golfe persique

 

 

       Depuis quelques années les responsables iraniens menacent régulièrement de fermer le détroit d’Ormuz au trafic maritime. Ils prétendent pouvoir ainsi perturber le marché des hydrocarbures de façon à faire plier leurs adversaires sous la pression mondiale. Le critère d’efficacité d’une telle stratégie n’est donc pas exclusivement militaire ,  il est avant tout économique, s’agissant de la capacité de maintien de l’adéquation de l’offre à la demande.

       Principal point de passage stratégique du monde, Ormuz voit passer chaque jour des navires transportant plus de 17 millions de barils de pétrole brut (soit 20 % de l’ensemble du marché pétrolier mondial et 35% du trafic maritime pétrolier) et plus du quart des exportations de gaz naturel[1]. Une offensive iranienne conduirait à une altération du trafic maritime dont l’importance et la durée dépendraient de la qualité de la planification opérationnelle, du niveau de surprise et de l’efficacité des moyens – essentiellement navals — mis en œuvre pour la contrer.

       Compte tenu des réserves stratégiques existantes et des possibilités d’augmentation de la production ailleurs dans le monde, la diminution des flux énergétiques qui en résulterait ne saurait être suffisamment longue pour créer une pénurie dommageable.

Plan de l'article:

– Considérations géopolitiques

– Importance du détroit d'Ormuz

– retour d'expérience dans le Golfe Persique

– Capacités navales iraniennes

– Scénario probable

– La réponse

– Analyse de l'efficacité du blocage

– Conclusion

 

               Considérations géopolitiques 

       Un regain de tension s’est produit depuis le mois de décembre 2011 en raison de l’aggravation de la crise entre l’Iran et la communauté internationale qui lui demande d'abandonner son programme nucléaire. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad maintient que son programme reste à but strictement énergétique, alors que les Occidentaux soupçonnent Téhéran de poursuivre un programme nucléaire militaire pour se doter de l'arme atomique. Ils s’appuient pour cela sur un rapport récent du directeur général de l’AIEA[2]{C}{C}. Bien qu’accordant une certaine forme de légitimité au souhait de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire pour un besoin de dissuasion (quatre de ses voisins proches en disposent ; Russie, Chine, Inde, Pakistan, sans compter Israël), à Jérusalem, le ministre de la Défense Ehud Barak{C}{C}[3]{C}{C} n’a pas oublié la volonté exprimée par les Iraniens de rayer leur pays de la carte. Sentant son pays particulièrement menacé, il tente par tous les moyens de ralentir le programme iranien sans pour autant parvenir y mettre un terme. Son analyse de la menace le conduit à la certitude que l’Iran pourrait disposer, quinze mois après l’avoir décidé, de plusieurs armes nucléaires. Elles seraient alors suffisamment miniaturisées pour être embarquées sur le missile Shahab-3 dont la portée est suffisante pour atteindre Israël{C}{C}[4]. Bien que les Israëliens n’aient pu convaincre le président Obama de l’urgence d’agir, la tentation d’une frappe préventive est forte. Ils savent que le temps joue contre eux,  leurs alliés potentiels occidentaux se désengageant progressivement pour diverses raisons. La crise économique pousse les pays européens à diminuer rapidement les budgets militaires au point de devoir sacrifier certaines capacités d’action ; les États-Unis entrent en période électorale et achèvent difficilement deux guerres qui auront laissé un profond ressentiment dans les pays musulmans, une remise en cause de leur puissance aux yeux des Américains et le retour probable du sentiment isolationniste qui succède toujours dans le pays aux conflits longs et coûteux.

