France

 

article à paraître prochainement

 

Il y a bien désormais un jihad français, non pas au sens d’une volonté de conquête de la France par des groupes se réclamant du jihadisme, mais, compris comme l’existence même sur notre sol, de sympathies pour les causes jihadistes dans le monde, et donc de réseaux issus du territoire français , déterminés à passer à l’action. Existe donc bel et bien un jihadisme endogène.

1- Une nouvelle donne

Les racines du jihad français remontent à 1992 avec un premier départ vers une zone de combat, la Bosnie bien oubliée de nos jours. Puis c’est le même courant religieux rigoriste, la même théologie d’aspiration au règne de Dieu sur terre, qui pousse à l’enchainement des jihads, en lien avec l’Algérie d’abord, puis avec le Proche Orient ensuite, filières irakiennes des années 2000, jusqu’au recrutement de Daesh récemment[1]. L’arrivée fulgurante en 2014 de L’Etat Islamique et du califat va bouleverser la donne du jihadisme européen et français en particulier.

Le changement est d’abord quantitatif : alors que dans les années 2000-2013, le nombre de départs vers un théâtre de jihad ne dépassait pas quelques centaines, soudain, le flux se compte en milliers.

La composition de ces départs est elle aussi complètement bouleversée. Daesh accepte tout le monde, y compris des personnes mentalement dérangées, et ce contrairement aux pratiques un peu plus élitistes d’al Qaïda. Les nouvelles recrues sont plus jeunes, ce sont pour la plupart des adolescents, filles et garçons. Cette présence assez massive de jeunes adolescents est une grande nouveauté, fait qui a choqué, et qui a donc été assez médiatisé : que l’on songe à cette pièce de théâtre « Lettres à Nour » du franco-marocain Rachid Benzine interprétée par Eric Cantonna. Dans l’imaginaire collectif, la vocation de jihadiste était uniquement celle des garçons !

La sociologie des partants est également bousculée, aux côtés de jeunes des cités, se rencontrent de jeunes convertis issus des classes moyennes. Le panel des nouveaux jihadistes est à l’image de la société.

Dans un premier temps, Daesh attire en masse ces jeunes sur le théâtre syrien, puis à partir de 2016, face aux difficultés de passage de la frontière turque, l’E.I. leur demande de rester dans leur pays, et d’être sur place les soldats du califat pour y commettre des attentats.

La découverte depuis 2001 du Homegrown jihadism, le fait que ces jeunes soient Français, de chez nous, va fortement heurter l’opinion publique. Le barbare n’est pas cet étranger venu d’ailleurs, il a été élevé ici, parmi nous ! L’idéologie est déterritorialisée.

Sur environ 5000 Européens partis vers la zone irako-syrienne, la France se trouve en bonne position avec un total depuis 2014 d’environ 1500, hommes et femmes. Depuis 2017 il n’y a plus de départ, non par disparition des intentions, mais par simple impossibilité de s’y rendre. 300 Français ou bi-nationaux sont morts sur place, que sont devenus les autres ? Une partie est de retour, et d’ailleurs ce sont les études de débriefing qui permettent aux sociologues de mieux comprendre le phénomène jihadiste. Certains sont partis rejoindre d’autres zones de jihad, soit au Sinaï, en Libye, voire également en Asie orientale. (Les jihads sahéliens, très spécifiques, en ce qu’ils sont bien souvent une coloration islamique posée sur de vieilles revendications territoriales, attirent peu les candidats européens). Quelques dizaines très certainement errent clandestinement dans les poches désertiques de Syrie Irak. Beaucoup ont été capturés par les armées libératrices, kurdes et irakiennes. Les autorités françaises ne souhaitent pas voir revenir ces « revenants » potentiellement dangereux, et souhaitent qu’ils purgent leur peine sur place. Reste la délicate question des enfants du jihad, plusieurs centaines à qui on a volé leur enfance. A leur retour, ces « lionceaux du califat » sont placés, séparés de leurs mères incarcérées. Les Kurdes de Syrie détiennent dans des camps 900 combattants, 584 femmes jihadistes et 1250 enfants, tous originaires de 44 pays différents. Les autorités kurdes font pression sur les pays d’origine, dont la France, pour leur rapatriement, inquiets d’une menace imminente d’attaque turque. La France, comme bien d’autres pays, est assez frileuse sur ces éventuels rapatriements, mais  début 2019 change d’avis face à un risque d’évasion de ces jihadistes consécutif au repli américain.

2- Le jihadisme des cités, des jeunes désaffiliés : le paradigme du héros négatif.

L’idéal-type du héros négatif défini par le sociologue Farhad Khosrokhavar réalise par la violence les contre-valeurs de la société occidentale dominante. Le jihadisme français et européen au sens large, par la valorisation de la figure de ce nouveau type de héros, installe un contre modèle social, dans lequel se retrouvent et se socialisent les nouveaux volontaires du jihad. L’existence même d’un contre-modèle vient déstabiliser les assises les plus profondes de notre ordre social. C’est le cas très nettement par exemple avec la loi de 2010 qui interdit le port du niqab pour les femmes, non pas au nom de la laïcité-ce qui ne se peut pas, car la liberté d’expression, dont vestimentaire, prime dans l’espace public- mais au nom d’une « conception immatérielle de l’ordre public », en clair, au nom de la protection d’une certaine conception culturelle dominante de la société, qui doit primer sur les libertés individuelles.

L’aspect le plus marquant de ce contre-modèle est certainement le retour du religieux dans un univers qui se croyait durablement sécularisé depuis l’entrée en modernité. Les lois de Dieu (la charia) doivent l’emporter sur la loi des hommes, ce qui implique un rejet de la démocratie, voire du citoyen comme sujet autonome, au profit d’une oumma unifiée mythique.

La violence jihadiste liée à cette conception du religieux vient prendre l’exact contre-pied de la tolérance de nos sociétés au sein desquelles la violence est censée être exclue. Il y a certes un écart parfois important, entre la norme de tolérance instituée comme valeur civilisée, et des réalités ponctuelles de bouffées de violences incontrôlées. Ce qui choque nos sociétés, c’est que ce jihadisme engage le rapport entre soi et l’autre : le jihadiste occidental est souvent de « chez soi » – la deuxième génération née en occident-, mais aussi « l’autre » pour avoir adopté une vision violente du monde. Le jihadisme remet en cause les fondements symboliques du vivre-ensemble en se référant au jihad, c’est-à-dire à une notion relevant de la théologie islamique dans des sociétés occidentales chrétiennes sécularisées[2]

Un autre contre-pied se manifeste dans l’affirmation de rôles distincts entre hommes et femmes, dans le déni de tout acquis du féminisme occidental. A la liberté sexuelle, il oppose une conception toute puritaine des relations comme de la foi. Les plaisirs sexuels pour l’homme sont renvoyés dans un au-delà paradisiaque mérité par l’acceptation de l’attentat suicide.  Cette thématique des Houris, 72 vierges paradisiaques, est au cœur de la stratégie de recrutement de Daesh, elle est entre autres, présente dans les chants religieux (nasheed) émis par la société de production de Daesh, Al-Hayat Media Center, afin de motiver les futurs guerriers dans la « perspective eschatologique d’un paradis orgiaque[3] ». On aurait tort en occident de sous estimer ce puissant levier de recrutement.

