Afrique

 

  Malgré le ralentissement très net de son économie, l’année 2016 a commencé par une série de krachs boursiers préoccupants pour la Chine,  devenue la seconde puissance du monde, en attendant de devenir, un jour, la première.  L’Afrique, balkanisée en 54 pays, détient des ressources naturelles et humaines considérables. Elle s’est éloignée des « années perdues » des années 1980 et connait, depuis les années 2000, en beaucoup de ses contrées, une croissance vigoureuse (plus de 5% l’an) et une promesse d’avenir, d’ailleurs nécessaire pour un continent qui, en quelques décennies, va passer de un à deux milliards d’hommes.    

La Chine s’honore de connaître l’Afrique depuis longtemps, avec  les expéditions maritimes de l’amiral  Zheng He, de 1405 à 1431. Elle en recherche aujourd’hui  les traces au large du Kenya. Elle était présente à la conférence de Bandung de 1955, « réveil des peuples colonisés », qui fut suivi da quelques réalisations spectaculaires, telles la voie ferrée Tanzam, construite sur 1600 km entre 1973 et 1976 et permettant à la Zambie d’exporter son cuivre (métal rouge dont la Chine est grande consommatrice !) via le port tanzanien de Dar-es-Salam.

                Aujourd’hui, il est clair que l’action économique de la Chine sur le continent africain sert sa  diplomatie, car elle y a trouvé une importante réserve de voix à l’ONU, en particulier pour évincer  Taiwan. Il n’y a plus guère que le  Burkina Faso, Sao Tomé et le Swaziland pour reconnaître encore la « 23ème province chinoise » !

                La Chine a le génie des grands travaux (Grande Muraille et Grand Canal), tandis que l’Afrique dispose de ressources actuelles ou à venir considérables dans les domaines de l’énergie, des minerais, de la terre arable (dont elle dispose de la moitié des réserves mondiales), de la forêt et de la pêche. La donne est donc lumineuse : infrastructures contre fournitures, si bien que, pour ses besoins colossaux, la Chine, devenue l’usine du monde, est partout en Afrique. Ainsi en-est-il, en ce qui concerne le pétrole et le gaz, de ses partenariats, évolutifs avec le Nigéria, l’Angola, le Mozambique, l’Algérie, la Libye et le Soudan, ou, encore, pour les minerais, de ses collaborations avec l’Afrique du sud, la République Démocratique du Congo, Le Niger, le Zimbabwe et la  Zambie. C’est que l’Empire a d’énormes besoins en fer, en platine, en or, en cuivre, en coltan…. Il a, aussi, besoin de maïs, d’où la location de terres à Madagascar, par exemple. Le Gabon a dû restreindre les exportations de bois au profit de Pékin et bien des pays côtiers d’Afrique, comme le Sénégal, voient leur bassin maritime écumé par les puissants navires de pêche chinois.

                La pénétration économique chinoise en  Afrique s’est déroulée en trois phases : la quête de ressources, la construction d’infrastructures et de réseaux, l’implantation d’usines chinoises, enfin. Routes et autoroutes, voies ferrées, pipe-lines, téléphonie mobile, écoles et universités, dispensaires et hôpitaux, barrages, zones portuaires et aéroports, palais présidentiels, grande mosquée d’Alger, stades de football et, même, le siège de l’Union Africaine à Addis Abeba, construit par la Chine (voie ferrée reliant Djibouti à la côte atlantique rénovée par Pékin).

                Désormais, les grands groupes chinois construisent des usines, comme en Ethiopie qui dispose d’une main d’œuvre abondante  encore bien moins chère que la chinoise et de la matière première locale (le cuir) pour l’industrie de la chaussure. La production, à destination des marchés solvables de l’Occident (l’Europe en particulier) bénéficie ainsi deux fois de la mondialisation, car elle entre en franchise dans les pays de l’Union Européenne  en  vertu des dérogations accordées par Bruxelles aux pays les plus pauvres de la planète.

                Quelles sont les modes de fonctionnement de la Chine ?

                La Chine dispose de quatre mille milliards de dollars de réserves de change, qui viennent de passer à 3.400, ce qui est une somme colossale qu’il suffit de comparer aux 800 milliards de  dollars de la zone euro et aux 150  de la FED, la banque centrale américaine ! Sur ce fond sans aucun équivalent dans le monde, deux établissements bancaires d’état, l’Import Export Bank of China et la China Development Bank,   prêtent  aux entreprises chinoises, toujours dépendantes du pouvoir, ce qui leur confère une capacité à réaliser sans pareil. En quelque sorte,  La Chine prête à la Chine…

                Depuis 2000, le FOCAC, Forum sur la Coopération Africaine, organise et coordonne les partenariats sino-africains. Il se déroule tous les trois ans : en 2000 à Pékin, en 2003 à Addis Abeba, l’une de ses plus grandes manifestations  s’est déroulée en 2006 à Pékin où se sont réunis 48 grands responsables du continent africain et où  les promesses de la Chine furent colossales Cette réunion a été la plus grande manifestation diplomatique jamais organisée en Chine depuis 1949. En 2009, le forum reprend à Charm el-Cheikh, en Egypte, en 2012 à Pékin et en 2015 au Cap, en Afrique du Sud, de loin, le premier partenaire de Pékin sur le continent. A l’échelle du temps, la présence chinoise en Afrique est considérable Depuis sa fondation, la République Populaire de Chine a financé plus de mille projets, envoyé des milliers de médecins et accueilli sur son territoire plus de 20.000 étudiants africains afin de les former.

