Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments. 

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Un article du journal Le Monde daté du 18 novembre 2011 met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.

Lire l'article du Monde : Le rôle discret des sous-marins français dans les opérations en Libye de Nathalie Guibert en date du 8 nov.2011. de larges extraits sont disponibles sur le blog "secret défense" de Jean-Dominique Merchet : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/La-Marine-devoile-les-missions-de-ses-sous-marins-au-large-de-la-Libye_a424.html

"Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments".

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Cet article du journal Le Monde daté du 8 novembre 2011[5] met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.


[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

 

 

 

 

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

 

 

 

 

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

 

 

 

 

[4]

                        [4] Cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

 

                   Spécificités des sous-marins

Quels sont les caractères déterminants qui rendent les sous-marins efficaces au point que tous les pays qui souhaitent exercer une influence stratégique veulent en acquérir malgré un coût de possession élevé et les difficultés à maintenir une ressource en personnel de très haut niveau technique et tactique ?

1-      En premier lieu, la discrétion que procure la navigation sous la surface. Elle permet au sous-marin d’agir dans des zones contrôlées par un adversaire, y compris quand il a la maîtrise de l’air. La permanence de sous-marins américains devant Tokyo, aux moments les plus sombres de la guerre du Pacifique pour l’US Navy, en est un exemple parmi tant d’autres. Le sous-marin est particulièrement bien adapté aux opérations spéciales (renseignement de zone, mouillage offensif de mines, mise en œuvre de commandos, exfiltration et infiltration d’agents…).

2-      Ensuite, une endurance extraordinaire comme l’ont montrés les U-boote allemands, capables de patrouilles de plusieurs mois pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950, l’avènement de la propulsion nucléaire constitue dans le domaine maritime une révolution comparable à celle du passage de la voile à la vapeur. La gestion du couple énergie/puissance, une préoccupation permanente des commandants de sous-marins à propulsion diesel-électrique, n’est plus nécessaire. Au prix d’un surcroît de technologie, l’énergie fournie par un réacteur nucléaire est quasi illimitée, et cela quelle que soit la puissance demandée. Elle permet de produire de l’eau douce, luxe suprême pour les sous-mariniers classiques, et même de l’oxygène par électrolyse de cette eau. Les commandants, libérés de cette contrainte, peuvent se consacrer entièrement aux aspects tactiques de leurs missions. L’énergie n’est plus l’élément déterminant qui limite l’endurance. C’est l’équipage qui devient dimensionnant en raison, d’une part en raison de la fatigue induite par des missions de plus de dix semaines pendant lesquelles les quarts se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept[1], et d’autre part par l’épuisement des vivres dont les quantités embarquées sont limitées par le volume disponible restreint.

3-        Cette endurance donne au sous-marin une double mobilité. Tactique, d’abord, puisqu’il peut se mouvoir en trois dimensions sous la surface dans un milieu où sa détection est rendue très difficile par l’hétérogénéité du milieu; stratégique ensuite, car pouvant rester immergé en permanence, il ne subit pas les effets néfastes du mauvais temps qui peu contraindre même les navires les plus gros à modifier leurs cinématiques. Dans une zone où le risque d’interception est faible, un SNA peut parcourir plus de 1000 km par jour, ce qui lui permet d’enchaîner les missions sans discontinuer en changeant éventuellement rapidement de théâtre d’opérations au gré des besoins des commandants opérationnels. 71 % de la surface du globe étant couvert par des océans, il peut gagner sans contrainte la plupart des zones maritimes. Équipé de missiles de croisière contre la terre, il peut agir sur les bandes côtières où se concentre l’activité de 80 % de la population du monde qui vit à moins de 200 kilomètres d’une côte.

4-        La puissance de feu du sous-marin est toute à fait exceptionnelle par rapport à sa taille. Elle est à la fois considérable et sans nuance : le sous-marin est un tueur qui ne sait pas agir à faible niveau autrement que par l’incertitude quant à son éventuelle présence qui pèse sur un adversaire incapable de le détecter systématiquement. Il peut délivrer une panoplie diversifiée d’armes, toutes létales : mines marines, torpilles contre les autres sous-marins ou contre les bâtiments de surface, missiles tactiques à changement de milieu contre des objectifs terrestres et navals, et enfin, dans le cas des SNLE, missiles stratégiques à charges nucléaires. Il peut également débarquer et récupérer en toute discrétion des forces spéciales et en particulier des nageurs de combat.

