géopolitique

 

L’Institut Jacques Cartier est une association d’environ quinze membres cooptés, pour la plupart universitaires et chercheurs, tous bénévoles, formant un Comité plus proche d’une académie que d’un cercle fermé ou d’un club privé, a fortiori d’un cénacle, puisqu’il s’ouvre également à des membres associés ou corresponpondants, ainsi qu’à une Cellule Jeunes, puisque surtout les rencontres qu’il organise (conférences, colloques, débats, voyages d’études notamment d’élèves, expositions, etc) sont ouverts librement à tout public et les travaux de ses membres à son site ou à ses éditions Escap.

Soutenu par le Département de la Vienne, la Caisse d’Epargne, à l’occasion l’Etat et le mécénat, tout particulièrement par le groupe ESCEM Tours-Poitiers, où se tient son siège social, il a pour but de porter un regard sur le monde contemporain dans toute sa dimension géopolitique et culturelle, à la lumière de son passé, dans le souci de son avenir, et sous les approches aussi diverses et pourtant liées que sont les économies, les organisations sociales, les religions, les arts, les langues, les stratégies politiques de tous les pays qui le composent.

Depuis 1990 il a reçu plus de cent personnalités les plus diverses et prestigieuses du monde culturel, spirituel, intellectuel, politique, scientifique, militaire et financier ainsi que des personnalités locales. Ses membres dirigeants ont également donné de nombreuses conférences, à son siège dans le Département, et en France, ils ont aidé et éclairé des étudiants dans la préparation de leur examen ou de leur recherche.

La force de l’Institut Jacques Cartier tient à l’amitié qui lie ceux qui le dirigent, et aussi, toutes générations confondues, ceux qui prennent part à ses activités.

Micel RICHARD

Président

 

Le chiisme , minorité qui regroupe environ dix pour cent des musulmans du monde- l’Oumma -, tend de nos jours à jouer un rôle clef dans l’histoire intérieure du grand Moyen Orient de l’Afghanistan à l’Arabie, et de ce fait également, dans des relations internationales de plus en plus tumultueuses. Durant l’été 2006, nous avons assisté impuissants à une guerre opposant un mouvement chiite libanais, le Hezbollah, à Israël, l’ennemi juré mais aussi, première puissance militaire régionale. Au-delà des faits d’armes récents, comment se présente ce mouvement libanais ? qu’est-ce donc que le Hezbollah du Liban ?

Notre propos essaiera de se limiter, dans la mesure du possible, à des éclairages religieux, autrement dit, en quoi les caractéristiques de ce mouvement chiite peuvent-ils aider à comprendre les événements récents de 2006 et à éclairer l’avenir possible ?

Des chiites sont présents au Liban depuis l’origine de leur mouvement, aussi, n’est-il pas inintéressant d’en rappeler brièvement la genèse.

Des chiites sont présents au Liban depuis l’origine de leur mouvement, aussi, n’est-il pas inintéressant d’en rappeler brièvement la genèse.

1 – Les origines du chiisme

L’islam est souvent perçu à tort par l’occident comme uniforme, cela est une illusion qu’il faut dissiper, le monde musulman n’est pas uni. Il existe trois principales branches (on ne dit plus sectes car le mot a pris un sens péjoratif avec l’essor des « nouveaux mouvements religieux ») : le sunnisme, le chiisme et le Kharidjisme. Ce sont trois manières différentes de vivre l’islam.

a – Origines de ces trois branches de l’islam.
A la mort du Prophète Muhammad en 632 (An 10 de l’Hégire), se posa le problème de sa succession, non pas dans sa mission prophétique – il est considéré comme le dernier des prophètes -, mais dans sa fonction de direction de la communauté musulmane, l’Umma.

Désignés de manière pragmatique, les trois premiers successeurs -ou Califes- furent Abû Bakr (632-34), Umar (634-44), Uthman (644-56), et le quatrième fut Ali, (656-661) cousin et gendre du Prophète (il épousa sa fille Fatima dont il eut deux fils, Hasan et Husayn). L’expansion musulmane est fulgurante, trois ans seulement après la mort du Prophète, Damas est prise, la Syrie est dominée par les Arabes qui fondent la dynastie des Omeyyades. Cependant des dissensions ne cessent d’opposer les groupes régionaux les uns aux autres. C’est ainsi que l’opposition politique syrienne à Ali déclencha une guerre entre groupes musulmans.

En 657 la bataille de Siffin sur les rives de l’Euphrate donna naissance aux trois branches majeures de l’islam . Cette bataille qui opposa les partisans d’Ali et les Syriens Omeyyades, se termina non par une victoire militaire d’un camp sur l’autre, mais par une décision d’arbitrage à l’amiable entre musulmans.

* Un groupe parmi les partisans d’Ali refusa cette idée d’arbitrage, ce sont les Kharidjites (« ceux qui sont sortis »). Ils reprochaient à Ali son acceptation d’arbitrage humain alors qu’il devait être conscient de tenir son pouvoir de Dieu même. Les Kharidjites constituent un groupe rigoriste, « puritain », où tout musulman pieux et digne de ce nom peut être Calife. Il ne subsiste de nos jours qu’un petit groupe, au Yémen et dans l’île de Djerba en Tunisie.

* Que deviennent ceux qui avaient accepté l’arbitrage ? Celui-ci tourne à la défaveur d’Ali qui est accusé d’avoir participé et profité de l’assassinat de son prédécesseur, le calife Uthman. Devenu minoritaire et mis à l’écart, Ali est assassiné en 661 par un Kharidjite, ce qui fait le jeu de ses adversaires, maintenant nettement majoritaires et qui prennent le nom de Sunnites. Les Sunnites considèrent que la communauté des croyants doit être dirigée par un Calife qui prend appui sur deux éléments clefs, le Coran et la tradition du Prophète, la Sunna. Le Sunnisme, ce qui signifie « gens de la Tradition et du consensus », se perçoit lui-même comme le gardien du véritable islam, comme l’orthodoxie musulmane.