Pour de nombreuses femmes parties sur un théâtre de jihad comme la Syrie, la motivation d’un mariage avec un preux chevalier risquant sa vie, le romantisme de la ré-idéalisation de l’homme, prime sur l’adhésion à l’idéal politique d’un islam anti-impérialiste, ou sur la volonté de protéger des musulmans.[4]

Ces candidates et candidats au jihad sont des jeunes désaffiliés qui, de ce fait, expriment un fort sentiment d’indignité. La désaffiliation qui résulte de la dissociation du lien social concerne certes également d’autres catégories sociales, comme le chômeur de longue durée, la mère de famille monoparentale, l’adulte isolé. Le sentiment d’exclusion qui est vécu comme un fait indépassable, provoque une rupture avec toute la société des inclus, non musulmans comme musulmans, et se manifeste par une haine de cette société, du rejet de ses normes, des gardiens de ses normes (rejet de tout uniforme même celui des pompiers !). Dans leur langage ces jeunes disent qu’ils ont la rage !

Dans le même temps, ils cherchent à s’intégrer dans cette contre-culture, à adopter toutes les « valeurs » du héros négatif. Ce basculement est vécu comme une intégration, une valorisation, une libération. La rage libère son énergie dans l’acte jihadiste qui à son tour sacralise la rage. La mue existentielle est ainsi accomplie, le Soi devient pur et l’Autre, impur. L’islamisme radical opère une inversion magique qui transforme le mépris de soi en mépris de l’autre[5]. L’individu trouve enfin sa place dans cette autre société, jusqu’à l’obtention du salut, pour soi et pour les siens, dans la recherche d’une mort violente au nom d’Allah.

Outre les Houris pour les hommes morts au jihad, la deuxième récompense paradisiaque mise en avant par Daesh est cette capacité d’intercession (Chafaa) joué par du martyr le Jour du Jugement dernier, pour les membres de sa famille, et ce, jusqu’à 70 personnes ! Ce genre de croyance populaire, vaguement étayée par quelques hadiths à l’authenticité douteuse, représente un certain risque de voir les familles de jihadistes condamner mollement les actes des leurs.

Très souvent une étape intermédiaire faite de délinquance et de moeurs dépravées, marque l’opposition frontale à cette société haïe. L’idéologie jihadiste apporte la possibilité d’une rédemption salvatrice avec l’attentat suicide, un fast-jihad lui offre une belle opportunité de salut. Ces dimensions religieuses liées au jihadisme sont souvent sous estimées, voire inconnues d’un public français sécularisé.[6]  La violence est bien au coeur du contre modèle de société, elle est co existentielle. Bien entendu, si le jihadisme relève bien de l’islam pluriel, il n’en est heureusement qu’une infime partie.

Dans une telle démarche, que peut bien vouloir dire déradicalisation ? Le héros négatif vit dans le cadre d’un autre paradigme !

3- La nouveauté depuis 2013 d’un jihadisme déconcertant, celui de jeunes issus des classes moyennes.

Ce nouveau flux de jihadistes ne résulte pas d’une évolution soudaine de nos sociétés occidentales, mais d’une rupture dans le jihadisme introduite par le phénomène Daesh. L’Etat Islamique en proclamant le retour du califat se dote d’une énorme force d’attractivité. Une ère nouvelle est censée se lever dans le mythique Sham (Levant), tout comme en 1917 en Russie pour les communistes. Il faut être partie prenante de cette nouvelle utopie. Cette ère nouvelle doit inaugurer la fin des temps. A Dabiq près d’Alep en Syrie, les jihadistes doivent, avec l’aide de Dieu, triompher de tous les ennemis mécréants. Les visions eschatologiques attirent, il faut être du bon côté pour le combat final ! Cette rhétorique apocalyptique est utilisée par Daesh (à la différence d’al Qaïda) certainement plus pour recruter en masse que par conviction. Cette thématique qui était présente dès les origines de l’islam (comme du christianisme d’ailleurs) a été ré activée à notre époque en 1979 lors de la prise de la Mecque par un mouvement mahdiste millénariste (1979 correspond à l’an 1400 du calendrier hégirien). Guillaume Monod dans son travail d’analyse des ingrédients de la radicalisation en prison, constate que le rapport des djihadistes à la religion n’est pas tant théologique ou politique que mythologique, car l’État islamique incarne un mythe qui plonge ses racines aussi bien dans la géopolitique contemporaine que dans l’histoire millénaire de l’islam[7]. L’engagement jihadiste est la conséquence d’une vision du monde que l’on peut qualifier de mythique. La plupart des candidats au jihad, d’origine musulmane ou non, n’ont qu’une piètre connaissance de l’islam.

La radicalisation de ces jeunes issus des classes moyennes, parfois d’origine musulmane, mais le plus souvent récemment convertis, s’opère assez rapidement sur Internet où des recruteurs très habiles savent personnaliser le message lors de discussions et de vidéos de propagande.

Se mêlent, la recherche d’une meilleure vie dans le cadre d’un exotisme romantique et d’une logique de bonne foi naïve d’aide humanitaire. Combattre le Mal qu’incarne Bachar al-Assad et construire l’avenir au sein d’un nouvel Etat qui a la prétention d’englober l’humanité entière.[8]

Pourquoi un tel basculement ? Sont-ce des jeunes déjà radicalisés qui islamisent leur radicalité, parce qu’il n’y a pas à l’heure actuelle d’autres utopies sur « le marché », comme le suggère Olivier Roy ? Dans certains cas certainement, mais il est difficile de généraliser. Ce qui apparaît, c’est que cette génération post croissance économique forte, vit avec le sentiment que son avenir ne sera pas nécessairement meilleur que celui des parents, car l’ascenseur social est en panne. L’inquiétude de toujours des classes moyennes est le risque de déclassement. Selon un conflit générationnel classique, cette jeunesse est plutôt anti soixante huitarde, à la recherche de normes et d’autorité musclés souligne le sociologue Farhad Khosrokhavar. L’autorité est diluée dans la famille recomposée, la logique des droits de l’enfant a créé un pré-adulte. Ces jeunes recherchent un cadre plus net où les frontières du permis et de l’interdit soient plus nettes. Face à cette demande, certains croient trouver une réponse idéale dans la vision manichéenne en noir et blanc des salafistes. S’ajoute à cela parfois, cet engouement d’être l’agent de l’imposition de ces normes au monde, d’inverser le rôle de l’adolescent et de l’adulte, bref, d’être celui qui instaure les normes sacrées et l’impose aux autres sous peine de guerre sainte (Farhad Khosrokhavar).

Au-delà d’une perte territoriale pour des organisations comme al Qaïda ou Daesh, les idéologies demeurent, les modes opératoires de ces nouveaux jihads sont là, prêts à l’emploi, à la portée de qui veut s’en saisir.

On l’aura compris, en occident ou dans les pays musulmans, les jihadistes revenus de leur idéologie constituent davantage l’exception que la règle. Néanmoins, ces exceptions existent. Ainsi concluent deux fins connaisseurs, Romain Caillet et Pierre Puchot, dans leur étude sur le jihad en France.[9]

Christian Bernard


[1] Pour un rappel de l’histoire du jihad français voir le travail de Romain Caillet, Pierre Puchot, le combat vous a été prescrit, une histoire du jihad en France, Stock, 2017, 293 p..

