mondialisation

 

La renaissance de la Chine

               

Plus vieille civilisation du monde (4500 ans), la seule encore vivante, la nation Chinoise, installée sur le quatrième plus vaste espace mondial, à quasi égalité avec les Etats-Unis (troisièmes), est riche de près de 1400 millions d’hommes. Elle s’étend des déserts redoutables de l’Asie centrale et de l’Himalaya, château d’eau de l’Asie, à l’Océan Pacifique, le plus grand. C’est dire  qu’elle ne manque pas de ressources naturelles !

                Pays des royaumes combattants, devenue un empire, la Chine est celui du stratège Sun Tzu et de l’art de la guerre. Elle est aussi, celui de la sagesse (Confucius, contemporain de Socrate), du signe (écriture idéographique) et des médecins (diététique et gymnastique !) elle fut une précoce terre d’inventions fondamentales.

                Puissance géopolitique et première économie mondiale jusqu’au XVIIIème siècle, la Chine,  devenue orgueilleuse et endormie, subit « un siècle d’humiliation et de honte » (1840-1949) sous l’emprise des Occidentaux, de la Russie et du Japon. Le régime maoïste lui redonne sa dignité. Le petit timonier, Deng Xiaoping, de la prospérité, sous forme de miracle économique inégalé (30 ou 40 années « glorieuses »).

                Désormais, Xi Jinping entend faire de son pays le numéro 1 mondial d’ici 2021 à 2049, face à l’ordre américain qu’il remet en question, il quitte la posture du profil bas pour redevenir le centre incontesté de l’Asie, au risque d’incendies en Mers de Chine. Riche de réserves financières considérables (« elle achète le monde »), d’une armée puissante et d’une génération d’ingénieurs-managers-entrepreneurs, la Chine du « capitalisme d’Etat » propose au monde une alternative à l’Ouest. Jusqu’où ?

                A-t-elle gagné ? Sera-t-elle vieille avant d’être riche ? (Ayant sacrifié une partie de ses filles !), Saura-t-elle devenir verte après avoir tant détruit d’environnement, avec une nouvelle dépendance alimentaire ? Son économie peut-t-elle quitter le quantitatif pour le qualitatif, devenir inclusive, tant sa société est inégale ? quid, enfin, de son régime, impérial pour toujours ? Dignité, prospérité, liberté un jour ?

                L’Atlas de la renaissance chinoise numéro hors série n° 8 de l’excellente revue Conflits (82 pages) est entièrement réalisé par deux auteurs poitevins : Claude Chancel et Eric Pielberg. Il comprend une cinquantaine de cartes originales, très dynamiques, révélant les nouveaux enjeux géopolitiques et géoéconomiques de la planète. On peut retenir, parmi bien d’autres, La chine des inventions, La Chine et le pot au lait, la Chine sur roues, le corridor de la connectique, la diaspora chinoise, l’argent des Chinois, Chindia, Eurochine, La Chine en France…Les commentaires, rédigés dans une langue française précise, sont riches de connaissance et synthétiques. Le tout fera, sans aucun doute, le bonheur de bien des enseignants, d’étudiants en sciences humaines et de tous les passionnés d’Asie et de ses nouveaux rêves qui ambitionnent de se substituer à l’American dream… A consommer sans modération…

 

Résumé de la conférence sur l'épopée de l'acier donnée en novembre 2014  par Axelle Degans professeur de Chaire Supérieure, agrégée de géographie en classe préparatoire, auteur ou co-auteur de manuels de géopolitique, notamment, Les pays émergents (éditions Ellipses, 2011), les grandes questions internationales (studirama,2013), Basculement économique et géopolitique du monde , 2013).). Elle publie une rubrique mensuelle , Actualité internationale, sur Diploweb

Quelques données chiffrées pour introduire le sujet

2010 (chiffres CGT) 45 000emplois directs dans sidérurgie dont 80 000 en tout (NPC : 12 000 DK 6000 et Grenoble 1 400 directs, Lorraine 6500, Rhone Alpes 4 600)

152 000 employés en 1974 (Mioche)

Productivité en valeur d’un ouvrier entre 1974 et 1992 x8 et X2en volume

Les premiers objets en fer sont travaillés dès le Vème millénaire en Iran. Le travail du fer en Europe remonte quant à lui au 1er millénaire avant notre ère, un « âge du fer »…. C’est d’ailleurs le fer météorique qui donne naissance à la sidérurgie, comme le nom l’indique car « sidéros » signifie « astre »  (et « ergon » : travail) et « siderer » influence néfaste des astres. Le fer triomphe du cuivre et du bronze par ce qu’il y a des gisements de fer un peu partout et qu’il est plus résistant que les autres métaux. Nous sommes d’ailleurs réputés depuis les Gaulois pour être de bons forgerons. L’épée de Roland, neveux de Charlemagne, la fameuse Durandal ne peut se briser contre un rocher, son acier des Hurtières, à haute teneur en manganèse, était renommé pour sa solidité : la légende peut naitre.

            Définition de l’acier

Qu’est-ce que l’acier ?

L’acier, c’est du fer additionné de carbone dont la teneur est comprise entre 0,02% et 2% (fonte entre 2,5 et 6%) et il existe aujourd’hui 3 000 nuances d’aciers (+17% de chrome et 8% de nickel = acier inoxydable).

            Les utilisations de l’acier

A quoi sert l’acier ?

Les utilisations de l’acier sont nombreuses : la construction, l’automobile, les boîtes, conserves, bidons, les composants électroniques, les infrastructures pour le pétrole ou la production nucléaire, du matériel médical de haute technicité. L’acier est partout !

L’acier c’est un savoir-faire, c’est une nouvelle ère, c’est un étalon de la puissance économique tout au long du XXème siècle. La sidérurgie est une industrie de base, une clé du développement économique et de l’affirmation de la puissance, c’est aussi une industrie mondialisée.

La sidérurgie française a déjà une longue histoire derrière elle, avec les Schneider au Creusot, les Wendel à Hayange (Moselle), les Dumont des forges et aciéries de Denain, la question est de savoir si elle a encore un avenir…

Les progrès de la sidérurgie accompagnent les progrès de la mondialisation

            Carte berceau de la sidérurgie + production a de l’acier une affaire européenne Europe aux commandes de la mondialisation

Une mondialisation et une sidérurgie mondiale dominée par l’Europe

Le berceau de la sidérurgie européenne se situe en Grande-Bretagne (Yorkshire, région de Durham, pays de Galles méridional)La production de l’acier est d’abord une affaire européenne, l’Europe est aux commandes de cette mondialisation  en France (Nord, Lorraine), en Belgique (Wallonie), en Allemagne (Ruhr, Sarre), au Grand Duché de Luxembourg ou en Haute Silésie.

            Carte EUrope

La sidérurgie se construit à proximité de grands bassins miniers (charbon et fer) dont elle partage le destin (1734 : découverte du plus grand bassin houiller français : celui du Nord pas- de Calais découvert à Anzin (fermé en 1990). Les premiers grands bassins industriels se constituent entre 1780 et 1840 en Grande-Bretagne, d’ailleurs le Pays de Galles devient la 1ère région sidérurgique à l’occasion de la guerre d’indépendance américaine car les armes y sont produites pour traverser l’Atlantique.

