guerres

 

Fernand Braudel inventa le concept de longue durée en 1949. Qu’il me soit permis de m’y référer ici pour décrire l’affrontement qui opposa la Maison d’Autriche à la Prusse pour le contrôle de l’Allemagne du nord. Deux cents ans. Deux siècles, c’est en effet la durée de la bataille qui a opposé l’Autriche et la Prusse pour la suprématie au cœur de l’Europe. En voici les principales étapes.

  • 1736 : Frédéric le Grand, alors Prince royal (le Kronprinz) d’un petit état germanique, la Prusse, écrit un opuscule résumant sa philosophie en matière de politique européenne : Considérations sur l’état présent du corps politique de l’Europe. Il décrit ainsi le politique de la Cour de Vienne : « On aura pu découvrir facilement que sa politique a pour but d’établir le despotisme, & la souveraineté de la maison d’Autriche dans l’Empire ; ce qui n’est pas si facile, vu la puissance de beaucoup d’électeurs qu’on ne saurait abaisser aisément. Cependant imbue de préjugés superstitieux, et encouragée par une orgueilleuse témérité, lé maison d’Autriche a voulu accoutumer à son joug les souverains d’Allemagne… ». Il s’agit là d’une rupture complète avec la politique suivie par les Hohenzollern qui, jusqu’alors, avaient accepté la prééminence des Habsbourg. A la fin de son règne de 46 ans, Frédéric le Grand aura vaincu trois fois l’Autriche, il lui aura arraché sa province la plus riche, la Silésie, et il aura hissé la Prusse au rang de principale puissance militaire de l’Europe.
  • 3 juillet 1866 : Bismarck, le chancelier de fer, enregistre un succès éclatant. La Prusse a écrasé l’Autriche à Sadowa. Dans la foulée, elle annexe diverses principautés d’Allemagne du nord qui avaient été les alliées de l’Autriche et forme la Confédération de l’Allemagne du nord, préfiguration du Deuxième Reich proclamé le 18 janvier 1871 dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles.
  • 12 mars 1938 : Hitler réalise l’Anschluss, l’un des buts essentiels qu’il avait énumérés dans Mein Kampf :  »  L’Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande et ceci, non pas en vertu de quelconques raisons économiques. Non, non : même si cette fusion, économiquement parlant, est indifférente ou même nuisible, elle doit avoir lieu quand même. Un seul sang exige un seul Reich. » L’Anschluss est réalisé.

Tel est le cadre général dans lequel se situe la présente  série de trois articles qui ne s’intéressent qu’à la période de la Révolution française, entre 1791 et 1802,  et cela à travers un prisme étroit, l’action qu’eut au service de la Prusse un Français, le Général de Heymann. Celui-ci fut maître-espion, soldat et diplomate au service de Louis XVI puis, après la Fuite à Varennes, de deux Rois de Prusse, Frédéric-Guillaume II et Frédéric-Guillaume III. Une mission lui avait alors été allouée par Berlin : maintenir la Bavière et les états palatins dans l’orbite prussienne ou à tout le moins éviter qu’ils ne rallient l’Autriche[1]. J’ai déjà publié deux articles relatifs à l’action de Heymann dans le cadre de l’Institut Jacques Cartier intitulés Procès de Louis XVI, une preuve accablante ?  et  De Varennes à Valmy : Les coulisses du triple suicide politique de Louis XVI et de son épilogue.

Comme les deux précédents, ces trois nouveaux articles font appel à des sources primaires méconnues, essentiellement les Archives de Prusse qui ne furent ouvertes dans les faits qu’à partir de 1989.

Les articles suivent la chronologie selon le déroulé suivant :

  1. 1792 : L’alliance contre nature entre la Prusse et la Maison de Habsbourg (l’Autriche)
  2. 1795 : La Prusse se retire du conflit

III. 1799 : La Bavière, enjeu du conflit

Il n’est présenté ici que la premier article. Les deux suivants le seront dans les bulletins suivants.

