déflation

 

Le 30 décembre 2014, Mario DRAGHI, président de la Banque Centrale Européenne déclarait dans une interview au journal économique allemand Handelsblatt "Le risque (d'une déflation) n'est pas exclu mais il est limité". La déflation est donc envisagée par les plus hautes instances monétaires européennes.

Pourquoi la déflation devient possible alors que pendant plus de trente ans le problème majeur a été l’inflation ? N’est-ce pas le signe que les politiques monétaires menées ont trop bien réussi ? Pourquoi la déflation est-elle un danger pour l’économie européenne et comment peut-on s’en prémunir ?

La monnaie prend une place de plus en plus importante dans nos économies. Les moyens à mettre en œuvre pour sa régulation sont complexes, mais la finalité de la politique monétaire est d’accompagner la croissance de l’activité économique en fournissant la bonne quantité de liquidité nécessaire. La crise de 2008, nous montre que la régulation n’est jamais parfaite et que des bulles spéculatives peuvent apparaitre par excès de liquidité et impacter ainsi le fonctionnement de l’ensemble de l’économie. Dans le sens opposé, la raréfaction des crédits disponibles (crédit Crunch), peut conduire à une contraction de l’activité économique non souhaitée par les acteurs économiques. On s’aperçoit que le maintien d’un niveau de liquidité adapté au besoin de l’économie n’est pas une sinécure.

Inflation versus déflation

La déflation est, selon l’INSEE, un gain du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c'est une inflation négative. Cette définition pourrait nous conduire à l’optimisme, puisque la déflation permet d’accroitre le pouvoir d’achat des consommateurs, en induisant une baisse des prix. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En réalité, la déflation est le constat d’une situation économique dégradée.

On est bien loin des taux d’inflation à deux chiffres des années 80. Car en Europe, la politique monétaire a été déléguée à la banque centrale européenne indépendante dont l’objectif principal est de lutter contre l’inflation. Les taux d’inflation dans la zone euro n’ont cessé de baisser pour se stabiliser autour de 2 % par an pendant plus de 10 ans. Ce taux de 2 % d’inflation est considéré dans le traité de Maastricht comme permettant de dynamiser l’activité économique sans être contraignant pour la compétitivité des entreprises européennes. Il permet de rester sur le chemin de la croissance économique souhaitée.

En réalité, cet objectif de faible inflation entraine des effets pervers car ce taux d’inflation moyen européen, ne tient pas compte de la diversité des économies de pays européens. On ne peut pas mettre sur un pied d’égalité les pays du nord et du sud de l’Europe. Leurs activités de production, de services n’ont que peu de point commun et les causes de l’inflation ne sont pas identiques.

De plus, les pays européens ne peuvent plus utiliser la parité monétaire pour ajuster les écarts de compétitivité de leur économie. Ils doivent agir sur les structures de leur système productif pour rétablir cette compétitivité, cela prend du temps et entraine un accroissement du chômage. Les entreprises délocalisent ou font appel à une main d’œuvre peu coûteuse. La pression sur les salaires est forte et la consommation intérieure s’en ressent.

Les Etats agissent tous avec les seuls outils de politique fiscale ou sociale qui leur restent. L’Irlande ou le Luxembourg par exemple, pour attirer des capitaux étrangers et favoriser le développement de leur économie baissent le taux d’impôt sur les sociétés. Cela se fait au détriment des autres pays européens et globalement de l’Union Européenne.

Au niveau social, l’existence d’un niveau d’un chômage élevé contraint chaque pays à jouer le jeu du moins disant social pour maintenir une certaine compétitivité économique. En France, le pacte de stabilité et de croissance constitue une baisse de 10 milliards des charges sociales pour favoriser le redressement des marges des entreprises, l’investissement et peut être l’emploi. Mais depuis 2008, la plupart des pays européens (Espagne, Irlande ou Portugal) ont connu une réduction du coût salarial de plus de 15 %.

Cette course à la baisse du coût du travail dans toute l’Europe est dangereuse car en s’imposant à chaque Etat, elle conduit à renforcer le risque déflationniste et de récession économique.

Des effets dévastateurs à long terme

La déflation est vue comme le début d’une spirale de récession économique forte est auto entretenue.

Comme dans le cycle inflationniste, l’augmentation des prix entraine une tendance à l’augmentation des salaires pour maintenir le pouvoir d’achat et implique de la part des entreprises une nouvelle augmentation des prix pour maintenir les marges.

Dans le cycle déflationniste, la baisse des prix entraine une tension à la baisse des coûts et donc des salaires. De plus, les consommateurs voyant les prix baisser sont incités à attendre, car plus ils attendent, moins les biens qu’ils souhaitent acheter seront chers. Ils impactent ainsi la demande globale et entrainent une baisse de la production des entreprises, qui n’investissent plus et cherchent encore à baisser leurs coûts.

Pour tous les agents économiques endettés, la déflation entraine une stabilisation voire une augmentation du coût de la dette, le développement d’une économie de la rente. Il est préférable d’épargner, plutôt qu’’investir. La déflation entraine une situation où l’on ne prépare plus l’avenir.

En réalité, la déflation a déjà commencé. Les données chiffrées ne feront que le confirmer dans les mois qui viennent. Les Etats n’ont plus les moyens d’agir à cause du niveau très élevé des dettes publiques. Il faut coordonner notre action au niveau européen pour faire face au risque  déflationniste.

La coordination de l’action passe par la modification des finalités de la Banque Centrale Européenne pour mettre en œuvre une politique de soutien à la croissance comme le fait la FED aux Etats Unis. Par exemple, la BCE pourrait racheter les obligations des Etats Européens pour les aider à financer leur dette, cela réduirait le coût de l’endettement public, augmenterait la masse monétaire conduisant à une baisse de la valeur de l’Euro, favorable aux exportations européennes.

Parallèlement, pour rééquilibrer les prix relatifs entre les pays du Nord de l’Europe et ceux du Sud, il serait nécessaire que l’inflation des premiers soit nettement supérieure à celles des seconds. L’impact serait d’accroître la consommation dans les pays en croissance comme l’Allemagne et de favoriser l’activité économique des pays en récession.

De plus, la recherche d’une convergence des politiques fiscales et budgétaires doit devenir une priorité pour éviter le dumping social et fiscal auquel on assiste entre pays d’Europe.

Agir contre le risque déflationniste nécessite une action concertée des Etats Européens. La solution passe en partie par une Europe politique plus affirmée, capable de prendre des décisions budgétaires de relance de l’activité économique,

L’Europe semble être la solution au risque déflationniste.

Pierre TASSION IA-IPR d'économie-gestion