                 L’organisation même de l’économie chinoise qui pratique une sorte particulière de capitalisme autoritaire piloté par le Parti communiste fait que le vendeur, l’acheteur et le prêteur chinois sont le même ! De surcroît, le pays dispose de la plus grande diaspora du monde. Combien y-a-t-il de Chinois en Afrique ? Si la réponse est difficile, beaucoup d’observateurs estiment qu’ils sont  environ un million,  quand les Français ne seraient plus guère que 100.000…

                Quels sont les sujets de controverse sur  la présence chinoise en Afrique ?

                La Chine a réveillé l’Afrique qui, de continent au risque de l’oubli, est devenu un continent convoité et courtisé, qui peut s’appuyer sur le dynamisme des nouvelles classes moyennes africaines.  Il n’empêche, les sujets de controverse  sont très nombreux. Il y d’abord la question du principe de non-ingérence qui permet à Pékin de proposer une alternative par rapport à l’Occident, mais qui renforce de fait des régimes bien peu soucieux des droits de l’homme (Soudan ou Zimbabwe).

                 Si la politique des plans d’ajustement structurels du FMI peut être discutable, bien des pays africains ont, cependant, bénéficié de remises de dettes, alors que, au grand dam des capitales de l’ouest, l’aide chinoise peut aboutir à un nouvel endettement  d’un certain nombre de pays, car les contrats chinois sont loin d’être équitables. L’aide chinoise est une aide liée, commode dans un premier temps, mais, finalement, très onéreuse à terme. Si bien que certains pays comme le Niger, commencent à  remettre en cause certains contrats, parfois même, conseillés par des agences ou des ONG occidentales spécialisées. C’est que le rapport de force entre l’empire de taille XXL et chaque pays africain comme la RDC ou Madagascar est totalement déséquilibré. Dans ce dernier cas, on peut citer un contrat signé entre la Wuhan Iron and Steel Corporation, d’un montant de 6,7 milliards de dollars et  les autorités malgaches, alors que le PIB 2013 de la Grande Ile n’est que de 11, 2 milliards (Chine, 9181 milliards, soit 83 fois plus !)

                La corruption est fort répandue chez de nombreux interlocuteurs, tant du côté chinois que du côté africain. Ces excès criants génèrent, bien entendu, blocages, injustices et inégalités très néfastes à la confiance si nécessaire à la croissance véritable et au développement. Sur le plan économique, l’Afrique ne contribue qu’à la hauteur de 1% à la production industrielle mondiale. Elle est menacée par la « Maladie hollandaise » (connue au moment de la découverte et de l’exploitation du gaz de Groningue dans les années 1970), qui veut que l’essentiel des investissements aille  à la rente minière au détriment de tous les autres secteurs économiques d’un pays qui finit par s’appauvrir sans créer de nouveaux emplois.

                D’autres problèmes se posent encore, qui peuvent concerner la qualité de certaines infrastructures livrées par les entreprises de Pékin et qui semblent mal vieillir et trop vite. L’absence, de transferts de technologies est aussi un véritable problème, même si certains pays ne disposent pas encore d’un personnel  technique et scientifique en nombre pour les capter. Alors que l’on sait à quel point la Chine elle-même et les NPI du monde entier ont exigé ces transferts dans les transactions commerciales dans le contexte d’une concurrence impitoyable.

                La création d’emplois est au cœur de contentieux sensibles. Il est reproché à la Chine de faire venir en nombre ses propres ressortissants au détriment de la main d’œuvre locale, ou, encore, de mal considérer celle qui est embauchée, insuffisamment rémunérée, sans protection pour les tâches dangereuses et privée d’avantages sociaux. Les relations tendues entre l’encadrement chinois et la main d’œuvre indigène peuvent déboucher sur de graves incidents et même des grèves sévèrement réprimées. La dynamique commerciale des épiciers chinois peut mettre à mal le commerce de rue, qui est souvent une activité de survie  pour une partie de la population africaine…

                Le point en 2016

Dans le monde, devenu aujourd’hui sino-centré, et donc sino-dépendant et qui sera, peut-être, davantage afro-centré demain, plusieurs évolutions semblent possibles. D’abord, le ralentissement de l’économie chinoise, très fort, et, peut-être, plus accentué qu’on ne le croit, compte tenu du manque de fiabilité des statistiques officielles chinoises (taux actuel de croissance de 3 à 4%, et même moins, selon certains). Les difficultés qui obligent la Banque centrale à intervenir ont déjà des conséquences sur les réserves de change de la Chine qui, début janvier 2016, seraient redescendues de 4.000 milliards de dollars à moins de 3.400 milliards. Est-ce de nature à ralentir, un jour, les investissements de la Chine sur le continent africain ?

