guerre froide

 

Les niveaux d’énergie dégagés par les armes nucléaires sont comparables à ceux de catastrophes naturelles qui se sont déroulés à des époques préhistorique et historique sans que la vie ait été éradiquée sur Terre. La comparaison a cependant des limites, puisqu’un affrontement nucléaire entre les deux superpuissances de la Guerre froide aurait généré des frappes multiples alors que les forces de la nature, lorsqu’elles se déchaînent, le font généralement en un seul lieu. Plutôt que d’apocalypse nucléaire généralisée, c’est plutôt la destruction mutuelle des forces vives des belligérants qui en aurait résulté, épargnant les continents non alignés. Cette constatation a imposé une véritable paix nucléaire qui a protégé les pays développés, une exception dans un monde où se sont multipliées des guerres périphériques particulièrement meurtrières. De plus, les énormes moyens financiers dévolus à la course aux armements ont permis de développer des systèmes de haute technologie dont les  applications civiles n’auraient probablement pas pu exister autrement.

Un nouveau risque est apparu après la chute de l’Union soviétique. La détente qui lui a succédé s’est accompagnée d’une prolifération d’armes nucléaires de faible puissance au profit de puissances régionales, rendant possible leur acquisition par des groupes terroristes, ce qui augmente paradoxalement la probabilité de leur emploi.

1.      Une bombe nucléaire, qu’est-ce que c’est ? Quelle est son énergie?

C’est un engin explosif utilisant l'énergie nucléaire qui est associée à la force de cohésion des protons et neutrons au sein du noyau des atomes. C’est ce mécanisme qui produit au cœur du soleil, par fusion des noyaux d’hydrogène en noyau d’hélium, la chaleur qui sera ensuite rayonnée et qui nous manque tellement quand le ciel est nuageux. Il y a deux types de réactions nucléaires : la fission des noyaux lourds (uranium ou de plutonium) et la fusion d’éléments légers comme dans le cas du soleil. Les bombes à fission sont aussi appelées bombes A et les bombes à fusion aussi appelée bombes H ou bombes thermonucléaires.

L’énergie dégagée lors de l'explosion d'une arme nucléaire est exprimée en masse de TNT (trinitrotoluène) qu'il faut réunir pour obtenir une énergie équivalente. Une mégatonne correspond à l'explosion d'un million de tonnes de TNT, ou encore 1000 kilotonnes. La plus grosse des bombes nucléaires testées avait une puissance de 50Mt.

Les effets d’une explosion nucléaire apparaissent en deux temps. Aux effets physiques instantanés (flux thermiques, onde de choc et rayonnements nucléaires) succèdent des risques de contamination et d’irradiation prolongés dans les zones couvertes par les retombées de produits radioactifs.

2.      Quelques exemples de phénomènes naturels comparables en terme d’énergie libérée

On peut effectivement trouver dans l’Histoire de la Terre des catastrophes naturelles ayant développé des énergies comparables – et même très largement supérieures — à des charges nucléaires.

§         Il y a 65 millions d’années, un astéroïde entre en collision avec la Terre au niveau de la presqu’île du Yucatan. Le choc dégage une puissance comparable à celle de 500 millions à 1 milliard de bombes H. Plus de 50 % des espèces animales et végétales peuplant la Terre (dont les dinosaures) disparaissent, mais la vie persiste sur Terre.

§         Une autre catastrophe, préhistorique cette fois, se serait déroulée il y a environ 74 000 ans, quand le volcan où se trouve actuellement le lac Toba dans l'île de Sumatra entre en éruption. L’énergie développée pendant la durée de l’événement aurait été de l’ordre d’un million de mégatonnes.

§         L’éruption du Krakatau, un volcan situé devant le détroit de la Sonde sous contrôle néerlandais est bien documentée. Elle s’est déroulée les 26 et 27 août 1883 et fait « seulement » 36 417 victimes. La seule éruption du deuxième jour développe une énergie correspondant à 13 000 bombes d’Hiroshima (soit 200 Mt).

§         L’éruption du mont St Helens en 1980, dans l’État de Washington, libère au total une quantité d'énergie équivalente à 27 000 fois la puissance dégagée par la bombe d'Hiroshima (soit approximativement 350 Mt. Elle cause la mort de 57 personnes.

3.      La guerre froide

Revenons à présent aux moments où la menace a été la plus importante pour essayer d’expliquer un paradoxe. L’homme a toujours largement utilisé les armes nouvelles qu’il conçoit. Par quel « miracle », les gouvernants des puissances nucléaires ont-ils su faire preuve de suffisamment de retenue pour n’avoir pas utilisé celle-ci après 1945 ?

Une réponse se trouve dans le premier livre du traité « De la guerre » de Clausewitz dans lequel il analyse la nature de la guerre et rappelle qu’elle n’est qu’une simple continuation de la politique par d’autres moyens. Il y précise que « …l’intention politique est la fin cherchée, la guerre en est le moyen, et le moyen ne peut être conçu sans la fin. » Autrement dit, on ne fait pas la guerre sans intention politique.

