Réception de Clausewitz

 

          Cet article complète le dernier chapitre de l’ouvrage sur Guibert, Jomini, Clausewitz. Les trois colonnes de la stratégie occidentale, paru en janvier 2018 aux Editions Economica, esquisse d’une comparaison entre trois géants de la pensée stratégique : le Français Guibert, le Suisse Jomini et le Prussien Clausewitz.

            Comme Thucydide, Clausewitz avait « l’ambition d’écrire un livre qu’on n’oublierait pas après deux ou trois ans. » Or De la guerre étant inachevée, ses exégètes se sont livrés à des commentaires variés et divergents. Chaque pays et chaque aire culturelle ont eu tendance à recevoir Vom Kriege en fonction de leur histoire militaire, de leur culture stratégique et aussi, dans les États autoritaires, dans le respect de la ligne politique et idéologique tracée par les dirigeants. Ainsi le monde germanique, jusqu’en 1945, a largement militarisé Clausewitz. Ce fut d’ailleurs la tendance en France, au moins jusqu’en 1914, avant la redécouverte dans les années 1970, de l’importance du facteur politique dans la pensée du Prussien. Le monde anglo-saxon a fait preuve de réserve envers Clausewitz, le réduisant parfois à « une Marseillaise prussienne qui échauffe le sang et intoxique l’esprit. » Cependant certains stratégistes britanniques, comme Sir Julian Corbett ou Sir Rupert Smith, ont bien discerné la profondeur et l’actualité permanente du phénomène guerre analysé par le Prussien. Quant aux Américains, ils ont longtemps préféré à Clausewitz le stratège suisse Jomini.

            Mais Clausewitz n’a pas seulement influencé profondément la pensée stratégique occidentale. Son rayonnement a gagné aussi la Russie, le Japon, la Chine et le Vietnam. C’est d’ailleurs par le Japon, puis par la Russie, que Clausewitz a atteint la Chine de Sun Zi. Ainsi, même pour la réception de l’œuvre de Clausewitz, le concept d’Eurasie semble pertinent 

Clausewitz n’a pas seulement influencé profondément la pensée stratégique occidentale, particulièrement celle de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre et des États-Unis, mais aussi celle de la Russie, du Japon, de la Chine et du Vietnam. C’est d’ailleurs par le Japon, puis par la Russie, que Clausewitz a gagné la Chine. Ainsi, même pour la réception de Clausewitz, le concept d’Eurasie est pertinent. 

                        I. Clausewitz et la Russie[1]

            A. Jomini contre Clausewitz

            La lutte entre Jomini et Clausewitz se manifeste aussi dans la patrie d’adoption du général suisse  et au cœur même de l’institution proposée par le Vaudois. Le 21 mars 1826, Jomini avait en effet proposé au tsar Nicolas 1er de créer une école de stratégie en Russie pour « enseigner une science qui peut avoir tant d’influence sur la destinée des États ».[2] Jomini espérait en être nommé le directeur, mais ce fut le général Souchozanetz. L’Académie militaire de Saint-Pétersbourg, fondée par décret du 11 janvier 1832, fonctionne à partir du 26 novembre de la même année. Malgré le prestige de Jomini en Russie, les professeurs de l’Académie entreprennent l’étude de Clausewitz dès 1836. C’est le cas du général Nicolas Medem qui publie en russe, en 1836, un Tableau synoptique des plus célèbres règles et systèmes de la stratégie, dans lequel il analyse les écrits de Lloyd, de Bülow et de Jomini, et où il consacre « un long passage à Clausewitz, dénonçant le formalisme de Jomini, en considérant que l’établissement d’une théorie générale de la guerre constitue une impossibilité, et qu’elle ne peut embrasser que des aspects particuliers. »[3] Le général Modest Bogdanovitch (1805-1882) préfère lui aussi Clausewitz dans son livre Notes sur la stratégie. Principes  de la conduite de la guerre extraits des œuvres de Napoléon, de l’archiduc Charles, du général Jomini et d’autres écrivains militaires, publié en russe à Saint-Pétersbourg en 1847.

            Inévitablement, les critiques de Jomini envers l’œuvre de Clausewitz ont attiré l’attention des stratèges russes sur le général prussien. Le général Heinrich Leer (1829-1904), qui fut directeur de l’Académie militaire de 1889 à 1898, après y avoir été professeur de stratégie, introduisit l’étude de Clausewitz dans les années 1850-1870. Mais Leer reste un partisan de Jomini dont il loue « le conseil d’étudier aussi soigneusement que possible l’histoire militaire critique. »[4] Il accorde à Lloyd et à Jomini une place éminente dans la littérature stratégique. « La première édition russe de Vom Kriege n’intervient qu’en 1902, probablement suscitée par le résumé (très orienté vers l’aspect opérationnel) qu’en a donné le général Dragomirov dans les années 1880. »[5] Dragomirov (1830-1905) avait été lui aussi directeur de l’Académie militaire (1878-1889). Son Clausewitz a été traduit en français en 1889.

