chrétiens d’orient

 

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Notre premier souci a été, en nous appuyant sur des exégètes modernes, de relier l’islam initial à son environnement, pas seulement bédouin comme on  avait l’habitude, chez les orientalistes du XIXe siècle, de l’y maintenir, mais aussi, de reconnaître dans le Coran ses ascendances culturelles mésopotamiennes , auxquelles nous avons aussi emprunté un grand nombre de mythes depuis l’épopée de Gilgamesh (2500 B.C.), persanes par le mazdéisme et le manichéisme (Iblis au service de la remontée de l’humanité vers Dieu), judaïques et chrétiennes. La 1e sourate du Coran contient le mot « sirat », qui vient de « stratos » (la voie droite), montrant les emprunts grecs ; d’autres sont éthiopiens, hébreux, iraniens. Le Pr. Mohamed Arkoun rappelle constamment combien ce Livre est le réceptacle des connaissances humaines transmises par les traditions les plus variées. Des études récentes ont montré les difficultés de recension du texte coranique, dont la version définitive tardive a été imposée à la communauté, les variantes étant soigneusement détruites jusqu’à ce qu’on en retrouve à Sanaa en 1960.

            Les thèmes coraniques incluent les 5 piliers de l’Islam, kit minimum du pratiquant, mais insuffisants pour révéler tout ce que le Coran offre de réflexions sur le destin religieux de l’homme, la foi, la morale, le droit, le statut personnel, et même la pratique de la magie ou le combat religieux, ainsi que la personnalité du Prophète Mohamed. Cette ouverture sur et par des cultures différentes ont conduit à des particularismes régionaux, sunnisme ou chiisme (dont l’affrontement à la mort du Prophète revient aujourd’hui dans toute sa vigueur), zaïdisme, ismaélisme, druzisme, alaouitisme et bien sûr, kharijisme dont les traces se retrouvent en Oman, en Tunisie, en Algérie et dans la diaspora.

   L’Islam n’est pas que cultuel ou rituel. Des hommes se sont inspirés du Coran pour créer le mouvement philosophique mutazilite qui se poursuit aujourd’hui et s’oppose à l’intégrisme et le spiritualisme soufi ou confrérique. Aujourd’hui, le rôle positif des femmes et la pensée moderniste, la défense des droits de l’homme s’inspirent aussi du texte révélé. Ce que nous pourrions appeler « l’islam de France ou « islam gallican » a été présenté à nos lecteurs dans le Bulletin de l’œuvre d’Orient No 784 de juillet 2014. Presque partout des penseurs musulmans n’hésitent pas à proclamer comme Fouad Zakaria (cf bibliographie) au Caire, que dans l’enseignement théologique islamique encore en cours dans leurs Universités, « les passions et les émotions l’emportent sur la raison » ; le Pr. Mohamed Talbi , à Tunis (cf bibliographie) , n’hésite pas à assurer que « le réformisme va réussir dans les communautés d’Occident , là où il y a la liberté . Il faut que les musulmans se réforment de l’intérieur, dans leur conscience musulmane, et arrivent à la conviction intime qu’ils sont en harmonie avec eux-mêmes tout en rejetant ce qui est contre la modernité, la justice, l’humanisme, et qui n’est que le produit d’une époque révolue.

Plus incisif, le Pr Abdelwahab El Affendi dans son ouvrage Who needs an  Islamic State ? (Londres, Grey Seal, 1991), n’hésite pas à proclamer : « Il est temps que les musulmans réalisent que nous vivons à l’échelle globale, que nos croyances sont analysées par l’humanité toute entière. Les musulmans sont au bas de l’échelle de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’Homme. Nous devons être sérieusement critiques de nous-mêmes et de notre histoire. La recherche d’un Etat islamique doit commencer par la recherche de la liberté pour les musulmans ». M. El Affendi est chroniqueur du principal périodique islamique britannique Muslim News.

            Enfin, l’islam politique, lui aussi, prétend s’appuyer sur des schémas médiévaux, sur d’autres sourates coraniques. Wahabites, Salafistes, Frères Musulmans veulent revenir à l’islam originel, immuable et non évolutif, refusant toute nouvelle exégèse, développant le concept de « djahiliyya » antioccidentale, antichrétienne, antisounnite libérale, antichiite, etc… brandissant le concept de l’Etat Islamique, où des hommes dicteraient ce qu’ils croient être la volonté de Dieu. Cette instrumentalisation politique sera vue rapidement à travers les cinq continents ; de même hélas que les réseaux terroristes qui, par « le glaive » seulement, voudraient changer le monde, bien qu’ils soient incapables de décrire ce que deviendrait le monde après leurs sanglantes opérations. Les partisans d’un Islam bloqué, au contraire, souché sur un passé recomposé, rejettent toute discussion, tout assouplissement, toute exégèse. Hostiles à toutes les possibilités de dialogue avec d’autres civilisations, ils enferment l’Islam dans une sécheresse de pensée qui coupe les ressortissants musulmans des Etats modernes de toute forme de participation citoyenne. C’est que les intégristes feignent de confondre les valeurs fondamentales de la modernité (raison critique, droits de l’homme et de la femme, humanisme) et ses effets pervers (matérialisme, athéisme, dégradation des valeurs). Une telle forme de pensée devient caricaturale si l’on pense aux talibans d’Afghanistan, aux mouvements apparentés à Al Qaïda ou à Daech

I- VERSETS D’ORIGINE CHRETIENNE DANS LE CORAN

La thématique coranique contient 60 passages de l’Ancien Testament et 60 des Evangiles, notamment 36 citations de Mathieu, d’autres des évangiles apocryphes (Barnabé) ; la description du Paradis correspond au « Jardin d’Eden « des Pères syriaques ; la légende des 7 Dormants (sourate XVIII) est utilisée par les théologiens monophysites comme preuve de la résurrection. La mystique chrétienne a inspiré le soufisme pour le port de l’habit de laine blanche, l’enseignement aux jeunes sous forme d’aphorismes et l’habitude gyrovare de se déplacer d’un couvent à l’autre. Parfois, certains versets coraniques reprennent le thème de versets de l’Evangile presque dans les mêmes termes ; nous en avons sélectionné quelques uns. D’abord en ce qui concerne l’annonce de la naissance miraculeuse de Jésus ;  Luc 1 :26, nous dit « L’ange Gabriel entra chez Marie et dit « Le Seigneur est avec toi… Tu enfanteras un fils… appelé Fils du Très Haut » à rapprocher du Coran XIX 17 et de VLV 3 « L’ange Gabriel dit : Je suis un messager de ton Seigneur pour te faire don d’un fils pur » ; Coran XXI 91 poursuit « Nous insufflâmes en elle un souffle venant de Nous et fîmes d’elle et de son fils un miracle pour l’univers ». Les deux textes font état de l’inquiétude de Marie qui est vierge : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » (Luc 1 :34) et « Comment aurais-je un fils quand aucun homme ne m’a touchée ? » (Coran XIX 20). Les miracles de Jésus sont rappelés dans Coran III 49, V 110 : « Je guéris l’aveugle né et le lépreux et je ressuscite les hommes » rapporté dans Mathieu 9 (27-30) et dans Marc 1 :3). Quant à l’élévation posthume de Jésus dans le Ciel (Actes 1 :11), elle est mentionnée dans Coran III, 55 « Je (Dieu) vais t’élever vers moi » et IV 158 « Allah l’a élevé vers Lui ». Bien sûr le Coran ne reconnaît ni la divinité du Christ ni la crucifixion de Jésus, « Ils ne l’ont ni tué ni crucifié » (IV 157). Parmi les miracles attribués à Jésus dans le Coran, il défend l’honneur de sa mère en s’adressant de son berceau aux calomniateurs (XIX 30 et ss). M.Luc Balbont, dans un interview avec Mgr Ramzi Garmo dans son blog (janvier 2017) rapporte que l’évêque chaldéen de Téhéran, originaire d’Irak, témoigne que beaucoup de convertis iraniens au christianisme ont découvert l’Evangile par les citations coraniques de poètes persans 