Restent les partisans d’Ali qui prennent progressivement le nom de Chiites ( ou Shiites) – de Chi-at Ali, les partisans d’Ali-.

Ainsi donc, l’origine des trois grandes branches de l’islam remonte au VIIe siècle ( ler siècle de l’Hégire), c’est à dire pratiquement aux origines mêmes de l’islam. Au Liban, c’est le premier calife Omeyyade, Moawia, qui installa des chiites, des déportés politiques partisans d’Ali.

b – Les différences entre ces musulmans sunnites et chiites.
Les deux groupes respectent un tronc commun de croyances et de pratiques comme les cinq piliers ( profession de foi, prières quotidiennes, aumône légale, jeûne du Ramadan, pèlerinage à la Mecque). Leurs divergences portent sur plusieurs domaines qu’il n’est pas aisé d’expliquer en quelques mots à nos élèves, nous sélectionnons ici trois points particuliers qui nous paraissent importants pour comprendre l’actualité .

Des pratiques différentes dans le culte (ces manifestations religieuses extérieures sont les plus faciles à percevoir par les élèves). Les chiites regroupent les cinq prières quotidiennes obligatoires en trois fois : matin, midi et soir. Aux formules rituelles de ces prières, ils ajoutent : » Ali est proche de Dieu, ami et détenteur du pouvoir ». Les chiites ont le culte des morts, des martyrs et des saints. Ce goût particulier vient des origines de leur histoire, où les trois personnages fondateurs, Ali et ses deux fils, meurent assassinés, martyrs. Les tombeaux de ces derniers sont lieux de pèlerinage, Karbala et Najaf en Irak actuel., avec des rites semblables à ceux pratiqués à la Mecque.

- La différence majeure porte sur la question de l’autorité politique et religieuse et sur la conception de la révélation qui en découle. Pour les sunnites, le Calife ne dirige qu’au temporel en assurant l’unité et la défense du groupe. Les chiites eux affirment qu’ils doivent être dirigés par un descendant du Prophète, par un guide que l’on nomme ici Imam (ne pas confondre avec le même mot qui signifie seulement chez les sunnites, celui qui dirige la prière dans une mosquée). L’Imam chiite est le guide des croyants, celui qui est parfait et infaillible, qui seul interprète la parole de Dieu dans le Coran, en donne le sens caché. Ce processus entraîne un effort d’interprétation de la révélation (l’ijtihad) où la raison, la réflexion ont leur place. Le chiisme de ce fait est toujours ouvert à la recherche intellectuelle, alors que le sunnisme qui pourtant proclame que tout croyant est seul avec sa raison face à Dieu dans un devoir d’effort d’interprétation, a en fait laissé cette action à des spécialistes, juristes et docteurs de la Loi, et très vite, cette jurisprudence a été fossilisée, voire sacralisée.

Ainsi donc, la connaissance des choses cachées (il y a là un côté nettement gnostique) se transmet dans la lignée des Imams issus d’Ali. Les chiites sont cependant divisés sur cette généalogie d’Imams. Pour certains, elle s’arrête au septième, avec Ismail, d’où leur nom deSeptimaniens ou Ismaïliens, pour d’autres, elle va jusqu’au douzième (Muhammad al-Muntazar) d’où leur nom de Duodécimains. Les chiites libanais sont de ceux-là.

– Au-delà de cette différence, les deux groupes chiites ont une même conviction : le dernier Imam ( le 7e ou le 12e) , n’est pas mort, il est simplement occulté, il reviendra à la fin des temps inaugurer un règne de paix et de justice. Cette conception est proche du messianisme judéo-chrétien, excepté que l’on ne dit pas messie, mais mahdî.

2 – La lente émergence d’une identité chiite libanaise.

D’une manière générale, les chiites eurent rarement l’occasion d’exercer le pouvoir politique et de s’imposer dans un cadre étatique. Hormis le cas iranien à partir du XVIe siècle, la seule tentative d’envergure au Proche-Orient fut celle des Fatimides – Xe-XIIe siècles- dynastie qui échoua et fut renversée par le célèbre Saladin [].

a – Une sensibilité musulmane locale non reconnue pendant des siècles.
* Du XVIe siècle à la fin de la première guerre mondiale, soit pendant plus de quatre siècles, le territoire de l’actuel Liban n’est qu’une petite province de l’immense Empire turc ottoman. Seule la région du Mont Liban jouit d’un statut un peu particulier qui lui confère une certaine autonomie et cela, entre autres raisons, grâce à une présence locale de communautés chrétiennes soutenues par les grandes puissances occidentales d’alors. C’est ainsi que furent créés au milieu XIX e siècle dans les deux circonscriptions du Mont Liban – deux Caïmacamats– deux Conseils mixtes pour régler les nombreux différents, souvent sanglants, entre les diverses communautés religieuses. Or, toutes sont représentées sauf celle des chiites, non reconnue officiellement. C’était le juge sunnite qui représentait l’ensemble des musulmans locaux.

Pourquoi une telle discrimination à l’égard des chiites « libanais » sous les Ottomans ? La raison est à rechercher dans les représentations religieuses d’alors. L’Empire turc avec un Calife à sa tête, se fait un devoir de soutenir l’orthodoxie religieuse sunnite, or, depuis l’époque des premières scissions, – la Fitna– le chiisme est perçu comme une quasi hérésie ; ainsi, quand ils ne sont pas persécutés, ces chiites sont tout simplement ignorés.

