Moyen-âge

 

Conférence/présentation du livre

« LA SCULPTURE ROMANE DU POITOU, LE TEMPS DES CHEFS D’ŒUVRE » de:

– Marie-Thérèse CAMUS Professeur honoraire d’histoire de l’art du Moyen Age à l’université de Poitiers

– Elisabeth CARPENTIER Professeur honoraire d’histoire du Moyen Age à l’Université de Poitiers

– Jean-François AMELOT Photographe

Préface de Jacques Le Goff (Ed. Picard 2009 520pages 570 photographies)

Entretien conduit par Christian BERNARD

Christian Bernard introduit le sujet en soulignant que si ce livre est bien un livre d’art aux photographies exceptionnelles, il est aussi beaucoup plus que cela. Car dans la mesure où s’y retrouvent les analyses conjointes d’une historienne et d’une historienne de l’art, il apporte un éclairage rarement donné sur le monde qui a produit ces chefs d’œuvre et sur la façon dont il en a favorisé l’éclosion.

Puis il laisse la parole aux trois auteurs.

Marie-Thérèse Camus, qui est à l’origine du projet, en rappelle la genèse et insiste sur l’amitié qui a uni ceux qui l’ont mené à bien.

Elle met en valeur l’importance de la floraison romane du XIIème siècle mais aussi les difficultés que soulèvent, pour toute interprétation, l’absence de noms, de dates, de textes ainsi que l’ampleur des chaînons manquants … la disparition de nombreux cloîtres par exemple …

Elle dit aussi combien, dans cette production, se trouve affirmé le désir de l’Église de diffuser un message qui va à l’essentiel par des images fortes : montrer que le Christ est à la fois Dieu et homme (Notre-Dame la Grande … mise au tombeau de Melle …). Et cela sans que soit pour autant bridée la liberté de l’artiste ou diminué le souci de mieux adapter l’expression à la spécificité d’une église ou de son public.

Elle montre enfin qu’on a à faire à une aire artistique cohérente, avec ses chantiers organisés, ses ateliers et dedans, de très grands artistes (à Aulnay, Civray, Poitiers …)

* Elisabeth Carpentier, pour sa part, insiste surtout sur le lien, plus étroit qu’on ne le pense souvent, entre la création artistique et la grande histoire : le temps de ces chefs d’œuvre est bien celui de la réforme grégorienne, le déplacement des zones d’influence artistique joue avec les basculements politiques (du Sud vers le Nord) et les glissements des centres économiques (de l’Est vers l’Ouest et la mer) …

Les spécificités de la vie privée se dessinent avec une surprenante précision, dans le divertissement comme dans le travail (toute la gamme des instruments de musique et celle des outils) et il y a bien une mode féminine qui a ses caractères propres au XIIème siècle…

Enfin, une histoire des mentalités peut aussi se lire : volonté d’embellir la maison du Seigneur et de l’offrir aux fidèles dès la décoration extérieure mais à la fois peur du péché (la séduction, les différents vices) qui conduit à l’enfer et aussi goût manifeste pour le monstrueux et cela n’est pas sans poser à l’historien une véritable interrogation.

*  Jean-François Amelot, enfin, dit ce qu’a été pour lui le travail de la photo. Avec des photos très précises et très … éclairantes !, il montre les contraintes du temps (travail du matin ou du soir, temps ensoleillé ou nuageux …), l’importance de l’éclairage, de sa force et de son positionnement par rapport au sujet, le jeu de la couleur et celui de la proximité (c’est de très près qu’on peut voir l’épine sortir du pied du « tireur d’épine » !). En fait, ce n’est qu’au prix d’une véritable intimité avec l’œuvre d’art que peut se faire le travail photographique…