       De leur côté, quoique les Iraniens nient toute volonté de vouloir devenir une puissance nucléaire, les avantages du statut qu’ils en tireraient apparaissent tellement intéressants qu’il est difficile de les croire. Au plan national, les dirigeants peuvent espérer un sursaut d’orgueil qui redonnerait une légitimité à un régime en difficulté. Ils acquerraient au plan régional une stature de champion de la cause musulmane et pourraient prendre l’ascendant sur la Turquie sunnite, l’actuel homme fort de l’Oumma[5]. Une alliance des deux pays transcendant la différence de confessions serait même alors envisageable en raison de la communauté d’intérêts. Au plan international, l’effet de la dissuasion les protégerait de toute attaque majeure contre leurs intérêts vitaux, comme le démontre l’exemple de la guerre froide qui a assuré la paix nucléaire pendant des décennies.

       Toutes ces raisons sont dans la logique de la réalisation d’un programme d’armes nucléaires. Le facteur temps a une importance capitale : les circonstances font qu’il doit être mené rapidement à son terme. Vite avant que l’économie du pays soit exsangue faute d’exportations : 62 % des recettes proviennent des exportations de pétrole. Vite avant que les luttes intestines et l’agitation sociale attisées par les difficultés économiques ne deviennent impossibles à juguler. Vite aussi avant que la Syrie, son principal allié ne s’effondre, privant l’Iran de son arbre de transmission avec le Hezbollah qui tient Israël en respect depuis 2006.

 

       À titre de rétorsion, l'Europe et les États-Unis durcissent leur position en adoptant des mesures visant la Banque centrale iranienne et un arrêt des importations de brut en provenance de la République islamique. La Chine et le Japon réduisent également leurs achats de pétrole, limitant d'autant les revenus de l'Iran et privant le pays d'une source essentielle de devises étrangères.

       Ces mesures lancent une escalade verbale de la part des dirigeants iraniens. Elle est entamée par le vice-président Ali Rahimi qui déclare le 28 décembre 2011 « Si on devait adopter des sanctions contre (les exportations) du pétrole iranien, aucune goutte de pétrole ne transitera par le détroit d'Ormuz ». Le même jour, l’amiral iranien Sayyari ajoute : « Tout le monde sait combien le détroit est important et stratégique et il est complètement sous le contrôle de la République islamique d'Iran. Fermer le détroit est très facile pour les forces armées iraniennes, c'est comme boire un verre d'eau, comme on dit en persan[6] ». Les menaces se poursuivent pendant l’exercice naval iranien « Velayat 90 » qui se déroule du 23 décembre 2011 au 2 janvier 2012 et dont le point d’orgue a été le tir de nouveaux types de missiles mer-mer de conception nationale. Le prix du Brent est monté de 4 % pour atteindre 112,13 dollars, le plus haut depuis la mi-novembre.

       Pour autant, faut-il prendre au pied de la lettre ces rodomontades? Le blocage prolongé du détroit nuirait également à l’Iran qui a un besoin vital de cette voie de communication par laquelle transitent une grande partie des produits pétroliers raffinés qu’il consomme et qu’il doit importer faute d’une capacité de raffinage suffisante. De plus, il tire 76% de ses recettes de l’exportation du pétrole.

Trois scénarii sont possibles :

{C}{C}§        1- Rester dans le registre des menaces sans agir. C’est une façon de maintenir sous tension les prix du pétrole, pour autant qu’il reste crédible et de gagner le temps nécessaire à l’achèvement du programme (si tant est qu’il existe) ;

{C}{C}§         2 Effectuer des opérations militaires limitées contre le trafic et les infrastructures, comme cela a été fait de 1984 à 1988. Les effets sur le coût des hydrocarbures pourraient alors être d’autant plus importants que des frappes de rétorsion de même niveau seraient effectuées par les alliés sur ses propres moyens de production diminuant d’autant l’offre. La difficulté consiste à ne pas commettre d’erreur d’évaluation et à ne pas franchir le seuil de non-retour.

{C}{C}§        3-  {C}{C}Fermer le détroit d’Ormuz comme dit plus haut. C’est l’hypothèse qui est étudiée ici.