                Ce qui est certain, c’est que le ralentissement des achats de pétrole, de gaz naturel et de minéraux de toutes sortes sont de nature à plonger bien des pays africains dans de grosses difficultés, comme c’est déjà le cas du Nigéria, de l’Algérie de l’Afrique du sud et de la plupart des pays miniers du continent.  Le Zimbabwe, en grande difficulté, souhaiterait créer un lien entre sa monnaie effondrée et le yuan !

               Mais le plus important pour l’avenir reste la question environnementale. La Chine, elle-même, est devenue le plus grand pollueur de la planète dans ses terres, dans ses rivières et dans son atmosphère qui connait « l’airpocalypse ». Dans un premier temps, elle a incontestablement sacrifié son environnement à son développement.  Elle n’a guère hésité, au sommet de Copenhague, en 2009, en compagnie des Etats-Unis, à faire échouer la grande conférence d’alors. Cependant, sa posture diplomatique n’a plus du tout été la même lors de la Cop 21 qui s’est tenue à Paris à la fin de l’année 2015 et au cours de laquelle, les pays émergents, dont les pays africains, ont obtenu des pays  industrialisés avant eux des promesses d’aide qu’il faudra, bien entendu,  suivre dans la réalité ces prochaines années. Les progrès seront difficiles, tant la tâche à accomplir est considérable, puisque même une partie de la faune africaine est victime d’une effrayante contrebande partiellement pratiquée par des mafias chinoises.

                D’autres évolutions se font jour, telle, par exemple, l’acquisition ou la location de terres cultivables dont l’Afrique détiendrait la moitié des réserves mondiales…. Cependant, les chiffres disponibles ne montrent pas une prédation chinoise supérieure à celle d’autre pays d’Occident, du Moyen-Orient ou d’Asie. En revanche, transformant sa nouvelle puissance en influence, la Chine, par des accords qui concernent l’enseignement et ses instituts Confucius, promeut  le mandarin. Surtout, ses puissants médias n’hésitent pas à acheter des médias africains, tels l’Independant Newpaper Group, entreprise très importante en Afrique du sud, ou, encore la Star Africa Media Company, créée en 2007 au Rwanda par une télévision chinoise… Ceci est un enjeu crucial dont les médias francophones semblent avoir pris récemment  la mesure, car l’Afrique est une grande promesse pour la langue française.

                Tout n’est pas encore joué. Les autorités chinoises avancent leurs pions de façon systémique, comme dans un jeu de go certes, mais sont aussi capables de diversification, de prudence et d’association. Ainsi, dans un monde plus complexe que jamais et de plus en plus multipolaire, ce que des pays comme la France et la Chine ont appelé depuis longtemps de leurs vœux, les cartes sont rebattues constamment et à un rythme plus rapide que prévu. En réalité, la Chine s’est beaucoup inspirée des sommets franco-africains, eux mêmes repris par l’autre grande puissance asiatique, le Japon. D’ailleurs il semble s’esquisser une certaine collaboration franco-chinoise, du moins en Afrique francophone, la connaissance historique de l’Afrique et  son expérience (de la France)  sont reconnus par Pékin qui tient à gérer et à sécuriser prudemment sa présence.

                Si rien n’est perdu, rien n’est gagné non plus. Au début de l’année 2016, le ralentissement de l’économie chinoise, l’effondrement du prix des hydrocarbures et des matières premières minérales et agricoles, ainsi que des défaillances structurelles africaines persistantes et les menaces géopolitiques, sont de nature à ralentir les investissements si indispensables au continent… la grande géographe Sylvie Brunel a récemment posé la question : L’Afrique est-elle si bien partie ?

                 Mais, dans un prochain monde que les nouvelles technologies et la contrainte écologique chamboulent, il y aura « de plus égaux que d’autres », l’avantage allant aux géants géographiques et démographiques.  L’Afrique, balkanisée comme l’Europe, a les mêmes défis qu’elle : se réinventer en grands ensembles régionaux afin de préserver son identité et d’obtenir la taille critique, capable d’assurer sa survie.  Sinon l l’issue ne peut que donner l’avantage aux Chinois. Mais l’Afrique, dont un proverbe dit : « remue le destin, le destin te remuera » s’est aussi réveillée…

