Savants français en Amérique espagnole au XVIIIe siècle

 

par Jean-Pierre CLEMENT

                                                                                                                         Professeur émérite de Sorbonne-Université

 

Après deux cents ans d’hostilité politique réciproque et d’intenses hostilités militaires, la France et l’Espagne connaissent un XVIIIème siècle de paix et d’amitié, en grande partie parce que le premier souverain hispanique de cette période, Philippe V, est le petit-fils de Louis XIV. Cela se traduit, entre autres, par l’apparition d’un phénomène nouveau au niveau gouvernemental : la coopération scientifique internationale. La France, qui est alors, avec l’Angleterre, le pays le plus en pointe dans le développement des sciences et des techniques, va faire profiter l’Espagne de ses connaissances et de son savoir-faire et, puisqu’elle a perdu ses colonies (Canada, Louisiane, Inde), profiter des fabuleux territoires coloniaux espagnols d’Amérique, pour y lancer des expéditions de toute nature : maritimes, astronomiques, minéralogiques et, surtout, botaniques, car c’est un véritable Eldorado végétal. Elle en ramènera une multitude de nouveautés, comme le platine, le caoutchouc et des milliers de plantes jusque-là inconnues.

Mais avec le temps, on s’aperçoit que l’Espagne, si elle est manifestement une bonne élève de la France, n’accepte pas de devenir sa vassale. Bien que la paix règne entre les deux alliées, une guerre sourde va donc se développer entre elles, car chacune des deux veut exister en tant que telle : la nation devient alors quelque chose d’essentiel dans la pensée politique européenne.