 

                   Importance du détroit d’Ormuz

       Le détroit d’Ormuz est l’unique voie de passage maritime entre le Golfe Persique et l’Océan Indien. Il mesure 34 milles nautiques (mN) — 63 km — dans sa plus grande largeur, mais l’île iranienne de Larak n’est séparée que de 24 mN de l’île omanaise d’el Salamah. Sa rive nord est entièrement en territoire iranien, alors que celle du sud est occupée par les Émirats Arabes Unis et Oman.

       Un dispositif de séparation du trafic a été mis en place pour assurer la sécurité nautique des navires. QuatorzeVLCC (Very Large Crude Carriers ou pétroliers géants de plus de 300 000 tonnes de port en lourd) qui en sortent chaque jour et dont 85% font route vers l’Asie, ainsi que des méthaniers (dont, depuis 2009, les Qmax de Qatargas d’une capacité de 260 000 m3 de gaz naturel liquéfié – LNG) qui transportent plus du quart des échanges mondiaux de LNG.

       Les États riverains du Golfe Persique — bras de mer de moins de 1000 kilomètres de long et dont la largeur maximale est de 335 kilomètres – assuraient en 2006 près de 30 % de la production mondiale de pétrole et 30 % du gaz naturel destiné à l’exportation. Ils détiennent respectivement 57 % et 45 % des réserves mondiales[7]. Environ 90 % de ces hydrocarbures sont transportés par voie maritime et il n’y a pas d’alternative terrestre ; l’oléoduc saoudien vers la mer Rouge n’a qu’un débit de 5 millions de barils par jour.

      Procédant à l'origine d'une demande émiratie, la France dispose depuis le 26 mai 2009 d’une base interarmées permanente à Abou Dhabi. Elle comprend trois sites : le port de Mina Zayed pour la marine – Foujeïra, sur le golfe d'Oman, était déjà un port d'escale des sous-marins nucléaires d'attaque français -, Zayed Military City – centre de combat en zone urbaine et en milieu désertique – pour l'armée de terre, et Al-Dhafra pour l'armée de l'air avec un escadron de six Rafale[8].

 

                   

 Le détroit d’Ormuz{C}{C}[9]{C}{C}.

 

                   Retour d’expérience dans le golfe Persique

       Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran est un pays isolé. Attaqué par l’Irak de Saddam Hussein en septembre 1980, ses pertes en hommes s’élèvent à un million en huit années de guerre. Pendant ce conflit, les deux partis se livrent une « guerre des tankers» de 1984 à 1987 au cours de laquelle ils attaquent plus de 600 navires appartenant, pour la plupart, à des nations non directement parties prenantes au conflit. Ils partagent un objectif identique, celui de couper les exportations de leur adversaire pour tarir ses revenus, indispensables à son effort de guerre.

       Cinquante-cinq des 239 pétroliers attaqués sont coulés sans que l’économie mondiale n’en soit durablement affectée. Après une instabilité de courte durée, le prix du pétrole diminue de moitié en 1985, l'Iran cherchant à maintenir ses exportations.

 Évolution et volatilité des prix du pétrole`

       Au cours de cette guerre, la plupart des navires de commerce endommagés le sont par des missiles antinavires et par des mines.

     Le 14 avril 1988, la frégate USS Samuel Roberts heurte une mine mouillée par l’Iran. À titre de représailles, les États-Unis lancent l’opération « Praying Mantis » pour détruire deux anciennes plates-formes pétrolières occupées par la marine iranienne et utilisées pour faire de la désignation d’objectifs. Plusieurs bâtiments de guerre iraniens qui tentent de s’y opposer sont coulés ou gravement endommagés sans que les forces américaines ne subissent le moindre dommage.

