Rendre la Résistance à l'Histoire pour la sortir du « roman national » et du légendaire est devenu une nécessité à laquelle il sera de plus en plus difficile d'échapper. Le livre de Christian Richard sur les maquis du  groupement « Le Chouan »  répond tout à fait à cette exigence.

Écrit à partir de documents inédits retrouvés chez des particuliers, il jette un regard neuf sur un phénomène connu jusqu'a présent par les seuls récits des acteurs, pas toujours cohérents les uns avec les autres. Certes, l'auteur ne néglige pas ces sources d'origine, mais il les tempère largement par des comptes rendus, des ordres écrits rédigés dans le temps même de l'action et à laquelle ils sont intimement liés.

L'ouvrage fait une bonne place à la biographie de ces chefs inattendus et de leurs collaborateurs, résolument engagés dans la résistance à l'ennemi et au gouvernement qui collabore avec lui.. Ce sont pour la plupart de jeunes hommes peu ou pas impliqués jusqu'ici dans les affaires publiques. Ils ont, pour l'essentiel et pour la plupart, manifesté leur patriotisme en faisant passer clandestinement la ligne de démarcation au courrier et aux personnes pourchassées, en distribuant des tracts ou lacérant des affiches, en traçant des V de la victoire sur les murs, en sabotant  l'outil de production ou l'appareil de transport, tout ce qui, en un mot, tâchait à contrarier les intérêts d'un occupant détesté. Vint  en 1943 (et non 1942 comme le disent parfois par erreur les intéressés)  le Service du Travail Obligatoire (STO) qui donnait à la Résistance une raison supplémentaire de s'opposer concrètement au Reich en empêchant les jeunes d’aller travailler outre-Rhin. Et une (petite) partie de ces réfractaires fournira, le moment venu, l'essentiel des troupes du maquis.

La plupart de ces hommes qui n'avaient aucune formation militaire supérieure [André Cusson, Le Chouan, était sergent-chef d’active mais, semble-t-il, avec une expérience antérieure dans la résistance du Sud-est], peu rompus donc aux stratégies complexes et aux impératifs stricts d’un commandement élargi, prirent sur eux de constituer, au printemps de 1944, des groupes de maquisards appelés à en découdre avec une armée allemande au moral encore solide et composée de soldats aguerris. Placés sous l'autorité du colonel Chêne (alias Bernard, Commandant des FFI de la Vienne), munis d'instructions précises, ils réussirent, en dépit de tout, à contrecarrer les plans de l'adversaire qui étaient de rejoindre dans un premier temps le front de Normandie puis d'organiser un repli ordonné vers l'Allemagne. Regroupés le long des axes essentiels du secteur (RN 151, RN 147), ils s'appliquèrent à soumettre les troupes adverses à un harcèlement en règle (combats de Lussac- les-Châteaux, Chauvigny, Paizay-le-Sec, pour ne citer que les principaux) dans le but de retarder leur progression tout en leur portant des coups sévères sur le plan matériel et humain.

Les documents utilisés par Christian Richard, révèlent un commandement supérieur vigilant qui réagit promptement aux incartades et aux manquements de toute nature, comme en attestent les directives adressées aux groupes : la note du colonel Bernard datée du 23 juillet 1944, « à diffuser et à lire dans tout le maquis » (page 181) sur les arrestations arbitraires et les exécutions sommaires, constitue un modèle, même si elle peut nous paraître aujourd'hui bien brutale,  et il faut féliciter l'auteur de l'avoir reproduite en son entier. Il convient de signaler dans ce registre, l'exécution, le 9/9/1944 à Coussay-les-Bois, de 17 prisonniers allemands, ordonnée par le capitaine Le Chouan pour venger la mort de 4 maquisards de son groupe, fusillés par les occupants le 20 juin précédent, au même endroit. Cet épisode peu glorieux a fait l'objet d'une polémique dans la presse en 2010 dont l'auteur se fait ici l'écho en reproduisant la réponse émouvante que fit alors une ancienne résistante, Jacqueline Riffault, au fils d'une des victimes allemandes désireux de faire apposer une plaque commémorative sur le lieu de la fusillade.

Ce livre renferme en outre,  de très intéressantes informations sur l'hébergement des maquisards, l'habillement, le ravitaillement et les réquisitions afférentes. Notons encore qu’un chapitre est consacré au rôle important tenu par les femmes dans ce groupement.

 Un accent particulier est mis sur la contradiction obsédante qui existait entre une stratégie fondée sur une mobilité intense et la difficulté permanente à trouver des véhicules, du carburant et des pièces de rechange. Ajoutons que transparaît, au fil du récit, une insuffisance chronique d'armes et de munitions qui réduisit considérablement la puissance de feu de  ces « soutiers de la gloire » comme les appelait Pierre Brossolette.

Ouvrage riche qui contribuera à une meilleure connaissance du « maquis »,  phénomène populaire, mais encore assez peu étudié en profondeur, faute le plus souvent, de documents fiables.

                                                                                  Jean Henri Calmon

 

 

                                                        Christian Richard

                                                            GROUPEMENT

                                                             LE CHOUAN                                                      

                                                                   1944

                                         Maquis Est et Nors-est de la Vienne

                                           « Lagardère » « Le Chouan » «Masier »

                                                          Michel Fontaine éditions, 461 pages, 2015