Le lecteur pourra ainsi s’évader de notre cadre de lecture habituel de la Révolution française qui, reconnaissons-le, s’articule autour de Robespierre, Bonaparte et des campagnes d’Italie.

En route donc, pour un épisode de l’affrontement sans merci pour l’Allemagne du nord.

I.1792 : L’alliance contre nature entre la Prusse et la Maison de Habsbourg

  1. Le point de départ : le Saint-Empire romain germanique

Depuis l’invasion de la Silésie par Frédéric II en 1740, la cause était entendue pour la diplomatie française : l’Allemagne du nord était le cadre d’un affrontement sans merci entre l’ennemi héréditaire de la France, la Maison d’Autriche, et une Maison de second rang, les Hohenzollern, dont les principaux « états », le margraviat de Brandebourg et la Prusse, étaient situés aux marches orientales du Saint-Empire romain germanique. Le Saint-Empire se posait en successeur de l’Empire de Charlemagne et de l’Empire romain. C’était une confédération lâche de 350 états indépendants qui sont représentés sur cette carte. On note trois ensembles principaux : les états des Habsbourg en orange, les états des Hohenzollern en bleu de Prusse et enfin les états de la Maison de Wittelsbach, les « états palatins » en vert clair.

Toute la politique de Richelieu avait consisté à maintenir un glacis de petits états, pour beaucoup protestants, entre l’Autriche et la France. L’Empereur était élu par un collège de Princes-électeurs, les Kurfürsten[1]. A la veille de la Révolution française, les Princes-électeurs étaient au nombre de huit, dont trois princes ecclésiastiques catholiques. À noter que le royaume de Bohème était une Principauté électorale du Saint-Empire romain germanique. En tant qu’archiduc d’Autriche, le chef de la Maison de Habsbourg n’était pas Prince-électeur ! Il l’était en tant que Roi de Bohème, possession héréditaire des Habsbourg, même si nominalement le Roi de Bohème était élu. Le royaume de Prusse, possession des Hohenzollern, ne faisait pas partie du Saint-Empire romain germanique. Le chef de la Maison de  Hohenzollern, roi en Prusse, était aussi margrave[2] de Brandebourg et à ce titre Prince électeur. Les Wittelsbach étaient Prince-électeur du fait du Palatinat ou de la Bavière selon l’époque.

  1. L’alliance contre nature entre la Prusse et l’Autriche

A la veille de la Révolution, les Cours de Berlin et de Vienne se vouaient une haine inexpiable. Les deux Cours furent sidérées par l’effondrement de la monarchie absolue en France. Elles y virent au moins un avantage : la France était affaiblie. Hors de question toutefois de se mêler des affaires françaises. La Fuite à Varennes (20 juin 1791) bouleversa la donne. Après leur arrestation et leur retour à Paris, le roy de France et sa famille furent maintenus prisonniers dans leur Palais des Tuileries. Ceci ne pouvait être accepté par les monarques d’Europe.

C’est alors que la crise intérieure française s’internationalisa. Les deux ennemis irréductibles, l’Empereur et le Roy de Prusse, tinrent une conférence du 25 au 27 août 1791 à Pillnitz[3]. Ils y réglèrent leurs différends, ou du moins les mirent en sommeil, et ils émirent une déclaration commune, la Déclaration de Pillnitz. Ils y demandaient que Louis XVI recouvrât sa liberté, faute de quoi ils aviseraient avec les autres Puissances européennes sur les mesures appropriées à prendre. Cette déclaration lénifiante fut considérée comme une véritable déclaration de guerre par les députés républicains, pour l’essentiel les futurs Girondins. La course à la guerre a été décrite dans De Varennes à Valmy : Les coulisses du triple suicide politique de Louis XVI et de son épilogue. Nous n’y reviendrons pas.

