Lorsque Richelieu entre au Conseil du Roi en 1624, sa tâche s’annonce difficile. Pour redresser la situation en France, il doit se battre sur tous les fronts. Il est alors soutenu par Marie de Médicis, dans son projet de faire refleurir les lys dans le royaume de France. Mais l’homme à la poigne de fer se fait aussi rapidement beaucoup d’ennemis, car son programme dérange. L’objectif de cette présentation est de confronter les multiples courants d’opinions et les points de vue de ses contemporains, afin de souligner l’exagération de leur adulation ou de leurs critiques à son encontre. Elle se propose de revisiter les clichés qui continuent à circuler de nos jours à son sujet et de rétablir la vérité historique qui se cache derrière le mythe de l’homme rouge. Elle présentera à la fois l'homme d'Eglise, qui a contribué à mettre en place la Contre-Réforme catholique, l'homme d'Etat qui a voulu séparer la politique de la tutelle religieuse et l'homme de culture, qui a su mettre l'art au service de la grandeur de la France.

 

Marie-Pierre Terrien, Université du Maine

 

René Girard laisse derrière lui une œuvre qui, selon certains, représente une révolution de la pensée. N'a-t-il pas été surnommé le « nouveau Darwin des sciences humaines » par Michel Serres ? René Girard était membre de l'Académie française et il semble que même en s'éteignant le 4 novembre 2015, une part de lui-même va perdurer notamment à travers sa théorie mimétique que nous allons esquisser en trois temps : tout d’abord nous commencerons par présenter la question anthropologique du désir. Puis nous verrons comment apparaît le bouc émissaire et nous terminerons avec la spécificité de la Révélation chrétienne.

Le désir mimétique :

L’homme ne possède pas de désir propre : il va donc emprunter aux autres ses désirs. Un triangle mimétique apparaît puisque le sujet désire un objet qui lui est désigné par un tiers, que René Girard appelle le médiateur. Ainsi, lorsque nous cherchons à acquérir tel objet, le désir de cet objet n’émane pas de nous : nous cherchons à imiter un modèle, une célébrité par exemple, qui rend cet objet désirable. Ajoutons que nous cherchons à imiter un modèle parce que celui-ci paraît pourvu d’une plénitude d’être : rien ne semble lui manquer. Au contraire, chez celui ou celle qui imite, il y a un manque d’être, une insatisfaction profonde qui pousse à rechercher chez les autres les signes de contentement.

Or la relation avec le modèle va se compliquer sachant qu’il y a deux formes de médiation. Selon René Girard les situations où le médiateur est éloigné dans l’espace et le temps, correspondent à une médiation externe. On ne rencontre jamais le modèle imité. Mais lorsqu’il y a proximité entre le sujet et le modèle, parce qu’ils se rencontrent et se côtoient, alors René Girard évoque une médiation interne, laquelle donne lieu à la rivalité. Le sujet et le modèle entrent en compétition et ils deviennent des rivaux puisqu’ils se ressemblent de plus en plus. C’est ainsi qu’apparaît le phénomène des doubles où il n’est plus possible de distinguer le sujet et le modèle, puisqu’ils se ressemblent et attisent réciproquement leurs désirs.

Cette situation débouche forcément sur une forme de violence. Il y a donc une relation intrinsèque entre le désir humain et l’apparition d’un monde violent. C'est dans ce contexte que va apparaître le bouc émissaire et que vont naître les religions archaïques…

Le bouc émissaire

Selon René Girard, tous les groupes humains sont confrontés à cette amplification des rivalités. Le phénomène est tel qu’à un moment les uns sont en rivalité avec les autres, des partis adverses se forment. Il y a une guerre de tous contre tous qui menace de faire disparaître le groupe. Seuls les groupes qui adoptent la solution économique du bouc émissaire survivent : C’est une solution économique puisqu’en sacrifiant un individu on préserve le groupe.

En effet, les tensions vont se tourner contre un individu, la victime émissaire, qui sera exécutée pour que la paix revienne. On attribue alors au bouc émissaire un caractère sacré car il est à la fois celui qui apporte la division et la violence et celui dont le sacrifice réconcilie la société, en apportant la paix.

Le bouc émissaire est donc un pharmakos , c’est-à-dire qu’il représente à la fois ce qui sème le désordre et ce qui rétablit l’ordre, il peut empoisonner mais aussi guérir. Et c'est dans le contexte du lynchage d’un bouc émissaire que naissent les mythes et les récits de fondation, qui contiennent tous, selon René Girard, cette conception du sacré. Les religions archaïques, destinées à préserver le groupe de la violence destructrice, vont pratiquer une violence sacrificielle, régulières, à travers les rites. Des êtres humains seront sacrifiés, puis des animaux et ensuite toutes sortes d’offrande feront l’affaire.

Les religions archaïques, pour empêcher l’amplification du désir mimétique vont d’ailleurs élaborer des lois. Nous pouvons faire références au Décalogue qui contient l’interdiction formelle de désirer ce que possède le prochain « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain » (L’exode 20, 17).

