par Jérôme GREVY

les emblèmes et symboles républicains de 1792 à 1920.

Présentation Jean-Henri CALMON

"Mettant en application la pensée de Rousseau, qui préconisait la création d’une « religion civile » pour fortifier le lien civique, les républicains français, lorsqu’ils ont été au pouvoir, ont mis en place une grammaire symbolique faite d’allégories, d’objets, de lieux, de monuments et de portraits, qu’ils ont honorés dans des rituels spécifiques. Peu à peu, ces emblèmes se sont dépolitisés, ont perdu leur dimension révolutionnaire, se sont banalisés, dilués dans le paysage comme dans les usages du pays. La conférence se propose de revenir sur leur origine et sur les conditions de leur adoption."

 

« Scrutin uninominal majoritaire à un tour, scrutin uninominal majoritaire à deux tours, représentation proportionnelle, scrutin mixte », les différents modes de scrutin ont une influence déterminante sur le paysage politique et sur le fonctionnement des institutions. L’exposé sera principalement illustré par les modes de scrutin législatifs en France (IIIe, IVe et Ve Républiques), mais aussi dans les grandes démocraties parlementaires. Concernant la France, seront également évoqués le mode de scrutin présidentiel (depuis la présidentielle de 1965) et ses incidences sur le fonctionnement des Institutions, de même que les différents modes de scrutin utilisés sous la Ve République lors des élections locales et leurs conséquences sur le fonctionnement des différents conseils.     Cette conférence porte sur un thème d’actualité puisque le président Macron souhaite instaurer pour les élections législatives un mode de scrutin mixte à dominante majoritaire, à la place du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. 

 

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Notre premier souci a été, en nous appuyant sur des exégètes modernes, de relier l’islam initial à son environnement, pas seulement bédouin comme on  avait l’habitude, chez les orientalistes du XIXe siècle, de l’y maintenir, mais aussi, de reconnaître dans le Coran ses ascendances culturelles mésopotamiennes , auxquelles nous avons aussi emprunté un grand nombre de mythes depuis l’épopée de Gilgamesh (2500 B.C.), persanes par le mazdéisme et le manichéisme (Iblis au service de la remontée de l’humanité vers Dieu), judaïques et chrétiennes. La 1e sourate du Coran contient le mot « sirat », qui vient de « stratos » (la voie droite), montrant les emprunts grecs ; d’autres sont éthiopiens, hébreux, iraniens. Le Pr. Mohamed Arkoun rappelle constamment combien ce Livre est le réceptacle des connaissances humaines transmises par les traditions les plus variées. Des études récentes ont montré les difficultés de recension du texte coranique, dont la version définitive tardive a été imposée à la communauté, les variantes étant soigneusement détruites jusqu’à ce qu’on en retrouve à Sanaa en 1960.

            Les thèmes coraniques incluent les 5 piliers de l’Islam, kit minimum du pratiquant, mais insuffisants pour révéler tout ce que le Coran offre de réflexions sur le destin religieux de l’homme, la foi, la morale, le droit, le statut personnel, et même la pratique de la magie ou le combat religieux, ainsi que la personnalité du Prophète Mohamed. Cette ouverture sur et par des cultures différentes ont conduit à des particularismes régionaux, sunnisme ou chiisme (dont l’affrontement à la mort du Prophète revient aujourd’hui dans toute sa vigueur), zaïdisme, ismaélisme, druzisme, alaouitisme et bien sûr, kharijisme dont les traces se retrouvent en Oman, en Tunisie, en Algérie et dans la diaspora.

   L’Islam n’est pas que cultuel ou rituel. Des hommes se sont inspirés du Coran pour créer le mouvement philosophique mutazilite qui se poursuit aujourd’hui et s’oppose à l’intégrisme et le spiritualisme soufi ou confrérique. Aujourd’hui, le rôle positif des femmes et la pensée moderniste, la défense des droits de l’homme s’inspirent aussi du texte révélé. Ce que nous pourrions appeler « l’islam de France ou « islam gallican » a été présenté à nos lecteurs dans le Bulletin de l’œuvre d’Orient No 784 de juillet 2014. Presque partout des penseurs musulmans n’hésitent pas à proclamer comme Fouad Zakaria (cf bibliographie) au Caire, que dans l’enseignement théologique islamique encore en cours dans leurs Universités, « les passions et les émotions l’emportent sur la raison » ; le Pr. Mohamed Talbi , à Tunis (cf bibliographie) , n’hésite pas à assurer que « le réformisme va réussir dans les communautés d’Occident , là où il y a la liberté . Il faut que les musulmans se réforment de l’intérieur, dans leur conscience musulmane, et arrivent à la conviction intime qu’ils sont en harmonie avec eux-mêmes tout en rejetant ce qui est contre la modernité, la justice, l’humanisme, et qui n’est que le produit d’une époque révolue.

Plus incisif, le Pr Abdelwahab El Affendi dans son ouvrage Who needs an  Islamic State ? (Londres, Grey Seal, 1991), n’hésite pas à proclamer : « Il est temps que les musulmans réalisent que nous vivons à l’échelle globale, que nos croyances sont analysées par l’humanité toute entière. Les musulmans sont au bas de l’échelle de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’Homme. Nous devons être sérieusement critiques de nous-mêmes et de notre histoire. La recherche d’un Etat islamique doit commencer par la recherche de la liberté pour les musulmans ». M. El Affendi est chroniqueur du principal périodique islamique britannique Muslim News.

            Enfin, l’islam politique, lui aussi, prétend s’appuyer sur des schémas médiévaux, sur d’autres sourates coraniques. Wahabites, Salafistes, Frères Musulmans veulent revenir à l’islam originel, immuable et non évolutif, refusant toute nouvelle exégèse, développant le concept de « djahiliyya » antioccidentale, antichrétienne, antisounnite libérale, antichiite, etc… brandissant le concept de l’Etat Islamique, où des hommes dicteraient ce qu’ils croient être la volonté de Dieu. Cette instrumentalisation politique sera vue rapidement à travers les cinq continents ; de même hélas que les réseaux terroristes qui, par « le glaive » seulement, voudraient changer le monde, bien qu’ils soient incapables de décrire ce que deviendrait le monde après leurs sanglantes opérations. Les partisans d’un Islam bloqué, au contraire, souché sur un passé recomposé, rejettent toute discussion, tout assouplissement, toute exégèse. Hostiles à toutes les possibilités de dialogue avec d’autres civilisations, ils enferment l’Islam dans une sécheresse de pensée qui coupe les ressortissants musulmans des Etats modernes de toute forme de participation citoyenne. C’est que les intégristes feignent de confondre les valeurs fondamentales de la modernité (raison critique, droits de l’homme et de la femme, humanisme) et ses effets pervers (matérialisme, athéisme, dégradation des valeurs). Une telle forme de pensée devient caricaturale si l’on pense aux talibans d’Afghanistan, aux mouvements apparentés à Al Qaïda ou à Daech

I- VERSETS D’ORIGINE CHRETIENNE DANS LE CORAN

La thématique coranique contient 60 passages de l’Ancien Testament et 60 des Evangiles, notamment 36 citations de Mathieu, d’autres des évangiles apocryphes (Barnabé) ; la description du Paradis correspond au « Jardin d’Eden « des Pères syriaques ; la légende des 7 Dormants (sourate XVIII) est utilisée par les théologiens monophysites comme preuve de la résurrection. La mystique chrétienne a inspiré le soufisme pour le port de l’habit de laine blanche, l’enseignement aux jeunes sous forme d’aphorismes et l’habitude gyrovare de se déplacer d’un couvent à l’autre. Parfois, certains versets coraniques reprennent le thème de versets de l’Evangile presque dans les mêmes termes ; nous en avons sélectionné quelques uns. D’abord en ce qui concerne l’annonce de la naissance miraculeuse de Jésus ;  Luc 1 :26, nous dit « L’ange Gabriel entra chez Marie et dit « Le Seigneur est avec toi… Tu enfanteras un fils… appelé Fils du Très Haut » à rapprocher du Coran XIX 17 et de VLV 3 « L’ange Gabriel dit : Je suis un messager de ton Seigneur pour te faire don d’un fils pur » ; Coran XXI 91 poursuit « Nous insufflâmes en elle un souffle venant de Nous et fîmes d’elle et de son fils un miracle pour l’univers ». Les deux textes font état de l’inquiétude de Marie qui est vierge : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » (Luc 1 :34) et « Comment aurais-je un fils quand aucun homme ne m’a touchée ? » (Coran XIX 20). Les miracles de Jésus sont rappelés dans Coran III 49, V 110 : « Je guéris l’aveugle né et le lépreux et je ressuscite les hommes » rapporté dans Mathieu 9 (27-30) et dans Marc 1 :3). Quant à l’élévation posthume de Jésus dans le Ciel (Actes 1 :11), elle est mentionnée dans Coran III, 55 « Je (Dieu) vais t’élever vers moi » et IV 158 « Allah l’a élevé vers Lui ». Bien sûr le Coran ne reconnaît ni la divinité du Christ ni la crucifixion de Jésus, « Ils ne l’ont ni tué ni crucifié » (IV 157). Parmi les miracles attribués à Jésus dans le Coran, il défend l’honneur de sa mère en s’adressant de son berceau aux calomniateurs (XIX 30 et ss). M.Luc Balbont, dans un interview avec Mgr Ramzi Garmo dans son blog (janvier 2017) rapporte que l’évêque chaldéen de Téhéran, originaire d’Irak, témoigne que beaucoup de convertis iraniens au christianisme ont découvert l’Evangile par les citations coraniques de poètes persans 