            B. Lénine et l’inversion de la Formule

            La Révolution d’Octobre et la guerre civile russe mettent en valeur la pensée de Clausewitz. L’attention de Lénine a sans doute été attirée sur l’œuvre du Prussien par des remarques d’Engels qui avait de réelles compétences militaires. De plus, Engels avait lu Clausewitz, comme il l’écrit à Marx dans une lettre du 7 janvier 1858 : « Je lis en ce moment, entre autres, Clausewitz, De la guerre. Bizarre façon de philosopher, mais excellente quant au fond. À la question de savoir s’il faut parler d’art ou de science militaire, la réponse est que c’est au commerce que la guerre ressemble le plus. La bataille est à la guerre ce que le paiement en espèces est au commerce, même si, rare dans la réalité, on n’a besoin d’y recourir que rarement, tout cependant y tend et, à la fin, il faut bien qu’il ait lieu et c’est lui qui décide. »[6]

            C’est à Berne, en 1914/1915, que Lénine se lança dans la lecture méthodique de Vom Kriege ; il recopia de larges extraits du livre (en allemand) et en fit des commentaires (en russe), dans un cahier de notes (Leninskaya Tetradka). Ces notes ont été publiées  par Thierry Derbent en 2004, dans l’ouvrage cité dans la référence précédente. L’ensemble (notes et commentaires) compte 35 pages, dont 13 pour le seul Livre VIII. Lénine écrit d’ailleurs en marge du chapitre 6 B : « le chapitre le plus important ». Dans une brochure de mai/juin 1915, La faillite de la IIe Internationale, Lénine cite Clausewitz pour mieux critiquer Plékhanov : « Appliquée aux guerres, la thèse fondamentale de la dialectique, […] c’est que “ la guerre est un simple prolongement de la politique par d’autres moyens ˮ (plus précisément par la violence). Telle est la formule de Clausewitz,[7] l’un des plus grands historiens militaires, dont les idées furent fécondées par Hegel.[8] Et tel a toujours été le point de vue de Marx et d’Engels, qui considéraient toute guerre comme le prolongement de la politique des puissances – et des diverses classes à l’intérieur de ces dernières – qui s’y trouvaient intéressées à un moment donné. »[9]

            Clausewitz admet l’unité de l’État et de la grande politique, qui concilient les intérêts opposés : « la politique unit et concilie tous les intérêts de l’administration intérieure, ainsi que ceux de l’humanité et de tout ce que l’esprit philosophique peut concevoir d’autre, car elle n’est en elle-même que le représentant de tous ces intérêts vis-à-vis des autres États. »[10] Pour Lénine au contraire, en accord avec Marx, l’État est la puissance organisée d’une classe pour l’oppression d’une autre.[11] Il inverse donc la Formule en faisant de la politique la guerre continuée par d’autres moyens. La guerre devient donc la lutte paroxystique d’une classe sociale contre la classe antagoniste, en vue de son anéantissement. C’est la justification de la bataille décisive (la lutte finale) en vue d’atteindre un but absolu (la société sans classes). La lutte des classes devient donc une forme de guerre absolue.

            Par la suite, Lénine cite positivement Clausewitz à plusieurs reprises, par exemple dans sa conférence du 27 mai 1917, intitulée « La guerre et la révolution » :

            « On connaît cette pensée de Clausewitz, l’un des auteurs les plus éminents qui aient traité de la philosophie de la guerre et de l’histoire militaire : “ La guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens. ˮ Cette maxime est d’un écrivain qui avait étudié l’histoire des guerres et en avait dégagé les leçons philosophiques, peu après l’époque des guerres napoléoniennes. […] Toute guerre est indissolublement liée au régime politique dont elle découle. C’est la politique menée longtemps avant la guerre par un État déterminé, par une classe déterminée au sein de cet État, que cette même classe poursuit inévitablement et immanquablement au cours de la guerre, en ne modifiant que la forme de son action. »[12]

            Dans un article de La Pravda de mai 1918, Lénine affirme la nécessité de la défense de la patrie du socialisme par les forces armées. Il recourt à la légitimité de la retraite en invoquant l’autorité de Clausewitz : « S’il est évident que nos forces sont insuffisantes, la retraite au cœur du pays est le principal moyen de défense (celui qui voudrait ne voir là qu’une formule de circonstance, forgée pour les besoins de la cause, peut lire chez le vieux Clausewitz, l’un des grands écrivains militaires, le bilan des enseignements de l’histoire qu’il dégage à ce propos). »[13]

            C. Staline et ses successeurs

            L’opinion positive de Lénine sur Clausewitz met le penseur prussien en vogue dans l’URSS des années 1930. Vom Kriege est de nouveau traduit en russe en 1932/1933, puis réédité en 1934, 1936, 1937 et 1941.[14] Le stratégiste Alexandre Svetchine (1878-1938), le remarquable théoricien de l’art opératif, publie en 1935 un livre intitulé Clausewitz, où il se montre partisan de la stratégie défensive, ce qui est très clausewitzien, mais ne plaît pas au maréchal Toukhatchevski. Svetchine préfère en effet la défense/offensive. Selon lui « l’URSS doit commencer la guerre dans une position défensive afin d’avoir le temps de mobiliser la nation et, dans un deuxième temps, user progressivement ses adversaires. Pour lui, cette phase pourrait durer jusqu’à deux ans. »[15] Dans son œuvre maîtresse, Stratégie, publiée en 1926/1927 à Moscou, Svetchine semble avoir été influencé par la théorie de la « guerre-caméléon » de Clausewitz, même s’il parle de « logique » de la guerre au lieu de « grammaire ». Clausewitz, on le sait, réserve le terme de « logique » à la guerre absolue et celui de « grammaire » à la guerre réelle, ce qui prouve que Svetchine a lu attentivement Vom Kriege. En 1928, Svetchine reçoit, avec l’appui de Staline, le prestigieux prix Frounzé pour Stratégie. Dans un passage célèbre qui assure toujours sa pertinence stratégique, Clausewitz invitait l’homme d’État et le stratège à bien réfléchir au type de guerre qu’ils entreprenaient, afin d’ajuster leurs moyens militaires à leurs fins politiques. Svetchine utilise donc le raisonnement dialectique pour situer chaque guerre particulière dans un ensemble politico-stratégique. « Pour chaque guerre, écrit-il, il est nécessaire de développer une ligne stratégique particulière ; chaque guerre représente un cas particulier qui réclame sa propre logique au lieu d’appliquer le même modèle, quoique révolutionnaire…[16] Dans le vaste cadre de la théorie générale de la guerre contemporaine, la dialectique permet de définir la ligne stratégique à adopter dans un cas donné plus clairement qu’on ne pouvait le faire même avec une théorie spécialement conçue pour englober ce cas spécifique. »[17] Svetchine, qui avait été arrêté en 1931, le fut à nouveau en 1938 et exécuté en juillet de la même année. Khrouchtchev le fit réhabiliter en 1962 et l’armée américaine adopta son concept d’art opératif dans les années 1970.