                 Pour autant, si important que soit l’enjeu africain pour Pékin, il ne reste qu’un élément stratégique, un moyen. Moins que la  pratique d’un nouvel impérialisme qui l’obligerait à devenir la garante d’un nouvel ordre mondial, à la façon du shérif américain d’hier, ce qui lui coûterait cher, la Chine  se contente d’être elle-même :  impériale. C’est la raison pour laquelle elle garde les yeux fixés sur  ses frontières du XVIIIème siècle », celles de son apogée, frontières que connaissent tous ses écoliers formés à l’école nationaliste. Cette carte inclut les provinces périphériques du Xinjiang (« nouvelle frontière ») et du Tibet (« Trésor de l’Ouest ») et toutes les mers de Chine. Voilà les nouvelles routes de la soie, terrestres et maritimes, sillonnées par l’empire du rail, par un « pipelinistan » construit par Pékin et par les nouvelles marines chinoises, commerciales et aéronavales, qui œuvrent à la réalisation du « nouveau rêve chinois », proposé par le président Xi jinping en 2012, celui d’un empire sino-centré sur Eurasie, mais qui concerne aussi l’Eurafrique…

Claude Chancel

Trois livres pour comprendre : le grand livre de la Chine, Libin Liu Le Grix et Claude Chancel, Eyrolles 2013 ; La Chinafrique, Serge Michel et Michel Beuret, Grasset 2008 ;  Chine-Afrique, Julien Wagner, Eyrolles 2015.

 

(Article issu duSéminaire France-Chine : quels nouveaux partenariats ? Futuroscope de Poitiers, 29 août 2014)

 

« Rien ne serait plus trompeur que de juger la Chine selon nos critères européens », Lord Macartney, 1794 

1 – Approcher le dragon de taille XXl.

Sur le temps long, il y a les fondamentaux de la géographie, de la démographie et de l’économie. Aujourd’hui troisième plus vaste pays du monde,  juste avant les Etats-Unis, la Chine dispose de ressources considérables, énergétiques, minérales et agricoles. Elle peut nourrir une certaine nostalgie de l’époque (le XVIIIème siècle) où elle était, par sa zone d’influence immédiate, sans doute le plus grand pays du monde, avant l’arrivée des cosaques et des trappeurs russes en Sibérie orientale. Sur le plan de la population, la Chine dispose d’une surabondance d’hommes aptes à tout faire. Comptez vingt-et-un Chinois pour un seul Français ! L’historien Angus. Maddison  a montré, par ses travaux statistiques  sur plusieurs siècles que, jusque 1830, avec 20% de la population et 30% de l’économie mondiale, la Chine a été une véritable  grande puissance  du monde, en fait, la première, ce qui pourrait se reproduire deux siècles plus tard…

2 – Regards croisés sur deux cœurs du monde.

 Les relations entre Français et Chinois sont constituées d’un mélange de fascination réciproque et de frictions. Partagée entre sinophiles et sinophobes, la France est cependant le pays qui a inventé la sinologie, tandis qu’une magnifique tradition chinoise consiste à envoyer une partie de ses enfants achever ses humanités en France (ce fut le cas de Chou Enlai et de Deng Xiaoping, mais non de Mao Zedong). Bientôt, les étudiants chinois vont constituer la première communauté d’étudiants d’origine étrangère de l’Hexagone, devançant la communauté marocaine.

La Chine est la matrice de l’Asie orientale, Incontournable. C’est le pays des jeux de pouvoir, du savoir  (c’est l’empire des concours) et de l’avoir. Aujourd’hui chantier, atelier et banquier du monde, elle est le foyer de la plus importante diaspora qui soit.

La France, « mère des arts, des armes et des lois », est une grande nation géopolitique, au message universel,  5ème puissance économique, constructrice d’Europe, détentrice du second domaine maritime du monde, Elle a des liens forts et spécifiques avec l’Afrique, continent d’avenir, dont une importante partie parle sa langue. Les deux pays disposent d’un siège permanent à l’ONU qui n’en compte que cinq.

 Ce sont deux anciennes civilisations rurales, enfants de la terre jaune là-bas et enfants de la patrie, couleur terre de France ici. et en voie d’urbanisation rapide. Le général de Gaulle a reconnu en 1964, en la Chine, « une nation plus vieille que l’histoire». « Il n’y a rien, dans cette décision, qui comporte la moindre approbation du système politique qui domine actuellement en Chine ». «La France reconnait simplement le monde tel qu’il est ».

3 – Perceptions françaises de la Chine contemporaine.

« Le grand timonier », Mao Zedong a restauré l’Etat chinois, libéré « la seconde moitié du ciel « et simplifié l’écriture nationale. Le « petit timonier a réformé « à petits pas » et pratiqué l’ouverture qui a consisté à  mettre l’étranger au service du national,  à « attraper l’oiseau sur la branche », en donnant la priorité absolue à l’industrie (Built,  Operate, Transfert). D’où l’immense rattrapage : « factory, navy, city ».

