Europe

 

C’est le 3 décembre 1791 que Louis XVI écrit cette lettre au Roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II.

Parlons clair : Louis XVI, roi des Français, demande à la Prusse de former une alliance armée pour envahir la France et mettre fin à la Révolution. Cette lettre est conservée à Berlin, aux Geheimes Staastsarchiv Preuβischer Kultur Besitz. Il s’agit probablement du document le plus important de cette époque puisqu’il va faire basculer l’Europe dans la guerre, et cela jusqu’en 1815, si l’on considère que l’onde de choc de la Révolution française s’est arrêtée à Waterloo, voire jusqu’à une époque plus proche, si l’on considère que les conflits plus récents ont aussi des racines qui remontent à la Révolution.

En voici le texte:

Monsieur mon Frère,

J’ai appris par M. du Moustier l’intérêt que Votre Majesté avoit témoigné non-seulement pour ma personne, mais encore pour le bien de mon Royaume. Les dispositions de Votre Majesté à m’en donner des témoignages, dans tous les cas où cet intérêt pourroit être utile pour le bien de mon peuple, ont excité vivement ma sensibilité. Je le réclame avec confiance dans ce moment-ci, où, malgré l’acceptation que j’ai faite de la nouvelle Constitution, les factieux montrent ouvertement le projet de détruire entièrement les restes de la Monarchie. Je viens de m’adresser à l’Empereur, à l’Impératrice de Russie, aux Rois d’Espagne et de Suède, et je leur présente l’idée d’un congrès des principales Puissances de l’Europe, appuyé d’une force armée, comme la meilleure manière pour arrêter ici les factieux, donner les moyens d’établir une ordre de choses, plus désirable, et empêcher que le mal qui nous travaille puisse gagner les autres États de l’Europe. J’espère que Votre Majesté approuvera Mes idées, et qu’Elle me gardera le secret le plus absolu sur la démarche que je fais auprès d’Elle. Elle sentira aisément que les circonstances où je me trouve m’obligent à la plus grande circonspection. C’est ce qui fait qu’il n’y a que le baron de Breteuil qui soit instruit de mes projets, et Votre Majesté peut lui faire passer ce qu’Elle voudra. Je saisis cette occasion de remercier Votre Majesté des bontés qu’Elle a eues pour le sieur Heyman, et je goûte une véritable satisfaction de donner à Votre Majesté les assurances d’estime et d’affection avec lesquelles je suis,

Monsieur mon Frère,

de Votre Majesté,

Bon Frère.

LOUIS

 

Après un rappel du contexte historique, on se posera la question de savoir si cette lettre est authentique ou si c’est un faux.

1. Contexte historique

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI et la famille royale s’enfuient des Tuileries. Louis XVI laisse un manifeste dans lequel il déclare notamment que c’est sous la contrainte qu’il a accepté de sanctionner (d’approuver) les décrets votés par l’Assemblée et les premiers articles de la Constitution en cours d’élaboration qui lui avaient été soumis. Il les rejette donc en totalité.

Il est arrêté à Varennes et ramené sous escorte à Paris. L’Assemblée nationale le suspend. Après d’intenses tractations, un arrangement est trouvé. Les prérogatives royales sont quelque peu renforcées dans le projet de Constitution et une amnistie pour tous les faits en relation avec les événements politiques antérieurs est votée. Louis XVI prête serment à la Constitution le 14 septembre. Il est dorénavant non plus Roy de France, tenant son pouvoir directement de Dieu, mais roi des Français, premier fonctionnaire de l’État, tenant son pouvoir du consentement des citoyens. Un replâtrage, car le peuple considère que Louis XVI a trahi tous ses serments, que l’on ne peut lui faire confiance. L’idée de République est dorénavant portée par de nombreux radicaux.

Fin septembre, il écrit aux souverains étrangers qu’il a accepté librement la Constitution. Cela met fin à la crise diplomatique née de son arrestation à Varennes et qui avait notamment donné lieu à la Déclaration de Pillnitz dans laquelle l’Empereur et le Roi de Prusse avaient manifesté leur préoccupation. Le spectre de la guerre, dont ne veulent ni l’Autriche ni la Prusse, est définitivement écarté.

Le 1er octobre 1791, l’Assemblée nationale législative, qui vient d’être élue, se réunit. Rapidement, les députés radicaux attaquent le gouvernement et remettent en cause la dignité et la légitimité de Louis XVI, d’autant plus qu’il est soupçonné d’entretenir des relations secrètes avec ses deux frères émigrés et l’Autriche. Les interventions à l’Assemblée deviennent de plus en plus violentes et les députés girondins s’en prennent aux tyrans.

C’est dans ce contexte que Louis XVI aurait écrit cette lettre et des lettres analogues aux principaux souverains d’Europe. Une haute trahison si l’on considère que Louis XVI est roi des Français, un effort désespéré de la part du Roy de France pour ramener son peuple dans le chemin de l’obéissance voulue par Dieu, si l’on considère qu’il tient son Royaume de la seule grâce divine.

2. La lettre de Louis XVI est-elle authentique ?

La lettre est conservée dans un dossier « Secretissima » dans les archives prussiennes, ainsi que l’enveloppe cachetée aux armes de France dans laquelle elle était enfermée. Ce dossier est le seul à porter cette mention Secretissima au sein de tous les dossiers que j’ai examinés dans les « Archives secrètes d’État de Prusse ». Ce dossier comporte tous les éléments de traitement « administratif » du dossier et en particulier la minute de la réponse de Frédéric-Guillaume II qui donne son accord de principe avec une réserve : la Prusse devra être remboursée des frais qu’elle engagera.

Elle fut publiée, apparemment pour la première fois en 1838, par le comte d’Allonville dans les Mémoires tirés des papiers d’un homme d’État. Il la date à tort du 3 décembre 1790, ce qui est manifestement une erreur puisque Louis XVI indique qu’il a accepté la Constitution. Michelet reprend la même date dans le passage consacré au procès de Louis XVI. Louis Blanc la reproduit avec la date exacte dans son Histoire de la Révolution française. Il faut ensuite attendre Philippe Sagnac, professeur à la Sorbonne, directeur du Centre d’Études de la Révolution, pour qu’elle réapparaisse dans on ouvrage monumental, La Révolution de 1789, publié en 1934. Elle sera ensuite publiée à nouveau par deux historiens royalistes, Paul et Pierrette Girault de Coursac, qui la retranscriront dans leur ouvrage Enquête sur le procès du roi Louis XVI, publié en 1982. Mais là, il y a un fait nouveau : ces deux auteurs ont retrouvé l’original en Allemagne de l’Est, à Merseburg près de Leipzig. Je pense que ces archives n’avaient pas été accessibles au moins jusqu’à la fin de l’Empire allemand (en 1918). La République de Weimar, les troubles constants, le régime nazi furent peu propices aux recherches. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les archives de Prusse durent être évacuées de Berlin pour ne pas être exposées aux bombardements. Le rideau de fer qui s’abattit ensuite sur l’Europe les mit hors d’atteinte des chercheurs. Quoi qu’il en soit, il fallut beaucoup de courage et de persévérance aux Girault de Coursac pour retrouver l’original en Allemagne de l’Est. Ils furent certainement les premiers Français après Louis XVI à la tenir entre leurs mains. Leur conclusion est sans appel : cette lettre, dont l’écriture est quasi-identique à celle de Louis XVI, est un faux très habile.

