Droits de l’Homme

 

 

Le nouveau pôle Religions au sein de la direction de la prospective du ministère des affaires étrangères et européennes.

Ce pôle, directement rattaché au ministre en titre, a été créé en juin 2009 par Bernard Kouchner dans le but de prendre en compte les évolutions du facteur religieux dans le monde. Le Livre Blanc sur la défense et la Sécurité nationale de 2008 préconisait déjà cette prise en compte comme élément important de l’actuelle mondialisation. Bernard Kouchner lui-même au cours de ses nombreuses interventions sur divers théâtres conflictuels mondiaux constate qu’une dimension religieuse est souvent présente dans ces conflits, l’ignorer c’est s’exposer à ne pas comprendre. Ce qui ne signifie aucunement que les conflits contemporains trouvent une origine ou une explication seulement dans le domaine religieux.

Ce pôle a été confié à Joseph Maïla qui est depuis devenu également le Directeur de la Prospective [Direction qui englobe le pôle religions]. Les moyens sont faibles, le pôle est une toute petite structure, Joseph Maïla n’ a que deux collaborateurs, mais le travail réalisé à ce jour est déjà remarquable et remarqué au sein du Ministère.

Joseph Maïla, d’origine libanaise, universitaire, spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam, de la sociologie des conflits, a été recteur de l’Institut Catholique de Paris, puis directeur du Centre de recherche sur la paix et de l’Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation [IFOMENE au sein de l’ICP].

1- Le pôle religions remplit trois missions principales .

  • a –  la première est une fonction d’observation et d’analyse des mouvements de fonds, des grandes orientations prises par les différents courants religieux dans le monde. Bien entendu, cette analyse du religieux par une instance de la République laïque ne s’intéresse pas à la religion en soi et pour elle même, mais pour son impact sur la vie internationale. De nombreuses situations conflictuelles dans le monde ont une facette religieuse que nos diplomates doivent connaître, de nombreux débats actuels au sein des instances internationales ont trait au religieux. Au sein de l’UNESCO, une conférence comme Durban II qui s’est tenue à Genève en 2009 a abordé les difficiles questions de l’universalité des Droits de l’Homme, du blasphème lié à la religion, etc. Le pôle religions étudie toutes les évolutions, tensions, qui traversent toutes les religions, et pas seulement l’islam comme certains pourraient le laisser croire : sont particulièrement observés, l’essor fulgurant des églises évangéliques dans le monde, l’évolution des églises orthodoxes notamment en Russie où nationalisme et religion s’affichent de plus en plus (la culture religieuse est devenue obligatoire à l’école dans 16 des 26 provinces russes), la plus grande visibilité du bouddhisme dans son rôle de résistance en Thaïlande et en Birmanie, etc. Observer, analyser pour comprendre et en informer les directions géographiques du ministère pour prise de décisions.
  • b-  La deuxième mission consiste à répondre aux demandes précises des différentes directions géographiques (européenne, Union Européenne, Afrique et Océan Indien, Afrique du Nord et Moyen-Orient, Amériques et Caraïbes, Asie et Océanie). Pour agir, prendre de bonnes décisions dans leur propre secteur, elles ont besoin de diverses informations sectorielles. Le pôle religions fournit les données religieuses demandées sur tel dossier de tel ou tel pays. Il s’agit donc d’une fonction d’appui à finalité opérationnelle. Le besoin peut être urgent en cas de situation de crise dans le pays concerné, mais cela peut être un suivi de dossier sur un temps long.
  • c-  Enfin, une dernière mission, plus lourde et plus durable, consiste à former les futurs diplomates à ces questions religieuses. Nous retrouvons là un déficit bien connu depuis des années. En effet, issu du même système d’éducation français, il n’y pas de raison, hélas, que nos jeunes diplomates ne soient pas autant ignorants des faits religieux que nos jeunes enseignants. C’est bien face à cette « inculture laïque des jeunes » que répond le fameux rapport Debray en 2002, rapport qui préconisait déjà de passer « d’une laïcité d’ignorance à une laïcité d’intelligence ». Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, Joseph Maïla rappelle sans détour cette nécessité pour la France : « la conception française de la laïcité a trop éloigné les agents diplomatiques de la connaissance du fait religieux, à la différence de diplomates issus de pays aux traditions différentes, comme les États-Unis, le Canada ou la Suisse, par exemple. Ceux-ci ont, en effet, une connaissance plus fine du fait religieux, et sont donc mieux armés pour faire avancer la résolution de certains conflits.. ».

2- Méthodes de travail et exemples d’études.

  • a-  Comment une petite équipe de seulement trois personnes peut-elle répondre à tous ces besoins ? Il est donc indispensable de prendre appui sur des réseaux et compétences diverses. La communauté des chercheurs dans le domaine des religions en lien avec les différents espaces géopolitiques est mise à contribution. Pour étudier tel aspect d’une évolution religieuse, des chercheurs seront entendus, car eux seuls ont une connaissance scientifique du terrain, par voyages, lectures de sources de première main ou enquêtes sur le terrain avec des échantillons significatifs . En France même, un institut comme l’IESR, est sollicité pour organiser des colloques, des séminaires d’étude sur des points précis demandés par le pôle. C’est ainsi qu’en mai 2010, un colloque a été organisé en partenariat avec l’Institut Européen en Sciences des Religions et le CERI de Sciences Po Paris sur le thème « Religions, laïcité , et démocratie 1». Le personnel du pôle participe, autant que faire se peut, à différents colloques dans le monde sur ces questions du religieux. C’est le cas par exemple des travaux de l’Alliance des civilisations 2organisée par l’ONU sur le dialogue des civilisations, où bien entendu, les religions ont une place de choix3. Lorsque le besoin s’en fait sentir, et si la chose est possible, nos 195 représentations françaises à l’étranger sont sollicitées par questionnaire4. On le comprendra aisément, ces enquêtes internes ne peuvent être que confidentielles, on ne saurait actuellement les retrouver sur le site internet du Ministère, affaire Wikileaks oblige. Néanmoins, les chercheurs qui ne perdent jamais espoir, peuvent rêver d’un temps où le personnel du pôle serait plus étoffé et donc disponible pour établir quelques enquêtes revues et corrigées pour être publiables pour la recherche.
  • b-  La politique étrangère de la France se doit également de connaître l’image de la France dans le monde sous l’angle de la religion. C’est donc une mission dévolue au pôle religions que d’enquêter sur la perception de notre pays lorsque nous légiférons sur des sujets touchant le religieux, et en réponse, de trouver le bon argumentaire pour nos diplomates sollicités à l’étranger sur ces questions. D’une manière générale, la laïcité française n’est pas bien comprise dans un certain nombre de pays. Ainsi, la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » a suscité de nombreuses réactions hostiles notamment en pays dits musulmans. Cette loi de laïcité a été souvent perçue comme une loi contre le foulard islamique et donc dirigée contre l’islam. Actuellement l’interdiction du voile intégral dite loi burqa, soulève de par le monde de nombreuses réactions anti-françaises. Sur ce sujet délicat, comme sur d’autres, Il faut affuter argumentaire pour que nos diplomates interrogés puissent répondre avec efficacité.

