Afghanistan

 

Ce titre convient particulièrement bien à ce pays. En effet, à travers son histoire et sa position géographique, mais également à cause de la situation politique actuelle, l’Afghanistan est bien le pays de « tous les possibles ».

L’Afghanistan est un pays d’où l’on ne revient pas indemne et qui laisse une impression d’attirance, de nostalgie, de paix et de peur tout à la fois.

J’ai découvert vraiment l’Afghanistan à travers le combat des femmes algériennes contre les barbares du GIA qui massacraient la population dans les années noires de 1992 à 1997. Mes amies, que j’étais allées soutenir à Alger, m’avaient interpellée en me disant : « En France, vous ne voyez rien, vous ne comprenez pas que ce terrorisme vient d’Afghanistan ! ». Mais à cette époque, personne ne faisait vraiment le lien entre l’arrivée des Taliban à Kaboul et le terrorisme en Algérie. Il faudra attendre le 11 septembre pour comprendre et réagir.

Aujourd’hui, après l’invasion de l’URSS, la guerre civile suivie de l’arrivée des Taliban, puis de l’intervention des forces internationales, l’Afghanistan n’a pas connu de paix depuis plus de 35 ans. Tout a été détruit, parfois même plusieurs fois successivement, les zones urbaines comme les campagnes. De plus, le déplacement massif des populations a déstructuré la société et le choc aujourd’hui entre une jeunesse sans passé découvrant la modernité du monde apporte une nouvelle variable à l’équation complexe de l’avenir.

Situation générale et géographique

L’Afghanistan se trouve au cœur de l’Asie centrale et a toujours été, depuis l’Antiquité, au carrefour des civilisations, des grandes migrations humaines, des guerres de conquête. Alexandre le Grand, Marco Polo, Gengis Khan y ont laissé des traces, puis les guerres entre les empires russe et britannique (années 1880), celle entre l’URSS et les Etats-Unis (années 1980) qui a amené ensuite au pouvoir les Taliban et maintenant la déstabilisation régionale par les réseaux islamistes et narcotrafiquants ont créé de profondes cicatrices.

De plus, les pays voisins ont eux-mêmes leurs propres difficultés et des agendas complexes. Le Pakistan est au bord de l’implosion économique, de l’explosion démographique et menacé par le mouvement terroriste des Taliban pakistanais ; l’Iran est toujours sous embargo et soumis à de grandes difficultés économiques ; l’Inde, la Chine, la Russie et les républiques de l’ancien bloc soviétique sont également menacés sur leur territoire par les mouvements islamistes et par le trafic de drogue.

La population afghane est à l’image du relief et du climat : pleine de contrastes, rude et fière, belle et énigmatique, souvent imprévisible. Pays essentiellement de montagnes et de hauts plateaux il présente peu de surfaces réellement cultivables. Le survol en hélicoptère par exemple permet de distinguer des ilots de verdure au fond de vallées inaccessibles par la route. Ainsi, des populations vivent en autarcie, sont soumises parfois à la famine, aux maladies et surtout au manque d’éducation qui fait la part belle aux intégrismes divers.

Par ailleurs, les zones urbaines se développement rapidement et de manière anarchique ce qui crée aussi un fort sentiment d’insatisfaction dans la population.

Les indicateurs, les progrès.

Dans une population estimée à 31 millions d’habitants, 45% ont moins de 16 ans. Les efforts de scolarisation sont réels même si les taux d’illettrisme restent très élevés (80% chez les femmes, 50% chez les hommes). Il faudrait d’urgence former des enseignants et mettre en place de véritables formations professionnelles, mais il manque cruellement de formateurs de formateurs…. L’évolution en matière d’équipements médicaux est très lente et inégalement répartie sur le territoire. Si globalement le taux de mortalité infantile s’est amélioré (tout en restant le plus élevé du monde avec 120 pour mille) il reste des zones rurales faisant songer au moyen âge… Au niveau de l’espérance de vie les progrès sont spectaculaires et les femmes ont gagné près de 9 ans depuis dix ans pour arriver à 51,5 ans en moyenne.

Dans le domaine des infrastructures, beaucoup a été fait : de 2005 à 2013, plus de 20 000 km de routes goudronnées, 5 nouveaux aéroports et 13 nouveaux aérodromes ont vu le jour.