       En 1991, au cours de la première guerre contre l’Irak, ce pays mouille dans le nord du golfe 1160 mines réparties en plusieurs champs défensifs pour se prémunir d’un débarquement par la mer. En raison d’une défaillance des organismes de renseignement, l’estimation de l’emplacement de ces champs est erronée. Une force de guerre des mines anglo-américaine est chargée d’ouvrir des chenaux pour permettre aux cuirassés de faire de l'appui feu et préparer un éventuel débarquement des forces par moyens amphibies. Elle est composée de cinq chasseurs de mines, trois dragueurs de mines ainsi que du porte-hélicoptères d’assaut USS Tripoli (LPH 10), base des hélicoptères Sea Dragon de guerres des mines et du croiseur lance-missiles USS Princeton (CG 59), chargé de la défense antiaérienne du groupe. En raison d’une erreur de positionnement des champs de mines, les petits bâtiments les franchissent sans les détecter — les sonars sont orientés pour la détection d’éventuelles mines flottantes, fréquentes dans ces eaux — mais heureusement sans les déclencher grâce à leur faible signature acoustique et magnétique. Le Princeton et le Tripoli se voient attribuer des secteurs en retrait de la force de guerre des mines mais, de fait, en plein dans les champs de mines. Tous deux subissent des avaries importantes. Il est probable que l’échec de cette opération ait contribué au choix d’une offensive purement terrestre.

     Après la fin des combats, des opérations de nettoyage des 1160 mines recensées sont menées par des chasseurs de mines allemands, italiens et « tripartites » (France, Belgique, Pays-Bas). Ces derniers se taillent la part du lion en détruisant 509 mines en 53 jours (dont 147 pour le seul Sagittaire français). Pendant la même période, les Anglais en détruisent 169, les Américains 123, les Italiens 54 et les Allemands 29. Le trafic est rétabli par des chenaux.

       Le nettoyage  total de la zone est beaucoup plus long puisque seulement 75% des mines sont détruites après 84 jours.

                   Capacités navales iraniennes

       Les forces maritimes iraniennes sont constituées de la marine proprement dite (IRIN : Islamic Republic of Iran Navy) qui comprend 18 000 hommes (dont 2 000 fusiliers-marins) et du corps maritime des gardiens de la révolution qui en compte 22 000 (dont 5 000 fusiliers-marins). Les zones d’opérations sont distinctes. Le golfe Arabo-Persique revient à l’IRGCN (Islamic Revolutionary Guard Corps Navy), le golfe d’Oman et la mer Caspienne à la marine.

    Les équipements acquis avant 1979 sont d’origine américaine, britannique ou française. Après cette date, la Russie et la Chine sont les principaux pourvoyeurs du pays en matériel naval. L’Iran cherche à acquérir l’indépendance dans le domaine de la défense et se dote d’une industrie d’armement nationale.

La marine se compose :

{C}{C}         {C}{C}d’une aéronautique navale basée à terre et composée d’avions de patrouille maritime Orion, Foker Frienship et Dornier 228 ainsi que d’hélicoptères.

{C}{C}         {C}{C}de trois sous-marins du type Kilo 877 EKM russe (3000 tonnes, 70 mètres de long, Tareq, Noor et Yunes) livrés à partir de 1992. Ils ont souffert de gros problèmes de batteries, leur unique source d’énergie en plongée profonde. Ils sont armés de torpilles, de missiles de croisière antinavires et peuvent mouiller jusqu’à 24 mines à influence chacun. Leur disponibilité serait réduite.

{C}{C}         {C}{C}Deux sous-marins de conception entièrement iranienne, du type Qaem,  seraient en service depuis juin 2011. Leur construction a été annoncée par le ministre de la Défense le 25 août 2008. Le déplacement annoncé de 1000 tonnes en ferait des unités de haute mer capables de lancer un nombre limité d’armes et disposant d’une autonomie de quelques semaines.

{C}{C}         {C}{C}De plusieurs types de sous-marins de poche aux capacités opérationnelles réduites.

{C}{C}o       {C}{C}De trois à quinze du type Ghadir (120 tonnes, 29 mètres de long) de fabrication nationale, inspiré du modèle italien MG110 utilisé par le Pakistan. Le premier Ghadir a été lancé en 2007. Bien que pouvant être équipés d’armes antisurface, leur rôle principal est probablement la mise en œuvre de commandos-marine.