            Le maréchal Boris Chapochnikov (1882-1945) eut davantage de chance politique, mais moins de postérité stratégique durable. Directeur de l’Académie Frounzé puis chef d’état-major de l’Armée Rouge de mai 1937 à novembre 1942, Chapochnikov était lui aussi un disciple de Clausewitz. Son ouvrage, Le cerveau de l’armée, qui a servi de modèle à la réforme de l’état-major soviétique en 1935, rend hommage à la pensée de Clausewitz. Staline et Molotov assistent d’ailleurs aux cours donnés par Chapochnikov sur Clausewitz. Mais, pour des raisons patriotiques, la Deuxième Guerre mondiale va changer le regard officiel de Staline sur le général prussien.[18]    

            L’affaire Clausewitz commence à la manière d’une banale querelle de spécialistes, qui devient une affaire d’État, à la suite de l’intervention du secrétaire général du PCUS. En juillet 1945, dans le n° 6/7 de la revue de l’Armée Rouge, La pensée militaire (Voennaja Mysl’), le lieutenant-colonel Mechtcheriakov publie un article intitulé  « Clausewitz et l’idéologie militaire allemande », où il qualifie les théories de Clausewitz de « réactionnaires » et où il accuse le Prussien de n’avoir « pas compris la nature et l’essence de la guerre », ce qui est pour le moins paradoxal. Un professeur d’histoire militaire à l’Académie de l’état-major, le colonel Razine (1898-1964), écrit alors à Staline le 30 janvier 1946 pour lui demander comment « traiter l’héritage théorico-militaire de Clausewitz ». Razine ajoute : « Ai-je raison de penser que l’auteur de l’article n’a pas compris Clausewitz et à cause de cela nous recommande de rejeter cet héritage théorico-militaire ? » Croyant détenir l’argument suprême, Razine oppose enfin à Mechtcheriakov l’autorité de Lénine qui appréciait Clausewitz : « Ou peut-être qu’à travers l’expérience de la Grande Guerre patriotique l’ensemble de l’œuvre théorico-militaire de Clausewitz est évalué tout à fait autrement que chez Lénine ? »[19]   

            Par une lettre du 23 février 1946 au colonel Razine, le maréchal Staline intervient alors pour clore la discussion en contestant la compétence militaire de Lénine, tout en reconnaissant la valeur de la lecture politique de Lénine en ce qui concerne Vom Kriege :

            « Contrairement à Engels, Lénine ne se considérait pas comme un connaisseur dans les affaires militaires. […] Par conséquent, Lénine approchait les œuvres de Clausewitz non comme un militaire, mais comme un politique, et s’intéressait dans les œuvres de Clausewitz aux questions qui montrent la relation de la guerre et de la politique.

            […]

            Devons-nous critiquer au fond la doctrine militaire de Clausewitz ?

            Oui, nous le devons. Nous sommes obligés du point de vue des intérêts de notre cause et de la science militaire de notre temps, de critiquer sérieusement non seulement Clausewitz, mais encore Moltke, Schlieffen, Ludendorff, Keitel et d’autres porteurs de l’idéologie militaire en Allemagne. Les trente dernières années l’Allemagne a par deux fois imposé au monde la guerre la plus sanglante, et les deux fois elle s’est trouvée battue. Est-ce par hasard ? Évidemment non. Cela ne signifie-t-il pas que non seulement l’Allemagne dans son entier, mais encore son idéologie militaire, n’ont pas résisté à l’épreuve ? Absolument, cela le signifie. […]

            En ce qui concerne, en particulier, Clausewitz, il a évidemment vieilli en tant que sommité militaire. Clausewitz était, au fond, un représentant de l’époque de la guerre des manufactures. Mais nous sommes maintenant à l’époque de la guerre mécanisée. Il est évident que la période de la machine exige de nouveaux idéologues militaires. Il est ridicule à présent de prendre des leçons auprès de Clausewitz. »[20]

