France

 

Allah est-il arabe ? Est-il permis de choisir librement sa religion ou tout simplement de la quitter ? Le vert est-il la couleur de l’islam ? Le soufisme est-il une secte ? Peut-on traduire le Coran ? Une femme peut-elle devenir imam ? Le minaret, le hijâb, le tapis de prière, le croissant…sont-ils des éléments intangibles du rite musulman ? Faut-il vivre en tout point comme le Prophète pour être un « bon musulman » ?

Cet essai est une réponse aux idées reçues sur l’islam. Celles qui sévissent chez les non-musulmans, mais souvent aussi chez les musulmans eux-mêmes, produisant parfois des aberrations et des violences auxquelles nous assistons, désarmés, sans en comprendre les raisons.

Il est réducteur de penser que tout, dans la vie d'un musulman, s'explique par l'islam. Tareq Oubrou s'emploie ici à faire la part des choses entre le cultuel et le culturel, entre ce que disent les textes et ce qui relève des traditions. Soucieux d'en finir avec la sclérose qui paralyse la pensée musulmane, il propose de renouer avec l'esprit de l'islam, en rappelant le contexte historique dans lequel est née cette religion. Son livre, en balayant une fois pour toutes l'idée selon laquelle l'islam serait par essence incompatible avec la modernité, la démocratie, l'égalité hommes-femmes et les valeurs de la république, nous ouvre des perspectives concrètes pour améliorer le vivre-ensemble aujourd'hui.

Texte de quatrième de couverture du livre.

Né en 1959 au Maroc, Tareq Oubrou est grand imam de Bordeaux et recteur de la Grande Mosquée de Bordeaux. Il est engagé de longue date dans le dialogue interreligieux, notamment islamo-chrétien.

Un livre à lire et à faire lire de manière très utile dans le contexte actuel de grande ignorance des faits religieux et de risque d'amalgames.

 

Christian BERNARD

 

Face aux actes terroristes de janvier 2015, face au nombre grandissant de départs vers le jihad syrien, face aux perturbations dans les écoles lors de la minute de silence, face à un risque de dévoiement par le Front National, la question de la laïcité revient au premier plan des préoccupations de l’Etat français.

S’il y a quasi unanimité pour dire haut et fort que la laïcité est un des piliers de notre République, une « valeur » essentielle, le seul cadre possible pour assurer le vivre ensemble, il n’est pas certain que chacun envisage le même contenu derrière ce mot vitrine de laïcité. Le terme lui-même n’a pas de définition juridique, il ne figure même pas dans les lois dites de laïcité, il est cependant légitime de tenter un essai de définition, du moins d’envisager les champs qu’il investit.

1- Au sens large : la laïcité est une philosophie politique érigée en idéal, en valeur de la République .

Depuis le Moyen –âge, l’occident chrétien connaît le mot laïcus pour désigner celui qui, parmi le « peuple chrétien » n’appartient pas à l’ordre des clercs, qui n’est ni prêtre ni moine. Les monastères jadis connaissaient des frères lais (ou convers) et des sœurs laies. Cette origine a donné en français actuel le mot laïc par opposition au monde ecclésiastique, aux clercs.  Laïc demeure donc dans la sphère du religieux, et ne saurait être à l’origine du mot et de la notion de laïcité.

Il convient donc de rechercher une autre étymologie, de remonter au grec. Ferdinand Buisson, Directeur de l’Enseignement Primaire lors des lois de Jules Ferry, écrit en 1878 dans son « Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire », « ce mot est nouveau, et, quoique correctement formé, il n’est pas encore d’un usage général. Cependant, ce néologisme est nécessaire.. ». En effet, le mot est très récent lorsque Ferdinand Buisson écrit, sa première apparition semble se situer dans l’édition du 11 novembre 1871 du journal la Patrie à propos de l’enseignement dans le département de la Seine. La nouveauté lexicale a été immédiatement relevée par Littré.

Laïcité, un mot correctement formé aux dires de F. Buisson. En effet, c’est le grec laos, le peuple,  qui est ici convoqué pour forger ce néologisme. : La-ikos (La de laos, peuple, et ikos, à propos de). Or, en grec, trois mots existent pour dire le peuple, ethnos, demos et laos, alors pourquoi avoir choisi laos ? Le demos, par exemple tel qu’il était dans l’Athènes antique, ce n’était qu’une petite partie de la population, celle qui avait le pouvoir politique et qui excluait de fait les femmes, les étrangers, les métèques, les esclaves.., l’ethnos c’est le peuple au sens de l’ethnie, le groupe humain qui se reconnaît dans un certain nombre de caractéristiques culturelles (langue, mode de vie..) et parfois physiques. Le laos lui, comprend l’ensemble d’une population sans distinction interne, sans sous-groupes, le mot laos vise l’indivisibilité, la non discrimination, et donc ce qui est commun à tous les membres d’une population qui vit sur un espace donné. Cette population globale peut comprendre plusieurs ethnies, d’où l’impérieuse nécessité de références communes[1]. Le demos, qui a donné le mot démocratie, n’a pas toujours correspondu au laos, loin de là le plus souvent. En ce sens, la laïcité se doit justement de faire se confondre le plus possible laos et demos[2].

Ainsi, cette origine conceptuelle à partir du laos, souligne t-elle une laïcité comme idéal de vivre ensemble où personne ne doit être stigmatisé par son particularisme, qu’il soit religieux, ethnique, social ou autre. Pour le dire plus simplement : la laïcité est l’affirmation universaliste que l’on est d’abord un être humain et un citoyen avant d’être quoi que ce soit d’autre [3]. Cette conception de la laïcité est un idéal d’émancipation, elle vise à une sortie de la dépendance, que cette dernière soit de nature religieuse, intellectuelle, économique, sexiste…C’est un travail d’arrachement !

Le philosophe Abdennour Bidar parle à ce propos d’une laïcité existentielle, voire existentialiste,[4] d’un fondement philosophique de la laïcité bien en amont de la célèbre loi de 1905, qui de fait se trouve minorée[5]. « Le principe de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 me semble relever d’une conception beaucoup plus profonde, et plus large, qu’on ne le  conçoit habituellement. Je pense notamment en disant cela, à ce qu’expliquait Jean Jaurès dans le journal L’Humanité du 2 août 1904 : Laïcité et démocratie sont identiques écrivait-il, ou indivisibles, parce que la séparation laïque du religieux et du politique est en réalité consubstantielle à une démocratie qui fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, patrie, propriété, souveraineté. [6]»

Une abondante littérature existe sur les sources de ce fondement philosophique. La philosophe Catherine Kintzler, en réponse à la question qu’est ce que la laïcité ?, renvoie à deux textes fondateurs, de l’anglais John Locke et du français Condorcet. Le lecteur s’étonnera peut-être que l’un et l’autre soient antérieurs à l’apparition du terme laïcité : c’est que ces textes sont fondateurs non pas au sens d’une origine, mais au sens d’un commencement dans la pensée [7].

