alaouites

 

Avec l’éviction du pouvoir  en Egypte du Président Morsi et des Frères Musulmans, la révolution égyptienne est entrée dans une troisième phase qui dépasse les seuls enjeux égyptiens pour conduire vers une nouvelle donne géopolitique au Proche-Orient. 

Jusqu’à présent, les révolutions arabes ont chassé du pouvoir le dictateur en place [Ben Ali en Tunisie, Kadhafi en Libye et Moubarak en Egypte] ou ont échoué au Yémen, à Bahreïn et en Syrie pour des raisons spécifiques. Lorsque des élections libres ont pu être organisées, constituant ainsi une deuxième phase, ce sont les Frères Musulmans qui ont raflé la mise : Ennahda en Tunisie, le Parti de la Liberté et de la Justice (créé en juin 2011) affilié aux Frères Musulmans, en Egypte. Seule force politique organisée avec un appareil de parti solidement structuré depuis de longues années, soit dans la clandestinité, soit partiellement associée au jeu politique[1] comme membre de la confrérie reconnue et non comme membre d’un parti politique islamiste qui lui, était alors refusé. Ces partis islamistes qui avaient accepté la démocratie, au sens où la majorité l’emporte, semblaient devoir occuper le pouvoir un certain temps dans cette phase de transition, à tel point que les démocraties occidentales, Etats-Unis en tête[2], avaient misé sur eux. L’AKP turque avec son succès économique semblait être le modèle à suivre. Les Frères devenaient fréquentables aux yeux de l’occident.

 Le Président Morsi élu démocratiquement semble un temps jouer le jeu souhaité par les Américains dans leur souci sécuritaire à l’égard d’Israël : Morsi et le général Sissi procèdent à la fermeture des tunnels qui ravitaillent le Hamas de la bande de Gaza en armes iraniennes.

C’était sans compter avec l’évolution de l’opinion d’une grande partie de la société égyptienne. Le Président Morsi élu en juin 2012 par une diversité de voix au-delà de celles des Frères, dont des voix de libéraux, croit qu’ enfin l’heure des Frères Musulmans est arrivée et qu’il peut sans crainte mettre en œuvre le programme politico-religieux où l’islam et le Coran sont au centre. Il n’a pas compris qu’une partie de ses électeurs avaient voté pour lui seulement par hostilité au dictateur Moubarak et aucunement en faveur de son programme politico-religieux. Dès la fin de l’année 2012, face à ses intentions d’user de pleins pouvoirs, la société égyptienne se cabre de plus en plus, toute une partie de son électorat le lâche, les libéraux comme certains Frères déçus par une absence d’efficacité de sa politique économique.

Le 3 juillet 2013, suite à des manifestations  de rue d’une très grande ampleur, l’armée destitue le président Morsi, président  issu des Frères Musulmans et élu en juin 2012. Face aux réactions des Frères qui n’entendent pas se laisser voler leur victoire, l’armée dirigée par le général Sissi, qui se retourne contre ses anciens amis, réprime par le sang les pro-Morsi. L’Organisation des Frères Musulmans est décapitée, puis interdite d'expression, elle retourne à la clandestinité qu’elle a déjà connue, entre autres sous Nasser dans les années 50. La question d’une similitude avec la situation de l’Algérie des années 90 se pose : en 1992 le parti islamiste algérien, le FIS[3], qui allait remporter les élections, dissout par décret (et avec l’accord de la France), se réfugie dans la lutte clandestine entraînant de ce fait une terrible guerre civile de  dix ans.

Cette forte opposition d’une importante[4] partie de la population aux islamistes au pouvoir divise désormais la société égyptienne de manière durable. Le clivage passe parfois au sein d’une même famille. Jamais les haines n’ont été aussi manifestes. Cependant, les populations qui soutiennent le « coup d’Etat » militaire ne sont pas homogènes : le spectre est large, des anciens communistes jusqu’aux salafistes bien contents de voir éliminer les concurrents islamistes, en passant par les libéraux qui préfèrent mettre leur  idéal de démocratie en veille par peur d’un régime islamique dur imposé.

Cette opposition de plus en plus nette contre les islamistes au pouvoir, se rencontre dans d’autres pays musulmans : en Tunisie contre le parti Ennahda[5], en Turquie contre le parti AKP d’Erdogan[6] au pouvoir. La société civile qui dans un premier temps a surtout exprimé un besoin de justice, de reconnaissance, exprime désormais de plus en plus son aspiration démocratique. Assad en Syrie applaudit des deux mains le renversement de Morsi, et souligne ainsi qu’il est dans le vrai en luttant contre ceux qu’il nomme terroristes islamistes (les rebelles pour les occidentaux).

Un clivage nouveau apparaît ainsi au sein du monde sunnite : pour ou contre l’islam politique. Partout les islamistes semblent affaiblis par ces vagues de protestations, mais également divisés sur la question de l’exercice du pouvoir. Auparavant, le monde sunnite semblait soudé, soit dans son hostilité à Israël jadis, ou plus récemment à l’égard du monde chiite. La dénonciation des dangers issus d’un arc chiite actif au Proche-Orient était encore tout récemment le thème unitaire favori. Avant les printemps arabes, deux faits majeurs, la révolution iranienne de 79 et le renversement de Saddam Hussein en Irak en 93, ont déstabilisé toute la région en faisant émerger un pouvoir chiite longtemps réprimé par les sunnites. Depuis, certains voient à l’œuvre un arc chiite allant de l’Iran à la Syrie (Alaouites) et au Liban (Hezbollah) avec l’Irak au centre, sans oublier le Hamas à Gaza.