Une armée et une police d’environ 350 000 hommes et femmes ont été formées et équipées et pourront, fin 2014, prendre seules la relève de la sécurité du pays.

Cependant, comme dans tout pays ayant connu une intense présence militaire et humanitaire étrangère, l’Afghanistan a subi et subit encore une économie artificielle, vecteur inflationniste, qui a désorienté le développement économique local. L’inflation est de 30% par an, par exemple le salaire d’un policier à Kaboul en 2004 était de 50 à 80$ par mois, il est aujourd’hui d’environ 300$ et le coût de l’immobilier est au même niveau d’augmentation.

Mais le principal problème de l’Afghanistan est la corruption record, à tous les niveaux, et notamment dans les instances du pouvoir qui décourage tous les investisseurs sérieux.

A cela s’ajoute la production de pavot et la fabrication, sur place maintenant, de drogues diverses, notamment l’héroïne. 95 à 98% des opiacés de la planète viennent d’Afghanistan et des réseaux mafieux ont vu le jour alliant désormais trafiquants et Taliban.

Les raisons d’espérer

Malgré les difficultés et le lourd héritage de la guerre, il y a des raisons d’espérer.

Les voyageurs réguliers dont je fais partie observent à chaque fois de nouveaux progrès. Les routes et les rues électrifiées, les aménagements des aéroports, la bonne tenue des policiers dans les rues, les constructions d’immeubles et de centres commerciaux, les constructions d’écoles, etc. Même dans les campagnes les progrès sont parfois spectaculaires ; j’ai vu par exemple le petit village de Durani dans le Wardak, pays Pachtoun et sous domination talibane, électrifié par panneaux solaires.

Les jeunes, et notamment les jeunes filles, veulent faire des études et se montrent curieux et inventifs. Les technologies d’information et de communication n’ont pas plus de secret pour eux que pour leurs homologues dans tous les pays du monde. Il y aurait 18 millions de téléphones portables pour 31 millions d’habitants !

Les Afghans sont courageux, très débrouillards et ne se laisseront plus imposer un régime de gouvernement liberticide comme celui des Taliban. Ils veulent vivre en paix, profiter du progrès, avoir un avenir.

Le rôle de la France

La France et l’Afghanistan ont signé leur premier traité de coopération en septembre 1922 à travers une coopération dans le domaine archéologique. Depuis, cette coopération n’a pratiquement pas cessé et les Afghans en sont très reconnaissants à la France. De même dans différents domaines culturels et artistique, tel le cinéma, les relations sont anciennes et profondes.

Le domaine médical est aussi traditionnellement ancré dans l’histoire de la coopération franco-afghane et le magnifique hôpital « La Mère et l’Enfant » de Kaboul, dont la seconde tranche est en construction, illustre bien ce domaine.

A travers le Traité d’Amitié et de coopération qui a été signé à paris le 27 janvier 2012 par les deux présidents, de nombreux domaines sont référencés pour participer à ce lien entre les deux pays pour une période de vingt ans. L’éducation, la santé, l’agriculture, l’état de droit, la sécurité et la défense en sont les axes principaux.

A travers son tissu d’ONG dont beaucoup sont en Afghanistan depuis plusieurs décennies, la France est également présente au plus près des populations, même dans les endroits les plus reculés.

Le proche avenir

Le défi de tous les possibles pour l’Afghanistan, pourrait être le schéma vertueux !

Le 5 avril 2014 se tiendront les troisièmes élections présidentielles. Les jeux seront très ouverts entre onze candidats puisque le président actuel ne peut plus se présenter.

Même si dans certaines régions, à la fois pour des raisons climatiques mais aussi en terme de sécurité, le vote ne sera pas possible, il est tout à fait envisageable que le scrutin ait lieu dans de bonnes conditions et qu’il ne soit pas contesté. Dans ce cas, un gouvernement d’alliance nationale pourrait être formé s’attelant aux réformes indispensables pour lutter contre la corruption, lancer un véritable plan de développement économique, lever l’impôt et payer les fonctionnaires, assurer la paix avec tous les pays voisins.

Les raisons d’espérer sont nombreuses et la communauté internationale qui a déjà tant fait pour ce pays et la stabilité de la région, doit continuer jusqu’à ce que l’Afghanistan puisse voler de ses propres ailes, ce qui ne saurait tarder.

 

Françoise Hostalier  

Conférence donnée à l'Institut Jacques Cartier le Jeudi 12 décembre 2013