faire découvrir et protéger les oiseaux !

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André Angotti était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter son livre "Aborder facilement la complexité"

Son dernier ouvrage souhaite présenter une vision de la politique sous un angle différent.

 

 

 

Pas facile de penser avec Spinoza que « la puissance fait le droit ». Pas facile, mais tellement réaliste et pas du tout cynique quand du moins on a su se débarrasser de certains préjugés, de certaines  illusions ou encore de certaines affirmations de mauvaise foi.

Spinoza est un penseur systématique. Pour toute problématique qu’il construit et déploie le fondement en est l’équation métaphysique qu’il lui valut tant de haine : « DIEU OU LA NATURE ». Entendons bien : Dieu est TOUT, et tout est nature. Si tout est nature, alors tout, dans la Nature, « obéit » à des lois (relations nécessaires). Pour nous, individus-hommes, NOTRE nature se caractérise par une puissance de comprendre qui, même réformée et donc accrue, n’est pas suffisante pour que nous puissions connaître toutes les lois de la NATURE et pas même toutes les lois de Notre nature, laquelle n’est d’ailleurs qu’un « fragment minuscule » de la NATURE tout entière. Un entendement spinoziste sait qu’il ne sait pas tout mais sait aussi qu’il en sait suffisamment pour comprendre que le concept de NATURE n’enveloppe aucune détermination par une quelconque puissance extérieure (parce que cette cause extérieure serait nécessairement elle aussi, nature, donc enveloppée dans le concept de NATURE). N’étant limitée ou empêchée par aucune puissance extérieure (Dieu n’est pas transcendant et rien ne transcende Dieu !) il est clair que la puissance de la NATURE tout entière consacre la NATURE comme absolument LIBRE, i.e. absolument INDEPENDANTE, i.e. n’agissant que selon ses propres lois auxquelles elle ne peut pas se soustraire. Spinoza affirmera sans relâche que la liberté « ne supprime pas mais pose au contraire la nécessité de l’action » (Traité Politique. Chap. II §11).

Affirmer l’absolue liberté de la NATURE c’est affirmer que le DROIT de la NATURE tout entière se confond avec la PUISSANCE de la NATURE tout entière. La puissance fait le droit. Le droit est un fait. Très exactement un  fait de puissance. Et puisque toute puissance est naturelle, alors le droit est lui aussi naturel. Par où l’on voit que Spinoza fait figure, certes à sa manière propre, de théoricien du droit naturel si l’on veut bien admettre (et il le faut !) que c’est dans sa conception de la nature que se trouve le fondement qu’il reconnait au droit, à toute forme de droit.

Si la question du droit est bien entendue, donc entendue à partir de la question du droit de Dieu (ou de la Nature), il importe de considérer ce qu’il en est du droit des individus humains sachant que ces derniers doivent être étudiés en ce qu’ils sont des éléments de la nature déterminés à la fois par les lois de la Nature, par leurs propres lois de fonctionnement, par les « lois » des groupements sociaux dans lesquels et par lesquels ils manifestent leur puissance d’être. Et voilà que Spinoza reprend clairement la formule d’Aristote stipulant que « l’homme est un animal politique ».

La reprise par Spinoza de cette proposition peut paraitre surprenante voire paradoxale. Comment articuler l’idée de sociabilité naturelle avec celle d’une inimitié généralisée donnant le spectacle très hobbesien d’une « guerre de tous contre tous » ? Seule une analyse du problème classique, mais toujours embarrassant, du passage de « l’état de nature » à « l’état de société civile », peut permettre de lever le paradoxe.

Je rappelle d’abord qu’il serait aventureux de tenir la conception spinoziste de l’état de nature pour la préfiguration du modèle théorique que Rousseau élaborera plus tard. Mieux vaut repérer quelques différences majeures. Par son ambitieux projet d’une critique sans concession des institutions existantes qu’il considérait assisses sur des principes hautement contestables Rousseau a été, pour ainsi dire « condamné » à concevoir l’état de nature originel comme un état où les hommes sont « bons » (non poussés par des calculs d’intérêts individuels qui supposent des capacités de raisonner !) mais stupides et bornés, vivant dispersés et nomades, n’ayant entre eux d’autres formes de relations que des rencontres fortuites et somme toute fugaces. Avec Spinoza le concept d’état de nature signifie avant tout un état de non société civile ou, plus exactement un état de société non civile, donc un état (mode d’existence) où règne seul le droit naturel brut des individus, qu’ils soient séparés ou agrégés par les circonstances. Dans un tel état les rapports interindividuels ou inter-groupements sont foncièrement anarchiques, fluctuants, déterminés par le jeu des passions primitives qu’on sait indestructibles (Désir, Espoir, Crainte). La question est de savoir si les individus humains peuvent être comblés d’aise dans un état déterminé par le droit naturel exclusif et brut, droit dont Spinoza aime à rappeler qu’il n’interdit rien, « sinon ce que nul n’a le désir ou le pouvoir de faire ».

