"Une nation terrassée qui possède toujours une Marine invaincue, organisée et redoutable avec un empire colonial libre: telle est la situation paradoxale de la France au lendemain de l'armistice du 24 juin 1940.

Malgré la parole d'honneur – qui sera toujours respectée – donnée par l'amiral Darlan que la flotte ne se rendrait jamais, Churchill lance le 3 juillet 1940, contre l'avis de nombre de ses amiraux, l'opération "catapult" visant à s'emparer de tous les navires français accessibles ou de les détruire. Deux cents navires qui se croient à l’abri dans les ports anglais sont pris par surprise; l'escadre au mouillage à Mers el Kébir est agressée; celle d'Alexandrie évite le pire. 
Attaqués par l'allié de la veille, menacé par l'ennemi vainqueur, l'heure d'un choix difficile a sonné pour les marins de France qui naviguent dans le brouillard."

Hugues Eudeline

 

Conférence du mardi 24 mai à 18 heures, 62 rue Jean Jaurès, amphi Gaston Morin

Présentation par Jacques Pasquier, membre de l'Institut Jacques Cartier

 

Le livre « Oiseaux du Poitou-Charentes« , de 432 pages (24 x 32 cm), propose un riche panorama des oiseaux du Poitou-Charentes. Livre coordoné par Michel GRANGER qui était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter la LPO pour son centenaire.

Cet ouvrage, conçu pour tous les passionnés des oiseaux, qu’ils soient naturalistes confirmés ou simples amoureux de la nature, comprend plus de 500 photographies couleur et figures, ainsi que 180 cartes de répartition des oiseaux nicheurs en Poitou-Charentes.

Il est livré avec un cédérom interactif comprenant les cartes de répartition des oiseaux nicheurs, faisant suite à l’enquête menée par les groupes ornithologiques de la région entre 2005 et 2008.

Nicheurs, migrateurs, hivernants, occasionnels… tous les oiseaux du Poitou-Charentes sont présents.

On découvre aussi dans cet ouvrage les milieux qu’ils fréquentent, l’histoire régionale de l’ornithologie, les grands paysages régionaux ainsi que l’importance de la région pour les oiseaux.

Membres de Charente Nature, du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, de la LPO France, de la LPO Charente-Maritime et de la LPO Vienne, les auteurs sont tous des naturalistes confirmés réunis autour d’une même passion : faire découvrir et protéger les oiseaux !

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André Angotti était venu à l'Institut Jacques Cartier présenter son livre "Aborder facilement la complexité"

Son dernier ouvrage souhaite présenter une vision de la politique sous un angle différent.

 

 

Allah est-il arabe ? Est-il permis de choisir librement sa religion ou tout simplement de la quitter ? Le vert est-il la couleur de l’islam ? Le soufisme est-il une secte ? Peut-on traduire le Coran ? Une femme peut-elle devenir imam ? Le minaret, le hijâb, le tapis de prière, le croissant…sont-ils des éléments intangibles du rite musulman ? Faut-il vivre en tout point comme le Prophète pour être un « bon musulman » ?

Cet essai est une réponse aux idées reçues sur l’islam. Celles qui sévissent chez les non-musulmans, mais souvent aussi chez les musulmans eux-mêmes, produisant parfois des aberrations et des violences auxquelles nous assistons, désarmés, sans en comprendre les raisons.

Il est réducteur de penser que tout, dans la vie d'un musulman, s'explique par l'islam. Tareq Oubrou s'emploie ici à faire la part des choses entre le cultuel et le culturel, entre ce que disent les textes et ce qui relève des traditions. Soucieux d'en finir avec la sclérose qui paralyse la pensée musulmane, il propose de renouer avec l'esprit de l'islam, en rappelant le contexte historique dans lequel est née cette religion. Son livre, en balayant une fois pour toutes l'idée selon laquelle l'islam serait par essence incompatible avec la modernité, la démocratie, l'égalité hommes-femmes et les valeurs de la république, nous ouvre des perspectives concrètes pour améliorer le vivre-ensemble aujourd'hui.

Texte de quatrième de couverture du livre.

