Jacques Cartier … l’Institut qui porte son nom ne peut que s’intéresser aux mouvements de population qu’a engendrée l’œuvre du grand navigateur … Et le « Dictionnaire des migrations internationales. Approche géohistorique » qu’au prix d’un travail monumental, Gildas Simon, professeur de géographie honoraire à l’Université de Poitiers, vient de publier récemment rejoint donc pleinement nos centres d’intérêt et nos préoccupations.

807 pages, 150 contributeurs venus de tous les pays du monde, géographes surtout, mais aussi historiens, sociologues, démographes, économistes … pour dire ce que fut, depuis le temps des « grandes découvertes » du 16ème siècle, l’évolution de l’immigration et de l’émigration dans chacun des quelque 180 pays analysés (l’ONU en compte 193 …).

On imagine l’ampleur de la tâche et aussi la rigueur avec laquelle il a fallu la mener. Une introduction de deux pages expose l’esprit du travail, un vocabulaire d’une page éclaire certaines formules (champ migratoire, diaspora, solde migratoire …) puis s’énumèrent les différents pays regroupés –  dans l’ordre alphabétique – au sein de grandes aires culturelles et sociopolitiques (l’Union européenne et ses bordures, l’Afrique septentrionale et le Moyen-Orient, l’espace post-soviétique …). Pour chacun d’eux, après une courte présentation des caractères spécifiques du pays, deux grandes parties : l’immigration, l’émigration.

L’approche, dans chaque pays, est bien « géohistorique » car l’actualité spectaculaire et parfois dramatique ne doit pas faire oublier les continuités : « le domaine des mobilités est souvent un système à inertie » (page 12).Ainsi la Syrie déchirée de nos jours, province de l’Empire ottoman avant la 1ère guerre mondiale (Liban, Palestine, Transjordanie en faisaient alors partie) fut-elle terre de passage depuis la plus haute antiquité et zone de conflits permanente, la Russie et les espaces post-soviétiques furent-ils, avant les mobilités offertes à partir des années 1990, l’objet de décennies de stricte limitation, la Birmanie, position stratégique entre Chine et Inde, vit-elle passer de tout temps marchands, contrebandiers, réfugiés avant que la colonisation britannique n’entraine une vaste immigration indienne puis qu’une indépendance difficile ne génère l’exode d’étrangers chinois et indiens et aussi de birmans … On pourrait multiplier les exemples.

Tel est donc ce dictionnaire, une mine irremplaçable sur les mouvements migratoires des différents pays du globe, dans lesquels les mouvements transfrontaliers se heurtent le plus souvent aux limites des Etats, acteurs toujours pertinents dans le processus de mondialisation.

Enfin, un dictionnaire est forcément énumératif, il ne s’engage pas dans de vastes synthèses (on les trouverait dans l’autre bel ouvrage de Gildas Simon : « la planète migratoire dans la mondialisation » Armand Colin 2008) mais qui cherche l’état migratoire d’un pays donné ou d’un ensemble de pays, qui suit plus les émigrations ou les immigrations, qui cherche l’aujourd’hui ou plutôt la continuité dans le temps trouvera là réponse à sa question. L’avoir chez soi est un utile, très utile compagnon.

 

  • Gildas Simon est géographe à Poitiers, fondateur de Migrinter et de la Revue européenne des migrations internationales

                                      Compte-rendu de  Jean Carpentier

Président d'honneur de l'Institut Jacques Cartier, le 7 janvier 2016