Mais, surtout : la Chine est passée maîtresse dans la captation, l’indigénisation et l’absorption technologique, au prix de nombreux contentieux juridiques concernant la propriété industrielle. Mais, arrêter l’analyse à ce stade  serait dépassé, car le pays a inventé un système unique au monde : l’économie socialiste de marché aux couleurs chinoises. Il s’agit d’un capitalisme d’Etat avec double appartenance au niveau des responsabilités politiques et économiques, ce qui  octroie une force de frappe financière considérable aux  champions nationaux, bien dotés en crédits bancaires et en autorisations administratives. La Chine, déjà  pays des grands travaux et des réseaux est aussi devenue celui des labos et des expos, des ingénieurs et  des brevets industriels. Elle a déjà  engagé la bataille des marques et des normes. Capable, bientôt, de vendre des TGV à la Californie et des centrales nucléaires à la Roumanie. Nous pouvons aussi prendre l’exemple du secteur stratégique des télécommunications. Avant la fin de l’année 2014, la Chine disposera de trois des cinq premiers équipementiers du monde (Huawei, ZTE et le « petit dernier », Xiaomi). Est-ce si étonnant de la part d’un pays qui s’achemine vers le milliard d’abonnés ? Demain, le ciel sera A, B et C: A comme Airbus, B comme Boeing et comme COMAC, champion chinois de l’aéronautique, car la Chine a besoin de milliers d’avions civils.

Ce hard power industriel est complété par un nouveau  soft power culturel. Le premier institut Confucius a ouvert à Tachkent, en 2004, au cœur de la route de la soie, l’année suivante, Poitiers a accueilli le premier de France. Un jour, le monde en comptera  mille ! Qui ne connait le « rating » universitaire de Shanghai ? Les arts  explosent en Chine, aussi bien en termes de marché qu’au niveau de la création.

Côté « smart power », la Chine avance sur les quatre écrans : smart phone, computer, TV er cinéma. Nous connaissions Hollywood et Bollywood, mais « Chinawood » est déjà  puissant sur la plan économique et éblouissant sur la plan artistique.

La Chine a-t-elle mangé son riz blanc ? Est-elle un géant aux pieds d’argile ? Ce qui est sûr c’est qu’elle est, comme nous, à une croisée des chemins. Cependant, elle ne nous a pas  attendus pour identifier ses problèmes de façon impériale. Le Premier ministre Wen  Jibao  évoquait  déjà « une croissance instable, inégale, injuste et non durable ». Nous pouvons esquisser une première nomenclature des défis chinois: vieillissement rapide du pays de l’enfant rare, ralentissement inéluctable de la croissance alors qu’il a besoin de créer 10 millions d’emplois par an), inégalités sociale accentuées au pays de Mao, la question de l’état de droit, l’allocation des ressources publiques, l’insécurité alimentaire, la corruption, et une pollution délétère. Il  faut  passer d’une économie mercantile à une économie inclusive : le 12 ème plan en cours et le Président Xi Xinping veulent y remédier par le privé, les PME,  la  « go west policy », pour diffuser la croissance à l’intérieur et dans les profondeurs du pays, surtout dans les villes moyennes de 2ème et 3ème niveau (aménagement des campagnes et  de la ville durable, car le rêve chinois sera urbain ou ne sera pas).

Une politique pro-marché est engagé avec la montée des salaires dans l’industrie (le « smigard » de la ville-province de Shanghai est mieux rémunéré que son homologue bulgare), une nouvelle sécurité sociale  esquissée pour les ruraux, une meilleure intégration des paysans-ouvriers, les  « mingong », (200 millions) en agglomération. La plus grande classe moyenne du monde qui vient de se constituer n’a pas que des dépenses contraintes. Ses dépenses discrétionnaires, celles qui font l’agrément de la vie, explosent : restauration, distribution, luxe, santé-beauté, et celles liées à la mobilité et à la connectivité, car le chinois nouveau est arrivé, instruit, informé, relié. Paul Claudel le remarquait déjà : « La société chinoise est en état d’effervescence perpétuelle »

Dans cette Chine nouvelle, la France a toutes ses chances, sous réserve de certaines conditions : choisir « sa Chine », coordonner les efforts des grandes firmes et des PME (« chasser en meute » comme le font les Allemands), gérer la propriété intellectuelle, exiger la réciprocité, mais éviter toute arrogance. Avec ses produits premium, ses services de qualité et sa « french touch », la France bénéficie d’ailleurs, en Chine,  d’un préjugé plutôt favorable !

 4 – La projection de la Chine

Dans le basculement économique et géopolitique du monde, la Chine est au centre de trois configurations majeures. :

Le groupe de Shanghai qui lui permet de contrôler ses  marges et  ses marches continentales près de ses quatorze voisins.

Les BRICS : 3 A : Asie, Amérique du sud et Afrique (l’homme noir est considéré dans les annales chinoises comme habile, courageux, intelligent et redresseur de tords ». En y investissant a sa façon, la Chine a redonné confiance à l’Afrique, du Gabon à l’Ethiopie lorsque l’Occident semblait l’oublier. Elle y pratique son schéma classique d’échanges d’Infrastructures contre fournitures et nourriture, ce qui lui permet de desserrer ses nouvelles dépendances énergétiques, minières et alimentaires. Projet de BRICS’s Bank (alternative au FMI et projet de  nouvelle Banque asiatique dont le siège serait à Shanghai  et  la Chine le maître d’œuvre et le principal bailleur de fond, créant des sino dépendances  autour d’elle, à la grande inquiétude de la Banque Asiatique du développement dont le siège est à Manille).