                   Évolutions des techniques et des tactiques

Pendant les deux guerres mondiales, le sous-marin a montré son efficacité pour le blocus stratégique (attaque des flux commerciaux) et les opérations spéciales (transport discret d’agents et de commandos, sauvetage des pilotes abattus en mer, mouillage offensif de mines, renseignement…). Pendant la guerre froide, il devient d’une part le système d’arme principal de la dissuasion nucléaire et d’autre part la plus efficace des plateformes de lutte anti-sous-marine et anti navires de surface. À présent, il a démontré ses capacités de frappe conventionnelle massive contre la terre.

1)  ·Seconde guerre mondiale:

La principale mission des sous-marins allemands pendant cette guerre est d’assurer un blocus stratégique du Royaume-Uni en coupant ses flux d’approvisionnement transatlantique. Il s’agit de couler plus de tonnage de navires marchands qu’il n’en est lancé.

Cette stratégie, simple continuation de celle appliquée trop brièvement pour être pleinement efficace pendant la Première Guerre mondiale, n’a cependant pu être menée avec l’ampleur nécessaire dès le début du conflit. Hitler ayant affirmé que la guerre ne commencerait pas avant 1945, le programme d’armement naval était conçu dans cet objectif. En 1939, l’Allemagne ne dispose que de 54 sous-marins, c’est à dire moins que la France par exemple.

Grâce en particulier à l’aide industrielle et technique américaine, et malgré l’énorme effort allemand, c’est un échec. Pendant la durée de la guerre, l’Allemagne admet au service actif le nombre stupéfiant de 820 sous-marins qui se heurtent sans discontinuer pendant les cinq ans de guerre à une force anti-sous-marine alliée comprenant au total 800 escorteurs de haute mer, 2250 escorteurs côtiers et 1500 avions. 2779 navires alliés sont coulés.

781 U-Boote sont perdus, pour la plupart corps et biens, et 32 000 des 39 000 sous-mariniers sont morts. Ce taux de 82 % de pertes est de très loin le plus élevé de tous les types de force engagés sur tous les théâtres pendant ce conflit. Il s’explique par le fait que l’équipage d’un sous-marin qui subit des avaries importantes en plongée n’a aucun moyen de s’échapper et coule avec son bâtiment.

Bien que de moindre ampleur, la guerre sous-marine menée contre la logistique de l’Afrika Korps par les bâtiments britanniques à partir de Malte est un succès. Leur efficacité, conjuguée avec le retrait d’une grande partie des forces aériennes de la Luftwaffe en méditerranée orientale et centrale pour être engagées en Russie, contraint finalement Rommel à la défensive puis à la défaite par manque de munitions et de rechanges.

Dans le Pacifique, cette stratégie d’attrition du commerce est un succès. L’empire japonais, composé essentiellement d’îles, dépend de façon vitale des flux maritimes.

Il s’agit de la Première Guerre sous-marine gagnée dans l’Histoire.

Les Japonais perdent 1178 navires de commerce et 214 bâtiments de combat par l’action des sous-marins américains (soit 55 % du total).

Seulement 52 des 288 sous-marins américains coulent (dont 48 au combat). Cela s’explique par la relative faiblesse des moyens techniques de défense anti-sous-marine de la Marine du Soleil Levant ainsi que par l’application d’une doctrine d’emploi inadaptée.

 

Deux tâches opérationnelles que seuls des sous-marins pouvaient assurer sont développées et pratiquées avec beaucoup de succès :

–         à partir du mois de mars 1942, soit seulement trois mois après la déclaration de guerre, une permanence de sous-marins américains en mission de renseignement est assurée en baie de Tokyo, et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

–         En support aux opérations aéronavales intensives, des sous-marins américains sont prépositionnés dans les zones de combat pour assurer des opérations de récupération des pilotes abattus au-dessus des eaux contrôlées par l’ennemi (Combat Search and Rescue). Le futur président des États-Unis, alors enseigne de vaisseau de 1re classe, George Bush doit la vie sauve au sous-marin USS Finback qui assure cette mission, après que le bombardier Avenger qu’il pilote est abattu le 2 septembre 1944, au cours de l’attaque de l’île de Chi Chi Jima. Cette tâche était considérée comme particulièrement importante pour le moral des équipages d’avions.

La Guerre froide

Elle marque au plan naval la primauté des forces sous-marines. C’est le budget de développement et d’équipement le plus important de l’US Navy. Avec l’avènement de la propulsion nucléaire, le submersible devient un véritable sous-marin anaérobie, parfaitement adapté à transporter en toute discrétion les armes de dissuasion nucléaire. En France, l’avènement du SNLE conduit le général de Gaulle à dire en 1965

 « La Marine se trouve maintenant, et sans doute pour la première fois de son histoire, au premier plan de la puissance guerrière de la France, et ce sera dans l’avenir tous les jours un peu plus vrai ».