[2] Farhad Khosrokhavar, Le nouveau jihad en occident, Robert Laffont, 586 p., 2018, p.18

Farhad Khosrokhavar, sociologue, Directeur de l’Observatoire de la radicalisation à la Maison des sciences de l’homme, directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales,

[3] Voir sur ce sujet le travail de la sociologue des médias et du genre, Hasna Hussein in Abécédaire du jihadisme post-Daesh, édition Kindle Amazone 2018, ainsi que Myriam Benraad, Jihad : des origines religieuses à l’idéologie, idées reçues sur une notion controversée, édition Le Cavalier Bleu, 203 p,2018, pp.137-143

[4] Farhad Khosrokhavar, Le nouveau jihad en occident, Robert Laffont, 586 p., 2018, p.129

[5] Farhad Khosrokhavar, in Abecedaire du jihadisme post-Daesh, édition Kindle Amazone 2018

[6][6] Sur le théâtre jihadiste africain de Boko Haram, on voit parfois des familles qui offrent leurs petites filles aux jihadistes, soit pour alléger le fardeau familial de nourrir un grand nombre d’enfants –les garçons étant privilégiés-, soit parce qu’elles pensent que les filles mortes en martyres peuvent intercéder en leur faveur dans l’autre monde. Cf Farhad Khosrokhavar, Le nouveau jihad en occident, Robert Laffont, 586 p., 2018, p.182

[7]Guillaume Monod, En prison, paroles de djihadistes, Gallimard, 2018.

[8] Farhad Khosrokhavar, in Abecedaire du jihadisme post-Daesh, édition Kindle Amazone 2018

[9] Romain Caillet, Pierre Puchot, le combat vous a été prescrit, une histoire du jihad en France, Stock,2017, 293p

 

Régulièrement la France est touchée par des actions terroristes menées de plus en plus par des personnes seules, issues du pays, et non plus par des commandos organisés venus de l’extérieur. En rester à cette seule expression de terrorisme, sans le qualifier d’islamiste, ne permet pas de le distinguer de n’importe quelle autre origine terroriste potentielle, corse, basque, d’extrême droite ou d’extrême gauche…, mal nommer, c’est mal comprendre. Or il y a bien une nature islamique- c’est-à-dire musulmane-du phénomène. Le déni peut venir, à la fois d’instances qui craignent de relancer l’amalgame avec les musulmans en général, ou bien de la majorité musulmane elle-même, qui refuse de considérer ces terroristes comme musulmans. Face à cette protestation not in my name , Abdennour Bidar, philosophe français, musulman soufi, dans sa lettre ouverte au monde musulman, s’élève contre ce déni : Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre…

Pour tenter de comprendre ce phénomène de jihad et d’idéologie jihadiste actuelle, il est indispensable d’en comprendre les logiques religieuses internes et de rappeler comment, au fil des siècles, la notion de jihad a pu évoluer, au point d’enfanter de nos jours de telles horreurs.

1ere partie : Le jihadisme actuel est l’une des trois formes de radicalisation de l’islam sunnite.

Trois formes de radicalisation sont actuellement présentes dans l’univers du sunnisme : l’islamisme, le salafisme et donc le jihadisme. Ce sont trois postures différentes, très hostiles entre elles, mais du fait de leur caractère non monolithique, leurs frontières sont poreuses au point de permettre des passerelles, des emprunts. Le jihadisme actuel doit beaucoup aux deux autres courants.

  1. Un certain discours commun

Les trois partagent globalement le même constat et le même rêve d’avenir. Seuls diffèrent les moyens envisagés et les étapes intermédiaires pour atteindre un objectif semblable..

Le constat est celui d’un grand malaise dans le monde musulman qui se sent déclassé, traumatisé, depuis la fin du califat ottoman en 1924, par la fragmentation de l’Umma en Etats parfois hostiles entre eux, dirigés par des gouvernements qui n’appliquent pas véritablement la charia…bref, de la faute et des dirigeants « musulmans » et d’une contamination avec l’occident perçu comme matérialiste, un monde musulman plongé dans une sorte d’état d’ignorance, d’obscurantisme, tel qu’imaginé avant la révélation faite au prophète Muhammad. Cet état est celui de la jahiliyya, le temps de la mécréance, donc du chaos.

Les trois courants qui veulent mettre fin à cet état rêvent d’un monde où l’islam triomphera, non seulement dans l’espace musulman lui-même, mais aussi sur toute la surface de la terre. Pour cette religion à visée universaliste qu’est l’islam, l’objectif final est la souveraineté de Dieu (la charia, la loi divine) sur le monde, et non la conversion systématique de tous les hommes[1].

Par contre la mise en œuvre de ce schéma général se fait à partir de postures différentes, voire concurrentes et hostiles entre elles.

2- Ces trois courants diffèrent par leur nature et leur époque d’apparition.

  • L’islamisme est de nature politique ; Il s’agit d’arriver au pouvoir, soit par les élections, soit par la force, de manière à ré-islamiser les pays musulmans « par le haut ». Notons ce paradoxe d’un mouvement qui accepte le jeu démocratique, donc la loi des hommes, la souveraineté humaine, avec pour objectif d’imposer la loi de Dieu !

Ce courant politique qui prône un islam idéologique englobant, une lecture politique du Coran, est né au XXe siècle avec Maududi au Pakistan et al Banna en Egypte qui lance en 1928 le mouvement des Frères Musulmans[2]. Globalement le courant islamiste est de nos jours en perte de vitesse, il a échoué dans de nombreux pays. En Algérie l’arrêt du processus électoral en 1992 qui devait aboutir au succès du parti islamiste le FIS [front Islamique de Salut] poussera ses partisans à la lutte armée, en Egypte les Frères Musulmans qui gagnèrent les élections avec la présidence de Morsi, ont été éliminés par le coup d’Etat du maréchal al Sissi. Les islamistes ne se maintiennent qu’en Turquie et d’une certaine manière en Tunisie après avoir beaucoup évolué en tirant les leçons de l’échec égyptien[3].

  • Le courant salafiste actuel, qui se développe en France de manière continue depuis les années 90, plonge ses racines dans le lointain du Moyen âge, plus précisément dans l’empire musulman abbasside. Comme son nom l’indique, il s’agit de retrouver la pureté de l’islam des origines en se référant aux pratiques des pieux ancêtres – les salaf-, c’est-à-dire, les trois premières générations de musulmans.

Il est important, pour la compréhension du salafisme et de l’avenir possible de l’islam, de comprendre dans quel contexte il prit naissance. Tout se joue au IXe siècle au sein de l’empire abbasside, soit deux siècles après la révélation. La question clef est alors de savoir comment on peut interpréter le Coran, texte polysémique comme tout grand texte religieux fondateur d’ailleurs. Les tenants de l’usage de la philosophie, (confrontation avec une science grecque, païenne) donc d’une certaine rationalité – les Mutazilites[4]– ont perdu la partie face aux tenants d’un autre univers de sens, les futurs salafi. Pour ces derniers, dont Ibn Hanbal (780-855), le Coran, texte sacré par excellence, doit être lu d’une manière littérale, et interprété seulement à la lumière des faits, gestes et paroles, du Prophète lui-même et de ses compagnons ainsi que des premiers « continuateurs », matériaux rassemblés dans des collections de milliers de Hadiths qui constituent globalement la Sunna –la Tradition. Le salafisme, comme courant théologique, est la science du hadith, la théologie de la tradition. C’est un islam figé dans un univers sacralisé des origines, univers bien entendu reconstruit.

Le salafisme ne doit pas non plus être confondu avec la Salafiyya, une volonté moderniste réformatrice du XIXe siècle : époque de la Nahda (renaissance), face à la montée de l’occident.

 L’une des options de l’époque, portée par exemple par le penseur Mohammed Abduh (1849-1905), consistait non pas de vouloir imiter servilement l’occident matérialiste, mais à revenir aux temps premiers de l’islam, à retrouver la dynamique des origines par l’usage de la raison : s’inspirer des salaf non à lettre mais en esprit. Hélas, ce réformisme progressiste fut trahi par son meilleur disciple, Rachid Rida (1865-1935). Ce dernier mit fin d’une certaine manière à cette salafiyya au profit d’un souci de retour aux origines très conservateur, manifesté par un soutien sans réserve à la fin de sa vie, au wahhabisme triomphant dans le nouvel Etat d’Arabie saoudite (1932).

