Brics

 

(Article issu duSéminaire France-Chine : quels nouveaux partenariats ? Futuroscope de Poitiers, 29 août 2014)

 

« Rien ne serait plus trompeur que de juger la Chine selon nos critères européens », Lord Macartney, 1794 

1 – Approcher le dragon de taille XXl.

Sur le temps long, il y a les fondamentaux de la géographie, de la démographie et de l’économie. Aujourd’hui troisième plus vaste pays du monde,  juste avant les Etats-Unis, la Chine dispose de ressources considérables, énergétiques, minérales et agricoles. Elle peut nourrir une certaine nostalgie de l’époque (le XVIIIème siècle) où elle était, par sa zone d’influence immédiate, sans doute le plus grand pays du monde, avant l’arrivée des cosaques et des trappeurs russes en Sibérie orientale. Sur le plan de la population, la Chine dispose d’une surabondance d’hommes aptes à tout faire. Comptez vingt-et-un Chinois pour un seul Français ! L’historien Angus. Maddison  a montré, par ses travaux statistiques  sur plusieurs siècles que, jusque 1830, avec 20% de la population et 30% de l’économie mondiale, la Chine a été une véritable  grande puissance  du monde, en fait, la première, ce qui pourrait se reproduire deux siècles plus tard…

2 – Regards croisés sur deux cœurs du monde.

 Les relations entre Français et Chinois sont constituées d’un mélange de fascination réciproque et de frictions. Partagée entre sinophiles et sinophobes, la France est cependant le pays qui a inventé la sinologie, tandis qu’une magnifique tradition chinoise consiste à envoyer une partie de ses enfants achever ses humanités en France (ce fut le cas de Chou Enlai et de Deng Xiaoping, mais non de Mao Zedong). Bientôt, les étudiants chinois vont constituer la première communauté d’étudiants d’origine étrangère de l’Hexagone, devançant la communauté marocaine.

La Chine est la matrice de l’Asie orientale, Incontournable. C’est le pays des jeux de pouvoir, du savoir  (c’est l’empire des concours) et de l’avoir. Aujourd’hui chantier, atelier et banquier du monde, elle est le foyer de la plus importante diaspora qui soit.

La France, « mère des arts, des armes et des lois », est une grande nation géopolitique, au message universel,  5ème puissance économique, constructrice d’Europe, détentrice du second domaine maritime du monde, Elle a des liens forts et spécifiques avec l’Afrique, continent d’avenir, dont une importante partie parle sa langue. Les deux pays disposent d’un siège permanent à l’ONU qui n’en compte que cinq.

 Ce sont deux anciennes civilisations rurales, enfants de la terre jaune là-bas et enfants de la patrie, couleur terre de France ici. et en voie d’urbanisation rapide. Le général de Gaulle a reconnu en 1964, en la Chine, « une nation plus vieille que l’histoire». « Il n’y a rien, dans cette décision, qui comporte la moindre approbation du système politique qui domine actuellement en Chine ». «La France reconnait simplement le monde tel qu’il est ».

3 – Perceptions françaises de la Chine contemporaine.

« Le grand timonier », Mao Zedong a restauré l’Etat chinois, libéré « la seconde moitié du ciel « et simplifié l’écriture nationale. Le « petit timonier a réformé « à petits pas » et pratiqué l’ouverture qui a consisté à  mettre l’étranger au service du national,  à « attraper l’oiseau sur la branche », en donnant la priorité absolue à l’industrie (Built,  Operate, Transfert). D’où l’immense rattrapage : « factory, navy, city ».

Mais, surtout : la Chine est passée maîtresse dans la captation, l’indigénisation et l’absorption technologique, au prix de nombreux contentieux juridiques concernant la propriété industrielle. Mais, arrêter l’analyse à ce stade  serait dépassé, car le pays a inventé un système unique au monde : l’économie socialiste de marché aux couleurs chinoises. Il s’agit d’un capitalisme d’Etat avec double appartenance au niveau des responsabilités politiques et économiques, ce qui  octroie une force de frappe financière considérable aux  champions nationaux, bien dotés en crédits bancaires et en autorisations administratives. La Chine, déjà  pays des grands travaux et des réseaux est aussi devenue celui des labos et des expos, des ingénieurs et  des brevets industriels. Elle a déjà  engagé la bataille des marques et des normes. Capable, bientôt, de vendre des TGV à la Californie et des centrales nucléaires à la Roumanie. Nous pouvons aussi prendre l’exemple du secteur stratégique des télécommunications. Avant la fin de l’année 2014, la Chine disposera de trois des cinq premiers équipementiers du monde (Huawei, ZTE et le « petit dernier », Xiaomi). Est-ce si étonnant de la part d’un pays qui s’achemine vers le milliard d’abonnés ? Demain, le ciel sera A, B et C: A comme Airbus, B comme Boeing et comme COMAC, champion chinois de l’aéronautique, car la Chine a besoin de milliers d’avions civils.