            L’intervention de Staline gèle les études clausewitziennes en URSS pendant plusieurs années, probablement jusqu’en 1955-1960. La  sixième édition russe de Vom Kriege (O Vojne) ne paraît qu’en 1990, soit quarante-neuf ans après la cinquième. Entre 1946 et 1949, les critiques soviétiques présentent Clausewitz comme un théoricien dépassé du début du XIXe   siècle, alors que la guerre s’est transformée en ce milieu du XXe siècle. L’URSS aurait compris avant l’Allemagne ce passage de l’époque manufacturière de la guerre à l’époque mécanisée, ce qui lui aurait permis de vaincre la Wehrmacht inspirée par les théories clausewitziennes de la guerre-éclair. Les critiques soviétiques reprochent aussi à Clausewitz le rôle important qu’il attribue au hasard et à la surprise dans le déroulement de la guerre, ce qui permettait d’expliquer, sinon d’excuser, les échecs de l’Armée Rouge au début de l’invasion allemande. Par contre, ils ne parlent pas de l’importance du facteur moral chez Clausewitz, car eux-mêmes exaltent ce « facteur permanent » chez le peuple russe et son armée. « Le caractère sélectif de ces critiques montre parfaitement que Clausewitz sert d’abord de prétexte à une campagne qui ne concerne pas seulement les questions de science militaire. »[21]

            Il faut attendre les années 1960 et la poursuite de la déstalinisation commencée en 1956 pour assister à la réhabilitation de Clausewitz. Ce retour en grâce concerne particulièrement le concept de la montée aux extrêmes et la Formule approuvée par Lénine, qui met en valeur l’objectif politique de la guerre. Le développement d’un arsenal de missiles nucléaires stratégiques a entraîné une « révolution dans la chose militaire », qui est exposée dans les revues de l’armée sous l’impulsion du maréchal Malinovski depuis novembre 1963. Cela provoque un changement d’attitude vis-à-vis de Clausewitz. Certes, il est toujours qualifié de stratège « métaphysique bourgeois », mais il est de nouveau cité de façon positive. Les armes nucléaires ont en effet donné quelque consistance au concept de guerre absolue de Clausewitz. La victoire militaire dans une guerre nucléaire pourrait permettre d’atteindre l’objectif politique soit, pour l’URSS, la fin du capitalisme et de l’impérialisme qui en découle selon Lénine[22], et l’avènement de la société sans classes. « En considérant que “ le conflit majeur de l’époque ˮ est un conflit mettant en présence deux systèmes inconciliables, les Soviétiques se rapprochent des conceptions de la “ guerre absolue ˮ. Mais comme, dans le même temps, ils reprochent à Clausewitz son idéalisme, ils ne peuvent avoir recours réellement à ce concept. […] La guerre absolue en politique peut devenir également absolue sur le terrain et les conséquences d’une bataille répondre aux objectifs de la stratégie voire de la guerre elle-même. »[23] D’un autre côté, après son idéalisme, les militaires soviétiques reprochent à Clausewitz la part, trop large à leurs yeux, qu’il concède au hasard, ce qui contredit la « scientificité » de leur analyse marxiste-léniniste de la guerre. Cependant, certains stratégistes osent réserver une place au hasard ; c’est le cas de N. Nikol’skij, dans son livre La question principale de l’époque actuelle (1964), où il estime que si la guerre n’est pas inéluctable, elle demeure une possibilité due au hasard. Ce dernier peut résulter d’un incident technique imprévu, sinon imprévisible, qui déclenche par accident une guerre nucléaire. Il écrit en effet : « sous le terme de hasard, il faut entendre le déclenchement d’une catastrophe nucléaire mondiale à l’insu d’une action conséquente des hommes et contre leur volonté, sous l’effet de causes techniques dans le domaine de l’armement, des systèmes de contrôle automatique ou des systèmes de communication. »[24]

            En fin de compte, grâce à la puissance de son génie et à l’avènement des armes nucléaires, Clausewitz a survécu à son passage à travers l’idéologie marxiste-léniniste et à sa condamnation par Staline. Un autre leader communiste s’est montré beaucoup plus clairvoyant que Staline, c’est Mao Zedong. Avec lui, mieux encore qu’au pays des samouraïs, l’Orient s’ouvre à la pensée clausewitzienne.

                        II. Clausewitz et l’Asie

            Trois pays d’Asie orientale, au riche passé militaire, ont découvert l’œuvre de Clausewitz à la fin du XIXe siècle, mais surtout après 1900. Il est vrai qu’avec Sun Zi et quelques autres étoiles de première grandeur, ils n’étaient pas dépourvus en matière de pensée stratégique. Chronologiquement, c’est le Japon qui a reconnu le premier Clausewitz, mais c’est la Chine qui en a exploité au mieux les possibilités, surtout en matière de guerre révolutionnaire.  

            A. Le Japon

            Dans le monde asiatique, c’est donc l’Empire du Soleil levant qui fut le précurseur de la diffusion de l’œuvre de Clausewitz. L’éditeur de Vom Kriege, Dümmler Verlag, envoya une copie de la 5e édition du Traité[25] à un général japonais, le comte Tamemoto Kuroki (1844-1923), en 1904. À la tête de la Ie armée japonaise, Kuroki, qui avait vaincu les Russes du général Zassoulitch dans la bataille du Yalou (1er mai 1904), répondit à l’éditeur allemand que l’ouvrage de Clausewitz avait déjà été traduit en japonais et qu’il avait eu une influence significative sur la conduite japonaise de la guerre contre les forces russes. De plus, à l’ère Meiji, quelques officiers japonais, formés en Allemagne, s’étaient familiarisés avec la pensée de Clausewitz vers 1887. En même temps, un instructeur militaire allemand, le major Klemens Wilhelm Jakob Meckel (1842-1906), servit au Japon de 1885 à 1888. En 1903 déjà, une traduction japonaise des Principes de la guerre fut réalisée à partir d’une traduction française : Taisen gakuri, publiée par le Gunji Kyoiku Kai (Association pour l’éducation militaire).

