Commençons par une citation : « Chaque personne est le messager d'une culture, en fonction de l'éducation qu'il a reçu, des lieux où il a vécu. (…) En effet, la différence culturelle constitue une occasion de rencontre et d'enrichissement mutuel. L'intérêt porté à ce qui nous distingue culturellement les uns des autres et le respect dû à chaque individu nous rassemblent ; de même que la recherche d'un monde plus solidaire et le développement d'une conscience collective qui amène à mieux vivre ensemble. »

Il s'agit du préambule des statuts de l'association le Toit du Monde, centre social et socio-culturel de Poitiers, implanté depuis 33 ans.[1]

Ainsi, depuis les années 1980, le Toit du Monde accueille, accompagne, et travaille avec des personnes de différents horizons. Ces personnes sont désignées par les médias et le public par une diversité d'appellation : immigrés, étrangers, réfugiés, demandeurs d'asile, en un mot « l’autre ». A noter que, cette année, 2015, la mode a plutôt mis en avant le mot « migrant. » Depuis l'arrivée aux frontières européennes des personnes fuyant la guerre en Syrie, fuyant les massacres de « daech », depuis la photo du petit Eylan, depuis les attentats sur le sol français en janvier et novembre 2015, la France semble découvrir l'existence de « migrants ».

Pour nous, au Toit du Monde, les deux signes d'un changement de perception par les Poitevins de la présence de personnes étrangères sont, premièrement que nous sommes sollicités au moins une fois par semaine depuis six mois pour intervenir, parler, témoigner, écrire, sur « les migrants » ; et deuxième signe, à la réunion du 6 octobre 2015 pour l'accueil de nouveaux bénévoles au Toit du Monde, 70  personnes se sont présentées pour prêter main forte à l'association, le double ou le triple du nombre habituel. Il est évident que ces deux signes représentent le versant ensoleillé de la question des migrations, car la preuve que les Français ne sont pas tous dans la méfiance, la peur, voire la haine de l'autre.

« Bénévole référente » du Groupe Droit d'Asile au Toit du Monde, depuis 2009, et simple bénévole auprès des demandeurs d'asile depuis 2005, j'ai découvert il y a 10 ans, tout comme les 70 nouveaux bénévoles de cette année, la richesse du contact avec des personnes qui ont traversé le monde pour trouver un refuge dans notre pays. C'est un bénévolat d'une grande diversité : découverte et maîtrise progressive du droit d'asile, rencontre avec l'équipe de salariés et les autres bénévoles. Cet engagement s’apparente souvent à une véritable lutte pour que les personnes requérant la protection de la France accèdent à leurs droits. L'engagement doit être fort, mais le fruit récolté au niveau personnel est sans commune valeur. A noter qu'il n'y a aucune subvention pour la demande d'asile au Toit du Monde. Toutes nos interventions se font par un groupe de bénévoles, composé depuis octobre 2015 de 40 personnes.

Nous recevons à une permanence d'accueil hebdomadaire, les personnes qui ont fui leur pays car persécutées, ou craignant de l'être, et ne se sentant pas protégées par les autorités de leur pays. A ces permanences nous ne recevons aucun réfugié. Le statut de réfugié est ce que ces personnes demandent, le précieux sésame tant attendu. Entre le moment où la personne demande la protection de la France, en Préfecture, et l'obtention ou non de cette protection, il se passe souvent deux ans. Pendant cette attente, la personne est un demandeur d'asile. Demander l'asile équivaut à demander le statut de réfugié.

On nous demande souvent pourquoi les personnes choisissent Poitiers, une ville pourtant loin des frontières. Il y a autant de réponses à cette question que de personnes reçues. Pour certains, il s'agit de la ville ou la région où sont déjà installés des compatriotes, des membres de la famille, des personnes du même village parfois. Pour d'autres c'est le premier arrêt en TGV de Paris ; ou c'est un passeur qui les a déposés en voiture à la Croix Rouge de Poitiers, ayant traversé la France d'est en ouest. Très souvent, depuis plusieurs années, il s'agit de personnes qui ont séjourné dans d'autres pays européens, dans d'autres villes de France, et qui ont été obligés de poursuivre leur chemin pour diverses raisons.