  1. Le nerf de la guerre

Le roi-sergent, Frédéric-Guillaume I (1713 et 1740) et Frédéric II (1740-1786) avaient été des monarques avare pour le premier, économe pour le second. En matière de finances publiques, le roi-sergent avait une devise : « Ein Plus machen », autrement dit dégager un excédent budgétaire. Lorsqu’il arriva au pouvoir, il diminua de 85% les dépenses de la cour ! Frédéric le Grand géra également la Prusse de manière rigoureuse, même s’il bâtit des palais somptueux qu’il meubla avec des œuvres d’art venues de France. Il avait pour toute garde-robe deux uniformes usés. Il gardait constamment avec lui une cassette remplie de diamants destinée à payer ses troupes en cas de revers de fortune. Lorsqu’il succéda à son oncle en 1786, Frédéric-Guillaume II fut un monarque dispendieux et il mit en désordre les finances de la Prusse. Il dut revenir aux saines pratiques de gestion de son oncle et de son aïeul. En clair, en Prusse, les finances publiques étaient une chose sérieuse[4].

Le 9 janvier 1792, Frédéric-Guillaume II reçut de Louis XVI la lettre par laquelle celui-ci lui demandait de former une alliance armée (un concert des Puissances) pour écraser les factieux. Il répondit à Louis XVI le 14 janvier 1792. Après avoir donné son accord de principe sur le congrès armé, il poursuivait de la manière suivante :

…J’aime à croire que les effets d’un tel congrès, et l’impression qui en résultera, répondront à l’attente de V. M[5]. Mais avec toute la bonne volonté dont je me sens animé pour Ses intérêts, je ne saurais en même temps me refuser à la considération des dépenses très considérables auxquelles cette mesure doit donner lieu, et, père de mon peuple, je dirai avec franchise à un roy qui a donné de si fortes preuves des mêmes sentimens, qu’une juste indemnisation de ces frais me paraît indispensable pour concilier les services que je souhaite de rendre à V. M. avec mes soins pour le bonheur de l’État que je gouverne.

En clair, la Prusse donnait son accord pour intervenir à condition que cela ne lui coûte rien, sauf la vie de quelques soldats. Cette question des finances allait devenir centrale dans la suite et explique le poids qu’allait prendre dans la conduite du conflit la super puissance financière de l’époque, l’Angleterre après son entrée en guerre le 1er février 1793[6].

  1. Nach Paris !

20 avril 1792 : Sur proposition de Louis XVI, la France déclare la guerre au roi de Bohème et de Hongrie, François II, Empereur du Saint-Empire en cours d’élection, neveu de Marie-Antoinette, qui vient de succéder à son père décédé le 1er mars.

8 mai 1792 : un conseil de guerre austro-prussien arrête le plan de campagne général.

25 juin 1792 : La Prusse déclare la guerre à la France.

 21 – 23 juillet 1792 : conférence au sommet à Mayence entre l’Empereur et le Roi de Prusse. Il est décidé que les deux puissances se rembourseraient des frais de la guerre fraîche et joyeuse qui s’annonce en annexant des provinces polonaises lors du dernier partage qui est projeté. Valmy, puis Jemmapes, mirent à bas ce bel édifice. Apparemment, la guerre allait durer un an de plus que prévu.

1793 fut terrible pour la République. Elle subit défaite sur défaite tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La fin de l’année vit un renversement complet de situation :

  • le 17 décembre, Toulon qui avait été livrée aux Britanniques tombe aux mains des Républicains emmenés par Bonaparte.
  • Le 23 décembre, Hoche libère Landau assiégée depuis quatre mois.

Dès lors, il est clair que la coalition ne l’emportera pas aisément. Les échecs vont provoquer son éclatement et le retour au premier plan des haines et surtout de l’affrontement pour le contrôle de l’Allemagne du nord.

  1. La Prusse humiliée – La divine surprise de 1794

La Prusse était entrée en guerre auréolée du prestige de Frédéric le Grand. Début 1794, il était évident que l’armée prussienne n’était plus la meilleure armée d’Europe. Rien ne justifiait que son état-major dirigeât les opérations militaires. Les fondamentaux de la puissance (taille des états, population, prestige dynastique) revinrent au premier plan.

