Laïcité, précautions d’emploi.

 

Avant de prendre un médicament, il est recommandé de consulter la notice. La laïcité est, sinon le remède, du moins le principe d’agencement que se sont fixé les Républiques successives en France pour assurer la paix civile sur la base d’un commun politique non religieux. Encore est-il souhaitable de l’appliquer avec discernement. Ces pages n’ont pas pour objectif de discuter le diagnostic ni l’ordonnance, mais d’indiquer quelques points d’application susceptibles de rendre le traitement plus efficace et de sauvegarder la vie du patient : pour tenir compte des mutations récentes des réalités sociales et politiques, quatre domaines seront abordés : comment actualiser les distinctions entre le religieux et ce qui n’en relève plus, et redéfinir les séparations entre religion et savoir, entre religion et pouvoir politique ; ensuite le domaine de l’accueil et des places faites aux individus ou aux groupes, anciens ou derniers venus ; puis celui de la construction d’une temporalité commune qui ne coïncide pas mécaniquement avec le temps des horloges ; et enfin la possibilité donnée à chaque individu de se construire en lien avec les autres.

 

Selon les constitutions de 1946 et 1958, la France est une République démocratique et laïque, mais cette laïcité n’a jamais été définie. Pour simplifier, l’enjeu est de savoir si les religions doivent avoir une place institutionnelle au sein de l’État. Dans les faits, et par la suppression du budget des cultes en 1905, elles en sont exclues. Le dernier lien institutionnel entre l’État et les religions a été alors définitivement supprimé.

Ce rappel historique  ne règle pas la question actuelle. Dans les sociétés occidentales, Etats-Unis compris, beaucoup d’individus estiment aujourd’hui ne plus être concernés par des religions qu’ils jugent abusivement ostensibles, sinon envahissantes, dans les media. D’autres au contraire, fidèles, « revenus » ou convertis, supportent mal l’effacement public de religions qu’ils estiment essentielles parce qu’ils en ont fait le choix individuel. Il existe donc des frustrations opposées au sujet de la visibilité des religions, ce qui impliquerait des clarifications nécessaires si les États veulent éviter crispations et affrontements, avec le risque grave de céder à la tentation de restreindre des deux côtés la liberté d’expression pour calmer le jeu. De plus, au sein d’une même société, de gros écarts séparent sur ce point les couches sociales ; les plus appauvries semblent plus sensibles aux propositions religieuses. Enfin, en se mondialisant, les religions elles-mêmes paraissent s’éloigner de plus en plus des formes locales et populaires des cultes pour se reconstruire sur des bases dogmatiques défensives plus rigoristes, quand elles ne retournent pas vers un passé mythifié, sinon mystificateur. Pour surmonter tensions et frustrations, la solution d’équilibre paraît être le dialogue, l’acceptation réciproque, une certaine modération, la mise en avant d’un commun politique en deçà des religions, en particulier une complète liberté d’expression culturelle, religieuse, anti religieuse ou agnostique, même provocatrice comme « Tartuffe », tant qu’elle respecte l’ordre public. Cette expression peut se déployer dans un espace public de la société civile ouvert à tous et différent de l’espace institutionnel de l’Etat.

Depuis le début des temps modernes, il est admis que la science se caractérise par la séparation entre les connaissances tirées de la tradition, religieuse ou non, et l’élaboration de savoirs révisables construits sur l’observation, le calcul, l’expérimentation, le raisonnement, la dispute entre pairs menée de manière indépendante  et sans référence à une autorité extérieure. Galilée et Darwin demeurent les figures tutélaires de ce savoir indépendant. Dans les sciences humaines, la modernité implique également le retour critique aux textes et l’analyse des sources, y compris dans le domaine religieux. Mais quand sociologues et anthropologues, Durkheim, Weber, Mauss ou leurs successeurs, interrogent scientifiquement les faits religieux pour définir les fonctions et mesurer les effets des religions sur les individus et les sociétés, hier et aujourd’hui, certains tenants d’une laïcité radicale, contraints alors de considérer les religions comme des faits anthropologiques majeurs, regrettent de devoir renoncer à les réduire à des illusions ou à des aliénations. C’est pourtant la troisième République qui, parallèlement à la fermeture des facultés de théologie dans les Universités d’Etat, a créé à l’Ecole des Hautes Etudes une section de « sciences religieuses », ouvrant ainsi la voie à la séparation des religions et de l’instruction publique.