Jésus est mentionné 37 fois dans le Coran. La déclaration de Vatican II, Nostra Aetate, considère positivement les analogies entre le Jésus du Coran et le Jésus du Nouveau Testament. Le Coran évoque en fait les controverses christologiques qui divisèrent les Chrétiens entre 553 et 681. Durant la vie du prophète Mohamed (570-632) des chrétiens « nestoriens » (diaphysites) se réfugièrent en Arabie et leur christologie apparut compatible avec la révélation coranique. Donc, dans le Coran, Jésus est vraiment « Le Messie » annoncé aux Israélites, et dont la mère est bénie.  Dans le Coran, la naissance de Jésus est annoncée par les anges à Marie (III 45) ; il est né « pur » ((XIX 19) d’une mère immaculée. « Le Verbe de Dieu fut jeté par LUI dans le sein de Marie » (IV 169). Aussitôt né, il défend l’honneur de sa mère (III 46), ce sera son premier miracle. Dieu parle du rôle exceptionnel de Jésus : « Nous avons fait de lui un Signe à l’intention des hommes » (XIX 21 et XXIII 50). Il est qualifié de « Messie » (III 45), de « Verbe de Dieu » (III 45 et IV 171), renforcé par l’Esprit Saint » (II 87, 253 et V 110). Jésus déclare : » Que la paix soit avec moi, le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité Au moment de sa mort : « Dieu dit : O Jésus je vais te rappeler à Moi et t’élever jusqu’à Moi ».  (III 55). Certains de ses miracles sont rapportés dans l’Evangile : la guérison de l’aveugle de naissance et du lépreux, la résurrection des morts (III 49) ; d’autres sont inconnus : il façonne des oiseaux avec de la boue et leur donne la vie (III 49 et V 110). La mission de Jésus dans le Coran s’insère après celle de Moïse qui révéla la Torah et avant celle de Mohamed qui fait connaître le Coran. Vénéré comme un des grands messagers de Dieu, il ne peut par contre être considéré comme fils de Dieu comme l’indiquent les versets suivants « Le Messie Jésus fils de Marie n’est qu’un messager d’Allah » (IV 171 et V 72) ou « Il ne convient pas que Dieu se donne un fils » (XIX 92). Jésus n’est pas mort sur la croix ; le verset coranique (IV 157) reprend l’affirmation des disciples de Basilide (vers 130) que Simon de Cyrène a été substitué sur la croix à Jésus. Jésus annoncerait la future mission de Mohamed : « Je suis le messager de Dieu pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi et dont le nom est Ahmed » ; le commentateur Razi (mort en 935) dit que ce verset reprend le texte de l’Evangile de Saint-Jean 14,17 : »je prierai Dieu et il vous donnera un autre consolateur afin qu’il demeure éternellement avec vous l’Esprit de vérité ». Ce rapprochement montre combien au Moyen Age les exégètes musulmans connaissaient les textes chrétiens.

 

Marie (Myriam, Mariam) se voit réserver dans le Coran une place exceptionnelle. C’est la seule femme à être désignée par son nom ; les six sourates dont on va citer quelques versets montrent comment elle est préservée du mal dès sa naissance afin de donner miraculeusement naissance à Jésus, « le Verbe de Dieu ». Ses qualités de sainteté, de pudeur, de modestie, sont célébrées dans tout le monde islamique.

Dans la Sourate III, les versets 35 à 37 la montrent consacrée à Dieu par ses parents, remise à Zacharie, le père de Jean-Baptiste (Yahya dans le Coran), nourrie miraculeusement. Ce texte est proche de celui de l’évangile apocryphe de Jacques. Le verset 42 annonce la maternité virginale (cf. St. Luc 1, 26, 28) : « les anges dirent : « Marie, Dieu t’a élue et purifiée ; il t’a élue au-dessus des femmes du monde ». Le verset IV 171 rappelle que : « le Messie Jésus… est le Verbe de Dieu qu’Il a jeté en Marie ». A la Sourate V, verset 75 Marie se voit décerner le titre de « Siddiqa » (la plus sincère) : « la Mère du Messie était sincère par excellence ».

La Sourate XIX. porte le titre de Marie ; les versets 17 à 22  décrivent l’Annonciation, puis la nativité  à l’ombre d’un palmier et près d’un ruisseau rafraîchissant (comme dans l’évangile apocryphe du Pseudo-Mathieu). Lorsque Marie se rend chez les siens portant son fils, sa famille la réprouve, mais Jésus, on l’a vu, accomplit son premier miracle en prenant la défense de sa mère. Le verset XXI 91 la décrit comme « celle qui préservé sa chasteté.  Nous insufflâmes en elle notre souffle et fîmes d’elle et de son fils un miracle pour l’univers. » La même phrase est reprise dans le verset LXVI 12.

Ainsi le rôle de Marie dans l’évolution de l’humanité, voulue par Dieu, est ainsi exprimé à plusieurs reprises dans le Coran. Cet honneur qui lui est réservé par les croyants musulmans est souvent mis en relief dans le dialogue islamo-chrétien. C’est ainsi qu’au Liban, le Gouvernement a fait de la Fête de l’Annonciation un jour chômé.

 

 Saint-Jean Baptiste, appelé Yahya en arabe (contraction de Yohanna = Jean), apparaît dans deux sourates. Rappelons l’évangile de Luc 1,11 : « Un ange du Seigneur apparut à Zacharie et se tint debout à droite de l’autel des parfums » (la scène se passe dans le temple de Jérusalem). Au verset 13, l’ange rassure Zacharie effrayé : « Ne crains point Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Elizabeth enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean ». Incrédule, Zacharie répond (verset 18) : « A qui reconnaîtrai-je cela ? Car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ». Et l’ange de poursuivre : « Je suis Gabriel…J’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle ». Deux sourates coraniques donnent une version très proche du texte de Luc 1,11 ; la Sourate III  38 à 41 : « Alors Zacharie invoqua son Seigneur en disant : « Seigneur ! Donne-moi, venant de toi, une descendance bonne. C’est bien toi, celui qui entend la prière. Et les anges l’appelèrent, alors qu’il priait debout dans le sanctuaire : « Dieu t’annonce la bonne nouvelle de Jean qui déclarera véridique une Parole venant de Dieu ; qui sera un chef, un être chaste, un prophète au nombre des hommes de bien ».  Zacharie dit : « Mon Seigneur ! Comment aurais-je un garçon, alors que la vieillesse m’a atteint et que ma femme est stérile ? » Il dit : « C’est ainsi. Dieu fait ce qu’il veut ».   Le prestige de Jean Baptiste-Yahya est grand pour les fidèles musulmans. Son tombeau qui se trouvait dans l’église portant son nom est demeuré au même endroit, à Damas, dans l’actuelle Mosquée des Omeyyades, et les croyants chrétiens ou musulmans se rendent nombreux devant la grille qui entoure le catafalque ; c’est un lieu important de convergence entre les fidèles syriens des deux religions.

D’autres versets favorables aux chrétiens apparaissent dans plusieurs sourates :

II 59 « Les croyants (musulmans), les juifs, les chrétiens et les sabéens, ceux qui croient en Dieu et au dernier jour et accomplissent le bien, ont leur rétribution auprès de leur Seigneur. Nulle crainte sur eux, ils ne seront pas attristés ».

.III, 62 « Ceux qui pratiquent le Judaïsme, les Chrétiens, les Sabéens… recevront une récompense de leur Seigneur. Ils n’auront plus de crainte et ils ne seront point affligés »

V 69 « Ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens et les Chrétiens ; pas de crainte pour eux et ils ne seront point affligés ».

V 82 « Tu trouveras à coup sûr les mais les plus proches des croyants dans ceux qui disent : « En vérité nous sommes Nazaréens ». C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil ».

 V, 85 « Parmi les Chrétiens, vous trouverez des hommes attachés aux croyants parce qu’ils ont des prêtres et des religieux voués à l’humilité »

VI 107 « Si Dieu voulait, ils ne seraient point associateurs.  Mais Nous ne t’avons pas désigné comme leur tuteur ou leur garant ».

X 94 « Si tu es dans le doute sur ce que Nous t’avons révélé, interroge ceux qui récitent l’Ecriture révélée avant toi »

X 99 « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru, est-ce à toi de les contraindre à devenir croyants ? »

XVIII, 29 « Quiconque le veut, qu’il croie et quiconque qu’il veut qu’il mécroie. Nous avons préparé pour les injustes un feu dont les flammes les cernent »

XXII 17 « Ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Nazaréens, les Mages et ceux qui donnent à Allah des associés. Allah tranchera entre eux le Jour du Jugement. »

XXII 40 « Si Dieu n’avait point repoussé certains hommes par d’autres, c’en était fait des ermitages, temples, oratoires, sanctuaires et mosquées, où l’on célèbre sans cesse le nom de Dieu »

XXVIII 77 « Sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi. Ne cherche pas à corrompre. Dieu n’aime pas les corrupteurs »

XXIX 46 « Ne disputez que de la plus belle façon avec les gens du Livre, sauf avec ceux d’entre eux qui prévariquent. Et dites- « Nous croyons aux livres qui nous ont été envoyés ainsi qu’à ceux qui ont été envoyés, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même et c’est à lui que nous nous soumettons » 

XXXXIX ,13 « Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez »

