Il est bon tout d’abord de rappeler ce qu’est ce sanctuaire Yasukuni et ce qu’il représente à la fois pour le Japon et  pour les pays proches durablement marqués par les exactions japonaises lors de la seconde guerre mondiale.

1-  Le sanctuaire Yasukuni (靖国神社, Yasukuni-jinja), est un grand sanctuaire shinto[1]  construit à Tôkyô (arrondissement de Chiyoda- ku)  en 1869 au moment même où le Japon entre dans l’ère moderne avec la restauration du pouvoir impérial (go ishin).

Cette révolution, « marche vers les lumières de la civilisation » ouvre l’ère Meiji (明治時代)[2]– gouvernance éclairée qui pratique l’ouverture au monde, c’est-à-dire à cette époque, une occidentalisation-. 

« La décision de faire correspondre l’ère du calendrier au règne de l’empereur doit être comprise comme une accentuation du caractère « spécial » de la personne impériale » souligne Pierre-François Souyri[3]. Ce nouveau cours se dote d’un nouveau décor ; le gouvernement quitte Kyôto pour Edo rebaptisé Tôkyô, l’empereur s’y installe dans l’ancien palais du Shôgun. L’une des premières mesures, de ce nouvel Etat désormais centralisé, fut de rétablir un ministère des Cultes et des Rites en charge des affaires religieuses, qui installe une séparation entre les deux « religions », shinto et bouddhiste, système où le shinto, lié à l’empereur, se retrouve au premier plan.

C’est dans ce contexte qu’en 1869, un  sanctuaire  officiel shinto est inauguré à Tôkyô, [Tōkyō Shōkonsha 東京招魂社, Tōkyō Shōkonsha] à faible distance du palais impérial,  avec l’objectif de vénérer la mémoire des hommes morts au combat pour l’empereur lors de la « guerre civile »qui opposa les partisans de l’ancien régime (avec le Shôgun) à ceux du nouveau (restauration du pouvoir impérial). Dix ans plus tard, cette sorte de premier monument aux morts japonais prendra le nom de Yasukuni jinja, à savoir, le «  sanctuaire du pays apaisé[4] ».

Par la suite, bien au-delà de l’ère Meiji, le sanctuaire abrita la mémoire de tous ceux qui sont morts dans les différentes guerres, au nom de l’empereur, et cela jusqu’à l’extrême fin de la seconde guerre  mondiale en 1951. Il faut bien comprendre l’idéologie de l’époque du shinto d’Etat, tout mort au nom de l’empereur a droit à des égards, peu importe les actes commis, la référence est le nationalisme et non les Droits de l’Homme. Ce monument ne dit pas « plus jamais ça ! » comme le ferait un monument aux morts français après 1818, mais, « soyez fiers, votre tour viendra [5]! »

Avec la réforme imposée par les Américains, le shintoïsme n’est plus religion d’Etat, il y a une séparation du politique et du religieux, et de plus, le sanctuaire Yasukuni est sorti de l’Association des sanctuaires shinto (神社本庁, Jinja Honchō), organisme religieux chargé de superviser environ 80 000 sanctuaires shinto du pays. Yasukuni est indépendant, tant des structures religieuses que politiques, ses prêtres sont donc libres de leurs choix de défunts à honorer. C’est ainsi qu’ils  ont admis près  de deux millions et demi  de soldats et civils[6] morts « pour l’empereur », à savoir pour le pays, entre 1868 et 1951. Divinisés (kami) leur nom figure sur le « livre des âmes » de Yasukuni jinja. L’inscription est décidée par le sanctuaire sans consultation des familles, certaines, dont des familles taiwanaises ont intenté en vain un procès contre le sanctuaire et souhaitent que leurs parents soit désinscrits, ce qui ne peut se faire au dire des responsables du Yasukuni. Pour le dire autrement, les individus sont dépossédés du moindre droit, comme pendant la période impérialiste. Le principe de fonctionnement reste l’empereur, pas le peuple japonais. Les archives avec fichiers sur chaque personne vénérée sont entreposées dans un petit bâtiment adjacent, le Reijibo Hoan-den[7]. Il arrive que des familles viennent questionner les responsables du sanctuaire pour savoir si tel ou tel membre tué aux combats jadis est inscrit sur les registres, car il n’y a pas vraiment de publicité faite au fur et à mesure des inscriptions. Récemment, 12 nouveaux cas ont subi le rituel d’apothéose prévu pour devenir kami.