Cet arc chiite résulte essentiellement d’un regard sunnite. L’appellation même vient d’une entente entre le roi de Jordanie et l’ex-président égyptien Moubarak qui pensaient ainsi attirer l’attention de leur allié américain sur un danger commun. La réalité est toute autre. Le mouvement islamiste Hamas à Gaza est sunnite, son entente, désormais terminée, avec les chiites du Hezbollah libanais et les Iraniens n’étaient qu’une tactique anti israélienne et non une entente idéologique. Les Alaouites en Syrie dont est issu Assad n’ont rien de chiites, on est même en droit de se demander s’ils sont véritablement musulmans.[7]Lors de la terrible guerre de 10 ans entre l’Irak et l’Iran, les chiites irakiens (des Arabes persécutés par Saddam Hussein) restèrent fidèles à leur pays et ne rejoignirent pas les chiites iraniens (qui sont  Perses et non pas arabes). De même l’Iran chiite délaisse l’Azerbaïdjan chiite voisin au profit de bonnes relations avec l’Arménie chrétienne. Les intérêts nationaux l’emportent sur d’éventuelles affinités religieuses : L’Iran craint pour l’intégrité de son territoire face au voisin Azerbaïdjan qui pourrait être tenté par l’aventure d’un «grand Azerbaïdjan » incluant le nord-ouest de l’Iran où vit une forte minorité d’Azéris (dont est issu le guide suprême Ali Khamenei). Le chiisme n’a pas d’unité sur le plan ethnique, on y retrouve bien entendu des Perses, mais aussi des Arabes et des Turcs. Certes de nombreuses monarchies du Golfe, dont l’Arabie, qui ont sur leur territoire des minorités chiites, soupçonnent constamment l’Iran de vouloir les déstabiliser. Un arc chiite manipulé par l’Iran est un fantasme utilisé parfois pour réprimer une révolte comme lors du « printemps » de Bahreïn à 70% chiite mais dirigé par un pouvoir sunnite. La contestation chiite fut sévèrement réprimée par l’armée aidée par les Saoudiens et de troupes des pays du Golfe. Le seul cas de véritable manipulation par l’Iran est le Hezbollah libanais.

 Le conflit syrien est aussi l’occasion de tensions dans la région, entre, d’une part l’Iran qui soutient le régime d’Assad, et d’autre part, l’Arabie et le Qatar qui rivalisent dans leur aide aux rebelles.

L’Arabie saoudite qui déteste les islamistes Frères Musulmans par peur d’une contagion de rébellion dans le royaume[8], soutient les salafistes qui, sauf exception  récente, s’abstiennent de politique, préférant prêcher un islam plus pur de retour aux sources. L’éviction des FM du pouvoir en Egypte est inespérée pour l’Arabie qui aussitôt a proposé une très grosse aide financière à l’armée égyptienne, bien plus importante que la somme versée annuellement par les Etats-Unis. A l’inverse, le petit Qatar, turbulent concurrent de l’Arabie connaît lui un sérieux revers. Le Qatar a dès le début aidé au processus d’arrivée au pouvoir des islamistes dont les FM en qui ils voient une classe moyenne plutôt conservatrice et donc sans danger. Pour le Qatar, l’élimination des FM en Egypte est un sérieux échec dont ils essaient actuellement de se remettre en achetant littéralement le Hamas comme on achèterait un club de foot grâce à la manne des revenus de l’exportation du gaz. Depuis 2012, de fait le Hamas qui n’est plus dans le camp de l’ « arc chiite » appelle le Hezbollah libanais à préférer la lutte contre l’ennemi israélien à l’aide militaire apportée à Assad.

Dans le conflit syrien c’est tout l’intérêt du régime d’Assad que de favoriser les divisions parmi les opposants en « salafisant » au maximum l’opposition, ce qui lui permet de se montrer comme le protecteur des minorités entre autres chrétiennes effrayées d’une éventuelle victoire des islamistes. Au contraire, la Turquie avec le parti islamiste AKP au pouvoir, souhaite cette victoire islamiste et appelle de tous ses vœux une intervention militaire internationale qui renverserait Assad.

Les pays du Golfe, sunnites, craignent le succès chiite- Iran,Syrie-, aussi financent-ils abondamment les combattants salafistes y compris contre l’Armée Libre de Syrie démocratique.

« La Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d'éjecter l'Iran de la scène politique régionale. Car la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s'articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l'inscription du monde arabe dans l'univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole » rappelle Gilles Keppel[9]. Le conflit syrien exprime les nouvelles lignes de faille au Proche-Orient où « la coalition "salafistesioniste" – de l'Arabie saoudite et du Qatar ou de la Turquie à Israël et l'Occident -, qui soutient les rebelles, a fort à faire face à la coalition "soviéto-chiite" – de Moscou à Téhéran en passant par le Hezbollah et Bagdad  qui soutient Bachar[10] ».