Jésus est mentionné 37 fois dans le Coran. La déclaration de Vatican II, Nostra Aetate, considère positivement les analogies entre le Jésus du Coran et le Jésus du Nouveau Testament. Le Coran évoque en fait les controverses christologiques qui divisèrent les Chrétiens entre 553 et 681. Durant la vie du prophète Mohamed (570-632) des chrétiens « nestoriens » (diaphysites) se réfugièrent en Arabie et leur christologie apparut compatible avec la révélation coranique. Donc, dans le Coran, Jésus est vraiment « Le Messie » annoncé aux Israélites, et dont la mère est bénie.  Dans le Coran, la naissance de Jésus est annoncée par les anges à Marie (III 45) ; il est né « pur » ((XIX 19) d’une mère immaculée. « Le Verbe de Dieu fut jeté par LUI dans le sein de Marie » (IV 169). Aussitôt né, il défend l’honneur de sa mère (III 46), ce sera son premier miracle. Dieu parle du rôle exceptionnel de Jésus : « Nous avons fait de lui un Signe à l’intention des hommes » (XIX 21 et XXIII 50). Il est qualifié de « Messie » (III 45), de « Verbe de Dieu » (III 45 et IV 171), renforcé par l’Esprit Saint » (II 87, 253 et V 110). Jésus déclare : » Que la paix soit avec moi, le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité Au moment de sa mort : « Dieu dit : O Jésus je vais te rappeler à Moi et t’élever jusqu’à Moi ».  (III 55). Certains de ses miracles sont rapportés dans l’Evangile : la guérison de l’aveugle de naissance et du lépreux, la résurrection des morts (III 49) ; d’autres sont inconnus : il façonne des oiseaux avec de la boue et leur donne la vie (III 49 et V 110). La mission de Jésus dans le Coran s’insère après celle de Moïse qui révéla la Torah et avant celle de Mohamed qui fait connaître le Coran. Vénéré comme un des grands messagers de Dieu, il ne peut par contre être considéré comme fils de Dieu comme l’indiquent les versets suivants « Le Messie Jésus fils de Marie n’est qu’un messager d’Allah » (IV 171 et V 72) ou « Il ne convient pas que Dieu se donne un fils » (XIX 92). Jésus n’est pas mort sur la croix ; le verset coranique (IV 157) reprend l’affirmation des disciples de Basilide (vers 130) que Simon de Cyrène a été substitué sur la croix à Jésus. Jésus annoncerait la future mission de Mohamed : « Je suis le messager de Dieu pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi et dont le nom est Ahmed » ; le commentateur Razi (mort en 935) dit que ce verset reprend le texte de l’Evangile de Saint-Jean 14,17 : »je prierai Dieu et il vous donnera un autre consolateur afin qu’il demeure éternellement avec vous l’Esprit de vérité ». Ce rapprochement montre combien au Moyen Age les exégètes musulmans connaissaient les textes chrétiens.

 

Marie (Myriam, Mariam) se voit réserver dans le Coran une place exceptionnelle. C’est la seule femme à être désignée par son nom ; les six sourates dont on va citer quelques versets montrent comment elle est préservée du mal dès sa naissance afin de donner miraculeusement naissance à Jésus, « le Verbe de Dieu ». Ses qualités de sainteté, de pudeur, de modestie, sont célébrées dans tout le monde islamique.

Dans la Sourate III, les versets 35 à 37 la montrent consacrée à Dieu par ses parents, remise à Zacharie, le père de Jean-Baptiste (Yahya dans le Coran), nourrie miraculeusement. Ce texte est proche de celui de l’évangile apocryphe de Jacques. Le verset 42 annonce la maternité virginale (cf. St. Luc 1, 26, 28) : « les anges dirent : « Marie, Dieu t’a élue et purifiée ; il t’a élue au-dessus des femmes du monde ». Le verset IV 171 rappelle que : « le Messie Jésus… est le Verbe de Dieu qu’Il a jeté en Marie ». A la Sourate V, verset 75 Marie se voit décerner le titre de « Siddiqa » (la plus sincère) : « la Mère du Messie était sincère par excellence ».

La Sourate XIX. porte le titre de Marie ; les versets 17 à 22  décrivent l’Annonciation, puis la nativité  à l’ombre d’un palmier et près d’un ruisseau rafraîchissant (comme dans l’évangile apocryphe du Pseudo-Mathieu). Lorsque Marie se rend chez les siens portant son fils, sa famille la réprouve, mais Jésus, on l’a vu, accomplit son premier miracle en prenant la défense de sa mère. Le verset XXI 91 la décrit comme « celle qui préservé sa chasteté.  Nous insufflâmes en elle notre souffle et fîmes d’elle et de son fils un miracle pour l’univers. » La même phrase est reprise dans le verset LXVI 12.

Ainsi le rôle de Marie dans l’évolution de l’humanité, voulue par Dieu, est ainsi exprimé à plusieurs reprises dans le Coran. Cet honneur qui lui est réservé par les croyants musulmans est souvent mis en relief dans le dialogue islamo-chrétien. C’est ainsi qu’au Liban, le Gouvernement a fait de la Fête de l’Annonciation un jour chômé.

 

 Saint-Jean Baptiste, appelé Yahya en arabe (contraction de Yohanna = Jean), apparaît dans deux sourates. Rappelons l’évangile de Luc 1,11 : « Un ange du Seigneur apparut à Zacharie et se tint debout à droite de l’autel des parfums » (la scène se passe dans le temple de Jérusalem). Au verset 13, l’ange rassure Zacharie effrayé : « Ne crains point Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Elizabeth enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean ». Incrédule, Zacharie répond (verset 18) : « A qui reconnaîtrai-je cela ? Car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ». Et l’ange de poursuivre : « Je suis Gabriel…J’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle ». Deux sourates coraniques donnent une version très proche du texte de Luc 1,11 ; la Sourate III  38 à 41 : « Alors Zacharie invoqua son Seigneur en disant : « Seigneur ! Donne-moi, venant de toi, une descendance bonne. C’est bien toi, celui qui entend la prière. Et les anges l’appelèrent, alors qu’il priait debout dans le sanctuaire : « Dieu t’annonce la bonne nouvelle de Jean qui déclarera véridique une Parole venant de Dieu ; qui sera un chef, un être chaste, un prophète au nombre des hommes de bien ».  Zacharie dit : « Mon Seigneur ! Comment aurais-je un garçon, alors que la vieillesse m’a atteint et que ma femme est stérile ? » Il dit : « C’est ainsi. Dieu fait ce qu’il veut ».   Le prestige de Jean Baptiste-Yahya est grand pour les fidèles musulmans. Son tombeau qui se trouvait dans l’église portant son nom est demeuré au même endroit, à Damas, dans l’actuelle Mosquée des Omeyyades, et les croyants chrétiens ou musulmans se rendent nombreux devant la grille qui entoure le catafalque ; c’est un lieu important de convergence entre les fidèles syriens des deux religions.