Les religions archaïques prônent l’existence d’un Dieu de la rétribution qui punit les méchants et récompense les gentils. La culpabilité du bouc émissaire n’est jamais remise en cause. Pour ces sociétés archaïques, la violence n’émane pas du groupe mais du bouc émissaire. Les victimes sacrifiées ne sont donc jamais innocentes : elles méritent leur sort. Un bon bouc émissaire est celui que le groupe massacre dans l’unanimité.

La question se pose alors de savoir d’où nous vient notre lucidité. Comment savons-nous que les hommes sont prisonniers de leur désir mimétique et que le bouc émissaire est innocent ? Selon René Girard, une Révélation a eu lieu, qui a bouleversé notre rapport à la vérité.

La Révélation chrétienne

Aux yeux de René Girard, l’Ancien Testament, proche des sociétés archaïques inaugure déjà la nouveauté chrétienne comme l’illustre le livre de Job. Les trois anciens amis de Job essaient de lui faire avouer une faute pour expliquer les fléaux qui se sont abattus sur lui. Cela reviendrait à justifier son châtiment et à faire de lui un bouc émissaire. Or Job refuse de porter le chapeau : il clame son innocence et va jusqu’à proclamer que son Dieu n’est pas un Dieu de la rétribution, et que les malheurs, c’est-à-dire la violence, ne viennent pas de Dieu. Cette situation contraste avec celle d’Œdipe, dans la tragédie de Sophocle, qui se reconnaît coupable des malheurs qui s’abattent sur Thèbes, en l’occurrence la peste.

Le christianisme dévoile donc l’innocence de la victime : le Christ est l’agneau immolé. Les Evangiles insistent sur son innocence et l’on voit que le sacrifice de cet innocent est destiné à réconcilier les anciens ennemis (Hérode et Pilate, en Luc 23, 11-12) ou encore à sauvegarder la peuple puisque le grand prêtre Caïphe déclare : « C’est votre avantage qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » (Jean 11, 50).

Le fonctionnement du mécanisme victimaire est donc dévoilé dans les Evangiles : nous savons désormais que la victime est innocente, que son sacrifice est destiné à réconcilier les hommes et que les hommes sont mimétiques…

En guise de conclusion : la difficile situation du monde moderne

Dans les sociétés archaïques, le mécanisme victimaire fonctionnait bien et il permettait d’instaurer un ordre social. Mais il n’en est plus de même pour les sociétés imprégnées du christianisme. D’ailleurs, nous pourrions dire que le monde moderne, avec la mondialisation, est imprégné de cette influence chrétienne comme en témoigne l’attention aux victimes en Syrie par exemple. Que l’on soit chrétien, musulman, juif, adepte ou non d’une autre religion, nous voyons désormais qu’il y a des bourreaux, coupables, et des victimes, innocentes. Mais il ne suffit pas de déceler le mécanisme victimaire : il faut aussi percevoir que nous sommes mimétiques. Tant que nous nous croyons autonomes et que nous croyons maîtriser nos désirs, nous pouvons sombrer dans la rivalité et la violence. René Girard appelle donc les hommes à cette humble conversion, qui consiste à se donner comme médiateur un modèle parfait avec lequel il ne peut y avoir ni rivalité ni violence. René Girard insiste sur la valeur du modèle christique. Or il n’y a pas que les chrétiens qui peuvent s’approprier la personne du Christ puisque la personne de Jésus Christ est présente dans l’Islam ou encore dans des courants spirituels issus du syncrétisme du New Age.

Néanmoins, selon René Girard, le christianisme tient une place de premier ordre. Mais il doit passer par un discernement, une purification afin de se débarrasser de toutes les scories du christianisme sacrificiel. René Girard inaugure donc un nouvel humanisme : une conception originale de l’homme (qui ne décide pas de ses désirs), ainsi qu’une nouvelle apologie de la religion : il ne fait pas appel à la foi mais à la raison et à l’intelligence de ses interlocuteurs et le seul événement extraordinaire qu’il concède est celui de l’apparition du Christ, lequel devait être étranger au mimétisme pour pouvoir y échapper et le révéler, ce qui représente une tâche insurmontable pour un homme normal.

Le christianisme doit aussi endosser son rôle de pharmakos : la Révélation en détruisant l’ordre ancien a rompu un ordre cyclique et précipité l’humanité dans la situation d’instabilité qu’elle connaît. Cela explique d’ailleurs la violence qui peut s’exercer contre le christianisme. Mais si le christianisme est porteur de la destruction de l’ordre ancien, il est aussi, selon René Girard, le vecteur de l’instauration du Royaume, c'est-à-dire d'un monde commun libéré de l'emprise de la violence.

Stéphane Marcireau

Auteur de l’ouvrage  Le christianisme et l’émergence de l’individu chez René Girard ,  l’Harmattan , collection religions et spiritualité, octobre 2012.

information : En hommage à René Girard une soirée grand public sera organisée le 11 février 2016, à la Maison de la Trinité de Poitiers (maison diocésaine), amphithéâtre Venance Fortunat, 10 rue de la Trinité (Parking : 9bis rue du Jardinet). Le format : 20h30-22h30.