            Une deuxième génération de bassins industriels sidérurgiques se développe ensuite avec la révolution du chemin de fer entre les années 1830 et 1850 : le Nord de la France, ancienne région de proto-industrialisation, de la Lorraine ou de la Ruhr ou de la haute Silésie. C’est le début des dynasties industrielles : les Wendel en Lorraine, les Schneider (1836) à la tête de la plus puissante industrie française du Creusot…

            Le Creusot la plus grande usine d’Europe, Tour de France de 2 enfants, G. Bruno+ Ruhr

Une troisième génération de bassin sidérurgique se développe dans la deuxième moitié du XIXème siècle, le Donbass (Ukraine après 1880), l’Italie, le nord de l’Espagne dans les Asturies.

= La production de l’acier est une affaire essentiellement européenne, et même britannique car en 1870 les Britanniques produisent 50% de l’acier mondial comme ils commandent cette phase de la mondialisation. La production de l’acier reflète le centre de gravité économique.

 

Le XIXème siècle de l’âge du Fer à l’âge de l’acier

Les innovations révolutionnent ce secteur : innovation au cœur de la mondialisation

            Convertisseur Bessmer

1856 : convertisseur Bessemer (Sheffield) produit de l’acier bon marché (on y souffle de l’air  comprimé qui brûle le carbone et les impuretés) grâce au coke. En 1861 Alfred Krupp installe le 1er convertisseur Bessemer dans la Ruhr et en 1879 le 1er convertisseur Thomas après l’annexion de la Lorraine

1868 : début des aciers spéciaux (acier + quelques métaux) ex acier + nickel = acier inoxydable ou inox dès 1890

1877-1882 : capture du phosphore : procédé Thomas (pierres réfractaires dans le convertisseur) qui est le point de départ de l’affirmation sidérurgique de la Lorraine car le minerai est phosphoreux. La limonite lorraine a une teneur en fer d’environ 30%, c’est peu = « minette »

= Avec le procédé Bessemer l’âge de l’acier  succède à l’âge du fer à: la fin des maîtres des forges qui ne se renouvellent pas, c’est aussi le déclin de la Haute Silésie dont le charbon est difficilement cokéfiable (chauffer sans oxygène) et du pays de Galles dont les minerais s’épuisent. Une première redistribution des cartes…

Une plus large diffusion de la production de l’acier

Les challengers de l’acier CArnégie + Tata +Japon

Les challengers de l’Europe se lancent dans l’aventure sidérurgique en quête d’une puissance nouvelle : fin XIXème les Etats-Unis, le Japon. Au début du XXème Tata commence à produire de l’acier en Inde en 1912.

             tableau+

En 1914 les Etats-Unis sont le premier producteur mondial avec 50% de la production, la GB n’en représentant plus que 10%, l’Allemagne a la 2ème place produisant 2 fois plus d’acier que la France à la 4ème position. Krupp

            L’acier devient stratégique du fait de la révolution des chemins de fer, du développement de l’automobile et de la 1ère guerre mondiale qui donne la primauté à l’artillerie.

            Les grands combinats sidérurgiques, fierté soviétique

La Russie devenue soviétique donne la priorité à la construction d’une puissante industrie lourde autour de la sidérurgie et de combinat : la sidérurgie incarne la volonté de rattrapage et la soif de puissance comme de reconnaissance.

= La sidérurgie française,  centrée sur les barons de l’acier du Nord, les maitres des forges Lorrains et du Creusot, a donc de nouveau concurrents, l’Europe a perdu son monopole.

            Production mondiale acier + 3à trente glorieuses

Une sidérurgie française au cœur d’une mondialisation « heureuse » (1945-1975)

La sidérurgie française : une priorité économique

           

La période des « trente glorieuses » est faste pour la sidérurgie française, d’abord parce qu’elle est un acteur essentiel de la reconstruction mais aussi à l’heure de la concurrence entre les deux modèles, la sidérurgie sert encore et toujours d’étalon.

            Sidérurgie au cœur du plan Marshall

Ceci explique qu’elle bénéficie du plan Marshall et qu’elle constitue la pierre angulaire (avec le charbon) des débuts de la construction européenne avec a CECA. Acier heureux (4) : l’apogée du monde ouvrier

La sidérurgie française se décompose en 2 branches.

            Phase à chaud assure la transformation du minerai en acier

Une filière chaude : minerai de fer chauffé = aggloméré ; charbon cokéfié (chauffer sans oxygène pour obtenir du carbone presque pur) ; les 2 sont chargés dans le haut-fourneaux où de l’air chaud 1250° est insufflé par la bas provoque la combustion du coke et la transformation du fer en fonte. Dans le convertisseur (dans l’aciérie) la fonte reçoit l’ajout de ferraille et l’acier coule ensuite en continu, il est progressivement refroidi et se solidifie sous forme de brame. Le laminage sur le train à bande aminci la brame pour la transformer en « coil », bobine.

            Filière froide : transformation des coils

Une filière froide : les coils sont de nouveau laminés mais à froid pour leur donner les qualités recherchées (résistance mécanique, thermique, protection contre la corrosion…).

= la sidérurgie est donc une industrie qui nécessite des investissements très conséquents, une compétence technologique importante et une main d’œuvre nombreuse. Elle est donc l’apanage de pays avancés et riches mais devient l’industrie symbole du développement recherché, de la mondialisation (Brésil…).

Big is powerful

            Organigramme Usinor et Sacilor

La mondialisation comme l’intensité capitalistique nécessaire poussent à la concentration. C’est pour dynamiser la production d’aciers plats qu’en 1948 nait USINOR de la fusion des Forges et aciéries du Nord et de l’Est et des Forges et aciéries de Denain-Anzin. Cette fusion doit permettre l’installation d’un laminoir de forte capacité (train à bandes) pour la construction de tôles fines grâce au plan Marshall.

En 1966, USINOR absorbe la société Lorraine-Escaut.

En Lorraine, Wendel cristallise autour de lui une coopérative pour la création à Florange d’une unité de production de tôles minces (laminage continu) : la SOLLAC (société lorraine de laminage continu).

SACILOR a des origines qui remonte à Wendel est créé en 1964 et en 1973 Wendel-SIDELOR l’absorbe prenant le nom de SACILOR, cette dernière devient actionnaire de SOLLAC.

= La concentration industrielle de la sidérurgie française répond aux fusions qui existent à l’échelle mondiale. Cette industrie reste pourtant fondamentalement française. Ces fusions répondent à des préoccupations aussi propres au secteur : beaucoup de capitaux et une compétence assez élevée.

La mondialisation modifie la donne de la sidérurgie française

            Les mines + courbes production acier/charbon

La révolution des transports, qui accélère la mondialisation, modifie la sidérurgie en profondeur. Il devient désormais moins onéreux d’importer des minerais par voie maritime depuis les pays du Tiers monde (Brésil, Maurétanie..) ou même d’autres pays développés (Canada, Australie…) que de continuer à l’exploiter dans les pays occidentaux. Les conséquences :

            C’est le déclin de l’extraction minière et la lente agonie des « pays noirs » en France, Grande-Bretagne.

            Dunkerque et Fos/Mer : la sidérurgie sur l’eau (3)

  1. Cela bouleverse la géographie industrielle : Les années 1960 et suivantes sont celle de la « sidérurgie sur l’eau » comme l’illustre la création du site de Dunkerque en 1962, SIDMAR à Gand ou de Fos/Mer en 1974 qui demeurent les sites sidérurgiques les plus récents en France. C’est d’ailleurs en 1971 à Dunkerque que démarre la 1ère coulée continue française, HF4 et qu’USINOR y construit la même année le plus grand haut fourneaux de l’époque le HF4 de 14 mètres de haut.