On se souvient qu’avec la défaite allemande de 1918 et donc également celle de son allié turc, l’empire ottoman fut démembré, la France reçut un mandat de la SDN pour gérer l’espace territorial correspondant aux actuels Liban et Syrie. La période du mandat français –1920-1943 – permit à la communauté chiite libanaise d’être reconnue comme telle, et cela grâce au nouveau cadre spatial libanais. En effet, la France souhaitant favoriser les groupes chrétiens libanais, créa le Grand Liban, à savoir le Liban dans ses dimensions actuelles, soit le Mont Liban- le cœur historique-, agrandi de régions périphériques au sud, au nord et nord-est –la vallée de la Bekaa-. Ces régions périphériques qui sont alors essentiellement occupées par des populations chiites n’ont pas connu le développement économique et social dont le Mont Liban profita sous les Ottomans.

Ainsi, sous le mandat français, les chiites libanais sont certes enfin reconnus dans leur identité spécifique mais constituent visiblement une population sociologiquement et économiquement marginalisée.

La situation va perdurer après l’indépendance du pays obtenue en 1943, le Pacte politique national d’alors favorise nettement les chrétiens maronites et les musulmans sunnites au détriment des chiites. Les fiefs de ces derniers dirigés par des leaders féodaux, sont négligés par le pouvoir politique de Beyrouth. Habitants des périphéries plus rurales, traditionnelles et moins développées, ces chiites libanais sont encore en recherche de reconnaissance. Cette longue frustration est à prendre en compte pour éclairer la compréhension de l’actualité.

* Dans les années 60-70, les conditions de vie des chiites se dégradèrent avec l’arrivée dans le sud-Liban de réfugiés palestiniens engagés dans une guérilla contre le voisin israélien. Le conflit endémique poussa à l’exode de nombreux chiites qui quittèrent le sud Liban pour venir grossir les rangs de la « ceinture de misère » de Beyrouth sud. A cette époque, arrivèrent dans la capitale libanaise un certain nombre de chefs religieux chiites venus d’Iran – des Ulémas-, venus prendre en main cette communauté de déshérités. Parmi eux se trouvaient de grands prédicateurs comme Moussa Sadr, Hussein Fadlallah qui réussirent par leurs actions infatigables à obtenir en 1967 la création d’un Conseil supérieur chiite libanais. Enfin, la communauté chiite libanaise est dotée d’une institution identitaire , mais tous ne l’acceptent pas, aussi des leaders se livraient-ils à des querelles intestines. C’est ainsi que Moussa Sadr eut l’idée d’agir plutôt sur le terrain social de base. A la fin des années 60, il créa donc le Mouvement des déshérités. Il s’agissait, dans le cadre du chiisme, de répondre aux besoins de développement de cette population et par là même de la soustraire à l’influence de concurrents comme les partis de gauche, les tendances arabisantes comme le nassérisme, mais aussi des traditionnels caciques féodaux.

b – Son acte de naissance,
Le chiisme libanais le doit à cette figure charismatique que fut l’Imam Moussa Sadr : son discours du 18 février 1974 est à la fois un acte de rupture d’avec ce passé de soumission et bien entendu, le fondement d’un avenir prometteur : « Notre nom n’est pas Metwali. Notre nom est ceux du refus (rafezun), ceux de la vengeance, ceux qui se révoltent contre toute tyrannie. Même si nous devons le payer de notre sang, de notre vie… Nous ne voulons plus de beaux sentiments, mais de l’action. Nous sommes las des mots, des états d’âme, des discours…j’ai assez lancé d’appels au calme. A partir d’aujourd’hui, je ne me tairai plus. Si vous restez inertes, moi non.. ».

L’outil de cette nouvelle attitude fut une milice armée, le mouvement Amal []créé secrètement au début des années 70 toujours par Moussa Sadr.

Cette première prise en main des chiites libanais dans une structure socio-politique communautaire est donc l’œuvre d’un mollah iranien, né à Qom, mais originaire d’une famille issue du sud Liban. Il faut avoir en mémoire cet acte fondateur pour comprendre les liens historiques entre le Hezbollah actuel et l’Iran.

3 – Le Hezbollah libanais

Si le Hezbollah – littéralement « le parti de Dieu »- put émerger et se développer si rapidement dans les années 80, il le doit au travail de Moussa Sadr qui sut ré-enraçiner cette communauté dans les valeurs du chiisme.

a – La naissance du Hezbollah
ne peut se dater de manière certaine, la première apparition publique du « parti de Dieu » remonte au 22 novembre 1982, jour de la fête nationale libanaise. Cette première manifestation , riche de symboles et porteuse de sens pour l’avenir, consista pour un commando masqué et armé, à déchirer le drapeau libanais et le portrait du Président tout en entonnant l’hymne iranien.

Comment en est-on arrivé là ?
Le très actif Moussa Sadr disparut mystérieusement en Libye en 1978, il fut remplacé par Hussein Husseini puis rapidement par l’avocat Nabih Berri. Ce dernier donna une inflexion laïcisante au mouvement chiite, ce qui n’était pas du goût de l’ayatollah Khomeiny qui souhaitait exporter sa révolution islamiste de 1979. Une scission eut lieu, Nabih Beri conserva le parti Amal, alors que des agents iraniens fondent au Liban Amal islamique. Dans ces années 79-82, existe en fait une nébuleuse de mouvements chiites au Liban, la première version du Hezbollah est une sorte de confédération de treize mouvements chiites islamistes dont les noms ne laissent aucun doute sur l’allégeance à Téhéran – exemple Les gardiens de la révolution islamique .

Trois événements font faire évoluer la situation vers un Hezbollah plus monolithique que nous connaissons de nos jours.

- L’invasion du Liban par l’armée israélienne en 1982, nécessite une plus grande cohésion pour organiser une résistance efficace.

- L’influence grandissante de l’Iran réduit le rôle des groupes secondaires.

- A la fin de la guerre civile ou « guerre des autres »-1975-1990- les accords de Taëf signés en 1989 contraignent les milices à rendre leurs armes. Le Hezbollah se constitue alors en parti politique avec une branche armée. [].