Le petit Liban proche de la Syrie est de plus en plus concerné par la guerre syrienne, l’afflux de réfugiés atteint ici un niveau record et représente environ 20% de sa population, ce qui est énorme et vient déséquilibrer  un pays constitué de 18 communautés religieuses différentes. Les rivalités entre sunnites et chiites/alaouites s’y traduisent par des attentats et un risque très élevé d’implosion du pays.

La Turquie proche qui soutient les « rebelles » syriens, craint un éventuel démantèlement de la Syrie où déjà les Kurdes au nord organisent leur autonomie (comme en Irak), ce qui pourrait relancer l’idée d’un kurdistan concernant également l’est de la Turquie. Les Turcs sont les plus fervents partisans d’une chute du régime d’Assad par la force.

Si ce régime est mis à bat se posera alors la question du devenir des minorités, alaouites, chrétiennes, kurdes, chiites…que deviendront-ils dans un Etat dominé par des sunnites plus radicaux ? C’est cette crainte qui les pousse à soutenir Assad, ce qui représente environ le tiers de la population.Les chrétiens craignent de subir le sort de leurs coreligionnaires d'Irak, et de ce fait, se sentent incompris par l'occident. Allons-nous assister à la quasi disparition des chrétiens d'orient, communautés installées ici depuis vingt siècles?

Israël est prise entre deux conflits, égyptien et syrien. Si la paix avec l’Egypte est toujours en vigueur, les agissements de jihadistes dans le Sinaï de moins en moins contrôlés par l’armée égyptienne, inquiète. Israël a besoin d’une armée égyptienne forte sur son flanc sud pour éviter que cette péninsule désertique ne devienne un nouveau territoire terroriste en lien avec la bande de Gaza et le Hamas. Sur sa frontière nord le danger peut venir  à la fois du Hezbollah libanais et de l’armée d’Assad, sans négliger une riposte venue d’Iran malgré le nouveau cours politique iranien plus modéré depuis l’élection de Hassan Rohani. Ce dernier doit avant tout améliorer l'état de l'économie de son pays étouffée par les sanctions internationales, pour ce faire il donne des signes et des gages de bonnes intentions, tant sur le dossier nucléaire, qu'à l'égard du monde sunnite (meilleures relations avec l'Arabie par exemple). Mais tout de même l' environnement général reste dangereux, c'est peut-être ce qui pousse Israël à reprendre les pourparlers avec les Palestiniens.

A ces repositionnements des acteurs régionaux, il faut ajouter celui des acteurs extérieurs comme la Russie et les Etats-Unis. Ces derniers sont en perte de vitesse dans la région, leur soutien aux Frères Musulmans égyptiens est sévèrement critiqué, leur aide financière [11]largement distanciée par celle de l’Arabie. La Russie de Poutine semble marquer des points[12], va-t-on assister à son grand retour dans la région dont elle avait été évincée en 1973 sous  la présidence de Carter ? Des actuels alliés américains trop déçus pourraient  être tentés de  se choisir un autre pays protecteur. La Russie fait d'une pierre deux coups, elle apparait comme l'acteur principal de la diplomatie régionale, sans que cela n'arrête pour autant la guerre civile syrienne, laquelle continue à faire monter le prix des hydrocarbures, ce qui favorise grandement l'économie russe.

Sur ces différentes questions, le conflit syrien comme  l’hypothétique armement nucléaire iranien, l’acteur russe devient incontournable dans les négociations à venir. Car en fin de compte, quelque soit  la tentation de l’épreuve de force, in fine la négociation politique est indispensable pour sortir d’un conflit.
 

Christian BERNARD


[1] Comme ce fut le cas dans l’Egypte de Moubarak en 2005 où ils participèrent  alors aux élections à titre personnel.

 

 

 

[2] Dans les années 50, en pleine guerre froide, les US s’intéressent aux FM pour contrecarrer l’influence de Nasser et de son allié soviétique : soutenir les FM pour pratiquer l’endiguement communiste au Proche-Orient.

 

 

[3] Front Islamique de Salut

 

 

 

[4]  L’armée égyptienne parle de 15 millions de manifestants dans le pays (du jamais vu), chiffre plus important que lors des protestations contre Moubarak, ou que les 13 millions d’électeurs du président Morsi.

 

 

[5] Mais ici ce parti au pouvoir l’est au sein d’une Troïka. Ennahda est soupçonné de complaisance envers les milices islamistes radicales et jihadistes. L’assassinat de Chokri Belaid en février 2013 fut le point de départ de ces protestations. Chokri Belaid était le défenseur des droits de l’homme le plus en vue, c’est lui qui avait soutenu la diffusion du film Persépolis qui avait été censuré par les islamistes. Derrière son cas personnel se profile tout un choix de société qui rejette l’imposition d’un régime islamiste. Une différence essentielle avec les FM égyptiens se trouve dans l’attitude de compromis politique. Ghannouchi est un politique alors que Morsi et les FM demeuraient dans la pure idéologie.