Dans son entretien avec la commission du Sénat, Joseph Maïla déclare : « j’ai relevé (au cours de voyages et d’entretiens) que l’argument fondé sur la sécurité était plus facilement reçu, dans les pays du Golfe, que ceux évoquant à la dignité et l’égalité de la femme ».Nos argumentations doivent s’inscrire à l’intérieur du modèle d’intégration voulu par la France et absolument pas être bâtis avec des éléments religieux.

Des critiques à l’égard de la « politique religieuse» française peuvent aussi émaner de pays amis et alliés. C’est régulièrement le cas du rapport annuel de l’administration américaine5 sur les libertés religieuses dans le monde qui épingle la France (loi de 2004, ou attitude à l’égard de l’Église de Scientologie..). La laïcité française n’est pas chose facile à faire comprendre à l’extérieur.

  • c-  Le pôle religions devient donc un pôle d’expertise, un pôle extraordinaire de documentations et d’analyses quant à l’état présent et à venir du religieux dans le monde, mais hélas pour nous, seulement à usage interne du ministère et à finalité opérationnelle de notre diplomatie. Nous ne pouvons donc que nous en féliciter d’une part, mais par ailleurs le regretter. De ces études, nous ne pouvons en avoir que de faibles échos, glanés ici et là dans des interviews concernant le pôle religions et mises en ligne sur internet. Qu’en ressort-il ?

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la célèbre thèse de Marcel Gauchet valable pour une partie des pays européens et notamment pour la France, le monde ne vit pas la sécularisation, n’est pas entré dans un processus de « désenchantement », mais bien au contraire, c’est « bien à un ré-enchantement du monde auquel nous assistons aujourd’hui6 ».

Avec la mondialisation et les déplacements transnationaux importants de personnes, nous « allons vers un monde pluriel, les communautés deviennent mobiles et transnationales. Les sociétés deviennent plus sensibles à la diversité culturelle. Cela ne veut pas dire qu’il faille adopter le modèle communautariste. C’est une distinction à laquelle je tiens infiniment.7 »

Toutes les enquêtes des chercheurs soulignent une montée des fondamentalismes religieux dans le monde, et pas seulement musulman comme peut le laisser croire une certaine presse. Comment le pôle religions explique t-il cette tendance? «  De façon générale, le fondamentalisme procède d’un besoin de se protéger d’une modernité envahissante autant que d’une conception de la religion comme ressource de spiritualité dans des périodes d’instabilité et d’incertitude comme celles qu’induit aujourd’hui par exemple la mondialisation. Dans ce contexte, revenir à des fondamentaux c’est retrouver des repères. Les religions sont des pourvoyeuses de sens. Et l’on cherche à se ressourcer dans leur caractère transcendantal. L’homme est un être de croyance. De ce point de vue, le religieux n’est pas qu’une construction qui relève de l’esprit, c’est une donnée d’anthropologie fondamentale. Être un homme, appartenir au genre humain, c’est être mû par une quête de sens. Mais il y a un hiatus entre ce besoin de croire et une forme radicalisée de la contestation politique qui emprunte au religieux son langage. Dans ce dernier cas, il s’agit bien de la mise en place des logiques politiques qui visent à mobiliser une société, que ce soit en temps de guerre ou de paix, autour de valeurs qui peuvent faire sens et qui créent de la solidarité… Le religieux y est alors un marqueur identitaire et une ressource que des acteurs politiques peuvent mobiliser. De la même manière que l’on fait appel à des sentiments nationaux, à la défense du territoire, on peut faire appel aussi à la défense de la religion 8». En effet, que de fois n’entendons-nous pas ce leitmotiv d’une religion qui se sent attaquée pour justifier une riposte armée voire une haine de l’autre .

Ce sont bien souvent des perceptions de l’autre qui sont instrumentalisées auprès des populations que l’on peut qualifier d’analphabètes : au sens fort dans de nombreux pays du monde (85% par exemple chez les femmes afghanes), mais également dans nos pays, au sens d’un analphabétisme religieux. Le monde musulman est encore confondu avec le monde arabe, alors que les grands pays musulmans se trouvent en Asie (Indonésie, Pakistan, Inde), l’occident est toujours le symbole du christianisme, alors que le Brésil, le Mexique, les Philippines sont actuellement les principaux pays catholiques du monde. L’ Asie de ce point de vue est en mouvement, il faut être attentif à l’extraordinaire poussée des évangéliques en Corée et en Chine par exemple pour comprendre le fossé entre la géographie mentale actuelle du religieux et la réalité cartographique mouvante.

Ces analyses religieuses sont bien entendu à utiliser comme l’un des facteurs parmi d’autres dans les diverses crises régionales. Lorsque par exemple, le député Patrick Labaune lance l’interrogation suivante « Pour ce qui est du Yémen, au-delà de la question du zaydisme et du chaéisme, le problème n’est-il pas surtout la faiblesse du pouvoir central ? », Joseph Maïla répond: «  En effet, la question du Yémen se pose essentiellement en termes politiques. La rébellion houthiste repose sur le zaydisme. Si cette école a des attaches avec le chiisme, sa pratique et ses dogmes l’ancrent dans le sunnisme. Les houthistes ont eu la haute main sur l’administration du pays pendant des années. L’unité du Yémen est très difficile à réaliser entre les différents groupes, entre le Nord et le Sud. Ce pays proche des champs pétrolifères saoudiens, connaît une évolution catastrophique. Les plus pessimistes disent qu’il est voie de « somalisation » et il abrite des groupes importants comme ceux d’Al-Qaïda. Mais, je le répète, le problème est fondamentalement politique9 ».

3- Le pôle religions du ministère des affaires étrangères et européennes n’est pas la seule instance républicaine à investir dans le champ du religieux. Deux autres instances sont présentes depuis longtemps, le Conseiller aux Affaires Religieuses et le Bureau des Cultes.

  • a-  Ces deux instances, d’une manière générale, sont issues, après la séparation des Églises10 et de l’État, d’une nécessité de dialoguer avec ces religions toujours présentes. A ceux qui pourraient croire que la laïcité de l’État c’est l’ignorance du religieux, rappelons quelques caractéristiques de la loi du 9 décembre 1905. Cette dernière définit le régime juridique relationnel entre l’État et les cultes (cultes jamais définis par la loi d’ailleurs), selon les deux grands principes de liberté de conscience (en premier) et de séparation.

Si la République assure (art.1) la liberté de conscience11 , cela implique qu’elle doive la mettre en œuvre, organiser la liberté individuelle de conscience, la liberté religieuse,la liberté d’exercice du culte « sous les seules restrictions…dans l’intérêt de l’ordre public ».