Ainsi donc, les données constitutives de la création du Hezbollah libanais au début des années 80, en font à la fois un parti chiite islamiste , une milice qui se pare du prestige de résistant national contre l’ennemi israélien, et une sorte de cheval de Troie de la révolution islamique iranienne et de son allié syrien.

b – Quelles sont les caractéristiques chiites de cette formation politico-militaire ?
Plusieurs aspects typiquement chiites sont nettement présents dans les comportements de l’actuel Hezbollah et facilitent une meilleure compréhension de ce parti-milice.

- Le culte du martyr est une composante très visible de toute attitude chiite. Les martyrs de Ali et de ses deux fils à la bataille de Kerbala en 680 sont des actes fondateurs et constituent de ce fait des exemples à suivre : l’idéal du martyr est inculqué dès le plus jeune âge. Tomber martyr au service de Dieu est un honneur suprême. Cette attitude religieuse s’avère d’une efficacité redoutable lorsqu’elle est mise au service d’une guerre ou guérilla. Ce goût du sacrifice décuple les forces d’un petit groupe de miliciens, nous l’avons constaté lors de la guerre de l’été 2006 contre Israël, la quatrième meilleure armée du monde. De plus, une certaine lecture du Coran promet une vie de félicité dans l’au-delà. Nous touchons là une des grandes différences avec l’occident quant à la valeur accordée à la vie terrestre. Depuis 1982, le Hezbollah, met en œuvre cette sacralisation de la notion de martyr dans une guerre continuelle contre Israël [].

- La conscience d’être minoritaire et le sentiment d’exclusion voir de persécution. Pendant des siècles, nous l’avons rappelé, les chiites libanais ont été exclus de toute participation au pouvoir. Cette donnée suscite au moins deux types de comportement qu’il faut avoir à l’esprit pour tenter d’analyser la situation contemporaine :

* Les chiites libanais qui ont été longtemps en recherche d’abord d’identité, sont de nos jours en quête de légitimité. Ils pensent l’avoir enfin trouvée dans le combat mené contre Israël depuis 1982. Le titre de résistance à l’envahisseur que se donne le Hezbollah, ses succès dans une guérilla devenue emblématique, lui permettent de jouir d’un grand prestige bien au-delà du Liban et notamment auprès de « la rue arabe »sunnite des Etats du Proche-Orient. Ce que les Etats arabes n’ont jamais réussi à réaliser, la milice du Hezbollah l’a fait dans l’été 2006 , à savoir tenir en échec l’armée israélienne. Certains voyaient déjà Nasrallah comme le nouveau Nasser. Prestige très ambigu du Hezbollah lorsqu’il sort du monde chiite.

* L’habitude de la dissimulation. Au-delà d’un usage tactique fréquent dans le monde politique, il s’agit ici d’une donnée dogmatique nommétaqiya en arabe et ketman en persan. Depuis le martyre d’Hussein fils d’Ali, les chiites sont habitués à pratiquer l’art de la dissimulation lorsque la situation est jugée dangereuse pour la communauté en situation de minorité. Cette possibilité doit être gardée en mémoire afin de s’interroger sur la crédibilité à accorder à telle ou telle attitude voire déclaration de la part des dirigeants du Hezbollah. Quelle est par exemple la réalité de son intégration au jeu politique national libanais ? Quelle tendance majeure va l’emporter, l’appartenance communautaire chiite transnationale ou l’intégration au petit espace territorial libanais ? Cette question clef du choix d’une priorité soit nationale soit communautaire se pose désormais de manière urgente au Hezbollah. N’oublions pas que ce mouvement est né avec l’appui de la révolution iranienne de l’ayatollah Khomeiny.

Le Hezbollah libanais est donc également un mouvement islamiste. L’islamisme chiisme a ses propres particularités par rapport à ses homologues sunnites.

c – Le Hezbollah, parti islamiste chiite.
- L’islamisme est une attitude politique qui instrumentalise l’islam et vise à l’instauration d’un Etat islamique [], seul capable d’instaurer une réelle société islamique. De quelle nature doit être cet Etat ? Il ne saurait être une démocratie à l’occidentale car la souveraineté n’appartient qu’à Dieu et non au peuple. Si le combat des islamistes est celui du droit de Dieu contre l’arbitraire de l’homme, comment établir cette souveraineté de Dieu dans une société musulmane ? Cette question du choix d’un chef, à la fois spirituel et temporel selon le modèle originel reçoit une réponse embarrassée chez les sunnites et nette chez les chiites.

- Dans l’univers sunnite, les principaux théoriciens de l’islamisme sont l’Egyptien Sayyid Qotb pour le monde arabe et le Pakistanais Mawdoudi pour le domaine oriental non arabe. Ces deux théoriciens prônent dans les années 60 une rupture d’avec les gouvernements et sociétés musulmanes jugées impies []. C’est une invitation à rompre avec la distinction traditionnelle entre une autorité politique de fait, faute d’être légitime, et la catégorie des savants religieux –les oulémas- cantonnés dans la seule technicité du droit coranique. Les islamistes revendiquent un chef à la fois politique et religieux, qui aurait le titre non de Calife mais de Guide, d’Emir. Le charisme et les vertus de ce dernier doivent rappeler aux fidèles le « beau modèle » du Prophète.

- En milieu chiite, l’islamisme a d’abord et essentiellement concerné un seul pays, l’Iran où le chiisme est religion d’Etat depuis le XVIe siècle []. Plusieurs siècles durant, le débat porta sur la légitimité de poursuivre l’effort d’interprétation du Coran – l’ijtihad– et cela en l’absence du dernier Imam légitime, occulté depuis 874. Parmi les Oulémas, la tendance favorable à la poursuite de l’ijtihad l’emporta, et désormais, seuls les plus savants d’entre eux, les ayatollahs, en sont chargés. Cela donna naissance à un clergé, le seul du monde musulman. Traditionnellement, une partie de ce clergé est installé dans les villes saintes du chiisme , Kerbala et Nadjaf situées en Irak, territoire arabe et non perse.