D’autres versets favorables aux chrétiens apparaissent dans plusieurs sourates :

II 59 « Les croyants (musulmans), les juifs, les chrétiens et les sabéens, ceux qui croient en Dieu et au dernier jour et accomplissent le bien, ont leur rétribution auprès de leur Seigneur. Nulle crainte sur eux, ils ne seront pas attristés ».

.III, 62 « Ceux qui pratiquent le Judaïsme, les Chrétiens, les Sabéens… recevront une récompense de leur Seigneur. Ils n’auront plus de crainte et ils ne seront point affligés »

V 69 « Ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens et les Chrétiens ; pas de crainte pour eux et ils ne seront point affligés ».

V 82 « Tu trouveras à coup sûr les mais les plus proches des croyants dans ceux qui disent : « En vérité nous sommes Nazaréens ». C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil ».

 V, 85 « Parmi les Chrétiens, vous trouverez des hommes attachés aux croyants parce qu’ils ont des prêtres et des religieux voués à l’humilité »

VI 107 « Si Dieu voulait, ils ne seraient point associateurs.  Mais Nous ne t’avons pas désigné comme leur tuteur ou leur garant ».

X 94 « Si tu es dans le doute sur ce que Nous t’avons révélé, interroge ceux qui récitent l’Ecriture révélée avant toi »

X 99 « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru, est-ce à toi de les contraindre à devenir croyants ? »

XVIII, 29 « Quiconque le veut, qu’il croie et quiconque qu’il veut qu’il mécroie. Nous avons préparé pour les injustes un feu dont les flammes les cernent »

XXII 17 « Ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Nazaréens, les Mages et ceux qui donnent à Allah des associés. Allah tranchera entre eux le Jour du Jugement. »

XXII 40 « Si Dieu n’avait point repoussé certains hommes par d’autres, c’en était fait des ermitages, temples, oratoires, sanctuaires et mosquées, où l’on célèbre sans cesse le nom de Dieu »

XXVIII 77 « Sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi. Ne cherche pas à corrompre. Dieu n’aime pas les corrupteurs »

XXIX 46 « Ne disputez que de la plus belle façon avec les gens du Livre, sauf avec ceux d’entre eux qui prévariquent. Et dites- « Nous croyons aux livres qui nous ont été envoyés ainsi qu’à ceux qui ont été envoyés, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même et c’est à lui que nous nous soumettons » 

XXXXIX ,13 « Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez »

Aussi, les Chrétiens orientaux, à certaines périodes, jouèrent un rôle social, parfois politique sous différents régimes musulmans. Ainsi, les hauts fonctionnaires byzantins de Syrie servirent la nouvelle administration omeyyade comme la famille des Sarjoun, ministres des finances ; la langue grecque pour l’administration fut utilisée jusqu’en 680. Puis la nouvelle dynastie abbasside découvrit parmi les nombreuses communautés de l’empire une élite chrétienne formée depuis des générations à la recherche dans les prestigieuses Ecoles philosophiques d’Edesse, de Nisibe en Anatolie et de Gondishapour en Iran. De ce fait, le dialogue islamo-chrétien fut à l’honneur. Même le dogme de la Trinité fut examiné avec tolérance ; les monophysites le présentèrent comme « le Soleil,,sa lumière et sa chaleur » ; les nestoriens comme « La Raison , le raisonneur, le Raisonnable » ; Al Farabi et Avicenne en feront «  la Connaissance, le Connaissant, le Connu ». Sous le Régime ottoman, la signature des Capitulations ou Traité d’Amitié entre François Ier et Soliman le Magnifique, renouvelé huit fois, permit l’introduction de missionnaires européens qui créèrent des écoles destinées d’abord aux chrétiens et les religieuses occidentales des ouvroirs et même des écoles de filles qui élevèrent le niveau de vie et qualifièrent les chrétiens pour des emplois administratifs et pour le rôle d’intermédiaires entre l’Occident et les Ottomans. Lors de la pré indépendance et des premiers temps des Etats arabes nouvellement constitués dans la première partie du XXe siècle, on a vu des notables chrétiens jouer un rôle politique important, créer des partis, représenter leur pays à l’étranger du fait surtout que les chrétiens, ayant bénéficié d’une formation scolaire, voire supérieure, avaient fondé des hôpitaux, des entreprises industrielles et commerciales dès l’époque de la Nahda.

II VERSETS ANTICHRETIENS ET PERSECUTIONS

Cependant, le Coran contient également des versets d’une rare violence envers les non-musulmans. Aussi, en pratiquant la violence, certains musulmans croient agir selon les préceptes de leur religion.  Au sein même du sunnisme s’opposent les tenants d’une lecture « modérée » du Coran et les fondamentalistes qui veulent imposer un retour à l’islam des origines, rejetant la tradition élaborée au cours des siècles qui a, selon eux, dégradé l’islam. On assiste là à une lutte sans merci pour la définition et la représentation de l’orthodoxie sunnite. Et au sein même du fondamentalisme islamique existent de fortes divisions. Ainsi, Al-Qaïda et l’État islamique sont devenus ennemis irréconciliables à cause de divergences stratégiques sur la manière de répandre l’islam dans le monde. Voici les versets les plus instrumentalisés dans les pays musulmans et en Occident actuellement.

XXX 16 ; « Quant à ceux qui auront traité de mensonges nos versets, ceux-là seront emmenés au châtiment »

48, 4 ; « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru frappez-les au cou ; puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite soit la libération gratuite, soit la rançon…

Ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions

Les versets suivants s’appliquent aux « Gens du Livre » et, lus au premier degré, ils conduisent les fidèles à la guerre civile contre les « autres » alors qu’ils ont été déclarés conjoncturels par les premiers commentateurs musulmans, en rapport avec des évènements de la biographie du Prophète sans qu’ils aient une portée ni universelle ni éternelle.

III, 27 « Ne prenez point pour protecteurs les infidèles à moins que vous n’y soyez contraints par la crainte »

III, 78 « Celui qui pratiquera un autre culte que l’islam… sera au nombre des réprouvés »

III, 113 « O Croyants ne formez de liaisons intimes qu’entre vous. Les incrédules s’efforceraient de vous corrompre. Ils veulent votre perte ».

IV ? 49 « Dieu les a maudits à cause de leur perfidie. Parmi eux, il n’y a qu’un petit nombre de croyants »

IV, 89 « Ne prenez pas d’alliés parmi les polythéistes (« kafiroun ») »

V, 51 « Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens »

V, 76 « Ceux qui disent que le Messie, fils de Marie, est Dieu, profèrent un blasphème… Les réprouvés n’auront plus de secours à attendre »

V, 77 « Ceux qui soutiennent la trinité de Dieu sont blasphémateurs. Il n’y a qu’un seul Dieu… Un supplice douloureux sera le prix de leur impiété »

IX 5 « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ; capturez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades ; mais s’ils se repentent, laissez-les libres »

IX, 8 « Quand ils l’emportent sur vous, ils ne respectent à votre égard, ni alliance, ni pacte qui assure la protection »

IX,9 « Ils troquent à vil prix les versets d’Allah »

IX, 18 « Ne peuplent les mosquées d’Allah que ceux qui croient en Allah »

 IX 29 « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, et au Jour dernier … ceux qui parmi les peuples du Livre ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils payent le tribut en signe de soumission »

IX, 30 « Les Chrétiens disent : le Christ est fils de Dieu ; qu’Allah les anéantisse. Ils ont pris leurs moines ainsi que Jésus fils de Marie comme seigneurs en dehors d’Allah »