À l’appui de leur thèse, des considérations sur d’autres correspondances de Louis XVI, auxquelles il fait référence dans sa lettre du 3 décembre, qui seraient des faux et surtout le fait que Louis XVI attribue le genre féminin à ordre (donner les moyens d’établir une ordre de choses, plus désirable, et empêcher que le mal qui nous travaille puisse gagner les autres États de l’Europe), ce qui est un germanisme puisque Ordnung est féminin. Jamais le Roy n’aurait fait une telle faute. Ils en déduisirent que c’était un faux habile, ce qui du coup exonérait Louis XVI du crime de haute trahison. On notera que la mère de Louis XVI était allemande, qu’il écrivait à un Prussien et que, sous le coup de l’émotion qu’il devait ressentir en écrivant une telle lettre, il est possible qu’il ait fait cette erreur. Mais d’autres éléments permettent d’être assuré du caractère authentique de cette lettre. Les voici.

Munro Price, professeur à l’Université de Bradford, fit procéder en juillet 2001 à une expertise graphologique, sur photo, de cette lettre par M. Bruno Galland, Conservateur en chef, chargé de la Section Ancienne, aux Archives Nationales et le Dr Susan Wharton, Director in the Depatment of Printed Books and Manuscripts de Sotheby’s. Le compte-rendu en est donné en annexe de son ouvrage The road from Versailles. Ils indiquent que, même s’il leur était impossible d’émettre un jugement définitif puisqu’ils n’avaient eu entre les mains qu’une photographie, ils n’avaient noté aucune caractéristique qui aurait permis d’estimer que cette lettre n’était pas une lettre autographe de Louis XVI. En clair, ils estimaient que c’était bien un original, mais que pour en être assurés, il leur faudrait expertiser le document lui-même.

Aucun des auteurs mentionnés ci-dessus n’a soulevé un point : dans cette lettre qui va décider de la guerre, la lettre la plus importante qu’il aurait écrite, Louis XVI écrit : « Je saisis cette occasion de remercier Votre Majesté des bontés qu’Elle a eues pour le sieur Heyman, etc. » Cette mention d'un parfait inconnu pourrait-elle permettre de confirmer ou d'infirmer l'authenticité de cette lettre ?

Qui est ce Heyman qui apparaît ainsi ? Il se trouve que c’est pour moi un oncle à la mode de Bretagne et que ma famille a conservé la correspondance qui lui fut adressée. Cet homme fut général, diplomate et maître-espion de Louis XVI et du Roi de Prusse. Il fut au cœur du pouvoir en France puis en Prusse de 1786 à 1801 et fut mêlé aux plus grands événements de la politique européenne. J’ai reconstitué sa carrière extraordinaire dans une biographie légèrement romancée, Le dernier des Morthemer. En particulier, j’ai pu reconstituer le processus qui a amené Louis XVI à remercier le Roi de Prusse des bontés qu’il avait eues pour Heymann (THOMIN de HEYMANN de son vrai nom). Le tout est détaillé avec toutes les cotes et références dans mon ouvrage et s’appuie sur des originaux consultables aux Archives nationales, aux Archives des Affaires étrangères, aux Archives prussiennes, dans les Archives de Heymann détenues par ma famille, et dans des recueils de correspondance de Marie-Antoinette et de Fersen.

En voici le résumé.

21 juillet 1791 : Heymann arrive à Berlin. Il s’y est réfugié après l’échec de la Fuite à Varennes, à laquelle il a pris part en sa qualité de second de Bouillé, commandant des troupes de la Sambre jusqu’à la Franche-Comté. Le Roi de Prusse le convie à Potsdam où il l’accueille à dîner et souper cinq jours de suite. Il va le nommer général-major. Cette situation provoque l’ire des émigrés de haut rang qui vivent dans la misère. Ils ne peuvent supporter que Heymann, ancien orléaniste notoire, jouisse d'une telle faveur. Ils entament une campagne de dénigrement.

 Début août 1791 : Heymann écrit à Louis XVI pour protester de son innocence. Cette lettre sera retrouvée dans l’armoire de fer des Tuileries, annotée de la main de Louis XVI qui indique la date à laquelle il l’a reçue : le 12 août 1791.

12 octobre 1791 : le ministre le plus influent de Prusse, Bischoffswerder, dit à Heymann qu’une cabale s’est formée contre lui et qu’il est impératif que Heymann obtienne un témoignage de Louis XVI certifiant sa loyauté. Heymann se rend alors auprès du chargé d’affaires français à Berlin et exige, je dis bien exige, que Louis XVI adresse une lettre manuscrite au Roi de Prusse attestant sa loyauté. Louis XVI recourant systématiquement à des secrétaires, une lettre autographe marquera la considération qu’il porte à Heymann. Il stipule en outre que cette lettre doit arriver à Berlin alors qu’il sera l’hôte du Roi de Pologne, Stanislas Poniatowski.

Fin novembre 1791 : Louis XVI d’une part, son frère, Monsieur, le comte de Provence écrivent des lettres personnelles à Heymann. Heymann les montre au Roi de Pologne qui les conserve. Ces lettres seront interceptées par des espions lorsque Stanislas Poniatowski les renverra à Heymann.

3 décembre 1791 : Louis XVI écrit la lettre au Roi de Prusse.

7 décembre 1791 : Marie-Antoinette écrit à Fersen pour lui enjoindre de faire en sorte que cet intrigant de Heymann n’ait pas connaissance de la lettre de son mari.

2 janvier 1792 : M. de Carisien, ministre (ambassadeur) de Suède à Berlin indique à Fersen qu’il a bien reçu ses instructions en ce qui concerne Heymann et qu’il ferait en sorte qu’il soit tenu à l’écart.

Ce processus explique comment le nom de Heymann en est venu à figurer dans la lettre de Louis XVI. On imagine mal qu’un faussaire l’y aurait introduit. Cela conforte à mon sens l'authenticité de la lettre de Louis XVI datée du 3 décembre 1791 appelant la Prusse à former avec les autres Puissances européennes une alliance armée pour détruire le nouveau régime.

3. Qui était Heymann ?

Pourquoi Louis XVI s’exécute-t-il, petit doigt sur la couture de la culotte, et obéit-il à Heymann ?

Et plus encore, pourquoi Louis XVI décide-t-il de recommander Heymann au Roi de Prusse, le seul émigré pour lequel il fera ce geste, et, ce faisant, pourquoi en accepte-t-il la conséquence inévitable, encourir les foudres de son épouse, Marie-Antoinette ?

En bref, qui était ce Général de Heymann qui commandait ainsi au Roy de France ?

Un article prochain racontera la carrière extraordinaire de cet homme. Ceux qui sont pressés, ou veulent voir cette mécanique en action, pourront consulter mon ouvrage :

Le dernier des Morthemer par Adalbert Guégan — e-book chez Amazon — 3 euros

Téléchargeable sur Kindle, iPad, Galaxy Samsung, smart-phones, ordinateurs

François (Adalbert) GUEGAN

Ingénieur en chef de l'Armement – Passionné d'histoire

 

Le 30 décembre 2014, Mario DRAGHI, président de la Banque Centrale Européenne déclarait dans une interview au journal économique allemand Handelsblatt "Le risque (d'une déflation) n'est pas exclu mais il est limité". La déflation est donc envisagée par les plus hautes instances monétaires européennes.