Si la République « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (art.2), ce faisant, elle ne les méconnait pas. « La séparation n’a pas voulu et ne pouvait pas être une ignorance. Ignorer les Églises eût été une attitude dangereuse pour l’État12 ».

« Pour les pères fondateurs de la loi de 1905, puis de celle de 1907 sur les cultes, la laïcité n’est pas le refoulement des religions ou de leurs manifestations de l’espace public vers la sphère privée. C’est le refus de l’accaparement de l’État et de la société par les religions, et inversement, de la mainmise de l’État sur celles-ci. C’est, selon Jean Jaurès, la fin de l’infaillibilité d’Église ou d’État 13».

  • b-  C’est ainsi que s’est posée la question des relations avec le Saint Siège, relations interrompues entre 1904 et 1921. En effet la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican est antérieure à la loi de séparation, elle résulte de tensions relatives à l’interdiction d’enseigner faites aux congrégations. Après la guerre, cette situation n’étant plus tenable, la France finit par se réconcilier avec le Saint Siège . Le pape Benoît XV accepte de canoniser Jeanne d’Arc le 16 mai 1920, occasion d’une première rencontre avec le ministre français des affaires étrangères, prélude au rétablissement officiel des relations entre les deux États en mai 1921. C’est dans ce contexte de re-prise en considération des réalités religieuses par l’État français qu’est créé, dès 1920, le poste de Conseiller pour les Affaires Religieuses [le CAR] au ministère des affaires étrangères.

Le poste d’abord occupé jusqu’en 1992 par d’imminents juristes l’est actuellement par des diplomates de carrière. Longtemps « cantonné » aux seules relations avec le Saint Siège, avec les chrétiens d’Orient [traditionnellement sous la protection française], la fonction s’est diversifiée. Le CAR représente la France dans les organismes internationaux, est chargé des contacts avec les diverses autorités religieuses dans le monde, de l’accueil des personnalités religieuses en France (visite du pape à Lourdes, visite du Dalaï-lama, d’un patriarche du Moyen-Orient etc.). Dernièrement, il a joué un rôle central dans l’accord conclu entre la France et le Vatican sur les diplômes universitaires.

« Le CAR a des fonctions de représentations auprès des autorités religieuses ainsi que de contact et de suivi avec elles, qu’il continue d’ailleurs d’exercer au sein du pôle religions14 ».

La nouveauté avec le pôle religion est cette fonction de prospective qui n’existait pas, et demain, cette fonction de formation des diplomates.

  • c-  Enfin, la troisième instance républicaine dévolue au lien avec les religions, sur le territoire national, est le Bureau Central des Cultes au sein du ministère de l’Intérieur15, plus précisément à la sous-direction des libertés publiques.

Sous le régime concordataire, du 18 germinal an X [8 avril 1802] à 1905, une Direction générale des cultes, avec 7 bureaux, gérait le personnel et toutes les questions relatives aux 4 cultes reconnus : catholique, luthérien, réformé et israélite. Cette Direction survécut quelques années à 1905, le temps de liquider diverses questions de traitements, de pensions et d’attribution de biens ecclésiastiques. Par décret du 17 août 1911, elle fut remplacée par un simple bureau, le BCC, mais, événement imprévu en 1905, on dû lui adjoindre à partir de 1918, un autre bureau pour les 3 départements du Haut, Bas Rhin et de Moselle qui continuaient à fonctionner sous régime concordataire (à peine modifié par la législation allemande entre 1870 et 191816). Le ministre de l’Intérieur est chargé des cultes, mais n’a plus le titre de ministre des cultes.

Pourquoi, alors que la séparation est engagée, créer un tel Bureau Central des Cultes ? Il restait un certains nombre de domaines où le pouvoir civil de l’État conservait des prérogatives: la police administrative des cultes (sonneries de cloches, processions..), la charge de faire respecter la laïcité (possibilité d’annuler par exemple une délibération de collectivité territoriale ayant attribué indument une subvention directe à un culte), encore quelques prérogatives régaliennes lors de la nomination des évêques (déclaration de non opposition du gouvernement à la désignation de tel évêque par exemple),et enfin, ne pas oublier que la loi de 1905 n’affecte pas la loi du 1er juillet 1901 relative au régime des congrégations religieuses. Le ministre de l’Intérieur est toujours le tuteur légal de ces congrégations qui doivent obtenir son accord par exemple pour toute transaction patrimoniale.

Le BCC ne s’occupe pas du domaine scolaire, sauf si cela concerne les sectes qui sont bien entendu de son ressort17. Le Bureau a par exemple fortement contribué à la mise en place du CFCM [Conseil Français du Culte Musulman] dans les années 2000, car l’islam en France ne faisait pas partie en 1905 des cultes reconnus.

La mission du BCC est donc de permettre le libre exercice des cultes, en veillant au respect des droits et devoirs de chacun, « ses tâches se répartissent en trois catégories : la tutelle administrative, le conseil juridique et ce qu’il convient d’appeler la « veille », qui consiste à s’assurer que le principe de laïcité est dûment appliqué18 ». Là aussi, une petite structure mais essentielle à l’administration laïque française.

Ainsi donc, dans la République française laïque, trois instances ministérielles, deux au ministère des affaires étrangères et une au ministère de l’Intérieur, s’occupent des questions religieuses. Chacune a son son champ d’action particulier nous l’avons vu, mais il est bien évident que des passerelles existent entre ces administrations, des échanges de renseignements sont indispensables à leur bon fonctionnement. La République française, dans le cadre strict de la laïcité, garantit la liberté de cultes, veille au respect des droits et devoirs de chacun, cherche à expliquer à l’étranger la singularité de sa situation et des décisions qu’elle est amenée à prendre, tout comme elle tente désormais de comprendre d’autres comportements religieux dans le monde afin d’ajuster au mieux sa politique extérieure.

 Christian BERNARD

2A l’initiative de l’Espagne et de la Turquie, sous couvert de l’ONU, depuis 2004, ce dialogue inter civilisations a le mérite de poser une réflexion sur cette « montée » du religieux, sans pour autant alimenter la thèse du conflit entre civilisations, entre occident et islam par exemple.

3Le pôle ne participe pas, bien entendu, laïcité oblige, au dialogue des religions en soi, qui relève de la théologie et donc des religieux, mais prend connaissance du sujet pour mieux appréhender les questions globales.

4Comme le font toutes les autres directions auprès des États de leur secteur.

5International Religious Freedom Report

6Entretien avec Joseph Maïla avec la Revue « The Paris Globalist », février 2010.

7Cf http://www.lesinfluences.fr/Joseph-Maila.html

8Entretien avec Joseph Maïla avec la Revue « The Paris Globalist », février 2010.