Ainsi perçue, cette sorte de philosophie politique ne concerne pas le seul domaine de la religion. Certes, la fameuse formule de Gambetta : Le cléricalisme ? voilà l’ennemi ! visait bel et bien le cléricalisme au sein de l’Eglise catholique qui cherchait à imposer sa vision  aux instances politiques françaises, à refuser le droit civil au nom du seul droit d’origine divine. Si cette époque est révolue comme en témoigne la lettre aux catholiques de France, proposer la foi dans la société actuelle, 1996 : «  on pourra dire que l’opposition entre une tradition catholique, contre-révolutionnaire et conservatrice, et une tradition républicaine, anticléricale et progressiste, est presque totalement révolue », d’autres cléricalismes, toujours à l’œuvre, justifient la poursuite de ce mouvement d’émancipation. Pensons aux sciences du vivant, à l’économie, à la communication, autant de domaines où  des experts sollicitent l’adhésion que l’on doit au savoir :  c’est à des comités d’experts sans réelle responsabilité ni légitimité que se trouve souvent dévolue la décision politique [8].  L’émergence de nouveaux cléricalismes…impose l’ouverture de nouveaux chantiers .

De ce  long détour par l’étymologie grecque, nous retenons qu’une approche large de la laïcité concerne l’autonomie du sujet, et ce, pas exclusivement à l’égard du religieux.

2- Au sens strict, la laïcité est une construction politico-juridique reconnue par la Constitution.

C’est une complexité juridique largement méconnue du plus grand nombre, qui relève non seulement du niveau national (lois, décrets, circulaires, jurisprudence) mais aussi, et de plus en plus, du niveau européen (jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme).

Cette deuxième approche de la laïcité nous est fournie par les lois et la jurisprudence qui organisent cette laïcité depuis le XIXe siècle, en rupture avec le système d’Ancien Régime. Nous avons connu trois étapes majeures de ruptures : sous la Révolution, dans les années 1880 avec l’Ecole de Jules Ferry et, en 1905 avec la célèbre loi dite de séparation. Depuis une génération, avec une visibilité de plus en plus grande de l’islam en France, on peut se demander si nous ne sommes pas entrés dans une quatrième phase de rupture ?

Revenons brièvement sur chacune de ces césures majeures :

La Révolution française a connu toutes sortes d’expériences, dont la laïcité en 1795, mais dans la douleur, dans le chaos parfois. Elle a tout de même jeté les bases de notre  futur système démocratique et laïque.

Le moment Jules Ferry, avec entre autres, la loi de mars 1882 sur l’enseignement primaire, et la célèbre Circulaire du 27 nov. 1883 [lettre aux instituteurs], distingue l’instruction religieuse, qui  appartient à la famille et à l’Église, de l’instruction morale qui se pratique à l’écoleLe législateur fait remarquer F. Buisson, n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Une morale issue d’une religion, comme tout ce qui est singulier, qui n’appartient qu’à un groupe, ne peut prétendre s’imposer à tous.

La loi de 1905 pose en premier (art.1) la liberté de conscience (à savoir le droit d’avoir une religion, d’en changer, le droit d’avoir n’importe quelle conviction, religieuse ou non…l’individu est libre de son choix de conscience). Ensuite, et ensuite seulement, vient l’article 2 sur la « séparation » . Les deux premiers articles qui constituent l’essentiel de la loi doivent être relus dans leur enchaînement logique. Il est important de rappeler cette évidence élémentaire, mais trop souvent oubliée, que ces articles 1 et 2 ont une raison d’être dans cet ordre : la non reconnaissance des cultes –et non la séparation, mot absent du texte mais qui donne son titre à la loi- citée dans l’article 2, se conçoit comme la conséquence logique de l’article 1 qui « assure la liberté de conscience ». Citons Jean-Pierre Dubois, juriste et Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) : « La lecture de l’enchaînement logique des deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905 suffit à renseigner sur le contenu pluraliste du contrat social laïque ainsi mis en forme. C’est pour assurer la liberté de conscience mais aussi pour garantir -sous la seule réserve de l’ordre public- la liberté des cultes, et pour que ces libertés vaillent également pour tous, qu’est affirmée la séparation entre ce qui relève de l’Etat, du politique, et ce qui relève des communautés religieuses[9].

Cette deuxième approche de la laïcité, approche juridique, nous mène vers une définition largement admise par l’ensemble des Français, qui consiste à instituer la neutralité de l’Etat, à savoir «  une extériorisation de l’État vis-à-vis de toute conception religieuse du monde. » selon une formule de Philippe Portier, actuel titulaire de la chaire laïcité à l’EPHE.

Telle est bien l’ambiguïté de la laïcité française, elle fait appel, selon le cas ou le moment à l’un ou l’autre de ces registres.

–         La conception philosophique est extrêmement large, elle correspond aux propos tenus par Jean Jaurès dans son célèbre discours de Castres du 30 juillet 1904[10] : « Démocratie et laïcité sont deux termes identiques ». Cette perception nous dirige vers un processus de démocratisation et donc de laïcisation, toujours à construire, à poursuivre. Certains aspects comme l’égalité des sexes, l’égalité filles garçons[11], impensables lors du gouvernement Jules Ferry, sont devenus très sensibles de nos jours avec l’évolution de la société. Elle vise l’émancipation de l’individu. C’est une éthique de la libération appuyée sur une morale de responsabilité…vers un monde où chacun dispose de toutes ses chances d’accomplissement, précise le philosophe Henri Peña-Ruiz .

–         L’incarnation juridique de certains aspects de cette philosophie politique. La loi de 1905 pose le principe de liberté d’expression religieuse comme principe premier, comme régime général, et ensuite le retrait de la puissance publique (séparation Etat /Eglises) avec son devoir de neutralité[12]. Il est de la responsabilité du législateur d’étendre ou non cette neutralité, réservée en principe aux seuls services publics.

Tous les débats actuels sur la laïcité en France reposent sur une double confusion. Une confusion entre la laïcité comme cadre juridique de la neutralité de l’Etat, et la laïcité comme idéologie, voire philosophie générale de l’émancipation de l’humanité. Une confusion entre l’époque de la loi de 1905 et la nôtre[13].

A partir de cette double perception de la laïcité française, nous pouvons proposer deux définitions, qui se recoupent grandement, c’est heureux !

La laïcité se définit ainsi, selon un philosophe et un historien/sociologue.

   

Philosophie :  Henri Peña-Ruiz

Histoire/sociologie Jean Baubérot

par la conjonction de trois principes

par l'articulation de quatre principes

1- la liberté de conscience

1-la garantie de la liberté de conscience

2- l'égalité de droits des citoyens, sans distinction de conviction

2- l’égalité et la non discrimination

3- l'universalité de l'action de la sphère publique, dévolue au seul intérêt général.

3- la séparation du politique et du religieux

 

4- la neutralité de l'Etat à l'égard des diverses croyances

 

Les deux définitions posent bien en premier, la liberté de conscience et l’égalité des citoyens, quelque soient leurs convictions. La République n’a pas à prendre en compte les convictions particulières. Deux singularités sont néanmoins à remarquer dans ces définitions.

  • Chez Henri Peña-Ruiz, l'État républicain ne doit se soucier que de ce qui est commun à tous les citoyens, et ne saurait privilégier une partie d'entre eux, que cette partie soit du religieux, c’est le cas le plus fréquent lorsque l’on évoque la laïcité, mais cet intérêt général peut également concerner dans l’absolu d’autres domaines, comme l’économique, l’idéologique etc.

