IFPO

 

Cyril Roussel, chercheur à  l’Institut Migrinter de Poitiers et à l’Institut Français du Proche-Orient [IFPO]

Ce géographe qui est venu, avec Gildas Simon fondateur de Migrinter, donner une conférence en février à l’Institut Jacques Cartier, étudie actuellement les transformations des espaces frontaliers et des espaces urbains en rapport avec la circulation accrue des populations et des marchandises au Moyen-Orient ainsi les réadaptations de ces flux dans un contexte de conflit.

Cyril Roussel | Institut français du Proche-Orient – Ifpo.

Objet d’étude

Mes questionnements de recherche visent à comprendre l’organisation des populations migrantes et le fonctionnement des espaces produits par les circulations migratoires au Moyen-Orient. Mais également les modes de circulation des populations qui pratiquent le cross border et les processus d’intégration régionale qui en découlent. Il s’agit donc d’une problématique générale axée sur la migration et la circulation, mais qui cherche à s’articuler à des processus de constructions socio-spatiales. C’est pour cela que je m’intéresse également aux flux des marchandises et aux dynamiques de leur organisation dans l’espace dans une perspective transfrontalière. Deux types d’espaces sont ainsi étudiés : les espaces frontaliers d’un côté ; les espaces urbains de l’autre et spécialement les quartiers et villes de polarisation des populations migrantes, déplacées et réfugiées ainsi que les villes entrepôts du commerce légal ou clandestin. Ces recherches, ancrées dans la géographie sociale et du politique, portent sur des pays qui ont la particularité d’être régulièrement, et ce sur un temps long, en conflit et dans lesquelles les frontières s’ouvrent et peuvent subitement se refermer. La reconfiguration de l’espace kurde qui est devenu un enjeu majeur tant dans le conflit syrien que dans le conflit irakien demeure au centre de nos travaux puisqu’elle pose avec acuité la question de la délimitation frontalière de nouveaux territoires politiques en devenir. Mes recherches portent aussi sur des pays où les politiques d’accueil des travailleurs migrants et des réfugiés sont très différentes. Enfin, des pays qui n’appartiennent pas à la même aire culturelle puisque mon terrain se situe entre le monde arabe, le monde turc et le monde kurdo-iranien : ceci engendre des politiques douanières diverses et une intégration dans la mondialisation parfois partielle (Iran, Syrie). Tous ces éléments se combinent pour créer une zone d’étude particulièrement riche quant à la diversité des acteurs migrants mais aussi quant à leur capacité d’adaptation à un contexte mouvant obligeant à une réorganisation sans cesse renouvelée des flux, des points de passage et des stratégies.

Je dirige un programme qui s’intitule « Les cartes du nord de l’Irak ». Le but est de mener un vaste programme de recherche de terrain, de dynamiser les échanges inter-universitaires entre l’Irak et la France (publication commune ; manifestations scientifiques communes ; échanges d’étudiants) et de livrer une publication trilingue qui comprendra un corpus cartographique accompagné d’analyses dans les divers domaines de l’analyse spatiale. À travers ce programme se décline ma problématique générale qui trouve ainsi un nouveau terrain d’analyse particulièrement adapté : le Kurdistan d’Irak est en effet un espace frontalier traversé de toute part par des flux migratoires et de marchandises !

Travail de terrain/ Méthodologie

Mes recherches se focalisent sur plusieurs lieux d’observation et études de terrain : le Kurdistan d’Irak et de Syrie avec les frontières syro-irakienne, turco-irakienne, irano-irakienne ; la frontière entre la Jordanie et la Syrie ; la frontière entre la Turquie et la Syrie. Dans le cadre de plusieurs programmes de recherche, je travaille sur les communautés kurdes transfrontalières entre Irak, Syrie, Turquie et Iran mais aussi sur les réfugiés syriens qui s’établissent en Irak et en Jordanie. À partir de missions régulières sur le terrain, aux frontières de ces pays mais aussi dans les lieux de polarisations des migrants et des activités transfrontalières, je tente de mettre en place une cartographie fine des dynamiques circulatoires et de leurs répercussions sur l’organisation de territoires en devenir.

 

Cyrill Roussel

De nombreux articles de ce chercheur sont en ligne sur le Web, nous vous invitons à consulter le site de l’Ifpo.

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