Aussi, les Chrétiens orientaux, à certaines périodes, jouèrent un rôle social, parfois politique sous différents régimes musulmans. Ainsi, les hauts fonctionnaires byzantins de Syrie servirent la nouvelle administration omeyyade comme la famille des Sarjoun, ministres des finances ; la langue grecque pour l’administration fut utilisée jusqu’en 680. Puis la nouvelle dynastie abbasside découvrit parmi les nombreuses communautés de l’empire une élite chrétienne formée depuis des générations à la recherche dans les prestigieuses Ecoles philosophiques d’Edesse, de Nisibe en Anatolie et de Gondishapour en Iran. De ce fait, le dialogue islamo-chrétien fut à l’honneur. Même le dogme de la Trinité fut examiné avec tolérance ; les monophysites le présentèrent comme « le Soleil,,sa lumière et sa chaleur » ; les nestoriens comme « La Raison , le raisonneur, le Raisonnable » ; Al Farabi et Avicenne en feront «  la Connaissance, le Connaissant, le Connu ». Sous le Régime ottoman, la signature des Capitulations ou Traité d’Amitié entre François Ier et Soliman le Magnifique, renouvelé huit fois, permit l’introduction de missionnaires européens qui créèrent des écoles destinées d’abord aux chrétiens et les religieuses occidentales des ouvroirs et même des écoles de filles qui élevèrent le niveau de vie et qualifièrent les chrétiens pour des emplois administratifs et pour le rôle d’intermédiaires entre l’Occident et les Ottomans. Lors de la pré indépendance et des premiers temps des Etats arabes nouvellement constitués dans la première partie du XXe siècle, on a vu des notables chrétiens jouer un rôle politique important, créer des partis, représenter leur pays à l’étranger du fait surtout que les chrétiens, ayant bénéficié d’une formation scolaire, voire supérieure, avaient fondé des hôpitaux, des entreprises industrielles et commerciales dès l’époque de la Nahda.

II VERSETS ANTICHRETIENS ET PERSECUTIONS

Cependant, le Coran contient également des versets d’une rare violence envers les non-musulmans. Aussi, en pratiquant la violence, certains musulmans croient agir selon les préceptes de leur religion.  Au sein même du sunnisme s’opposent les tenants d’une lecture « modérée » du Coran et les fondamentalistes qui veulent imposer un retour à l’islam des origines, rejetant la tradition élaborée au cours des siècles qui a, selon eux, dégradé l’islam. On assiste là à une lutte sans merci pour la définition et la représentation de l’orthodoxie sunnite. Et au sein même du fondamentalisme islamique existent de fortes divisions. Ainsi, Al-Qaïda et l’État islamique sont devenus ennemis irréconciliables à cause de divergences stratégiques sur la manière de répandre l’islam dans le monde. Voici les versets les plus instrumentalisés dans les pays musulmans et en Occident actuellement.

XXX 16 ; « Quant à ceux qui auront traité de mensonges nos versets, ceux-là seront emmenés au châtiment »

48, 4 ; « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru frappez-les au cou ; puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite soit la libération gratuite, soit la rançon…

Ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions

Les versets suivants s’appliquent aux « Gens du Livre » et, lus au premier degré, ils conduisent les fidèles à la guerre civile contre les « autres » alors qu’ils ont été déclarés conjoncturels par les premiers commentateurs musulmans, en rapport avec des évènements de la biographie du Prophète sans qu’ils aient une portée ni universelle ni éternelle.

III, 27 « Ne prenez point pour protecteurs les infidèles à moins que vous n’y soyez contraints par la crainte »

III, 78 « Celui qui pratiquera un autre culte que l’islam… sera au nombre des réprouvés »

III, 113 « O Croyants ne formez de liaisons intimes qu’entre vous. Les incrédules s’efforceraient de vous corrompre. Ils veulent votre perte ».

IV ? 49 « Dieu les a maudits à cause de leur perfidie. Parmi eux, il n’y a qu’un petit nombre de croyants »

IV, 89 « Ne prenez pas d’alliés parmi les polythéistes (« kafiroun ») »

V, 51 « Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens »

V, 76 « Ceux qui disent que le Messie, fils de Marie, est Dieu, profèrent un blasphème… Les réprouvés n’auront plus de secours à attendre »

V, 77 « Ceux qui soutiennent la trinité de Dieu sont blasphémateurs. Il n’y a qu’un seul Dieu… Un supplice douloureux sera le prix de leur impiété »

IX 5 « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ; capturez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades ; mais s’ils se repentent, laissez-les libres »

IX, 8 « Quand ils l’emportent sur vous, ils ne respectent à votre égard, ni alliance, ni pacte qui assure la protection »

IX,9 « Ils troquent à vil prix les versets d’Allah »

IX, 18 « Ne peuplent les mosquées d’Allah que ceux qui croient en Allah »

 IX 29 « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, et au Jour dernier … ceux qui parmi les peuples du Livre ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils payent le tribut en signe de soumission »

IX, 30 « Les Chrétiens disent : le Christ est fils de Dieu ; qu’Allah les anéantisse. Ils ont pris leurs moines ainsi que Jésus fils de Marie comme seigneurs en dehors d’Allah »

XLVII, 4 « Si vous rencontrez des infidèles, combattez-les jusqu’à ce que vous en ayez fait un grand carnage ; chargez de chaînes les captifs »

XXX 16 ; « Quant à ceux qui auront traité de mensonges nos versets, ceux-là seront emmenés au châtiment »

XLVII, 35 « Ne faites pas appel à la paix lorsque vous êtes les plus forts »

XLVIII  4 ; « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru frappez-les au cou ; puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite soit la libération gratuite, soit la rançon… Ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions »

LIX, 3 « Si le Ciel n’avait écrit leur exil, il les aurait exterminés ; mais le supplice du feu les attend dans l’autre monde »

LIX, 4 « Leur désastre est la punition du schisme qu’ils ont fait avec Dieu et le Prophète. Le Seigneur punit sévèrement ceux qui s’écartent de Sa religion »

Dans ces versets, le mot arabe « KUFR » désigne le péché de refuser l’islam en demeurant « hérétique », voire « païen ». « kafeur » qui a évolué en « cafard » lorsqu’il fut adopté en français au XVIIe siècle ou en « Cafre » pour désigner les Africains noirs non-musulmans.

 Le Pr. Sami A. Al-Deeb Abu Sahlieh, professeur émérite de l’Institut de Droit comparé de Lausanne dans son ouvrage Les Musulmans face aux droits de l’homme (Bochum, Editions Winkler, 1994), devenu une  référence internationale, avait souligné les nombreux manquements aux droits de l’homme contenus dans la Charia ; d’abord dans la non-égalité entre citoyens musulmans et non-musulmans dans un Etat musulman, les premiers étant seuls sélectionnés pour occuper les postes dirigeants dans les domaines exécutif, législatif et judiciaire ; le statut personnel ne permet pas non plus à un non-musulman d’épouser une musulmane ni à un musulman de changer de religion, l’apostasie étant punie de mort selon la Charia. De même, les droits de la femme ne sont pas égaux à ceux de l’homme, la répudiation unilatérale étant réservée au mari ; les filles ne touchent de l’héritage de leurs parents qu’une demi-part et les fils une part entière ; au tribunal, le témoignage de deux femmes est exigé pour contester celui d’un homme seul. En fait, le Coran rappelle des rites antéislamiques en citant les trois déesses, filles d’Allah, dont l’une était la déesse favorite de la tribu des Qoréïchites, celle du Prophète ou la lapidation de Satan conservée dans le rituel du pèlerinage. Enfin, le refus de la circoncision passe aujourd’hui comme une preuve d’athéisme, alors qu’elle a été empruntée au judaïsme. Les conservateurs instrumentalisent des versets cités plus haut. Dans cette même veine, le Cheikh Ibn Baz d’Arabie Saoudite accusa le Président Bourguiba d’impiété parce qu’il avait imposé l’égalité entre hommes et femmes et interdit la polygamie.

Mesures antichrétiennes

Mohamed à Médine est menacé par les tribus arabes qui razzient les caravanes, aussi des versets font allusion à la dérive verbale envers les chrétiens ; ce sont des versets dits conjoncturels qui ne s’appliquent qu’à une période de la Révélation et que les radicaux vont institutionnaliser en versets à charge pérenne :

V 17 « Les chrétiens ont oublié une partie de leur alliance. La haine et l’hostilité se sont établies parmi eux jusqu’au jour de la résurrection »

 IX 34-35 « Beaucoup de pontifes, et de moines dévorent le bien des gens sans le dépenser pour la cause de Dieu… Un jour on chauffera cet or au feu de l’Enfer ; on le leur appliquera sur le front, sur les côtes et sur le dos en disant : « le voici, votre trésor, jouissez maintenant du fruit de vos économies ».