Les destructions attendues en cas de guerre nucléaire généralisée deviennent telles que le jeu n’en vaut plus la chandelle : ne m’attaque pas, car, même si tu me bats, tes pertes seront supérieures à tes gains. Faute de pouvoir espérer atteindre un objectif politique avec une, la guerre devient inutile.

C’est la doctrine de la dissuasion nucléaire qui s’instaure. Elle est fondée sur le concept de l’équilibre de la terreur, dont l’acronyme anglais, MAD pour Mutual Assured Destruction, est particulièrement évocateur. Les armes se perfectionnent, deviennent plus puissantes, se diversifient et se multiplient. Des triades sont constituées. Elles comprennent des missiles basés dans des silos à terre ; des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins navigant discrètement dans les océans et capables de survivre à une frappe en premier en raison de l’ignorance par l’ennemi de leur position, et une force aérienne stratégique dont les avions assuraient une permanence en vol pour être capable de mener à bien leur mission au cas où leur base serait détruite. Ce dernier point est bien illustré par le film bien connu « docteur Folamour ».

    En conclusion

Non seulement l’homme n’a plus utilisé l’arme nucléaire après la Seconde Guerre mondiale, mais il cherche à en limiter le nombre et à arrêter la prolifération des États en disposant.

L’analyse des guerres du XXe siècle conduit à faire deux constats :

–         Bien que ce siècle soit celui qui a connu les conflits les plus meurtriers de l’Histoire (de 160 à 250 millions selon les sources), la majorité des tués l’ont été par des armes souvent rudimentaires, machettes, couteaux…. Et non par le feu nucléaire.

–         Paradoxalement, après une première utilisation au Japon en 1945 qui a fait découvrir au monde sa puissance, l’armement nucléaire a empêché un conflit direct entre l’Occident et le Pacte de Varsovie en dissuadant chaque camp de se combattre directement et poursuivre ainsi le suicide collectif des nations développées que représentent les deux guerres mondiales qui les ont opposés.

–         Leur rivalité s’est exprimée pendant la guerre froide dans une course technologique qui s’est révélée vertueuse puisque les retombées profitent aujourd’hui au développement de la société : internet, le transport aérien, l’exploration spatiale et maritime, les transports maritimes, les systèmes de positionnement par satellite GPS et bientôt Galileo… Et, indirectement, à l’effondrement sans violence de l’Union soviétique.

C’est en grande partie cette « paix nucléaire » qui attire les nouvelles puissances régionales qui cherchent à l’obtenir pour se prémunir d’éventuelles agressions de leurs voisins.

Faut-il les y encourager ? Non, bien sûr, car si des dirigeants ont su faire preuve de sagesse et éviter la guerre nucléaire, rien ne dit que d’autres, ailleurs, agiront de même. Un contre-pouvoir politique réel est indispensable et une telle arme aux mains d’un illuminé pourrait conduire à son emploi. Cependant, disposant d’un armement réduit, les effets de son action le seraient tout autant, mais les conséquences pour son pays pourraient être dévastatrices.

Reste la question qui taraude tous les esprits : mais si… mais si une guerre nucléaire généralisée s’était déclenchée au plus fort de la Guerre froide, aurait-ce été l’apocalypse ? La fin de l’espèce humaine ?

La réponse est probablement non, car seules les villes, les infrastructures et les concentrations militaires des pays développés auraient été détruites, laissant intacte les continents de l’hémisphère sud. Dans le nord, les destructions auraient été ponctuelles et aucun effet cumulatif n’aurait atteint la puissance de l’événement qui a fait disparaître les dinosaures. Ce n’aurait pas été la fin du monde, mais la fin d’un monde et l’échec d’une forme de développement qui privilégie la science au spirituel. D’autres formes de civilisations se seraient développées à partir des survivants du nord et des pays du sud. Auraient-ils été plus sages dans l’utilisation des armes, même plus rudimentaires dont ils auraient disposé ?

Hugues EUDELINE Membre de Jacques Cartier, Capitaine de Vaisseau (er)

Lire également un important article sur la piraterie:

"Contenir la piraterie: des réponses complexes face à une menace persistante"

Focus stratégique n° 40, novembre 2012 

IFRI Institut Français des Relations Internationales

http://www.ifri.org/?page=detail-contribution&id=7436&id_provenance=97

 

Qu’est-ce qu’un mythe ? C’est un récit fabuleux qui peut mettre en scène aussi bien les origines obscures du monde que sa fin cataclysmique. On parle ainsi de mythes cosmogoniques ou de mythes eschatologiques. Un mythe est aussi une « image simplifiée, souvent illusoire » que les hommes acceptent à propos d’un homme ou d’un événement, passé, présent ou à venir, et qui influence «  leur comportement ou leur appréciation » (Dictionnaire Robert). Quant à l’Apocalypse, c’est le dernier livre de la Bible. Ce mot signifie « révélation » sur ce qui doit arriver à la fin des temps, c’est-à-dire la destruction des forces du Mal et le triomphe de la Jérusalem céleste, la Cité de Dieu. Or, les 6 et 9 août 1945, la destruction des villes d’Hiroshima et de Nagasaki par des armes atomiques faisait dire à l’empereur du Japon que « ces bombes des plus cruelles, à la puissance dévastatrice incalculable, pourraient entraîner la disparition de la nation japonaise et l’extinction totale de la civilisation humaine. » Le mythe de l’apocalypse nucléaire était né dans le feu, le sang et les larmes. Depuis cette date, penseurs et philosophes, théologiens et athées, stratèges et citoyens de base, ont contribué à forger le mythe d’une destruction possible de l’humanité par le feu nucléaire. En voici quelques exemples.    