9Commission des affaires étrangères de l’Assemblée, mercredi 13 janvier 2010, audition de M. Joseph Maïla.

10Par Église, il faut entendre « religion », par exemple le culte juif.

11 complétant ainsi les droits de 89

12J.RIVERO, Les libertés publiques, T.II, Puf, 2003, p. 160.

13 Cf « la loi de séparation de 1905, rapport public 2004 du Conseil d’État : jurisprudence et avis de 2003. Un siècle de laïcité », in Études et documents du Conseil d’État, La Documentation française, 2004. pp. 258.

14Focus « pôle religions » sur le site du ministère des affaires étrangères et européennes.

15Devenu en 2011 ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration.

16Ce dernier est maintenant décentralisé en Alsace.

17Cf à ce propos l’entretien de M. Leschi et de la Commission parlementaire « sectes et enfance ». http://www.sectes-infos.net/Leschi.htm

18Article BCC dans Wikipedia.

 

[Ferdinand BUISSON (1841-1932), philosophe, homme politique, ce grand commis de l’État (Inspecteur Général de l’Éducation Nationale), issu du protestantisme libéral, fut un acteur clef de l’installation de la laïcité en France.(on lui doit le mot). Ce proche de Jules Ferry présida la commission parlementaire chargée en 1909 de mettre en œuvre la toute nouvelle séparation des Églises et de l’État (1905).

Co-fondateur et Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Président de la Ligue de l’Enseignement (à un moment crucial : 1902-1906), Franc-maçon, Président de l’Association Nationale des Libres Penseurs, il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1927.] Note biographique de Ch. Bernard

« Dans un premier temps, j’avais pensé reprendre le titre un brin provocateur du petit livre de Laurence Loëffel, « Ferdinand Buisson, un apôtre de la laïcité » (collection Hachette Education). Ce n’était pas seulement une facilité, mais une façon de reconnaître le considérable travail de chercheurs comme Laurence Loëffel, Pierre Kahn, Mireille Guessaz, Patrick Dubois, Jean-Paul Martin1, parmi beaucoup d’autres, et de m’inscrire comme leur débiteur. Et de m’inscrire aussi dans un des axes de leur travail, le lien selon eux étroit entre les convictions religieuses de Ferdinand Buisson protestant libéral et son rôle essentiel dans la définition et l’approfondissement du concept de laïcité d’une part et d’autre part, l’édification des institutions de la république qui mettent en œuvre ce concept. Mais de plus, en tant que militant, je perçois que la pensée de Ferdinand Buisson peut aider à mieux saisir les nuances, les divergences et même les oppositions que traversent aujourd’hui la laïcité et ceux qui s’en réclament. Il n’est pas le seul à nous permettre de réfléchir, mais son rôle éminent il y a un siècle peut contribuer, si l’on tente de poursuivre sa réflexion approfondie, à maintenir une pertinence et une productivité à la laïcité. Le lecteur pourra distinguer dans un premier temps l’analyse de son œuvre et de son action, et dans un second, un essai pour actualiser cette pensée.

Deux institutions principales constituent ce que j’appellerai le dispositif institutionnel de laïcité en France, enrichi ensuite jusqu’en 1946 puis 1958 par l’inscription du caractère laïque de la République dans la constitution : l’école publique laïque et l’instruction obligatoire d’une part, et d’autre part l’Etat séparé des religions mais qui garantit le libre exercice public de leurs différents cultes en assurant la liberté de conscience de toutes celles et de tous ceux qui sont inclus indistinctement dans le peuple, le « laos ». Car si les deux « dé-liaisons » se recoupent le plus souvent, la séparation des religions et des savoirs, donc de l’école, et la séparation des religions et du pouvoir politique, elles sont loin de se recouvrir exactement et de s’identifier l’une à l’autre. D’ailleurs entre 1881 et 1886 en France, la séparation des religions et de l’école, et donc des savoirs, est un fait accompli en grande partie ; il faudra vingt ans de plus – entre 1905 et 1907 – pour que soit accomplie la séparation des religions et du pouvoir politique. Dans cette double élaboration du dispositif institutionnel de laïcité, Ferdinand Buisson a joué un rôle essentiel.

Les  « neuf vies » de Ferdinand Buisson.

Buisson (1841-1932) est connu de quelques enseignants comme le maître d’œuvre d’un monumental « Dictionnaire Pédagogique » 2 dont il a lui-même rédigé des articles fondamentaux comme « laïcité » ou « prière »3. Quelques-uns n’oublient pas qu’il a été sans interruption de 1879 à 1896, avec le grade d’Inspecteur général, le directeur des enseignements élémentaires au Ministère de l’Instruction publique ; par conséquent aucun des textes parus à cette période ne lui est étranger ; et particulièrement en 1881, 1882, 1886, les lois Ferry et Goblet parmi d’autres, les décrets, les instructions, les circulaires, les programmes, les réponses aux questions ; même si la responsabilité politique des ministres, successivement Jules Ferry, Paul Bert et beaucoup d’autres, demeure essentielle. Enfin on sait généralement qu’il a présidé, en tant que député de Paris, la commission sur la loi de séparation dont Aristide Briand a été rapporteur entre 1904 et1905.

Mais le plus souvent on s’en tient là, et du coup, on peine à saisir l’unité profonde de ce que je serais tenté d’appeler « ses neuf vies » tant ses engagements, son action et son œuvre écrite ont été à la fois multiples, cohérents, approfondis et divers. A commencer par le fait que, professeur agrégé de philosophie en 1868, il s’exile à Neuchâtel où il obtient d’enseigner la pédagogie à l’Université, par conviction républicaine afin d’éviter d’avoir à prêter serment à Napoléon III. En cela, il est fidèle à l’esprit d’Edgar Quinet réfugié lui-même en Suisse, auquel il a rendu visite, ou de Victor Hugo. En 1869, il crée à Neuchâtel une Eglise réformée « sans clergé et sans dogme » avec ses amis Pécaut et Steeg. Durant cette période il fréquente à Genève les premiers congrès internationaux pour la paix en tant que membre de la Ie Internationale. 

Rentré en France en 1870, proche de la Commune, il se voit confier par Jules Simon une mission pour éduquer les enfants des communards devenus orphelins. Simultanément il est nommé Inspecteur des écoles de la Ville de Paris, mais Monseigneur Dupanloup obtient son déplacement.  Il est alors chargé de mission en direction des Expositions universelles, qu’il visite soigneusement et sur lesquelles il établit des rapports, et il étudie dans chaque pays le système d’enseignement, ce qui lui permet, le premier en France, d’avoir une vision comparatiste des différents systèmes scolaires dans le monde4 La plupart des français, particulièrement les républicains, sont convaincus à cette époque de la nécessité d’améliorer l’école élémentaire mise en place par la loi Guizot de 1833 en la systématisant et en la généralisant, mais selon quels principes ? C’est l’époque aussi ou l’on s’accorde à considérer que l’instituteur allemand a permis à la Prusse de gagner la guerre parce que les conscrits allemands mieux instruits auraient fait de meilleurs soldats en 1870-71.