Les intervenants seront Stéphane Marcireau, dont la thèse a porté sur la pensée de René Girard, Jean-Claude Guillebaud auteur de l'ouvrage intitulé Le Tourment de la guerre (L'Iconoclaste), qui s'inspire de la démarche de René Girard, ainsi que Philippe Blaudeau, professeur d'histoire à l'Université qui évoquera l'apport de Girard pour les sciences humaines et notamment dans la réflexion historique

 

Chaque page du livre que Johann Chapoutot consacre à cette question est une révélation. L'argumentation en est rigoureuse et la démonstration éblouissante. Prétendre résumer une pareille somme c'est prendre le risque d'en caricaturer le contenu. L'auteur a fait un travail de bénédictin : Non seulement il a dépouillé tous les discours et écrits des chefs nazis mais également épluché les milliers d'instructions particulières données à tous ceux, et ils furent nombreux, chargés de faire connaître et de mettre en musique le nouvel ordre, et l'on pense d'abord aux officiers, sous-officiers et soldats de la SS. La doctrine fut largement acceptée parce qu'elle instrumentalisait une paranoïa collective sans précédent et qu'elle répondait aux angoisses du moment.

C'est une idéologie fondée sur un retour aux lois de la Nature et à une Terre-mère dispensatrice de mythiques bienfaits. L'homme doit prendre conscience qu'il n'y représente qu'une partie du vivant qui l'entoure et qu'il en doit respecter scrupuleusement l’ordonnancement. Son existence n'y a de sens que par son appartenance à une race, don de la Nature, qu'il a le devoir d’honorer, de défendre et de préserver. La même Nature en a établi une hiérarchie infrangible : au sommet, la race nordique ou germanique des Aryens à laquelle, Grecs et Romains appartenaient à l'origine, les Allemands en sont aujourd'hui l'échantillon le plus pur. Viennent ensuite les « Humanités mélangées » dont la pureté a été altérée par les métissages successifs, suivies des Slaves dont la vocation exclusive est de servir d'esclaves aux maîtres nordiques, et tout en bas de l'échelle on trouve les Noirs et les Asiates, races méprisables.

Mais à côté, il y a ceux d’où vient tout le mal du monde, les juifs, inclassables car ils sont une non-race ou une contre-race, une nuisance mystérieusement introduite par la Nature, assimilés par les théoriciens nazis, à des bacilles ou à des champignons vénéneux qu'il faut éradiquer à tout prix. « C'est, écrit Reinhardt, le plus grand danger de l'humanité ». Goebbels, de son côté, a clairement souligné le péril : « on ne doit laisser place sur ces questions, à aucune sentimentalité. Les juifs, si nous ne nous défendions pas contre eux, nous anéantiraient. C'est un combat à la vie et à la mort entre la race aryenne et le bacille juif ». Tout est dit.

Au fil de l'histoire, et pour les nazis, c'est bien la race germanique qui a le plus souffert du parasitisme juif. Dans son immense bonté, l'homme germanique, s'est laissé circonvenir par son ennemi juré qui a utilisé contre lui son avatar le plus efficace, le christianisme [selon Rossner, la juiverie est la semence et le christianisme est le fruit]. La Nature stipule que la vie est un combat, le christianisme, en introduisant les notions aveulissantes d'amour, d'humilité et de pitié, a désarmé l'homme nordique, et Hitler considérait que les Dix commandements représentaient une « mutilation de l'être humain ». Pour Himmler le christianisme représente une « peste majeure, la pire qui pouvait nous frapper au cours de notre histoire ». À toutes ces raisons s’ajoute la force mobilisatrice  d'une paranoïa collective qui voudrait que les peuples germaniques aient été particulièrement persécutés depuis 1648 à l'instigation de la France qui aurait alors organisé l'éclatement de l'empire germanique (pourtant déjà bien éclaté !), et poursuivi sa funeste entreprise avec la Révolution de 1789 et l'Empire jusqu'au traité de Versailles, conçu pour « l'extermination définitive du peuple allemand ». Abaissement auquel ont contribué les conceptions talmudiques du droit de même que l'invention du bolchevisme qui, tout comme le christianisme, est issu de la culture juive.

L'année 1933 constitue, selon Hitler, l'an un d'une véritable révolution copernicienne : début d'un processus historique qui va redonner toute sa place à la race supérieure. Un droit nouveau « conforme à la race » et à la Nature se substitue progressivement à l'ancien, qui, sous couvert d'émancipation du peuple, installe l'arbitraire le plus absolu, le plus tyrannique, le plus violent que l'histoire ait connu. La guerre en cours programme l'extermination des juifs. Elle a aussi pour but de soumettre les Slaves, les « animaux humains » comme disent les nazis, considérés par eux comme leurs pires ennemis après les juifs, d’en éliminer  le plus grand nombre possible, à commencer par leurs élites qui ne le sont devenues d'ailleurs, que par l'apport de sang allemand transmis par les métissages successifs imprudemment tolérés jusque-là et que les lois de Nuremberg interdisent désormais. L'objectif était de confisquer leurs terres pour y installer des colons, de repousser la frontière germanique de 500 km à l'est, et de ne conserver que la main-d’œuvre servile nécessaire…