Né en 1959 au Maroc, Tareq Oubrou est grand imam de Bordeaux et recteur de la Grande Mosquée de Bordeaux. Il est engagé de longue date dans le dialogue interreligieux, notamment islamo-chrétien.

Un livre à lire et à faire lire de manière très utile dans le contexte actuel de grande ignorance des faits religieux et de risque d'amalgames.

 

Christian BERNARD

 

Cyril Roussel, chercheur à  l’Institut Migrinter de Poitiers et à l’Institut Français du Proche-Orient [IFPO]

Ce géographe qui est venu, avec Gildas Simon fondateur de Migrinter, donner une conférence en février à l’Institut Jacques Cartier, étudie actuellement les transformations des espaces frontaliers et des espaces urbains en rapport avec la circulation accrue des populations et des marchandises au Moyen-Orient ainsi les réadaptations de ces flux dans un contexte de conflit.

Cyril Roussel | Institut français du Proche-Orient – Ifpo.

Objet d’étude

Mes questionnements de recherche visent à comprendre l’organisation des populations migrantes et le fonctionnement des espaces produits par les circulations migratoires au Moyen-Orient. Mais également les modes de circulation des populations qui pratiquent le cross border et les processus d’intégration régionale qui en découlent. Il s’agit donc d’une problématique générale axée sur la migration et la circulation, mais qui cherche à s’articuler à des processus de constructions socio-spatiales. C’est pour cela que je m’intéresse également aux flux des marchandises et aux dynamiques de leur organisation dans l’espace dans une perspective transfrontalière. Deux types d’espaces sont ainsi étudiés : les espaces frontaliers d’un côté ; les espaces urbains de l’autre et spécialement les quartiers et villes de polarisation des populations migrantes, déplacées et réfugiées ainsi que les villes entrepôts du commerce légal ou clandestin. Ces recherches, ancrées dans la géographie sociale et du politique, portent sur des pays qui ont la particularité d’être régulièrement, et ce sur un temps long, en conflit et dans lesquelles les frontières s’ouvrent et peuvent subitement se refermer. La reconfiguration de l’espace kurde qui est devenu un enjeu majeur tant dans le conflit syrien que dans le conflit irakien demeure au centre de nos travaux puisqu’elle pose avec acuité la question de la délimitation frontalière de nouveaux territoires politiques en devenir. Mes recherches portent aussi sur des pays où les politiques d’accueil des travailleurs migrants et des réfugiés sont très différentes. Enfin, des pays qui n’appartiennent pas à la même aire culturelle puisque mon terrain se situe entre le monde arabe, le monde turc et le monde kurdo-iranien : ceci engendre des politiques douanières diverses et une intégration dans la mondialisation parfois partielle (Iran, Syrie). Tous ces éléments se combinent pour créer une zone d’étude particulièrement riche quant à la diversité des acteurs migrants mais aussi quant à leur capacité d’adaptation à un contexte mouvant obligeant à une réorganisation sans cesse renouvelée des flux, des points de passage et des stratégies.

Je dirige un programme qui s’intitule « Les cartes du nord de l’Irak ». Le but est de mener un vaste programme de recherche de terrain, de dynamiser les échanges inter-universitaires entre l’Irak et la France (publication commune ; manifestations scientifiques communes ; échanges d’étudiants) et de livrer une publication trilingue qui comprendra un corpus cartographique accompagné d’analyses dans les divers domaines de l’analyse spatiale. À travers ce programme se décline ma problématique générale qui trouve ainsi un nouveau terrain d’analyse particulièrement adapté : le Kurdistan d’Irak est en effet un espace frontalier traversé de toute part par des flux migratoires et de marchandises !

Travail de terrain/ Méthodologie

Mes recherches se focalisent sur plusieurs lieux d’observation et études de terrain : le Kurdistan d’Irak et de Syrie avec les frontières syro-irakienne, turco-irakienne, irano-irakienne ; la frontière entre la Jordanie et la Syrie ; la frontière entre la Turquie et la Syrie. Dans le cadre de plusieurs programmes de recherche, je travaille sur les communautés kurdes transfrontalières entre Irak, Syrie, Turquie et Iran mais aussi sur les réfugiés syriens qui s’établissent en Irak et en Jordanie. À partir de missions régulières sur le terrain, aux frontières de ces pays mais aussi dans les lieux de polarisations des migrants et des activités transfrontalières, je tente de mettre en place une cartographie fine des dynamiques circulatoires et de leurs répercussions sur l’organisation de territoires en devenir.