            Quant à Vom Kriege, il fut traduit en japonais par Mori Ogai (1862-1922), écrivain célèbre, devenu médecin dans l’armée impériale ; il est l’auteur de L’intendant Sanshô (1915), porté à l’écran par Mizoguchi en 1954. Ogai avait appris l’allemand et étudié la médecine à Tokyo, sous la houlette de professeurs allemands. Il fut envoyé en Allemagne, au titre de médecin militaire, de 1884 à 1888, pour poursuivre ses études à Leipzig, Dresde, Munich et Berlin. Il aurait traduit De la guerre entre 1899 et 1903. Le correspondant militaire du Times, le colonel Repington, publia un rapport sur la guerre russo-japonaise, dans le numéro du 23 mars 1905, sous le titre : « À la Clausewitz ».[26]

            B. L’Empire du Milieu : Mao Zedong [27]

            La première traduction chinoise de Clausewitz date de mars 1911, mais elle est réalisée à partir de la traduction japonaise de 1903. Au cours de son séjour à Yanan, après la Longue Marche, Mao Zedong étudie les théories de Clausewitz d’après la traduction chinoise de 1937. Celle-ci a été faite par Fu Daging, interprète des conseillers militaires soviétiques à Chongqing, selon une version russe. Le livre a été envoyé à Yanan où Mao l’a consulté. Le Grand Timonier affirmait en 1960 : « Au nord du Shanxi, j’ai lu huit livres : L’Art de la Guerre de Sun Zu, le livre de Clausewitz, le livre d’exercices militaires japonais, aussi les livres soviétiques sur la stratégie, la coopération militaire interarmes, etc. »[28] Mao a étudié De la guerre du 18 mars au 1er avril 1938, et il a utilisé ses lectures pour écrire De la guerre prolongée (Mai 1938), le titre de ce cycle de conférences faites du 26 mai au 3 juin 1938 devant l’Association pour l’Étude de la Guerre de Résistance contre le Japon étant une allusion transparente au Traité de Clausewitz.[29] De plus, Mao Zedong a organisé un séminaire de recherche sur Vom Kriege à Yanan en septembre 1938. La première traduction en chinois de Vom Kriege à partir du texte allemand  a été réalisée par l’Armée populaire de libération en 1964. Cependant le nom de Clausewitz n’apparaît pas une seule fois dans les Écrits militaires du Grand Timonier, bien que Mao fasse parfois allusion à « un spécialiste militaire étranger », à propos de la défensive stratégique.[30]

            Pour Mao, la guerre doit être poursuivie jusqu’à ce qu’elle atteigne son but politique, c’est-à-dire l’anéantissement politico-militaire de l’ennemi de classe et son remplacement par un régime révolutionnaire. La guerre révolutionnaire coïncide donc avec la guerre à but absolu de Clausewitz. Il n’y a pas de paix durable possible en effet avec l’adversaire politique. Mao interprète ainsi la pensée de Clausewitz en mai 1938 :

            « “La guerre est la continuation de la politique.ˮ En ce sens, la guerre, c’est la politique ; elle est donc elle-même un acte politique ; depuis les temps les plus anciens, il n’y a jamais eu de guerre qui n’ait eu un caractère politique. […] En un mot, il n’est pas possible de séparer une seule minute la guerre de la politique. Chez les militaires qui font la Guerre de Résistance, toute tendance à sous-estimer la politique, en isolant la guerre de la politique et en considérant la guerre dans l’absolu, est erronée et doit être corrigée.

            Mais la guerre a aussi ses caractères spécifiques. En ce sens, elle n’est pas identique à la politique en général. “La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.ˮ Une guerre éclate pour lever les obstacles qui se dressent sur la voie de la politique, quand celle-ci a atteint un certain stade qui ne peut être dépassé par les moyens habituels. […] Lorsque l’obstacle est levé et le but politique atteint, la guerre prend fin. Tant que l’obstacle n’est pas complètement levé, il faut poursuivre la guerre pour la conduire jusqu’à son terme. […] C’est pourquoi l’on peut dire que la politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique avec effusion de sang. »[31]

            Dans son “ étonnante trinité ˮ, Clausewitz accordait une place éminente au peuple et à ses passions ; pour Mao, le peuple est le vivier fondamental où se renouvelle l’armée populaire qui doit, selon la sentence célèbre, être dans la population « comme un poisson dans l’eau ». L’expérience a montré en effet qu’il est fort difficile de vider l’eau de la mer, ne serait-ce que celle de la mer de Chine. Comme le constate Mao : « Patriotique, juste et révolutionnaire de par sa nature, la guerre menée par l’Armée populaire de Libération devait forcément gagner l’appui du peuple dans le pays tout entier. C’était là la base politique de la victoire sur Tchiang Kaï-chek. »[32]

            Le président Mao a aussi retenu de Clausewitz le principe de l’anéantissement de l’ennemi. S’il a bien noté l’importance de la défense, Mao emprunte à Clausewitz l’idée que l’offensive est le moyen principal d’anéantissement de l’adversaire, tout comme il distingue le but principal et le but secondaire d’une guerre ou d’une campagne :

            « L’attaque est le moyen principal pour anéantir les forces de l’ennemi, mais l’on ne saurait se passer de la défense. L’attaque vise à anéantir directement les forces de l’ennemi, et en même temps à conserver ses propres forces, car si l’on n’anéantit pas l’ennemi, c’est lui qui vous anéantira.[33] La défense sert directement à la conservation des forces, mais elle est en même temps un moyen auxiliaire de l’attaque ou un moyen de préparer le passage à l’attaque. La retraite se rapporte à la défense, elle en est le prolongement, tandis que la poursuite est la continuation de l’attaque.