Sous les Omeyyades, le calife Omar II édicta des mesures restrictives dans le domaine de l’habillement ; on imposa aux chrétiens le port d’une ceinture brune, bleue pour les mazdéens, jaune pour les juifs. Sous les Abbassides, le calife Al Mahdi fit détruire les églises d’Alep et imposa à la tribu arabe chrétienne des Banou Tannoukh une conversion immédiate à l’islam ; le calife Al Mutawwakil (847-861) renvoya tous les fonctionnaires chrétiens qui ne se convertissaient pas ; au Xe siècle, les chrétiens se virent interdire toute cérémonie d’enterrement. En fait, la manière dont les minoritaires non musulmans doivent être considérés par le Pouvoir musulman, découle de l’ouvrage du jurisconsulte Aboul Hassan Al Mawardi Les Etats gouvernementaux (X e siècle) qui prescrit six obligations dont la violation entraînerait la peine de mort et qui concernent le respect du Coran, du Prophète, du culte islamique, de la femme musulmane avec laquelle il ne peut être contracté de mariage, de la foi, de la vie et des biens des musulmans et de la loyauté, en cas de guerre, avec l’Etat musulman ; on comprend mieux en lisant Mawardi que ces interdictions sont toujours valables, valorisées et utilisées, souvent faussement hélas, pour se débarrasser d’un voisin, d’un concurrent, d’un collègue non-musulman. Sous les Ottomans, les églises devaient être dissimulées aux regards ( cf. les anciennes églises de Macédoine) et les cloches des églises étaient interdites ; les chrétiens étaient privés du droit de propriété terrienne, urbaine et commerciale ; le Pr Antoine Fattal dans son Statut légal aux non-musulmans en Pays d’Islam (Faculté de Droit de Paris 1947) cite une fatwa (édit religieux) encore en usage en 1952 stipulant que : « Les dhimmis non-musulmans) n’ont pas le droit de porter des chaussures à lacets et les chaussures doivent être de mauvaise qualité et de couleur déplaisante » . Il était interdit aux chrétiens de monter à cheval, mais ils pouvaient utiliser des mules ou des ânes dont ils devaient descendre chaque fois qu’ils croisaient un musulman ; on comprend bien que lorsque l’Empire ottoman, sous la pression européenne, promulgua les Tanzimat en 1856, nouvelles lois qui imposaient l’égalité entre non-musulmans et musulmans, des troubles graves éclateront. A Damas et au Mont Liban des massacres de chrétiens entraîneront l’intervention franco-européenne de 1860 ; tant qu’au génocide arménien qui se déroulera de 1890 à 1918 dans toute la Turquie, il est décrit comme une conséquence de cet effort d’égalisation devant la loi.

Au XXI e siècle, l’inégalité dure toujours si l’on prend l’exemple de la situation des édifices religieux dans les différents pays ; l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Yémen interdisent la construction d’églises. Les chrétiens ne sont pas considérés comme citoyens au Koweït, dans les Etats du Golfe, en Oman, En Egypte, Syrie, Irak, Jordanie, Turquie, Iran, leur présence est légale, mais tout prosélytisme envers les musulmans est interdit ; selon les pays, il est plus ou moins difficile d’obtenir le droit de bâtir de nouvelles églises. En Palestine, 2% de chrétiens sur 4 millions d’habitants tentent de survivre ; à Gaza, la propagande islamiste du Hamas rend très difficile leur situation

La Déclaration universelle des droits de l’homme ( dont un des auteurs fut Charles Malek, Libanais protestant) établit l’égalité des hommes et des femmes, la liberté de pensée, de croyance, de changer de religion, ce qui n’est pas acceptable pour les Wahhabites d’Arabie Saoudite ; ils ont donc rédigé une Déclaration islamique des droits de l’homme (1979) qui reprend les alinéas de la Déclaration onusienne mais en ajoutant  « sauf si cela contredit la Loi musulmane », la charia ; ainsi ont-ils escamoté droits de l’homme et droits de la femme. Jusqu’à quand ? Et c’est pourquoi les demandes des partisans des « Printemps arabes » qui avaient tant apporté d’espoir aux jeunes générations ont été escamotées au nom de la Charia !

Christian Lochon

Articles déjà publiés dans les Bulletins de l’Oeuvre d’Orient Nos 787, 788, 789 en 2017

le dernier ouvrage de Christian Lochon :Chrétiens du Proche-Orient, grandeur et malheurs, 155 p., 2016, Libraiurie d'Amérique et d'Orient, Jean Maisonneuve.

 

L’exode.

L’image qui l’emporte aujourd’hui lorsqu’on pense au Venezuela, est celle d’une foule gigantesque faisant la queue à la frontière avec la Colombie ; tous ces gens – ils sont des milliers chaque jour – cherchent à fuir leur pays. Et pourtant celui-ci n’est pas en état de guerre, comme c’est le cas en Syrie, par exemple. Non, ces malheureux cherchent simplement à trouver de quoi manger et se soigner. Car chez eux la misère atteint un point que l’on n’imagine pas et dont les médias français – pour quelle raison ? – ne se font que très peu l’écho.

Pourtant cela concerne des centaines de milliers, voire des millions d’êtres humains. En outre, le phénomène ne cesse de s’aggraver : on estime généralement que 250 000 personnes ont cherché refuge en Colombie en 2016 ; en 2017, on a observé une augmentation de 110 %, ce qui correspond à une évasion de 550 000 personnes de plus. En deux ans, ces migrants ont donc été au moins 800 000 à quitter le pays de la faim, provoquant par contrecoup un cas de conscience à la Colombie qui, sortant à peine de 40 années de galère en raison des guérillas des FARC et de l’ELN, n’a pas les moyens d’accueillir tous ces exilés qui manquent d’absolument tout (les femmes en sont même réduites à vendre leurs cheveux pour 20 €).

Ajoutons que leur nombre total est probablement bien plus élevé, car ils sont plusieurs dizaines de milliers dans chaque pays d’Amérique latine ; on en trouve même en Espagne et aux États-Unis . Le chiffre réel de ceux qui ont émigré dans ces conditions oscille entre 2,7 millions de personnes (selon l’Observatoire de La Voz de la Diáspora Venezolana) et 4 millions (d’après l’association Consultores XXI). Certains observateurs pensent même que ce dernier chiffre est dépassé en ce début 2018.

Notre ambition ici est d’essayer de comprendre ce qui a motivé cet exode et fait de ces personnes officiellement des réfugiés (décision de l’ACNUR, Agence de l’ONU pour les Réfugiés).

Misère de misère

La première raison qui a poussé ces malheureux hors de chez eux est la très grande misère qu’il connaissent. Et qui se manifeste d’abord par une grande pénurie de tout. De l’alimentation : le riz, les pâtes les fruits et les céréales, l’huile et, surtout, le maïs blanc, dont la farine sert à confectionner les arepas, sortes de petits pains qui sont la base de l’alimentation populaire. Mais il y a aussi un manque de tout le reste : papier toilette, produits d’hygiène (savon, dentifrice, serviettes pour les femmes, couches pour bébés, etc.), bière ; et ne parlons pas des pièces de rechange pour les automobiles, les machines ou les appareils électro-ménagers.

Pour conclure ce point et permettre de mesurer le gouffre de la disette, signalons, avec le journal de Caracas Versión final du 26 mars dernier, que dans ce pays très catholique, en raison du prix très élevé de la farine, on a même une pénurie d’hosties, constatée lors des messes de Pâques où, dans certaines églises, les prêtres ont été obligés de les couper en quatre !

Bien entendu, la loi de l’offre et de la demande fait que les prix des produits de première nécessité augmentent de semaine en semaine, à mesure des arrivages, et, parfois même, d’un jour à l’autre. Mais les rayons des commerces et des supermarchés sont plus couramment vides que pleins. Et quand ils sont approvisionnés, il faut faire la queue pendant des heures… quelquefois pour rien ; patienter trois, quatre, cinq, six heures est quelque chose de fréquent.

Comme le gouvernement a imposé de maintenir des prix stables et que l’inflation est galopante, les commerçants ne parviennent pas à maintenir une adéquation entre leurs prix d’achat et leurs prix de vente. Ce qui fait que beaucoup de commerces ont tiré définitivement leur rideau ces dernières années : Víctor Maldonado, dirigeant de la Chambre de Commerce de Caracas, a déclaré que sur les 80 000 commerces que comptait la capitale il y a 15 ans, il n’en reste plus que la moitié, dont 9 sur 10 sont de petits commerces sans employés, qui vivotent tant bien que mal.

La première conséquence de cette situation est que les prix s’envolent. Un organisme vénézuélien, le Centre de Documentation et d’Analyse des Travailleurs a calculé qu’en décembre 2017 un travailleur de base devait consacrer l’équivalent de 45 salaires minimum pour s’acheter le panier de la ménagère (qui coûte 7,8 millions de bolivars). Au même moment, un bon salaire mensuel dépassait rarement 6 millions de bolivars, soit environ 60 $.

Enfin, il ne faut pas oublier que l’économie souterraine offre 60 % des emplois, emplois mal payés et peu sûrs. Il n’est donc pas étonnant que la population pauvre augmente. Une enquête d’Encovi (Encuentas Condiciones de Vida) montre que les habitants vivant au-dessous du seuil de pauvreté, qui étaient 48,4 % en 2014, sont aujourd’hui (2017) 87 %, et que la grande pauvreté, qui touchait 23,6 % de la population en frappe maintenant 61,2 %.

Affamés et malades

Le premier effet de cette situation est que le nombre de personnes souffrant de la faim est très élevé : un rapport du Cecodap de l’année 2016 nous apprend que, dans le Grand Caracas, 61,3 % des foyers interrogés avouent se coucher quotidiennement avec la faimr ; 82 % d’entre eux se privent de petit-déjeuner.

Le gouvernement a bien mis en place un Programme d’Alimentation Scolaire (PAE), mais une étude du même organisme montre que, contrairement à ce que disent les autorités, 69,3 % des enfants scolarisés ne reçoivent rien. Ajoutons qu’un million de jeunes ne va plus à l’école et ne peut donc recevoir cette aide alimentaire.

Conscientes, malgré tout de cet échec, elles ont lancé, pour la période 2018-2021, le “Plan de la Patrie” qui consiste à créer 20 000 potagers scolaires, transformant les établissements en “Centres Locaux de Production d’Aliments”. Les associations de parents d’élèves, comme la Fenasopadres, restent très dubitatives devant cette aventure, comme le rapporte le journal de Caracas El Nacional du 11 février dernier, car rien n’est fait pour que la mesure soit appliquée.