La politisation de tout l’imaginaire chiite résulte de la pensée idéologique d’Ali Shariati et de l’action de l’ayatollah Khomeiny. Comme au temps des martyrs d’Ali et de ses deux fils, il faut créer une rupture violente aussi bien d’avec un clergé jugé quiétiste et conservateur qu’à l’égard du pouvoir politique du Shah. Ce n’est que tardivement que Khomeiny devient islamiste, son écrit majeur le gouvernement du juriste théologien musulman date des années 70. Il se présente comme le Guide idéal, le faqih, c’est-à-dire le meilleur juriste en science du droit musulman – le fiqh. L’Etat islamique instauré par la révolution iranienne de 1979 est une sorte de syncrétisme islamo-marxiste où le Guide doit avoir une double légitimité, politique et religieuse.

Pour Khomeiny il n’y a pas de séparation entre le politique et le religieux. Dans les faits, il y a eu dictature certes, mais le clergé en tant qu’institution n’a pas exercé le pouvoir. L’Iran Khomeyniste s’est doté d’une constitution, et c’est elle qui précise la place de la charia et non l’inverse, c’est dire qu’elle n’est pas la seule source du droit. Beaucoup d’ayatollahs ont toujours rejeté cette conception politique du chiisme contraire à leur grande tradition. En effet, la tendance en Iran a plutôt été d’étatiser le religieux que d’islamiser le politique.

Le Hezbollah libanais adhère pleinement dès l’origine aux thèses de Khomeiny . La finalité est d’étendre la révolution islamique iranienne à l’ensemble de l’Oumma , de créer une République islamique au Liban.

Dans les années 80 , un projet chiite de constitution libanaise d’inspiration iranienne plaçait Khomeiny à la tête de l’Etat au nom de la théorie du wilayat el faqih. Khomeyni, en tant qu’Imam, Guide- Faqih– est représentant de Dieu sur terre. Le chef religieux des chiites libanais recevait une délégation de pouvoir du Guide de la révolution iranienne, et, à ce titre avait le droit d’agréer les candidats à la Présidence, de destituer le Président ou le Premier Ministre, de dissoudre le Parlement- le majlis al choura-, de nommer le commandant en chef des armées… .et cela dans le cadre d’un système judiciaire devenu islamique []. A cette époque où l’on croyait tout possible chez les chiites, ce fut le cheikh Mohamed Medhi Chamseddine, chef de la communauté chiite, qui reçut le titre théorique de vice-président de la République islamique en germe, à savoir, le représentant de l’Imam Khomeiny.

Durant la guerre – 1975-90 -, ce programme islamiste reçut un début d’application dans les régions sous contrôle chiite, comme Baalbek dans la Bekaa, la région de Tyr…

Après la mort de Khomeiny et la fin de la guerre civile libanaise, les espoirs retombent, les dissensions peuvent apparaître au grand jour. Si certains oulémas chiites reconnaissent le successeur, à savoir l’ayatollah Khamenei, de nombreux autres remettent en cause cette allégeance . Cette contestation est menée entre autres par les ayatollahs Mountaziri en Iran même, Sistani en Irak et Mohammed Hussein Fadlallah au Liban. Il n’empêche que l’essentiel du mouvement Hezbollah reconnaît Khamenei comme le Walih el-faqih []. Les liens ancestraux avec l’Iran avaient été renforcés à l’époque de Sadr.

Cette ambition islamiste du Hezbollah est actuellement apparemment en sommeil, voire certainement abandonnée, [] ce qui se comprend aisément, nous ne sommes plus dans le contexte de guerre civile libanaise –1975-90- où tout semblait possible, et, par ailleurs, le modèle-centre, l’Iran, est en difficulté sur ce registre. Par ailleurs, une évolution générale de tous les mouvements islamistes, qu’ils soient sunnites ou chiites, se dessine depuis une dizaine d’années : face à l’impasse dans laquelle se trouvent tous ces mouvements qui ont tenté la conquête du pouvoir -soit par les urnes soit par la force-, chacun oublie ses rêves premiers , se banalise en acceptant le cadre des Etats-nations et leur jeu politique. L’horizon de l’oumma entière cède devant celui des réalités complexes des situations nationales. C’est une évolution que l’on ressent pleinement chez le Hezbollah libanais. Ce denier, auréolé de son prestige de parti national de la résistance face à l’agresseur israélien, accepte d’entrer dans le jeu politique ô combien complexe du Liban. Fort de ses 14 députés (sur 128) et de ses trois postes ministériels, le Hezbollah n’hésite pas pour autant à pratiquer une sorte de double jeu. Partenaire des instances officielles, il se comporte essentiellement comme un Etat dans l’Etat : tout le sud du pays est géré par lui, écoles , hôpitaux, sécurité, récemment le financement de la reconstruction des maisons … . Sur de nombreux points, il se montre bien plus puissant que l’Etat libanais. Occuper le terrain social de proximité a toujours été une tactique employée par les groupes islamistes. S’il n’est pas la seule organisation chiite au Liban, il en est le moteur.

L’allégeance au Guide suprême de la révolution iranienne n’est-elle de nos jours que pure rhétorique ? a t-elle encore un contenu réél, sert-elle les intérêts de l’Iran comme Nation plus que le rêve communautaire chiite transnational ? Les déclarations parfois embarrassées des dirigeants chiites libanais montrent qu’un dogme toujours aussi rigide n’empêche pas une très grande flexibilité tactique. L’exemple des tentatives d’alliance avec des mouvements chrétiens- le général Aoun par exemple-, pourtant ennemis jurés car alliés « de l’impérialisme occidental » contre un pouvoir central détenu trop longtemps à leur goût par les sunnites, est probant.

***

Ce rapide regard sur le Hezbollah libanais nous a permis de rappeler quelques caractéristiques religieuses chiites de ce mouvement et, nous l’espérons de mieux le comprendre, à savoir de nous interroger davantage sur sa nature et sur ses inévitables mutations à l’œuvre sous nos yeux.