Ce hard power industriel est complété par un nouveau  soft power culturel. Le premier institut Confucius a ouvert à Tachkent, en 2004, au cœur de la route de la soie, l’année suivante, Poitiers a accueilli le premier de France. Un jour, le monde en comptera  mille ! Qui ne connait le « rating » universitaire de Shanghai ? Les arts  explosent en Chine, aussi bien en termes de marché qu’au niveau de la création.

Côté « smart power », la Chine avance sur les quatre écrans : smart phone, computer, TV er cinéma. Nous connaissions Hollywood et Bollywood, mais « Chinawood » est déjà  puissant sur la plan économique et éblouissant sur la plan artistique.

La Chine a-t-elle mangé son riz blanc ? Est-elle un géant aux pieds d’argile ? Ce qui est sûr c’est qu’elle est, comme nous, à une croisée des chemins. Cependant, elle ne nous a pas  attendus pour identifier ses problèmes de façon impériale. Le Premier ministre Wen  Jibao  évoquait  déjà « une croissance instable, inégale, injuste et non durable ». Nous pouvons esquisser une première nomenclature des défis chinois: vieillissement rapide du pays de l’enfant rare, ralentissement inéluctable de la croissance alors qu’il a besoin de créer 10 millions d’emplois par an), inégalités sociale accentuées au pays de Mao, la question de l’état de droit, l’allocation des ressources publiques, l’insécurité alimentaire, la corruption, et une pollution délétère. Il  faut  passer d’une économie mercantile à une économie inclusive : le 12 ème plan en cours et le Président Xi Xinping veulent y remédier par le privé, les PME,  la  « go west policy », pour diffuser la croissance à l’intérieur et dans les profondeurs du pays, surtout dans les villes moyennes de 2ème et 3ème niveau (aménagement des campagnes et  de la ville durable, car le rêve chinois sera urbain ou ne sera pas).

Une politique pro-marché est engagé avec la montée des salaires dans l’industrie (le « smigard » de la ville-province de Shanghai est mieux rémunéré que son homologue bulgare), une nouvelle sécurité sociale  esquissée pour les ruraux, une meilleure intégration des paysans-ouvriers, les  « mingong », (200 millions) en agglomération. La plus grande classe moyenne du monde qui vient de se constituer n’a pas que des dépenses contraintes. Ses dépenses discrétionnaires, celles qui font l’agrément de la vie, explosent : restauration, distribution, luxe, santé-beauté, et celles liées à la mobilité et à la connectivité, car le chinois nouveau est arrivé, instruit, informé, relié. Paul Claudel le remarquait déjà : « La société chinoise est en état d’effervescence perpétuelle »

Dans cette Chine nouvelle, la France a toutes ses chances, sous réserve de certaines conditions : choisir « sa Chine », coordonner les efforts des grandes firmes et des PME (« chasser en meute » comme le font les Allemands), gérer la propriété intellectuelle, exiger la réciprocité, mais éviter toute arrogance. Avec ses produits premium, ses services de qualité et sa « french touch », la France bénéficie d’ailleurs, en Chine,  d’un préjugé plutôt favorable !

 4 – La projection de la Chine

Dans le basculement économique et géopolitique du monde, la Chine est au centre de trois configurations majeures. :

Le groupe de Shanghai qui lui permet de contrôler ses  marges et  ses marches continentales près de ses quatorze voisins.