Le 19 avril 1794, la Prusse, défaite par l’armée française, exsangue financièrement, était contrainte de signer le Traité de La Haye avec l’Angleterre et les Provinces unies[7], les deux principales puissances financières de l’époque. Elle s’engageait à fournir 62 400 soldats armés et à les mettre sous les ordres de l’Autriche. En contrepartie, l’Angleterre et les Provinces unies s’engageaient à lui verser chaque mois 50 000 livres sterling, somme à laquelle s’ajoutaient des compléments pour l’approvisionnement en nourriture et en fourrage[8]. La Prusse était ravalée au rang d’état de seconde zone. L’œuvre de Frédéric le Grand était réduite à néant !

Cela était évidemment inadmissible pour la Prusse qui, finalement, n’avait pas d’intérêt majeur à combattre la France avec laquelle elle n’avait ni frontière commune, ni créance de sang (exécution de Marie-Antoinette) ni haine recuite depuis des siècles. Seuls le caractère perçu comme sanguinaire du régime jacobin et son prosélytisme révolutionnaire justifiaient sa présence dans la coalition alors que ses intérêts vitaux d’état lui commandaient de se concentrer sur l’Allemagne du nord et le prochain partage de la Pologne avec la Russie et l’Autriche.

Deux jours sont alors à marquer d’une pierre blanche pour la Prusse humiliée :

  • le 26 juin 1794, à Fleurus, Jourdan bat l’armée austro-anglaise. La Belgique tombe aux mains de la République française et les alliés hautains de la Prusse sont humiliés.
  • le 9 Thermidor An II (le 27 juillet 1794), Robespierre et ses partisans sont renversés. Ils sont exécutés le lendemain. Peu importe qu’ils aient été renversés par une coalition de Terroristes inconnus ayant tous autant de sang sur les mains que Robespierre, si ce n’est plus. Les symboles sanguinaires de la Révolution sont tombés. Les guillotinades cessent. Il est dès lors possible de négocier avec ce nouveau régime, en détournant si nécessaire les yeux pour ne pas voir qu’une majorité des membres du Grand Comité de salut public sont toujours au pouvoir ou siègent à la Convention[9], du moins pour un certain temps.
  1. Faux départ pour la paix

L’Autriche est vaincue, la République française n’est plus infréquentable : la Prusse s’engouffre dans la brèche. Les choses vont aller très vite :

  • fin juillet 1794,  les premiers contacts sont pris en juillet avec l’armée française sous couvert d’échanges de prisonniers. Un marchand de vin suisse de Bâle rencontre l’ambassadeur de France auprès des cantons suisses, Barthélémy, un diplomate de l’Ancien Régime passé au service de la République;
  • mi-octobre, l’Angleterre, mécontente de l’inaction de l’armée prussienne, met fin au versement de ses subsides ;
  • fin décembre, von der Goltz[10], ancien ambassadeur de Prusse en France arrive à Bâle pour négocier avec Barthélémy qui est allé prendre ses instructions à Paris ;
  • le 20 janvier 1795, Amsterdam se rend à l’armée française. Les Provinces unies sont occupées ;
  • le 22 janvier, lendemain de la nouvelle fête nationale française commémorant l’exécution de Louis XVI deux ans auparavant, a lieu l’échange des pouvoirs entre les deux négociateurs, Barthélémy, le Français, et von der Goltz, le Prussien.
  • le 5 février, von der Goltz meurt. Les autorités bâloises font procéder à une autopsie. Elles sont en effet persuadées que von der Goltz a été empoisonné. Les examens confortent cette conviction[11], d’autant que des espions ont été repérés à Bâle. Le moyen : du tabac à chiquer qu’un inconnu avait donné à l’ambassadeur prussien. Cet inconnu, une fois ce cadeau fait, avait quitté la ville. Une chose était assurée : le tabac l’avait tué.
  1. Le Traité de Bâle et l’éclatement de la première coalition

La nouvelle des négociations entre la Prusse et la République française avait fait l’effet d’une bombe dans toutes les cours d’Europe. La sidération fut la même que celle qui saisit les chancelleries d’Europe à l’annonce du pacte germano-soviétique le 23 août 1939. L’équilibre stratégique risquait d’être rompu. C’est le branle-bas de combat au niveau diplomatique. Tous les regards se tournent vers Berlin. Intimidation, corruption et désinformation vont faire rage.