{C}{C}o       {C}{C}le Nahang, un autre type de sous-marin léger aurait été admis au service actif : fabriqué localement, ce submersible pourrait embarquer la torpille à supercavitation Hoot, dérivées des Shkval russes (dont la vitesse est estimée à 200 nœuds).

{C}{C}o       {C}{C}Enfin, quatre submersibles de poche anciens du type Yugo auraient été fournis par la Corée du Nord. D’un déplacement de 110 tonnes, leurs deux tubes lance-torpilles de 400 mm les destinent à la lutte anti surface.

{C}{C}         {C}{C}De cinq frégates anciennes d’origine britannique ou américaine, admises au service actif dans les années 60/70 et de 4 nouvelles unités de construction nationale, dérivées du type Vosper britannique.

{C}{C}         {C}{C}De douze patrouilleurs lance-missiles de type Combattante II français livrés entre 1978 et 1981.

{C}{C}         {C}{C}De nombreuses vedettes lance-missiles de plus faible déplacement.

{C}{C}         {C}{C}De nombreux navires de débarquement.

{C}{C}         {C}{C}D’une artillerie côtière composée de plusieurs centaines de missiles antinavires dont la portée de certains atteint 95 km, permettant de couvrir toute la largeur du détroit..

{C}{C}         {C}{C}De 5000 mines sous-marines, de fond ou à orin de différents types, dont certaines ont des dispositifs de mise de feu à influence technologiquement très avancés.

       Enfin, l’aviation de chasse chargée d’assurer la couverture aérienne et les missiles antiaériens sont en nombre insuffisant pour assurer la protection des installations.

       La marine des gardiens de la révolution est implantée dans presque chacun des ports iraniens et dispose de nombreux patrouilleurs de petit tonnage, dont certains sont équipés de missiles mer-mer, ainsi que d’une artillerie côtière composée de missiles antinavires. Elle a également un corps de nageurs de combat disposant de petits sous-marins humides.

     Isolées au niveau international, les forces navales iraniennes manquent d’éléments de comparaison avec leurs adversaires potentiels. Le problème est crucial pour les sous-marins. La guerre sous la mer exige la maîtrise de tactiques et de technologies très spécifiques qui ne sont jalousement conservées par les marines qui les ont développées. Elles ne peuvent l’être en interne qu’au prix d’une analyse du retour d’expérience acquis au contact de marines de premier rang et d’un entraînement intensif. Leur efficacité opérationnelle devrait se limiter aux lancements d’armes contre des objectifs non protégés.

                   Scénario probable

       Les enseignements tirés de l’étude des conflits précédents mettent en évidence l’efficacité des mines et la relative faiblesse de l’US Navy dans ce domaine de lutte pour lequel elle se repose en grande partie sur ses alliés européens. L’efficacité des missiles antinavires contre les navires non pourvus de moyens de guerre électronique susceptibles de les leurrer ou capables de les abattre a également été démontrée. Enfin, l’opération « Praying Mantis » a mis en évidence la nette infériorité technologique des forces navales iraniennes face aux forces américaines. Ayant l’initiative, les Iraniens peuvent cependant jouer de l’effet de surprise.

      Une opération initiale coordonnée contre les infrastructures pétrolières (terminaux de chargement et plateformes d’exploitation) des pays de la côte ouest du golfe arabo-persique serait menée de façon discrète dans un premier temps par des nageurs de combats amenés par des sous-marins crache plongeurs. Elle serait concomitante de mouillages de mines nocturnes effectués, par exemples, par des navires civils empruntant les rails entrant et sortant du Golfe ou par de petites embarcations navigant en dehors du dispositif de séparation de trafic et pourrait de ce fait n’être détectée que tardivement. Après les premières explosions, ces actions pourraient être poursuivies par des frappes simultanées de missiles antinavires à partir de la terre, de bâtiments à la mer et des moyens aériens. L’effet de surprise sera de toute façon de courte durée, car une sortie massive des forces navales serait rapidement détectée et désignerait sans ambiguïté le responsable des opérations de minage.

