1- Hommage rendu lors des funérailles ( Claude Chancel)

Monsieur l’Inspecteur Général Jean Carpentier.

Vos amis de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier, de Poitiers, qui vous ont choisi comme Président d’honneur, tiennent à exprimer ceci :

Professeur, chercheur et auteur, vous êtes devenu, il y a longtemps, leur supérieur hiérarchique. Vos collègues veulent vous dire combien vous avez gagné leur respect et leur totale confiance. Chacun, toujours à sa juste place, au fil des années et sur le chemin de la rencontre, est devenu votre ami.

Car, deux préoccupations vous ont toujours animé : l’exigence et la bienveillance.

L’exigence d’abord, dans l’intérêt prioritaire des enfants que la République, dans toutes ses écoles, de la sixième aux « prépas », leur a fait l’honneur de leur confier. Vous donniez aussi le droit d’essayer, dès lors que l’objectif était d’améliorer et d’avancer.

La bienveillance, ensuite, pour les maîtres dont vous connaissiez le plus grand dévouement. Vous avez exercé, avec mesure, votre « devoir de conseil », à la façon d’un noble seigneur des temps jadis.

Enfin, vos amis n’étaient pas tous des enseignants, soucieux que vous étiez de l’ouverture en direction de ce que nous appelons la société civile, société au sein de laquelle nos élèves sont appelés à gagner un jour leur vie.

Pour votre dévouement, pour votre capacité d’empathie, pour votre droiture, nous vous disons, Jean, notre affection pour toujours.

2- Hommage rendu lors de la conférence de Christian Lochon sur les chrétiens d'Orient [par Jean-Henri Calmon]

L'Inspecteur général Jean Carpentier, qui était notre président d'honneur, est décédé la semaine passée. Il a été inhumé samedi dernier à La Villedieu-du-Clain. Vous avez tous conservé le souvenir de ce grand monsieur, très distingué et toujours plein d'attention pour les uns et pour les autres qui ne manquait aucune de nos conférences ; il avait lui-même présenté Mme Nicole Lemaître, professeur honoraire à la Sorbonne qui était venue, à sa demande, nous parler, en septembre dernier, de Luther et du luthéranisme.                                                                          

Homme de très grande culture, éminent historien et professeur, très remarquable pédagogue, et reconnu comme tel, il était devenu Inspecteur général de l'éducation nationale, fonction où il s'appliquait à servir au mieux les intérêts d’une jeunesse à laquelle il a consacré toute sa vie. Il considérait en effet que la destinée de notre démocratie résidait, pour une large part, dans l'éducation et la formation des jeunes, et que le devoir de chacun de ceux qui en avaient la charge, à commencer par les maîtres, était bien d'être en permanence à leur écoute, non pour céder aux caprices des modes ou aux facilités du temps, mais pour comprendre en profondeur ce qu’étaient leurs préoccupations, leurs aspirations, ce qui les motivait au fond, et ce qui était susceptible de les émouvoir. Comprendre la jeunesse donc, pour la guider utilement dans les voies où elle pourrait s'épanouir et apporter, à son tour, sa pierre à l'édification jamais achevée de la République, la République ce cocon de nos libertés les plus chères et de notre art de vivre. Comprendre la jeunesse, c'était avant tout, pour ce grand intellectuel, saisir l'évolution d'une société en mouvement, qui ne saurait se laisser enfermer dans des dogmes figés, des vérités de circonstance et des jugements définitifs. Et pour que cet idéal soit poursuivi sans relâche, il recommandait que l'on se tienne toujours à l'écoute du monde, et en état de le questionner sans cesse. C'est pourquoi il s'était intéressé de très près, et très tôt, à ce que nous faisions ici et qu'il avait accepté, le moment venu, la présidence d'honneur de notre association

Il était la bienveillance même, observant le monde avec beaucoup d'humilité,  de bonté et d’indulgence, mais toujours avec infiniment de perspicacité. C'est avec une peine immense que nous ressentons sa disparition qui fait de nous des orphelins de l'esprit.   

3- Hommage d'Alain Bondeelle ( Ex président de l'Arelc) : Jean Carpentier et l’ARELC.

    L’Association Religions Laïcité Citoyenneté (A.R.E.L.C.), qu’il a fondée et dont il a été le premier Président, a été l’un parmi les nombreux engagements et travaux de Jean Carpentier ; mais comme son épouse me l’a rappelé ces jours-ci, l’ARELC représentait un de ceux auxquels il tenait le plus. Après le colloque de Besançon organisé par Philippe Joutard en 1991, sur l’enseignement des religions comme faits anthropologiques, Jean Carpentier et son collègue Pierre Biard organisent dans le plan de formation du M.E.N., un certain nombre d’Universités d’été sur les grandes religions : le Christianisme primitif, l’Islam, la Réforme et le protestantisme à Saint-Jean d'Angély, le Judaïsme au Centre Rachi de Troyes, le Bouddhisme au monastère bouddhiste de La Boulaye en Bourgogne. Les participantes et les participants dont beaucoup reviennent l’année suivante, découvrent qu’ils s’apprécient et ont envie de poursuivre et d’aller plus loin. Et décident, sous son impulsion, de créer en 1997-98 une association afin d’approfondir et étendre le travail, l’ARELC : Association-Religions-Laïcité-Citoyenneté.

            L’ARELC publie un bulletin ; invite des intervenants à plusieurs de ses réunions ; organise avec d’autres associations des colloques :

 – à Marseille avec Marseille-Espérance,

 – à Lyon le 26 janvier 2002 avec le Cercle Montségur « Le fait religieux dans l’enseignement aujourd’hui »,

– à Lille les 9 et 10 novembre 2002 avec l’APHG « Enseigner le fait religieux à l’école laïque »,

 – à Paris avec la Fraternité d’Abraham le 9 mars 2003 « Regards juifs, chrétiens, musulmans et laïques sur la laïcité en France »,

 – puis avec la Ligue de l'Enseignement les 24, 25, 26 octobre 2005 « Les conditions d’un enseignement du fait religieux dans l’école française ».

            Il s’agit de creuser plus largement les expériences de terrain sans renoncer à l'exigence critique propre à la science historique ; l’objectif visé est de permettre aux élèves de saisir, au-delà des représentations, des textes, des pratiques et des dogmes ce que signifient pour un croyant sa religion et le rôle central qu'elle peut jouer dans sa vie en tant que ressource spirituelle, sans lui accorder l’exclusivité.

            L'association a une vie riche et intense ; elle organise aussi des voyages sur des sites centraux pour l’histoire des religions, à Ravenne, Palerme, sur l'ile de Chypre, voyages qui développent aussi la convivialité entre ses membres.

            Quand, après la publication du rapport Debray, est créé l'Institut Européen des Sciences Religieuses (I.E.S.R), institution liée à la V° Section des Hautes Études et destinée au sein du M.E.N. à la formation à l'enseignement des religions comme faits anthropologiques, l'association qui estime avoir mené des années durant avec ses moyens un travail analogue, décide son auto- dissolution.

             Jean Carpentier laisse à toutes celles et ceux qui l'ont approché par l'ARELC la trace d'un historien savant, rigoureux, modeste, capable de mobiliser les meilleurs intervenants ; et, doué d’une sensibilité attentive, capable surtout de mobiliser en chacun ce qu'il avait de meilleur.