ASEAN : c’est l’enjeu Thalassa, halieutique, énergétique et géostratégique en Mer de Chine méridionale. La limite de l’exercice est, sans doute, soulignée par Hubert Védrine : « la coalition des inquiétudes ». La Chine pour se développer, l’Amérique pour se protéger ?

La Chine ne souhaite pas jouer le rôle de shérif mondial, bien trop onéreux, mais elle entend restaurer sa suzeraineté régionale traditionnelle en Asie, d’où, aussi, la restructuration de ses armées : l’APL, datée, entend se doter d’une nouvelle force de projection. Son chef, Xi Xinping, redécoupe les régions militaires  qui passent de 7 à 5 dans un contexte interarmées, au profit de la marine, de l’armée de l’air et de l’épopée spatiale.

5 – Une leçon chinoise pour la France et l’Europe ? 

Parce que le pays a une bonne résilience et des réserves de croissance (sa moitié encore pauvre), parce qu’il sait réussir une planification et s’adapter en permanence, tandis que ses dirigeants disposent d’une dizaine d’années pour accomplir, La Chine a des chances de réussir les réformes susceptibles de lui faire regagner son premier rang millénaire, mais elle, et elle seule, décidera du rythme de sa propre évolution. Le défi qu’elle nous adresse, par sa seule ombre portée, c’est de redéfinir notre positionnement et de réinventer notre relation avec elle. 

Claude Chancel

 

 

Idées forces : méconnaissance des potentialités entrepreneuriales de l’Afrique subsaharienne / l’Afrique subsaharienne possède des entrepreneurs talentueux et créatifs / les entrepreneurs africains doivent faire face à de nombreuses difficultés (difficulté d’accès aux marchés solvables, manque de structures de détection et d’accompagnement des projets, réseaux d’entraide entrepreneuriale peu développés, programmes de financement inadaptés ou mal orientés, etc) / identifier les déterminants de la réussite entrepreneuriale dans les pays africains.

 

Nous connaissons tous l’Afrique pour la beauté de ses territoires, des dunes du Sahara aux alpages sud africains, des fonds marins poissonneux de la côte ouest à la pointe éthiopienne, en passant par la forêt équatoriale et la région des grands lacs. Nous connaissons également les richesses de son sous-sol et de ses profondeurs qui regorgent d’or, d’uranium, de cadmium, d’aluminium, de pétrole et de gaz. De l’Afrique nous consommons en toutes saisons les produits agricoles : le cacao de Côte d’Ivoire, l’ananas du Gabon, l’orange du Maroc ou le café du Kenya. Enfin, n’oublions pas cette Afrique qui possède une des filières viticoles les plus qualitatives et compétitives au monde.

Mais qui connait l’Afrique des multinationales ou des conglomérats ? Qui peut citer tel ou tel champion industriel burkinabé, web start-up kenyane, ou firme de biotechnologie angolaise ? Peu d’entre nous car ces champions n’existent pas ou n’ont pas atteint la taille critique leur permettant de se rendre visible dans la fourmilière des entreprises mondiales. C’est une réalité, les entreprises africaines ne trustent pas les couvertures de nos quotidiens et magazines économiques. En outre, très peu font l’objet ne serait-ce que de quelques commentaires à l’occasion d’un lancement de produit, d’une fusion-acquisition ou de l’annonce de résultats records.

Ce manque de représentation des entreprises africaines dans les rubriques business et stratégies des media occidentaux pourrait amener certains à croire qu’une famine entrepreneuriale a frappé ce continent. Les pays africains seraient à ce point dépourvus de talents et de personnalités suffisamment créatives et déterminées qui ont donné des Google aux Etats-Unis ou des Business Objects à la France ?

Il n’en est rien et nous allons au fil de cet article secouer les idées reçues pour porter un autre regard sur le vivier entrepreneurial de ces pays, d’expliquer les difficultés de l’entrepreneur Africain à exister, tout en explorant les pistes d’une réussite qui n’est pas si improbable qu’il n’y parait.

L’entrepreneur africain n’est pas une espèce rare.

En Afrique comme ailleurs, on ne naît pas entrepreneur, on le devient. Mais quelle définition donner à l’entrepreneur ?

Jean-Baptiste Say, économiste français du 19ème siècle, inventeur du terme, a défini l’entrepreneur comme « celui qui prend en charge une entreprise ». L’entreprise étant entendue au sens de projet. Dans la conception de Joseph Schumpeter, l’entrepreneur incarne le pari de l’innovation et son dynamisme en assure la réussite. Pour Schumpeter, l’entrepreneur « est un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations ». L’entrepreneur est un véritable aventurier qui doit sortir des chemins battus pour innover. Il doit vaincre les résistances qui s’opposent à toute nouveauté risquant de remettre en cause le conformisme ambiant. L’entrepreneur est par définition celui qui crée de la valeur.