Le principe de laïcité ne surplombe pas, ne dépasse pas, n’efface pas les religions sous le savoir scientifique, elle se contente de leur proposer une place différente en les distinguant et en les séparant.

 

Dans le domaine politique, la séparation des religions et de l’Etat par la loi de 1905 donne son autonomie complète et définitive au pouvoir. Le dispositif des « quatre cultes reconnus » (catholique, réformé, luthérien, israélite) entre 1801 et 1807 avait rendu irréalisable le désir de l’Eglise catholique de légitimer à nouveau le pouvoir politique par l’onction du sacre comme sous l’Ancien Régime. L’autonomie du pouvoir politique garantit qu’il traite désormais tous les cultes à égalité.

Mais à y regarder de plus près, tout se passe comme si la légitimation du politique par le religieux avait disparu brusquement avec l’exécution du « roi très chrétien ». Ayant sacrifié « le tyran », la République se met immédiatement en quête d’un substitut sacral, comme l’indiquerait par exemple, non seulement les tentatives éphémères du culte de la Raison ou de l’Etre suprême, mais la formule plus durable de « l’amour sacré de la patrie » ; et on peut considérer alors le « long XIXe » et le « court XXe » siècle comme des périodes où se multiplient les tentatives pour substituer au Dieu chrétien d’autres divinités tutélaires, « la patrie », « la nation », « l’Etat », « le peuple », « la race », «le socialisme par la classe ouvrière », « le marché », qui exigeront elles aussi en deux siècles d’énormes sacrifices. Comme le disait Anatole France évoquant la Terreur en 1911, ces « dieux ont soif » eux aussi.

Le lien entre la religion et l’Etat serait-il radicalement impossible et simultanément indispensable, fût-ce par le biais de la religion civile proposée par Rousseau ou par Buisson ? Il est nécessaire d’insister sur cette difficulté, si l’on veut que la laïcité reste un principe d’agencement qui tienne à l’écart toute sacralisation, ce qui risquerait d’instaurer une tyrannie d’un autre ordre. En outre, si la laïcité devenait l’idéologie d’une religion civile, elle s’exposerait elle-même au travail du temps, à l’inévitable sécularisation, qui la transformerait tôt ou tard en doctrine, source de nouvelles divisions.

 

Le nombre des fidèles de l’Islam étant infime sur le sol français dans les années 1801-1807, cette religion est de ce fait absente des « quatre cultes reconnus ». Aujourd’hui encore, elle peine à obtenir sa place. Des millions de françaises, de français, ou de résidents, ont fait le choix individuel de devenir, ou de rester musulmans. Pratiqué plus ou moins discrètement par les travailleurs immigrés maghrébins, l’Islam devient visible en 1989, soit quinze ans après l’autorisation en 1974 du regroupement familial. En 1989 en effet, trois jeunes filles élèves d’un collège de l’enseignement public à Creil entendent conserver pendant les cours un foulard pour cacher leur chevelure, en obéissance, disent-elles, aux préceptes de leur religion, l’Islam.

Jusqu’aux années 80, la laïcité n’était pas au centre des préoccupations publiques, mais elle continuait à sous-tendre le malaise des enseignants des établissements publics, déjà ébranlés par la loi Debré de 1959 qui permet le financement par l’Etat d’établissements confessionnels d’enseignement, et révoltés par le déséquilibre[1] des moyens alloués aux enseignements privés et publics ; ils avaient aussi été scandalisés par le renvoi  en 1984 du ministre Alain Savary jugé responsable de l’échec de la mise en place « du grand service unifié et laïque d’enseignement » qui aurait ainsi amendé la loi Debré. Le Président  leur paraît avoir cédé devant une manifestation orchestrée par la droite et les catholiques. Cinq ans plus tard, ils voient dans l’acceptation éventuelle du port par les élèves de signes religieux distinctifs comme une troisième atteinte à la laïcité de l’école et réprouvent l’initiative de leur ministre Lionel Jospin qui sollicite le Conseil d’Etat pour savoir si le dispositif de laïcité s’applique en la circonstance aux élèves.