En raison de son enclavement géographique résultat de l’échec de toutes les courses aux mers chaudes menées par la Russie depuis Pierre 1er, l’URSS ne dispose que de très peu de côtes libres de glaces toute l’année. L’accès aux ports passe par des détroits tous contrôlés par des pays appartenant au camp adverse. Elle développe alors une formidable flotte sous-marine dont les unités représentent environ la moitié de l’ensemble des 915 sous-marins en service dans le monde en 1986. Ces sous-marins à propulsions diesel-électrique ou nucléaire sont déployés sur toutes les mers du monde. On trouve en particulier :

–         en Méditerranée des sous-marins d’attaque munis de torpilles et de missiles antinavires destinés à couler les porte-avions de la VIe flotte américaine qui ont pour mission de renforcer la défense aérienne du « ventre mou » du sud-est de l’Europe

–         en Atlantique Nord, dans l’océan arctique et dans le Pacifique nord des « bastions » où des SNLE soviétiques sont protégés des redoutables prédateurs que sont les sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) américains et britanniques par des barrières de sous-marins classiques et de SNA.

Pour détecter les mouvements des sous-marins soviétiques, les Américains développent un extraordinaire réseau d’hydrophone qui quadrille les océans : le réseau SOSUS. Très secret comme tout ce qui touche à l’arme sous-marine dont l’efficacité repose en grande partie sur la supériorité technologique sur un adversaire, l’existence même de ce réseau n’est révélée qu’aux membres de l’OTAN sur les territoires desquels des stations techniques doivent être installées.

La chute de l’empire soviétique en 1991 conduit à la disparition de l’essentiel de la menace nucléaire. Cette transformation de l’environnement géostratégique conduit à une réévaluation de la composition des forces navales. L’importance relative des forces sous-marines décroît fortement dans l’US Navy au profit des forces de projection, c’est à dire des groupes aéronavals de porte-avions et de débarquement de troupes. 

 

En 1982, un conflit de haute intensité oppose l’Argentine au Royaume-Uni, deux pays du camp occidental. En réponse à l’invasion le 2 avril 1982 par les forces argentines des îles malouines (Falkland en anglais ou Malvinas en espagnol) sous administration britannique, le gouvernement de madame Thatcher décide d’envoyer une force aéronavale pour les reprendre.

En raison de leur mobilité et de leur disponibilité immédiate, ce sont deux sous-marins nucléaires d’attaques qui abandonnent leurs missions en cours et sont envoyés en précurseur dès que la menace se précise : le 31 mars, le HMS Spartan en opération devant Gibraltar est dérouté vers l’archipel.

Dès le 12 avril, il est en mission d’observation devant Port Stanley où il assiste à la montée en puissance du dispositif argentin. Le 1er avril, le HMS Splendid quitte la base de Faslane en Écosse. Il va franchir les 7000 milles nautiques en seulement 13 jours. Cette rapidité de déploiement est à comparer à celle du groupe aéronaval, qui appareille le 5 avril pour arriver dans la zone de combat le 29 avril, soit 17 jours après celle du premier SNA.

Les sous-marins vont assurer des missions de surveillance et d’alerte avancées, l’un d’entre eux étant placé à proximité des côtes argentines, à l’endroit où les avions argentins chargés d’attaquer la force navale franchissent la côte. Il informe l’amiral Woodward, un ancien sous-marinier, commandant les forces britanniques, du départ des raids aériens, avec un préavis suffisant pour permettre à la défense aérienne de se préparer à l’interception des avions qui subiront de lourdes pertes. D’autres opérations sont menées par les sous-marins : débarquement de commandos et surtout attaque le 2 mai, sur ordre du premier ministre britannique, du croiseur ARA Belgrano par un troisième SNA, le Conqueror, qui le pistait depuis plusieurs jours. La perte de cette grande unité va conduire les Argentins à faire revenir à quai leur porte-avions par crainte de le perdre de la même façon. Cette décision va les priver du seul moyen dont ils disposaient pour approcher leurs avions de combat Super Etendard de la zone de combats qui se trouve en limite de rayon d’action des avions basés sur le continent. De leur côté, les Argentins envoient le San Luis, un de leurs sous-marins à propulsion diesel-électrique, attaquer le groupe aéronaval. Il prononcera deux attaques infructueuses à la torpille les 1er et 10 mai contre de « grandes unités ennemies ». Il semblerait qu’un fonctionnement défectueux des torpilles utilisées soit la cause de l’échec. Par parenthèse, il est intéressant de noter que les torpilles modernes (Tigerfish) lancées par le Conqueror étaient également défectueuses ; le Belgrano est finalement coulé par deux torpilles anciennes (Mark 8) dont la technologie remonte à la Seconde Guerre mondiale. Par sa seule présence, le San Luis complique l’action des forces navales britanniques qui se trouvent sous double menace aérienne et sous-marine. Au total, plus de 70 torpilles vont être lancées sans résultat contre le sous-marin argentin (ou de faux contacts sonars).