A Poitiers, depuis 2009, c'est l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui est chargé par l'état de l'accueil des demandeurs d'asile. Depuis octobre 2015, un bureau de l'OFII se trouve au sein de la Préfecture ; c'est le guichet unique, instauré par la nouvelle loi sur l'asile. En France, une personne demandant l'asile doit le faire en Préfecture. La Préfecture notera un certain nombre de faits, prendra les empreintes digitales (les 10 doigts) de la personne pour vérifier qu'elle n'ait pas demandé l'asile dans un autre pays (système informatisé européen, Eurodac.) Si ses empreintes ne sont pas enregistrées dans un autre pays européen, la personne se voit alors remettre un « dossier OFPRA », car c'est l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à Paris qui accordera ou non le statut de réfugié.  La personne est orientée vers le bureau de l'OFII. Puis, un agent de l'OFII effectuera une «évaluation de vulnérabilité ». Cette procédure étant récente, nous n'avons pas encore de recul pour savoir ce que cet entretien peut apporter à la personne. La Préfecture et l'OFII demanderont également à la personne si elle souhaite un hébergement en Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA), et lui proposera une domiciliation postale, à la Croix Rouge, afin qu'elle puisse recevoir ses courriers. Si elle accepte l'hébergement en CADA, elle aura droit à une allocation de demande d'asile d'environ 11€ par jour par personne, dans l'attente d'une place en CADA.

Quelle place tient le Toit du Monde dans cette procédure ?

Le demandeur d'asile doit remplir le dossier OFPRA, et doit rédiger un « récit de vie » en français, dans lequel il se présente, expose les motifs de sa demande de protection, les raisons de sa fuite, en gardant à l'esprit la Convention de Genève de 1951, le préambule de la Constitution de 1946,  ou  la Protection Subsidiaire, qui sont les fondements de la demande d'asile. (Notes page 4.) Aucune aide de l'état n'est proposée pour accomplir ces tâches. Le Groupe Droit d'Asile, avec l'aval du Conseil d'Administration du Toit du Monde, s'est donc donné la mission d'aider les personnes à écrire leur récit de vie (délai d'envoi du dossier de 21 jours à partir de la réception du dossier OFPRA en préfecture). Si la personne est non-francophone, la traduction du récit et l'interprétariat pendant les rendez-vous se font également par des bénévoles.

Comment ces personnes connaissent-elles l'existence du Toit du Monde ?

Encore une fois, les réponses sont multiples. Il y a ceux qui disent être arrivés à la gare et qu'en demandant de l'aide, on leur a indiqué le Toit du Monde, qui se trouve à 10 minutes à pieds de la gare ; pour d'autres c'est un ami, une connaissance, des personnes qui sont passées par le Toit du Monde, qui leur conseillent le Toit du Monde ; et de plus en plus, il s'agit des institutions telles que la Préfecture et l'OFII, ou la Croix Rouge, qui orientent les personnes chez nous.

L'OFPRA rejette environ 85 % des premières demandes d'asile, et les services de l'état ne proposant aucune aide pour le recours à la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA), c'est également une des missions du Groupe Droit d'Asile.  Pour prendre connaissance des autres missions que nous effectuons, je vous propose de vous rendre sur le site du Toit du Monde (http://toitdumonde-csc86.org/).

C'est un engagement fort et clair du Conseil d'Administration du Toit du Monde de poursuivre cette activité. La contribution des adhérents et donateurs est également à noter, car notre « caisse de solidarité », abondée par des dons et par les bénéfices de certaines activités culturelles, sert à contribuer aux dépenses du demandeur d'asile : voyage à Paris pour se rendre à l'OFPRA, à la CNDA, (trajet non-financé par l'état), nombreux courriers recommandés, tickets de bus pour les premiers jours à Poitiers, des repas dans le restaurant social du Toit du Monde, entre autre.