            Il est à noter que, parmi les buts de la guerre, l’anéantissement des forces de l’ennemi est le but principal, et la conservation de ses propres forces le but secondaire, car on ne peut assurer efficacement la conservation de ses forces qu’en anéantissant massivement les forces de l’ennemi. Il en résulte que l’attaque, en tant que moyen fondamental pour anéantir les forces de l’ennemi, joue le rôle principal et que la défense, en tant que moyen auxiliaire pour anéantir les forces de l’ennemi et en tant que l’un des moyens pour conserver ses propres forces, joue le rôle secondaire. Bien qu’en pratique on recoure dans beaucoup de situations surtout à la défense et, dans les autres, surtout à l’attaque, celle-ci n’en reste pas moins le moyen principal, si l’on considère le déroulement de la guerre dans son ensemble. »[34]

            Pour ce qui est de la guerre révolutionnaire, sa finalité reste la destruction totale du régime politique adverse et cette finalité est absolue. Mais ses moyens sont doubles, secondaire et principal. Le moyen secondaire utilise alors l’offensive, mais son moyen principal reste la défensive stratégique, stratégie qui opère par la concentration des forces en un point favorable, à cause de l’infériorité initiale des armées révolutionnaires. Selon Clausewitz en effet : « La forme défensive de la guerre n’est donc pas un simple bouclier, mais un bouclier formé de coups habilement donnés. »[35] Mao pense lui aussi qu’il faut reprendre l’initiative par une vigoureuse contre-offensive, après avoir entraîné l’ennemi loin de ses bases pour l’épuiser ; il faut alors passer à la contre-offensive, après avoir concentré ses forces :

            « L’initiative, ce n’est pas un concept abstrait, mais quelque chose de concret, de matériel. L’essentiel, c’est de garder et de concentrer le maximum de forces actives.

            À vrai dire, il est facile de perdre l’initiative dans la défensive. […] Un repli stratégique, absolument prévu par le plan, peut sembler forcé, en apparence, mais du point de vue du contenu, il a pour but de préserver nos forces, d’attendre le moment propice où nous pourrons écraser l’adversaire, l’entraîner loin de ses bases, préparer la contre-offensive. […] Pour l’adversaire, notre contre-offensive signifie un effort de nos troupes pour lui ravir l’initiative et le vouer à la passivité.

            Les conditions indispensables pour atteindre pleinement cet objectif sont les suivantes : concentration des forces, guerre de mouvement, guerre de décision rapide, guerre d’anéantissement ; de ces conditions, la concentration des forces apparaît comme la première et la plus importante. »[36]

            Mao critique l’interprétation de Clausewitz par ses épigones qui prônent l’offensive à outrance, preuve qu’il a bien compris l’importance du Livre VI de Vom Kriege sur la défense. De plus, il n’oublie jamais, à côté de l’armée révolutionnaire et du Parti communiste, le troisième pilier de l’étonnante trinité, c’est-à-dire le peuple chinois :

            « Des spécialistes des problèmes militaires dans les pays impérialistes arrivés relativement tard dans l’arène mondiale et se développant rapidement, c’est-à-dire l’Allemagne et le Japon, ont fait une bruyante propagande en faveur de l’offensive stratégique et contre la défensive stratégique. Cette conception ne convient pas du tout à la guerre révolutionnaire en Chine. […] Sous les mots d’ordre de défense des bases révolutionnaires, de défense de la Chine, nous pouvons rallier l’immense majorité du peuple et marcher unanimes au combat, parce que nous sommes victimes de l’oppression [de classe] et de l’agression [japonaise]. »[37]

            Un peu plus loin, Mao cite Clausewitz sans le nommer (« un spécialiste militaire étranger »), mais pour approuver ce qu’il dit de la retraite stratégique :

            « Un spécialiste militaire étranger a dit : “ Lorsqu’on passe à la défensive stratégique, on commence, en règle générale, par éviter la décision dans des conditions défavorables et on ne la recherche que lorsque la situation est devenue favorable. ˮ C’est parfaitement juste et nous n’avons rien à y ajouter. »[38]

            Comme Sun Zi et Clausewitz, Mao accorde la primauté, dans l’étonnante trinité, au pouvoir politique. Il s’agit en l’occurrence du Parti communiste chinois. Cependant, le pouvoir militaire, subordonné et dépendant comme les corps intermédiaires de Montesquieu, assure au Parti communiste sa puissance politique :

            « Chaque communiste doit s’assimiler cette vérité que “le pouvoir est au bout du fusilˮ. Notre principe, c’est : le Parti commande aux fusils, et il est inadmissible que les fusils commandent au Parti. Cependant, quand on a les fusils, on peut effectivement créer des organisations du Parti. »[39]

            Ainsi Mao Zedong a profondément assimilé la pensée stratégique de Clausewitz. Il a pratiqué sur le terrain la force de la défensive et de la contre-offensive, « le coup d’épée fulgurant de la vengeance » ; il a parfaitement intégré et su mettre en œuvre la notion d’étonnante trinité avec ses interrelations complexes (l’État, l’armée, le peuple), où le pouvoir politique garde la primauté ; il a enfin fait sienne la Formule : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Par la Chine, cette influence de Clausewitz a gagné son voisin rebelle du Sud : le Vietnam.