Pourquoi la déflation devient possible alors que pendant plus de trente ans le problème majeur a été l’inflation ? N’est-ce pas le signe que les politiques monétaires menées ont trop bien réussi ? Pourquoi la déflation est-elle un danger pour l’économie européenne et comment peut-on s’en prémunir ?

La monnaie prend une place de plus en plus importante dans nos économies. Les moyens à mettre en œuvre pour sa régulation sont complexes, mais la finalité de la politique monétaire est d’accompagner la croissance de l’activité économique en fournissant la bonne quantité de liquidité nécessaire. La crise de 2008, nous montre que la régulation n’est jamais parfaite et que des bulles spéculatives peuvent apparaitre par excès de liquidité et impacter ainsi le fonctionnement de l’ensemble de l’économie. Dans le sens opposé, la raréfaction des crédits disponibles (crédit Crunch), peut conduire à une contraction de l’activité économique non souhaitée par les acteurs économiques. On s’aperçoit que le maintien d’un niveau de liquidité adapté au besoin de l’économie n’est pas une sinécure.

Inflation versus déflation

La déflation est, selon l’INSEE, un gain du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c'est une inflation négative. Cette définition pourrait nous conduire à l’optimisme, puisque la déflation permet d’accroitre le pouvoir d’achat des consommateurs, en induisant une baisse des prix. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En réalité, la déflation est le constat d’une situation économique dégradée.

On est bien loin des taux d’inflation à deux chiffres des années 80. Car en Europe, la politique monétaire a été déléguée à la banque centrale européenne indépendante dont l’objectif principal est de lutter contre l’inflation. Les taux d’inflation dans la zone euro n’ont cessé de baisser pour se stabiliser autour de 2 % par an pendant plus de 10 ans. Ce taux de 2 % d’inflation est considéré dans le traité de Maastricht comme permettant de dynamiser l’activité économique sans être contraignant pour la compétitivité des entreprises européennes. Il permet de rester sur le chemin de la croissance économique souhaitée.

En réalité, cet objectif de faible inflation entraine des effets pervers car ce taux d’inflation moyen européen, ne tient pas compte de la diversité des économies de pays européens. On ne peut pas mettre sur un pied d’égalité les pays du nord et du sud de l’Europe. Leurs activités de production, de services n’ont que peu de point commun et les causes de l’inflation ne sont pas identiques.

De plus, les pays européens ne peuvent plus utiliser la parité monétaire pour ajuster les écarts de compétitivité de leur économie. Ils doivent agir sur les structures de leur système productif pour rétablir cette compétitivité, cela prend du temps et entraine un accroissement du chômage. Les entreprises délocalisent ou font appel à une main d’œuvre peu coûteuse. La pression sur les salaires est forte et la consommation intérieure s’en ressent.

Les Etats agissent tous avec les seuls outils de politique fiscale ou sociale qui leur restent. L’Irlande ou le Luxembourg par exemple, pour attirer des capitaux étrangers et favoriser le développement de leur économie baissent le taux d’impôt sur les sociétés. Cela se fait au détriment des autres pays européens et globalement de l’Union Européenne.

Au niveau social, l’existence d’un niveau d’un chômage élevé contraint chaque pays à jouer le jeu du moins disant social pour maintenir une certaine compétitivité économique. En France, le pacte de stabilité et de croissance constitue une baisse de 10 milliards des charges sociales pour favoriser le redressement des marges des entreprises, l’investissement et peut être l’emploi. Mais depuis 2008, la plupart des pays européens (Espagne, Irlande ou Portugal) ont connu une réduction du coût salarial de plus de 15 %.

Cette course à la baisse du coût du travail dans toute l’Europe est dangereuse car en s’imposant à chaque Etat, elle conduit à renforcer le risque déflationniste et de récession économique.

Des effets dévastateurs à long terme

La déflation est vue comme le début d’une spirale de récession économique forte est auto entretenue.

Comme dans le cycle inflationniste, l’augmentation des prix entraine une tendance à l’augmentation des salaires pour maintenir le pouvoir d’achat et implique de la part des entreprises une nouvelle augmentation des prix pour maintenir les marges.

Dans le cycle déflationniste, la baisse des prix entraine une tension à la baisse des coûts et donc des salaires. De plus, les consommateurs voyant les prix baisser sont incités à attendre, car plus ils attendent, moins les biens qu’ils souhaitent acheter seront chers. Ils impactent ainsi la demande globale et entrainent une baisse de la production des entreprises, qui n’investissent plus et cherchent encore à baisser leurs coûts.

Pour tous les agents économiques endettés, la déflation entraine une stabilisation voire une augmentation du coût de la dette, le développement d’une économie de la rente. Il est préférable d’épargner, plutôt qu’’investir. La déflation entraine une situation où l’on ne prépare plus l’avenir.

En réalité, la déflation a déjà commencé. Les données chiffrées ne feront que le confirmer dans les mois qui viennent. Les Etats n’ont plus les moyens d’agir à cause du niveau très élevé des dettes publiques. Il faut coordonner notre action au niveau européen pour faire face au risque  déflationniste.

La coordination de l’action passe par la modification des finalités de la Banque Centrale Européenne pour mettre en œuvre une politique de soutien à la croissance comme le fait la FED aux Etats Unis. Par exemple, la BCE pourrait racheter les obligations des Etats Européens pour les aider à financer leur dette, cela réduirait le coût de l’endettement public, augmenterait la masse monétaire conduisant à une baisse de la valeur de l’Euro, favorable aux exportations européennes.

Parallèlement, pour rééquilibrer les prix relatifs entre les pays du Nord de l’Europe et ceux du Sud, il serait nécessaire que l’inflation des premiers soit nettement supérieure à celles des seconds. L’impact serait d’accroître la consommation dans les pays en croissance comme l’Allemagne et de favoriser l’activité économique des pays en récession.

De plus, la recherche d’une convergence des politiques fiscales et budgétaires doit devenir une priorité pour éviter le dumping social et fiscal auquel on assiste entre pays d’Europe.

Agir contre le risque déflationniste nécessite une action concertée des Etats Européens. La solution passe en partie par une Europe politique plus affirmée, capable de prendre des décisions budgétaires de relance de l’activité économique,

L’Europe semble être la solution au risque déflationniste.

Pierre TASSION IA-IPR d'économie-gestion

 

(Article issu duSéminaire France-Chine : quels nouveaux partenariats ? Futuroscope de Poitiers, 29 août 2014)

 

« Rien ne serait plus trompeur que de juger la Chine selon nos critères européens », Lord Macartney, 1794 

1 – Approcher le dragon de taille XXl.

Sur le temps long, il y a les fondamentaux de la géographie, de la démographie et de l’économie. Aujourd’hui troisième plus vaste pays du monde,  juste avant les Etats-Unis, la Chine dispose de ressources considérables, énergétiques, minérales et agricoles. Elle peut nourrir une certaine nostalgie de l’époque (le XVIIIème siècle) où elle était, par sa zone d’influence immédiate, sans doute le plus grand pays du monde, avant l’arrivée des cosaques et des trappeurs russes en Sibérie orientale. Sur le plan de la population, la Chine dispose d’une surabondance d’hommes aptes à tout faire. Comptez vingt-et-un Chinois pour un seul Français ! L’historien Angus. Maddison  a montré, par ses travaux statistiques  sur plusieurs siècles que, jusque 1830, avec 20% de la population et 30% de l’économie mondiale, la Chine a été une véritable  grande puissance  du monde, en fait, la première, ce qui pourrait se reproduire deux siècles plus tard…

2 – Regards croisés sur deux cœurs du monde.