Je ne vais pas retracer en détail la carrière et l’œuvre de Ferdinand Buisson. Ses œuvres sont maintenant accessibles sur Gallica /BNF et un gros dossier le concerne sur Google, inégal bien entendu. Mais avant d’aborder le problème du lien étroit entre ses convictions religieuses et la laïcité, je veux néanmoins pointer quelques traits selon moi significatifs.

I) Dans la suite de la mission que lui avait confiée Jules Simon il ouvre en 1878 au nord de Beauvais à Cempuis5 un internat mixte laïque où les orphelins de la ville de Paris reçoivent une instruction élémentaire, mais aussi s’exercent aux travaux manuels et aux outils des professions manuelles, aux leçons de choses ; de plus ils chantent, font de la musique, du sport, de la marche, partent deux mois à la mer à Mers-les-Bains dès 1883… Les aînés, garçons et filles, sont institués tuteurs de leurs cadets. Le directeur est Paul Robin, un ancien pacifiste de la Ie internationale de tendance anarchiste ; cet ancien professeur de sciences issu de l’ENS, en congé depuis 1865, que Buisson a rencontré en Suisse dix ans plus tôt, conçoit une « Education intégrale » qu’il applique à Cempuis.

En 1894, une violente campagne de presse se déchaîne dans « La Croix », l’organe de la congrégation des Assomptionnistes du Père d’Alzon6, contre cette « école sans Dieu », cet «  internat du diable », et Robin doit démissionner.  « Ce matin Robin quitte la Porcherie7 … Ceux qui connaissent Buisson, Buisson le directeur de l’enseignement primaire, le patron de Robin (et) qui a dit : « Cempuis c’est moi ! »…Ce qui importait au pays c’est que ce système (l’éducation intégrale de Robin) fût amendé…. Pour cela il aurait fallu que la cause initiale disparût : cette cause c’est Buisson lui-même, le franc maçon qui reste plus puissant que jamais et qui essaie d’acclimater le système d’éducation de Cempuis dans quelques écoles parisiennes. Le Gouvernement ne va-t-il pas révoquer Buisson ? » (« La Croix »  du 10 Octobre 1894, p. 2). Mais l’orphelinat Prévost8 de Cempuis fonctionnait encore sur ces bases dans les années 1960. Et c’était un plaisir d’entendre les anciennes et les anciens des années 1960 évoquer l’efficacité chaleureuse de cette pédagogie lors du colloque « Ferdinand Buisson » organisé par la Ligue de l’Enseignement, Fédération de l’Oise, à Grandvilliers en 2002, sous la direction scientifique de Laurence Loëffel 9. Les différents spécialistes cités dans le premier paragraphe sont intervenus et l’ensemble donne une bonne approche de Buisson.

II) Buisson, c’est aussi la Ligue des Droits de l’Homme dont il est membre fondateur et qu’il présidera de 1913 à 1926. Comme Jaurès, il n’a pas été immédiatement convaincu de l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus et il a fallu qu’il rencontre son frère Mathieu Dreyfus pour changer d’avis. La signification politique de l’Affaire est claire : une souveraineté désacralisée a des comptes à rendre à la loi et au droit et son premier office est de protéger les citoyens. Pendant la Première Guerre mondiale et immédiatement après, Buisson n’aura de cesse, en tant que président de la Ligue, de lutter pour obtenir que les veuves et les orphelins d’une partie des fusillés, ceux qui l’ont été arbitrairement « pour l’exemple », soient rétablis dans leurs droits10.

III) Buisson avait présidé aussi la Ligue de l’Enseignement dont l’objectif initial, à sa création par Jean Macé en 1866, était l’institution d’une école publique et laïque gratuite ; ce premier résultat ayant été atteint entre 1881 et 1886 en partie grâce à Buisson, c’est lui qui contribuera à faire évoluer la Ligue de l’Enseignement vers le mouvement exemplaire d’éducation populaire autour de l’école publique qu’on connaît encore aujourd’hui.

IV) Un autre trait, c’est aussi, en 1911, la proposition de Ferdinand Buisson, député de la ville de Paris, d’ajouter au code électoral après « les Français » la mention « des deux sexes », ce qui aurait eu pour effet d’accorder aux femmes un droit de vote aux élections, locales dans un premier temps, qu’elles n’obtiendront finalement qu’en 1944. Buisson fournit là aussi un énorme travail pour la diffusion internationale de l’idée du suffrage des femmes et l’avancée de cette idée dans les lois électorales de chaque État.

V) Dernier point à souligner, son engagement très intense dès 1919 pour rétablir des liens fraternels entre enseignants français et allemands par l’intermédiaire de leurs syndicats ce qui, avec le reste de son action et de ses engagements, lui vaudra l’attribution en 1927 du Prix Nobel de la Paix partagé symboliquement cet année là avec l’allemand Ludwig Quidde11.

La transmission du savoir, du protestantisme libéral à la République laïque

Buisson apparaît malheureusement souvent aujourd’hui comme le prototype de ces républicains de la troisième République, un radical portant barbiche et binocles, pour nous un peu dépassé, apparemment fort éloigné de nos préoccupations. Aujourd’hui encore les libres penseurs continuent de le revendiquer à raison pour un des leurs. Mais attention ! Si l’on veut bien comprendre la complexité de ses analyses et de ses réflexions, leur pertinence et leur profondeur, il est indispensable d’expliquer tout de suite ce que lui entend par « libre-penseur » en citant une phrase de la préface de sa thèse sur Sébastien Castellion 12: « Castellion ce pieux et libre penseur, cet apôtre de la tolérance ». Et plus loin : « La raison dernière et la seule solide de la liberté religieuse, c’est la conviction qu’il existe deux domaines distincts, celui de la science et celui de la conscience. » Il rédige d’ailleurs avec Charles Wagner un ouvrage où il explique la logique qui unit selon lui le libre examen des réformés à la libre-pensée. Cet ouvrage situe bien Buisson vers 1900, contraint d’expliquer à ses amis protestants libéraux pourquoi il se dit libre-penseur dans la tradition exigeante du libre examen, et à ses amis libres-penseurs en quoi « réduire la libre pensée à une profession sectaire d’athéisme »  risquerait de les rendre « ni libres, ni penseurs »13.