Londres, saisie d’effroi à la nouvelle de la chute des Provinces unies dépêche un ambassadeur extraordinaire, Lord Spencer[12]. Sa mission : faire pression sur Berlin pour ramener la Prusse dans le droit chemin. Tous les moyens sont bons. La comtesse de Lichtenau, l’ancienne maîtresse du roi Frédéric-Guillaume II avec lequel elle avait conservé des relations étroites, rapporte dans ses Mémoires que Lord Spencer lui avait proposé pour convaincre le Roi de Prusse de mettre fin à ces négociations une gratification de 100 000 guinées (105 000 livres sterling, soit en rapportant au PIB, un milliard de livres sterling de nos jours[13]).

L’ambassadeur d’Autriche à Berlin, le Prince de Reuss, eut vent d’une « partie carrée », c’est-à-dire d’un déjeuner informel entre amis, tenue le 28 février à laquelle le Roi de Prusse avait convié ses plus proches conseillers, le chancelier Haugwitz, Hardenberg et le Général de Heymann. Le sujet débattu : poursuivre ou non la négociation avec la France. A l’issue de ce déjeuner, Frédéric-Guillaume II signa l’acte donnant à Hardenberg les pleins pouvoirs pour négocier avec la France. Heymann fut chargé de la désinformation des Puissances. Il reçut l’ordre de convaincre les Puissances que la Prusse renoncerait à faire la paix avec la France à une condition : obtenir une part du gâteau polonais plus importante que ce qui était prévu, à savoir les arrondissements de Cracovie et Sandomir. Il rencontra à cet effet les ambassadeurs d’Autriche et de Russie et leur indiqua en outre que la réunion avait eu pour objet la réorganisation du haut commandement de l’armée prussienne.

Parallèlement, l’Angleterre met la pression sur l’Autriche et la Russie pour intensifier la guerre. Le Premier ministre Pitt et le secrétaire d’État au Foreign office convoquent les ambassadeurs d’Autriche et de Russie à Londres et leur déclarent : « qu’ils avaient des raisons de ne pouvoir plus douter que la cour de Berlin n’ait mis le comble à toutes ses perfidies en faisant une paix séparée avec la France. Ils avaient ajouté que, si ces deux puissances (l’Autriche et la Russie) tardaient à signer le traité d’alliance que l’Angleterre proposait, la saison et les évenemens semblant ne plus permettre de délais, le cabinet britannique prendrait des mesures particulières ».

Hardenberg arriva à Bâle le 18 mars au soir après un voyage épuisant sur des routes rendues impraticables par la pluie. Les négociations reprirent immédiatement. Le dernier obstacle à la conclusion du Traité fut levé : les Jacobins les plus durs, Barrère, Billaud Varenne, Collot d’Herbois et Vadier, dont les noms étaient attachés à la Terreur, ainsi que leurs principaux partisans, avaient été décrétés d’accusation le 2 mars et condamnés à être déportés le 1er avril. Barthélémy tint Hardenberg au courant de cette procédure durant toute la négociation, en même temps que l’accord se faisait sur les frontières, le désengagement des troupes et le commerce entre la France et la Prusse. Le 4 avril, Heymann confortait encore les Coalisés dans l’idée que ces négociations n’étaient qu’un leurre.