Les BRICS : 3 A : Asie, Amérique du sud et Afrique (l’homme noir est considéré dans les annales chinoises comme habile, courageux, intelligent et redresseur de tords ». En y investissant a sa façon, la Chine a redonné confiance à l’Afrique, du Gabon à l’Ethiopie lorsque l’Occident semblait l’oublier. Elle y pratique son schéma classique d’échanges d’Infrastructures contre fournitures et nourriture, ce qui lui permet de desserrer ses nouvelles dépendances énergétiques, minières et alimentaires. Projet de BRICS’s Bank (alternative au FMI et projet de  nouvelle Banque asiatique dont le siège serait à Shanghai  et  la Chine le maître d’œuvre et le principal bailleur de fond, créant des sino dépendances  autour d’elle, à la grande inquiétude de la Banque Asiatique du développement dont le siège est à Manille).

ASEAN : c’est l’enjeu Thalassa, halieutique, énergétique et géostratégique en Mer de Chine méridionale. La limite de l’exercice est, sans doute, soulignée par Hubert Védrine : « la coalition des inquiétudes ». La Chine pour se développer, l’Amérique pour se protéger ?

La Chine ne souhaite pas jouer le rôle de shérif mondial, bien trop onéreux, mais elle entend restaurer sa suzeraineté régionale traditionnelle en Asie, d’où, aussi, la restructuration de ses armées : l’APL, datée, entend se doter d’une nouvelle force de projection. Son chef, Xi Xinping, redécoupe les régions militaires  qui passent de 7 à 5 dans un contexte interarmées, au profit de la marine, de l’armée de l’air et de l’épopée spatiale.

5 – Une leçon chinoise pour la France et l’Europe ? 

Parce que le pays a une bonne résilience et des réserves de croissance (sa moitié encore pauvre), parce qu’il sait réussir une planification et s’adapter en permanence, tandis que ses dirigeants disposent d’une dizaine d’années pour accomplir, La Chine a des chances de réussir les réformes susceptibles de lui faire regagner son premier rang millénaire, mais elle, et elle seule, décidera du rythme de sa propre évolution. Le défi qu’elle nous adresse, par sa seule ombre portée, c’est de redéfinir notre positionnement et de réinventer notre relation avec elle. 

Claude Chancel

 

La Chine, État géant, État-continent et État-civilisation, fascine, impressionne et interroge. Si l’on croise les données géographiques et démographiques, elle bénéficie depuis toujours de l’effet de taille auquel s’ajoute une rente de situation. « L’empire du milieu » est au cœur, en effet, de l’Asie majeure, entre les plus hautes montagnes du monde et le plus vaste des océans de la planète. Seule civilisation ancienne encore vivante, elle s’était immobilisée, jusqu’à être semi-colonisée. Réveillée par ses nationalistes, ses communistes et Deng Xiaoping, elle connait de nos jours une véritable renaissance.

En 2012, La Chine est « une puissance émergente émergée ». La question ne semble plus être  qu’elle parvienne bientôt au premier rang, mais, quant elle aura effectivement rattrapé les États-Unis. Puissance complexe, grande puissance pauvre, l’objet de cette contribution est de dresser un premier bilan des « trente glorieuses à la chinoise » et de repérer  les défis, forcément à sa mesure, auxquels est confrontée la Chine contemporaine…

Peuple de paysans nombreux organisés en lignées familiales hiérarchisées et soumises à un empereur, la Chine est la plus grande ethnie du monde. Les Han, enfants de la terre jaune, reliés par l’écriture constituent un peuple homogène autour duquel gravitent des minorités et des étrangers. Industrieuse, organisée et intelligente, la Chine avait, souvent et bien avant nous, presque tout inventé, mais elle avait fini par basculer dans l’isolement, l’arrogance et la suffisance qui lui ont masqué la révolution industrielle partie d’Angleterre. C’est ce qui lui valut un siècle d’enfer, de défaites et d’humiliations, contre lesquelles réagirent le Parti nationaliste de Sun Yat-Sen (qui mit bas l’empire et voulut instituer une République nationale, démocratique et sociale) et le Parti communiste de Mao Zedong qui pratiqua la Révolution « au bout du fusil ».