Ce virage inauguré par Rachid Rida à la fin des années 20 va être qualifié de salafiste, néologisme créé par les grands orientalistes français, notamment Henri Laoust.

Le wahhabisme, doctrine officielle de l’Arabie saoudite, apparue fin XVIIIe siècle, peut être considéré comme un salafisme, et, c’est précisément la puissance rayonnante de ce pays, grâce à la manne pétrolière depuis 1973, qui relança le salafisme dans le monde.

Le salafisme ne doit pas être confondu avec la tradition, cette dernière est incarnée par ce qu’on appelle l’islam impérial, un islam tranquille instauré au cours de siècles par les empires musulmans qui eurent à gérer le pluralisme des cultures. Cet islam de la tradition était encore celui des premières générations de migrants en Europe, un islam très critiqué par les jeunes générations actuelles adeptes du salafisme. Le retour aux sources, certes sources plus fantasmées que réelles est tout le contraire de la tradition.

Traditionnellement, le salafisme est quiétiste, il ne s’intéresse pas au registre politique, il souhaite simplement vivre sa foi d’une manière pure en deçà de toutes les innovations postérieures (bida) condamnables. C’est bien souvent un islam comportemental (vêtements par exemple) et replié sur lui-même. C’est une islamisation « par le bas » par la prédication (da’wa) et l’éducation (tarbiya).

Le jihadisme emprunte aux deux autres postures de radicalisation, mais diverge sur les méthodes. Ici, l’islam souhaité ne peut s’imposer que par la violence physique, le jihad.

Le penseur de la violence actuelle vient des rangs de l’islamisme, et plus précisément du mouvement des Frères Musulmans, Sayyid Qutb 1906-1966 (exécuté par pendaison dans l’Egypte de Nasser). Il souhaite lancer un jihad intégral contre le monde impie, musulman et occidental, afin de rétablir la souveraineté divine et aboutir à un État Islamique qui appliquera la charia. La violence est le seul moyen pour « libérer » les vrais croyants musulmans du matérialisme occidental. Tous les groupes jihadistes à partir des années 60 et 70 vont adopter ces idées. Sayyid Qutb prône ainsi un jihad de « restauration » : restaurer la pureté originelle de l’islam par la violence !

3- Le jihadisme emprunte de nombreux aspects au salafisme, les deux courants partagent :

–  Le même corpus scripturaire : ils puisent leurs justifications aux mêmes collections de hadiths, ce qui créé une vive inquiétude en Arabie où le jeune prince Salman vient de créer une commission de révision de ce corpus.

–  Une même lecture fondamentaliste des textes.

 – Un même comportement de rupture illustré par la formule bien connue Al wala wa al bara [allégeance et rupture] : vivre avec ceux qui vous ressemblent, se séparer de tous les autres, musulmans ou non. Si pour la plupart des salafistes cette séparation induit seulement du communautarisme, voire un souhait d’Hijra[5] (exode en pays musulman, l’Egypte par exemple), chez les jihadistes, ce souci de séparation peut aller jusqu’à légitimer l’assassinat, manière des plus radicales de se séparer !

– Une même proclamation de la souveraineté de Dieu versus souveraineté du peuple. La démocratie est considérée comme de l’associationnisme.

Les emprunts sont tels que l’on parle parfois de salafisme-jihadisme pour qualifier l’actuel mouvement de violence, suggérant ainsi que le salafisme est le sas d’entrée dans la violence. Cela se vérifie parfois mais n’est pas systématique. A celles et ceux qui souhaitent interdire le salafisme pour mieux lutter contre le jihadisme, il faut rappeler d’une part, que la République française laïque « respecte toutes les croyances », que seuls les actes délictuels sont condamnables, pas les idées ou croyances, et d’autre part, que l’immense majorité des salafistes est quiétiste, totalement hostile à la violence prônée par les jihadistes.

 

Islamisme, salafisme et jihadisme ont été évoqués ici comme postures distinctes, à la fois en compétition, mais aussi avec de fortes porosités entre elles, permises par leur pluralisme interne. Non seulement l’islam est globalement pluriel, mais chaque branche, chaque courant l’est également. Nous sommes dans l’humain, nous sommes dans le mouvant. Ce sera plus loin l’objet de notre troisième point de réflexion, s’interroger sur les évolutions qui ont conduit à ces violences inouïes menées ces dernières années par l’Etat Islamique.

Christian Bernard

 


[1] Romain Caillet, Pierre Puchot, Le combat vous a été prescrit, une histoire du jihad en France, Stock, 298 p, 2017. Les auteurs rappellent (p.41) que les Gens du Livre, Juifs et chrétiens peuvent conserver leur religion en devenant dhimmis. A ce titre ils bénéficieront d’une protection moyennant le paiement d’une taxe, la jizya

[2] Dans l’islam chiite, le grand innovateur en la matière est l’ayatollah Khomeiny en 1979.

[3] C’est ce qu’annonce depuis longtemps Olivier Roy : cf son livre de 1992 : l’échec de l’Islam politique, Seuil, 1992, 252 p. par la suite, avec les attentats commis par al Qaïda, cette affirmation a été beaucoup critiquée. Cela relève d’une incompréhension due à un mauvais usage du vocabulaire, en effet, bien souvent le terme islamisme est pris comme expression générique englobant les trois formes de radicalisation que nous analysons. Mal nommer c’est mal comprendre. L’islamisme est une posture politique, et à ce titre ne doit pas être confondu avec les deux autres formes.

[4] Le Mutazilisme fut la doctrine officielle du califat abbasside entre 813 et 847. Paradoxalement, cet islam de la raison se montra intolérant à l’égard des autres courants (la raison n’est pas toujours raisonnable !) et ainsi échoua. Ceci est dramatique pour ceux qui espèrent une réforme de l’islam où précisément la raison aurait son mot à dire dans l’interprétation des textes.

[5] L’Hijra est l’imitation de la geste du Prophète qui s’exile de la Mecque à Médine en 622 (an 1 du calendrier musulman calendrier hégirien). L’Etat Islamique dans sa revue « Dabiq » a souvent appelé les musulmans du monde entier à pratiquer l’hijra, bien entendu en direction de l’E.I.

 

Allah est-il arabe ? Est-il permis de choisir librement sa religion ou tout simplement de la quitter ? Le vert est-il la couleur de l’islam ? Le soufisme est-il une secte ? Peut-on traduire le Coran ? Une femme peut-elle devenir imam ? Le minaret, le hijâb, le tapis de prière, le croissant…sont-ils des éléments intangibles du rite musulman ? Faut-il vivre en tout point comme le Prophète pour être un « bon musulman » ?

Cet essai est une réponse aux idées reçues sur l’islam. Celles qui sévissent chez les non-musulmans, mais souvent aussi chez les musulmans eux-mêmes, produisant parfois des aberrations et des violences auxquelles nous assistons, désarmés, sans en comprendre les raisons.

Il est réducteur de penser que tout, dans la vie d'un musulman, s'explique par l'islam. Tareq Oubrou s'emploie ici à faire la part des choses entre le cultuel et le culturel, entre ce que disent les textes et ce qui relève des traditions. Soucieux d'en finir avec la sclérose qui paralyse la pensée musulmane, il propose de renouer avec l'esprit de l'islam, en rappelant le contexte historique dans lequel est née cette religion. Son livre, en balayant une fois pour toutes l'idée selon laquelle l'islam serait par essence incompatible avec la modernité, la démocratie, l'égalité hommes-femmes et les valeurs de la république, nous ouvre des perspectives concrètes pour améliorer le vivre-ensemble aujourd'hui.