XLVII, 4 « Si vous rencontrez des infidèles, combattez-les jusqu’à ce que vous en ayez fait un grand carnage ; chargez de chaînes les captifs »

XXX 16 ; « Quant à ceux qui auront traité de mensonges nos versets, ceux-là seront emmenés au châtiment »

XLVII, 35 « Ne faites pas appel à la paix lorsque vous êtes les plus forts »

XLVIII  4 ; « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru frappez-les au cou ; puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite soit la libération gratuite, soit la rançon… Ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions »

LIX, 3 « Si le Ciel n’avait écrit leur exil, il les aurait exterminés ; mais le supplice du feu les attend dans l’autre monde »

LIX, 4 « Leur désastre est la punition du schisme qu’ils ont fait avec Dieu et le Prophète. Le Seigneur punit sévèrement ceux qui s’écartent de Sa religion »

Dans ces versets, le mot arabe « KUFR » désigne le péché de refuser l’islam en demeurant « hérétique », voire « païen ». « kafeur » qui a évolué en « cafard » lorsqu’il fut adopté en français au XVIIe siècle ou en « Cafre » pour désigner les Africains noirs non-musulmans.

 Le Pr. Sami A. Al-Deeb Abu Sahlieh, professeur émérite de l’Institut de Droit comparé de Lausanne dans son ouvrage Les Musulmans face aux droits de l’homme (Bochum, Editions Winkler, 1994), devenu une  référence internationale, avait souligné les nombreux manquements aux droits de l’homme contenus dans la Charia ; d’abord dans la non-égalité entre citoyens musulmans et non-musulmans dans un Etat musulman, les premiers étant seuls sélectionnés pour occuper les postes dirigeants dans les domaines exécutif, législatif et judiciaire ; le statut personnel ne permet pas non plus à un non-musulman d’épouser une musulmane ni à un musulman de changer de religion, l’apostasie étant punie de mort selon la Charia. De même, les droits de la femme ne sont pas égaux à ceux de l’homme, la répudiation unilatérale étant réservée au mari ; les filles ne touchent de l’héritage de leurs parents qu’une demi-part et les fils une part entière ; au tribunal, le témoignage de deux femmes est exigé pour contester celui d’un homme seul. En fait, le Coran rappelle des rites antéislamiques en citant les trois déesses, filles d’Allah, dont l’une était la déesse favorite de la tribu des Qoréïchites, celle du Prophète ou la lapidation de Satan conservée dans le rituel du pèlerinage. Enfin, le refus de la circoncision passe aujourd’hui comme une preuve d’athéisme, alors qu’elle a été empruntée au judaïsme. Les conservateurs instrumentalisent des versets cités plus haut. Dans cette même veine, le Cheikh Ibn Baz d’Arabie Saoudite accusa le Président Bourguiba d’impiété parce qu’il avait imposé l’égalité entre hommes et femmes et interdit la polygamie.

Mesures antichrétiennes

Mohamed à Médine est menacé par les tribus arabes qui razzient les caravanes, aussi des versets font allusion à la dérive verbale envers les chrétiens ; ce sont des versets dits conjoncturels qui ne s’appliquent qu’à une période de la Révélation et que les radicaux vont institutionnaliser en versets à charge pérenne :

V 17 « Les chrétiens ont oublié une partie de leur alliance. La haine et l’hostilité se sont établies parmi eux jusqu’au jour de la résurrection »

 IX 34-35 « Beaucoup de pontifes, et de moines dévorent le bien des gens sans le dépenser pour la cause de Dieu… Un jour on chauffera cet or au feu de l’Enfer ; on le leur appliquera sur le front, sur les côtes et sur le dos en disant : « le voici, votre trésor, jouissez maintenant du fruit de vos économies ».

Sous les Omeyyades, le calife Omar II édicta des mesures restrictives dans le domaine de l’habillement ; on imposa aux chrétiens le port d’une ceinture brune, bleue pour les mazdéens, jaune pour les juifs. Sous les Abbassides, le calife Al Mahdi fit détruire les églises d’Alep et imposa à la tribu arabe chrétienne des Banou Tannoukh une conversion immédiate à l’islam ; le calife Al Mutawwakil (847-861) renvoya tous les fonctionnaires chrétiens qui ne se convertissaient pas ; au Xe siècle, les chrétiens se virent interdire toute cérémonie d’enterrement. En fait, la manière dont les minoritaires non musulmans doivent être considérés par le Pouvoir musulman, découle de l’ouvrage du jurisconsulte Aboul Hassan Al Mawardi Les Etats gouvernementaux (X e siècle) qui prescrit six obligations dont la violation entraînerait la peine de mort et qui concernent le respect du Coran, du Prophète, du culte islamique, de la femme musulmane avec laquelle il ne peut être contracté de mariage, de la foi, de la vie et des biens des musulmans et de la loyauté, en cas de guerre, avec l’Etat musulman ; on comprend mieux en lisant Mawardi que ces interdictions sont toujours valables, valorisées et utilisées, souvent faussement hélas, pour se débarrasser d’un voisin, d’un concurrent, d’un collègue non-musulman. Sous les Ottomans, les églises devaient être dissimulées aux regards ( cf. les anciennes églises de Macédoine) et les cloches des églises étaient interdites ; les chrétiens étaient privés du droit de propriété terrienne, urbaine et commerciale ; le Pr Antoine Fattal dans son Statut légal aux non-musulmans en Pays d’Islam (Faculté de Droit de Paris 1947) cite une fatwa (édit religieux) encore en usage en 1952 stipulant que : « Les dhimmis non-musulmans) n’ont pas le droit de porter des chaussures à lacets et les chaussures doivent être de mauvaise qualité et de couleur déplaisante » . Il était interdit aux chrétiens de monter à cheval, mais ils pouvaient utiliser des mules ou des ânes dont ils devaient descendre chaque fois qu’ils croisaient un musulman ; on comprend bien que lorsque l’Empire ottoman, sous la pression européenne, promulgua les Tanzimat en 1856, nouvelles lois qui imposaient l’égalité entre non-musulmans et musulmans, des troubles graves éclateront. A Damas et au Mont Liban des massacres de chrétiens entraîneront l’intervention franco-européenne de 1860 ; tant qu’au génocide arménien qui se déroulera de 1890 à 1918 dans toute la Turquie, il est décrit comme une conséquence de cet effort d’égalisation devant la loi.

Au XXI e siècle, l’inégalité dure toujours si l’on prend l’exemple de la situation des édifices religieux dans les différents pays ; l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Yémen interdisent la construction d’églises. Les chrétiens ne sont pas considérés comme citoyens au Koweït, dans les Etats du Golfe, en Oman, En Egypte, Syrie, Irak, Jordanie, Turquie, Iran, leur présence est légale, mais tout prosélytisme envers les musulmans est interdit ; selon les pays, il est plus ou moins difficile d’obtenir le droit de bâtir de nouvelles églises. En Palestine, 2% de chrétiens sur 4 millions d’habitants tentent de survivre ; à Gaza, la propagande islamiste du Hamas rend très difficile leur situation

La Déclaration universelle des droits de l’homme ( dont un des auteurs fut Charles Malek, Libanais protestant) établit l’égalité des hommes et des femmes, la liberté de pensée, de croyance, de changer de religion, ce qui n’est pas acceptable pour les Wahhabites d’Arabie Saoudite ; ils ont donc rédigé une Déclaration islamique des droits de l’homme (1979) qui reprend les alinéas de la Déclaration onusienne mais en ajoutant  « sauf si cela contredit la Loi musulmane », la charia ; ainsi ont-ils escamoté droits de l’homme et droits de la femme. Jusqu’à quand ? Et c’est pourquoi les demandes des partisans des « Printemps arabes » qui avaient tant apporté d’espoir aux jeunes générations ont été escamotées au nom de la Charia !