J’insiste sur la question : un tel état correspond-il à un véritable bien-être ? Certes chacun a le droit de faire ce qu’il veut mais ce droit étant mesuré par la puissance, mieux vaudrait tenir l’idée que chacun a le droit de faire ce qu’il peut. Il convient même de dramatiser cette proposition en faisant remarquer que chacun possédant un tel droit éprouve cette crainte d’être empêché de faire ce qu’il « veut ». Spinoza avertit d’ailleurs que les hommes sont d’autant plus dépendants que leurs motifs de crainte sont plus nombreux, plus constants, plus forts. Or l'état de nature généralise ce type de crainte. Donnant trop à craindre, donnant à craindre trop, l'état de nature porte à son comble le sentiment d'insécurité. Étant insupportable un tel état conduit naturellement les hommes (naturellement veut dire conformément aux lois de leur nature) à rechercher des conditions d'existence plus favorables. Par la dynamique de la mécanique des passions l'état de droit naturel brut va ouvrir à la nécessité de l'état de société civile (réglée par des lois communes, formulées, connues).

Cette inévitable sortie du régime du droit naturel brut représente-t'elle pour les hommes une énorme perte? La réponse de Spinoza est complexe. Première remarque: chacun devant se garder de tous il est clair que la défense du droit naturel est dans un tel état, beaucoup trop coûteuse, beaucoup trop épuisante. Deuxième remarque: Spinoza estime que le droit naturel est, d'une certaine façon, purement théorique tant que les hommes vivent dans l'état de nature. Certes il s'agit d'un droit réel puisque tout individu humain vivant possède toujours quelques puissances, mais il s'agit d'un droit en quelque sorte illusoire puisque nul n'est assuré de le conserver et ce aussi bien pour des causes qui tiennent à l'individu lui-même que pour des causes qui tiennent aux rapports déterminés par les autres individus. Au fond la question mérite donc d'être reformulée: le passage de l'état de nature à l'état de société civile entraine-t'il la disparition du droit naturel? Spinoza répond fermement par la négative.

La sortie de l'état de nature est caractérisée par l'apparition d'un nouveau type de droit naturel ou, plus exactement, le droit naturel brut va se manifester d'autre manière et prendre une autre valeur. Impuissant à supprimer les passions le nouvel état pourra en revanche les réorienter et les réorganiser. La condition commune définie par des craintes fluctuantes et anarchiques, le plus souvent individuelles, va céder la place à une forme nouvelle d'existence caractérisée par les mêmes craintes et les mêmes espoirs pour tous. Dans cette condition nouvelle chacun craint avant tout (pas exclusivement) la puissance la plus puissante, i.e.  la puissance née du rassemblement d'un maximum de puissances. Chacun espère aussi que son salut individuel sera assuré par cette puissance la plus puissante. On pourrait même aller jusqu'à dire que chacun espère dans un tel état que tous craindront les mêmes choses et que chacun craint que tous n'espèreront pas les mêmes choses. Ainsi ce nouvel état, en réorientant les passions fondamentales de tout homme, réoriente le droit naturel de chacun mais ne le supprime pas.

Spinoza nous enseigne donc qu'il est impossible de prétendre que les hommes quittent le régime du droit naturel puisque ceci reviendrait à croire que les hommes pourraient cesser d'être hommes (i.e.  cesser d'agir selon les lois qui les enveloppent en déterminant celles qui les constituent dans leur particularité d'espèce et d'individus). Pour autant la destinée humaine n'est pas figée. Spinoza voit en effet dans l'État une puissance capable de rendre effectifs (plus ou moins!) les droits naturels de tous et notamment le droit qu'a chacun de développer sa puissance de comprendre, augmentant ainsi son degré de liberté personnelle. On saisit ici la figure d'un philosophe rationaliste confiant à la raison nombre de missions dont celle de développer par l'éducation au sein de l'État les conditions du meilleur accord possible des intelligences et des cœurs. Il revient à la Raison de déclarer avec force que le droit « de » l'État et « selon » l'État est toujours relatif. C'est poser que le droit constitué, de quelque autorité qu'il soit, n'a pas le droit de se donner tous les droits. D'où il découle que si un Peuple est asservi, tenu de mille façons au plus loin de sa liberté naturelle, non seulement il possède le droit mais a le devoir de s'élever, par tous les moyens, contre les Autorités défaillantes, responsables, coupables, voire criminelles. Nul doute que pour Spinoza les individus ne disent oui à l'État que parce qu'ils disent non à la servitude. Ce NON d'intelligence et de cœur opposé coûte que coûte aux oppresseurs signale clairement la valeur normative du droit naturel humain. Oui, c'est toujours la puissance qui « fait » le droit mais c'est toujours aussi la puissance qui le défait. Le monde du droit est assurément un monde de conflits de puissances…

 

Le département de la Vienne recèle d’innombrables richesses. Sait-on que dans le Loudunais, la rivière la Dive se transforme en canal à partir de Saint-Laon ? Que chaque 29 du mois, la foire des Hérolles attire plusieurs milliers de visiteurs dans ce hameau de la commune de Coulonges situé dans le Montmorillonnais ? Que l’émouvante Fauvette pitchou niche volontiers dans les brandes du Pinail, où se trouve la seule Réserve naturelle nationale du département ? Ces sujets et bien d’autres sont évoqués dans le livre « La Vienne à parcourir »* proposé chez Geste éditions par Jacques Pasquier**, journaliste, et le photographe Christian Roy.