            C. Le Vietnam : Giap [40]

            Le général Vo Nguyen Giap (1911-2013), lecteur attentif de Clausewitz, a su utiliser les forces irrégulières et les forces régulières pour mener contre le Corps Expéditionnaire Français d’Indochine une lutte hybride, synthèse de guérilla et de guerre conventionnelle, comme le montre son attaque contre le camp retranché de Dien Bien Phu en 1954. Le général Salan, qui fut un adversaire du Vietnamien, a rencontré Giap à Hanoï le 8 mars 1946. Il a eu avec lui de longues conversations. Il lui a trouvé un « esprit porté à l’action brutale ». Il a été surpris par les connaissances stratégiques de son futur adversaire. Il témoigne dans ses Mémoires : « Il me citait à Hanoï ces phrases de Clausewitz : “ Le but de la guerre est l’anéantissement de l’adversaire. Il ne peut y avoir de limites à l’emploi de la violence ˮ, et aussi “ la guerre est la continuation de la politique avec l’emploi d’autres moyens. ˮ »[41] Le général Giap, admirateur de Napoléon dont il a enseigné les campagnes dans un lycée d’Hanoï, découvre en effet Clausewitz entre 1945 et 1954. Il se fait lire des passages de Vom Kriege par son secrétaire et par son épouse :

            « En les écoutant, écrit-il, j’avais souvent l’impression que Clausewitz était assis devant moi pour disserter sur les événements en cours. Clausewitz avait des connaissances profondes sur la nature extrêmement complexe et changeante de la guerre. Cette dernière comporte en effet de nombreux éléments de hasard au point qu’il la comparait à un jeu. […] J’aimais particulièrement le chapitre intitulé “ L’armement du peuple ˮ, un chapitre relativement court. Je me demandai sans cesse : Comment un officier de l’Empire prussien a-t-il pu émettre un tel jugement sur cette forme populaire de lutte armée ? Celui-ci était sûrement dû à son amour très fort pour sa patrie et à son refus de vivre en esclave.[42] Sa théorie correspondait étrangement à ce que prônaient nos aïeux : affronter avec ses propres moyens un adversaire supérieur en armes et en nombre. »[43]

            Giap s’appuie aussi sur Clausewitz pour livrer la bataille décisive de Dien Bien Phu, qui a pour but de vaincre la force armée adverse, de s’emparer du territoire du Tonkin et de briser le moral des Français, aussi bien celui du Corps Expéditionnaire que celui des métropolitains. D’après ses Mémoires, avant d’attaquer Dien Bien Phu, Giap a étudié le chapitre 15 du Livre VI de Vom Kriege, intitulé « La défense en montagne ».[44] Selon Clausewitz en effet : « Il est incontestable qu’en montagne le choix judicieux de la position peut donner une force extraordinaire à un petit poste. […] Il est assez naturel de croire qu’un grand nombre de ces postes, placés côte à côte, constituent un front d’une force énorme, presque inattaquable. Le tout est de prévenir un enveloppement en s’étendant à droite et à gauche jusqu’à ce qu’on trouve des points d’appui convenant à l’importance de l’ensemble, ou jusqu’à ce qu’on juge l’étendue suffisante par elle-même pour interdire cet enveloppement. »[45] Ou, comme le disait Sun Zi à l’article VII de L’Art de la guerre : « Il ne faut pas attaquer un ennemi installé sur les hauteurs ».[46] 

            Ainsi, après avoir conquis les steppes russes, l’influence du général prussien est-elle parvenue jusque dans les rizières, les collines et les montagnes de la Chine et de l’Asie du Sud-Est. Étonnant destin d’un ouvrage posthume qui aurait pu être oublié au bout de deux ou trois ans…

                                                                                                          Bernard Pénisson

 

 


[1] Sur l’influence de Clausewitz en Russie, voir Olaf Rose, Carl von Clausewitz. Wirkungsgeschichte seines Werkes in Russland und des Sowjetunion 1836-1991, Munich, Oldenburg Verlag, 1995, 275 p. ; sur l’éducation militaire impériale en Russie, Carl Van Dyke, Russian Imperial Military Doctrine and Education, 1832-1914, Westport, Greenwood Press, 1990, 216 p. 

 

[2] J.J. Langendorf, Faire la guerre : Antoine-Henri Jomini, t. 1, Chronique, situation et caractère, Genève, Georg, 2002, p. 176.

[3] J.J. Langendorf, Faire la guerre : Antoine-Henri Jomini, t. 2, Le penseur politique, l’historien militaire, le stratégiste, Genève, Georg, 2004, p. 335-336.

 

[4] J. J. Langendorf, Ibid., t. 1, p. 298

 

[5] H. Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Economica, 6e édition, 2008, p. 225.

 

[6] Cité par Sigmund Neumann, « Engels et Marx : concepts militaires des socialistes révolutionnaires », in Edward Mead Earle, Les maîtres de la stratégie, t. 1, De la Renaissance à la fin du XIXe siècle, Berger-Levrault, 1980, Champs Flammarion, 1987, p. 183. Thierry Derbent, Clausewitz et la guerre populaire, suivi de Lénine, Notes sur Clausewitz, et Clausewitz, Conférences sur la petite guerre, Éditions Aden, 2004, 191 p. La lettre d’Engels est citée p. 85.  