L'idéologie nazie s'est répandue dans le peuple grâce à une propagande remarquablement orchestrée et redoutablement efficace, mais aussi, et surtout, parce qu'elle a reçu la caution des intellectuels les plus éminents (savants, biologistes, grands professeurs de droit, historiens, géographes, philosophes, journalistes etc.), lui conférant ainsi la crédibilité sans laquelle la meilleure des propagandes reste sans effet. Bien ancrées, les idées nauséabondes qu'elle véhicule, ont laissé des traces durables. Chapoutot raconte comment 18 médecins allemands qui avaient assassiné 56 enfants handicapés entre 39 et 45 furent déférés par les Britanniques, pour « crime contre l'humanité », devant un tribunal allemand. Ils avaient plaidé que les êtres vivants qu'ils avaient eu à traiter ne pouvaient être qualifiés « d'êtres humains » ! Finalement, en 1949, le tribunal prononcera un non-lieu.

Le livre de Chapoutot doit être lu et relu par tous ceux qui s'intéressent au sujet ou qui ont à en parler. C'est un livre fondamental que l'on doit avoir toujours à portée de la main.

                                                                                                       Jean Henri Calmon

 

Johann Chapoutot

LA LOI DU SANG

Penser et agir en nazi

NRF/Gallimard, 569 pages, 2014

 

Ouvrez ce livre à n'importe quelle page et vous ne le quitterez plus. C'est saisissant et passionnant à la fois. Grand et beau monument de vérité brute sur une période terriblement controversée. L'ouvrage est parcouru d'un bout à l'autre par un souffle de sincérité qui aiguise l'intérêt, même si le célèbre avocat s'y montre parfois outrecuidant, excessif ou injuste. C'est que le journal n'a jamais subi de sa part ni retouche, ni correction, ni modification. C'est un témoignage rare, délivré par un homme qui dispose d'un exceptionnel réseau de relations dans tous les milieux et d'abord dans les catégories sociales dirigeantes. Et pas seulement à Paris, mais encore en province où il se rend fréquemment et tout particulièrement à Ligugé, où il possède une propriété qui lui servira souvent de refuge pendant cette période tragique, ce qui explique que plus de 150 pages du journal ont été écrites là, aux portes de Poitiers.

Son père lui avait légué un amour profond et exclusif de la République fondé sur la croyance en  la « représentation nationale des chambres » au point de ne jamais concevoir une autre forme de gouvernement pour la France, d'où son aversion pour « les communistes et les gens de l'Action Française ». De même a-t-il fait de la Déclaration des droits de l'homme de 1789, l’évangile auquel il est demeuré fidèle. C'est donc à travers le filtre de ces principes intangibles qu'il porte sur les événements un regard implacable.  Ce qui ne l'empêche pas de rester, sur certains points, prisonnier des préjugés dominants. C'est le cas pour sa relation aux juifs qui confine à l’antisémitisme le plus vulgaire, qu'il rejette pourtant avec force au nom de l'humanisme qui l'habite. Et de fait, il s'élève contre les lois antijuives du gouvernement et accepte d'être l'avocat de Mandel, l'ancien ministre, poursuivi par le gouvernement de Vichy et par la haine des antisémites. Si l'on peut prendre acte que sa judéophobie s'interdit de porter atteinte aux personnes, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a pu contribuer, nolens volens, à faire accepter l'inacceptable.

Passionnément républicain, Garçon rejette d'emblée le système installé par le Maréchal Pétain qui devient pour lui dès l'été 40, un « régime de terreur et de mensonge » et son fondateur une « loque » pusillanime ou bien « une fameuse guenille », souvent désigné dans le texte par un irrévérencieux « le Vieux ». Alors qu'autour de Ligugé les Allemands pillent fermes et châteaux, et que tout cela vient s'ajouter au reste tellement insupportable, il fustige une collaboration qui se confond, pour lui, avec la pire des trahisons. Dans la malheureuse affaire de Mers-el-Kébir, il ne tombe pas dans le piège du temps court dénoncé par Braudel comme la plus capricieuse et la plus trompeuse des durées, mais donne raison d'emblée à l'Angleterre qui est, sur le long terme, l’unique planche de salut pour la France. De même s'insurge-t-il contre l'ordre donné aux soldats français par Vichy, de tirer sur les alliés qui ont débarqué en AFN, le 8 novembre 1942 : « on s'y bat ferme et on s’y tue. Le double jeu du Maréchal sans doute ? », commente-t-il, sarcastique. De même : «… à Rabat on a armé les Légionnaires et les Sol[1]. C'est-à-dire les mouchards et la racaille ».

De Gaulle ne trouve pas souvent grâce à ses yeux. À l'évidence, il n'a pas perçu le sens profond du message lancé par le général le 18 juin et le compare au discours d'un « apprenti dictateur ». Il le défend pourtant contre Vichy. Toutefois, à ses yeux, il appartient d'abord à une caste militaire dont les vrais républicains ont pris l'habitude de se méfier, d’autant plus qu'il le croit lié à l'Action Française.