Texte de quatrième de couverture du livre.

Né en 1959 au Maroc, Tareq Oubrou est grand imam de Bordeaux et recteur de la Grande Mosquée de Bordeaux. Il est engagé de longue date dans le dialogue interreligieux, notamment islamo-chrétien.

Un livre à lire et à faire lire de manière très utile dans le contexte actuel de grande ignorance des faits religieux et de risque d'amalgames.

 

Christian BERNARD

 

Face aux actes terroristes de janvier 2015, face au nombre grandissant de départs vers le jihad syrien, face aux perturbations dans les écoles lors de la minute de silence, face à un risque de dévoiement par le Front National, la question de la laïcité revient au premier plan des préoccupations de l’Etat français.

S’il y a quasi unanimité pour dire haut et fort que la laïcité est un des piliers de notre République, une « valeur » essentielle, le seul cadre possible pour assurer le vivre ensemble, il n’est pas certain que chacun envisage le même contenu derrière ce mot vitrine de laïcité. Le terme lui-même n’a pas de définition juridique, il ne figure même pas dans les lois dites de laïcité, il est cependant légitime de tenter un essai de définition, du moins d’envisager les champs qu’il investit.

1- Au sens large : la laïcité est une philosophie politique érigée en idéal, en valeur de la République .

Depuis le Moyen –âge, l’occident chrétien connaît le mot laïcus pour désigner celui qui, parmi le « peuple chrétien » n’appartient pas à l’ordre des clercs, qui n’est ni prêtre ni moine. Les monastères jadis connaissaient des frères lais (ou convers) et des sœurs laies. Cette origine a donné en français actuel le mot laïc par opposition au monde ecclésiastique, aux clercs.  Laïc demeure donc dans la sphère du religieux, et ne saurait être à l’origine du mot et de la notion de laïcité.

Il convient donc de rechercher une autre étymologie, de remonter au grec. Ferdinand Buisson, Directeur de l’Enseignement Primaire lors des lois de Jules Ferry, écrit en 1878 dans son « Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire », « ce mot est nouveau, et, quoique correctement formé, il n’est pas encore d’un usage général. Cependant, ce néologisme est nécessaire.. ». En effet, le mot est très récent lorsque Ferdinand Buisson écrit, sa première apparition semble se situer dans l’édition du 11 novembre 1871 du journal la Patrie à propos de l’enseignement dans le département de la Seine. La nouveauté lexicale a été immédiatement relevée par Littré.

Laïcité, un mot correctement formé aux dires de F. Buisson. En effet, c’est le grec laos, le peuple,  qui est ici convoqué pour forger ce néologisme. : La-ikos (La de laos, peuple, et ikos, à propos de). Or, en grec, trois mots existent pour dire le peuple, ethnos, demos et laos, alors pourquoi avoir choisi laos ? Le demos, par exemple tel qu’il était dans l’Athènes antique, ce n’était qu’une petite partie de la population, celle qui avait le pouvoir politique et qui excluait de fait les femmes, les étrangers, les métèques, les esclaves.., l’ethnos c’est le peuple au sens de l’ethnie, le groupe humain qui se reconnaît dans un certain nombre de caractéristiques culturelles (langue, mode de vie..) et parfois physiques. Le laos lui, comprend l’ensemble d’une population sans distinction interne, sans sous-groupes, le mot laos vise l’indivisibilité, la non discrimination, et donc ce qui est commun à tous les membres d’une population qui vit sur un espace donné. Cette population globale peut comprendre plusieurs ethnies, d’où l’impérieuse nécessité de références communes[1]. Le demos, qui a donné le mot démocratie, n’a pas toujours correspondu au laos, loin de là le plus souvent. En ce sens, la laïcité se doit justement de faire se confondre le plus possible laos et demos[2].

Ainsi, cette origine conceptuelle à partir du laos, souligne t-elle une laïcité comme idéal de vivre ensemble où personne ne doit être stigmatisé par son particularisme, qu’il soit religieux, ethnique, social ou autre. Pour le dire plus simplement : la laïcité est l’affirmation universaliste que l’on est d’abord un être humain et un citoyen avant d’être quoi que ce soit d’autre [3]. Cette conception de la laïcité est un idéal d’émancipation, elle vise à une sortie de la dépendance, que cette dernière soit de nature religieuse, intellectuelle, économique, sexiste…C’est un travail d’arrachement !

Le philosophe Abdennour Bidar parle à ce propos d’une laïcité existentielle, voire existentialiste,[4] d’un fondement philosophique de la laïcité bien en amont de la célèbre loi de 1905, qui de fait se trouve minorée[5]. « Le principe de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 me semble relever d’une conception beaucoup plus profonde, et plus large, qu’on ne le  conçoit habituellement. Je pense notamment en disant cela, à ce qu’expliquait Jean Jaurès dans le journal L’Humanité du 2 août 1904 : Laïcité et démocratie sont identiques écrivait-il, ou indivisibles, parce que la séparation laïque du religieux et du politique est en réalité consubstantielle à une démocratie qui fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, patrie, propriété, souveraineté. [6]»

Une abondante littérature existe sur les sources de ce fondement philosophique. La philosophe Catherine Kintzler, en réponse à la question qu’est ce que la laïcité ?, renvoie à deux textes fondateurs, de l’anglais John Locke et du français Condorcet. Le lecteur s’étonnera peut-être que l’un et l’autre soient antérieurs à l’apparition du terme laïcité : c’est que ces textes sont fondateurs non pas au sens d’une origine, mais au sens d’un commencement dans la pensée [7].

Ainsi perçue, cette sorte de philosophie politique ne concerne pas le seul domaine de la religion. Certes, la fameuse formule de Gambetta : Le cléricalisme ? voilà l’ennemi ! visait bel et bien le cléricalisme au sein de l’Eglise catholique qui cherchait à imposer sa vision  aux instances politiques françaises, à refuser le droit civil au nom du seul droit d’origine divine. Si cette époque est révolue comme en témoigne la lettre aux catholiques de France, proposer la foi dans la société actuelle, 1996 : «  on pourra dire que l’opposition entre une tradition catholique, contre-révolutionnaire et conservatrice, et une tradition républicaine, anticléricale et progressiste, est presque totalement révolue », d’autres cléricalismes, toujours à l’œuvre, justifient la poursuite de ce mouvement d’émancipation. Pensons aux sciences du vivant, à l’économie, à la communication, autant de domaines où  des experts sollicitent l’adhésion que l’on doit au savoir :  c’est à des comités d’experts sans réelle responsabilité ni légitimité que se trouve souvent dévolue la décision politique [8].  L’émergence de nouveaux cléricalismes…impose l’ouverture de nouveaux chantiers .

De ce  long détour par l’étymologie grecque, nous retenons qu’une approche large de la laïcité concerne l’autonomie du sujet, et ce, pas exclusivement à l’égard du religieux.

2- Au sens strict, la laïcité est une construction politico-juridique reconnue par la Constitution.

C’est une complexité juridique largement méconnue du plus grand nombre, qui relève non seulement du niveau national (lois, décrets, circulaires, jurisprudence) mais aussi, et de plus en plus, du niveau européen (jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme).