 

 

[6] Les manifestants de la place Taksim dans l’été 2013 n’étaient pas ici uniquement pour s’opposer à un projet immobilier, mais bien pour dire non à la nouvelle attitude plus islamiste d’Erdogan : déconstruction du kémalisme et volonté de retour au temps de la domination ottomane  califale sur la région.

 

 

[7] Deux fatwa, politique de circonstance, décrètent qu’ils sont bien musulmans -1936 par le Grand Moufti de Jérusalem-, et qu’ils sont chiites – et 1973 1973, la fatwa du très médiatique Cheikh chiite libanais, Musa Sadr.

Sur la question alaouite voire l’article sur ce site

 http://www.institut-jacquescartier.fr/?s=alaouites&searchsubmit=

 

 

 

[8] Contrairement au wahhabisme qui règne ici depuis deux siècles, qui consiste en un contrat d’accord entre religion et politique.

 

 

 

[9] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/gilles-kepel-dans-les-pays-arabes-les-islamistes-sont-a-leur-tour-confrontes-a-l-epreuve-du-reel_1233710.html

 

 

 

[10] Gilles Keppel,  op.cit.

 

 

 

[11] Conservée afin de garder le contact malgré le « coup d’Etat » qui aurait dû être une raison de suspension, d’où la prudence américaine d’éviter de qualifier la destitution de Morsi de coup d’Etat.

 

 

 

[12] Sur l’aide de la Russie à la Syrie voir sur ce site : http://www.institut-jacquescartier.fr/?s=russie+syrie&searchsubmit=

 

 

 

Depuis la guerre d’Irak et la chute de Saddam Hussein en 2003, la Syrie est le dernier régime autoritaire du Moyen Orient issu d’une minorité religieuse, en l’occurrence ici, les Alaouites. Comment une telle communauté, jadis méprisée et rejetée par la majorité sunnite[1] du pays, a-t-elle pu se retrouver associée à l’exercice du pouvoir du clan Assad issu de ses rangs ? Peut-on réellement considérer les Alaouites comme musulmans ? A l’issue de la guerre civile[2] qui fait rage actuellement en Syrie, quel peut-être leur avenir ?

Sans vouloir réduire le conflit syrien à cette seule dimension, il nous semble néanmoins intéressant d’analyser cette dimension alaouite, comme l’un des éléments de compréhension de cette terrible crise syrienne.

Qui sont les Alaouites ?

Il fut longtemps difficile de répondre précisément à cette question faute de connaissances scientifiques sérieuses sur le sujet. Un peu comme les Druzes en Israël et au Liban, ou encore les Alévis en Turquie, les Alaouites de Syrie sont issus de brassages culturels, de schismes, à l’intérieur du monde musulman régional au cours des temps.  L’occident ne s’intéresse à eux qu’à l’époque coloniale, et bien souvent, tant les voyageurs comme Volney, que des missionnaires ou savants dits «orientalistes», se contentent de colporter les rumeurs et les préjugés affichés à leur égard par les musulmans sunnites. En effet, le corpus documentaire les concernant est en grande partie constitué d’écrits issus de leurs opposants plus que de textes émanant de leur propre communauté. Les orientalistes ont tout de même publié un certain nombre de documents au XIX e siècle au fur et à mesure de découvertes de quelques manuscrits.[3]

Pour la majorité sunnite, les Alaouites sont des hérétiques,

cela a été formellement affirmé par une fatwa du célèbre théologien et juriste ibn Taymiyya (début XIVe siècle) : « Ils sont plus infidèles que les juifs ou les chrétiens, encore plus infidèles que de nombreux polythéistes. Ils ont causé plus de préjudices à la communauté de Mahomet que les infidèles belligérants comme les Francs, les Turcs, et d’autres. Aux musulmans ignorants ils prétendent être chiites, bien qu’en réalité ils ne croient pas en Dieu, en Son prophète ou à Son livre…la guerre et le châtiment contre eux, conformément à la loi islamique, sont parmi les plus grands actes de piété et les obligations les plus importantes ». Cette condamnation sans recours doublée d’un appel au jihad contre eux, va constituer le socle légal du mépris et des persécutions qu’ils subiront notamment sous l’empire ottoman. Ibn Taymiyya est le théologien qui aura par la suite une influence majeure sur des courants ultra conservateurs sunnites : wahhabisme, salafisme, islamisme de l’égyptien Sayyid Qutb … Ce rejet légalisé ouvre la porte à une foule de rumeurs malveillantes[4] à leur sujet, parfois reprises sans esprit critique par des ouvrages européens de l’époque coloniale.

Les Alaouites pratiquent une religion initiatique et donc, pour préserver les révélations, la production écrite est volontairement limitée. Au XIX e siècle, un Alaouite, Sulayman Efendi, converti d’abord au judaïsme puis au protestantisme, fut assassiné pour avoir tenté de dévoiler les secrets de la communauté.

L’initiation de base est réservée aux hommes, mais seuls quelques uns accèdent à une connaissance plus large. Bachar el-Assad a très certainement été initié, ne serait-ce que pour une question d’autorité face aux officiers de ses services de sécurité, les moukhabarat, pratiquement tous alaouites. Le commun des Alaouites se contente donc d’une pratique rituelle simple sans accès à la connaissance.