* Pour Jean Baubérot, les deux premiers principes sont de l'ordre des visées, alors que les deux derniers sont de l'ordre des moyens. La séparation signifie que l'Etat est libre d'élaborer ses règles et normes hors croyances religieuses, et ce, dans l'interêt général, la neutralité étant l'impartialité du pouvoir politique à l'égard de n'importe quelle conviction, religieuse ou non. Cette neutralité n'implique pas que l'Etat soit sans valeur (il s'agit des Droits de l'Homme, de la démocratie, du respect d'autrui, de la diversité, de la tolérance..). L'Etat doit représenter la totalité du laos. L'Etat renonce à toute compétence religieuse, théologique, il n'a pas à dire qui est orthodoxe ou non, qui est hérétique ou non, qui est modéré ou non ! Si l'Etat ne reconnaît plus les religions (ausens de la fin de l'existence des cultes reconnu), non seulement il ne les ignore pas, il ne les méconnaît pas, mais il doit garantir leur libre exercice. Cette approche est interessante car elle sépare bien les intentions, visées par la laïcité, des moyens mis en oeuvre pour y parvenir.

Or, nombreux sont nos contemporains, juristes en tête, qui restreignent la laïcité à la  seule neutralité de l’Etat. Cette posture classique qui hypertrophie les moyens (séparation et neutralité), risque, nous dit Jean Baubérot,  de transformer subrepticement la finalité de la liberté de conscience pour tous en une émancipation (plus ou moins obligatoire) à l’égard de la religion, et de confondre ainsi laïcité et sécularisation, alors que la laïcité constitue, encore plus aujourd’hui qu’hier peut-être, la gouvernance politique d’individus ayant des rapports très divers avec la sécularisation [14].

La sécularisation est le mouvement d’une société qui s’éloigne progressivement des normes religieuses, pour élaborer son propre droit positif, alors que la laïcisation est un acte politique volontaire, qui décide de la séparation ou neutralité de la sphère publique.

La posture inverse existe également, elle consiste à ne voir dans la laïcité que la seule liberté de conscience, liberté d’exercer sa religion, et somme toute, liberté d’exprimer sa différence. Cette attitude tend à minimiser les moyens (séparation et neutralité) garants de la liberté pour tous, y compris par ceux qui n’ont pas de conviction religieuse.

 

Il nous semble indispensable d’avoir une bonne intelligence des quatre principes qui font laïcité en respectant leur nature d’objectifs et de moyens, sachant qu’ils s’originent non seulement dans du juridique, mais aussi dans ce que nous avons appelé une philosophie politique. Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN le disent de la manière suivante :  Parce que la laïcité renvoie toujours à la fois à un programme politique et à un régime juridique, il s’agit d’une notion propice aux approximations et glissements de sens[15] .

On l’aura compris, la laïcité n’est pas une idéologie, c’est une construction historique pragmatique, qui de tout temps a accepté des exceptions, il convient, afin de bien la comprendre, de ne pas en avoir une approche essentialisante[16].

Enfin, est-il encore besoin de rappeler que la laïcité n’est pas contre les religions, elle n’est pas en elle-même une religion, ni une option spirituelle parmi d’autres[17], elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait comme aime à juste titre le rappeler  Régis Debray.

La laïcité est le mode de fonctionnement choisi par la République pour assurer le vivre ensemble des citoyens:

  • Divers quant à leurs opinions et croyances.
  • Diversement concernés par la sécularisation.

3- Au sens diffus, la laïcité relève également d’autres représentations que les deux conceptions que nous venons d’analyser.

 En effet, des conceptions différentes de celle qui l’a emporté lors des débats parlementaires de 1905, n’ont jamais vraiment disparu de la scène française, elles se retrouvent encore de nos jours, plus ou moins actives, plus ou moins partagées par certains groupes sociaux et responsables politiques, à tel point, que certaines décisions législatives récentes en dépendent. Le travail d’analyse sociologique de ces « autres laïcités » a été réalisé par Jean Baubérot dans un petit ouvrage intitulé les 7 laïcités françaises[18]. Il est essentiel pour comprendre les réactions diverses de nos contemporains, de bien connaître ces autres interprétations de la laïcité. « Tant que la laïcité française sera essentialisée en un modèle unique, le malaise s’accentuera. La croyance en une laïcité française une et indivisible ne permet pas de comprendre le glissement actuel de gauche à droite (voire à l’extrême droite) de la laïcité dominante…La démarche sociologique répudie le substantialisme, le déconstruit » affirme Jean Baubérot pour qui sont ici, dans son travail « typifiés des discours et des comportements, non les personnes elles-mêmes ».

Pour une étude en profondeur de ces autres conceptions laïques, nous renvoyons bien entendu à son travail, on se contentera ici de citer ces principales autres conceptions :

* des conceptions historiques, comme la laïcité antireligieuse, la laïcité gallicane [contrôle plutôt que séparation ], la laïcité séparatiste stricte et individualiste

* des conceptions récentes, à savoir la laïcité ouverte [l’Etat laïque a intérêt à reconnaître l’utilité sociale des religions], la laïcité identitaire [l’Etat peut limiter la liberté au nom de la culture dominante].

Comme il existe souvent en matière de religion, du syncrétisme et du bricolage religieux[19] chez nombre de contemporains, nous pouvons, par analogie, dire qu’il en va de même pour la laïcité en France : chacun picore dans ces différentes conceptions, ignore bien souvent les équilibres juridiques issus de la loi de 1905, et compose à sa guise une laïcité qui, à ses yeux, est la laïcité authentique, d’où cette impression courante d’un écart parfois considérable et insupportable entre telle ou telle décision de justice et ce que l’on affirme être La laïcité.

Ces différentes conceptions, non retenues en 1905, ont récemment réussi à faire œuvre législative. C’est le cas notamment des deux lois de 2004 (foulard à l’école) et de 2010 (voile intégral dans l’espace public) qui voient, partiellement il est vrai, le succès des conceptions gallicane[20] et identitaire. Ces deux lois ne sont pas dans l’esprit libéral de 1905 pour qui, seuls les agents du  service public doivent être neutres, pas les usagers (l’élève est-il un usager d’un autre ordre ?), et qui affiche en premier la liberté d’expression religieuse dans l’espace public. La loi de 2010 interdit le  niqab dans l’espace public au nom des valeurs de la République et de l’ordre public (immatériel). Si juridiquement elle ne relève pas de la laïcité, politiquement et médiatiquement elle fut présentée comme loi de laïcité. Les droits de la société l’emportent sur les droits de l’individu. L’Etat peut limiter la liberté au nom de la culture dominante (laïcités gallicane et identitaire). Dans une société du « voir », le terrain du conflit est avant tout la  sociabilité.

La laïcité identitaire tend à limiter la neutralité de l’État, à l’étendre aux individus. La question actuelle de la gestion du religieux dans les entreprises privées montre bien ce décalage entre, d’une part,  un état des lieux juridique où le régime de liberté prévaut, et d’autre part, le souhait d’une majorité de Française  de voir s’imposer le régime de neutralité au sein de l’entreprise.

Par ailleurs, politiquement, à partir de 2011 le FN s’approprie la laïcité qu’il prétend  défendre contre l’islam envahisseur (prières de rues..). La laïcité est transformée en outil de protection d’une culture issue du christianisme , ce qui constitue une discrimination entre les citoyens.

Conclusion.

Ainsi, la laïcité menée en France a des racines philosophiques qui en constituent son fondement, juridiquement elle s’est construite au rythme des aléas de l’histoire depuis la Révolution de 1789 qui en pose les jalons essentiels avec la Déclaration des Droits de l ’Homme et du Citoyen. La séparation de 1905, inévitable compte tenu des options politico-religieuses de l’Eglise catholique d’alors, semble seulement accidentelle, voire accessoire pour l’approche philosophique, alors que les juristes la considèrent comme le cœur exprimé par  la neutralité de l’Etat. A cette tension, du moins dans le regard porté sur la question, s’ajoutent toutes les conceptions, les représentations autres que celles qui prédominent dans le droit d’inspiration libérale depuis 1905, diffuses dans la société française, résultat, soit d’un bricolage laïque, soit de postures idéologiques.