Donc, les événements de Creil interpellent les enseignants de l’Education Nationale, puis à travers eux l’ensemble de l’opinion. La publication dans la presse d’une lettre signée de cinq intellectuels connus[2] qui disent redouter dans l’éventuelle acceptation du foulard « un Munich de l’école républicaine », met le feu aux poudres et depuis lors, tous les débats sur la laïcité et sur l’Islam se déroulent dans un climat passionnel. La laïcité est parfois dévoyée en rempart et instrument de lutte contre le seul Islam. Il reste néanmoins indispensable  de garder un oeil critique sur l’islamisme, par lequel certains musulmans s’autorisent à transformer leur religion en source unique de la norme politique ; pour autant, assimiler l’Islam à un  terrorisme meurtrier est injuste et dangereux ; impliquer l’ensemble des musulmans dans ces deux dérives est injustifié, quelle que soit l’ampleur du traumatisme généré par l’attentat du 11 septembre 2001.

C’est dans ce climat qu’a été votées la loi de 2004 sur la proscription de signes religieux à l’école publique, et celle de 2010 sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. La première loi connaît une application apaisée grâce à l’implication des personnels, et par le fait que la cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a reconnu à l’État Français la légitimité de cette application. Il n’y avait par contre aucune raison d’évoquer la laïcité pour justifier dans la 2e loi une mesure d’ordre public et de sécurité par ailleurs nécessaire.

Parmi les craintes suscitées en Occident par « l’Islam », figure l’idée que le principe d’égalité, qui figure dans la devise de la République, serait menacée par la subordination des femmes aux hommes reconnue par la charia. Mais les violences sur les femmes, allant parfois jusqu’au meurtre, du fait de leurs maris ou compagnons, ne sont pas imputables à une seule catégorie de la population déterminée par une appartenance religieuse. Il faut cesser de faire de la présence de citoyens ou de résidents musulmans une « question » ou un « problème », termes qui devraient rappeler de sinistres précédents. L’étude de Gilles Keppel sur Clichy et Montfermeil montre que même là où 60% des habitants se disent musulmans, ils ne parviennent pas à construire une communauté. Le danger de communautarisme musulman en France est donc pur fantasme, comme on le voit aussi à travers les dysfonctionnements du Conseil Français du Culte Musulman censé représenter cette « communauté ». La mondialisation brasse les populations et leurs appartenances, c’est une réalité banale aujourd’hui. Les français et les résidents de religion musulmane sont des français et des résidents comme les autres. Point. Et si la dénonciation de la religion n’était qu’un prétexte commode pour imposer une nouvelle domination des anciens colonisateurs sur les anciens colonisés ?

 

Vivre dans le même espace implique-t-il de vivre dans le même temps ? La contemporanéité aussi est une élaboration. Norbert Elias a montré que le temps, malgré les apparences, n’est pas donné par les horloges, mais construit par la société. Particulièrement quand une partie des habitants se réfère à un temps religieux, entre création, jugement et salut, mais selon des modalités et des calendriers différents ; et quand l’autre partie se réfère au très long temps de l’histoire naturelle, entre le big bang et l’apparition de la vie sur la terre, planète qui tourne autour du soleil et non l’inverse. En dehors même des religions du salut, le rôle des prêtres dans l’établissement du calendrier, et donc d’un rythme et d’un temps commun, est ancien et connu ; les prêtres se sont faits parfois astronomes et ont construit des observatoires pour harmoniser calendrier religieux et calendrier astronomique ; la sécularisation a depuis séparé les rôles.

La construction d’un temps commun permet l’unité de la communauté sociale et politique, en incluant les individus et les groupes dans leur légitime pluralité. Ce qui n’implique ni uniforme ni uniformisation. Il faut donc accepter qu’il se construise par l’échange, le dialogue, le partage, le débat ; ajuster les rythmes, tenir compte des écarts, des lenteurs, des décalages et des parcours historiques variés, fait partie de l’élaboration démocratique. Les jours fériés, les vacances « de Noël » et « de Pâques » restent fondés sur le calendrier chrétien ; la commission Stasi, préparatoire à la loi de 2004, avait proposé d’inscrire le kippour juif et l’aïd musulman dans le calendrier national ; cette proposition n’a pas été maintenue dans la rédaction de la loi.