 

Cyrill Roussel

De nombreux articles de ce chercheur sont en ligne sur le Web, nous vous invitons à consulter le site de l’Ifpo.

Pourquoi la Russie soutient-elle la Syrie ? [Christian Bernard]

 

 

  Malgré le ralentissement très net de son économie, l’année 2016 a commencé par une série de krachs boursiers préoccupants pour la Chine,  devenue la seconde puissance du monde, en attendant de devenir, un jour, la première.  L’Afrique, balkanisée en 54 pays, détient des ressources naturelles et humaines considérables. Elle s’est éloignée des « années perdues » des années 1980 et connait, depuis les années 2000, en beaucoup de ses contrées, une croissance vigoureuse (plus de 5% l’an) et une promesse d’avenir, d’ailleurs nécessaire pour un continent qui, en quelques décennies, va passer de un à deux milliards d’hommes.    

La Chine s’honore de connaître l’Afrique depuis longtemps, avec  les expéditions maritimes de l’amiral  Zheng He, de 1405 à 1431. Elle en recherche aujourd’hui  les traces au large du Kenya. Elle était présente à la conférence de Bandung de 1955, « réveil des peuples colonisés », qui fut suivi da quelques réalisations spectaculaires, telles la voie ferrée Tanzam, construite sur 1600 km entre 1973 et 1976 et permettant à la Zambie d’exporter son cuivre (métal rouge dont la Chine est grande consommatrice !) via le port tanzanien de Dar-es-Salam.

                Aujourd’hui, il est clair que l’action économique de la Chine sur le continent africain sert sa  diplomatie, car elle y a trouvé une importante réserve de voix à l’ONU, en particulier pour évincer  Taiwan. Il n’y a plus guère que le  Burkina Faso, Sao Tomé et le Swaziland pour reconnaître encore la « 23ème province chinoise » !

                La Chine a le génie des grands travaux (Grande Muraille et Grand Canal), tandis que l’Afrique dispose de ressources actuelles ou à venir considérables dans les domaines de l’énergie, des minerais, de la terre arable (dont elle dispose de la moitié des réserves mondiales), de la forêt et de la pêche. La donne est donc lumineuse : infrastructures contre fournitures, si bien que, pour ses besoins colossaux, la Chine, devenue l’usine du monde, est partout en Afrique. Ainsi en-est-il, en ce qui concerne le pétrole et le gaz, de ses partenariats, évolutifs avec le Nigéria, l’Angola, le Mozambique, l’Algérie, la Libye et le Soudan, ou, encore, pour les minerais, de ses collaborations avec l’Afrique du sud, la République Démocratique du Congo, Le Niger, le Zimbabwe et la  Zambie. C’est que l’Empire a d’énormes besoins en fer, en platine, en or, en cuivre, en coltan…. Il a, aussi, besoin de maïs, d’où la location de terres à Madagascar, par exemple. Le Gabon a dû restreindre les exportations de bois au profit de Pékin et bien des pays côtiers d’Afrique, comme le Sénégal, voient leur bassin maritime écumé par les puissants navires de pêche chinois.

                La pénétration économique chinoise en  Afrique s’est déroulée en trois phases : la quête de ressources, la construction d’infrastructures et de réseaux, l’implantation d’usines chinoises, enfin. Routes et autoroutes, voies ferrées, pipe-lines, téléphonie mobile, écoles et universités, dispensaires et hôpitaux, barrages, zones portuaires et aéroports, palais présidentiels, grande mosquée d’Alger, stades de football et, même, le siège de l’Union Africaine à Addis Abeba, construit par la Chine (voie ferrée reliant Djibouti à la côte atlantique rénovée par Pékin).