La multiplicité des approches est donc plutôt un atout, un gage de non-dogmatisme, le reflet d’une vraie liberté de la pensée [21] conclut Charles Conte. Une approche sociologique, par exemple, qui analyse toutes ces approches selon la méthode de l’idéal-type, ne saurait prendre parti, soit pour en officialiser une, la canoniser en quelque sorte, soit rejeter les autres comme hérétiques. Ce qui signifie qu’il convient de s’abstenir d’une approche de la laïcité de type essentialiste, ce que font pourtant nombre de Français en l’érigeant en valeur (de la République).  Il peut y avoir de la sacralisation dans cette affirmation, ce qui serait un comble en matière de laïcité. Si la laïcité était une valeur il faudrait pouvoir en définir le contenu, or celui-ci ressemble, nous dit Pierre Kahn à ce qu’un hégélien appellerait un « universel-vide », qui peut épouser les valeurs les plus diverses en les formulant sous son nom[22]. La laïcité n’est pas une valeur morale au sens où elle n’a pas à être poursuivie pour elle-même comme une fin. Elle est un moyen, et un moyen nécessaire, en vue d’une fin qui est la liberté égale pour tous[23].

Ainsi définie, la laïcité est plus couramment présente qu’on ne le croit à travers le monde, du moins démocratique, même si la plupart des Etats ignorent le mot lui-même[24].

Enfin, s’il fallait absolument sortir de la seule analyse pour un engagement militant, qu’il me soit permis de choisir la formule lancée par Régis Debray, celle d’une laïcité d’intelligence [25]apte à trouver les solutions pour aujourd’hui et demain, plutôt qu’une laïcité arc-boutée sur les solutions d’hier. La laïcité est quelque chose de nécessairement évolutif car intimement liée aux péripéties  des histoires nationales. Avec la question musulmane en France[26], pour reprendre le titre d’un ouvrage récent, l’actualité de la laïcité de plus en plus prégnante, rend nécessaire et urgente une meilleure connaissance de ses fondements comme de ses interprétations.

«Le mot “laïcité” est aujourd’hui polysémique et recouvre trois grandes conceptions, explique Philippe Portier. Une conception plutôt différentialiste, tentée d’accorder des droits spécifiques à chaque communauté, et portée par le think tank Terra Nova ou des sociologues comme Michel Wieviorka. Une laïcité classique incarnée par la Fédération nationale de la libre pensée, dont le principe est de ne pas intervenir dans le champ des religions. Enfin, une laïcité contrôleuse qui a aujourd’hui le vent en poupe. » Cette dernière entend contenir la religion dans la sphère privée. Le débat est d’importance, car ce sont tout simplement les règles du vivre-ensemble de la société française qui sont en jeu.[27]

Christian BERNARD

notes


[1] Que l’on songe à la Syrie et à l’Irak qui furent  avant les guerres actuelles, des pays laïques avec les partis Baas, afin de dépasser les multiples appartenances ethniques (Arabes, kurdes, Assyriens…) et religieuses (sunnites, chiites, chrétiens, Yézédis..)

 

 

 

 

 

 

[2] C’est ce que nous connaissons progressivement avec l’extension du droit de vote, d’abord à tous les hommes de nationalité française (et non plus les seuls riches avec le suffrage censitaire), puis aux femmes, aux étrangers issus de l’Europe –les autres posent encore question aux politiques-, de l’abaissement de l’âge de la majorité..

 

 

 

 

 

 

[3] Philippe Gaudin, « Le droit, la philosophie, l’histoire », in Que veut dire laïcité ? Le Débat n° 185 mai-août 2015, p.110. Philippe Gaudin est le principal référent laïcité à l’IESR/EPHE

 

 

 

 

 

 

[4] Abdennour Bidar, Que veut dire laïcité ? in Le Débat n° 185 mai-août 2015, p. 105.

 

 

 

 

 

 

[5] C’est également l’avis de Philippe Gaudin :La question techniquement juridique des relations entre l’Etat et les cultes est seconde dès l’instant que sont garantis les principes de liberté et d’égalité rendus concrets par une conception démocratique de la loi et un système éducatif de qualité accessible à tous.op.cit.

[6] Abdennour Bidar, Que veut dire laïcité ? in Le Débat n° 185 mai-août 2015, p. 10

 

 

 

 

 

 

[7] Catherine Kintzler, Qu’est-ce que la laïcité ?, Vrin, collection Chemins philosophiques, 125 p.,2008, p. 7

 

 

 

 

 

 

[8] Plaquette Laïcité éditée par la Ligue de l’Enseignement sous la direction de Jean-Michel Ducomte, 2010, p.32

 

 

 

 

 

 

[9] Archives de philosophie du droit, 49, 2005, p.179.  Pluralisme, laïcité, sphères publiques et sphère privée, Jean-Pierre Dubois fut Président de la LDH de 2005 à 2011.

 

 

 

 

 

 

[10] https://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1904/07/laique.htm

 

 

 

 

 

 

[11] Cette égalité filles garçons telle qu’elle se rencontre dans la charte de la laïcité à l’Ecole, ne peut se comprendre si l’on considère la laïcité seulement sous l’angle juridique avec la loi de 1905.

 

 

 

 

 

 

[12] Cette neutralité, originellement réservée au seul Etat, est en train d’être étendue à certains aspects de la sphère privée (l’entreprise privée est visée entre autres).Voir à ce sujet l’excellent petit ouvrage de deux juristes : Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN, L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité, éditions lextenso, 2014, 114 p

 

 

 

 

 

 

[13] Philippe Gaudin, « Le droit, la philosophie, l’histoire », in Que veut dire laïcité ? Le Débat n° 185 mai-août 2015, p.110

 

 

 

 

 

 

[14] Jean Baubérot, Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Seuil, 314 p. 2011.

 

 

 

 

 

 

15] Stéphanie Hennette VAUCHEZ et Vincent VALENTIN, L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité, éditions lextenso, 114 p , 2014, p. 27.

 

 

 

 

 

 

[16] Voir à ce sujet l’analyse d’Olivier Roy, En quête de l’orient perdu, Seuil, 314 p, 2014, chapitre 22 «  contre l’essentialisme laïque ».

 

 

 

 

 

 

[17] Contrairement à la logique belge où la laïcité est reconnue aux côtés des religions cf http://www.espace-citoyen.be/article/212-la-laicite-definitions-historique-et-situation-en-belgique/

 

 

 

 

 

 

[18] Jean Baubérot, les 7 laïcités françaises, éditions de la maison des sciences de l’homme, 175 p., 2015

 

 

 

 

 

 

[19] Terme qui désigne une manière de pratiquer et de croire qui consiste à « piocher » dans diverses traditions et/ou ressources de sens afin d’en assembler de manière plus ou moins ordonnée les apports. S’applique plus particulièrement au champ religieux contemporain marqué par l’individualisme (source : IESR)

 

 

 

 

 

 

[20] Nous retrouvons ce thème de l’habit symbole de l’allégeance déjà  en 1905 chez Charles Chabert (idéal-type de la laïcité gallicane) qui voulait interdire le port de la soutane dans la rue.