L’enceinte du sanctuaire comprend également deux autres lieux :

–         un sanctuaire adjacent, le Chinreisha (鎮霊社 : « sanctuaire apaisant l’esprit ») avec une double  vocation élargie, d’une part  à tous les morts japonais lors des guerres, non inscrits au Yasukuni jinja, y compris à ceux qui furent contre l’empereur à l’époque Meiji,[8] et d’autre part, aux morts ennemis du Japon lors de la seconde guerre mondiale. Ce lieu est assez peu connu y compris des nombreux pèlerins qui viennent honore un membre de leur famille au Yasukuni jinja.

–         Un musée de la guerre, le Yushukan,( 遊就館)qui retrace les activités guerrières japonaises depuis le Meiji. On privilégie les aspects techniques, héroïques et l’on passe sous silence la plupart des atrocités commises.[9] Un lieu de mémoire quelque peu sélectif voire révisionniste.

2- Pourquoi ce sanctuaire est-il objet de polémiques internes  et de tensions internationales ? Les raisons en sont diverses et de registres différents.

·       a-  Le principal problème vient de la présence sur les listes du Yasukuni jinja de criminels de guerre.

Au-delà des réactions émotionnelles habituelles, comment rendre compte de cela ? C’est un fait avéré, le Japon a commis de nombreuses exactions et atrocités dans les territoires occupés lors de la guerre[10]. Il est nécessaire pour tenter de comprendre, de se remémorer à grands traits les circonstances à la fois de l’épuration et des procès pour crimes de guerre.

–         l’épuration a surtout concerné les cadres de l’armée, de la police et des partis politiques.  Au total cela concerna 220 000 personnes. Mais, faute de nouveaux viviers et notamment face à la nécessité de contrer la montée du communisme régional, la plupart sont progressivement réhabilités au début des années 50. Kishi Nobusuke, ex criminel de guerre, soustrait à la justice par la volonté américaine, sera même Premier ministre en 57-58.

–         L’exemplarité n’est pas meilleure si l’on s’intéresse aux procès des criminels de guerre. Les « Américains ont incarcéré 250 criminels de guerre présumés dans la prison de Sugamo, à Tôkyô, et 5700 autres dans les pays libérés du joug japonais. Parmi ces derniers, 920 seront exécutés. A Tôkyô, 18 généraux, 4 anciens Premiers ministres et 6 diplomates comparaissent devant 11 juges délégués par les nations victorieuses, sous l’inculpation d’avoir  conspiré pour déclencher une guerre d’agression  dont ont découlé divers crimes de guerre et contre l’humanité. Leur procès s’ouvre le 3 mai 1946 et dure 30 mois »[11].Une partie seulement des prisonniers de Sugamo sera jugée et condamnée dont le général Tôjô Hideki commandant en chef des forces armées et chef du gouvernement. Une grande partie des prisonniers ne sera pas jugée. L’empereur et toute sa famille, de la volonté des Américains, ne seront pas inquiétés. L’empereur Hirohito fait preuve d’une soumission exemplaire. C’est le général Matsui Iwane qui est exécuté pour les massacres de Nankin en 1937, massacre commis par l’armée que commandait le prince Asaka Yasuhiko, oncle de l’empereur. « La thèse de l’irresponsabilité de Hirohito, bien que contredite par les mémoires de plusieurs hauts dignitaires de la cour, reste encore une vérité officielle que les groupes d’extrême droite japonais n’hésitent pas à faire respecter, au besoin par la violence . Cette manipulation rendra un bien mauvais service au japon. Le procès bâclé de Tôkyô, en nourrissant l’idée que le mal et le bien sont difficiles à démêler dans ce que l’impérialisme japonais a perpétré en Asie, empêchera le Japon de regarder son passé en face et de se réconcilier avec ses plus proches voisins, la Chine et la Corée.[12]»