Les îles sont reprises par les Britanniques le 14 juin, après un débarquement de vive force le 21 mai 1982.

            Développements géostratégiques et prospective

Après une courte période d’euphorie pendant laquelle les moins clairvoyants réclament « les dividendes de la paix », l’émergence de nouvelles puissances (Brésil, Inde, Chine en particulier) et la prolifération des armes nucléaires (Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël…) remet la dissuasion nucléaire sur le devant de la scène, et en particulier sa composante sous-marine.

En 2007, en application des traités de réduction des armes nucléaires (START), quatre des nouveaux SNLE de la classe Ohio, sont transformés en SSGN lanceurs de missiles de croisière capables d'emporter 154 missiles Tomahawk à charge conventionnelle et 66 membres de commandos marine (SEALs). La pertinence de ce choix est prouvée lors des opérations de Libye de 2011.

En Asie, la Chine mène une importante politique de développement maritime pour accompagner ses exportations de produits finis et ses importations de flux énergétiques. Cette politique s’accompagne d’un très important développement de sa Marine avec pour objectif de pouvoir contrer la seule puissance navale de taille mondiale, l’US Navy. Cette montée en puissance inquiète les pays riverains et entraîne le développement de forces sous-marines par tous ceux d’entre eux qui peuvent se le permettre financièrement. Elles sont composées d’unités toutes commandées à des pays occidentaux ou à la Russie et disposent de capacités en lutte sous la mer supérieures à celles de leur adversaire potentiel. L’aspect dissuasif traditionnel de ce type de bâtiment est encore accru par l’actuelle faiblesse de la marine chinoise en matière de lutte ASM (sous-marins, avions de patrouille maritime, bâtiments de surface, hélicoptères). Il s’agit d’une réelle course aux armements navals qui touche tous les pays d’Asie du Sud Est, ainsi que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et bien sûr l’Australie. Elle provoque également un rééquilibrage des forces navales américaines vers le Pacifique.

 

De leur côté, les Indiens viennent de se doter d’une véritable triade nucléaire avec des vecteurs terrestres (missile Agni V de 5000 km de portée), aériens (Sukhoi-30MKI et Mirage-2000) et sous-marins (4 SNLE de conception nationale sont prévus). Le premier de la série, l’INS Arihant devrait être admis au service actif fin 2012 ou début 2013. Il sera équipé de 12 missiles K15 de 700 km de portée. Ce missile devrait toutefois être remplacé par un engin plus puissant sur les trois SNLE devant suivre l'Arihant. Pour ces bâtiments, New Delhi prévoit l'embarquement de quatre K-4, des missiles balistiques de 20 tonnes d'une portée de 3500 kilomètres et pouvant emporter une charge militaire d'une tonne.

En Méditerranée orientale, Israël qui ne veut pas être le premier État à introduire formellement des armes nucléaires au Proche-Orient applique une politique d'« ambiguïté nucléaire » en ne reconnaissant pas posséder l'arme nucléaire et en ne la testant pas. C’est un moyen de dissuasion destiné à empêcher un nouvel Holocauste. Israël posséderait entre 75 et 200 têtes nucléaires, selon l'organisation américaine Arms Control Association. L’État juif a également constitué une triade qui comprend des chasseurs bombardiers F-16 et F-15, des missiles balistiques Jéricho ainsi que des missiles de croisière à têtes nucléaires embarqués sur les sous-marins du type Dolphin.

Outre l’Iran qui veut également se doter d’armes nucléaires et qui développe rapidement les missiles capables de la délivrer, c’est le Pakistan qui pose le problème le plus prégnant. S’il dispose de nombreuses têtes et des missiles pour les emporter, le risque qu’il représente vient surtout de son instabilité politique. Des doutes pèsent sur son aptitude à les mettre à l’abri des convoitises des puissants courants islamistes du pays et en particulier du mouvement Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) qui a montré à plusieurs reprises ses capacités à pénétrer et à agir sur les sites militaires les mieux protégés, comme la base aéronavale Mehran près de Karachi le 22 mai 2011 où il a pu détruire deux des trois avions de patrouille maritime P3C Orion de la marine pakistanaise, et, très récemment, le 16 août 2012, à Minhas, la base du  Northern Command de l’armée de l’air pakistanaise où un des trois avions de guet aérien du pays a été détruit. Le Pakistan cherche à moderniser sa flotte sous-marine et à développer une composante nucléaire sous-marine de même type que celle d’Israël.