= La mondialisation provoque une mutation existentielle pour la sidérurgie française, c’est le début du déclin des activités sidérurgiques historiques de l’intérieur. C’est le début des temps difficiles pour la sidérurgie pour qui désormais voit bien davantage les méfaits de la mondialisation.

Le temps d’une grande « désillusion » de la sidérurgie française

L’année 1974 est la dernière bonne année pour la sidérurgie française.

La sidérurgie française à l’heure de la restructuration : une victime de la mondialisation ? plan Barre

La sidérurgie est l’une des grandes victimes de la crise-mutation qui nous touche dans les années 1970, celle de la nouvelle concurrence asiatique (japonaise, coréenne) qui provoque une situation de surproduction à l’échelle mondiale, en particulier pour la sidérurgie, quand l‘Europe ralentit économiquement. La sidérurgie française repose alors surtout sur Usinor et Sacilor.

L’Europe communautaire (plan Davignon 1978) et la France mettent alors en place une restructuration de ce secteur, qu’on ne veut pas sacrifier car il est à la base de nombreuse branches industrielle, il mobilise beaucoup de main d’œuvre et il est emblématique de notre puissance industrielle ; restructuration dont il n’est toujours pas sorti. Le plan Dherse en France en 1971 supprime quelques 16 000 emplois en Lorraine, région qui doit être aidée par la création en 1975 de Solmer à Fos. Le gouvernement Barre décide de convertir une partie des créances grâce à l’argent public en échange d’une réduction drastique des effectifs par le biais de la mise en retraite ou pré-retraite (55 ans, parfois 50) de congés formation…. Un plan de sauvetage de l’acier français qui est aussi un traitement social de la crise de la sidérurgique qui coûte 80 milliards de francs. Le projet de Fos est revu à la baisse dans le contexte des chocs pétroliers.

            Grève insurrectionnelle de Denain en 1978 : le temps du désespoir

La sidérurgie française vit portant un vrai drame : la production de fonte et d’acier s’arrête avant la fin des années 1970 à Valenciennes et Thionville. Près de 6000 suppression d’emplois en 1976, 16 000 entre 1979 et 1980, en 1979 près de 6000 emplois directs sont supprimés entre Denain (plus de 5000) et Valenciennes, et environ 20 000 emplois induits par la sidérurgie. Un drame régional

La Lorraine vit un drame identique, elle est en plus trop éloignée des côtes et sa « minette » est top pauvre en fer : 74 000 emplois de sidérurgistes disparaissent en 30 ans autour de Thionville, Longwy et Hagondange.  Le Creusot ne s’en sort pas mieux.

En fait la sidérurgie française est trop endettée tout en ayant pas assez investi pendant des décennies.

            Les nationalisations de la sidérurgie française

En 1981 USINOR et SACILOR sont nationalisées, c’est la fin des barons de l’acier. La nationalisation ne met pas fin à la restructuration. Il s’agit de sauver l’appareil productif sidérurgique grâce à l’argent public en le modernisant et en continuant les licenciements qui frappe durement des régions de quasi mono-activité.

            Drame de Longwy (2)

Cette politique est très mal vécue par la population, elle est vécue comme « un affront », une fin d’époque, un « crépuscule » : une lente agonie commence, notamment avec la région de Longwy. La productivité a triplé et la sidérurgie en sort désendettée, mais entre 1981 et 1994 la sidérurgie perd 120 000 emplois sur les 160 000 de 1974. La période de la nationalisation est donc celle d‘une mutation fondamentale de la sidérurgie française menée par Francis Mer. En 1984, Creusot-Loire dépose le bilan, le plus gros dépôt de bilan d’une industrie depuis 1945…

Aujourd’hui la traque aux coûts est encore plus poussée dans un contexte de grande concurrence et aussi d’enchérissement des matières premières. Cette donnée pousse à continuer la restructuration au nom d’une plus grande rationalisation. C’est ce qu’avait choisi Guy Dollé, patron d’Arcelor quand il propose en 2003 le plan APOLLO. Plan Apollo que Lakshmi Mittal reprend en grande partie aujourd’hui.

= Aujourd’hui il reste 50 000 emplois dans la sidérurgie française (moins de 100 000 aux EU, 380 000 en UE, 1,7 millions en Chine. Il y a aussi derrière cette réalité, la volonté de troquer des empois industriels considérés comme dépassés, par des emplois tertiaires, plus valorisants, moins pénibles….

La mondialisation pousse à de nouvelles stratégies industrielles : d’une industrie française a une industrie mondialisée.

            Diagramme Usinor-Sacilor

En 1986, USINOR et SACILOR fusionnent, sous la direction de Francis Mer, et prennent le nom USINOR SACILOR qui est privatisé et absorbe en 1990 SOLLAC. En 1991, Sacilor fusionne avec Ugine-Aciers de Châtillon et Geugnon pour prendre le nom d’Ugine SA. En 1995, l’entreprise est privatisée. En 1998, Usinor rachète le belge Cockerill puis prend le nom de SOLLAC  groupe USINOR en 1999.

Ce mouvement de concentration existe aussi outre-Rhin : en 1991 Krupp rachète Hoesch, et en 1997 fusionne avec Thyssen pour donner naissance à ThyssenKrupp autre grand leader européen de la sidérurgie.

Il existe aussi outre-Manche : British Steel corporation est nationalisée en 1967 par le gouvernement travailliste d’Harold Wilson, la société est privatisée en 1988, elle fusionne en 1999 avec Koninklijke Hoogovens pour former Corus (où les britanniques sont prépondérants) qui est le 3ème plus gros producteur d’acier a monde derrière le coréen POSCO et Nippon Steel, en janvier 2007 Tata Steel rachète Corus, en 2009 la conjoncture s’est dégradée et Corus supprime 3500 emplois dans le monde dont 2500 en Grande-Bretagne. Depuis 2010, Tata Steel Europe.

            USINOR-> ARCELOR

Usinor est donc un groupe essentiellement français, la direction reste proche de ses cadres, un chef de ligne de galvanisation est encore considéré comme quelqu’un d’important. En 1993 l’acquisition de Ekostadt en ex-RDA et en 1998 l’acquisition du belge Cockerill, en font une entreprise internationale. En 2002, ce groupe passe à une dimension européenne : il fusionne avec le luxembourgeois Arbed et l’espagnol Aceralia pour devenir ARCELOR. Ce géant devient le numéro 2 mondial derrière Nipponsteel puis le 1er mondial avec lequel il a tissé une alliance.

On peut constater que la globalisation financière influence ici beaucoup la logique industrielle qui est désormais à la concentration, aux OPA amicale où non, aux dividendes pour les actionnaires… La sidérurgie française est bien à l’heure de la mondialisation, pour l’instant elle semble gagner même, mais les emplois continuent de reculer.

Dès 2005, Arcelor peine à acheter ses matières premières car les cours flambent, or Mittal Steel a eu l’intelligence de racheter des mines, il souffre moins de cette conjoncture et devient leader mondial de l’acier.

            Mittal

En 2006, Mittal devenu leader mondial du secteur lance une OPA agressive sur Arcelor, c’est la création d’un géant ArcelorMittal, une des entreprises devenues l’une des plus importantes  multinationales, son siège est au Luxembourg son patron vit à Londres. Arcelor pris à son propre piège financier ! Elle est quasiment en position de monopole en France, PSA préfère de plus en plus acheter son acier à Thyssekrupp pour faire jouer la concurrence.