Ce grand écart entre l’acceptation du jeu politique national et cette position communautariste chiite internationale est-elle longtemps tenable ? Peut-on longtemps être au gouvernement et refuser le monopole de la force publique à l’armée régulière ? Pour l’heure, le Hezbollah libanais joue sur les deux tableaux, son horizon d’action ne se limite pas au seul territoire libanais. Ceci est une autre problématique qui relève plus de la géopolitique régionale . Quel est le véritable but des Américains dans ce Grand Moyen-Orient, face à l’axe chiite du Liban à certaines régions afghanes, comment l’Iran menacé organise t-il sa défense, quelle configuration libanaise lui convient-elle le mieux ?…sans oublier la question cruciale des Palestiniens….La tension que nous avons pointée chez le Hezbollah trouvera une réponse dans le cadre de ces problématiques. Par ailleurs, si un renouveau national libanais sur des bases non confessionnelles, non communautaires est éminemment souhaitable, les conditions et la volonté en sont-elles réunies ?


Notre propos s’est volontairement limité à quelques éclairages religieux de ce mouvement qualifié de terroriste [] par les uns et de résistant par d’autres.

Article écrit à chaud au lendemain de la guerre dite des Trente Jours, qui opposa, dans l’été 2006 les forces du Hezbollah à l’armée israélienne.

L’illustration provient du site http://images.forum-auto.com/mesima…


[] La secte des Druzes présente au Liban et en Israël remonte à cette époque. Les Druzes sont les descendants de ceux qui crurent que le calife fatimide al-Hâkim était le fameux Imâm caché cher aux chiites

[] Amal est l’acronyme arabe de « bataillons de la résistance libanaise »

[] Décision est alors prise de créer un poste de secrétaire général, chef en titre du mouvement. Poste occupé successivement par Cheikh Soubhi Toufeily puis cheikh Abbas Moussaoui ( 1990-92- tué par un raid d’hélicoptères israéliens-) et enfin par cheikh Hassan Nasrallah, ancien président du comité de sécurité du Hezbollah de la banlieue sud de Beyrouth, quartier chiite

[] Même après le retrait de l’armée israélienne du sud Liban en 2000, le Hezbollah poursuit son combat de libération du territoire national. En effet, si l’ONU considère le retrait comme achevé , une nouvelle contestation se développe autour du secteur dit des fermes de Chebaa ( 25 Km2 pris à l’armée syrienne en 67, revendiqué par le Hezbollah comme libanais et non syrien comme le prétend l’ONU) et de la question des prisonniers libanais en Israël. Plus fondamentalement il y a là non acceptation d’une présence juive sur les lieux saints de Jérusalem

[] Attention de ne pas confondre islamique qui est le qualificatif relatif à l’islam en général et islamiste et islamisme qui relèvent de ce courant politique

[] C’est la même situation de jahiliyyah qu’au temps du Prophète, c’est-à-dire cette époque d’ignorance, de chaos d’avant la révélation, un peu l’image de l’obscurité dissipée par l’arrivée de la lumière

[] Le chiisme fut imposé par la force par la nouvelle dynastie des Séfévides, et cela finit par créer progressivement une fusion entre l’identité perse- ou iranienne-, et le chiisme

[] Même si aucun recensement démographique n’a été réalisé depuis longtemps, le Liban compte encore une forte proportion de chrétiens, ils furent majoritaire, ils ne le sont plus – beaucoup vivent en exil, et leur démographie croit moins vite que celle des musulmans

[] Le Walih el-fakih est élu par un corps électoral de 72 membres iraniens, eux-mêmes élus au suffrage universel par la population iranienne. En théorie, il n’est pas obligatoirement iranien, mais en fait c’est le Guide de la République islamique qui est reconnu par la majorité des chiites comme le Walik depuis février 1979

[] A la place, le Hezbollah se contente de mettre sur pied des structures de sociabilité et de solidarité islamiques dans les régions qu’il contrôle – sud Beyrouth, nord Bekaa et sud Liban- ; c’est tout un réseau d’écoles de dispensaires, de centres sociaux…

[] Dans les années 80, le Hezbollah a participé grandement à la campagne d’enlèvements d’occidentaux. Aujourd’hui, les services occidentaux lui attribuent avec certitude 12 prises d’otages dont celle de Michel Seurat qui mourut en détention. Ne pas oublier non plus l’explosion des camions-suicides le 23 octobre 1983 qui tuèrent 241 marines américains et 24 parachutistes français de la force multinationale. Certes, le Hezbollah n’était pas seul dans la préparation de cet attentat, il y avait également les services syriens, iraniens et Abou jihad de l’Olp

 

1-  La paix est-elle possible en Palestine ? par Jean-Henri CALMON (conférence)     


2- Portraits de Pechkoff (1884-1966) par Francis HURE
    

 
3- Les défis de la bioéthique par Alain Claeys (conférence)
    


4- Le courage du bon sens pour construire l’avenir autrement par Michel GODET
    

 5- Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? par Bernard Pénisson (conférence)    

6-Ces Messieurs de Saint Savin par Frédéric DEBIAIS 

7- La volonté de puissance par  J-Y MEZERETTE 

8- Histoire du café par Jean-Pierre CLEMENT 

9- Eloge de l’individualité par Ph.SOUAl 

10- La Chine pâr J.-P. RAFFARIN et Cl. CHANCEL 

Les défis de la bioéthique Alain Claeys

Synthèse de la présentation donnée le 6 novembre 2009 par Alain Claeys, député-maire de Poitiers, Président de la commission parlementaire en charge du projet de loi prévu pour 2010. Résumé par Stéphanie Avril

 À la veille d’une révision de son cadre législatif, Alain Claeys a tracé un portrait des principes et nouveaux enjeux relatifs à la recherche sur le vivant et à ses applications. 