–         Les criminels de guerre emprisonnés, de classe A – les dirigeants directement responsables- et de classes B et C –meurtres de civils et exactions commises à l’égard des prisonniers-, ont été libérés en 1956-58[13] suite à diverses pressions notamment d’associations de familles. Le mouvement d’opinion publique en leur faveur commence dès l’entrée en vigueur du traité de paix de San Francisco de 1952 (pétition de 40 millions de signatures en vue de leur libération). En 1959 le sanctuaire a commencé à consacrer un millier de personnes issues des catégories B et C. Quelques années plus tard, une liste élaborée par le Ministère de la santé et des Affaires Sociales, comprenant des victimes militaires de la guerre ainsi que des criminels de guerre, est envoyée au sanctuaire pour déification, chose faite par le nouveau Grand prêtre, Nagayoshi Matsudaira[14] dès son entrée en fonction en 1978. Dans cette liste figurent 14 criminels de guerre de classe A. D’un point de vue shinto, le fait d’être ainsi déifié et inscrit au  Yakusuni entraîne de facto le pardon de toutes les fautes, mais en fait, ce pardon n’avait-il pas déjà été accordé par les différentes démarches d’une partie de  l’opinion publique ? Cette décision prise le 31 janvier 1969 est volontairement tenue secrète à l’époque, elle ne sera effective que le 17 octobre 1978 : 14 criminels de guerre de classe A dont Hideki Tojo sont consacrés comme Martyrs de Showa (昭和殉難者, Shōwa junnansha ).Nous connaissons depuis peu cet agenda grâce à des documents officiels publiés le 28 mars 2007 par la Bibliothèque nationale de la Diète (Parlement)[15]

–         Depuis 1978 précisément, l’empereur Hirohito refuse d’aller se recueillir au Yakusuni, nous n’en connaissons la raison que depuis 2006 lorsqu’après le décès du Grand prêtre, le journal Nihon Keizai Shimbun publie un extrait du carnet de notes de Tomohiko Tomita, conseiller de l’empereur dans lequel il rapporte qu’Hirohito en privé avait exprimé son grand mécontentement face à la présence de ces criminels de guerre au sanctuaire. Etait-ce pour respecter le nouveau cours pacifiste du Japon promis au Américains ? Comme souvent, l’attitude de l’empereur peut nous sembler ambiguë, car lors des grandes cérémonies de printemps et d’automne, l’empereur envoie au sanctuaire un émissaire spécial, en costume de cour Heian[16], chargé d’apporter les offrandes impériales aux morts déifiés pour les réconforter . Ce rituel shinto est essentiel afin d’obtenir la propitiation des kami par crainte de leur pouvoir maléfique. L’argument est souvent repris par les partisans de la présence de ces criminels au sanctuaire. L’empereur actuel suit la même voie.

–         Les symboles impériaux sont omni présents au Yasukuni : la fleur de chrysanthème à 16 pétales, sur la porte d’entrée, sur les rideaux de la salle de culte, jusqu’au miroir à l’intérieur[17] (cadeau personnel de l’empereur Meiji).

–         Dans une partie de l’opinion publique japonaise un fort doute subsiste sur la partialité des juges de Tôkyô après la guerre depuis que le juge indien Radhabinod Pal en ait posé la critique lui-même. Une justice de vainqueurs appliquée au Japon, alors que personne n’a jamais jugé les crimes commis par les Américains soit à Tôkyô par bombardements classiques, soit à Hiroshima et Nagasaki. Cet argumentaire fait comprendre les libérations de 1958, voir même les introductions au sanctuaire.