Notre activité est renforcée et rendue plus efficace par le partenariat local. En 2011, nous avons créé le collectif Partenaires Accompagnement Migrants (PAM)[2]. La rencontre trimestrielle d'une dizaine de structures accueillant des demandeurs d'asile nous permet d'échanger, de rester à jour des modifications non seulement dans la loi mais dans la procédure locale, très fluctuante, pour un demandeur d'asile. Nous tentons régulièrement de proposer des rencontres avec les services de l'état tel la Préfecture, l'OFII, avec plus ou moins de succès, afin de préciser les activités de chacun dans le but de faciliter le parcours du demandeur d'asile.

Les personnes qui attendent dans la rue devant le Toit du Monde, le vendredi matin,  certains depuis 7 heures du matin, viennent du monde entier. Certes nous recevons des personnes syriennes, depuis 4 ans d'ailleurs, souvent des étudiants à l'université de Poitiers qui ne peuvent plus rentrer chez eux en Syrie. Mais nous recevons aussi des Nigérians, des Guinéens, des Géorgiens, des Tchétchènes, des Ouzbeks,  des Kazakhs, des Congolais (RDC et Brazzaville), des Kurdes Yézidi, des Arméniens, des Azéris… Il n'y a ni bon ni mauvais demandeur d'asile, réfugié, migrant, simplement des êtres humains traversant les frontières à la recherche d'un refuge et qui, une fois sur le sol français, ont des droits. Concernant ces personnes fuyant la guerre et la persécution, finissons comme nous l'avons commencé par une citation : les articles 13 et 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH) de 1948 disent l'essentiel, constituant les fondements de l'approche humaniste que tout état de droit, signataire de cette belle déclaration, devrait respecter…

Article 13 de la DUDH de 1948

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.

2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14

1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.

 

Amélia GRACIE

Administratrice au Toit du Monde

Bénévole référente du Groupe Droit d'Asile

 

Qu'est-ce que le  Toit du Monde ?

Le Toit du Monde est un centre social et socioculturel organisé en association selon la loi de 1901. Il s'agit d'un centre socioculturel spécifique, adhérent à la Fédération des Centres Sociaux et Socioculturels de la Vienne (FCSV), visant à favoriser l'accueil et l'intégration du public migrant. L'intégration recherchée est un processus multidimensionnel qui se déploie sur le plan social, économique, psychologique, culturel et politique. Le Toit du Monde est reconnu sur le territoire de la ville de Poitiers comme une association menant des actions en direction d'un public spécifique.

L'association a été fondé au début des années 1980, dans le but de promouvoir les rencontres entre les Poitevins de toute origine, objectif toujours visé à ce jour.

Le Toit du Monde œuvre également à l'accueil et à l'insertion des populations menacées d'exclusion ou de discrimination.

Pour réaliser ses objectifs, l'association propose, à travers ses cinq secteurs, des activités dans les domaines de l'éducation populaire, l'interculturalité et l'animation, l'accès aux droits et l'insertion par l'activité économique. Elle recherche l'appui et l'intervention de partenaires et d'institutions sociales et culturelles.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site : http://toitdumonde-csc86.org

Pour en savoir plus sur les aides dont bénéficient les migrants en France

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/le-vrai-du-faux/2015/09/16/29003-20150916ARTFIG00326-rsa-apl-cmu-ces-aides-dont-beneficient-les-migrants-en-france.php

 

 

 

 

 


[1]          Voir description du Toit du Monde en fin d'article.

 

 

 

 

[2]          Les membres de PAM : la Croix Rouge/CADA, Audacia/CADA, Médecin du Monde, la Ligue des droits de l'homme, Emmaüs Naintré, RESF, Secours Catholique, Collectif Migrant de Châtellerault, Cimade et Toit du Monde. Ainsi que des structures invitées ponctuellement.