Il y a du Saint-Simon dans cette chronique des temps difficiles, dans la manière et le ton, mais aussi dans l'esprit, par la morgue qui s'y glisse. Et Maurice Garçon sait être parfois aussi mauvaise langue que le petit duc. La passion et la verve qui animent le récit n'épargnent rien ni personne. C'est le cas des magistrats, pour ne citer qu’eux, qui ont presque tous prêté serment au Maréchal et participé, sans rechigner, aux juridictions d'exception, et qui, à la Libération, vont se retourner, avec un zèle égal et sans honte, contre de pauvres diables qui n'avaient fait qu'obéir au pouvoir en place. Le procureur général Mornet, rappelé de sa retraite pour requérir contre Pétain, est traité là comme le plus vil des malfrats. Pour avoir prêté la main à une loi scélérate permettant de condamner à mort des communistes innocents, Joseph Barthélemy, Garde des sceaux et juriste éminent, est tout simplement présenté comme un « gros porc méprisable ». La galerie des portraits est longue, riche, pittoresque, et les événements font vite évoluer les images : c'est le cas pour Sacha Guitry,  « somptueux cabot », bien vite transfiguré en une « triste putain ». Mais il peut, dans ce registre, se montrer profondément injuste comme c'est le cas, par exemple, avec Jean Zay, l'avocat Nordmann, ou, à Poitiers, avec le professeur René Savatier.

Les déjeuners, les dîners, les rencontres qu'il rapporte sont l'occasion de mettre les projecteurs sur l'état d'esprit qui règne dans les classes dirigeantes du moment, épouvantées par la menace soviétique.  Mme Fayard, la veuve de l'éditeur, par exemple, qui reçoit avec faste la bonne société, se réjouit que l'Europe soit si bien défendue par l'Allemagne, « elle a peur, écrit Maurice Garçon, que le communisme dérange sa petite vie oisive, riche et inutile ». Ou cet important industriel, M. Stein, qui se congratule d'avoir fait arrêter trois de ses dessinateurs : « mauvais sujets et communistes », fait d'arme que l’auteur commente sèchement : « ils risquent la peine de mort, mais du moins il n'aura pas d'indemnités de licenciement à payer. »

Les Poitevins lui sont reconnaissants d'avoir, par une plaidoirie admirable devant le Tribunal d'État, sauvé la tête des cinq étudiants[2] qui avaient exécuté le docteur Guérin, collaborateur notoire, unanimement détesté de la population mais aussi du préfet. Dans le Journal il dénonce à cette occasion la veulerie du barreau de Poitiers dont les membres se sont « esbignés » à commencer par le bâtonnier et le maire également avocat. Il aurait voulu que les meilleurs d'entre eux se mobilisent pour ce procès politique exemplaire. Ce ne fut pas le cas et il en conclut, amer : « Pas beau le barreau de Poitiers ». Il se fait encore longuement l'écho de l'immense émotion suscitée par l'affaire Renard ainsi que des rumeurs les plus folles qui l'entourent et qui persisteront, pour certaines, jusqu'à nos jours[3].

La Libération le surprend à Ligugé et il se transporte à Poitiers pour l'occasion : « une grande journée au cours de laquelle j'ai vu peu de grandes choses ». Il parcourt la ville et assiste au spectacle peu glorieux d'une foule occupée à tondre des femmes soupçonnées  d'avoir fauté avec l'occupant ou à brûler des livres sur la place du palais. Personne pour modérer cette ardeur vengeresse bien compréhensible et il accuse la bourgeoisie d'être, une fois de plus, absente : « on est guindé et prudent à Poitiers. Les gens bien sont restés chez eux ». L'intendant de police, son ancien camarade de lycée, pour lequel il voudrait bien éprouver quelque indulgence, lui fait rencontrer Bourgain, le préfet. Tous deux tentent de le convaincre que sans eux, « les Allemands auraient fait bien plus de déprédations » et Garçon d'enchaîner : « décidément, c'est l'argument habituel de tous ces misérables qui depuis quatre ans servent Vichy… n'empêche qu’ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour qu'on les croit collaborateurs et que si les Allemands avaient été vainqueurs, on n'aurait jamais su qu'ils les regardaient d'un mauvais œil ». Et pour tout dire il ne pense pas que la Résistance triomphante soit à la hauteur de la situation et il craint le pire pour la suite. Il aurait tellement voulu qu'on évite les « justices rapides exemplaires et injustes », qu'on fasse l'économie des juridictions d'exception, bref il souhaitait ardemment que la démocratie se mette immédiatement en place sans attendre la fin de la guerre. En tout cas il rassemble  toute son énergie pour défendre les persécutés et se dresser une fois de plus contre les offenses faites au Droit. Ce qui l'amène à brosser à nouveau les portraits de mauvais juges, de mauvais jurés et de mauvais avocats pour leur opposer ce que devrait être une belle et bonne justice dans une vraie démocratie.

L’immense plaisir que l'on prend à la lecture de ce livre tient à son style direct, imagé, incisif et franc, qui touche les bons sentiments du lecteur, stimulés, de surcroît, par un humour froid  souvent proche du sarcasme. L'accès à l’ouvrage est, en outre, grandement facilité par le travail considérable d'annotations et d'informations, sobres mais rigoureuses, de Pascal Fouché et de Pascale Froment. C'est d’ailleurs cette dernière qui a découvert au fond d'une armoire familiale, et pour notre plus grand bonheur, les précieux cahiers de l'Académicien.