 Les relations entre Français et Chinois sont constituées d’un mélange de fascination réciproque et de frictions. Partagée entre sinophiles et sinophobes, la France est cependant le pays qui a inventé la sinologie, tandis qu’une magnifique tradition chinoise consiste à envoyer une partie de ses enfants achever ses humanités en France (ce fut le cas de Chou Enlai et de Deng Xiaoping, mais non de Mao Zedong). Bientôt, les étudiants chinois vont constituer la première communauté d’étudiants d’origine étrangère de l’Hexagone, devançant la communauté marocaine.

La Chine est la matrice de l’Asie orientale, Incontournable. C’est le pays des jeux de pouvoir, du savoir  (c’est l’empire des concours) et de l’avoir. Aujourd’hui chantier, atelier et banquier du monde, elle est le foyer de la plus importante diaspora qui soit.

La France, « mère des arts, des armes et des lois », est une grande nation géopolitique, au message universel,  5ème puissance économique, constructrice d’Europe, détentrice du second domaine maritime du monde, Elle a des liens forts et spécifiques avec l’Afrique, continent d’avenir, dont une importante partie parle sa langue. Les deux pays disposent d’un siège permanent à l’ONU qui n’en compte que cinq.

 Ce sont deux anciennes civilisations rurales, enfants de la terre jaune là-bas et enfants de la patrie, couleur terre de France ici. et en voie d’urbanisation rapide. Le général de Gaulle a reconnu en 1964, en la Chine, « une nation plus vieille que l’histoire». « Il n’y a rien, dans cette décision, qui comporte la moindre approbation du système politique qui domine actuellement en Chine ». «La France reconnait simplement le monde tel qu’il est ».

3 – Perceptions françaises de la Chine contemporaine.

« Le grand timonier », Mao Zedong a restauré l’Etat chinois, libéré « la seconde moitié du ciel « et simplifié l’écriture nationale. Le « petit timonier a réformé « à petits pas » et pratiqué l’ouverture qui a consisté à  mettre l’étranger au service du national,  à « attraper l’oiseau sur la branche », en donnant la priorité absolue à l’industrie (Built,  Operate, Transfert). D’où l’immense rattrapage : « factory, navy, city ».

Mais, surtout : la Chine est passée maîtresse dans la captation, l’indigénisation et l’absorption technologique, au prix de nombreux contentieux juridiques concernant la propriété industrielle. Mais, arrêter l’analyse à ce stade  serait dépassé, car le pays a inventé un système unique au monde : l’économie socialiste de marché aux couleurs chinoises. Il s’agit d’un capitalisme d’Etat avec double appartenance au niveau des responsabilités politiques et économiques, ce qui  octroie une force de frappe financière considérable aux  champions nationaux, bien dotés en crédits bancaires et en autorisations administratives. La Chine, déjà  pays des grands travaux et des réseaux est aussi devenue celui des labos et des expos, des ingénieurs et  des brevets industriels. Elle a déjà  engagé la bataille des marques et des normes. Capable, bientôt, de vendre des TGV à la Californie et des centrales nucléaires à la Roumanie. Nous pouvons aussi prendre l’exemple du secteur stratégique des télécommunications. Avant la fin de l’année 2014, la Chine disposera de trois des cinq premiers équipementiers du monde (Huawei, ZTE et le « petit dernier », Xiaomi). Est-ce si étonnant de la part d’un pays qui s’achemine vers le milliard d’abonnés ? Demain, le ciel sera A, B et C: A comme Airbus, B comme Boeing et comme COMAC, champion chinois de l’aéronautique, car la Chine a besoin de milliers d’avions civils.

Ce hard power industriel est complété par un nouveau  soft power culturel. Le premier institut Confucius a ouvert à Tachkent, en 2004, au cœur de la route de la soie, l’année suivante, Poitiers a accueilli le premier de France. Un jour, le monde en comptera  mille ! Qui ne connait le « rating » universitaire de Shanghai ? Les arts  explosent en Chine, aussi bien en termes de marché qu’au niveau de la création.

Côté « smart power », la Chine avance sur les quatre écrans : smart phone, computer, TV er cinéma. Nous connaissions Hollywood et Bollywood, mais « Chinawood » est déjà  puissant sur la plan économique et éblouissant sur la plan artistique.

La Chine a-t-elle mangé son riz blanc ? Est-elle un géant aux pieds d’argile ? Ce qui est sûr c’est qu’elle est, comme nous, à une croisée des chemins. Cependant, elle ne nous a pas  attendus pour identifier ses problèmes de façon impériale. Le Premier ministre Wen  Jibao  évoquait  déjà « une croissance instable, inégale, injuste et non durable ». Nous pouvons esquisser une première nomenclature des défis chinois: vieillissement rapide du pays de l’enfant rare, ralentissement inéluctable de la croissance alors qu’il a besoin de créer 10 millions d’emplois par an), inégalités sociale accentuées au pays de Mao, la question de l’état de droit, l’allocation des ressources publiques, l’insécurité alimentaire, la corruption, et une pollution délétère. Il  faut  passer d’une économie mercantile à une économie inclusive : le 12 ème plan en cours et le Président Xi Xinping veulent y remédier par le privé, les PME,  la  « go west policy », pour diffuser la croissance à l’intérieur et dans les profondeurs du pays, surtout dans les villes moyennes de 2ème et 3ème niveau (aménagement des campagnes et  de la ville durable, car le rêve chinois sera urbain ou ne sera pas).

Une politique pro-marché est engagé avec la montée des salaires dans l’industrie (le « smigard » de la ville-province de Shanghai est mieux rémunéré que son homologue bulgare), une nouvelle sécurité sociale  esquissée pour les ruraux, une meilleure intégration des paysans-ouvriers, les  « mingong », (200 millions) en agglomération. La plus grande classe moyenne du monde qui vient de se constituer n’a pas que des dépenses contraintes. Ses dépenses discrétionnaires, celles qui font l’agrément de la vie, explosent : restauration, distribution, luxe, santé-beauté, et celles liées à la mobilité et à la connectivité, car le chinois nouveau est arrivé, instruit, informé, relié. Paul Claudel le remarquait déjà : « La société chinoise est en état d’effervescence perpétuelle »

Dans cette Chine nouvelle, la France a toutes ses chances, sous réserve de certaines conditions : choisir « sa Chine », coordonner les efforts des grandes firmes et des PME (« chasser en meute » comme le font les Allemands), gérer la propriété intellectuelle, exiger la réciprocité, mais éviter toute arrogance. Avec ses produits premium, ses services de qualité et sa « french touch », la France bénéficie d’ailleurs, en Chine,  d’un préjugé plutôt favorable !

 4 – La projection de la Chine

Dans le basculement économique et géopolitique du monde, la Chine est au centre de trois configurations majeures. :

Le groupe de Shanghai qui lui permet de contrôler ses  marges et  ses marches continentales près de ses quatorze voisins.