Christian Lochon

Articles déjà publiés dans les Bulletins de l’Oeuvre d’Orient Nos 787, 788, 789 en 2017

le dernier ouvrage de Christian Lochon :Chrétiens du Proche-Orient, grandeur et malheurs, 155 p., 2016, Libraiurie d'Amérique et d'Orient, Jean Maisonneuve.

 

Jeudi 15 mars à 18 heures, amphi gaston Morin, 62 rue Jean Jaurès Poitiers ( campus de l'ESCEM), 3e étage

Conférence de Christian LOCHON

Rôle et culture des chrétiens au Proche-Orient

Présentation Christian Bernard

 

Suite aux atrocités commises par Daech à l’encontre des populations sous son contrôle, les occidentaux semblent redécouvrir les chrétiens d’Orient, leur tragédie, leur complexité, mais sans être pour autant bien au clair avec ce que ce terme générique de « chrétiens d’Orient » recouvre, et  sans être sûrs de la bonne posture à prendre à leur égard.

Il nous semble utile de rappeler à très grands traits, avec le plus de clarté et simplicité possibles, ce qu’ils sont, d’où ils sont issus, ce qui les caractérise en ces jours de grande tourmente, et de se poser la question de leur devenir.

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D’où viennent les Eglises d’Orient ?

Les chrétiens d’Orient ne sont pas des occidentaux venus coloniser le Proche Orient, ce sont des autochtones christianisés depuis les origines du christianisme.  Le christianisme fut d’abord une religion asiatique, ce sont ces contrées situées entre Mésopotamie, Egypte, Anatolie, Palestine, qui furent les premières terres chrétiennes, évangélisées par les apôtres disciples de Jésus et par Paul. Le nom même de « chrétiens » est apparu à Antioche dès les années 50 de notre ère. Ces « chrétiens d’Orient sont les frères aînés des chrétiens du reste du monde[1] ».

De nos jours ces chrétiens d’Orient sont dispersés en un grand nombre d’Eglises, et on le sait, nos contemporains ont le plus grand mal à s’y repérer. Cette diversité issue des péripéties d’une histoire bi millénaire, résulte en fait de deux grands mouvements qui se situent aux IVe-Ve siècles pour le premier, et aux XVIe-XVIIIe siècles pour le second.

La première phase de diversification se situe au temps de l’empire romain devenu chrétien au IVe siècle avec les empereurs Constantin et plus tard Théodose. Ces grands empereurs optent pour une nouvelle religion, le christianisme qui leur apparaît « moderne » si l’on ose cet anachronisme de vocabulaire, et à la hauteur de leur conscience du pouvoir impérial. Pour assurer l’unité de l’empire, ces empereurs ne peuvent admettre des dissonances théologiques à l’intérieur même de cette Eglise désormais liée au pouvoir politique, d’où la nécessité à chaque nouvelle interrogation sur le dogme, de réunir les évêques en un concile dit œcuménique, pour trancher les questions en suspens. Sans rentrer dans les subtilités théologiques (byzantines), rappelons simplement que la question qui divise alors est celle de la nature du Christ, humaine, divine, les deux et si oui comment ? C’est sur ces questions dites « christologiques » que des Eglises vont progressivement se séparer, devenir indépendantes et ainsi petit à petit construire la mosaïque chrétienne orientale que nous connaissons.

Mais si le facteur théologique est mis en avant pour se dissocier, il est clair que bien souvent la raison principale de la rupture est d’ordre politique, voire géopolitique. Le meilleur exemple est peut-être celui de l’Eglise apostolique de l’Orient. Aux premiers siècles de notre ère, l’empire romain dans sa partie orientale (l’actuel Levant)  a comme voisin et ennemi, l’empire Parthe/Perse installé sur l’actuel territoire Irak Iran. Très tôt, une évangélisation gagna cet espace perse, au-delà donc du territoire romain, comme en témoigne ce passage du Nouveau testament [Ac I,8 ] qui signale au jour de la Pentecôte « des Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie ». Le christianisme ne prit véritablement son essor dans cette partie du monde qu’avec l’arrivée des Perses au IIIe siècle. Ces derniers, ayant supplanté les Parthes, créèrent une zone d’instabilité, leurs incursions guerrières se soldèrent par des déportations massives d’habitants du Levant, donc des chrétiens. Cette forte présence chrétienne en Perse s’insère dans la société et le pouvoir politique , avec des phases de paix et de persécution, ce qui  n’est pas sans rappeler la vie des Juifs déportés à Babylone dans la haute antiquité. Ces chrétiens dépendant toujours du patriarche d’Antioche en terre romaine ne pouvaient qu’apparaître comme traites aux yeux des Perses. Aussi, pour continuer à vivre, tant bien que mal car les persécutions étaient fréquentes, cette Eglise apostolique de l’Orient  affirma son autonomie début Ve siècle et transféra de manière unilatérale son siège en Perse, à Séleucie-Ctésiphon. « La scission fut d’abord liée à des considérations politiques et géostratégiques[2] ». Ce n’est qu’après coup, que cette Eglise d’orient scella définitivement sa séparation par le choix d’une option théologique opposée à celle de l’empire romain : l’union des deux natures, humaine et divine dans la personne du Christ. L’Eglise apostolique de l’Orient opta pour la thèse de Nestorius, ex évêque de Constantinople qui a été déjugé par le concile romain oriental d’Ephèse de 431, et selon laquelle il y a deux natures distinctes  dans l’unique personne du Christ. De ce fait, cette Eglise apostolique de l’Orient fut appelée pendant longtemps l’Eglise nestorienne. De nos jours elle est connue sous l’appellation d’assyro chaldéenne.

Echappant totalement aux deux capitales romaines, Constantinople et Rome, elle connut un grand succès missionnaire jusqu’en Inde et Chine par la « route de la soie » comme le signale Marco Polo. C’est la conquête mongole  au Moyen-Orient (XIIIe-XVe siècles)  qui balaya cet espace  chrétien qui se confina désormais à la haute Mésopotamie, à savoir les territoires actuellement en Irak et en Syrie.

Qu’en fut-il pour les Eglises situées à l’intérieur de l’empire romain oriental ? Les mécanismes furent similaires, des séparations eurent lieu en avançant une discorde théologique, mais les vrais raisons étaient politiques, un désir d’indépendance par rapport à la pression politique et financière de la capitale Constantinople.

 L’occasion fut le concile œcuménique de Chalcédoine[3] en  451 avec la condamnation de  l’hérésie monophysite qui affirmait qu’il n’y a qu’une personne divine dans le Christ, que sa nature divine avait en quelque sorte absorbé sa nature humaine. Le concile posa l’union des deux natures, ce que rejetèrent trois Eglises, l’Eglise copte en Egypte, l’Eglise arménienne et l’Eglise syrienne occidentale. Demeura en accord avec « la Grande Eglise », à savoir celle liée au pouvoir impérial qui impose les conclusions du concile de Chalcédoine, celle qui va désormais se nommer elle-même Orthodoxe, c’est-à-dire, dans la ligne des décisions conciliaires. Ces chrétiens fidèles à l’empereur romain vont parfois également être appelés Rûms, ou Melkites (de malik = empereur en arabe) voire Grecs, car la langue grecque est celle de la partie orientale de l’empire romain , qui deviendra byzantin.