Pour ce qui est des adultes, le gouvernement a créé pour eux des sacs de nourriture à prix modéré ; mais ils n’arrivent qu’à un tiers de la population (12,6 millions de personnes sur un total de 31,5 millions d’habitants.

Cette cruelle pénurie alimentaire provoque un amaigrissement généralisé de la population. Déjà il y a un an, The Economist nous disait que, pour l’année 2016, les trois-quarts des Vénézuéliens avaient perdu chacun 8,7 kg en moyenne. Une enquête récente d’Encovi (Encuesta sobre Condiciones de Vida) nous apprend que 64,3 % des Vénézuéliens  adultes déclarent avoir maigri d’au moins 11 kg au cours de l’année 2017. Ce que, grâce aux moyens modernes, peuvent vérifier tous ceux qui, chez nous, ont de la famille ou des amis dans ce pays. D’autre part, la nourriture obtenue est de mauvaise qualité et déficiente en fruits et légumes, ce qui entraîne un affaiblissement et une fragilité de la santé, aggravée par la pénurie de médicaments (dont il manque souvent 80 à 90 % de ce qu’il y avait en pharmacie il y a quelques années).

Si l’on ajoute que 68 % des habitants n’ont pas d’assurance santé, on comprend que tout cela débouche, fort logiquement, sur une mortalité accrue.

Pour ce qui est des enfants, on sait qu’en 2017 la mortalité infantile a augmenté de 30 %. Le 26 janvier 2018, le porte-parole de l’Unicef, Christophe Bouliac, a révélé que 15,5 % des enfants examinés par Caritas ont un poids inférieur à celui qu’ils devraient avoir pour leur âge. Cette situation entraîne des dégâts sur leur développement physique et mental.

Autre facteur : la pénurie de médicaments est terrible et provoque une surmortalité, comme c’est le cas pour bien des malades du cancer qui pourraient être sauvés, mais ne le sont pas parce que le pays ne peut plus acheter de spécialités à l’étranger. Le gouvernement répond que le Venezuela produit des médicaments. Mais le Sefar (Servicio de Elaboraciones Farmaceúticas) n’a pu fabriquer que 714 000 unités en 2015, alors qu’il en aurait fallu 20 millions ; cette fois la pénurie est due au manque de la matière première entrant dans leur composition.

Signalons également que la malaria, qui avait quasiment disparu dans les années 40, resurgit avec 240 000 cas en 2016, le double de l’année précédente. Et l’on voit également des maladies comme la diphtérie, l’hépatite A, le zika et la tuberculose rapidement progresser.

 

[des bébés à l’Hôpital Domingo Guzmán Lander d’Anzoategui, placés dans des boîtes en carton par manque de lits.]

Tout cela est favorisé par le fait que les hôpitaux, naguère bien équipés, manquent désormais de tout : bien sûr de draps, mais surtout de médicaments, d’oxygène, d’instruments, etc. Le personnel est sous-payé : alors qu’en décembre 2017 le panier de la ménagère revenait à plus d’1, 1 million de bolivars, un interne ne gagnait que 800 000 bolivars par mois. Le résultat est que les médecins quittent le pays en grand nombre : 22 000 sont déjà partis pour des cieux plus cléments.

La grande insécurité

Par ailleurs, la pauvreté généralisée s’accompagne d’une délinquance explosive : un peu partout dans le pays, et pas seulement à Caracas, les vols, les agressions et les tentatives de pillage se multiplient, car les gens ont faim. Les commerçants – presque toujours des petits épiciers – défendent leurs boutiques comme ils peuvent. Ces attaques se soldent assez souvent par des morts et des blessés.

Un autre cas très fréquent est de se voir arracher des mains le sac des commissions à la sortie des commerces. Et le non-respect des règles essentielles s’étend à toutes les strates de la société, touchant des gens qui n’avaient encore jamais basculé dans la délinquance, comme l’indique un rapport de l’OVV (Observatoire Vénézuélien de la Violence) pour 2017, qui explique que les témoignages se multiplient de cas d’enfants qui, voyant certains camarades de classe avoir dans leur gamelle des aliments que leur estomac réclame, n’hésitent plus à se servir, parfois par la force.

Parallèlement, la délinquance ordinaire a explosé. Ce qui fait que le taux d’occupation des prisons atteint 400 %, d’après l’ONG Una Ventana a la Libertad (Une Fenêtre sur la Liberté). Elle ajoute que ces établissements pénitentiaires manquent de tout : 62 % n’ont pas de toilettes, 6 % manquent d’eau potable, 52 % de ramassage des ordures et 98 % sont sans service médical. Et la violence y règne : il y a peu, dans celle de la ville de Valencia, une émeute suivie d’un incendie a fait 68 morts.

Plus généralement, ce qui frappe et terrorise les habitants, c’est la terrible insécurité et la violence quotidienne. Déjà, pour 2016, l’OVV (Observatoire Vénézuélien de la Violence)  signalait que le nombre des homicides ne cessait d’augmenter, atteignant le chiffre de 28 479, soit un taux de 91,8 pour 100 000 habitants, plaçant ainsi le pays au second rang des pays les plus dangereux. Quant à Caracas, elle se révélait, dit le rapport, 14 fois plus violente que Sao Paulo, 10 fois plus que Bogota et 15 fois plus de la ville de Mexico. En 2017, la capitale a atteint l’indice effrayant de 130 homicides pour 100 000 habitants. Remarquons enfin que la population ne se laisse pas toujours agresser sans réagir : on a ainsi enregistré dans le pays, en 2016, quelque 120 morts par lynchage.

Une économie en ruine

La mauvaise situation que nous avons décrite jusque-là est en réalité l’une des conséquences de la très mauvaise gestion économique du pays par les présidents Hugo Chávez, puis Nicolas Maduro et leur parti, le PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela). A leur arrivée au pouvoir, ils ont trouvé un pays dont la richesse principale était le pétrole. La population, plutôt mal traitée jusqu’alors par les gouvernements de droite ou du centre qui s’étaient succédés, réclamait une amélioration de son sort. Chávez accéda à cette exigence tout à fait justifiée. Aussi le pays connut-il dans les années qui suivirent un réel progrès social.

Mais, dans son action, le président commit plusieurs erreurs que son successeur aggrava.

La première, et probablement la plus lourde de conséquences, fut de faire comme si la manne du pétrole était inépuisable. Certes, le Venezuela en possédait et en possède toujours les plus grandes réserves du monde, ce qui lui valut alors le surnom de “Venezuela saoudi”. Cela se traduisit par la redistribution très généreuse des profits de cet or noir, au nom de la “Révolution bolivarienne”.

Dans le même temps, le gouvernement gonfla, par clientélisme populiste, le personnel de l’entreprise d’État, Petróleos de Venezuela (PDVSA), qui gérait cette ressource, dont le personnel passa de 32 000 personnes à 105 000, entre 1998 et 2011. Il est important d’ajouter qu’une grande partie de ce nouveau personnel était souvent peu compétente. Le résultat fut catastrophique, car le procédé greva lourdement l’entreprise. En effet, on observa alors assez vite que la production chutait de 3,5 millions de barils par jour en 1998 à 2,4 millions en 2012 et que, parallèlement, on n’en exportait plus que 1,6 millions au lieu de 3.

Un autre phénomène a joué un rôle dans la diminution des ressources que procurait le pétrole. Ce fut le fait que la compagnie d’État PDVSA (Petróleos de Venezuea, Société Anonyme) fut mise à sac par les hiérarques du mouvement chaviste : les profits de l’entreprises furent détournés par milliards.

La compagnie cessa alors d’investir à la fois dans de nouveaux gisements et dans l’entretien et le renouvellement du matériel existant, ce qui entraîna une baisse de la production : en 2017, elle a ainsi baissé de 300 000 barils/jour (Données d’Ecoanalítica). Rien que pour le mois d’octobre 2017, le pays a produit 1,86 million de barils par jour, soit 110 000 de moins que ceux que l’OPEP lui permettait de produire.

Ces mêmes pratiques néfastes de mauvaise gestion, d’incurie et de corruption ont également frappé Corpoelec, l’organisme d’État en charge de l’électricité. Le résultat de cela est que les coupures de courant se multiplient dans tout le pays, et même à Caracas qui en a connu 116 au cours de l’année 2017, certaines de plus d’une semaine. Ce qui n’a pas de conséquences que sur le confort des habitants, mais aussi sur leur sécurité (plus d’éclairage public favorise les agressions le soir) et sur leur santé (les réfrigérateurs ne marchant plus, bien des médicaments sont perdus… et irremplaçables en raison de la pénurie généralisée) ; et à la campagne, une coupure, même d’un journée, fait perdre la collecte de lait de ce jour.

Ce qui vient d’être dit sur le pétrole, quasi unique ressource du pays, explique que la situation ait entraîné, surtout lorsque le prix international du baril s’est affaissé jusqu’aux alentours de 40 $, une énorme dette, estimée – il n’y a pas de données statistiques fiables – entre 100 et 150 milliards.

Et l’état calamiteux des finances publiques fait que, bien que le prix du baril soit remonté jusqu’aux alentours de 60 $, le pays ne parvient pas à se redresser. Car les mauvaises habitudes persistent. En novembre 2017, trois échéances concernant certains intérêts de sa dette n’ont pas été honorées.

La situation des finances publiques est alarmante : le pays possède encore 9,7 milliards de dollars de réserves, mais il devait rembourser 1,47 milliard en décembre dernier et il doit encore rembourser environ 8 autres milliards en 2018.