Partant de cette conception schumpetérienne de l’entrepreneur, on pourrait soutenir que le vendeur de glace ambulant ou celui qui établit une modeste activité de transport de personnes ne satisfait pas à la définition car ce chef d’entreprise, s’il en a une, n’a pas introduit d’innovation pour faire marcher son affaire. Mais dès lors que notre vendeur de glace, après avoir suivi une formation, développe son propre système de gestion comptable, dispense ses conseils aux commerçants alentours, et finalement se lance dans la production d’un logiciel comptable dédié aux petites activités commerciales, il franchit un pas pour entrer dans le cercle des entrepreneurs. Il en est de même pour cet entrepreneur qui a développé un service de transports dans des régions enclavées de son pays. Il apporte ainsi une réponse concrète et qualitative à l’absence d’infrastructures de logistique et de transports et permet l’essor d’activités productrices jusque là contraintes.

Des exemples comme ceux-là chaque pays d’Afrique peut en proposer par centaines. Les initiatives ne manquent pas, les réussites s’affichent çà et là, comme une façon de contredire les cassandres prévisionnistes des grandes institutions internationales qui préfèreront noircir les perspectives d’un potentiel hypothéqué sur fond de déficits structurels et de gouvernances calamiteuses.

Le potentiel entrepreneurial de la région existe.

Depuis son plus jeune âge, l’Africain, quelle que soit son origine sociale s’est satisfait du complément de monnaie que lui rapportaient ses « petites affaires » si ce n’étaient là les seules ressources dont il disposait pour faire vivre sa famille. Certains, mieux formés ou doués de l’ingéniosité que leurs ont conférées des années d’observation et de pratique du commerce informel ou de la vente à la sauvette, ont saisi la nécessité vitale de prendre le train des nouvelles technologies en marche. La jeunesse africaine dispose d’une fenêtre sur le monde : Internet. Le web a pris une place considérable dans les échanges et la formalisation des rêves les plus fous. Les contacts avec les cousins, frères, sœurs et amis éloignés ou expatriés se font via Skype, Facebook et autres réseaux sociaux. Les nombreux témoignages de réussites entrepreneuriales en Europe, aux Etats-Unis, en Asie et ailleurs se transmettent à la vitesse d’un tweet et font bouillir d’impatience ceux qui voient dans la création d’entreprise le salut des générations X et Y. La jeunesse africaine peut tirer parti de la révolution numérique et de la rapide expansion de la téléphonie mobile. La réussite est palpable, la fortune à bout de clic. C’est acquis, le web ne peut pas décevoir, il est à tous et pour tous.

Au-delà des promesses des TIC il existe, encore, des activités marchandes traditionnelles qui offrent un potentiel de transformation et de développement intéressant. Notre vendeur de glace et le transporteur en savent quelque chose. J’ai la chance d’avoir parmi mes proches deux entrepreneurs qui témoignent des tendances en Afrique de l’Ouest et plus particulièrement de celles de la Côte d’Ivoire. L’un deux vient de se lancer dans l’installation de vidéosurveillance et de sécurité et me rapportait le nombre effarant de sociétés concurrentes dans ce secteur. Il est difficile d’imaginer une demande capable d’absorber une telle offre dans des conditions de profitabilité acceptables pour tous. C’est justement là le revers d’une hyperactivité entrepreneuriale propre à de nombreux marchés : une concurrence démultipliée, dont les contours sont difficiles à cerner puisqu’il est donné à chacun de faire presque tout et n’importe quoi. Or, une diversification excessive risque de rendre ces entrepreneurs peu visibles. Les activités sans réel projet et à faible dotation capitalistique prolifèrent. Les « petites affaires » comme les  entreprises appartenant au circuit économique informel continuent de croître, conséquence de la lourdeur des formalités d’immatriculation ou de la rigidité du marché de l’emploi. Tant et si bien qu’elles constituent une concurrence déloyale et sauvage pour les jeunes entreprises. Telle l’énergie du désespoir qui pousse tout un chacun à multiplier ses chances de gains, on crée ceci, on lance cela, on démarre ici et on arrête là. Des structures fragiles dont le management étourdi d’illusions conduira les tentatives les moins préparées à un échec inéluctable, au mieux à survivre péniblement. Ceux dont l’ambition est chevillée au corps ou chanceux d’avoir été bien formés tenteront de réunir les modalités idéales d’un lancement de projet. Aussi, aux épreuves qui attendent l’entrepreneur lambda s’ajouteront les difficultés d’un climat d’affaires défavorable dont l’Afrique est tributaire.

L’entrepreneur Africain est isolé. Il lui faut trouver les conditions d’intégration avec des partenaires économiques.

Une des difficultés à faire émerger des champions s’explique par la pénurie d’offres de programmes dédiés aux entrepreneurs : incubateurs de start-up, pépinières d’entreprises, réseaux d’entrepreneurs, etc. De telles structures auraient pour vocation de sélectionner les projets, de les accompagner aussi bien financièrement qu’en leur fournissant des services adaptés (formation, tutorat, accès aux réseaux, communication, etc.) afin de destiner en priorité les accélérateurs de développement à des projets innovants, à fort potentiel de création d’emploi, ou dont la nécessité sociale impose qu’ils soient soutenus.  