                        Carte France filière chaude et froide

L’industrie sidérurgique française est entrée dans une nouvelle phase avec l’importation des minerais d’outre-mer et la maritimisation progressive de ce secteur. Les logiques mises en place au cours des années 1960 portent leurs conséquences jusqu’à aujourd’hui avec un destin épouvantable pour les régions historiques. Fermeture de l’aciérie électrique de Gandrange malgré les promesses politiques dont la Lorraine a pu éprouver le peu de crédibilité depuis les années 1980, comme le manque de courage politique.

            Mittal dans le monde

Florange et Liège gagnent de l’argent mais ArcelorMittal ferme partiellement les sites pour augmenter la rentabilité d’un groupe davantage acquis à la logique financière et désormais mondialisé.

            Lakshmi Mittal applique d’ailleurs aujourd’hui le plan Apollo (diapo Sarko) prévu par son prédécesseur Guy Dollé. En fait ArcelorMittal ferme Gandrange,  les filières chaudes de Florange, Liège (il reste un laminoir à froid) et les hauts fourneaux d’Eisenhüttenstadt. Apollo froid prévoit la centralisation de la production pour emballage sur Florange ainsi les brames viendront de Dunkerque et seront transformer sur Florange pour les besoins de l’industrie automobile, attachée à ce site et la modernisation d’autres sites. La filière inox doit être recentrée sur Charleroi (au détriment des sites d’Ardoise et Isbergues). La Lorraine n’est pas morte pour la sidérurgie car elle conserve un centre de recherche d’ArcelorMittal à Maizières-Lès-Metz (l’autre est à Chicago) la mondialisation c’est aussi l’importance de la recherche ce que comprend bien Mittal, près de 17 000 personnes travaillent pour la sidérurgie. Mais le sentiment de trahison est bien réel.

            = Cette politique est très mal vécue en Lorraine qui n’en finit plus d’agoniser, et même si la sidérurgie appartient au patrimoine national, de Mitterrand à Hollande, les politiques ont montré leur impuissance.      

La sidérurgie de la logique industrielle à la logique financière : l’exemple de Mittal devenu ArcelorMittal

C’est Wilbur Ross qui fait de Mittal le leader mondial de l’acier. Il lui ouvre les portes de la haute finance américaine et ce faisant du marché américain. C’est alliance de l’ancien monde (la « vieille économie» qu’incarne la sidérurgie) et du nouveau la finance mais aussi d’une puissance occidental et du monde émergent.

En janvier 2006, Mittal lance une OPA inamicale sur Arcelor, c’est l’affrontement de 2 mondes de 2 conceptions. Arcelor est resté sur une logique industrielle et Francis Mer de dire a posteriori que l’entreprise européenne n’a pas cherché à séduire d’autres partenaires pour faire de l’argent. Mittal est davantage dans une logique financière, c’est un manager qui travaille pour les actionnaires. Mittal c’est le symbole d’une mondialisation inversée.

Avec Mittal c’est le triomphe de la logique financière et du court termisme, horizon du trimestre financier voire du mois. L’optique est de maximiser les profits au bénéfice des actionnaires, ainsi en 2012 725 millions d’euros de dividendes sont versés aux actionnaires, dont 40% à la famille Mittal. C’est un autre capitalisme qui tient davantage du jeu de monopoly.

Au sein de groupe se développe ainsi les prix de transfert entre filial pour amener des flux de trésorerie là où les taxes sont les moins élevées. Il s’agit donc d’un système élaboré d’évasion fiscale…légal. (Luxembourg) Globalisation financière et dumping fiscal sont bien au cœur de la mondialisation.

Florange ferme après qu’elle ne puisse plus apporter des quotas carbone gratuits…

La sidérurgie illustre le basculement du Monde ?

            Production et consommation d’acier : le boom chinois +acier

La sidérurgie française subit une redistribution des cartes à l’échelle mondiale, un grand « basculement ». Il est très net que depuis le début du XXIème siècle la consommation et la production d’acier ont basculé vers l’Asie. Dès les années 1970, le Japon et les dragons d’Asie tirent à eux la croissance économique mondiale, mais c’est sans commune mesure avec le « boom » chinois.            Les plus grands sidérurgiques du monde : une bascule vers l’Asie

D’ailleurs la répartition des 10 grands groupes industriels est révélatrice à ce titre seul Arcelor est un producteur européen, certes le 1er mondial, 9 sont asiatiques 2 Japonais, 1 coréen et 6 chinois !!!! La Chine met la main sur les mines

Diagramme coût de la main d’œuvre / Ebita minerai/sidérurgistes

La force de la croissance chinoise provoque une flambée du coût des matières premières (minerais de fer, charbon) et même une difficulté pour s’approvisionner. Une des forces de Mittal est de posséder des mines. Le coût de la main d’œuvre devient très minoritaire

           

La sidérurgie subit aussi, et c’est une conséquence de ce que l’on vient de voir, un renversement de partage des profits qui bénéficient davantage aux producteurs de matières premières qu’aux sidérurgistes, cela rogne bien sûr leurs bénéfices.

            Article importation de coils depuis la Chine….

La concurrence est devenue féroce et l’étape suivante est l’importation depuis la Chine, chose faite en France où certaines entreprises préfèrent importer des coils fabriqués Chine plutôt qu’acheter des coils fabriqués en France. Bien peu de patriotisme économique… Renault diversifie ses achats quand Arcelor devient Mittal

            Article : réflexion sur le protectionnisme

Il ne faut pas désespérer et penser que ce « basculement du Monde »  est forcément définitif. Tout d’abord certains appellent au protectionnisme pour faire barrage à une concurrence qui tient davantage du dumping social et écologique qu’autre chose, c’est l’idée d’une taxe carbone sur les produits importés depuis des pays qui en usent voire abusent, la Chine pour  ne pas la nommer quand les entreprises européennes et françaises investissent dans la sécurité et les filtres (plus de 10 millions d’euros l’un) pour diminuer leurs rejets. Ces investissements nécessaires pèsent sur la compétitivité dans le cadre d’une concurrence mondiale, mais on ne peut pas s’aligner sur un moins disant.

            Sidérurgie américaine sort de nouveau la tête de l’eau : gaz de schiste

Aujourd’hui l’acier américain, en partie sous bannière ArcelorMittal retrouve une compétitivité perdue depuis longtemps grâce à une meilleure organisation de la production et les gaz de schistes qui diminuent significativement la considérable facture énergétique de cette industrie. Un recul écologique pourtant.

CONCLUSION : la sidérurgie française illustre tragiquement la désindustrialisation de l’Europe

L’Europ a montré son impuissance, Sarkozy s’est déplacé à Gandrange, Hollande à Florange, la Commission européenne a demandé à Mittal de ne pas fermer les derniers hauts fourneaux de Lorraine, en vain. Comment préserver notre patrimoine industriel ? La lente descente aux enfers de la sidérurgie européenne incarne le déclin de l’Europe, et menace notre indépendance économique dans un secteur clé. Nous avons su porter secours au secteur financier dans le cadre de la crise née des subprimes, mais pas à la sidérurgie, et cela au nom de la concurrence. Il s’agit d’u aveuglement idéologique, une illusion néolibérale qui préfère l etertiaire à l’industrie, la nouvelle économie à la vieille économie. LA conséquence évidente est la désindustrialisation, thème dont s’empare les candidats à l’élection présidentielle de 2012 pourtnta les autres sont protectionnistes : la Chine et m^me les eu de BA. Obama qui vole au secours de la sidérurgie de Cleveland.