Refléter toute la diversité et la richesse naturelles et patrimoniales du département, telle est l’ambition de ce « beau livre » placé sous le double signe de la rigueur et de la passion. Des paysages aux monuments romans, de la flore à l’agriculture, des sites historiques aux recettes de cuisine traditionnelles, voici une mosaïque de trésors à la portée du promeneur. L’ouvrage invite en effet à (re)découvrir la Vienne en empruntant les multiples sentiers de randonnée qui la sillonnent : chacun des huit chapitres s’ouvre par une sélection de circuits proposés par les collectivités territoriales.

Huit zones paysagères

Chapitre après chapitre, huit zones paysagères naturelles sont décrites et illustrées par de belles et pertinentes photos au fil des pages : la Vallée de la Vienne et les Terres de brandes ; la Vallée du Clain ; les Contreforts de la Gâtine de Parthenay (région de Lusignan et de Vouillé) ; les Grandes Plaines de Neuville ; les Terres de tuffeau (par référence à la pierre calcaire crayeuse qui caractérise le nord de la Vienne, Loudunais et Châtelleraudais) ; les Vallées de la Gartempe et de la Creuse, à l’est ; les Confins granitiques du Montmorillonnais ; les Terres rouges à châtaigniers du Civraisien et la Vallée de la Charente. Un neuvième chapitre fait la part belle aux sites touristiques (Futuroscope en tête) et aux centres animaliers de la Vienne.

Les vallées de la Vienne et du Clain

La paisible rivière la Vienne a donné en 1790 son nom au département qu’elle traverse d’Availles-Limouzine à Port-de-Piles. En coulant du sud vers le nord, elle en constitue l’un des axes verticaux. Son cours, long de 370 km, commence sur le plateau de Millevaches et se termine dans la Loire, en Indre-et-Loire. Sur le plan géologique et paysager, la rivière se fraie un passage dans les Confins granitiques au sud de la Vienne, puis dans les anciennes Terres de brandes (zone de landes à bruyères) au centre du département, et enfin dans les Terres de tuffeau au nord.

La vallée du Clain est également orientée sud-nord. Dans l’Histoire, elle a représenté le point de contact entre le pays d’oc où la tuile est reine et le pays d’oïl où l’ardoise domine. Cette zone de passage a parfois connu des affrontements. Dans les environs de la vallée du Clain se sont déroulées les batailles de 507 entre Alaric et Clovis (vraisemblablement près de Vouillé), et de 1356 entre le roi de France Jean le Bon et le Prince Noir, fils du roi d’Angleterre (à Nouaillé-Maupertuis, à proximité de Poitiers). Au sud de Châtellerault, c’est sans doute entre le Clain et la Vienne, près de Vouneuil-sur-Vienne, que s’est produite la bataille de 732 entre les Arabes venus d’Espagne et les Francs de Charles Martel.

Roselières et Falunières

Dans chaque chapitre du livre, le récit principal est émaillé de textes d’experts (spécialistes du paysage, des plantes, des animaux, historiens, cuisinier…). Tous ces contributeurs éclairent un sujet précis ; citons, pêle-mêle, les coteaux et carrières d’Ensoulesse à Montamisé, les roselières de la vallée du Clain, le protestantisme en pays mélusin, l’abbaye de Saint-Savin, les forêts alluviales, les Landes de Sainte-Marie, la ligne de démarcation durant la Seconde Guerre mondiale, les Falunières de Moulin-Pochas à Amberre, les amandiers du Loudunais, le bâti traditionnel du Civraisien… Des portraits et témoignages donnent en outre leur dimension humaine à l’ouvrage.

La parole aux experts

Pas de doute, ce livre est le fruit d’un travail d’équipe. Conçu en collaboration avec le Conseil général de la Vienne, l’Agence touristique de la Vienne et le Comité départemental de la randonnée pédestre, il a bénéficié des contributions du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Poitou-Charentes, de l’association Vienne Nature, de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), de l’association Loire Grands Migrateurs (LOGRAMI).

*« La Vienne à parcourir », Jacques Pasquier, photos de Christian Roy, Geste éditions 2012, 242 p, 39,90 euros.

**Membre de l’Institut Jacques Cartier

 

 

 

L’oubli de la nature ? Confusion dans l’écologie ?

On commence à le savoir, notre époque est bavarde. Elle discourt si abondamment sur la nature, donnant l’illusion de parler d’un objet bien connu qu’à la fin elle ôte à cette notion toute étrangeté, comme celle, par exemple, qui conduirait à se demander, quand, où, comment avons-nous eu un rapport avec cette nature dont il est si souvent question dans les gazettes ? Et, depuis quand, à quelle occasion avons-nous entendu parler de la nature dans ce sens, et nous-mêmes, dans quelles circonstances l’avons-nous fait ?