La seconde phase de diversification de ces Eglises orientales fait suite aux mouvements de Réforme et de Contre-réforme en occident, entre les XVIe et XVIIIe siècles. A la sortie de ces renouveaux théologiques, les catholiques occidentaux « paternalistes » estiment qu’il est de leur devoir d’aller « régénérer » les chrétiens orientaux fossilisés dans leurs archaïsmes hérétiques. Ce même mouvement de « purification » et de « réforme » anima quelques temps plus tard les églises protestantes elles-mêmes, la déferlante protestante au Proche-Orient est surtout nette au XIX e siècle.

Ces pressions occidentales catholiques visant la réintégration de ces églises dans le giron de Rome réussirent pour partie, mais pour l’essentiel, confirmèrent la volonté d’indépendance jalouse de ces Eglises. Cinq Eglises acceptent la primauté de Rome  avec désormais le qualificatif d’Eglises uniates, mais elles conservent cependant  leurs propres liturgies. Chaque Eglise se scinde en deux, la branche qui accepte le giron de Rome devient catholique, l’autre demeure orthodoxe :

Eglise copte, et Eglise copte catholique ,

Eglise arménienne apostolique et Eglise arménienne catholique,

Eglise Grecque orthodoxe et Eglise Grecque melkite (catholique),

Eglise syrienne ou syriaque orthodoxe et Eglise syrienne/syriaque catholique.

L’Eglise apostolique de l’Orient se scinde elle aussi  en deux branches, l’Eglise de l’Orient nestorienne se nomme désormais assyrienne, tandis que celle qui accepte Rome, qui devient catholique, prend l’appellation de Chaldéenne.

Ce second temps a pratiquement doublé le nombre des Eglises orientales. Pour compléter ce tableau il faut rajouter la présence de l’Eglise latine elle-même depuis l’époque des croisades, ainsi qu’un grand nombre d’Eglises issues de la réforme, luthériens, presbytériens jusqu’aux évangéliques contemporains notamment depuis l’invasion de l’Irak par les Américains en 2003. On le voit, la mosaïque des chrétiens orientaux est complexe.

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Qu’est ce qui les caractérise actuellement ?

Ils ne forment pas un ensemble homogène, tout propos généralisateur est de ce fait le plus souvent sujet à erreur. Néanmoins quelques caractéristiques quasi communes peuvent être relevées.

Une première caractéristique concerne leur environnement sociétal et politique. Ces chrétiens d’Orient vivent en pays musulmans et ce depuis les premières conquêtes islamiques au VIIe siècle.

 Dès le départ, considérés avec les juifs comme gens du Livre, ils sont soumis au statut de dhimmi qui leur assure une protection dans le cadre d’une citoyenneté inférieure moyennant le paiement d’un impôt spécifique, la jizya.  Progressivement depuis les réformes imposées par l’occident au XIX siècle, les dispositions de la dhimma ont été abolies dans la plupart des Etats musulmans de la région, et une certaine liberté religieuse est acceptée, mais il n’y a pas pour autant de reconnaissance de libertés individuelles, de Code civil commun à tous, c’est au contraire le règne de l’autonomie en matière de statut personnel.

« Cette autonomie a laissé à chaque communauté religieuse la possibilité de juger les affaires relatives au droit de la famille selon les lois inspirées de ses propres coutumes et livres révélés. Cependant cette autonomie est à l’origine de l’islamisation de milliers de non-musulmans, surtout chrétiens, ainsi la conversion à l’islam a pu constituer pour certains une solution pour échapper aux dispositions abusives de la législation confessionnelle chrétienne et pour bénéficier de certains avantages de la loi musulmane[4] ».  En effet, de nombreuses tracasseries guettent encore les chrétiens, les droits de garde d’enfants, les problèmes d’héritages, la non validité du témoignage  devant un tribunal islamique…

Le mode d’appartenance est différent de ce que l'on peut rencontrer en occident, ici c’est le communautarisme qui  domine, on ne dit pas je, mais nous, à tel point que ces groupes religieux se posent parfois comme peuples, ces chrétiens forment des groupes ethno religieux. Le phénomène est fréquent au Proche Orient et peut également se rencontrer en milieu musulman ou assimilé (pensons aux Alaouites, voire aux Yézédis..).

L’arabité. Arméniens mis à part, toutes les autres Eglises orientales utilisent l’arabe comme langue liturgique, soit seule, soit associée au grec ou au syriaque (apparenté à l’araméen, la langue international du Proche Orient antique). Avoir l’arabe comme langue maternelle c’est appartenir à la nation arabe, le critère  linguistique détermine l’appartenance au peuple arabe. Ces chrétiens orientaux sont donc pour la plupart des Arabes. Si dans leur très grande majorité les Arabes sont musulmans, tous ne le sont pas.

N’oublions pas qu’au temps du nationalisme arabe, des années 1900 à la défaite de 1967 face à Israël, les chrétiens furent parmi les  fers de lance du mouvement pan arabique, chrétiens comme musulmans transcendaient leur singularité confessionnelle par cette défense d’une commune arabité[5], dans laquelle par exemple, le Coran n’était considéré que sous l’angle d’une œuvre littéraire commune. C’était le temps de Nasser en Egypte, des partis Baas en Irak et en Syrie. Le slogan martelé par le régime baasiste syrien d’Assad résidait dans cette affirmation : « si on te demande si tu es sunnite, chiite, alaouite, chrétien.. ou autre, réponds, je suis syrien ! » . Ces chrétiens d’Orient disent haut et fort qu’ils sont les descendants des peuples antiques régionaux, et au-delà des aspects mythiques de ces slogans[6], il faut souligner l’affirmation d’une légitimité historique dans ces espaces proche orientaux, des siècles avant l’arrivée de l’islam. Leur rêve le plus cher n’est pas de partir en exil mais de pouvoir continuer à vivre sur la terre de leurs ancêtres, comme en témoignent les récents retours dans la ville de Qarakosh[7] libérée des jihadistes.

Depuis une bonne génération désormais, le monde arabe a changé de paradigme, l’identité n’est plus l’arabité trans-confessionnelle, mais précisément l’appartenance à l’islam. L’islamité a succédé à l’arabité, entraînant de facto une forte tentation d’exclusion des groupes non musulmans, juifs, chrétiens et autres. La politique d’éradication de ces groupes menée par l’Etat Islamique n’est que la systématisation de cette posture. Face à un choix mortifère, soumission (statut de dhimmi) mais sans protection, (bien au contraire) ou la mort, on comprend aisément que beaucoup aient choisi, contraints et forcés, le chemin de l’exil.

Persécutions, exil et dispersion. Les chrétiens d’Orient face à Daech : rupture ou continuité ? S’interroge Myriam Benraad,[8] chercheuse spécialiste de l’Irak et du Moyen-Orient. Daech comme tous les autres courants jihadistes d’ailleurs, rejette avec violence tous les chrétiens, ces apostats (Kafir) accusés d’être les collaborateurs des occidentaux croisés, sionistes et mécréants. Cette posture, légitime à leurs yeux toute action violente à leur égard, jusqu’à la décapitation, voire la crucifixion[9]. Dans la plaine de Ninive, berceau du christianisme antique, Daech publie un décret indiquant que leurs maisons et leurs terres seront expropriées après avoir été marquées d’un noun (n en alphabet arabe) qui désigne les nazaréens[10] dans le Coran[11].