 

La sidérurgie française et à travers elle la sidérurgie européenne a vécu un véritable drame depuis le début des années 1970, qui l’a profondément modifié. La sidérurgie a un avenir en France et en Europe mais n’aura plus jamais le rôle et le poids qu’elle a pu avoir au cours des Trente Glorieuses. Elle a subit les aspects les plus négatifs de la mondialisation, les logiques purement financières appliquées à l’industrie, un patronat qui n‘a pas su être assez clairvoyant et ambitieux, un choix aussi. Le choix de préférer les emplois tertiaires aux emplois industriels, car plus valorisants, moins pénibles et mieux payés… jusqu’à ce que l’on prenne conscience tardivement de la nécessite de rester une nation qui produits des biens industriels. L’industrie c’est d’abord des emplois, souvent mieux payés que dans le tertiaire, et avec une bonne couverture sociale, c’est aussi conserver la possibilité d’exporter et donc d’améliorer notre balance commerciale. La sidérurgie est une industrie de base donc importante à conserver, comme le savoir-faire, elle appartient pleinement à notre patrimoine industriel. Aujourd’hui la sidérurgie française appartient, comme la sidérurgie belge ou britannique, à des groupes mondialisés dont la stratégie est mondiale. Or la demande se situe plutôt dans les pays émergents… les pôles chauds doivent être conservés, investir (RD) seule garantie : de l’acier intelligent !

 

 

 

 

La Chine s’est ouverte au monde par la mer et s’est développée grâce aux flux maritimes qui irriguent ses ports et les bassins d’activité qui en dépendent. Désireuse de retrouver une place de premier plan dans le concert des nations elle est à présent contrainte à devenir une grande puissance maritime en développant le volet militaire après celui de l’industrie.

Premier exportateur mondial, l’étude des leçons de sa très longue histoire et l’analyse de sa situation géopolitique ont mis en évidence la nécessité et la manière de développer des forces navales de premier rang, capables d’assurer sur tous les océans la protection de ses intérêts ainsi que son rayonnement.

Le manque d’alliés fiables constitue cependant un handicap  au développement d’une Marine qui, pour être efficace, demande, en sus de financements dont elle ne manque pas, du temps, de la constance et de l’expérience.

La puissance maritime

Le concept de puissance maritime formalisé en 1890 par AT. Mahan dans le premier chapitre d’un livre qui a profondément marqué la pensée stratégique « The influence of Sea Power upon History 1660-1783 » reste toujours d’actualité. Les facteurs qui contribuent à cette puissance – la situation géographique du pays étudié, sa géographie physique et en particulier son climat, la qualité de ses façades maritimes, les ressources humaines, l’intérêt de sa population pour les choses de la mer ainsi que pour les échanges commerciaux internationaux et, pour finir, le cadre juridique existant ainsi que la continuité du support du gouvernement aux entreprises maritimes – n’ont pas changé dans le principe. Tout au plus leur importance relative pourrait avoir évolué avec l’apparition du transport aérien et la mondialisation économique, financière et politique.

Geoffrey Till, dans une étude très récente[1] , actualise le concept et propose de considérer sept éléments constitutifs de la puissance maritime :

·         La population, la société et le gouvernement

·         La technologie

·         La géographie maritime

·         les ressources

·         l’économie maritime

·         la marine de guerre

·         les autres moyens militaires (puissance terrestre, aérienne, opérations  interarmées, alliances).

 

Dans le cas de la Chine, la croissance indispensable à sa stabilité – politique, sociale, éventuellement diplomatico-stratégique est fortement tributaire de la mer.

Pour soutenir son expansion et se protéger de toute agression maritime, elle veut pouvoir disposer de moyens militaires efficaces, défensifs et offensifs.

Elle a retenu les leçons de l’Histoire qui montrent que le développement d’une grande marine de guerre est le corollaire de celui de flux maritimes vitaux pour l’État.

Les leçons de l’Histoire

 La Chine pendant près de 2500 ans a été un très grand pays, probablement le premier en terme d’économie. Très tôt elle a des relations commerciales avec les Romains par voies terrestre et maritime. Jusqu’au XIIe siècle, la navigation en mer de Chine et dans l’océan Indien est un monopole persan et arabe.  La navigation côtière se développe cependant en Chine depuis le Xe siècle et les Song disposent d’une flotte de guerre.

Par la suite, les Mongols de la dynastie Yuan (1276-1368) nationalisent le commerce maritime, et détruisent le système économique mis en place par les Song en multipliant droits et impôts. De 1368 à 1395, au début de l’ère Hong Wu des Ming, une réforme des taxes permet à des étrangers de s’occuper des échanges jusqu’à ce que le commerce privé soit interdit avec eux en raison de leur comportement répréhensible.

De 1420 à 1431, l’Eunuque musulman de Zheng He va mener 7 expéditions maritimes en mer de  Chine méridionale et en océan Indien. Sa flotte de 317 navires comprenait plus de 60 baojians pourvus de 9 mats et qui auraient atteint 120m de long. Les architectes navals remettent en cause cette version, estimant que la taille maximum des navires ne pouvait dépasser de 60m pour des raisons de résistance de la structure, ce qui en fait tout de même les plus grands bateaux d’une époque où les caravelles de Christophe Colomb ne dépassaient pas 30m de long. Ces « bateaux trésors » étaient escortés par de nombreuses jonques de guerre.

Contrairement à ce qui se produit en Occident à la même époque, ces voyages d’exploration n’ouvrent pas une ère d’expansion commerciale. Au contraire, n’ayant pas permis de rencontrer d’interlocuteurs dignes de dialogue, en 1436, un édit de l’empereur Zhu Qizhen (ère Ming Zhengtong) qui n’a que 9 ans punit de mort la construction de navires hauturiers à plusieurs mâts.

Le grand livre de l’histoire maritime de la Chine se referme pour trois siècles, peu avant que les Européens n’atteignent la rivière de Canton en provenance de Malacca (1514) et que Magellan et Cano n’effectuent la première circumnavigation (1519-22).

Au XVIIIe siècle, quand l’empire Qing est à son apogée, il comprend la Chine actuelle, la péninsule coréenne, l’Indochine, la Thaïlande, la Birmanie, le Népal, une partie importante de l’Afghanistan et les terres Kazakhes ainsi que l’île philippine de Palawan et l’actuel Sabah sur l’île de Bornéo.

Il est intéressant de remarquer que la « Nation du Milieu » contrôlait alors l’ensemble de la mer de Chine méridionale, Taïwan ainsi qu’une des rives du détroit de Malacca, toutes zones qu’elle revendique aujourd’hui.

 

Refermée sur elle-même, la Chine, n’était pas préparée au XIXe siècle à une confrontation avec les puissances industrialisées. Elle subit alors l’humiliation du démembrement d’une partie de son territoire par les Occidentaux et les Japonais. Sur mer la marine chinoise subit une série de défaites écrasantes .

Les premières sont la conséquence du contentieux franco-chinois à propos de la suzeraineté sur l’Annam. L’amiral Courbet qui commande les forces en Indochine anéantit l’escadre chinoise – 4 petits croiseurs, 2 avisos, 3 des 5 canonnières, 7 canots à vapeur porte-torpille et 11 jonques de guerre – le 23 août 1884 à Fou Tchéou, sur la rivière Min. Le 2 octobre 1884, il prend le port de Kelung à Taîwan et, le 16 février 1885, il parachève sa victoire en détruisant par des canots à moteur portant une torpille au bout d’une hampe une frégate et une corvette chinoises à Sheï-Poo.