Les BRICS : 3 A : Asie, Amérique du sud et Afrique (l’homme noir est considéré dans les annales chinoises comme habile, courageux, intelligent et redresseur de tords ». En y investissant a sa façon, la Chine a redonné confiance à l’Afrique, du Gabon à l’Ethiopie lorsque l’Occident semblait l’oublier. Elle y pratique son schéma classique d’échanges d’Infrastructures contre fournitures et nourriture, ce qui lui permet de desserrer ses nouvelles dépendances énergétiques, minières et alimentaires. Projet de BRICS’s Bank (alternative au FMI et projet de  nouvelle Banque asiatique dont le siège serait à Shanghai  et  la Chine le maître d’œuvre et le principal bailleur de fond, créant des sino dépendances  autour d’elle, à la grande inquiétude de la Banque Asiatique du développement dont le siège est à Manille).

ASEAN : c’est l’enjeu Thalassa, halieutique, énergétique et géostratégique en Mer de Chine méridionale. La limite de l’exercice est, sans doute, soulignée par Hubert Védrine : « la coalition des inquiétudes ». La Chine pour se développer, l’Amérique pour se protéger ?

La Chine ne souhaite pas jouer le rôle de shérif mondial, bien trop onéreux, mais elle entend restaurer sa suzeraineté régionale traditionnelle en Asie, d’où, aussi, la restructuration de ses armées : l’APL, datée, entend se doter d’une nouvelle force de projection. Son chef, Xi Xinping, redécoupe les régions militaires  qui passent de 7 à 5 dans un contexte interarmées, au profit de la marine, de l’armée de l’air et de l’épopée spatiale.

5 – Une leçon chinoise pour la France et l’Europe ? 

Parce que le pays a une bonne résilience et des réserves de croissance (sa moitié encore pauvre), parce qu’il sait réussir une planification et s’adapter en permanence, tandis que ses dirigeants disposent d’une dizaine d’années pour accomplir, La Chine a des chances de réussir les réformes susceptibles de lui faire regagner son premier rang millénaire, mais elle, et elle seule, décidera du rythme de sa propre évolution. Le défi qu’elle nous adresse, par sa seule ombre portée, c’est de redéfinir notre positionnement et de réinventer notre relation avec elle. 

Claude Chancel

 

         La laïcité est souvent présentée comme l'exception française incomprise des pays étrangers. D'ailleurs, le tout nouveau Observatoire de la laïcité n'affirme t-il pas dans les intentions d'actions affichées : Faire des propositions pour mieux expliquer à l’étranger ce qu’est la laïcité en France, ses fondements et son application.Si la laïcité est bien une passion française, la réalité laïque n'est peut-être pas si absente qu'on ne le dit dans la diversité des autres situations nationales.

 Plutôt que de parler de laïcité, qui est un terme inventé par la France[1], pour désigner les modalités de gestion du religieux selon deux grands principes : la liberté de conscience et le principe de séparation Etat/Eglises, parlons pour les autres pays, de mode de régulation du religieux. Qu’en est-il de la laïcité hors de France ? 

1-      Dans l’Union européenne c’est une situation de grande diversité qui prévaut quant à cette régulation.

L’entrée dans la modernité[2] ne s’est pas opérée de la même manière pour les différents Etats, et donc, selon leur histoire propre, selon le processus de mise en  place d’un Etat moderne, soit en phase, soit en lutte contre une religion dominante, selon le récit d’une construction identitaire nationale, le rapport concret Etat/religions est extrêmement différent. Le passage  en revue de toutes les situations nationales étant bien entendu hors de question, nous esquisserons ici une typologie selon deux grands types de régimes[3].

·        Le régime de confessionnalité (dans le nord-ouest plutôt protestant, mais aussi au sud-est orthodoxe)

Ce qui prime ici c’est l’idée de liberté religieuse, de libération. Ces Etats, à grande majorité protestante, n’ont jamais connu d’opposition frontale avec telle ou telle Eglise, aussi, non seulement une séparation ne se justifie pas, mais au contraire, une compénétration est recherchée.

Le deuxième principe est celui de hiérarchisation : une ou deux religions se distinguent des autres, elles sont « dominantes », ou « officielles », ou encore « nationales », cela assorti de prérogatives et de responsabilités particulières.

Les raisons sont avant tout historiques. L’Etat dans sa quête de souveraineté n’a jamais rencontré d’opposition religieuse, la religion dominante est perçue comme le ciment de l’unité nationale [Dans l’Irlande catholique, même si l’Etat est neutre, récemment d’ailleurs, la société est fortement imprégnée de catholicisme, il y a peu de sécularisation, le blasphème est puni].

Le meilleur exemple est celui du Danemark où l’Eglise évangélique luthérienne est l’Eglise du peuple danois (à 80%). Le clergé est fonctionnaire, l’Eglise reçoit une part de l’impôt, gère l’état civil comme un service public. Il y a bien reconnaissance de la liberté de conscience (11 autres cultes sont reconnus), mais pas de séparation.

Au sud-est, en Grèce, l’Eglise orthodoxe autocéphale a un statut de religion d’Etat, la constitution lui reconnaît une « position dominante » essentielle à l’identité nationale. Le clergé est fonctionnaire, des prières obligatoires sont dites à l’armée comme à l’école. La Grèce assure néanmoins la liberté de religion.

·        Le régime de séparation (plutôt au sud en culture catholique)

Dans des contextes historiques différents où souvent la religion fut, à un moment donné de l’histoire, plutôt un motif de déchirure nationale[4]. Cela s’est traduit par la mise en place de deux principes : de séparation, et d’égalité confessionnelle. Schématiquement, Philippe Portier distingue deux espaces selon le degré d’application de ces deux principes.

– Une zone intermédiaire entre le nord et le sud, dont l’Allemagne est le meilleur représentant, avec une séparation souple tendant vers une certaine coopération :

symbolique (dans la constitution allemande de 1949 on lit « le peuple allemand responsable devant Dieu et devant les hommes) C’est une « séparation coopérative »

financière : les Eglises reçoivent 10% de l’impôt sur le revenu

reconnaissance politique : les Eglises participent à la réflexion, (niveaux Lander et fédéral) sur des thèmes sociétaux : jeunesse, éducation.., elles exercent une grande influence, sont bien intégrées dans la vie publique.

– Au sud, une séparation assez stricte, à un moment donné de l’histoire donne une situation diamétralement opposée : pas de référence à Dieu, pas de reconnaissance  financière (en France les tribunaux administratifs de première instance sont souvent stricts sur ce sujet), réticence à une expression religieuse et une influence  dans l’espace publique.

Le tableau ne serait pas exact si l’on en restait à cette situation statique, des mouvements se font jour vers une certaine harmonisation, vers une certaine convergence dans l’Union.

·        L’évolution des contextes entraîne inéluctablement une évolution des modes de régulations, des pratiques.

Trois dynamiques sont à l’œuvre,

–         D’ordre religieux (les bouleversements des comportements : chute d’audience des Eglises établies, modes individuels du croire, essor des sans religion, pluralisme avec l’arrivée de l’islam, tout cela bouscule les identités et pose problème aux pays de confessionnalité, construits sur une conception d’homogénéité religieuse).

–         D’ordre politique. Le politique globalement est en crise, il n’a plus les moyens de son auto-perpétuation, il doit s’adresser à la société civile, et entre autres, s’ouvrir aux religions, comme facteur de sagesse et d’aide à la régulation sociale, d’où l’affirmation de la reconnaissance sociale des religions, comme dans le cas français.

–         Si l’Europe est incompétente en matière de gestion des cultes, elle ne cesse d‘inventer des normes, des pratiques de gouvernance, qui représentent pour les Etats membres, des injonctions, ou provoquent un légitime souci de mimétisme.

·        Ces différents facteurs contribuent à transformer les droits nationaux.