Apparue en 1947, lors du procès de Nuremberg, la bioéthique renvoie à la protection de l’être humain dans sa dignité et son identité. Depuis 1994, la loi relative au don et à l’utilisation des éléments du corps humain a posé les premiers jalons du droit actuel parmi lesquels figure le principe d’indisponibilité du corps humain, visant à interdire la vente d’organes. C’est en 2004, lors de la première révision de la loi sur le don médical et l’assistance à la procréation, que le terme de bioéthique apparaît pour la première fois en droit français. Dans son acceptation prescriptive, la bioéthique se décline selon trois principes fondamentaux : le droit du chercheur en biologie et en médecine, le droit du patient à disposer librement de son corps, et le droit du corps humain, dont l’intérêt doit prévaloir sur celui de la société et de la science.  

La recherche cellulaire 


La connaissance des cellules, et plus particulièrement celles touchées par les mécanismes de la dégénérescence, constitue un enjeu scientifique majeur. Qu’elle concerne les cellules souches adultes, embryonnaires et aujourd’hui, celles passant du stade adulte au stade embryonnaire, les cellules souches pluripotentes induites (iPS), il convient mieux de parler de recherche médicale plutôt que de recherche fondamentale. L’objectif de cette médecine réparatrice émergente consiste à remplacer des cellules malades, détruites après traitement, par ces nouvelles cellules aux potentialités plus grandes. Autorisé depuis 2002 à partir de cellules surnuméraires, ce domaine de recherche s’opère en France sous le contrôle de l’Agence de Biomédecine, dont le rôle consiste à maintenir ses applications dans un cadre strictement thérapeutique.

  

La procréation médicalement assistée

 


A l’heure actuelle, le recours à la transplantation d’un embryon n’est admis que pour des raisons médicales liées à l’infertilité et uniquement au sein d’un couple hétérosexuel. La procréation médicalement assistée, et en particulier la gestation pour autrui (GPA) fait débat en France tandis qu’elle s’observe déjà dans certains pays frontaliers et au-delà. L’apparition de cette nouvelle pratique place la filiation dans un rapport contractuel et engendre une marchandisation du corps de la femme. D’autre part, le statut de l’embryon puis du nouveau-né est remis en question. À cette instrumentalisation du progrès scientifique, la bioéthique préfère l’adoption, une alternative dont il faut rapidement repenser le processus.

  

Le code génétique

 


Grâce à l’informatique, une révolution biotechnologique est en marche. Ainsi, la recherche sur le génome humain, la thérapie génétique ou encore les neurosciences sont autant de nouveaux champs d’expérimentation. Parmi ses applications, la thérapie génétique permet à présent des diagnostics pré-implantatoires sur l’embryon. En France, trois centres (Clamart-Neker, Strasbourg et Montpellier) sont autorisés à formuler ces diagnostics qui nécessitent un encadrement strict, sous peine de dérives eugénistes. Toutefois, la mise à disposition sur Internet de tests génétiques dont l’objectif premier est marchand, menace le principe de respect de la dignité humaine. En 2006, ce problème a été examiné par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) au niveau des cellules souches et autres lignées cellulaires. En outre, l’encadrement des sentiers de la recherche sur le cerveau est sujet à controverse alors qu’elle sert déjà des fins juridiques outre-atlantique.

  

Écrire a priori une législation adaptée à la recherche publique et caractérisée par un attachement à la notion de gratuité du corps, tels sont les enjeux de la bioéthique ; son rôle devra être déterminant, au regard du basculement des valeurs du qualitatif vers le quantitatif engagé, depuis la prise de conscience du pouvoir démesuré que la science offre aujourd’hui à l’homme, sur son propre devenir.   

 

La paix est-elle possible en Palestine ?

Jean-Henri CALMON     

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 29 Janvier 2009, par Jean-Henri CALMON, Agrégé de l’Université, historien, politologue, président de la Commission d’information de la Centrale de Civaux.

Résumé  

JHC compare le territoire de la Palestine à ceux du Poitou-Charentes et de la Vienne. Il fait un rapide retour sur l’histoire. Les Juifs sont chassés de Palestine en 135 après JC, les Arabes y arrivent au début du Vile siècle. En 1880, la Palestine compte 500 000 Arabes et 35 000 Juifs. Il montre que la création d’un Foyer National Juif (1922) et d’Israël (1948) contrevenait au principe, édicté par la SDN et par l’ONU, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais les souffrances infligées à la communauté juive par les nazis justifiait, aux yeux de l’ONU, la création de l’État hébreu, programmé depuis le début du siècle [en 1948, il y a 1350 000 Arabes et 650 000 Juifs dans la Palestine historique]. Les États arabes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme une injustice, ce qui explique les guerres qui s’ensuivent. Celle des six jours (1967) a des conséquences incalculables : Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-est, le Golan, le Sinaï, sont occupés par Israël (Le Sinaï sera restitué à l’Égypte en 1982) et des colonies juives sont implantées sur ces territoires. Cette colonisation constitue un des problèmes majeurs à résoudre aujourd’hui avec les réfugiés (4 millions dans les pays voisins),les frontières, l’eau, Jérusalem.  

En 1988 Arafat annonce que les Palestiniens acceptent de créer un État conformément aux résolutions antérieures de l’ONU sur les 23 % du territoire qu’on veut bien leur concéder, c’est reconnaître, de facto, l’existence d’Israël. Les accords d’Oslo vont dans ce sens et donnent une date butoir pour y parvenir : 1999. Mais Israël fait tout pour retarder cette échéance :il se retire de Gaza, tout en maintenant l’isolement de ce territoire, isole par la construction d’un mur la Cisjordanie où la colonisation se poursuit et où les vexations et humiliations à l’endroit des Palestiniens se multiplient. Les tergiversations du gouvernement israélien à accepter la création de l’Etat palestinien ont permis au Hamas, mouvement extrémiste qui refuse de reconnaître l’Etat hébreu, de s’implanter en Palestine, et de s’opposer à l’Autorité palestinienne qui souhaitait l’exécution rapide des traités. En 2007, le Hamas prend le pouvoir à Gaza et en chasse les représentants du président palestinien, Mahmoud Abbas. Le Hamas souhaite faire de Gaza une vitrine de son savoir faire mais il faut, pour cela, qu’Israël mette fin au blocus du territoire. Il espère l’obtenir en suspendant les tirs de roquettes et d’obus de mortier sur son voisin et accepte, à cet effet, la trêve négociée par l’Egypte le 19 juin 2008. N’ayant pas obtenu satisfaction, il reprend ses tirs(qui n’avaient pas complètement cessé) avec les conséquences militaires dramatiques auxquelles nous assistons en ce moment même.  