Quelques années plus tard, ·en 1894 le Japon prend Taïwan après les désastres navals chinois de Yalu 1894 et de Weihaiwei 1895, bien que la Chine ait alors disposé d’une flotte neuve, moderne, théoriquement plus puissante. Ces défaites sont en particulier dues à la corruption et au manque de préparation,  des problèmes récurrents en Chine.

 

Plusieurs leçons peuvent être tirées de cette brève étude de l’Histoire maritime de la Chine :

§  Les voyages de Zheng He « confirment » l’absence d’interlocuteurs digne de dialogue au-delà des mers. Refermé sur lui-même, le « pays du Milieu » manque la révolution  industrielle et financière.

§  Le démembrement au XIXe de la Chine par les Occidentaux et le Japon met en évidence son infériorité technologique sur terre comme sur mer. Elle a pour conséquences son incapacité à défendre ses approches maritimes, son sol et à protéger ses vassaux (Annam, Tonkin, Corée)

§  Les défaites successives de flottes constituées d’unités modernes acquises à l’étranger est le résultat d’une infériorité tactique, d’un commandement inadapté, d’un manque d’entraînement  et de problèmes logistiques. Une marine ne s’improvise pas ; c’.

·Analyse géopolitique de la Chine d’aujourd’hui

Pour un astronaute, la terre apparaît comme une planète bleue. 71% de sa superficie est recouverte par des mers sur lesquelles la navigation est libre et qui joignent entre eux la plupart des pays du monde. Cela explique que la mondialisation de l’économie a conduit à une véritable maritimisation du commerce: plus de 90% des échanges en volume transitent par les océans, transportés par 70 000 navires marchands. Cette liberté de navigation reste cependant contrainte par des impératifs géographiques : 95% du trafic maritime emprunte les points de passage obligés que constituent les détroits (dont Malacca, le plus fréquenté) et les canaux (en particulier ceux de Suez et de Panama).

Redevenue aujourd’hui une puissance économique et financière très importante, la Chine veut reprendre son rang passé qu’elle estime lui revenir naturellement. À partir de la fin des années 1970, après la période révolutionnaire, elle connaît un développement très rapide rendu possible par les réformes économiques et politiques lancées par Den Xiaoping, le successeur de Mao. Au début des années 90, il propose un contrat social au peuple chinois : vous pouvez vous enrichir à condition de ne pas vous occuper de politique. Devenue la deuxième puissance économique mondiale, la poursuite de son développement, gage de sa stabilité sociale, dépend principalement de la croissance de ses moyens de production et de ses capacités à exporter.

Entourée de pays avec lesquels elle entretien des relations difficiles à ses frontières terrestres (Russie, Inde, Viêtnam, pays musulmans, etc.) ou dont l’accès est difficile, la Chine est de fait une île au sens géopolitique du terme. Seule sa façade côtière lui donne une ouverture vers des marchés situés outre-mer qui sont devenus vitaux pour elle. C’est par là également que passent les flux énergétiques qui lui permettent  de faire fonctionner ses usines. Pour la première fois de son Histoire, le Pays du Milieu qui pendant près de 2500 ans avait pu développer en quasi autarcie une civilisation continentale très raffinée doit impérativement se tourner vers la mer d’où sont venus les envahisseurs qui ont provoqué son déclassement.

Premier exportateur mondial, ayant devancé l’Allemagne en 2009, le pays reconnaît par la voix du président Hu Jintao en 2003 la vulnérabilité de ses flux maritimes qui, pour l’essentiel, doivent franchir un détroit dont le contrôle lui échappe totalement. C’est le « dilemme de Malacca ». Il ne suffit pas d’être capable de transporter produits finis et hydrocarbures ainsi que d’exploiter les ressources halieutiques et minérales des océans ; il faut aussi assurer, au besoin par la force, leur libre passage. La Chine doit à présent à devenir une puissance navale pour pouvoir atteindre ses objectifs politiques qui se résument ainsi :

§  Maintien de la souverainement nationale

§  Maintien de la domination du parti communiste

§  Poursuite d’une croissance économique forte et stable

§  Reconnaissance par la communauté internationale comme une puissance de premier rang, comparable à celle des États-Unis d’Amérique

§  Développement et entretien d’une force nucléaire stratégique de superpuissance

A.  Importance politique de la mer

Les côtes chinoises sont bordées par une ligne d’îles réparties entre l’archipel japonais et les Philippines. Aucune n’est sous contrôle chinois. La Chine considère que  principale, Taïwan, fait partie de ses intérêts vitaux. D’autres, comme les Diaoyu sont disputées avec le Japon. Enfin, faisant preuve d’une remarquable stabilité diplomatique malgré le changement de régime, la Chine revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale depuis 1947. Elle le fait en totale contradiction avec Loi de la mer issue de la Convention de Montego Bay et fonde sa prétention sur des raisons historiques que réfutent tous les États de la région, soutenus par les États-Unis.

Elle veut aussi être reconnue comme une grande puissance en cherchant à influencer  les autres nations par une politique globale agressive, culturelle, financière et industrielle qui s’appuie de plus en plus sur  une diplomatie navale très active depuis 2008.

B.  L’importance économique de la mer pour la Chine.

Pour soutenir son économie, l’industrie chinoise repose sur le maintien des flux énergétiques (charbon, pétrole, gaz naturel…) ainsi que de ceux des matières premières (fer…). Elle doit également pouvoir exporter les produits manufacturés qui sortent de ses usines. Pour finir, il lui faut  chercher en mer ou au-delà des denrées alimentaires. Ce sont des ressources halieutiques qu’elle obtient en surexploitant les océans (la part de la Chine dans la production mondiale de poisson est passée de 7 % en 1961 à 35 % en 2010) et des produits de l’agriculture provenant de terres arables achetées et principalement situées en Australie, aux Philippines et en Afrique.

En vue de conforter sa sécurité énergétique, le pays veut pouvoir exploiter les gisements d’hydrocarbures situés le long de ses côtes et en mer de Chine méridionale bien qu’ils soient souvent situées dans des zones contestées par ses voisins.

§  ·La Chine manque des matières premières nécessaires à sa croissance économique et, à terme, à son autosuffisance alimentaire : son développement dépend de l’extérieur

§  ·La Chine, qui n’a pas d’alliés fiables à ses frontières terrestres, est de fait une « île » géostratégique.

§  Ses côtes constituent la seule ouverture sûre vers le monde extérieur. Cependant, sa façade maritime est restreinte eu égard à la superficie du pays et à son domaine maritime (eaux territoriales et zone économique exclusive)qui  est relativement peu étendu (à titre de comparaison, le ratio territoire maritime sur territoire terrestre est de 17,2 pour la France qui dispose du deuxième territoire maritime au monde, 1,21 pour les États-Unis qui ont le premier, et seulement 0,4 pour la Chine qui se situe au 10e rang)

§  ·L’essentiel de son trafic maritime doit passer par des détroits qu’elle ne contrôle pas : le détroit de Malacca est le centre de gravité de son développement économique (dilemme de Malacca)

§  ·Elle ne contrôle pas le chapelet d’îles longeant ses côtes : elle est privée d’un espace maritime stratégique indispensable à sa force océanique stratégique.

Conclusion : la Chine, une puissance maritime ?

En 2012, ·la valeur globale de la production maritime de la Chine atteint 5008,7 milliards de yuans et représente 9,6% du PIB du pays, en augmentation de 7,9% par rapport à 2011. Le pays est devenu le premier constructeur de navire au monde, après avoir dépassé successivement le Japon et la Corée du Sud. Il contrôle la deuxième flotte marchande derrière celle du Japon. En ce qui concerne les terminaux maritimes, la Chine dispose des plus grands ports minéraliers et de porte-conteneurs du monde. Son industrie maritime, la situe au premier rang mondial et c’est le pays qui est le plus gros producteur de ressources halieutiques grâce à sa gigantesque flotte de pêche.