                  I. Athées et croyants interpellés

A.     Jean-Paul Sartre (1905-1980)

            Dès le 20 août 1945, le philosophe existentialiste athée Jean-Paul Sartre, chantre d’un monde absurde, évoque le suicide atomique possible de l’humanité, suicide qui viendrait confirmer ses intuitions philosophiques :

            « Cette petite bombe, écrit-il, qui peut tuer cent mille hommes d’un coup et qui, demain, en tuera deux millions, elle nous met tout à coup en face de nos responsabilités. À la prochaine guerre, la terre peut sauter : fin absurde. Lorsqu’on y pense, tout semble vain. Pourtant il fallait bien qu’un jour l’humanité fût mise en possession de sa mort. Chaque matin nous serons à la veille de la fin des temps. Après la mort de Dieu, voici qu’on annonce la mort de l’homme. » Temps Modernes, octobre 1945. 

                    B. Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

            De son côté, le catholique Pierre Teilhard de Chardin, un savant jésuite, estime que l’on ne peut pas désinventer la bombe. Mais, à la différence de Sartre, il fait preuve quant à lui d’optimisme et croit à la dissuasion nucléaire. L’énergie libérée de l’atome a certes donné à l’homme « un nouveau sentiment de puissance » en lui faisant capter l’énergie des étoiles. « On nous dit que, enivrée par sa force, l’humanité court à sa perte. Il me semble au contraire que, par la bombe atomique, c’est la guerre qui peut se trouver à la veille d’être définitivement tuée. Tuée d’abord par excès même des forces de destruction  qui vont rendre toute lutte impossible. Mais tuée surtout à sa racine dans nos cœurs, parce que, en comparaison des possibilités de la science, batailles et guerres ne sembleraient bientôt que choses fastidieuses et périmées. » Études, septembre 1946.

C. Jürgen Moltmann (1926-

            Plus de quarante ans après, le théologien protestant Jürgen Moltmann, qui fut professeur à l’université de Tübingen, reflète encore la crainte apocalyptique qui parcourt tout un courant de pensée chrétienne. Alors que la guerre froide touche à sa fin, il  s’inquiète de l’esprit de destruction qui anime une humanité en quête de toute puissance et devenue à elle-même son propre dieu. Moltmann écrit en effet en 1989: «  Le système de la dissuasion nucléaire est une “religion masquée” dans la mesure où il donne aux craintes des hommes une profondeur sans fond, et qu’il exploite sans limites leur besoin de sécurité. Il s’agit de la religion du nihilisme, du terminisme, du blasphème parfait, de l’apocalypse autoproduite de l’humanité. »

             (Jésus le Messie de Dieu, trad. fr. 1993).

                        II. Les cavaliers de l’Apocalypse

            Le mythe de l’apocalypse nucléaire a été en effet volontairement entretenu par les chefs politiques et militaires des deux camps, Est et Ouest, durant la guerre froide. Il s’agissait de paralyser la volonté d’action de l’adversaire en le menaçant de représailles massives et inéluctables en cas d’agression. C’était surtout une posture stratégique pour frapper l’opinion et rendre raisonnables les gouvernements opposés en les empêchant de passer à l’action.

A.     URSS (Khrouchtchev, 1894-1971)          

            Le Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, Nikita Khrouchtchev (1894- 1971), proclame le 14 janvier 1960:

            « Le territoire de notre pays est immense et nous pouvons disperser nos missiles et les camoufler parfaitement. Nous possédons déjà suffisamment d’armes nucléaires, A et H, le nombre correspondant de missiles, pour littéralement effacer de la terre les pays qui nous auraient attaqués. »

            Quant au maréchal Vassili Sokolovski (1897-1968), chef d’état-major général russe, il confirme la position de Khrouchtchev en 1962 : « Une troisième guerre mondiale sera avant tout une guerre de fusées nucléaires. L’emploi massif des armes thermonucléaires causera des désastres sans précédent et des pays entiers seront effacés de la carte. » (Stratégie militaire soviétique, 1962)

B.     États-Unis  (Kennedy, 1917-1963)

             Mais Khrouchtchev  et Sokolovski sont ramenés à la raison par Kennedy. Le 22 octobre 1962, lors de la crise des missiles de Cuba, le président Kennedy s’adresse en effet à la nation américaine par un discours télévisé. Le monde semble alors proche d’une guerre thermonucléaire :

            « Nous ne risquerons pas prématurément ou sans nécessité le coût d’une guerre nucléaire mondiale dans laquelle les fruits de la victoire seraient cendres dans notre bouche, mais nous ne reculerons pas face à ce risque à tout moment où il faudra l’envisager.