 

 

 

 

 

 

[21] Charles Conte  « Regards sur la polysémie du mot laïcité », Diasporiques n° 12, décembre 2010 Charles Conte est chargé de mission Laïcité : Etudes et recherches, à la Ligue de l’Enseignement.

 

 

 

 

 

 

[22] Pierre Kahn, « La laïcité est-elle une valeur ? » in SPIRALE, Revue de Recherches en Education, 2007 n°39, p.30 en ligne http://spirale-edu-revue.fr/spip.php?article68 Université de Caen.

 

 

 

 

 

 

[23] Pierre Kahn, op.cit.

 

 

 

 

 

 

[24]  Si la Belgique est l’un des rares pays à utiliser le mot laïcité, le sens en est tout autre, il s’agit ici d’une option spirituelle au même titre que les autres (l’inverse de la position française).

Sur les différentes manières de faire vivre un régime de laïcité, voir entre autres, les travaux de Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE (Sorbonne) où il occupe la chaire « Histoire et Sociologie des laïcités » [noter le pluriel qui n’existait pas à l’époque de Jean Baubérot] . Lire par exemple « Etats et Eglises en Europe .  Vers un modèle commun de laïcité ? » in Futuribles n° 393, mars 2013.

Egalement les ouvrages de Jean Baubérot et de Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Seuil, 340 p., 2011 ; de Jean-Michel Ducomte, Laïcité, Laïcité(s), Privat, 522 p. 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[25] Formule issue du rapport  de 2002 « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », et repris par Philippe Gaudin dans son travail de thèse Vers une laïcité d'intelligence ? L'enseignement des faits religieux comme politique publique d'éducation depuis les années 1980, 342 p. 201

 

 

 

 

 

 

 

 

[26] Bernard Godard, La question musulmane en France, Fayard, 350 p., 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

[27] CNRS Le Journal  Aux sources de la laïcité en France

https://lejournal.cnrs.fr/articles/aux-sources-de-la-laicite-en-france

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de la conférence sur l'épopée de l'acier donnée en novembre 2014  par Axelle Degans professeur de Chaire Supérieure, agrégée de géographie en classe préparatoire, auteur ou co-auteur de manuels de géopolitique, notamment, Les pays émergents (éditions Ellipses, 2011), les grandes questions internationales (studirama,2013), Basculement économique et géopolitique du monde , 2013).). Elle publie une rubrique mensuelle , Actualité internationale, sur Diploweb

Quelques données chiffrées pour introduire le sujet

2010 (chiffres CGT) 45 000emplois directs dans sidérurgie dont 80 000 en tout (NPC : 12 000 DK 6000 et Grenoble 1 400 directs, Lorraine 6500, Rhone Alpes 4 600)

152 000 employés en 1974 (Mioche)

Productivité en valeur d’un ouvrier entre 1974 et 1992 x8 et X2en volume

Les premiers objets en fer sont travaillés dès le Vème millénaire en Iran. Le travail du fer en Europe remonte quant à lui au 1er millénaire avant notre ère, un « âge du fer »…. C’est d’ailleurs le fer météorique qui donne naissance à la sidérurgie, comme le nom l’indique car « sidéros » signifie « astre »  (et « ergon » : travail) et « siderer » influence néfaste des astres. Le fer triomphe du cuivre et du bronze par ce qu’il y a des gisements de fer un peu partout et qu’il est plus résistant que les autres métaux. Nous sommes d’ailleurs réputés depuis les Gaulois pour être de bons forgerons. L’épée de Roland, neveux de Charlemagne, la fameuse Durandal ne peut se briser contre un rocher, son acier des Hurtières, à haute teneur en manganèse, était renommé pour sa solidité : la légende peut naitre.

            Définition de l’acier

Qu’est-ce que l’acier ?

L’acier, c’est du fer additionné de carbone dont la teneur est comprise entre 0,02% et 2% (fonte entre 2,5 et 6%) et il existe aujourd’hui 3 000 nuances d’aciers (+17% de chrome et 8% de nickel = acier inoxydable).

            Les utilisations de l’acier

A quoi sert l’acier ?

Les utilisations de l’acier sont nombreuses : la construction, l’automobile, les boîtes, conserves, bidons, les composants électroniques, les infrastructures pour le pétrole ou la production nucléaire, du matériel médical de haute technicité. L’acier est partout !

L’acier c’est un savoir-faire, c’est une nouvelle ère, c’est un étalon de la puissance économique tout au long du XXème siècle. La sidérurgie est une industrie de base, une clé du développement économique et de l’affirmation de la puissance, c’est aussi une industrie mondialisée.

La sidérurgie française a déjà une longue histoire derrière elle, avec les Schneider au Creusot, les Wendel à Hayange (Moselle), les Dumont des forges et aciéries de Denain, la question est de savoir si elle a encore un avenir…

Les progrès de la sidérurgie accompagnent les progrès de la mondialisation

            Carte berceau de la sidérurgie + production a de l’acier une affaire européenne Europe aux commandes de la mondialisation

Une mondialisation et une sidérurgie mondiale dominée par l’Europe

Le berceau de la sidérurgie européenne se situe en Grande-Bretagne (Yorkshire, région de Durham, pays de Galles méridional)La production de l’acier est d’abord une affaire européenne, l’Europe est aux commandes de cette mondialisation  en France (Nord, Lorraine), en Belgique (Wallonie), en Allemagne (Ruhr, Sarre), au Grand Duché de Luxembourg ou en Haute Silésie.

            Carte EUrope

La sidérurgie se construit à proximité de grands bassins miniers (charbon et fer) dont elle partage le destin (1734 : découverte du plus grand bassin houiller français : celui du Nord pas- de Calais découvert à Anzin (fermé en 1990). Les premiers grands bassins industriels se constituent entre 1780 et 1840 en Grande-Bretagne, d’ailleurs le Pays de Galles devient la 1ère région sidérurgique à l’occasion de la guerre d’indépendance américaine car les armes y sont produites pour traverser l’Atlantique.

            Une deuxième génération de bassins industriels sidérurgiques se développe ensuite avec la révolution du chemin de fer entre les années 1830 et 1850 : le Nord de la France, ancienne région de proto-industrialisation, de la Lorraine ou de la Ruhr ou de la haute Silésie. C’est le début des dynasties industrielles : les Wendel en Lorraine, les Schneider (1836) à la tête de la plus puissante industrie française du Creusot…

            Le Creusot la plus grande usine d’Europe, Tour de France de 2 enfants, G. Bruno+ Ruhr

Une troisième génération de bassin sidérurgique se développe dans la deuxième moitié du XIXème siècle, le Donbass (Ukraine après 1880), l’Italie, le nord de l’Espagne dans les Asturies.

= La production de l’acier est une affaire essentiellement européenne, et même britannique car en 1870 les Britanniques produisent 50% de l’acier mondial comme ils commandent cette phase de la mondialisation. La production de l’acier reflète le centre de gravité économique.