L’alaouisme se présente comme une religion syncrétique,

mêlant un fond substantiel islamique [le tawhid : affirmation de l’unicité de Dieu], une forte touche de chiisme [vénération de Ali, gendre du Prophète, d’où leur nom d’Alaouites] des emprunts au christianisme byzantin [célébration des fêtes chrétiennes, rituel avec pain et vin, sorte de pseudo eucharistie], au vieux fond païen hellénique régional [existence d’une « trinité » composée de Ali[5] –celui qui possède le sens du Coran-, de Mahomet (Muhammad) –l’homme de la révélation rabaissé ici à un rôle secondaire[6]– et Salman,- la Porte de la connaissance- un compagnon du Prophète : ces trois figures[7] sont symbolisées respectivement par la lune, le soleil et le ciel.[8] A cela, l’alaouisme ajoute une croyance en la réincarnation, croyance proche du samsara hindou pour les uns, ou de la philosophie néo-platonicienne pour les autres. Par contre, contrairement à l’hindouisme, pas exemple, les réincarnations ne sont pas sans fin, puisque l’alaouisme partage la croyance des monothéismes en une fin du monde.

D’un point de vue strictement musulman, les Alaouites se distinguent par des particularismes qui ne peuvent qu’inquiéter les sunnites : absence de pratique du pèlerinage à la Mecque- le Hajj-, pas de suivi des cinq prières quotidiennes, donc pas de mosquées,[9] mais une prière au sein de la famille[10], pas de port du voile pour les femmes[11], une grande tolérance face à l’alcool…Il est facile de comprendre qu’avec de tels comportements, les Alaouites aient été considérés par les sunnites comme hérétiques.

L’identité alaouite et son évolution.

A l’origine, il s’agit d’une dissidence chiite de tendance gnostique[12], née en Irak et menée au IXe siècle par Muhammad ibn Nusayr al-Namiri, un disciple des 10e et 11e Imams chiites duodécimains[13] . Très tôt, et surtout suite à la célèbre fatwa d’ Ibn Taymiyya, les Alaouites, alors appelés  Nusayris (ou Noseïris), du nom de leur fondateur, sont rejetés de la communauté musulmane et soumis à vexations, ce que montrent clairement les archives ottomanes. Sous la pression des occidentaux, l’Empire ottoman au XIXe siècle, tente des réformes (le Tanzimat) qui bénéficient indirectement aux Alaouites reconnus enfin comme citoyens de l’Empire. Ils accèdent ainsi au statut de « millet » à savoir communauté religieuse reconnue et protégée. Cette nouveauté ne fut que très théorique, en réalité le pays alaouite est tenu à l’écart, réduit à la pauvreté, fréquenté seulement pour le prélèvement de l’impôt ou lors de répressions sévères dans le cadre sans fin des razzia.

Comme d’autres minorités musulmanes persécutées dans les temps passés, les Alaouites ont recours à la Taqiya : la dissimulation. La Taqiya consiste non à renier sa religion mais à la dissimuler, voire même à feindre de suivre les préceptes d’une autre religion afin de survivre, de résister à l’oppression[14].

Dans la Syrie actuelle, ils sont considérés comme musulmans. Cette reconnaissance s’est opérée en deux temps :

–         en 1936, une fatwa (un avis juridique autorisé) du Grand Mufti de Jérusalem les reconnaît de confession musulmane, comme membre de l’Umma. Cette décision était bien entendu motivée plus par des raisons politiques [montrer un front arabe uni face à la présence « colonisatrice » des Anglais et Français au Proche Orient], que religieuses [mettre un terme aux efforts de conversion au christianisme des Alaouites vus comme anciens chrétiens].

–         En 1973, une fatwa du très médiatique Cheikh chiite libanais, Musa Sadr, les reconnaît comme chiites. L’action politique est évidente : Pour les Assad de Syrie, cette reconnaissance donne plus de légitimité et d’assise à leur pouvoir[15] tout en les inscrivant dans l’axe chiite de l’Iran au Liban, pour les chiites libanais c’est la certitude de l’appui du puissant voisin. On le voit, ces reconnaissances successives sont politiques et motivées par les circonstances, cela ne change en rien la perception des autres musulmans qui continuent à les percevoir comme hérétiques. « Jamais un ouléma syrien, [sunnite] pourtant acquis à la cause des Assad, n’a daigné reconnaître les Alaouites comme des musulmans » nous rappelle Th. Pierret, spécialiste de la question.

Si les sunnites les considèrent toujours comme mécréants (kuffar) et idolâtres (mushrikum), les chiites ne les acceptent pas davantage, tout en étant moins sévères à leur égard : ils sont considérés comme ghulat, littéralement, « ceux qui dépassent [16]» sous-entendu, les bornes ! Notamment en déifiant Ali. Ce à quoi les Alaouites rétorquent, les chiites duodécimains n’ont pas compris, ce sont des muqassira, « ceux qui sont loin » de sonder la divinité d’Ali[17].

Le rapprochement avec le chiisme[18] duodécimain qui au départ visait une recherche de reconnaissance d’islamité, devient de nos jours un enjeu politique à replacer dans le contexte  Moyen Oriental de connivence entre chiites des différents pays.