La réponse à la question posée est claire, nous sommes plus dans la continuité que dans la rupture, « les violences faites aux chrétiens par les jihadistes ne sont au fond qu’une continuation, certes poussée à l’extrême, d’un traitement passé déjà peu enviable.. » déclare, preuves à l’appui, Myriam Benraad. Depuis les origines, les chrétiens ont connu alternativement des périodes de paix et de persécutions, n’oublions pas que celles-ci commencent dès l’empire romain avant l’adoption du christianisme. Sans remonter trop haut dans le temps, il faut rappeler les premiers massacres de chrétiens à l’époque contemporaine. Cela se passe dans l’espace libano-syrien, au Mont Liban et à Damas en 1850, des milliers de chrétiens sont massacrés par des Druzes, malgré l’action protectrice exemplaire de l’émir Abdel Kader pourtant exilé par la France. Ces exactions déboucheront sur une expédition militaire française sous Napoléon III, qui reprend à son compte la mission de protection des chrétiens d’Orient[12], sous motif humanitaire. A partir de ce moment, les communautés chrétiennes d’Orient vont connaître une érosion constante due à des vagues d’exterminations et d’exil.

Un intéressant rappel des liens historiques entre la France et les chrétiens d’Orient  a été formulé par Jean-Christophe Peaucelle, conseiller pour les affaires religieuses au Ministère des Affaires étrangères lors de son audition par la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale en janvier 2015 [13]« La relation particulière de la France avec les Chrétiens d’Orient remonte à l’alliance conclue en 1536 entre François Ier et Soliman le Magnifique. Il s’agissait d’une alliance stratégique de revers ….François Ier a obtenu le droit et la responsabilité de protéger les communautés chrétiennes de l’Empire ottoman. …Pour les Chrétiens d’Orient, cet événement a marqué leur entrée dans le monde culturel de la France et de la francophonie. Par la suite, les élites de l’Empire ottoman, puis celles des pays héritiers de cet Empire – Égypte, Palestine, Syrie, Liban – ont été pour partie formées dans des établissements français, souvent religieux. D’ailleurs, malgré les poussées d’anticléricalisme que notre République a pu connaître au cours de son histoire, le soutien de la France aux congrégations religieuses qui œuvraient au Proche-Orient n’a jamais varié.

En 1923, à la suite de la proclamation de la République de Turquie, le traité de Lausanne a mis fin aux capitulations, sauf en Palestine mandataire, où les accords de Mytilène en 1901 et de Constantinople en 1913 avaient confié à la France la responsabilité de protéger civilement les communautés religieuses au sens strict du terme, c’est-à-dire les communautés de religieux : les jésuites, les dominicains – qui avaient fondé, entre autres, l’École biblique de Jérusalem – ou encore les sœurs de Saint-Joseph – qui tiennent aujourd’hui l’hôpital français de Jérusalem, etc… Ces deux accords sont toujours en vigueur actuellement[14]. En dehors de la Palestine, , malgré la fin des capitulations, une relation culturelle et d’influence est demeurée entre la France et les Chrétiens d’Orient. 

Aujourd’hui, si les circonstances ont évidemment changé par rapport à celles qui prévalaient au temps de François Ier, notre diplomatie doit, au-delà de ses principes laïcs et universalistes, maintenir une relation spécifique avec les minorités chrétiennes d’Orient et prendre en compte leur situation particulière ».

 Le nationalisme turc du début XXe siècle, qui se réclamait non pas d’une idéologie islamique, mais moderne, occidentale, fut à l’origine de deux génocides en 1915, à l’encontre des Arméniens (700 000 à 1,6 million de victimes) et, moins connu, en 1915-17, des Assyro-Chaldéens après la débâcle de leur allié russe. Le même nationalisme turc, avec le leader charismatique Mustafa Kemal, procéda dans les années 20, à l’encontre des Grecs d’Anatolie, à une totale purification ethnique par le transfert de force d’1,5 million d’Hellènes en Grèce. En zone turque, à territoire égal, la proportion de chrétiens est passée d’environ 35% en 1900 à 0,1% de nos jours. Les chrétiens ont disparu du paysage turc qui fut des siècles durant le haut lieu du christianisme où se déroulèrent tous les grands conciles œcuméniques.

Après la seconde guerre mondiale et les indépendances des Etats de la région, les conflits qui n’ont jamais cessé, alimentèrent des vagues de départs successifs vers les Etats Unis, l’Australie, les pays européens : guerre du Liban 1975-95, le conflit palestinien, et surtout la séries de conflits qui débuta avec l’invasion américaine en Irak en 2003. La création de l’Etat Islamique en 2014 ne fit que renforcer l’hémorragie. A titre d’exemple, l’Irak en 1987 comptait 1,2 million de chrétiens de toutes obédiences, on estime que 80 % d’entre eux ont quitté leur territoire depuis 2003. S’il existe un pays du proche Orient où le risque de disparition de ces chrétiens d’Orient est élevé, c’est bien l’Irak.

La conséquence de ces exils successifs depuis un bon siècle est que ces chrétiens sont désormais plus nombreux en diaspora que sur leurs terres d’origines, que la localisation des sièges patriarcaux ne correspond plus à la localisation actuelle de leurs fidèles. A titre d’exemple, le siège du catholicos et patriarche de l’Orient, à savoir, le chef de l’Eglise de l’Orient, celle qui était née dans l’empire perse, qui se nomme Eglise assyrienne, se trouve désormais à Chicago !

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Quelle survie possible ? L’avenir de ces chrétiens d’Orient après l’inévitable chute de l’Etat islamique (sans  se prononcer sur la date) dépendra du mode de reconstruction de l’Irak et de la Syrie. Pour l’heure tout est possible, c’est une question de rapport de forces entre les différents acteurs internationaux  sur le terrain, qui, on le sait n’ont pas du tout les mêmes agendas. L’Irak restera t-elle dirigée par des chiites, ceux-ci accepteront-ils une sorte de partage du pouvoir avec les musulmans sunnites et les autres minorités dont les chrétiens ? Quelle sera la véritable influence de l’Iran chiite dans le futur Irak ?

Les Kurdes du nord-est, actuels protecteurs des chrétiens réfugiés, et acteurs militaires majeurs sur le terrain, continueront-ils à protéger les chrétiens une fois leur objectif territorial et politique d’autonomie atteint ? Les chrétiens certes sont heureux d’y être hébergés, mais ils ont gardé le souvenir des génocides  menés par les Turcs pendant la Première guerre mondiale avec justement l’aide des Kurdes ! Pour un grand nombre de chrétiens, les conditions d’un retour n’existent pas, et un peu comme les Yézédis du nord-ouest de l’Irak, on se méfie désormais de son voisin musulman sunnite qui a subi la pression  des jihadistes, malgré des amitiés séculaires, on se méfie de son « protecteur » kurde qui peut vous lâcher à tout moment, on se méfie des libérateurs chiites, venus de Bagdad ou d’Iran qui pour l’heure affichent une belle communication de libérateurs, comme en témoignent à Noël 2016, les messes re-célébrées dans les villages libérés sous haute protection.