            La politique de notre pays sera de considérer tout lancement de missile nucléaire depuis Cuba contre toute nation de l’Hémisphère occidental comme une attaque de l’Union soviétique contre les États-Unis, appelant des représailles massives contre l’Union soviétique. »

C.     Chine et France : des perturbateurs ?

            1° Mao Zedong (1893-1976)

            Après le recul de Khrouchtchev dans la crise de Cuba, Mao Zedong l’accuse d’avoir cédé devant un tigre de papier. Khrouchtchev lui réplique le 12 décembre 1962 : « Le tigre de papier américain a des dents atomiques. » Mao persiste le 15 juin 1963: « Malgré les armes nucléaires, les théories léninistes sur la guerre inévitable contre les pays capitalistes ne sont pas périmées. » Lors d’une rencontre avec Mao, Khrouchtchev témoigne : « J’essayai de lui faire comprendre qu’un seul missile pouvait réduire en poussière toutes les divisions de la Chine. Mais il ne voulait même pas prêter l’oreille à mes arguments. »  Or, devenue puissance nucléaire en 1964, la Chine est restée sage.

            2° Charles de Gaulle (1890-1970)

            Lors de sa conférence de presse du 14 janvier 1963, le général de Gaulle affirme le choix de la France en faveur d’une dissuasion du faible au fort :

            « Nous sommes à l’ère atomique et nous sommes un pays qui peut être détruit à tout instant, à moins que l’agresseur ne soit détourné de l’entreprise par la certitude qu’il subira, lui aussi, des destructions épouvantables. La force atomique française aura la sombre et terrible capacité de détruire en quelques instants des millions et des millions d’hommes. Ce fait ne peut pas manquer d’influer, au moins quelque peu, sur les intentions de tel agresseur éventuel. »

            Mais depuis 1993, la France a réduit de moitié son arsenal nucléaire.

III. Apocalypse nucléaire et fin de l’Histoire humaine ?  

A. Jean Guitton et la métastratégie (1901-1999)

            Devant l’importance des arsenaux atomiques, le philosophe catholique Jean Guitton, qui fut ami du pape Paul VI et professeur à l’École de Guerre, a compris que l’acte stratégique nucléaire peut désormais porter sur les fins ultimes de l’humanité. Cet acte stratégique devient ainsi un acte philosophique, voire théologique : il propose donc de l’appeler métastratégie dans son livre, La pensée et la guerre, publié en 1969 :

            « Je pense, écrit-il, comme jadis Albert Camus, que le problème du suicide est le plus grave problème qui se pose à l’homme. Le suicide est un acte métaphysique, sorte de réponse ironique et désespérée à l’absence divine, solution noire et simple du problème de l’existence. Or, à notre époque, le problème du suicide passe du plan individuel au plan collectif : et, pour la première fois dans l’histoire, l’espèce humaine est librement capable d’un suicide réciproque.

            « Que se passerait-il si l’humanité avait la certitude qu’elle pourrait périr d’un instant à l’autre ? Cela serait-il longtemps supportable ? Et ne verrait-on pas germer l’idée qu’il vaudrait mieux en finir une bonne fois, une fois pour toutes ?

            Il est désormais important de savoir si l’humanité peut songer à se suicider ; elle en a les moyens. »

B.     René Girard et la théostratégie (1923-   

            L’anthropologue René Girard est résolument pessimiste. Dans son essai Achever Clausewitz, paru en 2007, il reprend l’expression du juriste allemand Carl Schmitt sur la  théologisation de la guerre, où l’ennemi représente le Mal à éradiquer.

             Dans la montée aux extrêmes vers toujours plus de violence entre les deux camps ennemis, Girard voit l’aboutissement de la stratégie à l’ère de la dissuasion nucléaire. Il constate « la possibilité d’une fin du monde dans son ensemble. » Il ajoute que « ce possible est aujourd’hui devenu réel ». La montée aux extrêmes « nous conduira droit à l’extinction de toute vie sur la planète ». Cette fin apocalyptique est d’autant plus inévitable que « la montée aux extrêmes s’impose comme l’unique loi de l’histoire. » 

            « Satan est l’autre nom de la montée aux extrêmes. Les hommes sont plus que jamais les artisans de leur chute, puisqu’ils sont devenus capables de détruire leur univers. »

                                                           Conclusion

            Le mythe de l’apocalypse nucléaire place donc l’homme en face de sa liberté et de sa responsabilité envers ses semblables et envers sa planète. La peur des autres peut en effet l’entraîner à vouloir supprimer les autres. Mais cet anéantissement est-il inévitable ? La sagesse des gouvernants, depuis 1945, nous invite à un optimisme prudent et mesuré. D’autre part, si la catastrophe nucléaire se produit, la destruction de l’humanité sera-t-elle totale ou seulement partielle ? Trouvera-t-on encore quelques témoins du jour d’après pour affronter l’hiver nucléaire? Ne restera-t-il pas quelque part, sur un haut plateau des Andes ou du Tibet, ou encore sous les mers d’où aurait surgi l’apocalypse, une arche de Noé capable de recueillir quelques survivants, qui auraient la lourde tâche de faire le deuil de notre civilisation et de recommencer l’histoire humaine ?