     Ce mouillage de pollution interdirait le passage des navires dans les rails de trafic. Les opérations de contre-minage seraient rendues particulièrement dangereuses tant que la menace des dizaines de batteries mobiles de missiles antinavires basés à terre ne sera pas éliminée par les forces aériennes américaines.

      Dans le golfe, les très nombreuses embarcations rapides permettraient des attaques selon la tactique de l’essaim que les Tigres tamouls ont affinée face à la marine du Sri Lanka et à laquelle les gardiens de la révolution s’entraînent. Les sous-marins disponibles non utilisés pour les  opérations spéciales (mouillage de mines, débarquement de commandos), chercheraient à attaquer les porte-avions dans le golfe d’Oman.

 

                   La réponse

      Conformément à la doctrine Carter qui, depuis 1979, définit le Golfe comme une région vitale pour les intérêts américains, une opération iranienne dans le détroit entraînera en réaction militaire immédiate des États-Unis. Il est également probable que, comme lors de la première guerre du Golfe en 1991, une coalition de pays menacés, comprenant en particulier la plupart des pays européens, se joindra à eux.

      Les forces aéronavales prépositionnées (dont quelques chasseurs de mines) dans le golfe, en Irak ou, dans l’océan Indien (en mer, à Djibouti, à Diego Garcia…) entreront en action immédiatement et acquerront rapidement la maîtrise du ciel et de la mer. Un ou deux porte-avions permettraient d’assurer une présence aérienne permanente sur zone. Les sites de lancement de missiles seront détectés et détruits au fur et à mesure qu’ils se découvriront pour tirer contre les forces de guerre des mines.

 

       À la date de rédaction de cette analyse, ce sont trois porte-avions américains qui se trouveront bientôt dans le nord de l’océan Indien :

Alors que les porte-avions USS Carl Vinson et USS Abraham Lincoln embarquant chacun 70 avions et hélicoptères, croisent déjà en mer d'Oman, Washington a annoncé le déploiement en mars dans cette région d'un troisième groupe aéronaval autour de l'USS Enterprise.

     En parallèle, un nouveau groupe amphibie est arrivé en mer d'Arabie en janvier. Il comprend le porte-hélicoptères d'assaut USS Makin Island, ainsi que les transports de chalands de débarquement USS New Orleans et USS Pearl Harbor, qui embarquent une force expéditionnaire comprenant plusieurs centaines de Marines avec leur matériel, des engins de débarquement sur coussins d'air LCAC, et un groupe aérien comprenant en particulier des avions AV-8B Harrier II à décollage et atterrissage vertical.

     Un SSGN, sous-marin nucléaire transportant 150 missiles de croisière Tomahawk est également dans l’océan Indien. Une seule unité de ce type a lancé plus de 90 des 120 missiles qui ont mis à mal les défenses aériennes avant le début des opérations aériennes alliées au-dessus de la Libye.

     Les Américains peuvent également s'appuyer sur les troupes présentes dans les pays arabes, et notamment au Koweït, où 15 000 soldats et d'importantes forces aériennes sont stationnés.

      Ils ont également demandé le soutien de leurs alliés, en particulier dans le domaine de la guerre des mines où ils sont particulièrement faibles. Le ministre de la Défense néerlandais l’a confirmé le 7 janvier 2012 en disant : « les Pays-Bas sont prêts, sur le principe, à aider les États-Unis en cas de blocus iranien du détroit d’Ormuz ». Il a cependant ajouté que le nombre de chasseurs de mines opérationnel diminuait sensiblement, quatre des dix dont disposaient le pays ayant été récemment retiré du service actif en raison des contraintes budgétaires.