Il en sortirait des sociétés avec des stratégies bien identifiées et des moyens de production adaptés aux modèles économiques validés, proposant des offres et des services adaptés à leur marché local. Ces entreprises seraient pilotées par des entrepreneurs mués en gestionnaires avisés. Des managers capables d’innover pour inonder les marchés régionaux, d’attirer les investisseurs pour forcer les verrous de la compétition internationale. Des hommes et des femmes dont l’expérience entraînera dans leur sillon des dizaines et des centaines d’autres candidats à l’entrepreneuriat.

La force de ces structures d’accompagnement demeure également dans leur capacité à agir auprès des Etats pour les sensibiliser, contribuer à l’amélioration du climat des affaires, réformer le domaine fiscal, lancer et suivre des programmes d’équipements et investir massivement dans le développement des infrastructures. Sans infrastructures disponibles et bien adaptées, les entreprises peuvent difficilement se développer, aussi bien au niveau national que régional.

Le déploiement d’infrastructures est donc une des clés de l’émergence d’entreprises compétitives.

A ce titre, un rapport de la Banque Mondiale « L’avenir de l’Afrique et la contribution de la Banque Mondiale » fait savoir que la carence de financement des infrastructures, estimé à 48 millions de dollars par an*, ne peut être comblé que par une combinaison de fonds nationaux privés et publics. Pour améliorer les conditions à l’entrepreneuriat, attirer les investisseurs privés et plus généralement promouvoir les services il est indispensable d’agir vite pour combler le retard.

Enfin, faut-il rappeler que pour créer et se développer il faut des fonds.

Or l’Afrique manque encore cruellement d’instruments de financements appropriés destinés aux porteurs de projets et entrepreneurs établis. Les PME africaines sont maintenues à l’écart des marchés financiers et des investisseurs en capital, en dehors des quelques structures de micro-financement, dont l’essor dans cette région est soutenu. Il faut améliorer l’accès au financement, et les banques, qu’elles soient internationale, régionale ou banques de développement, comme les investisseurs privés ont un rôle capital à jouer.

Lors d’un colloque sur la croissance en Afrique, Jean-Michel Severino, ancien directeur de l’Agence Française de Développement (AFD) précisait que le capital risque est une industrie tout juste émergente en Afrique, dont 80% des fonds vont à destination de la République Sud Africaine. La présence de Business Angels et de fonds d’investissement (en capital amorçage, capital risque, capital développement, etc.) permettra notamment d’alimenter une partie des budgets nécessaires au financement des infrastructures et au développement économique. Mais pour que s’amorce un cycle vertueux d’investissement et de croissance créateurs de valeur ajoutée, encore faut-il parvenir à rassurer investisseurs et grand public sur le potentiel que constitue aujourd’hui l’Afrique.

Pour nuancer mon propos introductif, il existe bien quelques grandes sociétés africaines qui émergent et auxquelles les cabinets internationaux s’intéressent. Ces groupes là arrivent à attirer des capitaux et parviennent à innover. Mais la plupart des entreprises africaines locales sont de petite taille et celles-ci sont la catégorie la plus délaissée et en proie aux plus grands aléas.

Nous pouvons affirmer sans trop de risques, que le secteur privé est de plus en plus le moteur de la croissance des pays africains. L’intégration régionale sera un facteur crucial de la compétitivité des entreprises africaines. D’ailleurs, le travail des organisations internationales et régionales (NEPAD, Union Africaine, BAD, etc.) favorise grandement le développement du secteur privé par le biais d’actions et de programmes régionaux. Cependant et malgré sa vitalité, le développement du Privé, tel qu’il est aujourd’hui, ne suffira pas à réduire la pauvreté en permettant notamment l’émergence d’une classe d’entrepreneurs. Outre que la capacité du Privé à s’inscrire dans la durée est loin d’être évidente, l’Afrique porte en elle les germes de son essor qui sont à la fois les raisons de sa fragilité. Des forces vives dont il faut pouvoir canaliser l’énergie afin d’en extraire ce concentré actif et créatif, source de valeur.

L’entrepreneur africain demeure un individu polymorphe, isolé et quasi invisible dont la complexité peut difficilement s’appréhender depuis l’extérieur. Gardons en point de mire que les solutions pour l’aider, afin qu’elles soient vraiment efficaces, doivent se concevoir auprès des promoteurs et à partir des spécificités locales pour mieux combler les carences de chaque pays.

Il existe une fenêtre d’opportunité pour encourager la fondation de pôles de croissance et ouvrir la voie à des regroupements nécessaires à la fois pour pénétrer de nouveaux marchés et s’assurer d’une visibilité.

Pour toutes ces raisons, les structures d’accompagnement ont un rôle majeur à jouer dans cette nouvelle ère de transformation positive du potentiel entrepreneurial de l’Afrique.

Pierre-Louis DAMERY

ex entrepreneur, actuellement Consultant senior en management et organisation