 

Pour terminer, il faut remarquer que la possession de sous-marin a propulsion nucléaire, comme celle d’un porte-avions, marque un niveau de puissance élevé.

Les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposent de ces types de bâtiments.

Deux des quatre pays grands pays émergents (BRIC) qui n’appartient pas à ce groupe restreint cherchent à s’en doter depuis plus d’un quart de siècle. L’Inde vient d’y parvenir, et le Brésil qui possède déjà un porte-avions de construction française vient d’accélérer son programme de construction de SNA en signant des accords de coopération techniques avec la France (à l’exception de la partie nucléaire).

 

Si le nombre total des sous-marins a diminué après la chute du mur de Berlin pour atteindre un niveau bas de 495 unités en 2002, il est à nouveau en hausse partout dans le monde… sauf en Europe où il continue à décroître malgré une dépendance toujours croissante des flux maritimes intercontinentaux qui traversent des zones où se développe cette menace sous-marine et l’instabilité politique de la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures.

 

 


[1]

                        [1] La plaisanterie suivante, qui a cours dans la marine américaine reflète cet état de fait : « Savez-vous ce que signifie le signe SSN (SNA en Français) ? Saturdays, Sundays and Nights (samedis, dimanches et nuits) »

[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

[4]

                        [4] Par parenthèse, cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

[5]
                        [5] http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111108/html/822829.html8 novembre 2011

 

 

Sans rentrer dans les polémiques interarmées douteuses induites par la baisse continue du budget de la défense, la question mérite d'être posée sur un plan technique et opérationnel.

Un porte-avions, qu’est-ce que c’est ?

C’est avant tout une base aérienne très compacte qui peut se déplacer de 1000 km par jour sur 70 % de la surface du globe en mettant en œuvre ses avions de combat « pour le succès des armes de la France ». C’est aussi un des bâtiments de combat le plus complexe qui soit et qui doitdonc être maintenu en condition opérationnelle tant par l’entraînement de ses marins que par l’entretien des milliers de systèmes techniques qu’il contient.

Le Dossier d’information Marine 2011 présente ainsi le porte-avions:

« Outil de projection de puissance par excellence, le porte-avions joue un rôle à la fois politique et militaire. Sur le plan politique, il est l’expression de la puissance de la France et de sa volonté d’agir avec force. A ce titre, il est un outil important de diplomatie navale.

Sur un plan militaire, c’est également un moyen majeur, capable de frapper fort et dans la profondeur. Outil entrant en action en premier sur les théâtres, il s’affranchit des autorisations diplomatiques pour venir au plus près des opérations et mettre en œuvre ses avions ».

Le stratégiste et regretté professeur Couteau-Bégarie, le décrit comme « le meilleur des ambassadeurs ».

Pour assurer sa protection et la logistique lui permettant de durer autant que voulu par le gouvernement , un porte-avions est entouré par une escorte de bâtiments de surface, de sous-marins nucléaires d’attaque et d’avions de patrouille maritime. L’ensemble constitue le groupe aéronaval.

L’avènement du porte-avions

Le porte-avions a détrôné le cuirassé comme pièce maîtresse des flottes de combat de surface pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n'est qu'à comparer la composition des deux principales marines au début du conflit et quelques années après son issue.

Selon les « Flottes de combat », l'Empire britannique dispose en 1940 de 24 bâtiments de ligne et de 12 Porte-aéronefs. Pour les États-Unis, ces chiffres sont respectivement 23 et 8.

Dans l'édition de 1952 du même ouvrage, les marines du Commonwealth Britannique comprennent 25 porte-avions et seulement 5 navires de ligne. L'US Navy, le grand vainqueur de la guerre, arme alors 102 porte-avions et 16 navires de ligne, « seulement ».

La France, qui contrairement aux pays anglo-saxons portait l’essentiel de l’effort d’armement sur l’armée de terre, disposait de l'unique Béarn ainsi que du transport d'aviation Commandant Teste au début de la guerre. Elle avait entrepris la construction de deux unités mises sur cale en 1938 (Joffre) et 1939 (Painlevé). L'armistice de 1940 ne permit pas leur entrée en service, initialement prévue en 1945.

En 1952, la Marine nationale qui se relevait , armait trois porte-avions, l'Arromanches cédé par la Royal Navy en 1951 et les petits La Fayette et Dixmude de construction américaine. Peu rapides, ils étaient cependant bien adaptés à la guerre d'Indochine pendant laquelle ils apportent un soutien aérien de proximité aux troupes combattant à terre. Les deux flottilles de l'Arromanches vont se couvrir de gloire au cours du siège de Dien-Bien-Phu (mars-avril 1954).

