I – Aux origines.

                    C'est le berceau de la civilisation : c'est ici que sont nés l'écriture et l'alphabet, prodigieuses avancées dans l'histoire des hommes. C'est ici que sont apparues les trois grandes religions monothéistes à partir de l'Ancien Testament. C'est encore ici qu'on a inventé le péché, inconnu des Grecs et des Romains !

C'est le pays des Sémites, ces peuples remarquables que l'on distingue par les langues qu’ils parlent, issues d'une même souche : hébreu, arabe, araméen, éthiopien, akkadien et non par la légende biblique qui est à la base d'une interprétation clivante comme on dit aujourd'hui.

Une grande partie de cet espace fut occupé pendant 1000 ans par les Grecs et les Romains et, après eux, par les Perses. S'est formé ainsi, un creuset fertile en de nombreux et divers ferments civilisateurs dont nous sommes aujourd'hui les héritiers et les tributaires.

II – Des fractures historiques.

Il existe entre tous ces peuples des oppositions historiques très fortes qu'il faut prendre en compte lorsqu'on veut se pencher sur leurs destinées : les sunnites s’opposent aux chiites, les Arabes aux Perses (= Iraniens chiites) et tous aux Turcs conquérants détestés (du milieu du XVe siècle à 1920). De l'éclatement de l'empire ottoman après la guerre 14-18 surgiront des Etats nouveaux que l'on retrouvera vite au coeur des problèmes contemporains : Liban, Syrie, Irak, Jordanie, puis Israël et l'hypothétique État palestinien. Quand on veut étudier l'histoire de cette région il ne faut pas négliger l'impact très fort des interventions (souvent intempestives) de l'Occident dans ses affaires : Croisades, Colonisation, Décolonisation.

III -Les fractures actuelles qui pourraient engendrer un cataclysme.

*Israël/Palestine  – Le problème central qui domine tous les autres : une minorité religieuse érigée en un Etat politique au milieu d'une majorité écrasante d’         Arabes musulmans [vers 1900 en Palestine on comptait 600 000 Arabes (500 000 musulmans et 100 000 chrétiens) contre à peu près 30 000 Juifs] cette majorité  se considère donc comme la victime d'une immense injustice, commise en dépit du principe imposé  par les occidentaux après la guerre 14-18 : « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », principe devenu l'un des piliers des relations internationales mais qui n’a pas été appliqué ici. Pour le reste il faut juste rappeler que jusqu'en 1988, l'État d'Israël avait pour lui une légitimité qui découlait de la résolution 181 de 1947. Après 1988 cette légitimité passe du côté des Palestiniens qui ont reconnu l'État d'Israël, ont signé avec lui des traités que celui-ci s'efforce de ne pas honorer en cherchant par tous les moyens à éviter la création de l'État palestinien prévu par ces traités. De graves problèmes devront être résolus si l'on veut pourtant y parvenir : les réfugiés, les frontières, le statut de Jérusalem, l'eau, et surtout les colonies (on pourrait maintenant et ajouter le Mur)

* Le face-à-face des Etats pétroliers du Golfe et de l'Iran chiite, tout préoccupé d'affirmer son hégémonie sur la région. Les sanctions prises contre sa politique d'armement nucléaire et la très mauvaise posture de son allié stratégique, le Syrien Bachar-al-Assad, portent un coup très dur à ses ambitions et certainement pour longtemps. Dans cette course à l'hégémonie il se heurte à  une Turquie émancipée, très occidentalisée, économiquement bien plus avancée que lui et promise à un brillant avenir. NB : zone très hautement nucléarisée (Chine, Inde, Pakistan, Israël)

*Aux confins de la région, l’AFPAK (Afghanistan + Pakistan) le problème de ces deux pays sont difficilement dissociables. L'Afghanistan constitue une zone historiquement hostile à l'Occident responsable de sa création. Le conflit qui s'y déroule a, pour cette raison, des causes qui sont d'abord ethniques avant d'être religieuses. S'y retrouvent encore des problèmes liés aux relations régionales entre l'Inde, le Pakistan et l’ Iran sous l'œil vigilant d'une Chine intéressée.

*La quatrième fracture est d'ordre politique et transnational : les Révolutions arabes. Les vainqueurs en seront inéluctablement,  dans un premier temps, les religieux. Mais ce sera, pour eux une victoire à la Pyrrhus, car dans ces sociétés des forces sont à l'œuvre qu'il leur sera difficile de maîtriser : l'éducation et notamment l'éducation des femmes (fantastique progrès de la contraception ; une transition démographique moderne s'installe progressivement dans ces pays), recul du système tribal (éducation + urbanisme), triomphe de l'Internet et des réseaux sociaux.                 

Conclusion :

Une solution rapide au conflit palestinien permettrait d'envisager l'avenir sous de meilleurs auspices. Tous les conflits n'en seraient pas pour autant résolus mais la virulence de chacun d’eux en serait infiniment atténuée.

 Les difficultés de cette région ne doivent pas être appréhendées, ni traitées comme les éléments d'un soi-disant « choc des civilisations », conception réductrice et fausse dont les fruits sont la haine, la violence,  l’affrontement et ses conséquences qui risquent de tout emporter. Il faut donc parier sur l'intelligence des hommes, négocier avec fermeté, mais toujours avec la main tendue et l'esprit ouvert.

 

                          Jean Henri Calmon