Que disons-nous, qu’entendons-nous par ce mot « nature » ? Ne disons-nous pas, presqu’inévitablement, environnement, écologie ? Ne sommes-nous pas conduits, immédiatement à nous indigner (les sujets ne manquent pas, nous les connaissons tous : la couche d’ozone, la pollution des eaux, les mégapoles asphyxiées, etc.) ? A proclamer ce qu’il faut faire : défendre, protéger, réduire, etc. ? A nous assembler pour prescrire : des normes, des lois, des amendes, des boycottes, etc. ? A nous demander, enfin ce que chacun peut faire, rêvant d’une planète propre, sans danger pour nous, non épuisée, conservée dans ses équilibres essentiels ?

Rêvant à quoi au juste ? Craignant quoi ?

Et la « nature » ? Si on écarte la campagne, ce bout de littoral isolé, telle paroi inviolée de la montagne, ce sous-bois sans papier gras ou la rapidité avec laquelle se consolide l’anticyclone des Açores, que reste-t-il ? Suffit-il, pour faire le savant, de dire plutôt, environnement, milieu, grands équilibres écologiques, biosphère ? Malgré l’intimidation des mots, chacun sent qu’on parle alors trop vaguement, de manière trop indéterminée : tout peut être le milieu de n’importe quoi, n’importe quoi peut être considéré comme polluant le premier bout d’environnement venu, au point qu’on serait tenté d’en arriver à dire simplement : tout est dans tout, notre « milieu » est la biosphère, tout en dépend et elle dépend de tout à son tour. On s’amusera peut-être un jour de cette sagesse qui semble être la nôtre, qui consiste à feindre de (re)découvrir la nature en la baptisant de noms nouveaux. En tout cas on se demandera s’il était vrai que nous l’avions oubliée, et comment.

Les mêmes questions irritantes se posent avec ces autres maîtres-mots « écologie », « écologiste ». Pour y voir un peu plus clair, je propose de distinguer deux sens :

1 – L’Ecologie est, aujourd’hui surtout, un mouvement qui traduit une sensibilité devant des phénomènes dommageables pour les hommes et dont les causes sont imputables moins à des décisions politiques classiques, qu’aux conséquences non maîtrisées des usages du progrès scientifique et technique, et à propos desquels la politique classique semble impuissante ou complice par son imprévision. C’est pourquoi il s’incarne dans certains partis politiques (Verts, Grünen…) ou certaines pratiques individuelles et collectives visant à réduire ce que l’on tient pour les méfaits du développement aveugle des techniques les plus diverses.

2 – Mais on oublie aussi que l’écologie est avant tout une science, fondée en 1866 par E. Haeckel, ayant pour objet les rapports entre les organismes et le milieu où ils vivent. Cette science définit très précisément ses concepts : milieu, organisme, écosystème, biocénose, biotope, biosphère, etc. De nos jours, ses objets ont changé, ils sont devenus plus complexes, mais son intention reste, semble-t-il, la même : devenue science-carrefour, interdisciplinaire, elle vise à connaître les interférences (et leurs effets) entre « la nature » et les interventions humaines (principalement de type technique) motivées par des fins économiques, productives ou militaires.

De l’écologie à la philosophie ?

Cette acceptation contemporaine de l’écologie laisse entendre qu’elle serait finalement science de la relation du naturel et de l’artificiel, des métamorphoses du naturel sous l’artificiel, de la dépendance du second par rapport au premier. Autrement dit, elle aurait l’ambition de comprendre comment aujourd’hui le genre humain vit, travaille et se reproduit face à une nature profondément affectée par son savoir et son savoir-faire, selon des relations marquées historiquement et déterminées par les actuels rapports sociaux et politiques au plan de la Planète. En ce sens, il se pourrait bien que l’Ecologie ne soit que le nom nouveau (?) d’une ancienne intention, à savoir la philosophie elle-même dans sa visée la plus systématique et encyclopédique, – avec toutefois cette différence que la philosophie, surtout dans le monde moderne, s’est faite moins indignée ou prophétique que ne l’est très souvent l’Ecologie. Mais pourquoi, dira-t-on, un savoir nouveau, pourquoi la philosophie n’occupe-t-elle pas la place qu’occupe l’Ecologie dont la nouveauté et le succès tiendraient aux bénéfices qu’elle peut tirer des sciences de la nature et de l’obligation qu’on lui fait de se prononcer sur les phénomènes qui inquiètent les hommes, les citoyens d’une ville, voire l’humanité ? Plus « scientifique », plus « pratique » que la philosophie, l’Ecologie serait le savoir et l’idéologie de notre temps, capable, pense-t-on, de répondre à nos besoins. Mais il y a une autre raison à ce succès : l’Ecologie vient peut-être combler un vide, une défaillance dans trois registres de la culture.

a – par rapport à la science, elle présente l’avantage de coordonner le savoir scientifique, mais non pas sur la base d’une unification des connaissances scientifiques (on est encore très loin !), mais en fonction des domaines de la réalité (physique, sociale, économique, technique, etc.), retrouvant ainsi le point de vue du sens commun qui peut rencontrer chaque jour ces domaines de son activité.