Selon les moments de leur histoire, les Alaouites revendiquent ou non leur islamité. L’alaouisme est plus vécu comme une culture que comme une religion.

La montée en puissance des Alaouites et leur arrivée au pouvoir se réalisa sur cinquante ans, de 1920 à 1970.

Sommairement, nous pouvons distinguer trois étapes dans cette ascension qui les vit passer d’une situation peu enviable à la participation au pouvoir syrien.

Jusqu’en 1920, les Alaouites vivent chichement repliés dans leur montagne du nord-ouest syrien, le Jabal Ansariyyeh, ne descendant en ville qu’avec le statut de domestique, ou de métayer pauvre.

–         Le premier changement de situation  est lié au mandat français sur la région de 1920 à 1946. En 1918, l’Empire Ottoman, allié des Allemands est vaincu, sur place, les combats ont été essentiellement menés par les Anglais secondés par une révolte arabe orchestrée par leurs soins[19]. Conformément à la promesse anglaise, Fayçal d’Arabie prend Damas et y instaure, avec l’appui des arabes sunnites syriens, un gouvernement arabe. C’était sans compter avec la France, puissance victorieuse par excellence en 1918, qui obtient de la SDN un protectorat sur la Syrie-Liban. C’en était fini du rêve arabe d’un grand État indépendant. Aussi, les Français cherchèrent-ils à privilégier les minorités contre les sunnites qui s’étaient montrés trop partisans de Fayçal. Dans le démembrement du territoire syrien (ex élément de l’Empire Ottoman), la France créa un petit État alaouite autonome. C’est à cette occasion que l’appellation officielle changea :  nosaïris jugé péjoratif fut remplacé par Alaouites. Mise à part une brève révolte alaouite en 1921, les Alaouites ont fortement contribué au maintien de la domination française en Syrie. Tout naturellement, de nombreux jeunes Alaouites quittèrent leur montagne pour s’enrôler dans l’armée française locale, signant ainsi à la fois un début de dispersion géographique et surtout une amorce rapide d’ascension sociale[20].  Cet État alaouite dura jusqu’en 1936, date à laquelle, la France cède à la pression nationaliste unitaire syrienne. La crainte des Alaouites alors incorporés dans un État syrien sunnite fut l’objet d’un courrier adressé à Léon Blum lui rappelant « la profondeur de l’abîme qui nous sépare des Syriens sunnites» et le « risque d’une catastrophe désastreuse» pour eux. C’est exactement ce genre d’argument que développe actuellement le pouvoir d’Assad. Cependant, le sentiment pro-français des Alaouites demeura après 1936.

–         La deuxième étape de leur ascension se situe paradoxalement dans une Syrie indépendante dominée par les sunnites : de 1946, date de l’indépendance du pays, à 1963 avec le coup d’État du parti Bass. Après une ultime révolte contre le pouvoir central sunnite, et l’écrasement de la révolte druze voisine, les Alaouites renoncèrent à un État indépendant et acceptèrent l’idée que leur avenir se situait dans l’État syrien unitaire. C’est ainsi que progressivement, ils noyautèrent les deux institutions clefs du pays, l’armée et le parti Bass. Complot pour certains (les sunnites) ou opportunisme ? Certainement un peu des deux ! Le parti Bass est un parti politique panarabe –que tous les Arabes soient regroupés dans un seul État-, et socialiste[21] et laïc. Peu importe la religion, la confession, sunnites, alaouites, druzes, chrétiens[22].., tous sont arabes –c’est-à-dire que l’arabe est leur langue maternelle, la notion de peuple arabe est purement linguistique – ,ce qui permet aux Alaouites de s’intégrer dans le parti au pouvoir. Cette période de 1946-1963, très instable, connaît de nombreux coups d’État au cours desquels des purges affaiblissent les éléments sunnites divisés entre eux. Ainsi, les Alaouites se sont progressivement trouvés aux postes clefs, népotisme aidant, une véritable bourgeoisie alaouite se développa.

–         La dernière étape avant l’arrivée au pouvoir, court de 1963 à 1970 date du coup d’Etat d’un des leurs, Hafez al-Assad. Le pouvoir alaouite se renforça tant dans l’armée que dans le parti jusqu’à susciter une rivalité entre groupes alaouites. Le coup d’État d’Hafez al-Assad[23] (10e et dernier en 17 ans !), un Alaouite, à la fois, mis fin aux divisions parmi les Alaouites, et les associa au pouvoir jusqu’à aujourd’hui.

Si une très grande majorité des cadres du pays est d’origine alaouite, des éléments sunnites, hommes d’affaires et religieux, soutiennent également le pouvoir. D’autre part, tous les Alaouites ne se sont pas enrichis pendant ces 40 ans d’exercice du pouvoir, une grande partie d’entre eux est toujours dans la pauvreté, comme bien d’autres ruraux en Syrie. Le clivage contemporain passe moins par les religions que par le binôme villes/campagnes. La politique du parti Bass a longtemps été perçue comme favorable aux campagnes, en témoigne l’insurrection des années 80, sunnite et urbaine, non suivie par les sunnites ruraux. Depuis, le contexte a beaucoup changé, une forte inflexion libérale remplace la vieille tradition socialiste bassiste, ce qui paupérise les campagnes et concentre les richesses sur un axe urbain Damas-Alep. L’insurrection actuelle est partie de Dera qui ressent durement les effets de la nouvelle économie. Le mécontentement quasi général à l’égard d’un appareil d’État qui pille les ressources du pays, concerne également un certain nombre d’Alaouites toujours dans la pauvreté. Cependant, le soulèvement actuel, essentiellement sunnite, tend à considérer que tous les Alaouites sont coupables de soutien au pouvoir, au point d’obliger les quelques Alaouites qui souhaiteraient eux aussi se révolter, à faire cause commune avec leur communauté. Les Alaouites se sentent pris au piège par le pouvoir d’Assad.