Selon l’EMTA (Association des Courtiers des Marchés Émergents), les titres de la dette du Venezuela sont en situation de défaut (Rapport du 8 janvier 2018). Les agences de notation Standard & Poor’s et Fritch ont émis le même diagnostic.

Hyperinflation

Il est bien évident que, dans une telle situation, la monnaie n’est plus respectée par les marchés, et plusieurs experts peuvent parler de banqueroute. Le pays est dans un état comparable à celui qu’a connu la République allemande de Weimar dans les années 30. Il y a environ un mois, la Banque Centrale a dû faire subir à la monnaie officielle un lifting en lui enlevant trois zéros ; en même temps, elle commence à émettre les nouvelles coupures ; mais le plus gros billet, de 500 nouveaux bolivars (500 000 anciens), permet tout juste d’acheter un carton de 30 œufs.

L’inflation fin 2017 a atteint 2 616 % (et même 2 700 % pour la société Ecoanalítica). Quant aux perspectives pour 2018, elles sont très sombres : l’économiste vénézuélien Oliveros pense qu’elle s’élèvera à 7 000 % ; un autre économiste, Orlando Ochoa, envisage qu’elle puisse atteindre le double, ce que confirme le FMI qui craint un indice de 13 000 %.

Par l’intermédiaire de la Banque Centrale, le gouvernement a fixé un taux de change de 10 bolivars pour 1 dollar ; ce taux officiel est appliqué à l’argent que l’État permet, sous strict contrôle, aux entreprises d’obtenir pour acheter à l’étranger des produits indispensables et que le pays ne produit pas. Mais, dans la pratique, il faut dépenser 120 000 bolivars pour obtenir un dollar en décembre 2017, et plus de 200 000 en février 2018. Ce que le pouvoir explique par une “guerre orchestrée par Washington”, alors que la cause en est l’incroyable incurie du gouvernement en place depuis 1999.

Pris dans cette spirale infernale, les Vénézuéliens n’ont trouvé, comme parade, que l’utilisation quotidienne du dollar américain qui devient ainsi, de fait, la monnaie réelle du pays. En effet, les journalistes étrangers notent que l’on trouve de plus en plus de commerces qui affichent directement leurs prix en dollars (et non dans la monnaie nationale). Mieux même, les clients qui veulent payer en bolivars se voient appliquer une “commission” de 10 % !

Pour effacer cette image et contrer cette situation financière catastrophique, Maduro a décidé de créer une nouvelle monnaie qui ne serait pas sous le regard scrutateur de la Banque Mondiale et du FMI ; juste avant Noël dernier, il a lancé un bitcoin qu’il a baptisé le petro, car il repose sur les réserves de pétrole, d’or, de gaz et de diamants du pays. La première émission a été fixée au 20 février 2018 et le taux à 60 $.

En fait, la monnaie n’est que le reflet de l’effondrement de l’économie. En effet, l’appareil productif est tombé en ruine, comme cela transparaît dans le chiffre du PIB qui a chuté de 46 % dans les 4 dernières années : – 5 % (2014), – 8 % (2015), – 16 % (2016) et – 17 % (2017).

Oubliées, l’agriculture et l’industrie

Et, contrairement à ce que proclament les dirigeants chavistes, cette chute n’est pas due à la baisse du cours du pétrole, car celui-ci est tout de même revenu depuis quelques mois à environ 60 $ le baril.

Le plus gros problème est que le pétrole constitue quasiment la seule rentrée d’argent du pays. Or l’entreprise d’État qui en a la charge, PDVSA (Petróleos de Venezuela, Sociedad Anónima) traverse une très mauvaise passe qui rejaillit, bien évidemment, sur l’ensemble de la situation économique.

Rappelons que de 1940 à 1980 le Venezuela atteignait chaque année les plus hauts indices de croissance économique. Mais les ressources du pays étaient davantage diversifiées ; aujourd’hui, le pétrole représente 96 % des exportations.

L’une des grosses erreurs des gouvernements chavistes a été d’oublier que le Venezuela était plein de ressources. C’est vrai que, dès leur arrivée, les Espagnols furent frappés par le pétrole : Christophe Colomb, lorsqu’il découvrit le pays, fut intéressé de voir que les Indiens du lac de Maracaibo s’éclairaient avec ce liquide noir qu’ils mettaient dans de petites lampes. Mais dès la période coloniale, les colons, alors incapables de comprendre encore l’intérêt du pétrole, développèrent une agriculture (chocolat, blé) et un élevage très importants dans les grandes plaines (les Llanos) du Sud.

Encore au XXème siècle, le Venezuela occupait un rang plus que convenable dans de nombreuses productions agricoles comme le sorgho (8ème producteur mondial), le sésame (7ème), le cacao (13ème), le café (20ème), les oranges (18ème), les bananes (13ème) ou les mangues (15ème) ; il possédait également le 16ème troupeau de bovins et le 18ème de chevaux (année 1989).

Enfin conscient de cette catastrophique impasse sur l’agriculture, le gouvernement vient de décider d’un “Plan Pays” pour 2018-2021, qui prévoit de ne pas financer d’importations de maïs, de soja, de riz et autres céréales, afin d’aider ses nationaux. Mais, comme le fait remarquer le représentant de l’association des producteurs, Fedeagro, pour couvrir les besoins internes, il faudrait mettre en culture 1,9 million d’hectares de maïs blanc (pour les humains) et 1,7 million d’hectares de maïs jaune (pour les animaux) ; or le pays n’a pu en cultiver qu’à peine 500 000 de chaque catégorie l’année dernière. Il faudra donc encore bien des années pour redresser cette activité agricole, méprisée jusque-là.

Avant l’explosion du pétrole, il existait aussi une production industrielle, parfois non négligeable : le pays était, en 1989, 10ème producteur mondial de fer, 20ème de fonte, 8ème d’aluminium et 12ème de cuisinières électriques.

Mais dès l’arrivée de Chávez au pouvoir, a été appliquée une politique de nationalisation débridée : 1 400 entreprises privées ont été expropriées, d’après la Conindustria (Confédération nationales des industriels). Le plus grave est que la plupart d’entre elles n’ont pas survécu à ce coup de force, aggravant ainsi la crise de la production. Et la leçon n’a pas suffi, puisqu’en avril 2017, c’est la grande usine de General Motors, installée dans l’État de Carabobo, qui a été nationalisée ; 2 700 travailleurs ont alors été licenciés… et le pays a encore perdu un savoir faire. Maduro accuse en permanence les États-Unis de saboter l’économie du Venezuela, mais, une fois de plus, comme on le voit, c’est lui-même qui a saboté sa patrie.

Le résultat de tout cela est que les échanges commerciaux sont toujours plus réduits, car le pays a de moins en moins à exporter, en raison du délabrement des capacités de production et, ne vendant plus assez, dispose de moins en moins de devises pour acheter à l’étranger. Ainsi, les exportations de biens sont passées de 99,9 milliards de dollars en 2012 à 28 milliards en 2015, et les importations de biens de 65,9 milliards de dollars en 2012 à seulement 17,8 en 2016.

Dictature ?

Si les Vénézuéliens quittent en masse leur patrie, c’est, comme nous venons de le voir, à cause de la très cruelle situation sociale (faim, insécurité, santé, etc.) due à une très mauvaise gestion de son économie. Mais c’est aussi en raison d’une situation politique étouffante.

[pochette du disque  de rock anti-Maduro.  “Compilation de 16 groupes de rock vénézuéliens, réalisée par les ONG Provea et Redes de Ayuda et présentée à Lima à l’ouverture du Sommet des Amériques le 13 avril 2018. — Source : El País”]

 

Les accapareurs

D’abord et en rapport avec la gestion économique, ce que l’on observe, c’est l’accaparement des richesses du pays par le clan au pouvoir. Et ce, quel que soit le rang du personnage.

Ainsi, les fonctionnaires, chargés d’accorder aux entreprises les licences d’importation et par là des dollars au taux officiel, profitent de leur position politico-administrative privilégiée (ce sont toujours des personnes proches du pouvoir) pour acheter personnellement des dollars à 10 bolivars chaque, afin de les revendre ensuite au marché noir à 120 000 bolivars le dollar. Signalons que l’Armée ayant le contrôle de nombre d’entreprises nationalisées, les officiers bien placés jouent également ce sale jeu à titre personnel.

Ajoutons à ces trafics monétaires un autre facteur calamiteux pour l’approvisionnement du pays : les “coimas. Ce sont des pots-de-vin que les navires important la nourriture ou les médicaments doivent verser aux mafias officielles et/ou militaires qui sont chargées de contrôler les ports ; tant que les importateurs n’ont pas versé ce qui est réclamé (dollars ou marchandises) les cargaisons sont bloquées, au point que parfois même elles sont perdues. Le même phénomène existe dans les transports routiers : les camions, chargés de bananes, de maïs, de fromages ou d’autres produits agricole doivent laisser en route le dixième de leur cargaison aux postes de police qui les contrôlent.

Diego Salazar, chef d’entreprise et cousin de Rafael Ramírez, président de PDVSA de 2004 à 2014, a touché plus de 2 milliards de commissions illégales en servant d’intermédiaire et fournissant des hommes de paille pour tous les ministres qui trafiquaient de leur influence.