b – par rapport à la philosophie, elle semble reprendre à son compte ce qui fut, jusqu’à Hegel, du moins dans ses intentions, le projet encyclopédique et systématique de la philosophie. Avec l’avantage de proposer une sagesse qui puisse prétendre s’appuyer sur la science, ou du moins sur l’expérience critique de ses effets, et concilier des objectifs tenus jusqu’alors comme incompatibles ou nécessairement en tension (tradition et progrès, bonheur et puissance, liberté et déterminisme, etc.).

c – sur le plan politique, l’Ecologie, comme mouvement ou comme pensée, s’installe dans la contradiction entre ce qui s’impose de plus en plus comme son véritable objet (non plus gouverner les hommes, mais peut-être administrer les choses et préserver et reconstituer ce que nous sommes pour le léguer à ceux qui nous suivent) et sa pratique réelle, marquée par sa fragmentation et son abstraction croissantes. Bref, l’Ecologie semble bien répondre à de multiples besoins, à ce qu’on appelle une demande sociale et son surgissement, et venir occuper des zones du savoir et de la politique défaillants et obsolètes. Est-ce trop à dire qu’on lui propose une tâche qui n’est pas sans rapport avec les plus constantes préoccupations de la philosophie ? S’il faut et si l’on doit juger de ce qui est le meilleur, s’il faut discriminer entre des pratiques, s’il faut faire prévaloir des décisions qui engagent le long terme sur celles qui tablent sur le temps court, il faut bien que le jugement dise au nom de quoi il se prononce (pour interdire ou encourager), qu’il exhibe ses présupposés et ses principes. Bref, il faudra bien philosopher, et, sous peine de retourner à des représentations naïves de la nature et de l’homme et de ressusciter des considérations préscientifiques de la nature, que l’Ecologie se pense elle-même.

Une philosophie de l’écologie ?

Un esprit critique ne peut qu’éprouver de la méfiance devant le consensus dont l’Ecologie est l’objet : pourquoi ce qui apparaît évident a-t-il besoin d’être infatigablement répété et décliné sur tous les modes ? Alors que demandons-nous à l’Ecologie ?

1 – De nous dire comment elle comprend ce dont elle instruit le procès, ce qu’elle récuse violemment comme la cause de nos maux, et appartient à la tradition philosophique occidentale moderne : le Progrès, la Raison, la Puissance, la Maîtrise, la Technique, la Production.

2 – De nous offrir le diagnostic de notre présent, et pas seulement la liste de nos « nuisances » quotidiennes, de mesurer la mutation historique, culturelle, intellectuelle à laquelle nous assistons sans parvenir toujours à une représentation qui fasse justice de tous les aspects de la réalité. Par exemple, qu’on sorte de l’affrontement entre les laudateurs scientistes, dévots aveugles de la science et de la technique et leurs détracteurs systématiques et hypocrites.

3 – De nous proposer un concept nouveau de la Nature correspondant à l’état actuel de nos rapports multiformes avec elle et de provoquer les changements intellectuels capables de mener cette tâche à bien.

4 – De pointer très précisément le lieu où la décision écologiste peut s’accomplir : l’Etat, l’Industrie, la Technique, la Connaissance, la Morale… ?

Michel Serres vient de publier un ouvrage, Le Contrat naturel (Ed. F. Bourin, 1990) qui est au cœur de ces interrogations. Mais il va bien au-delà, puisqu’il propose effectivement une issue à notre présent qu’il juge arrivé à un point de formidable crise : que nous passions avec la Nature, la Planète-Terre, un contrat, comme Rousseau, après d’autres, avait imaginé que les hommes avaient dû en passer un pour assurer la survie de l’espèce humaine en « sortant » de l’état de la nature.

 

Jean-Claude Bourdin

Philosophe (article écrit en 1991)

 

 

Conférence donnée à l'Institut Jacques Cartier, 26 janvier 2012 par Michel GRANGER

Forte de 45 000 adhérents, 5 000 bénévoles actifs, 450 salariés sur le territoire national et de son réseau d’associations locales actives dans 74 départements, la LPO est aujourd’hui la première association de protection de la nature dédiée à la biodiversité en France. C’est le constat que l’on peut faire après 100 ans d’existence de la LPO, qui a été créée le 26 janvier 1912, lors d’une séance de la Société Nationale d’Acclimatation de France.

1912-2012, le logo du centenaire1912-2012, le logo du centenaire

L’idée générale de notre propos sera le passage (son pourquoi et son comment) de la protection d’un oiseau en un lieu, le macareux moine aux Sept-Îles, à des préoccupations plus globales liées à la défense de la biodiversité. Biodiversité dont tous les niveaux (écosystèmes, espèces, populations, individus et gènes), n’entrent pas dans le champ d’action de la LPO.

Cette intervention va bien sûr s’inscrire dans l’histoire de l’association (centenaire oblige) mais aussi et surtout sur le terrain et sera ponctué d’exemples tant nationaux : c’est bien le centenaire de la LPO « France » ; que départementaux, puisqu’il existe en Vienne une « association locale » : la LPO Vienne, qui travaille bien sûr en relation étroite avec le national.

