Compte-rendu de lecture par Jean Carpentier de l'ouvrage  de

François BOESPFLUG

Thierry LEGRAND

Anne-Laure ZWILLING, 

Bayard  2014  408 pages

Certes, dans cet ouvrage, il faut retenir le titre « Religions » ; mais aussi le sous-titre « Les mots pour en parler » et tout autant le deuxième sous-titre « Notions fondamentales en histoire des religions ».

               Car ce livre n’est en rien un dictionnaire où l’on retrouverait  « christianisme » ou « mazdéisme », « bouddhisme » ou « chamanisme », avec définition et description de chacune de ces religions. Il va au-delà et pour cela, faisant usage des mots précis et précisément définis, il dit quelles sont « les notions fondamentales en histoire des religions », celles par lesquelles il est possible de « s’initier à l’ensemble des concepts qui permettent de présenter les religions avec quelque rigueur » (p. 24), celles qui donnent cette culture religieuse qui « est la familiarité acquise avec les systèmes de signes par lesquels les religions se manifestent (mythes et rites, livres saints, œuvres d’art et actes spécifiques prenant place au sein des liturgies, des morales, … des déploiements caritatifs …) » (p.27).

               Les auteurs s’interrogent donc d’abord sur le mot « religion ». Ils en disent les différentes étymologies et les définitions qu’en donnent les meilleurs spécialistes. Dès 1912, Durkheim la définit « comme un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdite, croyances et pratiques qui unissent dans une même communauté morale, appelée église, ceux qui y adhèrent. » (p.64).

                Puis viennent ce qu’on peut appeler les fondamentaux de toute religion… mythes, rites, sacré …

                D’abord le récit des origines, objet de récitations rituelles, et qui est le plus souvent un mythe, récit situé « au commencement », avant l’histoire proprement dite (p.72). Ce récit est l’objet d’une célébration, d’une « remise en vigueur » par des célébrations rituelles : le rite renvoie donc au mythe, il se célèbre en communauté, obéit à une certaine périodicité et s’accomplit selon des formes prescrites (p.95). Mythe et rite impliquent l’existence du sacré (mot difficile longuement analysé dans ses étymologies). Pour Mircea Eliade, il est au coeur de l’expérience religieuse humaine. « Plus encore que le sacré lui-même, compte surtout dans l’histoire des religions l’expérience vécue du sacré et de sa distinction d’avec le profane. La religion serait l’art d’aller de l’un à l’autre en respectant leur différence » (p.135). Michel Meslin précise : « est sacré ce qui est chargé de présence divine, mais aussi est sacré ce qui est interdit au contact des hommes » (p.124).

               De ce cadre fondamental du phénomène religieux, découlent alors les questionnements particuliers avec les réponses que leur apportent les religions :

–         « le dedans et le dehors » : l’homme a-religieux, l’homo religiosus et les relations qu’ils peuvent avoir entre eux … et aussi  les religions « missionnaires » et les religions « ethniques » …

–         Les personnels de la religion, rois, prêtres, juges mais aussi fraternités, confréries, ordres.

–         Les modalités de la communication ascendante et descendante avec le divin (révélation, possession,  divination …).

–         Enfin, le redoutable « et après ? » … : mort individuelle d’une part (croyances, rites funéraires …) et « fin du monde », enfer et paradis. 

         Il est superflu d’ajouter que ces formulations apparemment abstraites sont, sans cesse, éclairées par d’innombrables exemples et illustrations … Ne citons que pour exemple l’exposé sur « la démythologisation des Evangiles »(p.73-76), la description des rites funéraires du mazdéisme (p.109-111), des pratiques alimentaires du judaïsme (p.113-116), l’évocation du monde sikh (p.120-121) et sur un plan plus général, le permanent souci de la précision et de la définition rigoureuse des termes employés.

              Un des auteurs reconnaît avoir mis dans ce livre près d’un quart de siècle de son enseignement sur ces sujets … On ne s’en étonnera pas ! On s’en félicitera ! On l’en félicitera ! Car voilà un livre en quelque sorte fondamental pour qui veut aborder les phénomènes religieux … il mérite la plus grande attention.

Jean Carpentier

IG d'histoire honoraire

Président d'honneur de Jacques Cartier