Car le plus grand pillage a été celui de la compagnie pétrolière nationale, PDVSA (Petróleos de Venezuela, Sociedad Anónima) : elle a été détroussée par tous ceux qui le pouvaient et qui étaient tous des chavistes, c’est-à-dire proches de Chávez ou, par la suite, de Maduro. Le journal espagnol El País a mené en Andorre une enquête très longue et très détaille sur la question. Profitant de la levée du secret bancaire, ses journalistes ont obtenu de très nombreux documents d’où il ressort qu’un nombre important de cadres de PDVSA ont placé des sommes énormes sur des comptes secrets à la BPA (Banca Privada d’Andorra). Ainsi en 2008, Julia van Den Brule a déposé 2,4 millions de dollars et Ingrid Sánchez González 5 millions, toutes deux occupant alors des postes importants à PDVSA. Et l’enquête du journal madrilène, qui se poursuit, révèle les faramineux dépôts faits dans cette même banque entre 2008 et 2014 par de nombreux « hiérarques chavistes » qui, eux-mêmes soudoyaient avec une partie de cet argent des policiers et des fonctionnaires au Venezuela (El País, 3 février 2018). La justice andorrane a ouvert une enquête et celle des États-Unis fait de même avec l’ancien trésorier de Chávez.

Remarquons que c’est dans ce même établissement bancaire qu’avaient déposé leurs fonds les dirigeants du géant brésilien de la construction, Odebrecht, connu pour avoir “arrosé” de nombreux dirigeants latino-américains et conduit, en particulier, Lula en prison et le président péruvien à la démission. Coïncidence ? Toujours est-il que le Tribunal Suprême de Justice (en exil à Lima) a lancé des investigations, car il semble acquis que cette entreprise a financé Chávez, puis Maduro (qui aurait reçu une aide de 50 millions de dollars pour sa campagne présidentielle de 2013).

Récemment, le député de Caracas Ismael León (opposition) a accusé publiquement le Vice-Président de la République, Diosdado Cabello, un ancien lieutenant de l’Armée, de posséder une fortune de 3,5 milliards de dollars. On comprend qu’en 2015, l’ONG Transparency International ait classé le Venezuela comme un des plus corropmu du monde : 158ème sur 166.

Et l’Armée ? Le pouvoir a toujours largement rétribué ses généraux, dont certains trempent encore, semble-t-il, dans le trafic de drogue international. L’auteur de ces lignes a reçu, il y a plus de dix ans, le témoignage d’un religieux qui lui avait expliqué que Chávez laissait le trafic de drogue aux militaires pour conserver l’appui des Forces Armées. Procédé bien connu en Amérique latine où, par exemple, le général Stroessner, dictateur du Paraguay, avait distribué entre ses généraux les différentes marques dont on pouvait faire contrebande ; ceux-ci avaient fini par être connus dans le pays sous les noms de “Général Camel”, “Général Luky Strike” ou “Général Jack Daniel’s” !

Malgré cette permissivité dont jouissent les Forces Armées, on note qu’il y a eu, ces derniers mois, deux mouvements militaires violents, qualifiés de tentatives de coups d’État, et que la DGCIM (Direction Générale du Contrespionnage Militaire) est actuellement très active, multipliant les arrestations parmi les officiers (y compris généraux), comme le révèle le journal de Caracas El Venezolano du 18 mars dernier, qui signale le lendemain que des officiers supérieurs ont été torturés.

Ceci dit peut-on parler de dictature ? Accusé par beaucoup de Vénézuéliens – qui le rejettent à 75,6 % (sondage de l’institut Venebarómetro de septembre 2017) – et même par de nombreux gouvernements étrangers d’être un dictateur, Maduro réplique que ses contempteurs sont les États-Unis qui ne cherchent qu’à s’emparer des ressources du pays et que lui est démocrate, puisqu’il a régulièrement organisé des élections à tous les niveaux.

L’opposition criminalisée

Remarquons tout de même qu’il règne sous Maduro, comme déjà sous Chávez, une atmosphère lourde qui pesait et pèse toujours sur l’opposition, comme nous l’avons montré dans un article publié dans la présente newsletter : “Le mot croisé qui tue” (n° 1 du 1er juillet 2012).

On ne peut oublier que l’un des principaux opposants, Leopoldo López a été condamné à plus de 13 ans de prison en 2014 pour des crimes qu’il n’a pas commis ; il a été libéré – mais avec arrestation domiciliaire – le 9 juillet 2017. Mais on ne peut parler de lui et du climat du pays sans rappeler que sa femme, venue le voir en prison, a été mise entièrement nue et subi par deux fois et devant témoins une sévère et dégradante fouille au corps.

L’ancienne Procureur général du Venezuela, désormais réfugiée en Espagne, a révélé qu’elle avait subi de fortes pressions du Vice-Président de la République, Diosdado Cabello, pour faire condamner Leopoldo López pour crimes. De son côté, une experte du procès a déclaré que son rapport avait été trafiqué.

Le journal espagnol ABC a publié, le 19 février dernier, l’émouvant témoignage d’une jeune Vénézuélienne, Araminta González, emprisonnée sans jugement pendant deux ans et demi et torturée à de multiples reprises. Ce texte faisait suite à un autre, publié neuf jours plus tôt qui dressait un terrible tableau des prisons maduristes, où se pratiquent toutes sortes de tortures, déjà mises en pratique au Chili sous Pinochet, telles  de les décharges d’électricité, les coups de bâton, l’étouffement à l’aide de poches en plastique, les abus sexuels, etc. Si bien que la Cour Pénale Internationale de La Haye a ouvert une enquête préliminaire portant sur 392 cas de tortures.

Les protestations contre la déplorable situation du pays ont été nombreuses et le gouvernement y a répondu avec une grande violence ; le bilan est éloquent : par exemple, entre avril et août 2017, il y a eu 120 morts et des centaines de blessés. L’ex-Procureur général Luisa Díaz Ortega a accusé auprès de la Cour Pénale Internationale Maduro et le pouvoir en général d’avoir tué, depuis son élection, quelque 8 000 opposants. Ils disposent, en effet, d’hommes de main constitués en groupes parapoliciers, connus sous le nom de “colectivos” qui sont de véritables “gardiens de la Révolution bolivarienne” et qui, sûrs de leur impunité attaquent, blessant et tuant, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, n’acceptent pas la politique du gouvernement.

Comme si cela ne suffisait pas, Maduro a fait promulguer, en décembre, une “Loi contre la Haine” qui alourdit les sanctions pénales : 10 à 20 ans de prison pour toute manifestation d’hostilité au pouvoir.

Hold-up sur les institutions

Mais Maduro et son clan cherchent, en même temps, à conserver par tous les moyens la haute main sur les institutions politiques. Depuis 2014, l’opposition politique, dominée par le centre droit, a fini par cesser ses chamailleries et s’est unie dans le MUD (Mesa de la Unidad Democrática). Les élections législatives du 6 décembre 2015 (78 % de votants) lui ont donné une très nette victoire, puisqu’elle a remporté les 3/5 des sièges de députés.

A partir de ce moment-là, Maduro, qui ne voulut pas reconnaître l’Assemblée Nationale, pourtant régulièrement élue, mais dominée par l’opposition, allaita tout faire pour contourner ce pouvoir législatif pourtant légitime. Ce fut la création, sur des bases non démocratiques, d’une Assemblée Constituante uniquement composée de députés chavistes. A peine élue, cette nouvelle assemblée s’est indûment arrogé le droit de légiférer, privant ainsi l’Assemblée Nationale, seule légitime, de son pouvoir.

Depuis, l’opposition clame que toutes les élections sont truquées : aussi bien les élections des gouverneurs (octobre 2017) que les municipales du 10 décembre de la même année (auxquelles, d’ailleurs, la MUD, Bureau de l’Unité Démocratique), qui regroupe les principaux partis d’opposition avait renoncé à participer.

Cette mauvaise opinion des élections est partagée par les autres nations latino-américaines. Ainsi les 14 pays du Groupe de Lima ont déclaré que les prochaines élections présidentielles n’offrent aucune garantie démocratique ; c’est pourquoi, alors qu’ils doivent se réunir les 13 et 14 avril prochain dans la capitale du Pérou, ils ont unanimement refusé d’inviter Nicolas Maduro et déclaré que, s’il veut s’inviter de force (comme il en a fait courir le bruit), « il ne sera pas le bienvenu». Bien évidemment, les États-Unis disent leur défiance face aux prochaines élections présidentielles, fixées au 20 mai 2018, et le président Macron a déclaré de son côté le 3 avril que les conditions prévues « ne permettraient pas un scrutin juste et libre ».

Dans une déclaration du 10 décembre 2017, Maduro dit qu’il veut faire interdire les alliances de partis politiques, ce qui vise expressément la MUD (Bureau Uni de la Démocratie), qui regroupe les trois principaux mouvements d’opposition structurée.

Séduction et bâillon

En même temps, le président fait son possible pour que séduire les citoyens les plus pauvres par des aides ciblées, comme les CLAP et le “carnet de la patria”.

Déjà sous les gouvernements successifs de Chávez, la dépense sociale avait fait un bond gigantesque, car, si elle avait pour but officiel de donner une vie meilleure aux pauvres (ce qui était vrai et nécessaire), elle servait aussi à s’attacher le vote de cette population. Ce système prit d’ailleurs sa véritable ampleur à partir de 2007, c’est-à-dire après la seconde élection de Hugo Chávez à la présidence.

Aujourd’hui, les aides, même si ce n’est pas dit ouvertement, mais suggéré, sont soumises à condition d’allégeance au mouvement politique au pouvoir, le PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela). Il s’agit du “carnet de la patrie” qui donne droit à des bons en argent, et des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) qui distribuent des aides alimentaires ; les deux organismes étant aux mains de chavistes dévoués qui, lors des périodes électorales, exercent un chantage auprès des malheureux qui, comme le dit un universitaire vénézuélien, « échangent leur vote pour de la nourriture ».