Combien de porte-avions faut-il à la France?

En 1972 la Marine, disposant de 3 porte-avions, considérait qu'il serait difficile de descendre sous cette barre. Le plus ancien, l'Arromanches exerçait le quadruple rôle qui lui était dévolu :

— porte-hélicoptères d'intervention et de lutte anti-sous-marine (ASM)
— Transport rapide opérationnel et porte-avions-école.

Les Foch et Clémenceau, alors récents, étaient des porte-avions de combat légers capable de mettre en œuvre 40 aéronefs répartis en 3 flottilles : une d'interception à réaction, une d'assaut, et une ASM. Leur vitesse de 32 nœuds leur permettait de mettre en œuvre leur aviation même par vent faible.

Avec ces trois bâtiments, la cohérence des moyens de formation et d'action était assurée. Les pilotes de la marine (une simple spécialité pour les officiers) recevaient leur formation aérienne initiale dans l'armée de l'air, puis acquerraient sur l’Arromanches (dans la flottille 17F pour les chasseurs) la pratique du catapultage et de l'appontage, de jour et de nuit, un art particulièrement difficile.

Le fait de disposer de deux porte-avions de combat permettait d'un avoir toujours un pleinement opérationnel pendant que l'autre pouvait subir les opérations de maintenance régulière, indispensables à des bâtiments aussi complexes. Il faut bien savoir qu'un navire est constitué de plusieurs milliers de machines et d'équipements de tous ordres qui, pour la plupart, fonctionnent en permanence, y compris lorsqu’il est à quai. En une seule année, un diesel auxiliaire embarqué a accumulé autant d’heures de marche qu'un véhicule en fin de vie.

La maintenance préventive effectuée en permanence par l’équipage ne suffit pas et il faut de grandes périodes d'indisponibilité pour pouvoir agir sur les grands systèmes comme la propulsion ou les catapultes.

L’entraînement progressif permettant la montée en puissance d'un navire armé par un équipage de plus de 2200 hommes demande également du temps pour que, comme dans un orchestre, tous les instruments que constituent les différents services du bord puissent s’accorder et jouer leur partition de façon harmonieuse.  Il s’agit de faire en sorte que toutes les fonctions nautiques et aériennes qui s'imbriquent puissent être assurées en sécurité et de façon parfaitement efficace.

Le désarmement de l'Arromanches a beaucoup fait jaser dans les carrés, mais la Marine, profondément légitimiste par nature, s’est adaptée sans sourciller. ( Le bâtiment de guerre, contrairement à un avion ou un char, a de tout temps été considéré comme un morceau du territoire national; ce dogme est actuellement remis en cause par certains juristes en raison d'une incompatibilité avec le nouveau droit de la mer.  Cet état de fait explique en partie la répugnance qu'ont toujours eue les marins à rendre leur navire, comme cela leur était demandé en 1940 par les Britanniques à Mers-el-Kébir ).

Bien que particulièrement robustes, le porte-avions n’est pas à l’abri de l' avarie d’un de ses systèmes majeurs, comme la propulsion qui est souvent utilisée au maximum de ses capacités pour assurer un vent relatif suffisant permettant la mise en œuvre des avions. Et ce d’autant plus qu’il participe à des opérations de très longue durée (6 mois pour le Clémenceau en océan Indien en 1977 à l'occasion de l'accession à l'indépendance de Djibouti; pendant cette période, le porte-avions a procédé à 2300 catapultages) pendant lesquelles les deux porte-avions se relaient en se relevant sur zone, assurant une permanence ininterrompue, comme cela fut également le cas devant le Liban ou en océan indien à plusieurs reprises.

L'entrée en service du Charles de Gaulle, et le désarmement des Foch et Clémenceau ont conduit la Marine à une profonde réorganisation. Comme pendant la guerre d'Indochine, la formation embarquée des nouveaux pilotes se fait aux États-Unis. Mais il n'en demeure pas moins que ceux-ci, pour être opérationnels, doivent se qualifier sur le Charles de Gaulle, une plate-forme deux fois plus petite que les mastodontes américains. Ce qui exige que le bâtiment consacre une partie de son temps de disponibilité opérationnelle à ces tâches.

Unique porte-avions, les indispensables périodes de maintenance au bassin sont autant de trous de disponibilité opérationnelle. Seule une deuxième unité permettrait d’y pallier. 