 

[7] Où l’on voit là aussi qu’avant Raymond Aron, Lénine utilise l’appellation de « Formule » pour l’apport  fondamental de Clausewitz.

 

[8] Cette croyance en l’influence d’Hegel sur Clausewitz est en vogue à la fin du XIXe siècle. Les recherches d’Aron, de Paret et de quelques autres ont montré qu’il a plutôt suivi la méthode de Montesquieu et de Kant.

 

[9] T. Derbent, Ibid., p. 92.

 

[10] Carl von Clausewitz, De la guerre, Editions de Minuit, 1956, VIII, 6 B, p. 705.

 

[11] Lénine, « L’État et la Révolution », in Œuvres, tome 25 (juin-septembre 1917), Paris, Éditions sociales, 1970, p. 413-531. Lénine écrit : « Selon Marx, l’État est un organisme de domination de classe, un organisme d’oppression d’une classe par une autre ; […] », p. 419.

 

[12] Lénine, Œuvres, tome 24 (avril-juin 1917), Paris, Éditions sociales, 1966, p. 408-409.

 

[13] Cité par T. Derbent, Ibid., p. 97.

 

[14] H. Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Economica, 2008, p. 225.

 

[15] Benoît Bihan, « Alexandre Svetchine, le Clausewitz du XXe siècle », Guerres et Histoire, n° 14, août 2013, p. 94.

 

[16] Comme quoi un modèle révolutionnaire peut s’avérer inadapté à un type particulier de guerre. Propos imprudent dans l’URSS de Staline.

 

[17] Edward Mead Earle, Les maîtres de la stratégie, t. 2, Berger-Levrault, 1980, Champs Flammarion, 1987, p. 75.

 

[18] Jean-Christophe Romer, « Quand l’Armée Rouge critiquait Clausewitz », Stratégique, n° 33, 1/87, p. 97-111.

 

[19] Cité par T. Derbent, Ibid., p. 106.

 

[20] Ibid., p. 106-108.

 

[21] J.-C. Romer, Ibid., p. 108.

 

[22] V.I. Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1e édition, Pétrograd, 1917, édition française, 1920, Paris, Éditions Sociales, 1952, 128 p.  

 

[23] J.-C. Romer, La guerre nucléaire de Staline à Khrouchtchev. Essai sur la constitution d’une culture stratégique en URSS (1945-1965), Publications de la Sorbonne, 1991, p. 322.

 

[24] Ibid., p. 337.

 

[25] C’est ainsi que Raymond Aron qualifie Vom Kriege

 

[26] Christopher Bassford, Clausewitz in English. The reception of Clausewitz in Britain and America 1815-1945, New York, Oxford, Oxford University Press, 1994, p. 73-74, notes 2 et 3, p. 238.

 

[27] Yu Miao, « Clausewitz en Chine », Stratégique, n° 97/98, décembre 2009, p. 213-215.

 

[28] Yu Miao, Ibid., p. 214.

 

[29] Mao Tse-Toung, Écrits militaires, Editions en langues étrangères, Pékin, 1964, p. 213.

 

[30] « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine » (Décembre 1936), Ibid., p. 124.

 

[31] « De la guerre prolongée » (Mai 1938), Écrits militaires, p. 260.

 

[32] « La situation actuelle et nos tâches » (25 décembre 1947), Écrits militaires, p. 294-295.

 

[33] On reconnaît ici le second extrême, ou la deuxième action réciproque, de Clausewitz : « Tant que je n’ai pas abattu l’adversaire je peux craindre qu’il m’abatte. » De la Guerre, I, 1, § 4, Éditions de Minuit, 1955, p. 54.

 

[34] « De la guerre prolongée » (Mai 1938), Écrits militaires, p. 263-264.

 

[35] Clausewitz, De la guerre, VI, 1, § 1, p. 399.

 

[36] « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine » (Décembre 1936), Écrits militaires, p. 145-146.

 

[37] Ibid., p. 115.

 

[38] Ibid., p. 124. C’est peut-être une allusion à De la guerre, VI, 1, p. 400, où Clausewitz écrit : « Si la défensive est la forme la plus forte de la conduite de la guerre, mais a un objectif négatif, il est évident que nous ne devons y recourir que si notre faiblesse nous y oblige, et qu’il faut l’abandonner dès qu’on se sent assez fort pour viser un objectif positif. »

 

[39] « Problèmes de la guerre et de la stratégie » (6 novembre 1938), Écrits militaires, p. 315. 

 

[40] T. Derbent, Giap et Clausewitz, Éditions Aden, Bruxelles, 2006, 144 p.

 

[41] Raoul Salan, Mémoires. Fin d’un Empire, tome 2, Le Viêt-minh mon adversaire, octobre 1946-octobre 1954, Presses de la Cité, 1971, p. 320.

 

[42] Depuis 1807, Clausewitz étudie les guerres de Vendée. Il enseigne aussi la guerre d’Espagne en 1810/1811, à l’École de guerre de Berl

 

[43] T. Derbent, Ibid., p. 47.

 

[44] Ibid., p. 63-64.

 

[45] De la guerre, VI, 15, p. 475.

 

[46] Sun Zi, L’Art de la guerre, traduction et présentation Valérie Niquet, 3e édition, Economica, 2012, p. 96.