L’homme qui a réveillé la Chine

Selon le « petit timonier », Deng Xiaoping, « l’héritage de Mao peut être validé à 70% ». Ce qui peut nous surprendre, compte tenu des erreurs et des crimes en série imputables à l’empereur rouge, à son goût du pouvoir et sa fuite dans l’utopie radicale. Mais le peuple chinois lui reconnaît la restauration de l’État, en 1949, la simplification de l’écriture (civilisation du signe) et l’égalité  juridique des femmes, « l’autre moitié du ciel ». Mao a cru que la Chine retrouverait son rang par ses seuls moyens (« compter sur ses propres forces »), ce qui isolait toujours la Chine. La géniale intuition politique de Deng consiste à penser que si la révolution ne fait que bouleverser, la réforme, graduelle, quant à elle, transforme réellement un pays. Par ailleurs, il met littéralement l’étranger au service du national, c’est l’ouverture. Pouvoir fort (l’ordre par peur du chaos) et promesse de « petite prospérité », tel est le nouveau rêve chinois. Le nouveau pouvoir a compris, dès 1978, tout le parti qu’il pouvait tirer de la mondialisation, à la suite des NPI asiatiques, en jouant sur les avantages comparatifs de la Chine qui, dès lors, « attire l’oiseau sur la branche » (capitaux, technologie et marchés étrangers). La Chine (entre 20% et 30% de l’humanité) a toujours pesé, selon les séries statistiques d’Angus Maddison, dans la même proportion dans l’économie mondiale. Descendue à 2% à la fin de la révolution culturelle. Elle est remontée à 12% actuellement de cette économie mondiale, en route pour les 20%, ce qui correspond, avec logique et harmonie, selon les Chinois, aux fondamentaux du monde… Que la Chine reprenne la place et le rang qu’elle n’aurait jamais dû perdre !

Ranking…

Aujourd’hui, chacun peut mesurer son nouveau poids : grands travaux et infrastructures (elle fait travailler les deux tiers des grues de la terre), « l’atelier du monde » qui remonte la filière industrielle avec ses champions nationaux aux mains du Parti (du « made in China » au « made by China »), la transformation de la puissance en influence («soft power »), via ses médias, ses nouveaux réseaux (Confucius), le classement de Shanghai des universités du monde, son rang olympique qui dispute la première place aux États-Unis, mais, aussi, son budget militaire, devenu le second du monde, sa préemption de ressources (achats de terres, de la moitié du minerai de fer mondial, d’hydrocarbures, etc…). Devenue, depuis 2009, le premier pollueur du monde, la Chine a subi des désastres écologiques, mais elle n’entend pas être bannie par les anciennes nations industrialisées qui ont pollué avant elle. Première dans l’éolien et le solaire, elle entend devenir une grande puissance verte. Elle rénove ses centrales thermiques et parie sur la voiture propre…

Géopolitique

Sa nouvelle présence géopolitique  est impressionnante : partenariats avec l’Amérique latine, dans le  « pré carré » traditionnel des États Unis, « Chinafrica », groupe de Shanghai, « stabilisation » de la péninsule coréenne (6 partenaires), accords de libre échange avec l’ASEAN, Sommets des BRICS (pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud), Jeux de tubes (oléoducs et gazoducs) en Asie centrale, « collier de perles » en Asie méridionale, sans compter ses chantiers navals, ses ports de commerce, les plus importants du monde et les conteneurs (elle fabrique 80% de la production mondiale). Son commerce extérieur reflète l’état de la locomotive de l’économie mondiale, qui nous vend du contenant et du contenu, en somme. Sa monnaie, le yuan ou renmimbi, « monnaie du peuple », considérée par beaucoup comme sous-évaluée, arme déloyale dans la concurrence, encore inconvertible, entame prudemment, mais sûrement, son internationalisation, via Hongkong et, bientôt, Shenzhen.

Défis chinois

Si la Chine se préoccupe au premier plan de son développement qui, seul, peut préserver son unité et sa sécurité, elle est cependant aux prises avec bien des défis.