À défaut, il a été envisagé un temps de travailler en binôme avec les Britanniques lorsqu'ils auront enfin armé leurs nouveaux porte-avions, moyen d’action qu'ils ont perdu depuis plusieurs années. Ils viennent, hélas, de faire un choix technique (absence de catapulte) qui ne permettra pas d'utiliser nos avions sur leurs plates-formes.  Il faut cependant bien noter que même si les Britanniques construisaient un bâtiment compatible avec nos avions, les bâtiments ne sauraient être totalement interchangeables en raison de la différence des politiques étrangères des deux nations et, partant, de la mise en œuvre des armements, en particulier nucléaires.

La fonction porte-hélicoptères est à présent remplie par les 3 et bientôt 4 bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral.  La Marine ne disposant plus d’hélicoptère d’assaut, domaine où pourtant elle avait été pionnière pendant les opérations d’Algérie avec les HSS1 canon, les appareils sont fournis par l’aviation légère de l’Armée de terre (ALAT) qui s’amarine de plus en plus. C’est l’Armée de l’air qui fournit quant à elle les hélicoptères de recherche et de sauvetage de combat (RESCO ou CSAR en anglais) embarqués sur les unités de la Marine.

 

Depuis plus d'un quart de siècle, la Marine nationale met à jour annuellement un dossier d'information marine (DIM) qui présente de façon synthétique et directement accessible l’essentiel des chiffres de l’année écoulée. Il donne aussi un aperçu des grands chantiers d’actualité et des opérations menées.

Apparaît en particulier dans la dernière livraison un article rappelant qu'au cours de l'opération Harmattan, vingt-sept bâtiments français sont intervenus devant les côtes libyennes, dont la totalité des bâtiments de défense aérienne, des frégates légères furtives, des bâtiments de projection et de commandement (BPC) et des bâtiments de ravitaillement. Quatre des six sous-marins nucléaires d'attaque, dont l'un à deux reprises, ont assuré une permanence sur zone de début mars à fin septembre 2011.

Le porte-avions Charles de Gaulle a été engagé pendant 145 jours, à peine quatre semaines après un déploiement de 116 jours en océan Indien pendant lequel son groupe aérien embarqué (Rafale Marine, Super Étendard modernisé et Hawkeye de guet aérien) a procédé à des opérations de frappes aériennes en soutien des forces terrestres déployées en Afghanistan.

Le rôle des BPC a été très important. Ils ont permis la mise en œuvre d'un groupement aéromobile composé d'hélicoptères de combat de l'ALAT (aviation légère de l'armée de terre) à compter du 18 mai 2011. Ces aéronefs sont intervenus à Brega, Misrata, Tripoli et Syrte sans qu’aucun n’ait été touché. Cela est dû en grande partie à la mobilité du bâtiment porteur qui permettait de se déplacer de plusieurs centaines de milles marins entre deux attaques, les rendant imprévisibles.

Malgré ces succès indéniables et la maritimisation du monde unanimement reconnue, la Marine connaît une déflation inquiétante tant en nombre de bâtiments qu'en effectifs. Au 1er janvier 2012, il n'y avait que 38 810 Marins militaires et civils servant en son sein alors que le plan de déflation de 6 000 emplois commencé en 2008 et qui doit s'achever en 2015 n'était, à cette date, effectué qu'à 78%. Les nouvelles réductions du personnel des armées annoncées par le nouveau gouvernement viendraient en sus. Une application mal dosée aurait un impact certain sur les capacités de contrôle de notre domaine maritime sur tous les océans, le second au monde par sa superficie, ainsi que sur la protection du trafic maritime qui assure la très grande majorité de nos échanges. Sans compter les autres missions comme la permanence de la dissuasion, la lutte contre la piraterie, le sauvetage en mer, la lutte contre les trafics illégaux…

La dernière livraison du DIM est accessible sur le site

http://www.defense.gouv.fr/marine/au-fil-de-l-eau/le-dim-chiffres-et-donnees-2012-de-la-marine-est-paru/%28language%29/fre-FR#SearchText=dim#xtcr=7

Pour les passionnés, ces informations peuvent être utilement complétées par l'application iPhone gratuite « Marine nationale » qui comprend plusieurs rubriques éclectiques dont une mappemonde, la flotte, les implantations, une encyclopédie des différentes spécificités de la Marine (grades, organisation, nœuds, sonneries de clairons rythmant la vie à bord…), etc.