Les régimes de confessionnalité évoluent vers une déconfessionnalisation : la Suède en 2002 a opté pour le régime de séparation, d’autres pays s’interrogent. Les systèmes d’homogénéité sont remis en cause par le pluralisme de fait.

Les régimes de séparation évoluent vers une laïcité de dialogue et de reconnaissance. La France est dans ce cas. Même les politiques mémorielles évoluent : jusqu’en 1946, seule existait la sacralité du politique issu de 89, depuis, les racines chrétiennes refont surface, avec de Gaulle, avec Mitterrand (l’image du village avec son clocher)..

Il semblerait que nous allions, à petit pas, vers une certaine convergence européenne caractérisée par trois grands principes :

– De reconnaissance par des pays marqués par la diversité

– D’égalité des conditions (contre le principe de hiérarchisation)

– Le principe de sécurité (de « cohésion » disent les textes européens). Il s’agit pour l’Union de faire droit à la diversité sans remettre en cause les ordres constitutionnels issus des Droits de l’Homme.

2- Aux Etats-Unis : omniprésence du religieux ou laïcité ?

Les Français très fiers de leur laïcité peinent à comprendre le système américain où entrent en contradiction, du moins apparente, la laïcité officielle de l’Etat d’un côté, et de l’autre, l’omniprésence de Dieu dans les discours officiels, notamment du Président, quel qu’il soit.

·        Le cadre juridique est bien celui d’un Etat laïque. C’est ce qu’expriment :

–         l’article 1 du premier amendement de la constitution : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre ».

–         et l’article VI, 3 de la constitution de 1787 : « Les sénateurs et représentants susmentionnés, les membres des diverses législatures des États et tous les fonctionnaires exécutifs et judiciaires, tant des États-Unis que des divers États, seront tenus par serment ou affirmation de défendre la présente Constitution ; mais aucune profession de foi religieuse ne sera exigée comme condition d'aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l'autorité des États-Unis ».

 Les principes de séparation et de liberté religieuse sont ainsi  nettement posés. Ces principes sont rappelés par le catholique Kennedy lors de sa campagne électorale au Texas: « Je crois en une Amérique où la séparation de l’Eglise et de l’Etat est absolue ». Les pères fondateurs parlent eux de « mur de séparation » entre les Etats et les Eglises. Contrairement aux idées reçues, l’Etat américain applique avec plus de rigueur le principe de séparation que l’Etat français à tendance interventionniste : N’est-ce pas l’Etat français qui a permis par ses interventions répétées la création du CFCM ?

·        Or, chacun le constate, outre une offre religieuse extrêmement diversifiée[5], les discours officiels sont émaillés de références religieuses, l’année est scandée par des manifestations religieuses officielles, la vie quotidienne toute entière est imprégnée de religieux, jusqu’au billet vert qui porte la devise « in God we trust [6]», ce qui peut se traduire par, « Nous mettons notre confiance en Dieu ». Les principales manifestations de ce religieux officiel sont le National Day of prayer, le Memorial Day,[7] le Thanksgiving Day, le serment d’allégeance au drapeau tous les matins à l’école, et le serment d’investiture présidentielle tous les quatre ans.

·        Que signifient ces nombreuses références à Dieu ? Le Dieu créateur de l’univers de la Déclaration d’indépendance, l’Etre Suprême de la Déclaration des Droits de 1776, qui est-il ? C’est un Dieu abstrait, celui de l’ordre, de la vocation morale de la nation américaine, c’est le Dieu a-confessionnel de la Religion Civile. Celle-ci vise à unir le peuple (divisé par ses origines, par ses appartenances à une multitude d’Eglises). Cette religion civile, chère à Rousseau, a son calendrier (le National Day of prayer, le Memorial Day, le Thanksgiving Day), son grand prêtre – le Président lui-même. La Nation américaine est soumise à Dieu, un Dieu de conception « déiste », source des droits inaliénables des individus. La liberté vient de Dieu, mais c’est le peuple qui est souverain, à qui il revient de mettre en place les institutions qui garantissent ces droits. Le pouvoir politique ne vient pas de Dieu, mais du consentement des gouvernés.

·        France et Etats-Unis ont bien deux cultures laïques différentes : « La France se vit laïque alors que l’Etat ne cesse d’intervenir dans le domaine des cultes, quand les Etats-Unis se vivent religieux alors que l’Etat y reste neutre »[8].

Aux Etats-Unis, les Eglises et l’Etat sont séparés, le religieux et le politique ne les sont pas.

3-La laïcité peut-elle exister dans un pays musulman ? L’exemple de la Turquie

Il est vain d’ausculter les théologies des religions pour savoir si elles sont ou non compatibles avec la démocratie, avec la laïcité. Aujourd’hui avec l’islam, comme hier avec le catholicisme,  il est vain de s’interroger sur leur degré de compatibilité. La décision du ralliement des catholiques français à la République résulta d’une décision politique (le fameux toast d’Alger du cardinal Lavigerie, en accord avec le pape Léon XIII en 1890).[9]

La démocratie comme la laïcité (sans que cela soit impérativement la même démarche qu’en France) sont possibles en terre d’islam, il faut cesser cette approche essentialiste de la religion qui affirme trop rapidement la confusion entre le politique et le religieux, ce qui fait le jeu des fondamentalistes. Nul ne peut prévoir l’évolution à échéance de quelques années dans les pays du « printemps arabe », par contre, l’exemple turc, proche de l’occident, est intéressant à analyser.

·        Les origines de la laïcité turque, outre une tentative lancée par « les jeunes Turcs » en 1908, sont à chercher dans l’action volontariste de Mustafa Kemal après la défaite et l’implosion de l’Empire Ottoman en 1918. Se moderniser à cette époque signifie s’européaniser, accéder à la modernité de l’Etat par l’instauration d’une République (en 1923 suite à l’abolition du califat en 22), par la mise en place d’un Code civil (24-26) sur le modèle français. Les changements sont progressifs mais bouleversent totalement les habitudes turques. Ce n’est qu’en 1937 que la laïcité[10] est véritablement introduite dans la constitution de cette première République (1924). Mustafa Kemal  en adoptant les valeurs des vainqueurs de 1918 évite à la Turquie le sort des pays arabes colonisés.

·        Cependant, les caractéristiques de cette laïcité turque sont différentes de la laïcité française. Ce n’est pas un régime de séparation, la sacralisation de l’Etat kémaliste va de pair avec une étatisation du sacré. Elle s’inscrit dans le cadre d’un régime autoritaire peu soucieux de libertés individuelles. La Turquie, pays très nationaliste,  conçoit la religion (seulement le sunnisme) comme facteur organisateur de la société. La religion, reléguée dans la sphère privée, est absente de la sphère publique, mais fortement encadrée par l’Etat, elle exprime l’identité nationale.

France (1905)

Turquie (1937)

Séparation, esprit libéral

Contrôle de la religion, conception autoritaire

Clergé non rémunéré, libre

Le clergé est contrôlé : les 72 000 imams sont des fonctionnaires

Liberté de croyances : l’Etat ne s’occupe pas des croyances

La Présidence des Affaires Religieuses – une très grosse administration- contrôle tout, écrit les prêches hebdomadaires

Le pluralisme est accepté

On vise ainsi l’unité de la nation turque. L’arabe est à nouveau autorisé pour les prières.

Principe d’égalité des cultes

Seul le sunnisme est accepté, les traditions populaires sont écartées. Les ¾ sont sunnites, l’autre ¼ est alevi.