D’abord son rapide vieillissement, conséquence de la politique de l’enfant unique, âgée elle-même de 33 ans déjà… La Chine risque d’être vieille avant d’être riche et  de manquer de main d’œuvre ! Pour la première fois de son histoire, sa population urbaine est supérieure à sa population rurale (c’est révolutionnaire pour un peuple de paysans !). Surtout, la Chine est devenue le pays des inégalités (par exemple, on est trois fois moins riche à la campagne et les différences régionales sont très accusées. « Go West » : il s’agit de faire remonter la croissance du littoral vers la Chine intérieure. Ces inégalités sont renforcées par la corruption. Le pays connait de plus en plus des « incidents de masse » (révoltes ou jacqueries, il y en a près de 100.000 par an), durement réprimées par les autorités. Le budget de l’Intérieur (celui de la police) est supérieur à celui de la Défense. Il est vrai que la Chine peut aussi  être son meilleur ennemi…

Ensuite, l’empire commence à subir les effets de la crise mondiale sur son modèle du « tout export ». Son économie, encore vigoureuse, ralentit, Ses jeunes diplômés des universités ont des difficultés à trouver du travail. La Chine découvre l’interdépendance, alors qu’elle est en surcapacité et qu’elle a surinvesti. Il lui faut moins exporter et davantage consommer. Son paradoxe, c’est que, communiste, elle n’est pas assez sociale. Son marché intérieur est son avenir, elle doit passer du quantitatif au qualitatif. Elle bute aussi sur des problèmes de sécurité alimentaire et de pollution qui exaspèrent sa population. Les finances de ses banques restent opaques  et celles de ses collectivités provinciales et locales sont déséquilibrées. Leurs dettes deviennent préoccupantes en 2012, au moment où le gouvernement leur demande  pourtant un second plan de relance, après celui de 2009.

La croissance chinoise, qualifiée par le Premier ministre Wen Jiabao de « déséquilibrée, instable et non durable » trahit les limites du modèle de développement actuel. Comme chez nous, la Chine doit en inventer un nouveau. Comment la nouvelle équipe au pouvoir, issue du XVIIIème Congrès du PCC (74 millions de membres) à l’automne 2012 va-t-elle gérer une société civile enrichie, plus instruite, davantage informée, qui utilise un milliard de téléphones mobiles et mobilise plus de 500 millions d’internautes ? Capables de contourner la censure, malgré 30.000 ou 40.000 cyber-policiers. La quatrième génération d’empereurs rouges devra être dynamique et inventive…

« Eux et nous »

Enfin, il faut comprendre que la Chine n’a pas l’intention de conquérir le monde, malgré l’activité spectaculaire de sa diaspora, (ses habitants sont plutôt des paysans et, surtout, des négociants et des épiciers). En revanche, son développement, en tâche d’huile, éventuellement prédateur, sur une planète aux ressources limitées, inquiète. La Chine, grand vainqueur de la mondialisation (cf sa croissance depuis son adhésion à l’OMC en 2001), ne peut espérer se développer aux dépends du reste du monde. Elle fait son apprentissage de l’altérité. Ne désirant nullement se substituer aux États-Unis comme gendarme du monde, celui-ci  lui demande d’assumer les nouvelles responsabilités à la mesure de son rang, ce qu’elle craint lui coûter cher… Sous l’effet de la dureté de la crise économique actuelle, les autres nations exigent davantage d’équilibre et de réciprocité et peuvent se montrer moins bien disposées vis-à-vis d’elle.

C’est souligner à quel point la Chine est, comme l’Occident, à une croisée des chemins. De ses options, dépend le reste du monde. Une Chine prospère et stable est un atout pour l’intérêt général.  Son échec serait une catastrophe pour tous. Son « miracle économique », fruit de son immense travail et de ses talents, a fait reculer la pauvreté et a généré chez elle une dynamique d’espoir, bien plus positive que notre perception nostalgique d’un déclin relatif d’un Occident qui a prêché des valeurs qu’il ne pratiquait plus guère… Les Chinois croient en un avenir meilleur pour leurs enfants quand l’Ouest nourrit des doutes pour les siens…

2014 consacrera le cinquantième anniversaire de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par le Général de Gaulle. L’entente, la détente et la coopération qu’il préconisait restent sans doute pour nous le sillon à creuser et « la voie » (dao) pour les Chinois. Réveillée, la Chine qui court nous interpelle à son tour…

Pour aller plus loin :

Le monde chinois (2ème édition, 2008), par Claude Chancel et Eric-Charles Pielberg, Presses Universitaires de France.

 Fondation Prospective et Innovation, Poitiers, Palais des Congrès du Futuroscope, Colloque international annuel, présidé par Monsieur le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, par exemple, 31 août 2012 « la Chine et les BRICS, quel destin commun ? »