Cette deuxième approche de la laïcité nous est fournie par les lois et la jurisprudence qui organisent cette laïcité depuis le XIXe siècle, en rupture avec le système d’Ancien Régime. Nous avons connu trois étapes majeures de ruptures : sous la Révolution, dans les années 1880 avec l’Ecole de Jules Ferry et, en 1905 avec la célèbre loi dite de séparation. Depuis une génération, avec une visibilité de plus en plus grande de l’islam en France, on peut se demander si nous ne sommes pas entrés dans une quatrième phase de rupture ?

Revenons brièvement sur chacune de ces césures majeures :

La Révolution française a connu toutes sortes d’expériences, dont la laïcité en 1795, mais dans la douleur, dans le chaos parfois. Elle a tout de même jeté les bases de notre  futur système démocratique et laïque.

Le moment Jules Ferry, avec entre autres, la loi de mars 1882 sur l’enseignement primaire, et la célèbre Circulaire du 27 nov. 1883 [lettre aux instituteurs], distingue l’instruction religieuse, qui  appartient à la famille et à l’Église, de l’instruction morale qui se pratique à l’écoleLe législateur fait remarquer F. Buisson, n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Une morale issue d’une religion, comme tout ce qui est singulier, qui n’appartient qu’à un groupe, ne peut prétendre s’imposer à tous.

La loi de 1905 pose en premier (art.1) la liberté de conscience (à savoir le droit d’avoir une religion, d’en changer, le droit d’avoir n’importe quelle conviction, religieuse ou non…l’individu est libre de son choix de conscience). Ensuite, et ensuite seulement, vient l’article 2 sur la « séparation » . Les deux premiers articles qui constituent l’essentiel de la loi doivent être relus dans leur enchaînement logique. Il est important de rappeler cette évidence élémentaire, mais trop souvent oubliée, que ces articles 1 et 2 ont une raison d’être dans cet ordre : la non reconnaissance des cultes –et non la séparation, mot absent du texte mais qui donne son titre à la loi- citée dans l’article 2, se conçoit comme la conséquence logique de l’article 1 qui « assure la liberté de conscience ». Citons Jean-Pierre Dubois, juriste et Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) : « La lecture de l’enchaînement logique des deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905 suffit à renseigner sur le contenu pluraliste du contrat social laïque ainsi mis en forme. C’est pour assurer la liberté de conscience mais aussi pour garantir -sous la seule réserve de l’ordre public- la liberté des cultes, et pour que ces libertés vaillent également pour tous, qu’est affirmée la séparation entre ce qui relève de l’Etat, du politique, et ce qui relève des communautés religieuses[9].

Cette deuxième approche de la laïcité, approche juridique, nous mène vers une définition largement admise par l’ensemble des Français, qui consiste à instituer la neutralité de l’Etat, à savoir «  une extériorisation de l’État vis-à-vis de toute conception religieuse du monde. » selon une formule de Philippe Portier, actuel titulaire de la chaire laïcité à l’EPHE.

Telle est bien l’ambiguïté de la laïcité française, elle fait appel, selon le cas ou le moment à l’un ou l’autre de ces registres.

–         La conception philosophique est extrêmement large, elle correspond aux propos tenus par Jean Jaurès dans son célèbre discours de Castres du 30 juillet 1904[10] : « Démocratie et laïcité sont deux termes identiques ». Cette perception nous dirige vers un processus de démocratisation et donc de laïcisation, toujours à construire, à poursuivre. Certains aspects comme l’égalité des sexes, l’égalité filles garçons[11], impensables lors du gouvernement Jules Ferry, sont devenus très sensibles de nos jours avec l’évolution de la société. Elle vise l’émancipation de l’individu. C’est une éthique de la libération appuyée sur une morale de responsabilité…vers un monde où chacun dispose de toutes ses chances d’accomplissement, précise le philosophe Henri Peña-Ruiz .

–         L’incarnation juridique de certains aspects de cette philosophie politique. La loi de 1905 pose le principe de liberté d’expression religieuse comme principe premier, comme régime général, et ensuite le retrait de la puissance publique (séparation Etat /Eglises) avec son devoir de neutralité[12]. Il est de la responsabilité du législateur d’étendre ou non cette neutralité, réservée en principe aux seuls services publics.

Tous les débats actuels sur la laïcité en France reposent sur une double confusion. Une confusion entre la laïcité comme cadre juridique de la neutralité de l’Etat, et la laïcité comme idéologie, voire philosophie générale de l’émancipation de l’humanité. Une confusion entre l’époque de la loi de 1905 et la nôtre[13].

A partir de cette double perception de la laïcité française, nous pouvons proposer deux définitions, qui se recoupent grandement, c’est heureux !

La laïcité se définit ainsi, selon un philosophe et un historien/sociologue.

   

Philosophie :  Henri Peña-Ruiz

Histoire/sociologie Jean Baubérot

par la conjonction de trois principes

par l'articulation de quatre principes

1- la liberté de conscience

1-la garantie de la liberté de conscience

2- l'égalité de droits des citoyens, sans distinction de conviction

2- l’égalité et la non discrimination

3- l'universalité de l'action de la sphère publique, dévolue au seul intérêt général.

3- la séparation du politique et du religieux

 

4- la neutralité de l'Etat à l'égard des diverses croyances

 

Les deux définitions posent bien en premier, la liberté de conscience et l’égalité des citoyens, quelque soient leurs convictions. La République n’a pas à prendre en compte les convictions particulières. Deux singularités sont néanmoins à remarquer dans ces définitions.

  • Chez Henri Peña-Ruiz, l'État républicain ne doit se soucier que de ce qui est commun à tous les citoyens, et ne saurait privilégier une partie d'entre eux, que cette partie soit du religieux, c’est le cas le plus fréquent lorsque l’on évoque la laïcité, mais cet intérêt général peut également concerner dans l’absolu d’autres domaines, comme l’économique, l’idéologique etc.

* Pour Jean Baubérot, les deux premiers principes sont de l'ordre des visées, alors que les deux derniers sont de l'ordre des moyens. La séparation signifie que l'Etat est libre d'élaborer ses règles et normes hors croyances religieuses, et ce, dans l'interêt général, la neutralité étant l'impartialité du pouvoir politique à l'égard de n'importe quelle conviction, religieuse ou non. Cette neutralité n'implique pas que l'Etat soit sans valeur (il s'agit des Droits de l'Homme, de la démocratie, du respect d'autrui, de la diversité, de la tolérance..). L'Etat doit représenter la totalité du laos. L'Etat renonce à toute compétence religieuse, théologique, il n'a pas à dire qui est orthodoxe ou non, qui est hérétique ou non, qui est modéré ou non ! Si l'Etat ne reconnaît plus les religions (ausens de la fin de l'existence des cultes reconnu), non seulement il ne les ignore pas, il ne les méconnaît pas, mais il doit garantir leur libre exercice. Cette approche est interessante car elle sépare bien les intentions, visées par la laïcité, des moyens mis en oeuvre pour y parvenir.

Or, nombreux sont nos contemporains, juristes en tête, qui restreignent la laïcité à la  seule neutralité de l’Etat. Cette posture classique qui hypertrophie les moyens (séparation et neutralité), risque, nous dit Jean Baubérot,  de transformer subrepticement la finalité de la liberté de conscience pour tous en une émancipation (plus ou moins obligatoire) à l’égard de la religion, et de confondre ainsi laïcité et sécularisation, alors que la laïcité constitue, encore plus aujourd’hui qu’hier peut-être, la gouvernance politique d’individus ayant des rapports très divers avec la sécularisation [14].

La sécularisation est le mouvement d’une société qui s’éloigne progressivement des normes religieuses, pour élaborer son propre droit positif, alors que la laïcisation est un acte politique volontaire, qui décide de la séparation ou neutralité de la sphère publique.