·        b- Une deuxième série de raisons de polémiques est d’ordre juridique.

Depuis la réforme imposée par les Américains suite à la défaite, le Japon connaît un régime de séparation du religieux et du politique. Selon la constitution proclamée le 3 mai 1947 l’article 20 est ainsi rédigé : La liberté de religion est garantie à tous. Aucune organisation religieuse ne peut recevoir de privilèges quelconques de l’État, pas plus qu’elle ne peut exercer une autorité politique. Nul ne peut être contraint de prendre part à un acte, service, rite ou cérémonial religieux. .
En effet, en 1946, au terme de leur victoire inconditionnelle, les Alliés ont contraint le Japon à supprimer toute référence constitutionnelle à la religion d’État qu’était le shintoïsme, ainsi qu’au culte rendu à l’empereur du Japon
[18].

–          Les visites au sanctuaire effectuées soit par un Premier ministre ou par des parlementaires suscitent toujours une vive polémique tant au Japon qu’à l’extérieur, notamment en Chine et en Corée à qui ce geste rappelle de forts mauvais souvenirs liés au nationalisme guerrier du Japon. Qin Gang, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinoises, a déclaré que les provocations de ce dirigeant japonais à l’encontre de la justice et de la tendance historique avaient donné des motifs de préoccupation suffisants à ses voisins asiatiques et à la communauté internationale pour qu’ils restent extrêmement vigilants quant à la voie que choisira le Japon dans l’avenir[19]. Toute la question est de savoir si ces visites sont effectuées à titre privé ou officiel, cela est parfois ambigu. Lors de la signature du registre du sanctuaire, l’homme politique indique sa fonction,  soit de personne privée (shijin (私人), soit de ministre (shushō (首相), ce qui est toujours rapporté par la presse. La cour suprême du Japon a récemment  fait savoir que les visites du Premier ministre et de l’empereur étaient constitutionnelles. Cela n’empêche pas l’opinion publique d’être divisée sur le sujet. Certains ont émis l’hypothèse de construire un autre sanctuaire, officiel celui-la et laïque pour rendre hommage aux morts des guerres, mais les spécialistes du rite shinto s’y opposent, on ne peut transférer disent-ils les personnes consacrées dans un autre lieu[20], même pas dans le petit sanctuaire annexe le Chinreisha. Le shinto n’est plus officiellement la religion d’Etat depuis 1945, mais on respecte encore son idéologie affirmant que toute personne ayant combattu pour l’empereur doit être considéré comme esprit héroïque (un eirei 英霊) et de droit trouve sa place au Yasukuni.

·      c-  Enfin, les raisons d’ordre politique placent nettement le sanctuaire Yasukuni du côté des traditionalistes, de l’extrême droite, du nationalisme.

L’exemple de l’association Izokukai (遺族会) est à cet égard significatif. A sa création en 1947 la Izoku Kōsei Renmei (遺族厚生連盟), Union du bien-être des familles des morts à la guerre a pour objectif « d’aider les veuves, les orphelins et les parents âgés de ceux qui sont morts en Asie et dans le Pacifique ainsi que de faire pression sur le gouvernement dans l’intérêt des familles [21]». En 1953 l’organisation prend le nom d’ Izokukai [遺族会] avec comme  nouveaux objectifs de prier les eirei (esprits héroïques), pour apporter le bien-être aux familles des morts à la guerre. Ceci est considéré comme un virage nationaliste en lien avec les valeurs du parti libéral démocrate dont la volonté de restaurer le culte shinto et le pouvoir de l’empereur comme chef d’Etat est parfois affichée. En 1962  Okinori Kaya,[22] un ex criminel de guerre de classe A devient le Président de l’Association. Le lien est donc assez net entre le pouvoir (accaparé par le PLD), l’association Izokukai (qui joue le rôle d’interface) et le sanctuaire Yasukuni.

3- Avec ces données en arrière-plan, comment comprendre la décision récente en décembre 2013 de Shinzo Abe de visiter le sanctuaire Yasukuni ?