Jh C montre qu’en dépit de la Feuille de route, de la conférence d’Annapolis, la communauté internationale, et d’abord les États – Unis, n’a pas eu le courage de forcer Israël à respecter ses engagements. L’Union européenne qui assure, à plus de 50%, l’aide matérielle au peuple palestinien, a manqué de fermeté à l’égard d’Israël. En revanche, il se félicite des propositions extrêmement novatrices faites en 2002, et renouvelées en 2007 par la Ligue arabe unanime, les 22 États, la composant étant disposés à reconnaître Israël. Il s’étonne du silence médiatique qui entoure cette résolution.  

En conclusion Jh C estime que Barack Obama sera, en matière de politique étrangère, jugé sur sa capacité à régler ce problème qui commande tous les autres au Moyen Orient et dont dépend la paix du monde. Il rappelle que le droit à l’existence, pour Israël, n’est bien sûr, pas négociable.  

PALESTINE : de quoi parle-t-on ? (comparaison territoriale + densité)
PALESTINE = ISRAËL + CISJORDANIE+ GAZA
un territoire légèrement supérieur en superficie à la région Poitou-Charentes (1500 km2 de plus)
ISRAËL = un territoire inférieur de 4740 km² à la région- d = 337
CISJORDANIE = territoire inférieur de plus de 1000 km2 à celui du département de la Vienne – d = 335.
GAZA f un territoire de 360 km2 soit 19 fois plus petit que le département de la Vienne. La densité la plus élevée du monde : 3601 !    

Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? Bernard Pénisson

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 17 novembre 2008, par Bernard Pénisson, agrégé et docteur en histoire, et auditeur de l’IHEDN.

Résumé  

Pourquoi s’intéresser encore à Cari von Clausewitz au XXIe siècle ? Critiqué par les uns comme responsable de la conduite des deux Guerres mondiales, encensé par les autres comme le plus grand théoricien de la guerre, Clausewitz reste-t-il toujours au cœur de la réflexion stratégique ?
Après une brève biographie de Clausewitz (1780-1832), qui s’est heurté à Napoléon en 1806 lors de la campagne d’Iéna, et en 1812 lors de celle de Russie, avant de devenir directeur de l’École de guerre de Berlin, le conférencier retrace les sources d’inspiration du général prussien, qui sont aussi bien Frédéric II et Scharnhorst que Kant et Montesquieu, puis il esquisse le plan et l’objectif du Traité De la guerre ( Vom Kriege).  

Vient alors l’étude fondamentale de la nature de la guerre, cette « étonnante trinité » qui met en relation permanente le peuple, l’armée et l’État. La guerre est aussi le domaine de la friction, du danger, de l’incertitude et du hasard. La guerre, qui est un instrument subordonné de la politique, aurait donc pour but l’anéantissement de l’ennemi, ce qui signifie surtout qu’il faut placer l’adversaire dans l’impossibilité de poursuivre le combat.  

Clausewitz, dont certains font un adepte de l’offensive à outrance, accorde dans son Traité le primat à la défense active, formée de contre-offensives menées contre un ennemi qui vient d’atteindre « le point culminant » de son attaque. Il est aussi un brillant théoricien de la guerre populaire au point d’influencer Mao Zedong. Il a également inspiré les stratèges de la dissuasion nucléaire par son analyse pénétrante de la montée aux extrêmes et sa référence sous-jacente à la notion de guerre absolue. Le premier extrême est constitué par une violence réciproque qui peut devenir sans limites ; le deuxième extrême, c’est la lutte réciproque jusqu’à l’anéantissement de l’adversaire ; le troisième extrême est représenté par l’escalade réciproque des moyens et des volontés. La guerre absolue, qu’il ne faut pas confondre avec la guerre totale, est un concept philosophique qui sert de point de repère à celui qui veut comprendre la guerre.  

Un grand débat agite enfin les commentateurs français de Clausewitz : la guerre absolue, concept d’analyse théorique, peut-elle devenir réelle ? Raymond Aron, l’optimiste répond par la négative ; pour lui, la logique de la politique doit toujours prédominer sur la grammaire de la guerre. Emmanuel Terray, le réaliste, estime que la guerre absolue est possible en échappant au contrôle du pouvoir politique. René Girard, le pessimiste, croit à son inévitabilité, dans la mesure où « la montée aux extrêmes s’impose comme l’unique loi de l’histoire. »  

Le conférencier termine son exposé en citant Jean Guitton : « Si la métaphysique est la part la plus haute de la pensée, c’est la stratégie qui lui correspond dans le domaine de l’agir. » La pensée et la guerre.    

  

 

      

  

 

L’histoire des Indes de Bartolomé de Las Casas par Jean-Pierre CLEMENT
Géopolitique de l’Asie méridionale et orientale par Christian BERNARD (colloque)
Géopolitique de l’Asie méridionale et orientale par Bernard PÉNISSON (colloque)
Géopolitique de l’Asie méridionale et orientale par Claude CHANCEL (colloque)
Géopolitique de l’Asie méridionale et orientale par Eric-Charles PIELBERG (colloque)
J’étais à Austerlitz par Bertrand PÉNISSON (conférence)
La réforme de l’État par Olivier HISSELI (conférence)
Récital de piano, compositeurs romantiques européens par Robert GUILLOUX (conférence)