La posture inverse existe également, elle consiste à ne voir dans la laïcité que la seule liberté de conscience, liberté d’exercer sa religion, et somme toute, liberté d’exprimer sa différence. Cette attitude tend à minimiser les moyens (séparation et neutralité) garants de la liberté pour tous, y compris par ceux qui n’ont pas de conviction religieuse.

 

Il nous semble indispensable d’avoir une bonne intelligence des quatre principes qui font laïcité en respectant leur nature d’objectifs et de moyens, sachant qu’ils s’originent non seulement dans du juridique, mais aussi dans ce que nous avons appelé une philosophie politique. Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN le disent de la manière suivante :  Parce que la laïcité renvoie toujours à la fois à un programme politique et à un régime juridique, il s’agit d’une notion propice aux approximations et glissements de sens[15] .

On l’aura compris, la laïcité n’est pas une idéologie, c’est une construction historique pragmatique, qui de tout temps a accepté des exceptions, il convient, afin de bien la comprendre, de ne pas en avoir une approche essentialisante[16].

Enfin, est-il encore besoin de rappeler que la laïcité n’est pas contre les religions, elle n’est pas en elle-même une religion, ni une option spirituelle parmi d’autres[17], elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait comme aime à juste titre le rappeler  Régis Debray.

La laïcité est le mode de fonctionnement choisi par la République pour assurer le vivre ensemble des citoyens:

  • Divers quant à leurs opinions et croyances.
  • Diversement concernés par la sécularisation.

3- Au sens diffus, la laïcité relève également d’autres représentations que les deux conceptions que nous venons d’analyser.

 En effet, des conceptions différentes de celle qui l’a emporté lors des débats parlementaires de 1905, n’ont jamais vraiment disparu de la scène française, elles se retrouvent encore de nos jours, plus ou moins actives, plus ou moins partagées par certains groupes sociaux et responsables politiques, à tel point, que certaines décisions législatives récentes en dépendent. Le travail d’analyse sociologique de ces « autres laïcités » a été réalisé par Jean Baubérot dans un petit ouvrage intitulé les 7 laïcités françaises[18]. Il est essentiel pour comprendre les réactions diverses de nos contemporains, de bien connaître ces autres interprétations de la laïcité. « Tant que la laïcité française sera essentialisée en un modèle unique, le malaise s’accentuera. La croyance en une laïcité française une et indivisible ne permet pas de comprendre le glissement actuel de gauche à droite (voire à l’extrême droite) de la laïcité dominante…La démarche sociologique répudie le substantialisme, le déconstruit » affirme Jean Baubérot pour qui sont ici, dans son travail « typifiés des discours et des comportements, non les personnes elles-mêmes ».

Pour une étude en profondeur de ces autres conceptions laïques, nous renvoyons bien entendu à son travail, on se contentera ici de citer ces principales autres conceptions :

* des conceptions historiques, comme la laïcité antireligieuse, la laïcité gallicane [contrôle plutôt que séparation ], la laïcité séparatiste stricte et individualiste

* des conceptions récentes, à savoir la laïcité ouverte [l’Etat laïque a intérêt à reconnaître l’utilité sociale des religions], la laïcité identitaire [l’Etat peut limiter la liberté au nom de la culture dominante].

Comme il existe souvent en matière de religion, du syncrétisme et du bricolage religieux[19] chez nombre de contemporains, nous pouvons, par analogie, dire qu’il en va de même pour la laïcité en France : chacun picore dans ces différentes conceptions, ignore bien souvent les équilibres juridiques issus de la loi de 1905, et compose à sa guise une laïcité qui, à ses yeux, est la laïcité authentique, d’où cette impression courante d’un écart parfois considérable et insupportable entre telle ou telle décision de justice et ce que l’on affirme être La laïcité.

Ces différentes conceptions, non retenues en 1905, ont récemment réussi à faire œuvre législative. C’est le cas notamment des deux lois de 2004 (foulard à l’école) et de 2010 (voile intégral dans l’espace public) qui voient, partiellement il est vrai, le succès des conceptions gallicane[20] et identitaire. Ces deux lois ne sont pas dans l’esprit libéral de 1905 pour qui, seuls les agents du  service public doivent être neutres, pas les usagers (l’élève est-il un usager d’un autre ordre ?), et qui affiche en premier la liberté d’expression religieuse dans l’espace public. La loi de 2010 interdit le  niqab dans l’espace public au nom des valeurs de la République et de l’ordre public (immatériel). Si juridiquement elle ne relève pas de la laïcité, politiquement et médiatiquement elle fut présentée comme loi de laïcité. Les droits de la société l’emportent sur les droits de l’individu. L’Etat peut limiter la liberté au nom de la culture dominante (laïcités gallicane et identitaire). Dans une société du « voir », le terrain du conflit est avant tout la  sociabilité.

La laïcité identitaire tend à limiter la neutralité de l’État, à l’étendre aux individus. La question actuelle de la gestion du religieux dans les entreprises privées montre bien ce décalage entre, d’une part,  un état des lieux juridique où le régime de liberté prévaut, et d’autre part, le souhait d’une majorité de Française  de voir s’imposer le régime de neutralité au sein de l’entreprise.

Par ailleurs, politiquement, à partir de 2011 le FN s’approprie la laïcité qu’il prétend  défendre contre l’islam envahisseur (prières de rues..). La laïcité est transformée en outil de protection d’une culture issue du christianisme , ce qui constitue une discrimination entre les citoyens.

Conclusion.

Ainsi, la laïcité menée en France a des racines philosophiques qui en constituent son fondement, juridiquement elle s’est construite au rythme des aléas de l’histoire depuis la Révolution de 1789 qui en pose les jalons essentiels avec la Déclaration des Droits de l ’Homme et du Citoyen. La séparation de 1905, inévitable compte tenu des options politico-religieuses de l’Eglise catholique d’alors, semble seulement accidentelle, voire accessoire pour l’approche philosophique, alors que les juristes la considèrent comme le cœur exprimé par  la neutralité de l’Etat. A cette tension, du moins dans le regard porté sur la question, s’ajoutent toutes les conceptions, les représentations autres que celles qui prédominent dans le droit d’inspiration libérale depuis 1905, diffuses dans la société française, résultat, soit d’un bricolage laïque, soit de postures idéologiques.

La multiplicité des approches est donc plutôt un atout, un gage de non-dogmatisme, le reflet d’une vraie liberté de la pensée [21] conclut Charles Conte. Une approche sociologique, par exemple, qui analyse toutes ces approches selon la méthode de l’idéal-type, ne saurait prendre parti, soit pour en officialiser une, la canoniser en quelque sorte, soit rejeter les autres comme hérétiques. Ce qui signifie qu’il convient de s’abstenir d’une approche de la laïcité de type essentialiste, ce que font pourtant nombre de Français en l’érigeant en valeur (de la République).  Il peut y avoir de la sacralisation dans cette affirmation, ce qui serait un comble en matière de laïcité. Si la laïcité était une valeur il faudrait pouvoir en définir le contenu, or celui-ci ressemble, nous dit Pierre Kahn à ce qu’un hégélien appellerait un « universel-vide », qui peut épouser les valeurs les plus diverses en les formulant sous son nom[22]. La laïcité n’est pas une valeur morale au sens où elle n’a pas à être poursuivie pour elle-même comme une fin. Elle est un moyen, et un moyen nécessaire, en vue d’une fin qui est la liberté égale pour tous[23].

Ainsi définie, la laïcité est plus couramment présente qu’on ne le croit à travers le monde, du moins démocratique, même si la plupart des Etats ignorent le mot lui-même[24].