 

 

Depuis les années 2000, l’Asie connaît un développement impressionnant et généralisé des forces sous-marines de la quasi-totalité des pays qui la composent. À la confluence des deux grandes civilisations qui la bordent, indienne et chinoise, l’Asie du Sud-Est est une zone de clivages culturels, linguistiques et religieux ainsi qu’un carrefour stratégique qui voit passer dans ses détroits les principaux flux maritimes qui irriguent l’économie mondiale. Dans ce contexte, cette course aux armements pourrait conduire à une escalade militaire dans les 15 à 20 ans à venir.

1-     Un contexte géostratégique complexe

Les divisions que connaît la région ont conduit à la création de Singapour, cité État majoritairement composée de Chinois dont la survie dépend de son niveau de puissance économique et militaire. Grand port de conteneurs et pétrolier, miracle économique elle se sent menacée par ses voisins immédiats, la Malaisie dont elle s’est séparée en 1965 et l’Indonésie qui a la plus forte population musulmane au monde.

La partie insulaire de l’Asie du Sud-Est comprend une multitude d’îles (17 000 en Indonésie, 7000 aux Philippines) à travers lesquelles les grandes routes maritimes qui relient l’Europe et les pays riverains de l’océan Indien passent par quelques détroits où le trafic est particulièrement dense. Les matières premières, fer, charbon, soja, pétrole et gaz naturel transitent vers l’est pour approvisionner principalement les économies du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine. Dans l’autre sens, ce sont les produits manufacturés qui passent du Pacifique à l’océan Indien. Le détroit de Singapour voit passer plus de 70 000 navires par an transportant au total 41 % des flux mondiaux de conteneurs, 50 % de ceux du fer et plus de 20 % des hydrocarbures. Quand la production sidérurgique et la consommation pétrolière des pays occidentaux et du Japon stagnent ou décroissent, celles de la Chine progressent rapidement, rendant son développement économique totalement dépendant de cette voie maritime.

2-      Le développement des capacités d’actions sous la mer

Au mépris de la convention de Montego Bay, la Chine revendique une souveraineté sur la mer de Chine Méridionale qu’elle justifie par des arguments historiques. Cette étendue d’eau constitue tout à la fois le débouché oriental des détroits et une zone qui contient d’importantes réserves d’hydrocarbures et de ressources halieutiques. Les incidents avec les autres pays riverains (Vietnam, Philippines…) se multiplient depuis les années 1970, toujours au profit de la Chine, en raison de la force de sa Marine et des moyens supérieurs de ses 5 agences maritimes paramilitaires. Sa puissance maritime est en accroissement rapide tant pour soutenir son économie que pour s’opposer à son adversaire de référence, l’US Navy qui garantit l’indépendance de Taïwan. Elle dispose d’une importante flotte de sous-marins, dont la mission principale, comme celle des autres composantes de la marine chinoise, est la lutte contre les groupes aéronavals de surface.

Cette montée en puissance qui inquiète les pays riverains a entraîné la création ou le développement de forces sous-marines par ceux qui le peuvent. Elles sont composées d’unités toutes commandées à des pays occidentaux ou à la Russie et disposant de capacités en lutte sous la mer supérieures à celles de leur adversaire potentiel. L’aspect dissuasif traditionnel de ce type de bâtiment est encore accru par la très grande faiblesse de la marine chinoise en matière de lutte ASM (sous-marins, avions de patrouille maritime, bâtiments de surface, hélicoptères).

À l’ouest, la compétition qui s’est engagée entre la Malaisie et Singapour répond à une logique différente. Elle est avant tout la conséquence de l’inimitié qui règne entre les deux frères ennemis et de la vulnérabilité à une attaque préemptive des moyens militaires singapouriens du fait de l’étroitesse de son territoire et de ses approches maritimes. Pour pallier cette faiblesse, une partie notable de ses forces navales de surface et aériennes est basée à l’étranger. Les sous-marins dont elle vient de s’équiper sont par nature moins facilement détectables, en particulier dans des zones où le bruit ambiant est important.

3-  Conclusion

La France est concernée à plus d’un titre par la situation dans la zone : la Nouvelle-Calédonie est proche ; nos armements maritimes participent aux flux ; enfin, par nos exportations de sous-marins et de bâtiments de surface ASM de qualité, nous participons à l’équipement et la formation de certaines marines de la région, faisant valoir l’excellence de notre matériel et montrant notre savoir-faire.

Au moment où la Marine nationale procède au renouvellement de l’ensemble de ses moyens de lutte sous la mer, et bien que cette zone ne soit pas parmi celles retenues par le Livre blanc

de 1998, une réflexion portant sur leur utilisation dans cet environnement difficile s’inscrirait bien dans le cadre de la connaissance et de l’anticipation qu’il préconise.

 

 

Article rédigé par le Capitaine de vaisseau (er)

Hugues Eudeline, docteur en Histoire