                                                                                          Jean Henri Calmon

             Maurice GARÇON,

           de l'Académie française,

                      JOURNAL

                      1939-1945   

          Fayard, les belles lettres, 2015,703 pages.

 

la libération de Poitiers, le 5 septembre 1944, vue par Maurice Garçon :

« J’ai gagné la place d'Armes où l'on commençait à voir se rassembler un peu de monde. Deux ou trois drapeaux apparaissaient.

      Un camion passa plein d'hommes armés. J'ai suivi. Il est entré dans la cour de la préfecture et j'ai vu s’aligner une trentaine de maquisards. Magnifique spectacle. Rudes, sales, mal rasés, habillés des vêtements les plus divers, armés des moyens de fortune qui allaient de la mitraillette au fusil de chasse, fatigués, ils étaient là comme devaient être les chouans à l'époque de la guerre fratricide ou les volontaires de 92 partant pour Valmy. Dans leur misère, ils acquéraient une grandeur difficilement atteignable et qui venait de leur simplicité. Tous ont risqué la fusillade qui attend le franc-tireur. Ils ont préféré le danger et la sanction impitoyable plutôt que de céder à l'ennemi cruel.

     Pendant un moment, je les ai observés en silence, frappé d'une admiration sans réserve. Le tableau était grand à force d'être dépouillé d'artifice.

     Puis la chienlit a commencé. La foule s'était grossie. On a avisé à une fenêtre de la préfecture une belle fille qui, paraît-il, était la semaine dernière encore milicienne. Elle a été saisie, giflée, bousculée, puis on lui a coupé les cheveux. La foule frémissait de joie. Les femmes, surtout, applaudissaient avec frénésie. Châtiment mérité peut-être, mais écœurant. On a parlé de pendre. Heureusement, quelques hommes armés, des francs-tireurs, se sont interposés. On l’a promenée dans les rues sous les outrages et les coups. À cette première en a succédé une autre. On était en goût. Sur toutes les places, maintenant, on tondait. J'ai vu tomber de magnifiques boucles blondes. Puis on faisait monter les patientes dans une charrette et on les conduisait au palais d’où, après un interrogatoire d'identité et une inculpation d'intelligence avec l'ennemi, on les envoyait à la prison. La joie populaire prenait une forme basse. L'enthousiasme était grossier. Sa bassesse de forme venait de la réserve des notables qui, une fois de plus, n'ont pas fait leur devoir.

     J'ai cherché en vain la bourgeoisie dans la rue. On est guindé et prudent à Poitiers. Les gens bien sont restés chez eux. Ils attendent pour sortir d'avoir calculé toutes les conséquences de leur sortie. Ils croiraient déchoir en venant chanter une Marseillaise sur la place de la mairie. Il n'y avait là ni la magistrature, ni les fonctionnaires, ni le commerce, encore moins la petite noblesse environnante, ni le clergé. Tout le monde est resté chez soi, d'où le caractère canaille que prend la fête. »

                                                                     Maurice Garçon, Journal,p. 605/606 [extraits]

 

 

 


[1] Légionnaires : les anciens combattants ont été regroupés dans la Légion française des combattants dont le service d'ordre,  le SOL deviendra la Milice en 1943.

 

 

[2] Quatre d'entre eux, repris et jugés par les Allemands, seront condamnés à mort et exécutés.

 

 

[3] Cf J.H. Calmon, « La Chute du Réseau Renard », Geste éditions, 2015.

 

 

 

Commençons par une citation : « Chaque personne est le messager d'une culture, en fonction de l'éducation qu'il a reçu, des lieux où il a vécu. (…) En effet, la différence culturelle constitue une occasion de rencontre et d'enrichissement mutuel. L'intérêt porté à ce qui nous distingue culturellement les uns des autres et le respect dû à chaque individu nous rassemblent ; de même que la recherche d'un monde plus solidaire et le développement d'une conscience collective qui amène à mieux vivre ensemble. »

Il s'agit du préambule des statuts de l'association le Toit du Monde, centre social et socio-culturel de Poitiers, implanté depuis 33 ans.[1]

Ainsi, depuis les années 1980, le Toit du Monde accueille, accompagne, et travaille avec des personnes de différents horizons. Ces personnes sont désignées par les médias et le public par une diversité d'appellation : immigrés, étrangers, réfugiés, demandeurs d'asile, en un mot « l’autre ». A noter que, cette année, 2015, la mode a plutôt mis en avant le mot « migrant. » Depuis l'arrivée aux frontières européennes des personnes fuyant la guerre en Syrie, fuyant les massacres de « daech », depuis la photo du petit Eylan, depuis les attentats sur le sol français en janvier et novembre 2015, la France semble découvrir l'existence de « migrants ».