Que lui manque-t-il pour devenir une très grande puissance maritime ? Sécuriser ses voies de communication maritimes et ses sources d’approvisionnement. C’est cet impératif qu’a exprime le président Hu Jintao en  énonçant le dilemme de Malacca et les menaces pesant sur le détroit : piraterie, terrorisme maritime et risque de fermeture du détroit par des puissances rivales.

Pour y répondre, la Chine doit être en position de maîtriser les deux accès au détroit de Malacca en contrôlant la mer de Chine méridionale (elle sanctuarisera également ce faisant les ressources halieutiques et minérales qui s’y trouve) et en accroissant sa présence permanente dans l’océan Indien. Elle doit ensuite acquérir de l’espace stratégique dans l’océan Pacifique en faisant sauter le verrou représenté par la première chaîne d’îles devant ses côtes. La priorité est de faire rentrer Taiwan dans le giron chinois suivie par la reprise des îles Diaoyu. Il lui faut également ouvrir des routes alternatives à celle de Malacca en jouant en particulier un rôle pionnier dans l’exploitation de la route arctique.

Pour tout cela, la Chine a besoin de disposer d’une marine de guerre équilibrée et puissante sur laquelle elle puisse s’appuyer, ainsi que de forces de garde-côtes nombreuses et diversifiées. Riche d’une Histoire multimillénaire à laquelle elle attache beaucoup d’importance et où elle puise toujours des éléments de réflexion, elle tire les leçons de son passé maritime pour éviter de répéter des erreurs de méthodologie qui lui ont coûté cher en ne lui permettant pas de s’opposer à ses adversaires, tous venus de la mer au XIXe siècle. Si ses excédents commerciaux lui permettent de dégager des ressources financières importantes, elle sait qu’une flotte pour être efficace demande du temps pour développer des doctrines d’emploi adaptées à ses objectifs et beaucoup d’entraînement pour que les différents moyens opérationnels apprennent à coopérer entre eux. Lord Kitchener aurait dit qu’il fallait 70 ans pour constituer une marine de premier rang… En 2012, la marine chinoise avec 919 000 tonnes de bâtiment de combat était au troisième rang mondial, en passe de dépasser la Russie ; en 2000 elle occupait la quatrième place avec seulement 413 000 tonnes. En douze ans elle a plus que doublé en terme de tonnage. Mais elle a également beaucoup progressé dans sa capacité à opérer loin de ses bases et est devenue une marine de haute mer, participant à la lutte contre la piraterie en océan indien depuis 2008.  Elle vient d’admettre au service actif son premier porte-avions, le Liaoning,  et, pour ne pas perdre de temps,  entraîne son parc aérien, constitué d’avions de qualité, sur une maquette construite à terre pendant que le bâtiment effectue ses essais techniques à la mer. Elle vient de construire une nouvelle base protégée pour ses sous-marins nucléaires dans l’île d’Hainan qui permet un accès rapide aux grands fonds de la mer de Chine méridionale, raison supplémentaire s’il en fallait de contrôler cette mer. Elle souffre cependant de retards dans le domaine de la lutte sous la mer et a des difficultés à produire des sous-marins silencieux, ce qui ne lui permet pas de disposer encore d’une véritable capacité de frappe nucléaire en second. Pourtant, elle progresse lentement mais sûrement, à son rythme, dans tous les domaines et n’hésite pas à innover en développant un système anti porte-avions original, basé sur l’utilisation de missiles balistiques.

Sauf rupture géopolitique imprévue, la Chine sera une grande puissance maritime dans les décennies à venir. Elle n’en a pas le choix.

Cette montée en puissance induit cependant une incertitude dans les pays voisins qui ont des différends territoriaux maritimes avec elle, ou qui contrôlent les détroits qu’empruntent ses lignes de communication ou encore qui se trouvent en compétition économique avec elle. Ceux qui disposent des ressources humaines et financières suffisantes cherchent alors naturellement à se protéger en s’équipant à leur tour de moyens capables de dissuader cette force, entretenant ainsi une course aux armements.

Hugues Eudeline,membre de l' Institut Jacques Cartier

 

 

 

 


[1] TILL, Roger. Seapower – A guide for the twenty-first century. Routledge, Oxon (U.K), 2013. 412 p.

 

 

 

 

La Chine, État géant, État-continent et État-civilisation, fascine, impressionne et interroge. Si l’on croise les données géographiques et démographiques, elle bénéficie depuis toujours de l’effet de taille auquel s’ajoute une rente de situation. « L’empire du milieu » est au cœur, en effet, de l’Asie majeure, entre les plus hautes montagnes du monde et le plus vaste des océans de la planète. Seule civilisation ancienne encore vivante, elle s’était immobilisée, jusqu’à être semi-colonisée. Réveillée par ses nationalistes, ses communistes et Deng Xiaoping, elle connait de nos jours une véritable renaissance.

En 2012, La Chine est « une puissance émergente émergée ». La question ne semble plus être  qu’elle parvienne bientôt au premier rang, mais, quant elle aura effectivement rattrapé les États-Unis. Puissance complexe, grande puissance pauvre, l’objet de cette contribution est de dresser un premier bilan des « trente glorieuses à la chinoise » et de repérer  les défis, forcément à sa mesure, auxquels est confrontée la Chine contemporaine…

Peuple de paysans nombreux organisés en lignées familiales hiérarchisées et soumises à un empereur, la Chine est la plus grande ethnie du monde. Les Han, enfants de la terre jaune, reliés par l’écriture constituent un peuple homogène autour duquel gravitent des minorités et des étrangers. Industrieuse, organisée et intelligente, la Chine avait, souvent et bien avant nous, presque tout inventé, mais elle avait fini par basculer dans l’isolement, l’arrogance et la suffisance qui lui ont masqué la révolution industrielle partie d’Angleterre. C’est ce qui lui valut un siècle d’enfer, de défaites et d’humiliations, contre lesquelles réagirent le Parti nationaliste de Sun Yat-Sen (qui mit bas l’empire et voulut instituer une République nationale, démocratique et sociale) et le Parti communiste de Mao Zedong qui pratiqua la Révolution « au bout du fusil ».

L’homme qui a réveillé la Chine

Selon le « petit timonier », Deng Xiaoping, « l’héritage de Mao peut être validé à 70% ». Ce qui peut nous surprendre, compte tenu des erreurs et des crimes en série imputables à l’empereur rouge, à son goût du pouvoir et sa fuite dans l’utopie radicale. Mais le peuple chinois lui reconnaît la restauration de l’État, en 1949, la simplification de l’écriture (civilisation du signe) et l’égalité  juridique des femmes, « l’autre moitié du ciel ». Mao a cru que la Chine retrouverait son rang par ses seuls moyens (« compter sur ses propres forces »), ce qui isolait toujours la Chine. La géniale intuition politique de Deng consiste à penser que si la révolution ne fait que bouleverser, la réforme, graduelle, quant à elle, transforme réellement un pays. Par ailleurs, il met littéralement l’étranger au service du national, c’est l’ouverture. Pouvoir fort (l’ordre par peur du chaos) et promesse de « petite prospérité », tel est le nouveau rêve chinois. Le nouveau pouvoir a compris, dès 1978, tout le parti qu’il pouvait tirer de la mondialisation, à la suite des NPI asiatiques, en jouant sur les avantages comparatifs de la Chine qui, dès lors, « attire l’oiseau sur la branche » (capitaux, technologie et marchés étrangers). La Chine (entre 20% et 30% de l’humanité) a toujours pesé, selon les séries statistiques d’Angus Maddison, dans la même proportion dans l’économie mondiale. Descendue à 2% à la fin de la révolution culturelle. Elle est remontée à 12% actuellement de cette économie mondiale, en route pour les 20%, ce qui correspond, avec logique et harmonie, selon les Chinois, aux fondamentaux du monde… Que la Chine reprenne la place et le rang qu’elle n’aurait jamais dû perdre !