Le lendemain, le 5 avril donc, Barthélémy et Hardenberg signaient le Traité de Bâle. Dans une clause secrète, la Prusse reconnaissait la souveraineté française sur la rive gauche du Rhin, celle-ci devant être confirmée par un recès (décision) de la Diète d’Empire (l’assemblée des princes souverains du Saint-Empire romain germanique).

Dès lors, la Première coalition vola en éclats : les Provinces unies, l’Espagne, le Royaume de Sardaigne (Savoie et Sardaigne), la plupart des principautés rhénanes signèrent à la suite des traités de paix avec la République française. Sur le plan des opérations, les États signataires des différents traités s’engageaient à ne plus autoriser le passage sur leur territoire des troupes coalisées qui voulaient attaquer la France.

Ce Traité de Bâle fut un triomphe pour la République française et la Prusse.

La République française était reconnue comme un État avec lequel on pouvait parler. Elle n’était plus menacée directement par les troupes autrichiennes.

La Prusse, quant à elle, allait pouvoir se refaire une santé financière. L’Autriche et la France allaient continuer à s’épuiser à se faire la guerre. Surtout, n’ayant plus à combattre sur le front occidental, la Prusse disposait dorénavant de suffisamment de troupes pour dissuader l’Autriche et la Russie de l’exclure du troisième et dernier partage de la Pologne. Bien sûr elle n’obtint pas les principautés de Cracovie et de Sandomir qui revinrent à l’Autriche.

Finalement, ce qui avait été prévu à la conférence de Mayence en juillet 1792 s’avérait : la Pologne payait pour la Révolution française !

[1] C’est de là que vient le nom de l’une des avenues élégantes de Berlin, le Kurfürstendamm, chemin de rondins aménagé en 1542 pour permettre au Kurfürst de Brandebourg d’aller dans une de ses résidences à l’ouest de Berlin.

[2] Margrave, littéralement marquis, ce qui à l’origine désignait le seigneur chargé de contrôler les marches du Royaume. L’inflation des titres sous l’Ancien régime fit perdre toute signification à la hiérarchie des titres en France alors qu’elle se maintint en Angleterre et en Allemagne.

[3] Pillnitz est en Saxe sur l’Elbe à 10 kilomètres environ en amont de Dresde.

[4] Il serait bien sûr malvenu de comparer les pratiques budgétaires et la situation des finances publiques de la République fédérale d’Allemagne et celles la République française et d’en inférer que, par atavisme, la France est incapable de maîtriser ses finances publiques..

[5] Votre Majesté

[6] Ces questions financières sont ignorées par les historiens alors qu’elles sont fondamentales dans les prises de décision. Les archives diplomatiques y font souvent référence. Je citerai donc des chiffres au risque d’être fastidieux.

[7] Les actuels Pays-Bas, qui étaient encore une grande puissance financière, même si Londres était devenue le grand centre financier européen.

[8] https://books.google.fr/books?id=CB3kCgAAQBAJ&pg=PA470&lpg=PA470&dq=haager+vertrag+1794&source=bl&ots=g6nja3MFFt&sig=soj40fa1gw7eqmt5L6-A-zI5Ppc&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwipgJHawY3dAhWKxoUKHTCxA_EQ6AEwAnoECAgQAQ#v=onepage&q=haager%20vertrag%201794&f=false

[9] Pour ne citer que les principaux, Barrère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Vadier (« président » du Comité de sûreté générale) que nous retrouverons plus tard, mais aussi Carnot, Prieur de la Côte d’Or, etc.

[10] Pour ceux qui ont visité Prague, la branche autrichienne de la famille von der Goltz possédait le plus beau palais baroque de Prague. il est situé sur la vieille place, face à la statue de Jan Huss.

[11] Examens à prendre évidemment avec les précautions d’usage. La médecine scientifique n’existait pas.

[12] Ancêtre direct de Lady Diana.

[13] Cette évaluation a été obtenue en utilisant le site Measuringworth.

[1] On pourra trouver les références et les cotes dans mon ouvrage qui relate la carrière de Heymann, Le dernier des Morthemer – Amazon.