Pour nous, au Toit du Monde, les deux signes d'un changement de perception par les Poitevins de la présence de personnes étrangères sont, premièrement que nous sommes sollicités au moins une fois par semaine depuis six mois pour intervenir, parler, témoigner, écrire, sur « les migrants » ; et deuxième signe, à la réunion du 6 octobre 2015 pour l'accueil de nouveaux bénévoles au Toit du Monde, 70  personnes se sont présentées pour prêter main forte à l'association, le double ou le triple du nombre habituel. Il est évident que ces deux signes représentent le versant ensoleillé de la question des migrations, car la preuve que les Français ne sont pas tous dans la méfiance, la peur, voire la haine de l'autre.

« Bénévole référente » du Groupe Droit d'Asile au Toit du Monde, depuis 2009, et simple bénévole auprès des demandeurs d'asile depuis 2005, j'ai découvert il y a 10 ans, tout comme les 70 nouveaux bénévoles de cette année, la richesse du contact avec des personnes qui ont traversé le monde pour trouver un refuge dans notre pays. C'est un bénévolat d'une grande diversité : découverte et maîtrise progressive du droit d'asile, rencontre avec l'équipe de salariés et les autres bénévoles. Cet engagement s’apparente souvent à une véritable lutte pour que les personnes requérant la protection de la France accèdent à leurs droits. L'engagement doit être fort, mais le fruit récolté au niveau personnel est sans commune valeur. A noter qu'il n'y a aucune subvention pour la demande d'asile au Toit du Monde. Toutes nos interventions se font par un groupe de bénévoles, composé depuis octobre 2015 de 40 personnes.

Nous recevons à une permanence d'accueil hebdomadaire, les personnes qui ont fui leur pays car persécutées, ou craignant de l'être, et ne se sentant pas protégées par les autorités de leur pays. A ces permanences nous ne recevons aucun réfugié. Le statut de réfugié est ce que ces personnes demandent, le précieux sésame tant attendu. Entre le moment où la personne demande la protection de la France, en Préfecture, et l'obtention ou non de cette protection, il se passe souvent deux ans. Pendant cette attente, la personne est un demandeur d'asile. Demander l'asile équivaut à demander le statut de réfugié.

On nous demande souvent pourquoi les personnes choisissent Poitiers, une ville pourtant loin des frontières. Il y a autant de réponses à cette question que de personnes reçues. Pour certains, il s'agit de la ville ou la région où sont déjà installés des compatriotes, des membres de la famille, des personnes du même village parfois. Pour d'autres c'est le premier arrêt en TGV de Paris ; ou c'est un passeur qui les a déposés en voiture à la Croix Rouge de Poitiers, ayant traversé la France d'est en ouest. Très souvent, depuis plusieurs années, il s'agit de personnes qui ont séjourné dans d'autres pays européens, dans d'autres villes de France, et qui ont été obligés de poursuivre leur chemin pour diverses raisons.

A Poitiers, depuis 2009, c'est l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui est chargé par l'état de l'accueil des demandeurs d'asile. Depuis octobre 2015, un bureau de l'OFII se trouve au sein de la Préfecture ; c'est le guichet unique, instauré par la nouvelle loi sur l'asile. En France, une personne demandant l'asile doit le faire en Préfecture. La Préfecture notera un certain nombre de faits, prendra les empreintes digitales (les 10 doigts) de la personne pour vérifier qu'elle n'ait pas demandé l'asile dans un autre pays (système informatisé européen, Eurodac.) Si ses empreintes ne sont pas enregistrées dans un autre pays européen, la personne se voit alors remettre un « dossier OFPRA », car c'est l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à Paris qui accordera ou non le statut de réfugié.  La personne est orientée vers le bureau de l'OFII. Puis, un agent de l'OFII effectuera une «évaluation de vulnérabilité ». Cette procédure étant récente, nous n'avons pas encore de recul pour savoir ce que cet entretien peut apporter à la personne. La Préfecture et l'OFII demanderont également à la personne si elle souhaite un hébergement en Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA), et lui proposera une domiciliation postale, à la Croix Rouge, afin qu'elle puisse recevoir ses courriers. Si elle accepte l'hébergement en CADA, elle aura droit à une allocation de demande d'asile d'environ 11€ par jour par personne, dans l'attente d'une place en CADA.

Quelle place tient le Toit du Monde dans cette procédure ?

Le demandeur d'asile doit remplir le dossier OFPRA, et doit rédiger un « récit de vie » en français, dans lequel il se présente, expose les motifs de sa demande de protection, les raisons de sa fuite, en gardant à l'esprit la Convention de Genève de 1951, le préambule de la Constitution de 1946,  ou  la Protection Subsidiaire, qui sont les fondements de la demande d'asile. (Notes page 4.) Aucune aide de l'état n'est proposée pour accomplir ces tâches. Le Groupe Droit d'Asile, avec l'aval du Conseil d'Administration du Toit du Monde, s'est donc donné la mission d'aider les personnes à écrire leur récit de vie (délai d'envoi du dossier de 21 jours à partir de la réception du dossier OFPRA en préfecture). Si la personne est non-francophone, la traduction du récit et l'interprétariat pendant les rendez-vous se font également par des bénévoles.

Comment ces personnes connaissent-elles l'existence du Toit du Monde ?