            Mais l’humanité détiendrait-elle seule le pouvoir d’être responsable de sa propre fin ? Affirmer cette certitude serait faire preuve d’une orgueilleuse présomption et de la prétention au blasphème parfait. Les forces de la nature, volcans, astéroïdes, géante rouge ou trou noir, ne sont-elles pas infiniment plus capables de mettre un terme à l’aventure humaine ? Les savants peuvent-ils en vérité interroger le Sphinx et ce dernier daignera-t-il leur répondre autrement que par une nouvelle énigme ?

 

                                               Bernard Pénisson

 
Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments. 

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Un article du journal Le Monde daté du 18 novembre 2011 met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.

Lire l'article du Monde : Le rôle discret des sous-marins français dans les opérations en Libye de Nathalie Guibert en date du 8 nov.2011. de larges extraits sont disponibles sur le blog "secret défense" de Jean-Dominique Merchet : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/La-Marine-devoile-les-missions-de-ses-sous-marins-au-large-de-la-Libye_a424.html

"Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments".

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Cet article du journal Le Monde daté du 8 novembre 2011[5] met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.


[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

 

 

 

 

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

 

 

 

 

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

 

 

 

 

[4]

                        [4] Cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

 

                   Spécificités des sous-marins

Quels sont les caractères déterminants qui rendent les sous-marins efficaces au point que tous les pays qui souhaitent exercer une influence stratégique veulent en acquérir malgré un coût de possession élevé et les difficultés à maintenir une ressource en personnel de très haut niveau technique et tactique ?

1-      En premier lieu, la discrétion que procure la navigation sous la surface. Elle permet au sous-marin d’agir dans des zones contrôlées par un adversaire, y compris quand il a la maîtrise de l’air. La permanence de sous-marins américains devant Tokyo, aux moments les plus sombres de la guerre du Pacifique pour l’US Navy, en est un exemple parmi tant d’autres. Le sous-marin est particulièrement bien adapté aux opérations spéciales (renseignement de zone, mouillage offensif de mines, mise en œuvre de commandos, exfiltration et infiltration d’agents…).

2-      Ensuite, une endurance extraordinaire comme l’ont montrés les U-boote allemands, capables de patrouilles de plusieurs mois pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950, l’avènement de la propulsion nucléaire constitue dans le domaine maritime une révolution comparable à celle du passage de la voile à la vapeur. La gestion du couple énergie/puissance, une préoccupation permanente des commandants de sous-marins à propulsion diesel-électrique, n’est plus nécessaire. Au prix d’un surcroît de technologie, l’énergie fournie par un réacteur nucléaire est quasi illimitée, et cela quelle que soit la puissance demandée. Elle permet de produire de l’eau douce, luxe suprême pour les sous-mariniers classiques, et même de l’oxygène par électrolyse de cette eau. Les commandants, libérés de cette contrainte, peuvent se consacrer entièrement aux aspects tactiques de leurs missions. L’énergie n’est plus l’élément déterminant qui limite l’endurance. C’est l’équipage qui devient dimensionnant en raison, d’une part en raison de la fatigue induite par des missions de plus de dix semaines pendant lesquelles les quarts se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept[1], et d’autre part par l’épuisement des vivres dont les quantités embarquées sont limitées par le volume disponible restreint.

3-        Cette endurance donne au sous-marin une double mobilité. Tactique, d’abord, puisqu’il peut se mouvoir en trois dimensions sous la surface dans un milieu où sa détection est rendue très difficile par l’hétérogénéité du milieu; stratégique ensuite, car pouvant rester immergé en permanence, il ne subit pas les effets néfastes du mauvais temps qui peu contraindre même les navires les plus gros à modifier leurs cinématiques. Dans une zone où le risque d’interception est faible, un SNA peut parcourir plus de 1000 km par jour, ce qui lui permet d’enchaîner les missions sans discontinuer en changeant éventuellement rapidement de théâtre d’opérations au gré des besoins des commandants opérationnels. 71 % de la surface du globe étant couvert par des océans, il peut gagner sans contrainte la plupart des zones maritimes. Équipé de missiles de croisière contre la terre, il peut agir sur les bandes côtières où se concentre l’activité de 80 % de la population du monde qui vit à moins de 200 kilomètres d’une côte.

4-        La puissance de feu du sous-marin est toute à fait exceptionnelle par rapport à sa taille. Elle est à la fois considérable et sans nuance : le sous-marin est un tueur qui ne sait pas agir à faible niveau autrement que par l’incertitude quant à son éventuelle présence qui pèse sur un adversaire incapable de le détecter systématiquement. Il peut délivrer une panoplie diversifiée d’armes, toutes létales : mines marines, torpilles contre les autres sous-marins ou contre les bâtiments de surface, missiles tactiques à changement de milieu contre des objectifs terrestres et navals, et enfin, dans le cas des SNLE, missiles stratégiques à charges nucléaires. Il peut également débarquer et récupérer en toute discrétion des forces spéciales et en particulier des nageurs de combat.