Enfin, le pouvoir cherche à préserver une certaine sous-information, car la connaissance des réalités lui serait préjudiciable. C’est pourquoi les chiffres de l’inflation sont publiés par l’Assemblée Nationale et non par la Banque Centrale, qui a cessé de le faire depuis 2015 sur ordre du gouvernement. D’une façon générale aucune étude officielle n’est rendue publique ; nous ne disposons que des enquêtes d’organismes privés, d’ONG ou d’équipes de chercheurs universitaires. Et ce silence est imposé dans tous les domaines : ainsi, par exemple, depuis avril 2014 – et pour la première fois depuis 1938 –, il n’est plus publié de bulletin épidémiologique, officiellement, selon les déclarations d’Henry Ventura, Ministre de la Santé, afin d’éviter « des interprétations politiques » des données.

De nombreux medias (journaux, radios, télévisions) ont été muselés ou carrément interdits. Le samedi 26 août 2017, une manifestation des journalistes, organisée par le SNTP (Syndicat National des Travailleurs de la Presse) a protesté contre ces atteintes à la liberté d’expression (fermeture de 49 médias).

Ajoutons à ces tracasseries administratives le manque de papier qui frappe le pays, et l’on comprend que la liberté d’expression est naturellement réduite. Surtout que le gouvernement aggrave la situation. En effet, en raison du strict contrôle des changes mis en place, les journaux doivent acheter leur papier à un organisme dépendant de l’État ; celui-ci fournit ou non, à son gré politique, les organes de presse ; bien entendu, ceux de l’opposition se voient toujours matériellement étranglés. Le Figaro du 31 août 2017 explique ainsi que le journal El Nacional, qui offrait 60 pages par jour ne peut plus en diffuser qu’une vingtaine et a dû se séparer de la moitié de ses journalistes.

Ces dernières semaines six statues de Hugo Chávez ont été dégradées dans le pays. Surtout, celle qui trônait à Sabaneta, son village natal, a été brûlée. Rien ne va plus. Les Vénézuéliens quittent leur foyer et ceux qui restent brûlent leur dieu.

Jean-Pierre Clément,

Professeur émérite

Sorbonne Université

 

 

1- Hommage rendu lors des funérailles ( Claude Chancel)

Monsieur l’Inspecteur Général Jean Carpentier.

Vos amis de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier, de Poitiers, qui vous ont choisi comme Président d’honneur, tiennent à exprimer ceci :

Professeur, chercheur et auteur, vous êtes devenu, il y a longtemps, leur supérieur hiérarchique. Vos collègues veulent vous dire combien vous avez gagné leur respect et leur totale confiance. Chacun, toujours à sa juste place, au fil des années et sur le chemin de la rencontre, est devenu votre ami.

Car, deux préoccupations vous ont toujours animé : l’exigence et la bienveillance.

L’exigence d’abord, dans l’intérêt prioritaire des enfants que la République, dans toutes ses écoles, de la sixième aux « prépas », leur a fait l’honneur de leur confier. Vous donniez aussi le droit d’essayer, dès lors que l’objectif était d’améliorer et d’avancer.

La bienveillance, ensuite, pour les maîtres dont vous connaissiez le plus grand dévouement. Vous avez exercé, avec mesure, votre « devoir de conseil », à la façon d’un noble seigneur des temps jadis.

Enfin, vos amis n’étaient pas tous des enseignants, soucieux que vous étiez de l’ouverture en direction de ce que nous appelons la société civile, société au sein de laquelle nos élèves sont appelés à gagner un jour leur vie.

Pour votre dévouement, pour votre capacité d’empathie, pour votre droiture, nous vous disons, Jean, notre affection pour toujours.

2- Hommage rendu lors de la conférence de Christian Lochon sur les chrétiens d'Orient [par Jean-Henri Calmon]

L'Inspecteur général Jean Carpentier, qui était notre président d'honneur, est décédé la semaine passée. Il a été inhumé samedi dernier à La Villedieu-du-Clain. Vous avez tous conservé le souvenir de ce grand monsieur, très distingué et toujours plein d'attention pour les uns et pour les autres qui ne manquait aucune de nos conférences ; il avait lui-même présenté Mme Nicole Lemaître, professeur honoraire à la Sorbonne qui était venue, à sa demande, nous parler, en septembre dernier, de Luther et du luthéranisme.                                                                          

Homme de très grande culture, éminent historien et professeur, très remarquable pédagogue, et reconnu comme tel, il était devenu Inspecteur général de l'éducation nationale, fonction où il s'appliquait à servir au mieux les intérêts d’une jeunesse à laquelle il a consacré toute sa vie. Il considérait en effet que la destinée de notre démocratie résidait, pour une large part, dans l'éducation et la formation des jeunes, et que le devoir de chacun de ceux qui en avaient la charge, à commencer par les maîtres, était bien d'être en permanence à leur écoute, non pour céder aux caprices des modes ou aux facilités du temps, mais pour comprendre en profondeur ce qu’étaient leurs préoccupations, leurs aspirations, ce qui les motivait au fond, et ce qui était susceptible de les émouvoir. Comprendre la jeunesse donc, pour la guider utilement dans les voies où elle pourrait s'épanouir et apporter, à son tour, sa pierre à l'édification jamais achevée de la République, la République ce cocon de nos libertés les plus chères et de notre art de vivre. Comprendre la jeunesse, c'était avant tout, pour ce grand intellectuel, saisir l'évolution d'une société en mouvement, qui ne saurait se laisser enfermer dans des dogmes figés, des vérités de circonstance et des jugements définitifs. Et pour que cet idéal soit poursuivi sans relâche, il recommandait que l'on se tienne toujours à l'écoute du monde, et en état de le questionner sans cesse. C'est pourquoi il s'était intéressé de très près, et très tôt, à ce que nous faisions ici et qu'il avait accepté, le moment venu, la présidence d'honneur de notre association

Il était la bienveillance même, observant le monde avec beaucoup d'humilité,  de bonté et d’indulgence, mais toujours avec infiniment de perspicacité. C'est avec une peine immense que nous ressentons sa disparition qui fait de nous des orphelins de l'esprit.   

3- Hommage d'Alain Bondeelle ( Ex président de l'Arelc) : Jean Carpentier et l’ARELC.

    L’Association Religions Laïcité Citoyenneté (A.R.E.L.C.), qu’il a fondée et dont il a été le premier Président, a été l’un parmi les nombreux engagements et travaux de Jean Carpentier ; mais comme son épouse me l’a rappelé ces jours-ci, l’ARELC représentait un de ceux auxquels il tenait le plus. Après le colloque de Besançon organisé par Philippe Joutard en 1991, sur l’enseignement des religions comme faits anthropologiques, Jean Carpentier et son collègue Pierre Biard organisent dans le plan de formation du M.E.N., un certain nombre d’Universités d’été sur les grandes religions : le Christianisme primitif, l’Islam, la Réforme et le protestantisme à Saint-Jean d'Angély, le Judaïsme au Centre Rachi de Troyes, le Bouddhisme au monastère bouddhiste de La Boulaye en Bourgogne. Les participantes et les participants dont beaucoup reviennent l’année suivante, découvrent qu’ils s’apprécient et ont envie de poursuivre et d’aller plus loin. Et décident, sous son impulsion, de créer en 1997-98 une association afin d’approfondir et étendre le travail, l’ARELC : Association-Religions-Laïcité-Citoyenneté.

            L’ARELC publie un bulletin ; invite des intervenants à plusieurs de ses réunions ; organise avec d’autres associations des colloques :

 – à Marseille avec Marseille-Espérance,

 – à Lyon le 26 janvier 2002 avec le Cercle Montségur « Le fait religieux dans l’enseignement aujourd’hui »,

– à Lille les 9 et 10 novembre 2002 avec l’APHG « Enseigner le fait religieux à l’école laïque »,

 – à Paris avec la Fraternité d’Abraham le 9 mars 2003 « Regards juifs, chrétiens, musulmans et laïques sur la laïcité en France »,

 – puis avec la Ligue de l'Enseignement les 24, 25, 26 octobre 2005 « Les conditions d’un enseignement du fait religieux dans l’école française ».

            Il s’agit de creuser plus largement les expériences de terrain sans renoncer à l'exigence critique propre à la science historique ; l’objectif visé est de permettre aux élèves de saisir, au-delà des représentations, des textes, des pratiques et des dogmes ce que signifient pour un croyant sa religion et le rôle central qu'elle peut jouer dans sa vie en tant que ressource spirituelle, sans lui accorder l’exclusivité.

            L'association a une vie riche et intense ; elle organise aussi des voyages sur des sites centraux pour l’histoire des religions, à Ravenne, Palerme, sur l'ile de Chypre, voyages qui développent aussi la convivialité entre ses membres.

            Quand, après la publication du rapport Debray, est créé l'Institut Européen des Sciences Religieuses (I.E.S.R), institution liée à la V° Section des Hautes Études et destinée au sein du M.E.N. à la formation à l'enseignement des religions comme faits anthropologiques, l'association qui estime avoir mené des années durant avec ses moyens un travail analogue, décide son auto- dissolution.

             Jean Carpentier laisse à toutes celles et ceux qui l'ont approché par l'ARELC la trace d'un historien savant, rigoureux, modeste, capable de mobiliser les meilleurs intervenants ; et, doué d’une sensibilité attentive, capable surtout de mobiliser en chacun ce qu'il avait de meilleur.