Le choix d’écrire une thèse sur Sébastien Castellion, ce réformé qui évite Genève pour échapper à la férule de Calvin, et de compléter cette thèse en français par une thèse en latin intitulée « De libertate Dei », indique assez de quelle position religieuse et spirituelle est parti Ferdinand Buisson. Pour bien saisir les enjeux, rappelons qui est Castellion pour Calvin : celui qui « dit qu’il ne faut pas punir les hérétiques pour ce que chacun amène telle exposition que bon lui semble sur l’Ecriture, et que la vérité est comme cachée dedans nuées obscures.  Ainsi ce bon théologien aime mieux effacer la foi du cœur des hommes que souffrir qu’on punisse ceux qui la renversent.» Sébastien Castellion ferait donc partie, toujours selon Calvin, de ces gens « tous moqueurs de Dieu et débordés en impiété et pareillement tous mutins débattant que les Princes et Magistrats ne doivent pas maintenir par glaive la vraie religion… »14

En faisant des réformés les précurseurs des républicains, Michelet et Quinet par exemple avaient tendance à les présenter indistinctement sous un jour « éclairé » sinon tolérant. Buisson est de ceux qui contraignent à nuancer cette présentation. Pour lui, Calvin est d’abord le responsable ecclésial sinon clérical d’une confession à définir et préciser face aux erreurs de la tradition papiste, confession à faire connaître par le prêche et à défendre, au besoin par la force des institutions civiles fonctionnant comme bras séculier, comme le prouvent la condamnation et la mort de Servet à Genève. Les protestants libéraux sinon libérés par rapport à toute cléricature, dont Castellion représenterait pour Buisson comme un ancêtre ou un modèle, entendent les choses tout autrement.

Si l’on considère que Buisson reprend sa thèse au milieu de sa vie dans les années 1890, la soutient et la publie en 1893 ; puis qu’en 1896, après avoir quitté son poste de directeur au ministère, il succède à la Sorbonne à Henri Marion15 dans une chaire de Sciences de l’Education, qu’à la même époque Félix Pécaut choisi par lui dirige l’Ecole normale supérieure de Fontenay qui prépare les directrices et les professeures des nouvelles écoles normales départementales de jeunes filles, les futures institutrices, il faut bien envisager à travers Buisson et Pécaut en particulier, l’articulation étroite entre protestantisme libéral, savoirs, pédagogie, République et laïcité.

Pour mieux réfléchir à l’ensemble de cette articulation, je me permets d’avancer une opposition que Buisson ne formule peut-être pas en toutes lettres sous cette forme mais que j’estime néanmoins centrale, celle qui existe depuis longtemps entre le peuple « enseigné » et le peuple «  instruit », ou plus exactement «le peuple  qui s’instruit » et qui, par l’instruction, devient capable de prendre ses distances par rapport à ses assujettissements.

Dans l’Église grégorienne du XIIe siècle, le peuple, le « laos »,  composé des « laici », « laikoi », ne sait pas ; il est enseigné par les « clerici », « klerikoi », ceux qui savent, dont la connaissance du dogme religieux, de son élaboration à sa transmission est la fonction essentielle ; ce qui, au passage, marquait aussi un approfondissement de la tradition chrétienne, pour laquelle la réflexion et l’élaboration théologique devenaient plus importantes et supposaient un long travail de méditation et de formation. Cette position sera encore, en allant très vite, la position de l’Église catholique de la Contre-Réforme qui continuera d’interdire le libre accès des fidèles à la bible. Mais au XVIe siècle, l’une des revendications de certains partisans de la Réforme est précisément le partage du savoir, l’engagement personnel du croyant dans la recherche, la libre interprétation du texte de la bible, désormais et traduit en langue vernaculaire, par Luther pour l’allemand ou par Castellion pour le français par exemple, et rendu accessible par l’imprimerie.

C’est bien sûr une vision très particulière de la Réforme, une vision radicalement anticléricale en ce qu’elle récuse définitivement toute légitimité d’un écart substantiel ou ontologique entre ceux qui savent et ceux qui apprennent. La conséquence est triple : religieuse, politique et pédagogique.

Du point de vue religieux, la cléricature est désormais impossible, à moins qu’elle ne devienne universelle et ne concerne toutes et tous les membres du peuple chrétien ; le dogme est moins important que la responsabilité de chaque croyant. A partir de là, le point où en est arrivé Buisson lui permet-il de se dire encore chrétien ? Lui au moins ne paraît pas en avoir douté.

Du point de vue politique, le commun ne peut être religieux, et cela définitivement, si l’on veut inclure dans le laos toutes et tous indistinctement. C’est une manière de tirer une leçon de la Saint-Barthélemy de 1572 et d’éviter que des faits semblables puissent jamais se reproduire : jusqu’à 1561, l’unité du royaume était assurée par la croyance religieuse commune unique du monarque et de ses sujets, par le caractère sacré du « lieutenant de Dieu sur la terre », « oint du Seigneur » lors de la cérémonie quasi sacramentelle du sacre et par le fait que le monarque se faisait l’exécuteur de la loi de Dieu ; en effet les représentants de la justice rendue en son nom exécutaient, comme bras séculier, les sentences de la justice ecclésiastique16. La faute contre la loi du royaume était d’abord un péché contre la loi divine. Et l’Eglise, chargée par ailleurs de fonctions sociales essentielles comme l’enseignement, le secours et l’assistance et disposant de biens pour assurer ces fonctions, était comme le garant de l’ordre politique que le sacre légitimait. Même si le gallicanisme, la méfiance vis-à-vis de la papauté puissance séculière, ou la présence de légistes non canonistes autour du monarque depuis Philippe le Bel en particulier, conduisent à nuancer cette présentation simplifiée.

La Réforme divisait le christianisme et divisait donc le royaume qui devra désormais fonder son unité sur un autre élément, la Nation par exemple en 1789, mais à coup sûr pas la religion, plus jamais. Désormais, religion et politique sont deux ordres autonomes et irréductibles l’un à l’autre, à moins qu’on tente de les manipuler ou de les instrumentaliser en opérant ce que Buisson dénomme une « confusion », indue selon lui. Au passage on s’engage ici sur une réflexion du politique qui doit plus, me semble-t-il, à La Boëtie, Bodin, Hobbes et Spinoza, Bayle, voire Montesquieu et Rousseau, bref à ce qu’on appellera « les Lumières », qu’à Luther ou Calvin. La conviction que les civilisations sortent peu à peu de l’âge religieux sinon théologique est très répandue au XIXe siècle, dans la ligne non religieuse de «  l’Esquisse » de Condorcet17 et du positivisme d’Auguste Comte ; manifestement Buisson la fait sienne et entre ainsi dans une approche de la religion qui ne doit plus tout à celle du protestantisme libéral.

Du point de vue pédagogique, non seulement le savoir est indispensable à chacune, chacun pour qu’il puisse opiner, s’exprimer et agir comme homme ou comme femme, comme citoyenne ou comme citoyen, ainsi que le précisait Condorcet dans ses « Mémoires sur l’Instruction publique » que Buisson reprend et commente. Mais l’important est la mise en marche du processus qui va permettre à chaque élève avec ses ressources et sa personnalité d’apprendre, de construire ses connaissances en se construisant lui même. On est beaucoup plus près non seulement de Rabelais, Montaigne ou Fénelon mais plus encore de l’oratorien Bernard Lamy, de Rousseau qui se réclame de lui, de Pestalozzi, Fröbel et même Jacotot18 que des discours sur le savoir qu’on transmet parce que le maître sait ce que les élèves ne savent pas. « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même » fait dire le Narrateur de la « Recherche du Temps perdu » au peintre Elstir.