 

Le XIXème siècle de l’âge du Fer à l’âge de l’acier

Les innovations révolutionnent ce secteur : innovation au cœur de la mondialisation

            Convertisseur Bessmer

1856 : convertisseur Bessemer (Sheffield) produit de l’acier bon marché (on y souffle de l’air  comprimé qui brûle le carbone et les impuretés) grâce au coke. En 1861 Alfred Krupp installe le 1er convertisseur Bessemer dans la Ruhr et en 1879 le 1er convertisseur Thomas après l’annexion de la Lorraine

1868 : début des aciers spéciaux (acier + quelques métaux) ex acier + nickel = acier inoxydable ou inox dès 1890

1877-1882 : capture du phosphore : procédé Thomas (pierres réfractaires dans le convertisseur) qui est le point de départ de l’affirmation sidérurgique de la Lorraine car le minerai est phosphoreux. La limonite lorraine a une teneur en fer d’environ 30%, c’est peu = « minette »

= Avec le procédé Bessemer l’âge de l’acier  succède à l’âge du fer à: la fin des maîtres des forges qui ne se renouvellent pas, c’est aussi le déclin de la Haute Silésie dont le charbon est difficilement cokéfiable (chauffer sans oxygène) et du pays de Galles dont les minerais s’épuisent. Une première redistribution des cartes…

Une plus large diffusion de la production de l’acier

Les challengers de l’acier CArnégie + Tata +Japon

Les challengers de l’Europe se lancent dans l’aventure sidérurgique en quête d’une puissance nouvelle : fin XIXème les Etats-Unis, le Japon. Au début du XXème Tata commence à produire de l’acier en Inde en 1912.

             tableau+

En 1914 les Etats-Unis sont le premier producteur mondial avec 50% de la production, la GB n’en représentant plus que 10%, l’Allemagne a la 2ème place produisant 2 fois plus d’acier que la France à la 4ème position. Krupp

            L’acier devient stratégique du fait de la révolution des chemins de fer, du développement de l’automobile et de la 1ère guerre mondiale qui donne la primauté à l’artillerie.

            Les grands combinats sidérurgiques, fierté soviétique

La Russie devenue soviétique donne la priorité à la construction d’une puissante industrie lourde autour de la sidérurgie et de combinat : la sidérurgie incarne la volonté de rattrapage et la soif de puissance comme de reconnaissance.

= La sidérurgie française,  centrée sur les barons de l’acier du Nord, les maitres des forges Lorrains et du Creusot, a donc de nouveau concurrents, l’Europe a perdu son monopole.

            Production mondiale acier + 3à trente glorieuses

Une sidérurgie française au cœur d’une mondialisation « heureuse » (1945-1975)

La sidérurgie française : une priorité économique

           

La période des « trente glorieuses » est faste pour la sidérurgie française, d’abord parce qu’elle est un acteur essentiel de la reconstruction mais aussi à l’heure de la concurrence entre les deux modèles, la sidérurgie sert encore et toujours d’étalon.

            Sidérurgie au cœur du plan Marshall

Ceci explique qu’elle bénéficie du plan Marshall et qu’elle constitue la pierre angulaire (avec le charbon) des débuts de la construction européenne avec a CECA. Acier heureux (4) : l’apogée du monde ouvrier

La sidérurgie française se décompose en 2 branches.

            Phase à chaud assure la transformation du minerai en acier

Une filière chaude : minerai de fer chauffé = aggloméré ; charbon cokéfié (chauffer sans oxygène pour obtenir du carbone presque pur) ; les 2 sont chargés dans le haut-fourneaux où de l’air chaud 1250° est insufflé par la bas provoque la combustion du coke et la transformation du fer en fonte. Dans le convertisseur (dans l’aciérie) la fonte reçoit l’ajout de ferraille et l’acier coule ensuite en continu, il est progressivement refroidi et se solidifie sous forme de brame. Le laminage sur le train à bande aminci la brame pour la transformer en « coil », bobine.

            Filière froide : transformation des coils

Une filière froide : les coils sont de nouveau laminés mais à froid pour leur donner les qualités recherchées (résistance mécanique, thermique, protection contre la corrosion…).

= la sidérurgie est donc une industrie qui nécessite des investissements très conséquents, une compétence technologique importante et une main d’œuvre nombreuse. Elle est donc l’apanage de pays avancés et riches mais devient l’industrie symbole du développement recherché, de la mondialisation (Brésil…).

Big is powerful

            Organigramme Usinor et Sacilor

La mondialisation comme l’intensité capitalistique nécessaire poussent à la concentration. C’est pour dynamiser la production d’aciers plats qu’en 1948 nait USINOR de la fusion des Forges et aciéries du Nord et de l’Est et des Forges et aciéries de Denain-Anzin. Cette fusion doit permettre l’installation d’un laminoir de forte capacité (train à bandes) pour la construction de tôles fines grâce au plan Marshall.

En 1966, USINOR absorbe la société Lorraine-Escaut.

En Lorraine, Wendel cristallise autour de lui une coopérative pour la création à Florange d’une unité de production de tôles minces (laminage continu) : la SOLLAC (société lorraine de laminage continu).

SACILOR a des origines qui remonte à Wendel est créé en 1964 et en 1973 Wendel-SIDELOR l’absorbe prenant le nom de SACILOR, cette dernière devient actionnaire de SOLLAC.

= La concentration industrielle de la sidérurgie française répond aux fusions qui existent à l’échelle mondiale. Cette industrie reste pourtant fondamentalement française. Ces fusions répondent à des préoccupations aussi propres au secteur : beaucoup de capitaux et une compétence assez élevée.

La mondialisation modifie la donne de la sidérurgie française

            Les mines + courbes production acier/charbon

La révolution des transports, qui accélère la mondialisation, modifie la sidérurgie en profondeur. Il devient désormais moins onéreux d’importer des minerais par voie maritime depuis les pays du Tiers monde (Brésil, Maurétanie..) ou même d’autres pays développés (Canada, Australie…) que de continuer à l’exploiter dans les pays occidentaux. Les conséquences :

            C’est le déclin de l’extraction minière et la lente agonie des « pays noirs » en France, Grande-Bretagne.

            Dunkerque et Fos/Mer : la sidérurgie sur l’eau (3)

  1. Cela bouleverse la géographie industrielle : Les années 1960 et suivantes sont celle de la « sidérurgie sur l’eau » comme l’illustre la création du site de Dunkerque en 1962, SIDMAR à Gand ou de Fos/Mer en 1974 qui demeurent les sites sidérurgiques les plus récents en France. C’est d’ailleurs en 1971 à Dunkerque que démarre la 1ère coulée continue française, HF4 et qu’USINOR y construit la même année le plus grand haut fourneaux de l’époque le HF4 de 14 mètres de haut.

= La mondialisation provoque une mutation existentielle pour la sidérurgie française, c’est le début du déclin des activités sidérurgiques historiques de l’intérieur. C’est le début des temps difficiles pour la sidérurgie pour qui désormais voit bien davantage les méfaits de la mondialisation.

Le temps d’une grande « désillusion » de la sidérurgie française

L’année 1974 est la dernière bonne année pour la sidérurgie française.

La sidérurgie française à l’heure de la restructuration : une victime de la mondialisation ? plan Barre

La sidérurgie est l’une des grandes victimes de la crise-mutation qui nous touche dans les années 1970, celle de la nouvelle concurrence asiatique (japonaise, coréenne) qui provoque une situation de surproduction à l’échelle mondiale, en particulier pour la sidérurgie, quand l‘Europe ralentit économiquement. La sidérurgie française repose alors surtout sur Usinor et Sacilor.

L’Europe communautaire (plan Davignon 1978) et la France mettent alors en place une restructuration de ce secteur, qu’on ne veut pas sacrifier car il est à la base de nombreuse branches industrielle, il mobilise beaucoup de main d’œuvre et il est emblématique de notre puissance industrielle ; restructuration dont il n’est toujours pas sorti. Le plan Dherse en France en 1971 supprime quelques 16 000 emplois en Lorraine, région qui doit être aidée par la création en 1975 de Solmer à Fos. Le gouvernement Barre décide de convertir une partie des créances grâce à l’argent public en échange d’une réduction drastique des effectifs par le biais de la mise en retraite ou pré-retraite (55 ans, parfois 50) de congés formation…. Un plan de sauvetage de l’acier français qui est aussi un traitement social de la crise de la sidérurgique qui coûte 80 milliards de francs. Le projet de Fos est revu à la baisse dans le contexte des chocs pétroliers.