                Désormais, les grands groupes chinois construisent des usines, comme en Ethiopie qui dispose d’une main d’œuvre abondante  encore bien moins chère que la chinoise et de la matière première locale (le cuir) pour l’industrie de la chaussure. La production, à destination des marchés solvables de l’Occident (l’Europe en particulier) bénéficie ainsi deux fois de la mondialisation, car elle entre en franchise dans les pays de l’Union Européenne  en  vertu des dérogations accordées par Bruxelles aux pays les plus pauvres de la planète.

                Quelles sont les modes de fonctionnement de la Chine ?

                La Chine dispose de quatre mille milliards de dollars de réserves de change, qui viennent de passer à 3.400, ce qui est une somme colossale qu’il suffit de comparer aux 800 milliards de  dollars de la zone euro et aux 150  de la FED, la banque centrale américaine ! Sur ce fond sans aucun équivalent dans le monde, deux établissements bancaires d’état, l’Import Export Bank of China et la China Development Bank,   prêtent  aux entreprises chinoises, toujours dépendantes du pouvoir, ce qui leur confère une capacité à réaliser sans pareil. En quelque sorte,  La Chine prête à la Chine…

                Depuis 2000, le FOCAC, Forum sur la Coopération Africaine, organise et coordonne les partenariats sino-africains. Il se déroule tous les trois ans : en 2000 à Pékin, en 2003 à Addis Abeba, l’une de ses plus grandes manifestations  s’est déroulée en 2006 à Pékin où se sont réunis 48 grands responsables du continent africain et où  les promesses de la Chine furent colossales Cette réunion a été la plus grande manifestation diplomatique jamais organisée en Chine depuis 1949. En 2009, le forum reprend à Charm el-Cheikh, en Egypte, en 2012 à Pékin et en 2015 au Cap, en Afrique du Sud, de loin, le premier partenaire de Pékin sur le continent. A l’échelle du temps, la présence chinoise en Afrique est considérable Depuis sa fondation, la République Populaire de Chine a financé plus de mille projets, envoyé des milliers de médecins et accueilli sur son territoire plus de 20.000 étudiants africains afin de les former.

                 L’organisation même de l’économie chinoise qui pratique une sorte particulière de capitalisme autoritaire piloté par le Parti communiste fait que le vendeur, l’acheteur et le prêteur chinois sont le même ! De surcroît, le pays dispose de la plus grande diaspora du monde. Combien y-a-t-il de Chinois en Afrique ? Si la réponse est difficile, beaucoup d’observateurs estiment qu’ils sont  environ un million,  quand les Français ne seraient plus guère que 100.000…

                Quels sont les sujets de controverse sur  la présence chinoise en Afrique ?

                La Chine a réveillé l’Afrique qui, de continent au risque de l’oubli, est devenu un continent convoité et courtisé, qui peut s’appuyer sur le dynamisme des nouvelles classes moyennes africaines.  Il n’empêche, les sujets de controverse  sont très nombreux. Il y d’abord la question du principe de non-ingérence qui permet à Pékin de proposer une alternative par rapport à l’Occident, mais qui renforce de fait des régimes bien peu soucieux des droits de l’homme (Soudan ou Zimbabwe).

                 Si la politique des plans d’ajustement structurels du FMI peut être discutable, bien des pays africains ont, cependant, bénéficié de remises de dettes, alors que, au grand dam des capitales de l’ouest, l’aide chinoise peut aboutir à un nouvel endettement  d’un certain nombre de pays, car les contrats chinois sont loin d’être équitables. L’aide chinoise est une aide liée, commode dans un premier temps, mais, finalement, très onéreuse à terme. Si bien que certains pays comme le Niger, commencent à  remettre en cause certains contrats, parfois même, conseillés par des agences ou des ONG occidentales spécialisées. C’est que le rapport de force entre l’empire de taille XXL et chaque pays africain comme la RDC ou Madagascar est totalement déséquilibré. Dans ce dernier cas, on peut citer un contrat signé entre la Wuhan Iron and Steel Corporation, d’un montant de 6,7 milliards de dollars et  les autorités malgaches, alors que le PIB 2013 de la Grande Ile n’est que de 11, 2 milliards (Chine, 9181 milliards, soit 83 fois plus !)