Dans ce contexte, quel peut-être l’avenir des Alaouites ?

Spontanément, de nombreux spécialistes, évoquent, en cas de succès de la rébellion, un replis du pouvoir d’Assad dans le bastion traditionnel alaouite, dans leur montagne[24] proche du littoral méditerranéen. Nous pourrions dans cette hypothèse déboucher sur une solution à la Yougoslave. La Syrie éclaterait en plusieurs micro-Etats dont un État alaouite littoral avec Lattaquié comme capitale. Ce micro-Etat bénéficierait d’un aéroport (Lattaquié), d’un port (Tartous où se trouve la base russe) et de richesses agricoles.

Cette situation a déjà été expérimentée sous le mandat français de 1922 (création du territoire des Alaouites) à 1939, date de son rattachement à l’État syrien[25]. A l’époque, le grand père d’Assad, Ali Sulayman al-Assd était partisan du séparatisme. Les Assad ont toujours entretenu cette peur de l’Autre, cette mémoire de persécution.

Cette solution du réduit est certes envisageable, tant la crainte d’une revanche sunnite[26] est forte chez les Alaouites, mais comment pourrait-elle être viable ? Aucune entité politique sur une base mono communautaire n’a jamais été couronnée de succès au Proche-Orient : au Liban, l’État maronite crée par la France a échoué, en Israël, les Juifs doivent de plus en plus compter avec la démographie palestinienne à l’intérieur même de leur État.

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier que le régime Assad est soutenu par d’autres minorités religieuses, notamment les minorités chrétiennes[27]. De nombreux chrétiens ont émigré ces dernières années en découvrant la supercherie d’un régime baathiste qui prétendait protéger les minorités. Pris au piège par le pouvoir, craignant les dangers d’un éventuel futur État islamiste intolérant à leur égard, les chrétiens, collectivement, n’ont d’autres choix que d’être avec le pouvoir ou partir – pour ceux qui le peuvent. Que deviendraient-ils dans l’hypothèse d’un réduit alaouite ?

L’autre hypothèse est celle du succès de la révolte actuelle contre le pouvoir Assad. Or, nous le savons, une bonne partie de ces insurgés est gagnée à la cause salafiste, le grand courant montant des révoltes arabes. Le monde sunnite, qui en Syrie a été longtemps divisé sciemment par les Assad, est en train de s’unir, certes avec une forte coloration islamiste, voire salafiste. Leur rêve est bien d’instaurer un régime de tendance théocratique peu enclin au respect des autres minorités religieuses. C’est bien la grande crainte des Alaouites, qu’ils soient ou non volontairement soutien du régime d’Assad. Nous risquons avec ce cas de figure d’avoir en Syrie une situation anarchique grave, non seulement pour le pays lui-même mais aussi pour l’ensemble de la région. La Syrie de demain sera-t-elle encore dans l’ « arc chiite » ou totalement dans le monde sunnite ?

De toute manière l’édifice construit par Assad ne pouvait se perpétuer très longtemps ne serait ce qu’avec les inévitables évolutions sociétales. Avec le pouvoir et une vie plus citadine, les Alaouites ont désormais des comportements différents et ce dans de nombreux domaines. De nombreux jeunes choisissent d’autres carrières que le métier militaire , ce qui laisse de plus en plus de place aux sunnites dans l’armée. Un certain embourgeoisement les fait entrer récemment dans une transition démographique qui a terme donnera l’avantage aux sunnites : la fécondité alaouite est actuellement entre 2 et 2,5, moitié moins que celle des sunnites. La démographie est un facteur cléf des évolutions dont on ne tient pas toujours assez compte !

Rêvons ! La solution passe par la sauvegarde d’un État unitaire syrien, où la sagesse des uns et des autres l’emporterait sur les réflexes identitaires d’exclusion. Pour les Alaouites, est-ce bientôt la fin d’une « belle » parenthèse de 50 ans de pouvoir et l’assurance de replonger dans la misère et la persécution traditionnelles, ou l’espoir d’une intégration dans un nouvel État syrien aspirant à la démocratie ?

Christian BERNARD

 

 

 

 

 


[1] Environ 80% d’une population estimée à 23 millions au début du conflit. Les Alaouites ne sont que 10% de la population soit entre 2 et 2 millions et demi d’habitants. D’autres Alaouites se trouvent en Turquie (une importante minorité de  près d’un million dans la province de Hatay (ex Sandjak d’Alexandrette que la France avait cédé à la Turquie en 1939) autour d’Antioche que certains confondent avec des Alevis, et environ 100 000 dans le nord-Liban – ce qui déplace d’ailleurs le conflit ici-.