            Grève insurrectionnelle de Denain en 1978 : le temps du désespoir

La sidérurgie française vit portant un vrai drame : la production de fonte et d’acier s’arrête avant la fin des années 1970 à Valenciennes et Thionville. Près de 6000 suppression d’emplois en 1976, 16 000 entre 1979 et 1980, en 1979 près de 6000 emplois directs sont supprimés entre Denain (plus de 5000) et Valenciennes, et environ 20 000 emplois induits par la sidérurgie. Un drame régional

La Lorraine vit un drame identique, elle est en plus trop éloignée des côtes et sa « minette » est top pauvre en fer : 74 000 emplois de sidérurgistes disparaissent en 30 ans autour de Thionville, Longwy et Hagondange.  Le Creusot ne s’en sort pas mieux.

En fait la sidérurgie française est trop endettée tout en ayant pas assez investi pendant des décennies.

            Les nationalisations de la sidérurgie française

En 1981 USINOR et SACILOR sont nationalisées, c’est la fin des barons de l’acier. La nationalisation ne met pas fin à la restructuration. Il s’agit de sauver l’appareil productif sidérurgique grâce à l’argent public en le modernisant et en continuant les licenciements qui frappe durement des régions de quasi mono-activité.

            Drame de Longwy (2)

Cette politique est très mal vécue par la population, elle est vécue comme « un affront », une fin d’époque, un « crépuscule » : une lente agonie commence, notamment avec la région de Longwy. La productivité a triplé et la sidérurgie en sort désendettée, mais entre 1981 et 1994 la sidérurgie perd 120 000 emplois sur les 160 000 de 1974. La période de la nationalisation est donc celle d‘une mutation fondamentale de la sidérurgie française menée par Francis Mer. En 1984, Creusot-Loire dépose le bilan, le plus gros dépôt de bilan d’une industrie depuis 1945…

Aujourd’hui la traque aux coûts est encore plus poussée dans un contexte de grande concurrence et aussi d’enchérissement des matières premières. Cette donnée pousse à continuer la restructuration au nom d’une plus grande rationalisation. C’est ce qu’avait choisi Guy Dollé, patron d’Arcelor quand il propose en 2003 le plan APOLLO. Plan Apollo que Lakshmi Mittal reprend en grande partie aujourd’hui.

= Aujourd’hui il reste 50 000 emplois dans la sidérurgie française (moins de 100 000 aux EU, 380 000 en UE, 1,7 millions en Chine. Il y a aussi derrière cette réalité, la volonté de troquer des empois industriels considérés comme dépassés, par des emplois tertiaires, plus valorisants, moins pénibles….

La mondialisation pousse à de nouvelles stratégies industrielles : d’une industrie française a une industrie mondialisée.

            Diagramme Usinor-Sacilor

En 1986, USINOR et SACILOR fusionnent, sous la direction de Francis Mer, et prennent le nom USINOR SACILOR qui est privatisé et absorbe en 1990 SOLLAC. En 1991, Sacilor fusionne avec Ugine-Aciers de Châtillon et Geugnon pour prendre le nom d’Ugine SA. En 1995, l’entreprise est privatisée. En 1998, Usinor rachète le belge Cockerill puis prend le nom de SOLLAC  groupe USINOR en 1999.

Ce mouvement de concentration existe aussi outre-Rhin : en 1991 Krupp rachète Hoesch, et en 1997 fusionne avec Thyssen pour donner naissance à ThyssenKrupp autre grand leader européen de la sidérurgie.

Il existe aussi outre-Manche : British Steel corporation est nationalisée en 1967 par le gouvernement travailliste d’Harold Wilson, la société est privatisée en 1988, elle fusionne en 1999 avec Koninklijke Hoogovens pour former Corus (où les britanniques sont prépondérants) qui est le 3ème plus gros producteur d’acier a monde derrière le coréen POSCO et Nippon Steel, en janvier 2007 Tata Steel rachète Corus, en 2009 la conjoncture s’est dégradée et Corus supprime 3500 emplois dans le monde dont 2500 en Grande-Bretagne. Depuis 2010, Tata Steel Europe.

            USINOR-> ARCELOR

Usinor est donc un groupe essentiellement français, la direction reste proche de ses cadres, un chef de ligne de galvanisation est encore considéré comme quelqu’un d’important. En 1993 l’acquisition de Ekostadt en ex-RDA et en 1998 l’acquisition du belge Cockerill, en font une entreprise internationale. En 2002, ce groupe passe à une dimension européenne : il fusionne avec le luxembourgeois Arbed et l’espagnol Aceralia pour devenir ARCELOR. Ce géant devient le numéro 2 mondial derrière Nipponsteel puis le 1er mondial avec lequel il a tissé une alliance.

On peut constater que la globalisation financière influence ici beaucoup la logique industrielle qui est désormais à la concentration, aux OPA amicale où non, aux dividendes pour les actionnaires… La sidérurgie française est bien à l’heure de la mondialisation, pour l’instant elle semble gagner même, mais les emplois continuent de reculer.

Dès 2005, Arcelor peine à acheter ses matières premières car les cours flambent, or Mittal Steel a eu l’intelligence de racheter des mines, il souffre moins de cette conjoncture et devient leader mondial de l’acier.

            Mittal

En 2006, Mittal devenu leader mondial du secteur lance une OPA agressive sur Arcelor, c’est la création d’un géant ArcelorMittal, une des entreprises devenues l’une des plus importantes  multinationales, son siège est au Luxembourg son patron vit à Londres. Arcelor pris à son propre piège financier ! Elle est quasiment en position de monopole en France, PSA préfère de plus en plus acheter son acier à Thyssekrupp pour faire jouer la concurrence.

                        Carte France filière chaude et froide

L’industrie sidérurgique française est entrée dans une nouvelle phase avec l’importation des minerais d’outre-mer et la maritimisation progressive de ce secteur. Les logiques mises en place au cours des années 1960 portent leurs conséquences jusqu’à aujourd’hui avec un destin épouvantable pour les régions historiques. Fermeture de l’aciérie électrique de Gandrange malgré les promesses politiques dont la Lorraine a pu éprouver le peu de crédibilité depuis les années 1980, comme le manque de courage politique.

            Mittal dans le monde

Florange et Liège gagnent de l’argent mais ArcelorMittal ferme partiellement les sites pour augmenter la rentabilité d’un groupe davantage acquis à la logique financière et désormais mondialisé.

            Lakshmi Mittal applique d’ailleurs aujourd’hui le plan Apollo (diapo Sarko) prévu par son prédécesseur Guy Dollé. En fait ArcelorMittal ferme Gandrange,  les filières chaudes de Florange, Liège (il reste un laminoir à froid) et les hauts fourneaux d’Eisenhüttenstadt. Apollo froid prévoit la centralisation de la production pour emballage sur Florange ainsi les brames viendront de Dunkerque et seront transformer sur Florange pour les besoins de l’industrie automobile, attachée à ce site et la modernisation d’autres sites. La filière inox doit être recentrée sur Charleroi (au détriment des sites d’Ardoise et Isbergues). La Lorraine n’est pas morte pour la sidérurgie car elle conserve un centre de recherche d’ArcelorMittal à Maizières-Lès-Metz (l’autre est à Chicago) la mondialisation c’est aussi l’importance de la recherche ce que comprend bien Mittal, près de 17 000 personnes travaillent pour la sidérurgie. Mais le sentiment de trahison est bien réel.