Encore une fois, les réponses sont multiples. Il y a ceux qui disent être arrivés à la gare et qu'en demandant de l'aide, on leur a indiqué le Toit du Monde, qui se trouve à 10 minutes à pieds de la gare ; pour d'autres c'est un ami, une connaissance, des personnes qui sont passées par le Toit du Monde, qui leur conseillent le Toit du Monde ; et de plus en plus, il s'agit des institutions telles que la Préfecture et l'OFII, ou la Croix Rouge, qui orientent les personnes chez nous.

L'OFPRA rejette environ 85 % des premières demandes d'asile, et les services de l'état ne proposant aucune aide pour le recours à la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA), c'est également une des missions du Groupe Droit d'Asile.  Pour prendre connaissance des autres missions que nous effectuons, je vous propose de vous rendre sur le site du Toit du Monde (http://toitdumonde-csc86.org/).

C'est un engagement fort et clair du Conseil d'Administration du Toit du Monde de poursuivre cette activité. La contribution des adhérents et donateurs est également à noter, car notre « caisse de solidarité », abondée par des dons et par les bénéfices de certaines activités culturelles, sert à contribuer aux dépenses du demandeur d'asile : voyage à Paris pour se rendre à l'OFPRA, à la CNDA, (trajet non-financé par l'état), nombreux courriers recommandés, tickets de bus pour les premiers jours à Poitiers, des repas dans le restaurant social du Toit du Monde, entre autre.

Notre activité est renforcée et rendue plus efficace par le partenariat local. En 2011, nous avons créé le collectif Partenaires Accompagnement Migrants (PAM)[2]. La rencontre trimestrielle d'une dizaine de structures accueillant des demandeurs d'asile nous permet d'échanger, de rester à jour des modifications non seulement dans la loi mais dans la procédure locale, très fluctuante, pour un demandeur d'asile. Nous tentons régulièrement de proposer des rencontres avec les services de l'état tel la Préfecture, l'OFII, avec plus ou moins de succès, afin de préciser les activités de chacun dans le but de faciliter le parcours du demandeur d'asile.

Les personnes qui attendent dans la rue devant le Toit du Monde, le vendredi matin,  certains depuis 7 heures du matin, viennent du monde entier. Certes nous recevons des personnes syriennes, depuis 4 ans d'ailleurs, souvent des étudiants à l'université de Poitiers qui ne peuvent plus rentrer chez eux en Syrie. Mais nous recevons aussi des Nigérians, des Guinéens, des Géorgiens, des Tchétchènes, des Ouzbeks,  des Kazakhs, des Congolais (RDC et Brazzaville), des Kurdes Yézidi, des Arméniens, des Azéris… Il n'y a ni bon ni mauvais demandeur d'asile, réfugié, migrant, simplement des êtres humains traversant les frontières à la recherche d'un refuge et qui, une fois sur le sol français, ont des droits. Concernant ces personnes fuyant la guerre et la persécution, finissons comme nous l'avons commencé par une citation : les articles 13 et 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH) de 1948 disent l'essentiel, constituant les fondements de l'approche humaniste que tout état de droit, signataire de cette belle déclaration, devrait respecter…

Article 13 de la DUDH de 1948

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.

2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14

1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.

 

Amélia GRACIE

Administratrice au Toit du Monde

Bénévole référente du Groupe Droit d'Asile

 

Qu'est-ce que le  Toit du Monde ?

Le Toit du Monde est un centre social et socioculturel organisé en association selon la loi de 1901. Il s'agit d'un centre socioculturel spécifique, adhérent à la Fédération des Centres Sociaux et Socioculturels de la Vienne (FCSV), visant à favoriser l'accueil et l'intégration du public migrant. L'intégration recherchée est un processus multidimensionnel qui se déploie sur le plan social, économique, psychologique, culturel et politique. Le Toit du Monde est reconnu sur le territoire de la ville de Poitiers comme une association menant des actions en direction d'un public spécifique.

L'association a été fondé au début des années 1980, dans le but de promouvoir les rencontres entre les Poitevins de toute origine, objectif toujours visé à ce jour.

Le Toit du Monde œuvre également à l'accueil et à l'insertion des populations menacées d'exclusion ou de discrimination.

Pour réaliser ses objectifs, l'association propose, à travers ses cinq secteurs, des activités dans les domaines de l'éducation populaire, l'interculturalité et l'animation, l'accès aux droits et l'insertion par l'activité économique. Elle recherche l'appui et l'intervention de partenaires et d'institutions sociales et culturelles.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site : http://toitdumonde-csc86.org

Pour en savoir plus sur les aides dont bénéficient les migrants en France

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/le-vrai-du-faux/2015/09/16/29003-20150916ARTFIG00326-rsa-apl-cmu-ces-aides-dont-beneficient-les-migrants-en-france.php

 

 

 

 

 


[1]          Voir description du Toit du Monde en fin d'article.

 

 

 

 

[2]          Les membres de PAM : la Croix Rouge/CADA, Audacia/CADA, Médecin du Monde, la Ligue des droits de l'homme, Emmaüs Naintré, RESF, Secours Catholique, Collectif Migrant de Châtellerault, Cimade et Toit du Monde. Ainsi que des structures invitées ponctuellement.