     Selon certaines informations non confirmées par le ministère de la Défense, le porte-avions Charles de Gaulle pourrait également être déployé sur zone dès le mois de mars. Il serait alors accompagné de son escorte qui comprend systématiquement un sous-marin nucléaire d’attaque et qui serait renforcé par les bâtiments de combats se trouvant actuellement en océan indien, dont la frégate ASM La Motte-Picquet. La base interarmées permanente française d’Abou Dhabi, située à l’intérieur du golfe arabo-persique, est cependant un point névralgique, à portée d’une attaque par missile depuis l’Iran.

   De nombreux autres pays disposent de forces navales en océan Indien pour mener à bien les missions de lutte contre la piraterie. Un organisme de coopération a été créé pour leur permettre de travailler ensemble. Il est cependant peu probable que des pays qui n’ont pas d’accords de défense en vigueur avec les États-Unis puissent être intégrés à une force navale commune. La disparité des tactiques, des règles d’engagement et des moyens de communication constituent un obstacle insurmontable à court terme.

 

                   Analyse de l’efficacité du blocage

La victoire finale des adversaires de l’Iran est assurée et n’est qu’une question de temps. Plusieurs études ont voulu évaluer le délai nécessaire au rétablissement du trafic à son niveau nominal. C’est un art difficile et trompeur, car il est basé sur des présuppositions quant à l’activité d’un adversaire qui cherchera à être aussi imprévisible que possible. Dans son excellente analyse, Caitlin Talmage[10], une jeune doctorante du MIT, estime qu’il faudra entre 37 et 112 jours pour rétablir la situation. Manquant d’expérience opérationnelle, son évaluation du temps nécessaire au nettoyage du détroit peut être affinée en plusieurs points.

{C}{C}         {C}{C}Elle ne superpose pas les phases de lutte antimissiles et de chasse aux mines. Elle veut ainsi éviter d’exposer les forces de guerre des mines avant que les missiles antinavires n’aient pu être tous détruits par les forces aériennes. En fait, ceux-ci, souvent masqués, ne pouvant être contredétectés qu’à l’occasion de tirs, il faudra les provoquer en commençant les opérations de nettoyage sous la protection de frégates capables d’abattre ces missiles, avec les risques que cela peut faire courir aux chasseurs de mines.

{C}{C}         {C}{C}Elle considère le temps nécessaire au nettoyage complet de la zone alors que l’ouverture de simples chenaux de navigation est suffisante et ne nécessiterait qu’une dizaine de jours.

{C}{C}         {C}{C}Enfin, elle ne prend pas en compte un temps de transit d’une dizaine de jours nécessaire pour faire rallier les bâtiments alliés depuis l’Europe.

Avec ces éléments, le flux pourrait être réamorcé une vingtaine de jours après le début des hostilités.

Ce laps de temps est-il suffisant pour créer la pénurie et un choc financier dommageable pour l’économie internationale ? Faisant abstraction de l’aspect psychologique qu’un tel conflit aurait sur les marchés financiers, nous sommes confrontés à un simple problème de flux.

La plupart des pays disposent de réserves stratégiques de pétrole, destinés précisément à faire face à des problèmes de cet ordre. Pour les 28 pays membres de l’agence internationale de l’énergie, ces stocks sont de 5 mois, comme le montre le graphique ci-dessous.

  Le golfe Arabo-Persique et le détroit d'Ormuz[11]

Réserves totales de l’agence internationale de l’énergie en 2009

Fin septembre 2009, l'Agence internationale de l'énergie évaluait les stocks accumulés par les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) à 60 jours de couverture mondiale, soit 120 millions de barils au-dessus de leur moyenne sur cinq ans. À ces réserves, il faut ajouter l’augmentation de production qui peut-être demandée aux pays exportateurs qui ne sont pas situés dans le golfe Persique, en particulier du Nigeria.

La situation pourrait cependant être plus difficile pour les pays non membres de l’AIE comme l’Inde et la Chine bien qu’ils aient tous deux commencé à constituer des réserves stratégiques.