            = Cette politique est très mal vécue en Lorraine qui n’en finit plus d’agoniser, et même si la sidérurgie appartient au patrimoine national, de Mitterrand à Hollande, les politiques ont montré leur impuissance.      

La sidérurgie de la logique industrielle à la logique financière : l’exemple de Mittal devenu ArcelorMittal

C’est Wilbur Ross qui fait de Mittal le leader mondial de l’acier. Il lui ouvre les portes de la haute finance américaine et ce faisant du marché américain. C’est alliance de l’ancien monde (la « vieille économie» qu’incarne la sidérurgie) et du nouveau la finance mais aussi d’une puissance occidental et du monde émergent.

En janvier 2006, Mittal lance une OPA inamicale sur Arcelor, c’est l’affrontement de 2 mondes de 2 conceptions. Arcelor est resté sur une logique industrielle et Francis Mer de dire a posteriori que l’entreprise européenne n’a pas cherché à séduire d’autres partenaires pour faire de l’argent. Mittal est davantage dans une logique financière, c’est un manager qui travaille pour les actionnaires. Mittal c’est le symbole d’une mondialisation inversée.

Avec Mittal c’est le triomphe de la logique financière et du court termisme, horizon du trimestre financier voire du mois. L’optique est de maximiser les profits au bénéfice des actionnaires, ainsi en 2012 725 millions d’euros de dividendes sont versés aux actionnaires, dont 40% à la famille Mittal. C’est un autre capitalisme qui tient davantage du jeu de monopoly.

Au sein de groupe se développe ainsi les prix de transfert entre filial pour amener des flux de trésorerie là où les taxes sont les moins élevées. Il s’agit donc d’un système élaboré d’évasion fiscale…légal. (Luxembourg) Globalisation financière et dumping fiscal sont bien au cœur de la mondialisation.

Florange ferme après qu’elle ne puisse plus apporter des quotas carbone gratuits…

La sidérurgie illustre le basculement du Monde ?

            Production et consommation d’acier : le boom chinois +acier

La sidérurgie française subit une redistribution des cartes à l’échelle mondiale, un grand « basculement ». Il est très net que depuis le début du XXIème siècle la consommation et la production d’acier ont basculé vers l’Asie. Dès les années 1970, le Japon et les dragons d’Asie tirent à eux la croissance économique mondiale, mais c’est sans commune mesure avec le « boom » chinois.            Les plus grands sidérurgiques du monde : une bascule vers l’Asie

D’ailleurs la répartition des 10 grands groupes industriels est révélatrice à ce titre seul Arcelor est un producteur européen, certes le 1er mondial, 9 sont asiatiques 2 Japonais, 1 coréen et 6 chinois !!!! La Chine met la main sur les mines

Diagramme coût de la main d’œuvre / Ebita minerai/sidérurgistes

La force de la croissance chinoise provoque une flambée du coût des matières premières (minerais de fer, charbon) et même une difficulté pour s’approvisionner. Une des forces de Mittal est de posséder des mines. Le coût de la main d’œuvre devient très minoritaire

           

La sidérurgie subit aussi, et c’est une conséquence de ce que l’on vient de voir, un renversement de partage des profits qui bénéficient davantage aux producteurs de matières premières qu’aux sidérurgistes, cela rogne bien sûr leurs bénéfices.

            Article importation de coils depuis la Chine….

La concurrence est devenue féroce et l’étape suivante est l’importation depuis la Chine, chose faite en France où certaines entreprises préfèrent importer des coils fabriqués Chine plutôt qu’acheter des coils fabriqués en France. Bien peu de patriotisme économique… Renault diversifie ses achats quand Arcelor devient Mittal

            Article : réflexion sur le protectionnisme

Il ne faut pas désespérer et penser que ce « basculement du Monde »  est forcément définitif. Tout d’abord certains appellent au protectionnisme pour faire barrage à une concurrence qui tient davantage du dumping social et écologique qu’autre chose, c’est l’idée d’une taxe carbone sur les produits importés depuis des pays qui en usent voire abusent, la Chine pour  ne pas la nommer quand les entreprises européennes et françaises investissent dans la sécurité et les filtres (plus de 10 millions d’euros l’un) pour diminuer leurs rejets. Ces investissements nécessaires pèsent sur la compétitivité dans le cadre d’une concurrence mondiale, mais on ne peut pas s’aligner sur un moins disant.

            Sidérurgie américaine sort de nouveau la tête de l’eau : gaz de schiste

Aujourd’hui l’acier américain, en partie sous bannière ArcelorMittal retrouve une compétitivité perdue depuis longtemps grâce à une meilleure organisation de la production et les gaz de schistes qui diminuent significativement la considérable facture énergétique de cette industrie. Un recul écologique pourtant.

CONCLUSION : la sidérurgie française illustre tragiquement la désindustrialisation de l’Europe

L’Europ a montré son impuissance, Sarkozy s’est déplacé à Gandrange, Hollande à Florange, la Commission européenne a demandé à Mittal de ne pas fermer les derniers hauts fourneaux de Lorraine, en vain. Comment préserver notre patrimoine industriel ? La lente descente aux enfers de la sidérurgie européenne incarne le déclin de l’Europe, et menace notre indépendance économique dans un secteur clé. Nous avons su porter secours au secteur financier dans le cadre de la crise née des subprimes, mais pas à la sidérurgie, et cela au nom de la concurrence. Il s’agit d’u aveuglement idéologique, une illusion néolibérale qui préfère l etertiaire à l’industrie, la nouvelle économie à la vieille économie. LA conséquence évidente est la désindustrialisation, thème dont s’empare les candidats à l’élection présidentielle de 2012 pourtnta les autres sont protectionnistes : la Chine et m^me les eu de BA. Obama qui vole au secours de la sidérurgie de Cleveland.

 

La sidérurgie française et à travers elle la sidérurgie européenne a vécu un véritable drame depuis le début des années 1970, qui l’a profondément modifié. La sidérurgie a un avenir en France et en Europe mais n’aura plus jamais le rôle et le poids qu’elle a pu avoir au cours des Trente Glorieuses. Elle a subit les aspects les plus négatifs de la mondialisation, les logiques purement financières appliquées à l’industrie, un patronat qui n‘a pas su être assez clairvoyant et ambitieux, un choix aussi. Le choix de préférer les emplois tertiaires aux emplois industriels, car plus valorisants, moins pénibles et mieux payés… jusqu’à ce que l’on prenne conscience tardivement de la nécessite de rester une nation qui produits des biens industriels. L’industrie c’est d’abord des emplois, souvent mieux payés que dans le tertiaire, et avec une bonne couverture sociale, c’est aussi conserver la possibilité d’exporter et donc d’améliorer notre balance commerciale. La sidérurgie est une industrie de base donc importante à conserver, comme le savoir-faire, elle appartient pleinement à notre patrimoine industriel. Aujourd’hui la sidérurgie française appartient, comme la sidérurgie belge ou britannique, à des groupes mondialisés dont la stratégie est mondiale. Or la demande se situe plutôt dans les pays émergents… les pôles chauds doivent être conservés, investir (RD) seule garantie : de l’acier intelligent !