Suite à une plainte anonyme l’accusant de prosélytisme, un instituteur d’un petit village de l’Indre, Malicornay, s’est vu durement sanctionné pour « faute grave professionnelle ». Son erreur ? Matthieu Faucher, 37 ans, maître irréprochable par ailleurs, « ni croyant ni pratiquant », avait décidé, pour remédier à l’inculture constatée de ses élèves de CM2, d’enseigner le fait religieux à partir d’une dizaine de textes de la Bible[1], suivant en cela les nouvelles consignes du ministère.

 Cette affaire fut le dernier combat de notre Président d’honneur et ami, Jean Carpentier, qui fut précisément Inspecteur Général de l’Education Nationale en charge du premier degré. Bien avant le rapport de Régis Debray de 2002 sur l’enseignement du fait religieux à l’école de la République, Jean Carpentier était très attaché à ce travail de lutte contre l’analphabétisme religieux. Suite à l’organisation de six universités d’été sur cette thématique, il avait créé une association, l’ARELC [Association-Laïcité-Religions-Citoyenneté] dont l’objectif était de faire comprendre les enjeux de cet enseignement.

Très préoccupé par cette sanction disproportionnée appliquée à ce professeur des écoles de l’Indre, il s’engagea pleinement, avec René Nouailhat, dans une tentative de réhabilitation de cet enseignant.

Le livre de René Nouailhat, artisan « canal historique » de cet enseignement, reprend systématiquement toute l’affaire de Malicornay en reproduisant fidèlement tous les documents du dossier. Cet ouvrage qui n’est pas de nature polémique, en profite pour développer une réflexion de fond sur les enjeux et la situation actuelle de cet enseignement à l’école, du premier degré au lycée.

 Une autre source vient confirmer la légitime indignation partagée par Jean Carpentier et René Nouailhat, c’est le travail du chercheur, Régis Gaudemer, qui pour les besoins de sa thèse sur les comportements des enseignants dans leur transmission d’un objet de culture scolaire à dimension religieuse, a mené un entretien officiel avec le Dasen d’Orléans (nouveau nom pour désigner l’Inspecteur d’Académie), afin  de connaître et de comprendre les arguments ayant mené à la dure sanction, d’abord d’interdiction d’enseignement, puis d’un déplacement comme remplaçant (cet enseignant était directeur d’école).[2]

 

Au cœur de l’institution, beaucoup reconnaissent que la sanction est disproportionnée. Certes cet enseignant s’y est mal pris, mais il s’agit plus de maladresse de méthode que de volonté prosélyte, totalement absente chez lui. N’aurait-il pas été plus profitable de l’envoyer en formation sur cette question délicate de l’enseignement des faits religieux, plutôt que de le mettre sur la touche ? Lorsque l’on sait que la plupart des enseignants du premier degré n’osent pas se « lancer » dans cette aventure, pour toutes sortes de raisons, sans que ces fonctionnaires ne soient nullement inquiétés pour ce refus de prendre en compte la dimension religieuse de leur enseignement, quel message est ainsi envoyé à la corporation !

Nous avions naïvement cru, que depuis 2002 et l’instauration de cette obligation d’enseignement, nous allions enfin passer d’une laïcité d’incompétence à une laïcité d’intelligence, pour reprendre la célèbre formule de Régis Debray ? C’était sans compter sur les vielles résistances, avouées d’ailleurs par l’autorité « sanctionnante ». Triste situation d’une administration qui n’ose pas se désavouer, le mammouth serait-il toujours vivant ?

Christian Bernard

[1] Ce projet pédagogique avait été approuvé par les parents d’élèves en début d’année, ce professeur bénéficie d’un très large soutien de toute la population locale. On ne sait d’où vient la « plainte » anonyme qui est ainsi rédigée « Monsieur l’inspecteur de l’éducation nationale, ce courrier est issu d’une inquiétude de la part de parents d’enfants scolarisés à l’école de Malicornay. Ne voulant pas mettre nos enfants dans une position très inconfortable en allant nous adresser à leur maître, nous préférons solliciter votre aide pour indiquer son grand égarement à ce professeur vis-à-vis des principes de l’école laïque et républicaine…. » . Lire la suite (3 pages) pp.164-166.

Les séquences pédagogiques détaillées sont exposées clairement pp.153-163

[2] https://lewebpedagogique.com/situationcomplexe/2018/01/02/le-fait-religieux-a-lecole-tu-ne-tueras-point/

La lecture de cet article est édifiante.