C’est la seconde fois qu’il exerce la charge de Premier ministre. Après un premier exercice court, de septembre 2006 à septembre 2007, il retrouve son poste en décembre 2012. Sa visite au Yasukuni marque l’anniversaire d’un an de pouvoir et coïncide avec le jour anniversaire de Mao en Chine (pure coïncidence bien entendu !) Lors de son premier passage il s’était abstenu d’une visite officielle. Il y a donc dans ce geste de 2013 une volonté politique affichée, laquelle ?

Pour en comprendre les ressorts, il est essentiel de rappeler qu’il appartient au PLD (il en fut même à plusieurs reprises le dirigeant), parti conservateur, qui depuis sa création en 1955, a pratiquement toujours été au pouvoir. Certes ce parti conservateur est traversé par de nombreux courants, mais quelques lignes de fond se dégagent notamment avec Shinzo Abe. Il s’agit globalement de vouloir tourner la page de l’après-guerre imposé par les Américains et affirmer que le Japon est de retour comme puissance à part entière. Cette posture implique une volonté de modifier la constitution pour en gommer « les aspects inadaptés à l’esprit japonais ». [Trop de droits, pas assez de devoirs] Pouvoir réarmer le pays, redonner du pouvoir à l’empereur, reconsidérer le shintoïsme comme élément clef culturel du pays, redonner de la fierté (mettre fin par exemple au « sentiment de culpabilité » à propos des guerres menées par le Japon que véhiculent les manuels scolaires[23], « écrits par des gauchistes » dit-on au PLD, une grande réforme morale scolaire est souhaitée… [Lire la note 22 qui renvoie à un important travail sur les manuels scolaires japonais].

Shinzo Abe, un faucon du parti, prend son grand père maternel, Nobusuke Kishi, comme modèle en politique, ce dernier fut certes Premier ministre de 1957 à 60, mais aussi, auparavant, emprisonné de 1945 à 48 comme suspect de crime de guerre de classe A pour ses activités en Mandchourie occupée. En 1941 il est nommé par Tojo Ministre du commerce et de l’industrie et, à ce titre, il organisa le travail forcé jusqu’en 1945.

« La politique au Japon fonctionne en clans liés entre eux par des liens familiaux très forts. Il (Abe) tient son pouvoir de ses ancêtres… Dans ce cadre familial japonais on se doit d’être fidèle à sa famille, on ne peut pas la trahir, d’autant que Shinzo Abe  doit son poste à ses illustres parents…..Le message destiné à ses voisins, chinois surtout, est clair : le Japon ne se laissera pas faire dans la crise territoriale qui l’oppose à la Chine », affirme Jean-François Sabouret, spécialiste du Japon[24].

Pour l’heure, le Premier ministre Abe a la majorité dans les deux chambres, mais l’opinion ne semble pas prête pour un changement de constitution, sauf si… la Chine allait trop loin dans sa nouvelle volonté de puissance en Mer de Chine.

In fine, ce n’est pas le moindre des paradoxes, que ce sanctuaire Yasukuni dont le nom signifie « sanctuaire du pays apaisé », soit devenu une pomme de discorde, non seulement avec les pays voisins, mais également à l’intérieur du pays.

Christian BERNARD

 

 

 

 

 

 

 


[2]  Cette appellation est officialisée en octobre 1868, le jeune empereur Mutsuhito deviendra à sa mort Meiji.

[3] François Souyri, Nouvelle histoire du Japon, Perrin, 628 p., 2010, p.446.

[4] Ce n’est pas un monument pour toutes les victimes de la guerre, seuls les soldats du « bon côté » y sont présents, contrairement à ce qu’aurait voulu réaliser Franco en Espagne après la guerre civile avec El Valle de los Caídos (La Vallée de ceux qui sont tombés). La guerre « civile » japonaise (1868-69) ou plutôt une guerre de clans [La guerre de Boshin [戊辰戦争, Boshin sensō ] fit environ 3500 morts. Notons que la diplomatie française ne se trouvait pas du bon côté !