Manifestement, pour Buisson l’opération est compliquée ; il est nettement du côté de « l’éloge des pédagogues »19, ceux qui sont capables de placer les élèves dans une situation telle que ceux-ci ne peuvent que s’engager entièrement et avec confiance dans leur travail d’apprentissage. Ces pédagogues sont pour lui le contraire exact de « démagogues ». Le seul savoir qui compte est celui que les élèves sont parvenus, pour grandir et s’émanciper, à s’approprier sans le déformer ni le réduire. Au contraire, dans une vision non laïque sinon cléricale, la vérité du savoir existe indépendamment de ceux qui savent : c’est l’objet précisément de la cléricature, transmettre en la préservant une vérité qui vient d’ailleurs. Un enseignement laïque déplace nécessairement le statut du savoir et celui de la vérité. »

Alain Bondeelle, membre de l’A. R. E. L. C., de la Ligue de l’Enseignement et de la Ligue des Droits de l’Homme.

1 Voir la bibliographie en annexe.

2 Cité désormais « D. P. »

3 A lire absolument, en prenant garde au fait que les deux éditions, la première en 1882-93 et la seconde en 1911, diffèrent sensiblement tant par la liste des collaborateurs que par les contenus de certains articles. Voir à ce sujet Patrick Dubois, « Le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson, répertoire biographique des auteurs », INRP, Service d’histoire de l’éducation, 2002.

4 La présentation analytique et la comparaison des différents systèmes constituent une des multiples richesses du D. P.

5 Près du village de Thieuloy-Saint-Antoine où sa mère est née et s’est convertie au protestantisme, où il garde toute sa vie une maison et où il est enterré ; son père était aussi un protestant, magistrat de profession.

6 Qu’on peut retrouver aussi sur Gallica/BNF.

7 Surnom délicat donné à l’orphelinat par la rédaction de « La Croix ».

8 Du nom du donateur qui a permis la construction de l’Orphelinat.

9 Les actes de ce colloque ont été édités au C.N.D.P. Sevpen, Académie d’Amiens, en 2003.

10 Au colloque de Grandvilliers, ce point a fait l’objet d’une Communication orale de Madeleine Rebérioux, historienne de la République Radicale et alors présidente de la L.D.H. Cette communication n’a pas été transcrite dans le volume des Actes.

11 Ludwig Quidde, journaliste puis parlementaire allemand né à Brême en 1858, fut fortement engagé très tôt contre le militarisme et l’antisémitisme et dans la lutte pour le désarmement et pour la paix, (O. Stenersen, I. Libaek, A. Sveen, « The Nobel Peace prize, one hundred years for peace, Laureates 1901-2000 », Oslo 2001, p. 102-103).

12 Ferdinand Buisson, « Sébastien Castellion, sa vie et son œuvre (1525-1563), étude sur les origines du protestantisme libéral français », Tomes I & II, Paris, Hachette, 1892.

13 Ferdinand Buisson et Charles Wagner : « La libre pensée et le protestantisme libéral », Paris, Fischbacher, 1903.

14Jean Calvin, « Déclaration pour maintenir la vraie foi », Genève, 1553, Œuvres, Gallimard Pléiade, 2009, p. 902-903.

15 Henri Marion (1846-1896) fut l’un des collaborateurs du D. P. et l’un des maîtres d’œuvre des programmes d’instruction morale et de psychologie appliquée à l’éducation pour les écoles normales. Il a été le premier titulaire d’une chaire de « Cours complémentaire sur la science de l’Éducation » à la Sorbonne. Voir Patrick Dubois, ouvrage cité à la note 3.

16 Le chevalier de la Barre, accusé de sacrilège au XVIIIe siècle encore, d’abord poursuivi par la justice ecclésiastique de l’évêché d’Amiens, est jugé, condamné et exécuté par le Parlement de Paris. L’évêque d’Amiens pris d’un remords car il se rend compte d’une possible machination convainc ses collègues de l’assemblée du clergé qu’il faut au moins prendre du temps et ils rédigent ensemble une adresse pour surseoir, mais la machine judiciaire est engagée, rien ne peut l’arrêter et elle ira jusqu’au bout de l’infamie en exécutant La Barre de manière cruelle. L’intrication et l’imbrication du théologique et du politique et le rôle institutionnel du clergé demeuraient très importants dans la France du 18e siècle, comme le rôle de bras séculier de la justice royale.

17 Condorcet, « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain » Ouvrage posthume, 1e édition : Paris, Agasse, 1794.

18 Voir les longues notices qui leur sont consacrées dans le D.P.

19 Référence anachronique mais voulue à l’ouvrage d’Antoine Prost, « Eloge des pédagogues », Paris, Seuil, 1985, qui répliquait à l’ouvrage de Jean Claude Milner, « De l’école », Paris, Seuil, 1984.

 

 

Conférences

Comprendre l’Asie (dîner-débat avec Michel JOBERT, janvier 1994, Poitiers)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

L’Asie de l’Est en mouvement (journées pédagogiques en partenariat avec l’Académie de Poitiers, ESCEM, avril 1995)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

L’entreprise dans la nouvelle économie mondiale (colloque, ESCEM, 16 mars 1996)
par Michel DRANCOURT, économiste (avec P.GAUCHON, C.CHANCEL, E.C. PIELBERG et J.MARSEILLE)

L’entreprise dans la nouvelle économie mondiale (colloque, ESCEM, 16 mars 1996)
par Pascal GAUCHON, agrégé de l’Université, directeur aux Presses Universitaires de France (avec M. DRANCOURT, C.CHANCEL, E.C. PIELBERG et J.MARSEILLE)

L’Espagne aujourd’hui (conférence publique octobre 2000, ESCEM)
par Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

La Chine au rendez-vous de l’an 2000 (conférence publique, 17 mai 1995, ESCEM)
par Lucien BIANCO, directeur École Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales, sinologue

La civilisation asiatique colloque “choc ou rencontre des civilisations ?” (avril 2002)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

La façade atlantique de l’Asie (conférence-débat, septembre 2004, ESCEM)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers (avec E.C. PIELBERG)

La puissance japonaise, nouveaux aspects (1991, ESCEM)
journées « Temps fort Japon » par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

La Turquie et l’Europe (conférence, octobre 2005)
par Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