                La corruption est fort répandue chez de nombreux interlocuteurs, tant du côté chinois que du côté africain. Ces excès criants génèrent, bien entendu, blocages, injustices et inégalités très néfastes à la confiance si nécessaire à la croissance véritable et au développement. Sur le plan économique, l’Afrique ne contribue qu’à la hauteur de 1% à la production industrielle mondiale. Elle est menacée par la « Maladie hollandaise » (connue au moment de la découverte et de l’exploitation du gaz de Groningue dans les années 1970), qui veut que l’essentiel des investissements aille  à la rente minière au détriment de tous les autres secteurs économiques d’un pays qui finit par s’appauvrir sans créer de nouveaux emplois.

                D’autres problèmes se posent encore, qui peuvent concerner la qualité de certaines infrastructures livrées par les entreprises de Pékin et qui semblent mal vieillir et trop vite. L’absence, de transferts de technologies est aussi un véritable problème, même si certains pays ne disposent pas encore d’un personnel  technique et scientifique en nombre pour les capter. Alors que l’on sait à quel point la Chine elle-même et les NPI du monde entier ont exigé ces transferts dans les transactions commerciales dans le contexte d’une concurrence impitoyable.

                La création d’emplois est au cœur de contentieux sensibles. Il est reproché à la Chine de faire venir en nombre ses propres ressortissants au détriment de la main d’œuvre locale, ou, encore, de mal considérer celle qui est embauchée, insuffisamment rémunérée, sans protection pour les tâches dangereuses et privée d’avantages sociaux. Les relations tendues entre l’encadrement chinois et la main d’œuvre indigène peuvent déboucher sur de graves incidents et même des grèves sévèrement réprimées. La dynamique commerciale des épiciers chinois peut mettre à mal le commerce de rue, qui est souvent une activité de survie  pour une partie de la population africaine…

                Le point en 2016

Dans le monde, devenu aujourd’hui sino-centré, et donc sino-dépendant et qui sera, peut-être, davantage afro-centré demain, plusieurs évolutions semblent possibles. D’abord, le ralentissement de l’économie chinoise, très fort, et, peut-être, plus accentué qu’on ne le croit, compte tenu du manque de fiabilité des statistiques officielles chinoises (taux actuel de croissance de 3 à 4%, et même moins, selon certains). Les difficultés qui obligent la Banque centrale à intervenir ont déjà des conséquences sur les réserves de change de la Chine qui, début janvier 2016, seraient redescendues de 4.000 milliards de dollars à moins de 3.400 milliards. Est-ce de nature à ralentir, un jour, les investissements de la Chine sur le continent africain ?

                Ce qui est certain, c’est que le ralentissement des achats de pétrole, de gaz naturel et de minéraux de toutes sortes sont de nature à plonger bien des pays africains dans de grosses difficultés, comme c’est déjà le cas du Nigéria, de l’Algérie de l’Afrique du sud et de la plupart des pays miniers du continent.  Le Zimbabwe, en grande difficulté, souhaiterait créer un lien entre sa monnaie effondrée et le yuan !

               Mais le plus important pour l’avenir reste la question environnementale. La Chine, elle-même, est devenue le plus grand pollueur de la planète dans ses terres, dans ses rivières et dans son atmosphère qui connait « l’airpocalypse ». Dans un premier temps, elle a incontestablement sacrifié son environnement à son développement.  Elle n’a guère hésité, au sommet de Copenhague, en 2009, en compagnie des Etats-Unis, à faire échouer la grande conférence d’alors. Cependant, sa posture diplomatique n’a plus du tout été la même lors de la Cop 21 qui s’est tenue à Paris à la fin de l’année 2015 et au cours de laquelle, les pays émergents, dont les pays africains, ont obtenu des pays  industrialisés avant eux des promesses d’aide qu’il faudra, bien entendu,  suivre dans la réalité ces prochaines années. Les progrès seront difficiles, tant la tâche à accomplir est considérable, puisque même une partie de la faune africaine est victime d’une effrayante contrebande partiellement pratiquée par des mafias chinoises.

