Savants français en Amérique espagnole au XVIIIe siècle

 

par Jean-Pierre CLEMENT

                                                                                                                         Professeur émérite de Sorbonne-Université

 

Après deux cents ans d’hostilité politique réciproque et d’intenses hostilités militaires, la France et l’Espagne connaissent un XVIIIème siècle de paix et d’amitié, en grande partie parce que le premier souverain hispanique de cette période, Philippe V, est le petit-fils de Louis XIV. Cela se traduit, entre autres, par l’apparition d’un phénomène nouveau au niveau gouvernemental : la coopération scientifique internationale. La France, qui est alors, avec l’Angleterre, le pays le plus en pointe dans le développement des sciences et des techniques, va faire profiter l’Espagne de ses connaissances et de son savoir-faire et, puisqu’elle a perdu ses colonies (Canada, Louisiane, Inde), profiter des fabuleux territoires coloniaux espagnols d’Amérique, pour y lancer des expéditions de toute nature : maritimes, astronomiques, minéralogiques et, surtout, botaniques, car c’est un véritable Eldorado végétal. Elle en ramènera une multitude de nouveautés, comme le platine, le caoutchouc et des milliers de plantes jusque-là inconnues.

Mais avec le temps, on s’aperçoit que l’Espagne, si elle est manifestement une bonne élève de la France, n’accepte pas de devenir sa vassale. Bien que la paix règne entre les deux alliées, une guerre sourde va donc se développer entre elles, car chacune des deux veut exister en tant que telle : la nation devient alors quelque chose d’essentiel dans la pensée politique européenne.

 

 

 

 

La renaissance de la Chine

               

Plus vieille civilisation du monde (4500 ans), la seule encore vivante, la nation Chinoise, installée sur le quatrième plus vaste espace mondial, à quasi égalité avec les Etats-Unis (troisièmes), est riche de près de 1400 millions d’hommes. Elle s’étend des déserts redoutables de l’Asie centrale et de l’Himalaya, château d’eau de l’Asie, à l’Océan Pacifique, le plus grand. C’est dire  qu’elle ne manque pas de ressources naturelles !

                Pays des royaumes combattants, devenue un empire, la Chine est celui du stratège Sun Tzu et de l’art de la guerre. Elle est aussi, celui de la sagesse (Confucius, contemporain de Socrate), du signe (écriture idéographique) et des médecins (diététique et gymnastique !) elle fut une précoce terre d’inventions fondamentales.

                Puissance géopolitique et première économie mondiale jusqu’au XVIIIème siècle, la Chine,  devenue orgueilleuse et endormie, subit « un siècle d’humiliation et de honte » (1840-1949) sous l’emprise des Occidentaux, de la Russie et du Japon. Le régime maoïste lui redonne sa dignité. Le petit timonier, Deng Xiaoping, de la prospérité, sous forme de miracle économique inégalé (30 ou 40 années « glorieuses »).

                Désormais, Xi Jinping entend faire de son pays le numéro 1 mondial d’ici 2021 à 2049, face à l’ordre américain qu’il remet en question, il quitte la posture du profil bas pour redevenir le centre incontesté de l’Asie, au risque d’incendies en Mers de Chine. Riche de réserves financières considérables (« elle achète le monde »), d’une armée puissante et d’une génération d’ingénieurs-managers-entrepreneurs, la Chine du « capitalisme d’Etat » propose au monde une alternative à l’Ouest. Jusqu’où ?

                A-t-elle gagné ? Sera-t-elle vieille avant d’être riche ? (Ayant sacrifié une partie de ses filles !), Saura-t-elle devenir verte après avoir tant détruit d’environnement, avec une nouvelle dépendance alimentaire ? Son économie peut-t-elle quitter le quantitatif pour le qualitatif, devenir inclusive, tant sa société est inégale ? quid, enfin, de son régime, impérial pour toujours ? Dignité, prospérité, liberté un jour ?

                L’Atlas de la renaissance chinoise numéro hors série n° 8 de l’excellente revue Conflits (82 pages) est entièrement réalisé par deux auteurs poitevins : Claude Chancel et Eric Pielberg. Il comprend une cinquantaine de cartes originales, très dynamiques, révélant les nouveaux enjeux géopolitiques et géoéconomiques de la planète. On peut retenir, parmi bien d’autres, La chine des inventions, La Chine et le pot au lait, la Chine sur roues, le corridor de la connectique, la diaspora chinoise, l’argent des Chinois, Chindia, Eurochine, La Chine en France…Les commentaires, rédigés dans une langue française précise, sont riches de connaissance et synthétiques. Le tout fera, sans aucun doute, le bonheur de bien des enseignants, d’étudiants en sciences humaines et de tous les passionnés d’Asie et de ses nouveaux rêves qui ambitionnent de se substituer à l’American dream… A consommer sans modération…