                   Évolutions des techniques et des tactiques

Pendant les deux guerres mondiales, le sous-marin a montré son efficacité pour le blocus stratégique (attaque des flux commerciaux) et les opérations spéciales (transport discret d’agents et de commandos, sauvetage des pilotes abattus en mer, mouillage offensif de mines, renseignement…). Pendant la guerre froide, il devient d’une part le système d’arme principal de la dissuasion nucléaire et d’autre part la plus efficace des plateformes de lutte anti-sous-marine et anti navires de surface. À présent, il a démontré ses capacités de frappe conventionnelle massive contre la terre.

1)  ·Seconde guerre mondiale:

La principale mission des sous-marins allemands pendant cette guerre est d’assurer un blocus stratégique du Royaume-Uni en coupant ses flux d’approvisionnement transatlantique. Il s’agit de couler plus de tonnage de navires marchands qu’il n’en est lancé.

Cette stratégie, simple continuation de celle appliquée trop brièvement pour être pleinement efficace pendant la Première Guerre mondiale, n’a cependant pu être menée avec l’ampleur nécessaire dès le début du conflit. Hitler ayant affirmé que la guerre ne commencerait pas avant 1945, le programme d’armement naval était conçu dans cet objectif. En 1939, l’Allemagne ne dispose que de 54 sous-marins, c’est à dire moins que la France par exemple.

Grâce en particulier à l’aide industrielle et technique américaine, et malgré l’énorme effort allemand, c’est un échec. Pendant la durée de la guerre, l’Allemagne admet au service actif le nombre stupéfiant de 820 sous-marins qui se heurtent sans discontinuer pendant les cinq ans de guerre à une force anti-sous-marine alliée comprenant au total 800 escorteurs de haute mer, 2250 escorteurs côtiers et 1500 avions. 2779 navires alliés sont coulés.

781 U-Boote sont perdus, pour la plupart corps et biens, et 32 000 des 39 000 sous-mariniers sont morts. Ce taux de 82 % de pertes est de très loin le plus élevé de tous les types de force engagés sur tous les théâtres pendant ce conflit. Il s’explique par le fait que l’équipage d’un sous-marin qui subit des avaries importantes en plongée n’a aucun moyen de s’échapper et coule avec son bâtiment.

Bien que de moindre ampleur, la guerre sous-marine menée contre la logistique de l’Afrika Korps par les bâtiments britanniques à partir de Malte est un succès. Leur efficacité, conjuguée avec le retrait d’une grande partie des forces aériennes de la Luftwaffe en méditerranée orientale et centrale pour être engagées en Russie, contraint finalement Rommel à la défensive puis à la défaite par manque de munitions et de rechanges.

Dans le Pacifique, cette stratégie d’attrition du commerce est un succès. L’empire japonais, composé essentiellement d’îles, dépend de façon vitale des flux maritimes.

Il s’agit de la Première Guerre sous-marine gagnée dans l’Histoire.

Les Japonais perdent 1178 navires de commerce et 214 bâtiments de combat par l’action des sous-marins américains (soit 55 % du total).

Seulement 52 des 288 sous-marins américains coulent (dont 48 au combat). Cela s’explique par la relative faiblesse des moyens techniques de défense anti-sous-marine de la Marine du Soleil Levant ainsi que par l’application d’une doctrine d’emploi inadaptée.

 

Deux tâches opérationnelles que seuls des sous-marins pouvaient assurer sont développées et pratiquées avec beaucoup de succès :

–         à partir du mois de mars 1942, soit seulement trois mois après la déclaration de guerre, une permanence de sous-marins américains en mission de renseignement est assurée en baie de Tokyo, et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

–         En support aux opérations aéronavales intensives, des sous-marins américains sont prépositionnés dans les zones de combat pour assurer des opérations de récupération des pilotes abattus au-dessus des eaux contrôlées par l’ennemi (Combat Search and Rescue). Le futur président des États-Unis, alors enseigne de vaisseau de 1re classe, George Bush doit la vie sauve au sous-marin USS Finback qui assure cette mission, après que le bombardier Avenger qu’il pilote est abattu le 2 septembre 1944, au cours de l’attaque de l’île de Chi Chi Jima. Cette tâche était considérée comme particulièrement importante pour le moral des équipages d’avions.

La Guerre froide

Elle marque au plan naval la primauté des forces sous-marines. C’est le budget de développement et d’équipement le plus important de l’US Navy. Avec l’avènement de la propulsion nucléaire, le submersible devient un véritable sous-marin anaérobie, parfaitement adapté à transporter en toute discrétion les armes de dissuasion nucléaire. En France, l’avènement du SNLE conduit le général de Gaulle à dire en 1965

 « La Marine se trouve maintenant, et sans doute pour la première fois de son histoire, au premier plan de la puissance guerrière de la France, et ce sera dans l’avenir tous les jours un peu plus vrai ».