[5] Takahashi Tetsuya, Morts pour l’empereur, la question du Yasukuni, 2011. Belle analyse du sujet mais qui n’ose jamais aller au fond des interrogations, on sent que le texte a été écrit en japonais vers 2005 à une époque où le japon s’engage avec les Américains au Proche-Orient et projette pour la première fois des militaires hors du pays.

[6] Il y a des femmes (par exemple les infirmières de l’escadron Himeyuri enrôlées de force à Okinawa en 45), des enfants (les 800 écoliers qui se trouvaient sur le Tsushima-maru coulé en 44 par un sous-marin américain), des Coréens et Taiwanais qui avaient obtenu la nationalité japonaise lors de l’occupation, et quelques personnalités.

[7] Construit en 1972, les registres sont en papier de riz  spécial fait main.

[8] Ce petit sanctuaire en bois construit en 1965 comporte deux « sièges » pour Kami , pour les deux catégories.

[9] Par exemple le moteur de locomotive de 1936 exposé à l’entrée est prétexte à rappeler que la ligne de chemin de fer sur laquelle elle circulait en  Birmanie fut difficile mais sans rappeler les 90 000 morts que cela a occasionné (prisonniers de guerre, ouvriers locaux, Japonais réquisitionnés).

[10] Cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_guerre_japonais

[11] Jean-Marie Bouissou, Le Japon contemporain, Fayard, 610 p, 2007, p.31

[12] Jean-Marie Bouissou, Le Japon contemporain, Fayard, 610 p, 2007, p.32

[13] Sur cette histoire complexe cf Yomiuri Shimbun “Yasukuni: Behind the Torii: From government-run shrine for war heroes to bone of contention” in The Asian-Pacific Journal: Japan Focus, 15 juin 2005 http://www.japanfocus.org/-Yomiuri-Shimbun/1967

[14] Matsudaira est le nom d’une grande famille traditionnelle japonaise,  Nagayoshi Matsudaira est le fils de Yoshitami Matsudaira, qui était le grand intendant de la maison impériale dans l’immédiat après guerre. L’empereur aurait dit « le fils a ignoré l’esprit du père qui tenait beaucoup à la paix ».

[15] Ce dossier constitué de documents déclassifiés est actuellement à la Bibliothèque du Congrès améric

[16] Epoque de l’histoire japonaise de 794 à 1185. Les offrandes impériales consistent en tissus de soie de 5 couleurs, elles s’ajoutent à celles des prêtres : vin de riz (saké), bière, cigarettes..

[17] Le miroir fait allusion au mythe de la déesse Amaterasu, déesse du soleil, ancêtre des empereurs.

[18] Cf en français le texte de la constitution japonaise http://mjp.univ-perp.fr/constit/jp1946.ht

[19] Un fait passé inaperçu en France à l’époque est la visite  au Yasukuni le 7 juin 2007 de l’ancien Président de la République chinoise, Lee Teng-Hui, venu  honorer son frère mort au combat côté japonais alors que Taiwan était colonisé. Le geste n’a pas vraiment plu à Pékin.

[20] Un autre lieu possible, tout proche, pourrait être le cimetière national Chidorigafuchi qui accueille plus de 350 000 tombes de morts de la dernière guerre non identifiés, essentiellement des soldats.

[21] http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverses_sur_le_sanctuaire_Yasukuni

[22] Il fut ministre des finances de 1941 à 44, condamné en 1948 à 20 ans d'emprisonnement. Libéré sous contrôle judiciaire en 1955, il devient ministre de la Justice de 1957 à 1960.