·        Evolution de la laïcité en Turquie. Cette laïcité, imposée et maintes fois réimposée par la force, ne résulte pas d’une sécularisation de la société. Aussi devine t-on une constante tentation d’un retour au religieux dans les couches populaires. La junte militaire qui prend le pouvoir en 1980 favorise l’émergence des islamistes contre ce qu’elle estime être un risque d’essor d’idées de gauche. La constitution de 1982 qui en découle rend obligatoire l’enseignement coranique à l’école. En 1986, une loi sur le blasphème est votée, l’armée renforce ainsi l’islam dans le pays tout en se proclamant la garante de l’héritage laïque, surtout, il est vrai, à partir des premières victoires électorales islamistes en 1994-95.

Là comme ailleurs, se pose la question du voile islamique. Ce dernier est interdit à l’université et dans les cérémonies officielles. Tout est en train de changer avec l’arrivée au pouvoir du parti islamiste AKP en 2002. Les islamistes « modérés » au pouvoir sont accusés régulièrement de vouloir islamiser le pays et de s’éloigner de la laïcité du père fondateur de la nation. L’héritage kémaliste va-t-il être détruit ? De nombreux indices semblent confirmer ces intentions : présence de femmes de ministres voilées lors de cérémonies officielles, introduction de questions religieuses aux examens d’entrée aux écoles, souhait exprimé d’avoir une « jeunesse turque religieuse », souhait de supprimer les références à la laïcité et à Mustafa Kemal, fortes purges menées auprès des cadres supérieurs de l’armée garante traditionnelle de la laïcité, menaces sur les minorités alévie et juive…. Tous ces faits poussent régulièrement les pro-laïques  à manifester dans la rue.

A l’heure où le régime turc pourrait servir, partiellement du moins, de modèle aux Etats arabes issus du « printemps » de 2012, où les islamistes turcs longtemps pro-Union Européenne, pourraient, par dépit, face au refus qui leur est  rétorqué, regarder ailleurs, il est légitime de s’interroger sur l’avenir de cette laïcité, certes particulière, mais assez unique dans le monde musulman.

Conclusion

La laïcité, au sens large, est globalement un acquis propre aux démocraties stabilisées comme celles de l’occident. On l’aura compris, il ne faut pas identifier la laïcité au seul régime français de régulation du religieux, conçu comme le modèle idéal comparativement aux autres qui seraient attardés ! Et qui par ailleurs, n’aiment pas recevoir de leçons de la part des Français. En raisonnant ainsi, il est possible d’affirmer que les pays occidentaux et notamment de l’UE sont laïques, et cela, aussi bien au niveau des individus libérés de la tutelle des religions dans leur vie quotidienne (c’est la sécularisation), qu’au niveau institutionnel (laïcité) où le politique est autonome de tout pouvoir religieux, sa légitimité étant liée à la démocratie. Cela se vérifie même en situation de régime des cultes reconnus, comme au Danemark ; Si l’Eglise luthérienne est toujours l’Eglise de la nation, la société danoise est l’une des plus sécularisées d’Europe. « Il y a autant de régimes laïques que de situations nationales » rappelle le grand spécialiste de la question, Emile Poulat.[11]

« Au-delà de la diversité des relations Eglises-Etat… l’Europe partage ce que l’on peut appeler une laïcité culturelle, respectant  les quatre grandes caractéristiques suivantes :

–         la neutralité confessionnelle de l’Etat et de la puissance publique (autonomie)

–         la liberté religieuse et liberté de non-religion

–         l’autonomie de la conscience individuelle

–         le libre examen et le débat contradictoire »[12]

Après avoir décentré notre regard avec cette prise  en compte de la diversité des modes de régulation du religieux, que pouvons-nous dire actuellement de la spécificité française ?

Dès l’origine, le mode français de régulation du religieux se singularise  d’abord par un caractère plus conflictuel, fortement idéologisé par imprégnation de regards philosophiques plus critiques à l’égard du religieux (Libre pensée, franc-maçonneries, rationalismes..), mais également par l’affirmation d’un Etat républicain émancipateur des individus à l’encontre de toutes tendances particularisantes, hier les langues régionales par exemple, mais bien entendu, les religions, qui différencient, voire communautarisent. Dans la tradition de Jules Ferry, reprise par le ministre de l’Education Nationale en 2013, il revient à cet Etat émancipateur d’exercer une « certaine direction des intelligences ». Si ces tendances lourdes refont régulièrement  surface lors des moments de crispations, le régime français est tout de même entré dans une phase d’apaisement comparativement aux tensions vécues début XXe siècle. Que l’écume des jours constituée par telle ou telle affaire de voile, ne vienne pas nous masquer les caractéristiques actuelles d’une laïcité d’acceptation et de reconnaissance.

 

Christian BERNARD

 

 

 

 

 

 


[1] Néologisme créé par Ferdinand Buisson ou par le Littré ?

 

 

 

[2] Fin XVIIIe, début XIXe siècles

 

 

 

[3] Nous utilisons ici la typologie exposée par Philippe Portier lors d’un colloque au Campus Condorcet. 23/06/2011

 

 

 

[4] Unamuno en Espagne disait « ici tout le peuple est derrière le curé, une moitié avec une croix, l’autre moitié avec un bâton ».

 

 

 

[5] Ne pas oublier que c’est ce pluralisme religieux qui historiquement a fondé la liberté américaine. 95% des Américains croient en Dieu, 40% pratiquent régulièrement.

 

 

 

[6] Une grande part du renforcement du religieux dans le paradigme officiel des Etats-Unis, est due au président Eisenhower au début des années 50, en pleine guerre froide. Il remplace la devise nationale « E pluribus Unum » par « In God we trust » qui désormais figure sur les billets. C’est également lui qui introduit « under God » dans le serment quotidien au drapeau.

 

 

 

[7] Le dernier lundi de mai en souvenir des morts  des guerres.

 

 

 

[8] Erwan Le Noan, avocat, enseignant à Sciences Po (blog toujourspluslibre.com)

 

 

 

[9] Olivier Roy, La laïcité face à l’islam, Pluriel Hachette, 172 p., 2006, p.70

Mohamed-Chérif Ferjani, Le politique et le religieux dans le champ islamique, Fayard, 353p. 2005.

 

 

 

[10] Le mot laiklik vient directement du français laïcité.

 

 

 

[11] Emile Poulat, Liberté, laïcité, Cerf-Cujas, 1988

 

 

 

[12] Jean-Paul Willaime, les religions dans l’espace public européen, in La laïcité, mémoire et exigences du présent, Doc française , « problèmes politiques et sociaux », n° 917, oct. 2005, p. 91

Du même auteur Conférence européenne, Saint-Marin, 23-24 avril 2007

La dimension religieuse du dialogue interculturel : quel dialogue entre le Conseil de l’Europe, les communautés religieuses et la société civile ? http://www.coe.int/t/dg4/intercultural/Source/Willaime_FR.doc

 

 

 

 

 

L'IESR, en coopération avec le CIEP, organise un colloque international : "École et enseignement des faits religieux en Europe: objectifs et programmes"

IESR : Institut Européen en Sciences des Religions

CIEP : Centre International d’Études Pédagogiques (CIEP)

Les jeudis 20, vendredi 21 et samedi 22 septembre 2012

Au CIEP (salle des gardes) 1 avenue Léon-Journault 92310 Sèvres. Plan d'accès : http://www.ciep.fr/seminaire/docs/acces_ciep.pdf

PRÉSENTATION

Dix ans après le rapport de Régis Debray sur l’enseignement des faits religieux à l’école publique laïque (2002), après le bilan effectué en mars 2011 par la Direction de l’Enseignement Scolaire sur l’enseignement des faits religieux dans les différentes disciplines, il est devenu urgent de reprendre l’analyse comparée à l’échelle européenne sur des aspects précis de cet enseignement, à savoir ses objectifs, les programmes qui le définissent et les matériels pédagogiques utilisés.