L’ensemble prouvera, s’il en était besoin, que la LPO inscrit son action pour la biodiversité dans des engagements concrets, qui participent à la fois d’une vision de la société et de l’aménagement de notre territoire, car c’est bien là que la défense de la biodiversité commence, celle dont nous en sommes comptables au quotidien.

 

Cinq parties dans cet exposé : Le mythe fondateur (les événements qui ont conduit à la création de la LPO) ; Implantation et premières évolutions (la LPO a dû prendre sa place puis affirmer ses préoccupations) ; Le grand développement (le temps de la structuration qui lui a permis de changer d‘échelle) ; Les domaines d’action (espèces, espaces, éducation et sensibilisation) ; et enfin l’exemple départemental de la LPO Vienne (ses actions concrètes sur le terrain).

 

1- Le mythe fondateur

La LPO est née sous le signe du macareux. Créée à la veille de la Première Guerre mondiale (janvier 1912) la LPO avait pour motivations premières d’agir pour le respect par la France de la Convention internationale sur la protection des oiseaux utiles à l’agriculture (1902). C’est l’époque des grands questionnements quant au statut des oiseaux alors corvéables à merci : tués, naturalisés, mis en cage, aveuglés pour « en faire de meilleurs chanteurs », dénichés, consommés… Tout était « bon » et élever la voix n’était pas neutre au plan sociétal.

C’est cependant quelques mois plus tard que se produit l’événement qui justifie l’idée du mythe fondateur. Les responsables de la LPO sont saisis d’une affaire très particulière. Des chasseurs parisiens se font régulièrement débarquer sur l’archipel des Sept-Îles (au nord de la côte bretonne, près de Perros-Guirec) pour s’amuser à massacrer des oiseaux. On apporte des milliers de cartouches et on tire plus particulièrement sur les macareux, alors très abondants. Les cadavres sont abandonnés sur place, sauf quelques oiseaux qui finissent naturalisés sur une cheminée. La LPO réussit à faire créer une réserve sur les Sept-Îles, c’est une victoire certes, mais les macareux sont passés de 20 000 à quelques milliers.

L’oiseau « mascotte » semblait dorénavant avoir de beaux jours devant lui. Mais c’était oublier d’autres dangers, qui se manifestèrent brutalement en 1967, 1978 et 1980. Ce furent les trois marées noires successives dues aux naufrages du Torrey Canyon, de l’Amocco Cadiz et du Tanio. En 1980, la population de macareux était tombée à quelque 150 couples ! qui subissaient par ailleurs les pollutions chroniques liées aux dégazages illégaux des tankers en pleine mer.

Le macareux, symbole de la LPO, à la une de l’Oiseau magazine

La LPO crée alors la Station de l’Île-Grande (à Pleumeur-Baudou) qui outre sa vocation d’accueil du public a également celle de soigner les oiseaux mazoutés. À la suite de la marée noire de l’Erika (1999) sont également mises en place deux Unités Mobiles de Soins (UMS). Des semi-remorques qui, outre leur rôle primordial au moment des marées noires, pollutions de rivières ou épizooties, servent, hors période de crise, à la formation des personnels, aux soins, et à la sensibilisation du public et des scolaires.

2-  Implantation et premières évolutions

À l’époque la « Ligue française pour la protection des oiseaux » est une section de la Société nationale de protection de la nature (SNPN). Ses adhérents sont très peu nombreux mais ses instances sont constituées d’individualités socialement influentes. Ainsi Magaud d’Aubusson (1847-1917), son premier président, docteur en droit et avocat ; auquel succède Jean Delacour (1890-1985) pionnier de la canariculture mais également fondateur, en 1922, du Conseil international pour la protection des oiseaux (CIPO) qui préfigure BirdLife International (créé en 1993). À cette époque, l’élevage des oiseaux en volière et les salons d’oiseaux font partie intégrante des préoccupations de la LPO (un cordon qui sera coupé en 1968).

Autre infatigable défenseur de la cause, le prince Paul Murat (descendant du maréchal d’Empire) participera en 1959, en compagnie du président de la République René Coty, à la séance inaugurale de l’émission d’un timbre célèbre sur la protection de la nature représentant des « macareux sur la réserve des Sept-Îles » !

D’autres personnalités importantes ont marqué les premières inflexions quant au développement de la LPO. Philippe Milon d’abord, officier militaire, créateur de la revue L’Homme et l’oiseau. C’est lui qui affronta les catastrophes du Torrey Canyon et de l’Amocco Cadiz et se montra un ardent conservateur de la réserve des Sept-Îles.

Avec Antoine Reille, président de 1978 à 1986, nous entrons dans l’ère des présidents médiatiques, hommes de l’audiovisuel et des médias, que poursuit de nos jours, avec une efficacité constante, Allain Bougrain-Dubourg.

La grande date de cette période est 1966, année où la LPO quitte le giron de la Société nationale d’acclimatation pour devenir statutairement indépendante.