[23] Daniel Sneider Les manuels d’histoire et la guerre en Asie : des interprétations divergentes

http://www.nippon.com/fr/in-depth/a00703/

« Cela fait trente ans que les livres d’histoire japonais et la façon dont ils présentent la période de la guerre  sont au cœur d’une polémique internationale de façon pratiquement constante. Leurs détracteurs, à l’intérieur comme à l’extérieur du Japon, leur reprochent de faire preuve d’une volonté délibérée de ne pas assumer la responsabilité du déclenchement de la Guerre en Asie-Pacifique et de ne reconnaître ni les souffrances que les armées japonaises ont infligées aux populations des pays qu’elles ont conquis en Asie ni les crimes qu’elles ont commis aux cours des combats qui les ont opposées aux Alliés. La décision des responsables du système éducatif japonais d’approuver certains manuels ou de revoir et de reformuler leur contenu est considérée comme une preuve des tendances nationalistes japonaises. Et chose beaucoup plus grave, on va même jusqu’à accuser les livres d’histoire japonais de ne pas éduquer correctement les nouvelles générations à propos de leur passé.

Ces critiques ne sont certes pas totalement dépourvues de fondement. Les manuels d’histoire japonais ne donnent pas beaucoup de détails sur la période où le Japon a colonisé une partie de l’Asie, et en particulier sur ce qui s’est passé en Corée. Ils omettent ou minimisent certains des aspects les plus critiqués de l’époque de la guerre, notamment le recrutement forcé de femmes dites « de réconfort » contraintes de se prostituer pour les soldats de l’armée impériale japonaise. On a même vu à diverses reprises la Commission de vérification des manuels scolaires du ministère de l’Education nationale japonais tenter d’édulcorer la description de l’agression japonaise, à la suite de pressions exercées par des conservateurs révisionnistes et leurs partisans.

Mais les résultats des travaux du  projet « Divided Memories and Reconciliation » du Centre de recherches sur l’Asie-Pacifique Walter H. Shorenstein (APARC) de l’Université Stanford remettent en cause les préjugés largement répandus sur les manuels d’histoire japonais. Ce programme de recherches que j’ai dirigé avec le professeur Gi-Wook Shin a pris la forme d’une étude sur plusieurs années dont l’objectif était de comprendre comment la mémoire historique de la période de la guerre s’est constituée. Nous avons d’abord étudié les manuels d’histoire, puis le rôle de la culture populaire, et en particulier du cinéma et de l’opinion des élites, dans la formation des interprétations historiques de la période de la guerre. Nous avons adopté une approche comparative en mettant le Japon en parallèle avec certains des principaux pays engagés dans la guerre du Pacifique entre autres la Chine, la Corée du Sud et, bien entendu, les Etats-Unis ».

[24] In La Croix, 27 décembre 2013 ; J.-F. Sabouret, est l’auteur de « Japon, la fabrique des futurs » CNRS éditions, 78 p.2011. Ceci n’apparaît pas dans les commentaires volontiers apaisants formulés par Abe après sa visite « Aujourd’hui, j’ai rendu visite au sanctuaireYasukuni et exprimé mes sincères condoléances, mes respects et j’ai prié pour les âmes de tous ceux qui avaient combattu pour le Japon et fait le sacrifice ultime. J’ai également visité Chinreisha, un monument de prière et de commémoration des âmes de toutes les personnes, indépendamment de leurs nationalités qui ont perdu leur vie durant la guerre, mais qui ne sont pas enchâssés dans le sanctuaire de Yasukuni… En priant pour les âmes des morts de la guerre, le caractère précieux de la paix dont jouit aujourd’hui le japon m’a intimement touché. La paix et la prospérité actuelles du Japon n’ont pas été établies seulement par ceux qui vivent aujourd’hui. La paix et la prospérité dont nous jouissons aujourd’hui se sont construites sur les précieux sacrifices de nombreuses personnes qui ont péri sur le champ de bataille en souhaitant le bonheur de leurs très chères épouses et enfants, et en pensant à leurs pères et leurs mères qui les ont élevé » http://www.itinerarium.fr/visite-au-temple-yasukuni-declaration-du-premier-ministre-japonais-shinzo-abe/

Christian BERNARD