Ranking…

Aujourd’hui, chacun peut mesurer son nouveau poids : grands travaux et infrastructures (elle fait travailler les deux tiers des grues de la terre), « l’atelier du monde » qui remonte la filière industrielle avec ses champions nationaux aux mains du Parti (du « made in China » au « made by China »), la transformation de la puissance en influence («soft power »), via ses médias, ses nouveaux réseaux (Confucius), le classement de Shanghai des universités du monde, son rang olympique qui dispute la première place aux États-Unis, mais, aussi, son budget militaire, devenu le second du monde, sa préemption de ressources (achats de terres, de la moitié du minerai de fer mondial, d’hydrocarbures, etc…). Devenue, depuis 2009, le premier pollueur du monde, la Chine a subi des désastres écologiques, mais elle n’entend pas être bannie par les anciennes nations industrialisées qui ont pollué avant elle. Première dans l’éolien et le solaire, elle entend devenir une grande puissance verte. Elle rénove ses centrales thermiques et parie sur la voiture propre…

Géopolitique

Sa nouvelle présence géopolitique  est impressionnante : partenariats avec l’Amérique latine, dans le  « pré carré » traditionnel des États Unis, « Chinafrica », groupe de Shanghai, « stabilisation » de la péninsule coréenne (6 partenaires), accords de libre échange avec l’ASEAN, Sommets des BRICS (pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud), Jeux de tubes (oléoducs et gazoducs) en Asie centrale, « collier de perles » en Asie méridionale, sans compter ses chantiers navals, ses ports de commerce, les plus importants du monde et les conteneurs (elle fabrique 80% de la production mondiale). Son commerce extérieur reflète l’état de la locomotive de l’économie mondiale, qui nous vend du contenant et du contenu, en somme. Sa monnaie, le yuan ou renmimbi, « monnaie du peuple », considérée par beaucoup comme sous-évaluée, arme déloyale dans la concurrence, encore inconvertible, entame prudemment, mais sûrement, son internationalisation, via Hongkong et, bientôt, Shenzhen.

Défis chinois

Si la Chine se préoccupe au premier plan de son développement qui, seul, peut préserver son unité et sa sécurité, elle est cependant aux prises avec bien des défis.

D’abord son rapide vieillissement, conséquence de la politique de l’enfant unique, âgée elle-même de 33 ans déjà… La Chine risque d’être vieille avant d’être riche et  de manquer de main d’œuvre ! Pour la première fois de son histoire, sa population urbaine est supérieure à sa population rurale (c’est révolutionnaire pour un peuple de paysans !). Surtout, la Chine est devenue le pays des inégalités (par exemple, on est trois fois moins riche à la campagne et les différences régionales sont très accusées. « Go West » : il s’agit de faire remonter la croissance du littoral vers la Chine intérieure. Ces inégalités sont renforcées par la corruption. Le pays connait de plus en plus des « incidents de masse » (révoltes ou jacqueries, il y en a près de 100.000 par an), durement réprimées par les autorités. Le budget de l’Intérieur (celui de la police) est supérieur à celui de la Défense. Il est vrai que la Chine peut aussi  être son meilleur ennemi…

Ensuite, l’empire commence à subir les effets de la crise mondiale sur son modèle du « tout export ». Son économie, encore vigoureuse, ralentit, Ses jeunes diplômés des universités ont des difficultés à trouver du travail. La Chine découvre l’interdépendance, alors qu’elle est en surcapacité et qu’elle a surinvesti. Il lui faut moins exporter et davantage consommer. Son paradoxe, c’est que, communiste, elle n’est pas assez sociale. Son marché intérieur est son avenir, elle doit passer du quantitatif au qualitatif. Elle bute aussi sur des problèmes de sécurité alimentaire et de pollution qui exaspèrent sa population. Les finances de ses banques restent opaques  et celles de ses collectivités provinciales et locales sont déséquilibrées. Leurs dettes deviennent préoccupantes en 2012, au moment où le gouvernement leur demande  pourtant un second plan de relance, après celui de 2009.

La croissance chinoise, qualifiée par le Premier ministre Wen Jiabao de « déséquilibrée, instable et non durable » trahit les limites du modèle de développement actuel. Comme chez nous, la Chine doit en inventer un nouveau. Comment la nouvelle équipe au pouvoir, issue du XVIIIème Congrès du PCC (74 millions de membres) à l’automne 2012 va-t-elle gérer une société civile enrichie, plus instruite, davantage informée, qui utilise un milliard de téléphones mobiles et mobilise plus de 500 millions d’internautes ? Capables de contourner la censure, malgré 30.000 ou 40.000 cyber-policiers. La quatrième génération d’empereurs rouges devra être dynamique et inventive…

« Eux et nous »

Enfin, il faut comprendre que la Chine n’a pas l’intention de conquérir le monde, malgré l’activité spectaculaire de sa diaspora, (ses habitants sont plutôt des paysans et, surtout, des négociants et des épiciers). En revanche, son développement, en tâche d’huile, éventuellement prédateur, sur une planète aux ressources limitées, inquiète. La Chine, grand vainqueur de la mondialisation (cf sa croissance depuis son adhésion à l’OMC en 2001), ne peut espérer se développer aux dépends du reste du monde. Elle fait son apprentissage de l’altérité. Ne désirant nullement se substituer aux États-Unis comme gendarme du monde, celui-ci  lui demande d’assumer les nouvelles responsabilités à la mesure de son rang, ce qu’elle craint lui coûter cher… Sous l’effet de la dureté de la crise économique actuelle, les autres nations exigent davantage d’équilibre et de réciprocité et peuvent se montrer moins bien disposées vis-à-vis d’elle.

C’est souligner à quel point la Chine est, comme l’Occident, à une croisée des chemins. De ses options, dépend le reste du monde. Une Chine prospère et stable est un atout pour l’intérêt général.  Son échec serait une catastrophe pour tous. Son « miracle économique », fruit de son immense travail et de ses talents, a fait reculer la pauvreté et a généré chez elle une dynamique d’espoir, bien plus positive que notre perception nostalgique d’un déclin relatif d’un Occident qui a prêché des valeurs qu’il ne pratiquait plus guère… Les Chinois croient en un avenir meilleur pour leurs enfants quand l’Ouest nourrit des doutes pour les siens…

2014 consacrera le cinquantième anniversaire de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par le Général de Gaulle. L’entente, la détente et la coopération qu’il préconisait restent sans doute pour nous le sillon à creuser et « la voie » (dao) pour les Chinois. Réveillée, la Chine qui court nous interpelle à son tour…

Pour aller plus loin :

Le monde chinois (2ème édition, 2008), par Claude Chancel et Eric-Charles Pielberg, Presses Universitaires de France.

 Fondation Prospective et Innovation, Poitiers, Palais des Congrès du Futuroscope, Colloque international annuel, présidé par Monsieur le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, par exemple, 31 août 2012 « la Chine et les BRICS, quel destin commun ? »