Avec la participation de Dominique Borne, le CIEP avait déjà organisé une session sur «école et religion» incluant une analyse comparée à l’échelle européenne (voir le dossier publié dans La Revue internationale d’éducation de Sèvres, n°36, juillet 2004). Dans le cadre du programme européen financé par Bruxelles (le programme REDCo : La religion dans l’enseignement) qui s’est déroulé de 2006 à 2009, les diverses situations nationales et leurs évolutions ont été analysées, ainsi que la perception et les attentes que les élèves de 14-16 ans ont vis-à-vis de cet enseignement. Le fait que l’on puisse s’appuyer sur ces travaux antérieurs permet aujourd’hui d’aller plus loin en se concentrant sur des aspects particuliers.

Le but de ce colloque international est de poursuivre la comparaison européenne en se focalisant tout d’abord sur les objectifs assignés à cet enseignement sur les faits religieux non seulement en matière de connaissances et de compétences, mais aussi comme élément d’une éducation à la citoyenneté démocratique dans des sociétés pluralistes. Il s’agira ici de documenter et d’analyser les textes définissant les objectifs de cet enseignement et délimitant les programmes et les cursus (étude comparée des curricula). La deuxième focalisation de ce colloque portera sur les ressources documentaires élaborées et utilisées pour cet enseignement, en particulier le matériel pédagogique mis à disposition des maîtres et des élèves. La comparaison, à dominante européenne, s’ouvrira à la francophonie en intégrant le Québec, car des évolutions importantes en matière d’enseignement culturel des religions se sont produites dans cette province francophone du Canada. Concernant la France, nous n’oublierons pas de prendre en compte la situation des écoles publiques d’Alsace-Moselle où l’enseignement religieux confessionnel connaît d’importantes évolutions ces dernières années.

Ce colloque intéressera aussi bien les praticiens de l’enseignement des faits religieux que toutes les personnes désirant se tenir informées des évolutions de cet enseignement et des débats qu’il suscite.

PROGRAMME

Jeudi 20 septembre
14h:
Accueil (Isabelle Saint-Martin, directrice de l’IESR et François Perret, directeur du CIEP)
Introduction et présentation du programme (Jean-Paul Willaime, EPHE-IESR)
Intervention d’un représentant du ministère de l’Éducation nationale
Intervention de Carole Reich (Conseil de l’Europe, responsable des Rencontres sur la dimension européenne du dialogue interculturel)
I) Objectifs et organisation de l’enseignement des faits religieux dans quelques pays d’Europe
Présidence de séance: Jean-Dominique Durand (Université Jean Moulin, Lyon 3)
15h:

Julia Ipgrave (Université de Warwick, Royaume-Uni): «Le débat anglais sur la “Religious Education”»

Roberto Mazzola (Université de Piemonte Orientale Amadeo Avogadro – Alessandria – Novara – Vercelli, Italie) : «La religion à l’école en Italie: état des lieux et évolutions»

16h – 16h15: Pause
16h15:

Tim Jensen (Université de Copenhague, Danemark): «Danish Religious Education. Developments, Trends and Tendencies 1970-2012»

Wolfram Weisse (Université de Hambourg, Allemagne): «La religion à l’école dans le Land de Hambourg»

17h15: Débats

Vendredi 21 septembre
II) Le cas français
Matinée – Président de séance : Dominique Borne (Président du conseil de direction de l’IESR)
9h:

Philippe Gaudin (IESR): «Enseignement des faits religieux et laïcité en France»

Isabelle Saint-Martin (IESR): «Enseignement des faits religieux et histoire des arts. Concurrence et complémentarité»

10h-10h15: Pause
10h15:

Anna Van den Kerchove et Stéphanie Laithier (IESR): «L’enseignement des faits religieux dans les programmes et les manuels d’histoire en France»

Evelyne Martini (IPR, Éducation nationale, France): «L’enseignement des faits religieux dans les programmes et les manuels de lettres en France»

11h30-12h15: Débats
12h15-14h: Pause déjeuner
Après-midi-Président de séance: Jean-Marie Husser (Université de Strasbourg)
14h:

Louis Hourmant et Jean-Paul Willaime (IESR): «L’enseignement religieux dans les écoles publiques d’Alsace-Moselle : évolutions et défis»

14h30 -14h45: Débats
III) Le matériel pédagogique
14h45:

Mariachiara Giorda (Université de Turin, Italie): «Les faits religieux dans les manuels d’histoire en Italie»

Andrea Rota (Université de Bayreuth, Allemagne), Séverine Desponds et Christine Fawer-Caputo (Haute école pédagogique de Lausanne, Suisse): « Entre théologie, pédagogie et science des religions : l’évolution des manuels scolaires pour l’enseignement religieux en Suisse»

15h45-16h: Pause
16h:

Mireille Estivalèzes (Université de Montréal, Canada): «Les religions dans les manuels d’éthique et culture religieuse du secondaire au Québec»

16h30: Débats

Samedi 22 septembre
IV) Débats et polémiques scientifiques et socio-politiques autour de cet enseignement et de ses enjeux
Président de séance: Charles Coutel (Université d’Artois)
Ouverture par Denis Pelletier (président de l’EPHE)
9h:

Jean-Paul Martin (GSRL): «L’enseignement d’éthique et de culture religieuse au Québec: quelle approche des faits religieux?»

Jacques Pettigrew (Responsable des programmes « Éthique et culture religieuse », Québec, Canada): «L’enseignement d’éthique et de culture religieuse au Québec et le respect des droits fondamentaux: les procès et la décision de la Cour Suprême du Canada»

10h-10h15: Pause
10h15:

Patrick Loobuyck (Université d’Anvers, Belgique): «Les cours de religion en Belgique: situation actuelle et débats»

Maria del Mar Griera (Université de Barcelone, Espagne): «Les débats espagnols autour de l’enseignement relatif aux religions à l’école»

11h15-12h: Débats
12h-13h:

Table ronde finale animée par Jean-Paul Willaime, avec la participation des intervenants et celle de Philippe Joutard (professeur émérite d’histoire moderne): «L’enseignement des faits religieux en Europe: perspectives, débats et conflits»
 

Entrée libre sur inscription jusqu'au 17 septembre 2012, dans la limite des places disponibles, auprès de iesr@ephe.sorbonne.fr (indiquer civilité, nom, prénom, coordonnées postales et courriel, numéro de téléphone et statut professionnel) en précisant les journées et demi-journées auxquelles vous souhaitez assister.

Vous pouvez aussi vous inscrire en complétant un bulletin d'inscription téléchargeable sur notre site (http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/docannexe/file/6807/site_bull_inscription_202122.09.12.pdf) à renvoyer à l'IESR, 14 rue Ernest Cresson 75014 Paris ou à iesr@ephe.sorbonne.fr

Informations complètes sur le site de l'IESR: http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index6806.html