Puis, abandonnant les sphères parisiennes, elle s’installe à Rochefort (1977), au sein de la Corderie royale. Sur ces entrefaites le nouveau logo est né : blanc, noir et bleu, il représente deux macareux stylisés, inspirés d’un cliché photographique réalisé par le colonel Milon sur les Sept-Îles. Un logo « géolocalisé » certes, mais dont toutes les associations locales LPO de France s’empareront sans problème car plus qu’une réalité il est un devenu un véritable symbole.

3- Le grand développement

Il tient à la politique des réserves naturelles, à la mise en place d’un réseau et à la communication.

Le grand développement de la LPO, celui de son changement d’échelle en matière d’intervention dans le champ de la biodiversité correspond à cette installation à Rochefort, sous l’impulsion de son secrétaire général, Michel Brosselin. Elle a alors 2 000 à 3 000 adhérents et un directeur, Michel Métais, qui est toujours à la barre.

La grande loi sur la protection de la nature de 1976 est passée. Les réserves naturelles se mettent en place et la LPO se voit confier la gestion d’un certain nombre d’entre elles sur le littoral de l’Ouest. Les Sept-Îles et Saint-Denis-du-Payré en 1976, Lilleau des Niges (Ré) en 1980, marais d’Yves en 1981, Moëze-Oléron en 1985-1993, Müllembourg en 1994, baie de l’Aiguillon en 1996-1999 (en cogestion avec l’ONCFS). En 2011, ce sont 27 000 ha qui sont gérés à travers 10 réserves naturelles nationales et 5 réserves naturelles régionales par la LPO et son réseau.

Après les réserves, le deuxième élément fondamental est la naissance et la structuration du réseau des « délégations », devenues « associations locales LPO ». Initiatrice du phénomène, c’est en 1989 que la LPO Lorraine est créée. D’autres suivront, dont la LPO Vienne, parmi les pionnières, en 1992. Aujourd’hui, 22 ans plus tard, la LPO est présente à travers 31 associations locales (mais également avec ses groupes, relais et antennes) dans 74 départements français. Elle est devenue de facto la première association de protection de la nature dédiée à la biodiversité en France. Implantées au plus près des adhérents, les associations LPO ont multiplié la dynamique qui a mené aux 45 000 adhérents d’aujourd’hui.

L’aspect communication passe en particulier par de très nombreux supports internes et externes. La revue l’Oiseau magazine, créée en 1985 (20 000 abonnés en 2012) ; Ornithos (1994), revue des ornithologues de terrain ; et, tout récemment (2010), l’Oiseau Mag junior, destiné aux 7-12 ans. S’y ajoutent nombre de publications techniques (migration, surveillance des rapaces, etc.) qui sont autant de retours vers les observateurs et des ouvrages grand public.

L’outil Internet est bien sûr intégré, 50 sites sont gérés localement dont le dernier en date : Visionature, une base de données vivante au service de l’observation des oiseaux et de la faune. À ce jour 60 % des départements français sont couverts par ce réseau participatif extrêmement fonctionnel.

4-  Les domaines d’action

Trois axes : la protection des espèces, la conservation des espaces, l’éducation et la sensibilisation ; et

 deux missions : juridique et internationale.

En ce qui concerne la protection des espèces, la LPO est impliquée dans 13 plans nationaux d’action en faveur d’oiseaux parmi les plus menacés de France (outarde canepetière, râle des genêts, butor étoilé, balbuzard pêcheur, gypaète barbu, vautour moine, vautour percnoptère, faucon crécerellette, milan royal, aigle de Bonelli, grand tétras, pies-grièches, albatros d’Amsterdam). Elle gère également la réintroduction ou le renforcement de populations d’oiseaux menacés, comme les vautours fauve et moine dans les Grands Causses, le faucon crécerellette dans l’Aude et l’outarde canepetière en Poitou-Charentes. La LPO conçoit, anime et participe à de nombreuses enquêtes nationales et internationales. Elle coordonne actuellement le prochain Atlas des oiseaux nicheurs de France. Par ailleurs, elle contribue activement, à la demande du ministère en charge de l’Écologie et avec le MNHN, au rapport sur l’état et les tendances des populations d’oiseaux en France. Elle propose à l’État, aux collectivités régionales et locales, son expertise sur le patrimoine naturel et concourt ainsi à la protection d’espèces et d’habitats menacés dans la gestion des sites Natura 2000 (ensemble de sites naturels européens identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvages, animales ou végétales, et de leurs habitats).

La LPO Vienne a ainsi été retenue comme opérateur pour la réalisation de six documents d’objectifs Natura 2000 : Moulière-Pinail, plaines du Mirebalais-Neuvillois, vallée de la Gartempe, forêts et pelouses de Lussac, brandes de la Pierre-là et plateau de Bellefonds.