Le régime d’Assad en Syrie va-t-il survivre après la victoire contre Daech, victoire d’un pays qui vit sous perfusion des aides russe et iranienne ? La « laïcité » relative de l’ancien parti  Baas dans les années 20, qui permettait au clan Assad de se prétendre le protecteur des chrétiens contre les islamistes, sera-t-elle encore possible ? La forte présence russe dans laquelle l’on retrouve la vieille synergie tsariste militaro-orthodoxe, sera peut-être demain en Syrie la garante de la sauvegarde des chrétiens locaux. Le risque de disparition des chrétiens d’Orient semble dans les conditions actuelles, moins fort en Syrie qu’en Irak.

Au-delà de ces questions qui verront peut être un début de dénouement en 2017, deux espaces sont à ausculter dans les années à venir.

  • Les anciens terroirs chrétiens du Proche-Orient ne risquent-ils pas de devenir le musée de temps révolus ? L’affaiblissement du nombre de chrétiens en deçà d’un certain seuil de visibilité risque de créer des espaces monoculturels comme on le constate pour l’actuelle Turquie, qui s’affirme turque et musulmane sunnite : il n’y a plus de place ni pour des chiites, ni pour des Kurdes, ni pour des chrétiens… Cette situation d’expulsion des chrétiens, véritables autochtones il faut le rappeler, « est une catastrophe de civilisation, car ils sont notre lien avec les premières civilisations de l’écriture : l’araméen était la langue véhiculaire du Proche-Orient. Ils sont à l’origine du christianisme, et nous perdons également ce lien. Mais ils sont aussi à la source de la civilisation islamo-arabe, et sans eux, on ne peut comprendre la complexité orientale. C’est enfin un drame pour les musulmans d’ouverture qui se retrouvent seuls face au fanatisme. Le Moyen-Orient perd sa chance de sécularisation : ce sont ces chrétiens qui en étaient les vecteurs. Le monde actuel est fait de blocs qui s’affrontent. Or, les chrétiens d’Orient ont toujours été des médiateurs, le tiers indispensable[15] ».
  • Dans leurs nouveaux territoires de diaspora, ne risquent-ils pas également de disparaître, dans la mesure où il leur sera difficile d’affirmer leurs identités communautaires fortes, en contexte sécularisé, en contexte d’individualisme, en contexte de liberté de conscience.
  • Echappent à ce schéma  certains groupes plus nombreux, plus homogènes, comme les coptes d’Egypte. Leur risque n’est pas la disparition, mais la pérennité de leur état de citoyen de seconde zone. De même, pour les chrétiens du Liban qui doivent composer avec les forces musulmanes désormais majoritaires.

La géopolitique des chrétiens d’Orient est en pleine évolution, nous assistons à des phénomènes de déterritorialisation, au détriment de leur berceau originel et en faveur de diaspora en occident. Dans le même temps, le centre de gravité du christianisme en général est lui aussi en mouvement, il quitte la vielle Europe pour d’autres contrées, sud américaine et asiatique. Si le bouddhisme est désormais un phénomène mondialisé n’est-ce pas dû aux guerres et persécutions menées par la Chine depuis 1949 ?

Certes, on ne peut en rester à tel regard froid et distancié, il s’agit d’hommes de femmes et d’enfants qui vivent l’une de leur pire catastrophe de leur histoire communautaire sous le regard bien souvent indifférent des opinions publiques des grandes puissances, comme si ces dernières se résignaient à considérer le Proche-Orient frappé d’une éternelle fatalité. Par ailleurs, lorsque ces mêmes opinions se réveillent, et avec elles leurs gouvernements, c’est souvent pour afficher une sorte de compassion condescendante, voire paternaliste à l’égard d’une humanité considérée comme  archaïque. Russes et Français se sont de longue date auto proclamés défenseurs de ces chrétiens d’Orient, au nom de quoi ? Non seulement leur avis n’a jamais été sollicité, mais de plus, ces attitudes les desservent le plus souvent, en les faisant apparaître comme des ennemis de l’extérieur, comme la cinquième colonne de l’occident, alors que leur souhait le plus cher est d’être acteur à part entière de leurs pays et non d’être entièrement à part, à protéger comme une sorte de patrimoine de l’humanité en péril.

Christian Bernard

janvier 2017

 

 

 

 


[1] Jean-François Colosimo, in Le Monde des Religions, Les christianismes oubliés, Hors série décembre 2016, p.80

 

 

 

[2] Françoise Briquel Chatonnet,, Les Eglises syriaques, histoire et tradition, in Diplomatie n° 75, Les chrétiens d’Orient, juillet-août 2015, p.58.

 

 

 

[3] Cette ville antique dans la banlieue de la capitale byzantine Constantinople,  se trouve donc très près de l’actuelle Istanbul turque.

 

 

 

[4] Nael Georges, spécialiste en droit musulman, La liberté religieuse dans les Etats de culture islamique, in Diplomatie n° 75 : Chrétiens d’Orient,, été 2015, p. 46

 

 

 

[5] Ce fut le cas du syrien Michel Aflaq, co-initiateur du Parti de la Résurrection  arabe et socialiste ou parti Baas, dès 1943.

 

 

 

[6] Dans un souci de recherche d’identité ancienne et régionale, les uns et les autres se disent descendants directs des peuples antiques, cela va des chrétiens du Liban descendants directs des Phéniciens,  aux Assyro-Chaldéens qui disent assumer l’héritage Mésopotamien, des Coptes reliés à l’Egypte antique, aux Juifs  affirmant une continuité avec les Juifs du temps biblique.

 

 

 

[7] Ville à forte population chrétienne à une vingtaine de Km au sud de Mossoul, occupée par Daech en 2014 et libérée par l’armée irakienne à l’automne 2016

 

 

 

[8] Diplomatie n° 75 p.48

 

 

 

[9] L’Etat Islamique n’est le seul groupe à pratiquer ce supplice cruel, cela existe aussi en Arabie par exemple. Pour comprendre la légitimité de cet acte par une lecture fondamentaliste du Coran, voir mon article sur le site du Nouvel’Obs http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1428113-ali-al-nimr-condamne-a-la-crucifixion-un-avertissement-lance-a-la-minorite-chiite-du-pays.html

 

 

 

[10] Ce mot nazaréen [nasârâ] n’a pas toujours le sens de chrétiens: Sur ce point assez technique voir http://www.eecho.fr/nazareens-dans-le-coran-chretiens-ou-non/. En effet, il existe une contradiction formelle  entre le v.82 et le v.51 de la sourate 5 à propos des nasârâ

 

 

 

[11] Myriam Benraad, Diplomatie n° 75, p.49

 

 

 

[12] "La protection des chrétiens d’Orient est une tradition pour la France " – Entretien accordé par Laurent Fabius au journal La Croix (27 mars 2015) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/afrique-du-nord-moyen-orient/evenements/article/la-protection-des-chretiens-dorient

L’œuvre d’Orient , association catholique française, travaille à aider ces chrétiens d’Orient depuis 1856. Elle est actuellement dirigée par Mgr Pascal Gollnisch , très actif comme médiateur avec l’occident. En avril 2015 il a publié un ouvrage intitulé « Chrétiens d’Orient, résister sur notre terre », ce qui témoigne de son désir de freiner au maximum les départs vers les pays occidentaux.

 

 

 

[13] http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cafe/14-15/c1415039.asp

 

 

 

[14] Signés en 1901 et 1913, ils sont reconduits tacitement par la puissance mandataire britannique puis par l’État d’Israël (correspondance Chauvel-Fisher, 1948-1949). Ils sont toujours valides à l’heure actuelle

 

 

 

[15] Jean-François Colosimo, in Le Monde des Religions, Les christianismes oubliés, Hors série décembre 2016,, p.82