                D’autres évolutions se font jour, telle, par exemple, l’acquisition ou la location de terres cultivables dont l’Afrique détiendrait la moitié des réserves mondiales…. Cependant, les chiffres disponibles ne montrent pas une prédation chinoise supérieure à celle d’autre pays d’Occident, du Moyen-Orient ou d’Asie. En revanche, transformant sa nouvelle puissance en influence, la Chine, par des accords qui concernent l’enseignement et ses instituts Confucius, promeut  le mandarin. Surtout, ses puissants médias n’hésitent pas à acheter des médias africains, tels l’Independant Newpaper Group, entreprise très importante en Afrique du sud, ou, encore la Star Africa Media Company, créée en 2007 au Rwanda par une télévision chinoise… Ceci est un enjeu crucial dont les médias francophones semblent avoir pris récemment  la mesure, car l’Afrique est une grande promesse pour la langue française.

                Tout n’est pas encore joué. Les autorités chinoises avancent leurs pions de façon systémique, comme dans un jeu de go certes, mais sont aussi capables de diversification, de prudence et d’association. Ainsi, dans un monde plus complexe que jamais et de plus en plus multipolaire, ce que des pays comme la France et la Chine ont appelé depuis longtemps de leurs vœux, les cartes sont rebattues constamment et à un rythme plus rapide que prévu. En réalité, la Chine s’est beaucoup inspirée des sommets franco-africains, eux mêmes repris par l’autre grande puissance asiatique, le Japon. D’ailleurs il semble s’esquisser une certaine collaboration franco-chinoise, du moins en Afrique francophone, la connaissance historique de l’Afrique et  son expérience (de la France)  sont reconnus par Pékin qui tient à gérer et à sécuriser prudemment sa présence.

                Si rien n’est perdu, rien n’est gagné non plus. Au début de l’année 2016, le ralentissement de l’économie chinoise, l’effondrement du prix des hydrocarbures et des matières premières minérales et agricoles, ainsi que des défaillances structurelles africaines persistantes et les menaces géopolitiques, sont de nature à ralentir les investissements si indispensables au continent… la grande géographe Sylvie Brunel a récemment posé la question : L’Afrique est-elle si bien partie ?

                 Mais, dans un prochain monde que les nouvelles technologies et la contrainte écologique chamboulent, il y aura « de plus égaux que d’autres », l’avantage allant aux géants géographiques et démographiques.  L’Afrique, balkanisée comme l’Europe, a les mêmes défis qu’elle : se réinventer en grands ensembles régionaux afin de préserver son identité et d’obtenir la taille critique, capable d’assurer sa survie.  Sinon l l’issue ne peut que donner l’avantage aux Chinois. Mais l’Afrique, dont un proverbe dit : « remue le destin, le destin te remuera » s’est aussi réveillée…

                 Pour autant, si important que soit l’enjeu africain pour Pékin, il ne reste qu’un élément stratégique, un moyen. Moins que la  pratique d’un nouvel impérialisme qui l’obligerait à devenir la garante d’un nouvel ordre mondial, à la façon du shérif américain d’hier, ce qui lui coûterait cher, la Chine  se contente d’être elle-même :  impériale. C’est la raison pour laquelle elle garde les yeux fixés sur  ses frontières du XVIIIème siècle », celles de son apogée, frontières que connaissent tous ses écoliers formés à l’école nationaliste. Cette carte inclut les provinces périphériques du Xinjiang (« nouvelle frontière ») et du Tibet (« Trésor de l’Ouest ») et toutes les mers de Chine. Voilà les nouvelles routes de la soie, terrestres et maritimes, sillonnées par l’empire du rail, par un « pipelinistan » construit par Pékin et par les nouvelles marines chinoises, commerciales et aéronavales, qui œuvrent à la réalisation du « nouveau rêve chinois », proposé par le président Xi jinping en 2012, celui d’un empire sino-centré sur Eurasie, mais qui concerne aussi l’Eurafrique…

Claude Chancel

Trois livres pour comprendre : le grand livre de la Chine, Libin Liu Le Grix et Claude Chancel, Eyrolles 2013 ; La Chinafrique, Serge Michel et Michel Beuret, Grasset 2008 ;  Chine-Afrique, Julien Wagner, Eyrolles 2015.