Le défi coréen (conférence-rencontre avec Michel JOBERT, Janvier 1994, ESCEM)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Le système éducatif japonais (colloque, Espace Mendès-France, Poitiers, 14 mai 1996)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Les capitalismes émergents dans le monde (colloque sur l’entreprise dans la nouvelle économie mondiale (avec M. DRANCOURT, J.MARSEILLE, et P.GAUCHON), 16 mars 1996, ESCEM)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Les 35 heures, contrainte ou chance pour l’entreprise ? (dîner-débat, Poitiers, 1999)
par Michel DRANCOURT, économiste

Les transformations de l’Europe centrale à la lumière de la Perestroïka (conférence 1990)
par Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Les mises au tombeau en France (février 2000, ESCEM)
conférence par Raymond BOUSQUET, directeur honoraire de la société Rocamat Atlantique

Libre échange et protectionnisme (conférence publique, 23 novembre 1998, ESCEM)
par Emmanuel COMBE, professeur Université du Havre, économiste

Mondialisation, enjeux Nord-Sud et emploi (conférence-débat, Poitiers, Espace Mendès-France, 28 mars 1997)
par Jean-Charles FISCHER, agrégé de l’Université, ancien élève de l’ENA, dir.cab. du Préfet Maritime, Brest

Mots-clés pour le brésil (ouvrage édité par ESCAP Difffusion)
de Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers, avec Jean-Pierre CLÉMENT

Occupation, Résistance et Libération dans la Vienne (conférence, mai 2000)
par Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

Partage du temps de travail, enjeu économique et social (conférence, ESCEM, 18 mars 1999)
par Michel DRANCOURT, économiste

Réflexions sur l’inculture et l’école (colloque sur “l’inculture aujourd’hui”, mars 2004)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Système pédagogique et système productif au Japon (conférence pour les journées pédagogiques de l’Académie de Poitiers)
par Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Vers une nouvelle citoyenneté européenne ? (colloque sur “les relations interculturelles”, ESCEM, 19 mars 2004)
par Gilles FERRÉOL, professeur Universités de Poitiers et Louvain la Neuve, sociologue

Revue ESCAP (1990-92)

2092… et dans un siècle ?
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

22 septembre 1792, la France devient une République
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Adela, annuaire des données économiques de l’Amérique latine
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Après lecture du Zarathoustra de Nietzsche
Pierre GÉLINEAU, agrégé de l’Université, professeur honoraire de lettres classiques, Angoulême

Aristide Caillaud, peintre scolaire
Jean-Marc BERMÈS, professeur agrégé de philosophie à Poitiers

Baptême de l’Amérique
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Centenaire d’Arthur Rimbaud sur une tombe
Pierre GÉLINEAU, agrégé de l’Université, professeur honoraire de lettres classiques, Angoulême

Démographie et développement économique
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Dix ans de pouvoir pour Margaret Thatcher
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue (avec C. CHANCEL)

Écologie, vous avez dit écologie ?
Jean-Claude BOURDIN, professeur Université de Poitiers, philosophe

Écrire pour le théâtre
(texte inédit) Jeanne DELHOMME, professeur émérite de l’Univesité de Paris, philosophe

Francis Bacon, la chair en peinture
Jean-Marc BERMÈS, professeur agrégé de philosophie à Poitiers

Future perspectives for the United Kingdom economy
Martin COOK et David SHUTTLEWORTH, professeurs, Nene College de Northampton

Génétique et éthique
Jean BERNARD, (professeur-) de l’Académie française, de l’Académie de Médecine

Histoire d’entreprise (Moulinex, Bouygues, Pinault)
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Informatique: les virus attaquent; les maladies de la micro
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Jacques de Liniers, vice-roi de Buenos Aires
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Joseph William Turner, le peintre de la lumière
Jacqueline DAVID, professeur d’anglais à Poitiers

L’alibi du droit international… dans l’Empire romain
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

L’Europe du sang et des larmes
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

La Californie, septième puissance économique du monde
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

La crise du système éducatif aux États-Unis
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

La culture générale n’existe pas
Jean-Claude BOURDIN, professeur Université de Poitiers, philosophe

La découverte de la nature américaine au XVIIIème siècle
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

La défense du libre échange en France et en Angleterre
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

La fin de l’Espagne des trois religions: 1492
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

La force de l’origine, l’oeuvre sculpturale de Delamont
Jean-Marc BERMÈS, professeur agrégé de philosophie à Poitiers

La formule retrouvée du triptyque des maîtres anciens
Marc CHARPENTIER, professeur agrégé d’allemand, faculté des Lettres et Langues de Poitiers

La guerre du Golfe: pour le droit ou pour le pétrole ?
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

La redécouverte des ruines de Pompéï en 1592
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

La révolution américaine
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

La Thaïlande, un carrefour de l’Asie
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Le Japon inédit
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Le journal de bord de Christophe Colomb
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Le nu, thème de prédilection du groupe expressionniste « die Brücke »
Marc CHARPENTIER, professeur agrégé d’allemand, faculté des Lettres et Langues de Poitiers

Le pré-carré de l’Europe des riches
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

Le renouveau culturel de l’Espagne
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Le Royaume-Uni est-il si uni ?
Jacqueline DAVID, professeur d’anglais à Poitiers (avec Florent MATHÉ)

Les défis du Sud
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Les deux Corées
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Les jeux séculaires à Rome
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Les institutions des USA
Jean-Henri CALMON, agrégé de l’Université, historien, politologue

Les missions jésuites du Paraguay Ignace de Loyola 1491-1556
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

Manageur ou manager?
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Marguerite de Valois
Gérard ALLONEAU, professeur agrégé et directeur de l’IUT GEA de Poitiers

Marx, le droit et les droits de l’homme
Jean-Claude BOURDIN, professeur Université de Poitiers, philosophe

Matière et signe dans la peinture de Viallat
Jean-Marc BERMÈS, professeur agrégé de philosophie à Poitiers

Montaigne, un grand contemporain
Pierre GÉLINEAU, agrégé de l’Université, professeur honoraire de lettres classiques, Angoulême

Mots-clés pour le brésil
ouvrage édité par ESCAP Difffusion Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)(avec Claude CHANCEL)

Poll-tax
Jacqueline DAVID, professeur d’anglais à Poitiers (avec Florent MATHÉ)

Quadri-centenaire de José de Ribera/strong>
Jean-Pierre CLÉMENT, professeur à la Sorbonne (civilisations latino-américaines)

Quand l’Europe de l’Est s’éveille
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers (avec Jean-Henri CALMON)

Réflexions sur la révolution industrielle
Pierre BIARD, Ispecteur pédagogique régional d’histoire

Signe et sépulcre: du corps chez Platon
Monique DIXSAUT, professeur à la Sorbonne, philosophe

Trois « coeurs » au centre d’un monde multipolaire au XXIème siècle
Claude CHANCEL, professeur agrégé d’histoire économique en CPGE à Poitiers

William Blake le visionnaire
Jacqueline DAVID, professeur d’anglais à Poitiers