 

                   Conclusion

L’Iran a la possibilité d’interdire momentanément l’accès au golfe Arabo-Persique. Il ne peut cependant pas le couper de façon durable, sa capacité d’intervention navale étant limitée et en grande partie obsolète. Si l’offensive se limite à une intervention dans le détroit d’Ormuz, les réserves stratégiques d’hydrocarbures et l’augmentation de production permettront de maintenir l’adéquation de l’offre et de la demande le temps nécessaire à sa réouverture.

L’Iran lui-même souffrirait d’un blocage prolongé. Soumis depuis 1996 à un embargo du fait de l’Iran Libya Sanction Act, mieux connu sous le terme de loi d’Amato, qui empêche les investissements supérieurs à 20 millions de dollars dans le secteur pétrolier, le pays manque de raffineries. Il importe 40 % de ses besoins en hydrocarbures raffinés qui transitent également par le détroit d’Ormuz. Il n’a donc pas intérêt à voir se prolonger la situation, au risque de faire face à de graves troubles intérieurs.

Une intervention étendue à l’ensemble du golfe Arabo-Persique et visant à détruire l’infrastructure pétrolière et gazière des autres pays riverains aurait un impact beaucoup plus important sur les flux puisqu’elle jouerait directement sur la capacité de production. La reconstitution des moyens pourrait être très longue et entraîner des conséquences d’une ampleur difficile à estimer, mais sans commune mesure avec celles d’une action limitée au seul détroit. Dépourvu du parapluie de la dissuasion nucléaire, ce serait cependant un suicide pour le pays. Le régime qui le dirige serait-il suffisamment en difficulté pour être capable d’une telle fuite en avant ?

Texte écrit le 09 février 2012

Capitaine de Vaisseau (R) Hugues EUDELINE

1]

                [1]{C}{C} Chiffres 2011. BP Statistical Reviw of World Energy, htpp://bp.com/staisticalreview

 

 

 

 

 

[2]

                [2]{C}{C} GOV/2011/65, Implementation of the NPT Safeguards Agreement and relevant provisions of Security Council resolutions in the Islamic Republic of Iran, 8 November 2011

 

 

 

 

 

[3]

                [3]{C}{C} Ronen Bergman, Will Israel Attack Iran ? The New Yok Times, 25 January, 2012, http://www.nytimes.com/2012/01/29/magazine/will-israel-attack-iran.html. Page consultée le 8 février 2011.

 

 

 

 

 

[4]

                [4]{C}{C} Ibid.

 

 

 

 

 

[5]

                [5]{C}{C} Terme tiré du Coran, qui désigne la communauté des croyants

 

 

 

 

 

[6]

                [6]{C}{C} Iran : le détroit d'Ormuz reste ouvert, JDD, 28 décembre 2011. http://www.lejdd.fr/International/Depeches/Iran-le-detroit-d-Ormuz-reste-ouvert-444574/. Page consultée le 8 février 2012

 

 

 

 

 

[7]

                [7]{C}{C} D. Ortolland,dir. Atlas géopolitique des espaces maritimes, Ed. Technip, Paris, 2008. p. 131.

 

 

 

 

 

[8]

                [8]{C}{C} Le Parlement français approuve l'accord stratégique avec les Émirats arabes unis. Article paru dans l'édition du monde datée du 13 juillet 2011

 

 

 

 

 

[9]

                [9]{C}{C} http://lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/iran_strait_of_hormuz_2004.jpg. Page consultée le 2 décembre 2009.

 

 

 

 

 

[10]

                [10]{C}{C}Closing Time – Assessing the Iranian Threat to the Strait of Hormuz,  belfercenter.ksg.harvard.edu/files/IS3301_pp082-117_Talmadge.pdf . Page consultée le 21 novembre 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[11]

                        {C}{C}[11]{C}{C} Congressional Research Service, Iran’s Threat to the Strait of Hormuz, January, 23 2012,7-5700 www.crs.gov R42335. Page consultée le 8 février 2012.