Enfin, s’il fallait absolument sortir de la seule analyse pour un engagement militant, qu’il me soit permis de choisir la formule lancée par Régis Debray, celle d’une laïcité d’intelligence [25]apte à trouver les solutions pour aujourd’hui et demain, plutôt qu’une laïcité arc-boutée sur les solutions d’hier. La laïcité est quelque chose de nécessairement évolutif car intimement liée aux péripéties  des histoires nationales. Avec la question musulmane en France[26], pour reprendre le titre d’un ouvrage récent, l’actualité de la laïcité de plus en plus prégnante, rend nécessaire et urgente une meilleure connaissance de ses fondements comme de ses interprétations.

«Le mot “laïcité” est aujourd’hui polysémique et recouvre trois grandes conceptions, explique Philippe Portier. Une conception plutôt différentialiste, tentée d’accorder des droits spécifiques à chaque communauté, et portée par le think tank Terra Nova ou des sociologues comme Michel Wieviorka. Une laïcité classique incarnée par la Fédération nationale de la libre pensée, dont le principe est de ne pas intervenir dans le champ des religions. Enfin, une laïcité contrôleuse qui a aujourd’hui le vent en poupe. » Cette dernière entend contenir la religion dans la sphère privée. Le débat est d’importance, car ce sont tout simplement les règles du vivre-ensemble de la société française qui sont en jeu.[27]

Christian BERNARD

notes


[1] Que l’on songe à la Syrie et à l’Irak qui furent  avant les guerres actuelles, des pays laïques avec les partis Baas, afin de dépasser les multiples appartenances ethniques (Arabes, kurdes, Assyriens…) et religieuses (sunnites, chiites, chrétiens, Yézédis..)

 

 

 

 

 

 

[2] C’est ce que nous connaissons progressivement avec l’extension du droit de vote, d’abord à tous les hommes de nationalité française (et non plus les seuls riches avec le suffrage censitaire), puis aux femmes, aux étrangers issus de l’Europe –les autres posent encore question aux politiques-, de l’abaissement de l’âge de la majorité..

 

 

 

 

 

 

[3] Philippe Gaudin, « Le droit, la philosophie, l’histoire », in Que veut dire laïcité ? Le Débat n° 185 mai-août 2015, p.110. Philippe Gaudin est le principal référent laïcité à l’IESR/EPHE

 

 

 

 

 

 

[4] Abdennour Bidar, Que veut dire laïcité ? in Le Débat n° 185 mai-août 2015, p. 105.

 

 

 

 

 

 

[5] C’est également l’avis de Philippe Gaudin :La question techniquement juridique des relations entre l’Etat et les cultes est seconde dès l’instant que sont garantis les principes de liberté et d’égalité rendus concrets par une conception démocratique de la loi et un système éducatif de qualité accessible à tous.op.cit.

[6] Abdennour Bidar, Que veut dire laïcité ? in Le Débat n° 185 mai-août 2015, p. 10

 

 

 

 

 

 

[7] Catherine Kintzler, Qu’est-ce que la laïcité ?, Vrin, collection Chemins philosophiques, 125 p.,2008, p. 7

 

 

 

 

 

 

[8] Plaquette Laïcité éditée par la Ligue de l’Enseignement sous la direction de Jean-Michel Ducomte, 2010, p.32

 

 

 

 

 

 

[9] Archives de philosophie du droit, 49, 2005, p.179.  Pluralisme, laïcité, sphères publiques et sphère privée, Jean-Pierre Dubois fut Président de la LDH de 2005 à 2011.

 

 

 

 

 

 

[10] https://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1904/07/laique.htm

 

 

 

 

 

 

[11] Cette égalité filles garçons telle qu’elle se rencontre dans la charte de la laïcité à l’Ecole, ne peut se comprendre si l’on considère la laïcité seulement sous l’angle juridique avec la loi de 1905.

 

 

 

 

 

 

[12] Cette neutralité, originellement réservée au seul Etat, est en train d’être étendue à certains aspects de la sphère privée (l’entreprise privée est visée entre autres).Voir à ce sujet l’excellent petit ouvrage de deux juristes : Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN, L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité, éditions lextenso, 2014, 114 p

 

 

 

 

 

 

[13] Philippe Gaudin, « Le droit, la philosophie, l’histoire », in Que veut dire laïcité ? Le Débat n° 185 mai-août 2015, p.110

 

 

 

 

 

 

[14] Jean Baubérot, Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Seuil, 314 p. 2011.

 

 

 

 

 

 

15] Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN, L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité, éditions lextenso, 114 p , 2014, p. 27.

 

 

 

 

 

 

[16] Voir à ce sujet l’analyse d’Olivier Roy, En quête de l’orient perdu, Seuil, 314 p, 2014, chapitre 22 «  contre l’essentialisme laïque ».

 

 

 

 

 

 

[17] Contrairement à la logique belge où la laïcité est reconnue aux côtés des religions cf http://www.espace-citoyen.be/article/212-la-laicite-definitions-historique-et-situation-en-belgique/

 

 

 

 

 

 

[18] Jean Baubérot, les 7 laïcités françaises, éditions de la maison des sciences de l’homme, 175 p., 2015

 

 

 

 

 

 

[19] Terme qui désigne une manière de pratiquer et de croire qui consiste à « piocher » dans diverses traditions et/ou ressources de sens afin d’en assembler de manière plus ou moins ordonnée les apports. S’applique plus particulièrement au champ religieux contemporain marqué par l’individualisme (source : IESR)

 

 

 

 

 

 

[20] Nous retrouvons ce thème de l’habit symbole de l’allégeance déjà  en 1905 chez Charles Chabert (idéal-type de la laïcité gallicane) qui voulait interdire le port de la soutane dans la rue.

 

 

 

 

 

 

[21] Charles Conte  « Regards sur la polysémie du mot laïcité », Diasporiques n° 12, décembre 2010 Charles Conte est chargé de mission Laïcité : Etudes et recherches, à la Ligue de l’Enseignement.

 

 

 

 

 

 

[22] Pierre Kahn, « La laïcité est-elle une valeur ? » in SPIRALE, Revue de Recherches en Education, 2007 n°39, p.30 en ligne http://spirale-edu-revue.fr/spip.php?article68 Université de Caen.

 

 

 

 

 

 

[23] Pierre Kahn, op.cit.

 

 

 

 

 

 

[24]  Si la Belgique est l’un des rares pays à utiliser le mot laïcité, le sens en est tout autre, il s’agit ici d’une option spirituelle au même titre que les autres (l’inverse de la position française).

Sur les différentes manières de faire vivre un régime de laïcité, voir entre autres, les travaux de Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE (Sorbonne) où il occupe la chaire « Histoire et Sociologie des laïcités » [noter le pluriel qui n’existait pas à l’époque de Jean Baubérot] . Lire par exemple « Etats et Eglises en Europe .  Vers un modèle commun de laïcité ? » in Futuribles n° 393, mars 2013.

Egalement les ouvrages de Jean Baubérot et de Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Seuil, 340 p., 2011 ; de Jean-Michel Ducomte, Laïcité, Laïcité(s), Privat, 522 p. 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[25] Formule issue du rapport  de 2002 « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », et repris par Philippe Gaudin dans son travail de thèse Vers une laïcité d'intelligence ? L'enseignement des faits religieux comme politique publique d'éducation depuis les années 1980, 342 p. 201

 

 

 

 

 

 

 

 

[26] Bernard Godard, La question musulmane en France, Fayard, 350 p., 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

[27] CNRS Le Journal  Aux sources de la laïcité en France

https://lejournal.cnrs.fr/articles/aux-sources-de-la-laicite-en-france