En raison de son enclavement géographique résultat de l’échec de toutes les courses aux mers chaudes menées par la Russie depuis Pierre 1er, l’URSS ne dispose que de très peu de côtes libres de glaces toute l’année. L’accès aux ports passe par des détroits tous contrôlés par des pays appartenant au camp adverse. Elle développe alors une formidable flotte sous-marine dont les unités représentent environ la moitié de l’ensemble des 915 sous-marins en service dans le monde en 1986. Ces sous-marins à propulsions diesel-électrique ou nucléaire sont déployés sur toutes les mers du monde. On trouve en particulier :

–         en Méditerranée des sous-marins d’attaque munis de torpilles et de missiles antinavires destinés à couler les porte-avions de la VIe flotte américaine qui ont pour mission de renforcer la défense aérienne du « ventre mou » du sud-est de l’Europe

–         en Atlantique Nord, dans l’océan arctique et dans le Pacifique nord des « bastions » où des SNLE soviétiques sont protégés des redoutables prédateurs que sont les sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) américains et britanniques par des barrières de sous-marins classiques et de SNA.

Pour détecter les mouvements des sous-marins soviétiques, les Américains développent un extraordinaire réseau d’hydrophone qui quadrille les océans : le réseau SOSUS. Très secret comme tout ce qui touche à l’arme sous-marine dont l’efficacité repose en grande partie sur la supériorité technologique sur un adversaire, l’existence même de ce réseau n’est révélée qu’aux membres de l’OTAN sur les territoires desquels des stations techniques doivent être installées.

La chute de l’empire soviétique en 1991 conduit à la disparition de l’essentiel de la menace nucléaire. Cette transformation de l’environnement géostratégique conduit à une réévaluation de la composition des forces navales. L’importance relative des forces sous-marines décroît fortement dans l’US Navy au profit des forces de projection, c’est à dire des groupes aéronavals de porte-avions et de débarquement de troupes. 

 

En 1982, un conflit de haute intensité oppose l’Argentine au Royaume-Uni, deux pays du camp occidental. En réponse à l’invasion le 2 avril 1982 par les forces argentines des îles malouines (Falkland en anglais ou Malvinas en espagnol) sous administration britannique, le gouvernement de madame Thatcher décide d’envoyer une force aéronavale pour les reprendre.

En raison de leur mobilité et de leur disponibilité immédiate, ce sont deux sous-marins nucléaires d’attaques qui abandonnent leurs missions en cours et sont envoyés en précurseur dès que la menace se précise : le 31 mars, le HMS Spartan en opération devant Gibraltar est dérouté vers l’archipel.

Dès le 12 avril, il est en mission d’observation devant Port Stanley où il assiste à la montée en puissance du dispositif argentin. Le 1er avril, le HMS Splendid quitte la base de Faslane en Écosse. Il va franchir les 7000 milles nautiques en seulement 13 jours. Cette rapidité de déploiement est à comparer à celle du groupe aéronaval, qui appareille le 5 avril pour arriver dans la zone de combat le 29 avril, soit 17 jours après celle du premier SNA.

Les sous-marins vont assurer des missions de surveillance et d’alerte avancées, l’un d’entre eux étant placé à proximité des côtes argentines, à l’endroit où les avions argentins chargés d’attaquer la force navale franchissent la côte. Il informe l’amiral Woodward, un ancien sous-marinier, commandant les forces britanniques, du départ des raids aériens, avec un préavis suffisant pour permettre à la défense aérienne de se préparer à l’interception des avions qui subiront de lourdes pertes. D’autres opérations sont menées par les sous-marins : débarquement de commandos et surtout attaque le 2 mai, sur ordre du premier ministre britannique, du croiseur ARA Belgrano par un troisième SNA, le Conqueror, qui le pistait depuis plusieurs jours. La perte de cette grande unité va conduire les Argentins à faire revenir à quai leur porte-avions par crainte de le perdre de la même façon. Cette décision va les priver du seul moyen dont ils disposaient pour approcher leurs avions de combat Super Etendard de la zone de combats qui se trouve en limite de rayon d’action des avions basés sur le continent. De leur côté, les Argentins envoient le San Luis, un de leurs sous-marins à propulsion diesel-électrique, attaquer le groupe aéronaval. Il prononcera deux attaques infructueuses à la torpille les 1er et 10 mai contre de « grandes unités ennemies ». Il semblerait qu’un fonctionnement défectueux des torpilles utilisées soit la cause de l’échec. Par parenthèse, il est intéressant de noter que les torpilles modernes (Tigerfish) lancées par le Conqueror étaient également défectueuses ; le Belgrano est finalement coulé par deux torpilles anciennes (Mark 8) dont la technologie remonte à la Seconde Guerre mondiale. Par sa seule présence, le San Luis complique l’action des forces navales britanniques qui se trouvent sous double menace aérienne et sous-marine. Au total, plus de 70 torpilles vont être lancées sans résultat contre le sous-marin argentin (ou de faux contacts sonars).

Les îles sont reprises par les Britanniques le 14 juin, après un débarquement de vive force le 21 mai 1982.

            Développements géostratégiques et prospective

Après une courte période d’euphorie pendant laquelle les moins clairvoyants réclament « les dividendes de la paix », l’émergence de nouvelles puissances (Brésil, Inde, Chine en particulier) et la prolifération des armes nucléaires (Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël…) remet la dissuasion nucléaire sur le devant de la scène, et en particulier sa composante sous-marine.