Au plan de la conservation des espaces, ayant déjà évoqué les réserves naturelles, nous insisterons ici sur l’intérêt que présente leur interconnexion. Ainsi, dans les pertuis charentais, la présence de quatre réserves proches (Lilleau des Niges, Moëze-Oléron, Yves et baie de l’Aiguillon) démultipliant leurs capacités, elles forment aujourd’hui le premier site d’accueil français pour les oiseaux en hiver, devançant la Camargue. Dans ce domaine des espaces, la LPO offre également l’opportunité aux particuliers et aux personnes morales (collectivités, établissements, entreprises…, par exemple la Bibliothèque nationale de France) de s’engager concrètement pour la protection des oiseaux et de la nature, en créant des « refuges LPO » sur leurs terrains. Cette initiative a fait de ces refuges le premier réseau de jardins écologiques de France en faveur de la biodiversité : plus de 17 000 ha à ce jour et 11 000 propriétaires… impliqués. Des refuges qui ouvrent aussi le champ de la science participative.

Troisième axe, l’éducation et la sensibilisation, en direction des scolaires et des jeunes mais également du grand public. Ceci amène la LPO à intervenir au sein des écoles, dans le cadre des programmes pédagogiques ou plus ponctuellement. Les clubs nature (partenariat avec les FCPN) ou les centres socioculturels sont également concernés par des animations. Enfin, la LPO participe à toutes les grandes manifestations françaises destinées au grand public : Fête de la nature, Nuit de la chouette ou Eurobirdwatch… Au total ce sont quelque 200 000 personnes qui sont sensibilisées chaque année à travers plus de 5 000 activités pédagogiques.

 

Les deux missions agissent aux plans juridique et international. C’est ainsi que la LPO mène chaque année une centaine de contentieux devant les tribunaux judiciaires pénaux et administratifs : pour destruction de milieux naturels, pollutions marines ou assèchement de zones humides ; trafic d’oiseaux ou destruction d’espèces protégées ; braconnage des petits passereaux ou dates de chasse non respectées… Rappelons son rôle essentiel lors du procès de l’Erika qui a permis de faire reconnaître pour la première fois le « préjudice écologique » accordé à une association.

La LPO est par ailleurs affiliée à une alliance, BirdLife International, qui compte 115 ONG dans le monde. En partenariat avec BirdLife Europe, la mission internationale de la LPO mène des actions de lobbying en faveur de la biodiversité auprès des institutions européennes. Cette mission soutient également le renforcement du réseau BirdLife dans les pays francophones d’Afrique et le développement des associations naturalistes locales.

5- Un exemple de terrain : la LPO Vienne

Puisque la LPO est un réseau, nous allons maintenant voir au plus près du terrain comment les choses se déclinent à travers deux exemples pris dans la Vienne : l’outarde canepetière en plaines agricoles et un massif forestier.

La LPO Vienne a été créée en 1992, succédant dans la continuité au Groupe ornithologique de la Vienne, créé en 1974. Si, en 1992, le GOV comptait 150 adhérents et aucun salarié, la LPO Vienne affiche aujourd’hui 1 000 adhérents et treize salariés. Partenaire des administrations, des collectivités et de nombreux socioprofessionnels (exploitants de granulats, forestiers, agriculteurs, architectes…) elle est reconnue comme compétente et représentative. Ceci l’amène à réaliser des missions de conseil ou d’expertise ; à organiser et effectuer des enquêtes ou études ; comme à participer à des commissions ou groupes de travail.

L’Outarde canepetière. Cet oiseau des plaines agricoles poitevines a valeur d’emblème pour les ornithologues de la Vienne qui se sont toujours préoccupé de son étude et de sa sauvegarde. La LPO Vienne a ainsi piloté pour le département, toutes les enquêtes et études qui ont été diligentées au plan national. Elle a également participé très activement à la mise en place de mesures agroenvironnementales favorables à cette espèce ; ainsi qu’au plan de restauration et de renforcement de ses populations. Enfin, entre 2002 et 2011, elle a été retenue par l’État comme opérateur pour élaborer le document d’objectifs Natura 2000 « plaines du Mirebalais-Neuvillois » (37 000 ha) qui concerne directement l’outarde mais également d’autres oiseaux de plaine.

Mesure agroenvironnementale en faveur de l’outarde mise en place par la LPO Vienne

 

Le site forestier Moulière-Pinail. Très attachée à ce qui constitue le plus grand massif forestier du département, la LPO Vienne a été retenue en 1995 pour la mise en œuvre d’un des trente-sept documents expérimentaux visant à élaborer la méthodologie française pour la réalisation des documents d’objectifs Natura 2000. Fidèle à ses impératifs de sensibilisation, toutes ces missions menées à bien, toutes ces connaissances, elle a souhaité les partager avec tous les amoureux de la forêt. C’est dans ce cadre qu’elle a publié le bel ouvrage tout public intitulé Moulière, la forêt des pierres, qui présente cette forêt dans toutes ses dimensions.

 

Aujourd’hui, à l’occasion de cet anniversaire et bien que centenaire, la LPO est toujours jeune. Elle a donc de très nombreux projets qu’elle décline en orientations stratégiques en faveur de la biodiversité avec l’objectif de partager les fruits de ses engagements. Car les oiseaux, la faune, la flore, les milieux… sont un patrimoine collectif essentiel.

 

Michel GRANGER

Ex Président de la LPO Vienne