 

 

 

 

[2] La guerre est de nature politique ( prendre ou garder le pouvoir) mais aussi religieuse (régime alaouite soutenu par l’Iran chiite et le Hezbollah libanais, contre l’Armée Syrienne Libre composée essentiellement de sunnites et soutenue par les monarchies du Golfe qui prône un islam fondamentaliste.

 

 

 

 

[3] C’est le cas par exemples de Catafago chancelier du consulat général de Prusse en 1848, ou de René Dussaud « histoire et religion des Nosairîs » 1900- orientaliste français 1868-1958.

 

 

 

 

[4] Ce n’est pas sans rappeler les ragots qui circulaient dans l’antiquité romaine à l’égard des premiers chrétiens.

 

 

 

 

[5] Ali est considéré comme l’incarnation de Dieu.

 

 

 

 

[6] Mahomet n’est que le « voile » qui masque le « sens » (Ali).

 

 

 

 

[7] Cette trinité est celle du 7e et dernier cycle. Pour le 1er cycle, il s’agissait d’Abel, d’Adam et de Gabriel, pour le 6e :Pierre, Jésus et Ruzbih b. Marzuban ( ?). Voir Bruno Paoli, Des Alaouites de Syrie : un autre islam, in Les carnets de l’Ifpo, en ligne sur  « la recherche en train de se faire à l’Institut Français pour le Proche-Orient : http://ifpo.hypotheses.org/4575

 

 

 

 

[8] Certains orientalistes pensaient qu’il s’agissait là d’une trace d’influence importante du christianisme, en fait, l’on penche actuellement pour une réminiscence de « l’antique gnosticisme astral de l’Orient » : Fabrice BALANCHE : « les Alaouites, une secte au pouvoir » Outre-Terre 2, 14, 2006, pp.73-96.                  

 

 

 

 

[9] Les quelques mosquées présentes ont été construites par des pouvoirs extérieurs, ottomans, pouvoir central syrien.., mais elles demeurent vides. L’équivalent de la mosquée serait ici plutôt le tombeau d’un chef religieux (cheikh) en pleine campagne, tombeau autour duquel on se rassemble régulièrement avec chants et danses.

 

 

 

 

[10] Le plus souvent dans la maison du chef religieux du village.

 

 

 

 

[11] Que l’on ne se méprenne pas avec un jugement progressiste à l’occidental. Traditionnellement, la femme alaouite est mal traitée, mal considérée, à elle les durs travaux. Elle n’est pas jugée digne d’accéder aux secrets de la religion. Une conséquence de cette condition c’est qu’elle n’a pas besoin d’être voilée. Se souvenir que l’argument traditionnel du voile féminin c’est celui de la sauvegarde de sa dignité de musulmane. De fait, la femme alaouite « bénéficie » d’une plus grande liberté de mouvement que la femme musulmane.

 

 

 

 

[12] La gnose, c’est le salut par la connaissance.

 

 

 

 

[13] Ces 10e et 11e sont donc les deux derniers imams « visibles», le 12e a été occulté.

 

 

 

 

[14] La Taqiya prend appui sur une lecture coranique :Sourate Les abeilles, XVI, 106.

 

 

 

 

[15] Le pouvoir syrien ne se revendique pas pour autant de l’alaouisme.

 

 

 

 

[16] On dit aussi, “ceux qui exagèrent”.

 

 

 

 

[17] Daniel Pipes « the Alawi capture of power in Syria”, Middle Eastern Studies, 1989.

 

 

 

 

[18] Cf Sabrina MERVIN, « processus de chiitisation », in La Syrie au présent de Baudoin DUPRET, pp. 359-363.

 

 

 

 

[19] C’est toute l’épopée de Laurence d’Arabie.

 

 

 

 

[20] De manière disproportionnée à leur poids démographique,- environ 12% de la population syrienne de l’époque-  ils ont alimenté plus de la moitié des 8 bataillons d’infanterie du Levant.

 

 

 

 

[21] Les aspects socialistes du Bass plaisaient aux Alaouites encore très pauvres

 

 

 

 

[22] De nombreux chrétiens figurent parmi les fondateurs du parti Bass.

 

 

 

 

[23] Hafiz ibn Ali ibn Sulayman al-Assad, (oct. 1930), 2e d’une famille de 5 enfants issu du village de Qardaha près de la frontière avec la Turquie.

 

 

 

 

[24] « Gabal al-alawiyyin » : la montagne des Alaouites.

 

 

 

 

[25] Ce fut aussi le cas pour l’État druze. Voir le n° de janvier-février 2013 de la revue Carto

 

 

 

 

[26] L’hostilité sunnite à leur égard tient surtout au favoritisme du pouvoir qui a généreusement distribué les postes aux Alaouites.

 

 

 

 

[27] Alors qu’ils étaient près de 25% au début des années 60, ils sont à peine 10%  de la population de nos jours. La minorité kurde, musulmane sunnite, non arabe, dans le nord-est près de la frontière turque, ne prend pas vraiment part au conflit, elle en profite pour cérer les conditions de son autonomie à la manière des Kurdes irakiens.