En 2007, en application des traités de réduction des armes nucléaires (START), quatre des nouveaux SNLE de la classe Ohio, sont transformés en SSGN lanceurs de missiles de croisière capables d'emporter 154 missiles Tomahawk à charge conventionnelle et 66 membres de commandos marine (SEALs). La pertinence de ce choix est prouvée lors des opérations de Libye de 2011.

En Asie, la Chine mène une importante politique de développement maritime pour accompagner ses exportations de produits finis et ses importations de flux énergétiques. Cette politique s’accompagne d’un très important développement de sa Marine avec pour objectif de pouvoir contrer la seule puissance navale de taille mondiale, l’US Navy. Cette montée en puissance inquiète les pays riverains et entraîne le développement de forces sous-marines par tous ceux d’entre eux qui peuvent se le permettre financièrement. Elles sont composées d’unités toutes commandées à des pays occidentaux ou à la Russie et disposent de capacités en lutte sous la mer supérieures à celles de leur adversaire potentiel. L’aspect dissuasif traditionnel de ce type de bâtiment est encore accru par l’actuelle faiblesse de la marine chinoise en matière de lutte ASM (sous-marins, avions de patrouille maritime, bâtiments de surface, hélicoptères). Il s’agit d’une réelle course aux armements navals qui touche tous les pays d’Asie du Sud Est, ainsi que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et bien sûr l’Australie. Elle provoque également un rééquilibrage des forces navales américaines vers le Pacifique.

 

De leur côté, les Indiens viennent de se doter d’une véritable triade nucléaire avec des vecteurs terrestres (missile Agni V de 5000 km de portée), aériens (Sukhoi-30MKI et Mirage-2000) et sous-marins (4 SNLE de conception nationale sont prévus). Le premier de la série, l’INS Arihant devrait être admis au service actif fin 2012 ou début 2013. Il sera équipé de 12 missiles K15 de 700 km de portée. Ce missile devrait toutefois être remplacé par un engin plus puissant sur les trois SNLE devant suivre l'Arihant. Pour ces bâtiments, New Delhi prévoit l'embarquement de quatre K-4, des missiles balistiques de 20 tonnes d'une portée de 3500 kilomètres et pouvant emporter une charge militaire d'une tonne.

En Méditerranée orientale, Israël qui ne veut pas être le premier État à introduire formellement des armes nucléaires au Proche-Orient applique une politique d'« ambiguïté nucléaire » en ne reconnaissant pas posséder l'arme nucléaire et en ne la testant pas. C’est un moyen de dissuasion destiné à empêcher un nouvel Holocauste. Israël posséderait entre 75 et 200 têtes nucléaires, selon l'organisation américaine Arms Control Association. L’État juif a également constitué une triade qui comprend des chasseurs bombardiers F-16 et F-15, des missiles balistiques Jéricho ainsi que des missiles de croisière à têtes nucléaires embarqués sur les sous-marins du type Dolphin.

Outre l’Iran qui veut également se doter d’armes nucléaires et qui développe rapidement les missiles capables de la délivrer, c’est le Pakistan qui pose le problème le plus prégnant. S’il dispose de nombreuses têtes et des missiles pour les emporter, le risque qu’il représente vient surtout de son instabilité politique. Des doutes pèsent sur son aptitude à les mettre à l’abri des convoitises des puissants courants islamistes du pays et en particulier du mouvement Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) qui a montré à plusieurs reprises ses capacités à pénétrer et à agir sur les sites militaires les mieux protégés, comme la base aéronavale Mehran près de Karachi le 22 mai 2011 où il a pu détruire deux des trois avions de patrouille maritime P3C Orion de la marine pakistanaise, et, très récemment, le 16 août 2012, à Minhas, la base du  Northern Command de l’armée de l’air pakistanaise où un des trois avions de guet aérien du pays a été détruit. Le Pakistan cherche à moderniser sa flotte sous-marine et à développer une composante nucléaire sous-marine de même type que celle d’Israël.

 

Pour terminer, il faut remarquer que la possession de sous-marin a propulsion nucléaire, comme celle d’un porte-avions, marque un niveau de puissance élevé.

Les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposent de ces types de bâtiments.

Deux des quatre pays grands pays émergents (BRIC) qui n’appartient pas à ce groupe restreint cherchent à s’en doter depuis plus d’un quart de siècle. L’Inde vient d’y parvenir, et le Brésil qui possède déjà un porte-avions de construction française vient d’accélérer son programme de construction de SNA en signant des accords de coopération techniques avec la France (à l’exception de la partie nucléaire).

 

Si le nombre total des sous-marins a diminué après la chute du mur de Berlin pour atteindre un niveau bas de 495 unités en 2002, il est à nouveau en hausse partout dans le monde… sauf en Europe où il continue à décroître malgré une dépendance toujours croissante des flux maritimes intercontinentaux qui traversent des zones où se développe cette menace sous-marine et l’instabilité politique de la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures.

 

 


[1]

                        [1] La plaisanterie suivante, qui a cours dans la marine américaine reflète cet état de fait : « Savez-vous ce que signifie le signe SSN (SNA en Français) ? Saturdays, Sundays and Nights (samedis, dimanches et nuits) »

[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

[4]

                        [4] Par parenthèse, cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

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                        [5] http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111108/html/822829.html8 novembre 2011