 

L’élaboration d’un temps commun suppose que chacun ait pu approfondir son autonomie et simultanément tisser des liens. La construction d’une société démocratique passe en effet par l’individuation : chacun apprécie, formule son opinion, argumente, débat, vote en son âme et conscience et de manière responsable, parce qu’il a acquis à partir des savoirs, la faculté de juger en toute autonomie. La laïcité permet cette liberté dans la mesure où elle autorise chacun à prendre ses distances et à s’émanciper des héritages et des appartenances s’il l’estime opportun. Certains auteurs parlent en ce sens de « laïcité intérieure ».

Toutefois, cette individuation se construit socialement ; elle s’élabore par les rencontres, les découvertes, les échanges et les partages. Chaque individu appartient à de multiples ensembles empilés ou croisés : la famille, les ancêtres, la langue, l’école, la classe, le sport, le métier, la profession, la culture, les loisirs, les engagements syndicaux, politiques, associatifs, philosophiques, religieux ou agnostiques. En ce sens, l’individuation se construit à partir de cette multitude d’appartenances par le choix, la confrontation ou la coopération, autant que par l’accommodement de chacun avec les circonstances. Elle permet à chacun de construire sa singularité en regard des autres et lui permet d’échapper ainsi au repli individualiste ou identitaire, son exact contraire et sa caricature. Cette individuation se construit en effet dans la solidarité, en commençant à l’école au sein de la classe, premières collectivités non familiales. Elle ne brise pas les solidarités, elle aide au contraire à sans cesse les reconstruire.

Pour que cette construction puisse se poursuivre de l’enfance à l’âge adulte de manière positive, le rôle de l’école laïque est central pour apprendre, accompagner, pouvoir mettre à distance, comparer, hiérarchiser, distinguer les savoirs des croyances, réfléchir, penser, juger.

 

Pour reprendre la métaphore initiale, le dispositif de laïcité que nous avons hérité de la IIIe République n’est certes pas une panacée, mais il est un bon compromis. Son application rigide en recette valable une fois pour toutes, adossée à une réflexion insuffisante sur les mécanismes de notre société actuelle, peut toutefois engendrer crispations ou réactions de rejet, et ainsi « nuire gravement à la santé » du corps social. J’ai essayé dans ces pages d’attirer l’attention sur quelques points : les distinctions ou séparations classiques entre religion et savoir, religion et pouvoir, l’indispensable exclusion du sacré hors du politique, la place des derniers venus, le temps construit en commun et la variété des traditions, l’individuation cœur de la modernité, autant de questions qui n’ont peut-être pas été suffisamment prises en compte jusqu’alors. Si la laïcité est un principe d’agencement garantissant à tous une place égale et une égale considération, elle est à adapter perpétuellement pour tenir compte des mouvements de population incessants et des transformations anthropologiques.

Alain BONDEELLE

Membre associé de l'Institut Jacques Cartier

Membre de la LDH

 

 

 

 

 


[1] Les établissements sous contrat avec l’Etat reçoivent dans leur ensemble 20% des moyens alors qu’ils n’accueillent que 18% des effectifs.

 

 

 

 

[2] Dans l’ordre alphabétique : Elisabeth Badinter, Régis Debray, Elisabeth de Fontenay, Alain Finkelkraut, Catherine Kinzler.

 

 

 

 

 

Personne ne contestera le fait que le Printemps arabe a été l'événement majeur de 2011. Mais qu’en est-il aujourd’hui, début 2013 ?  Les avis sont partagés, à ce propos. Dans de nombreuses capitales arabes on parle d'un hiver islamiste et d'une régression sociétale. Une chose est certaine: le monde arabe va continuer à faire parler de lui durant l'année qui s'annonce.

L’évolution de nombreux pays comme L’Égypte, La Libye ou bien encore la Syrie… Tout comme sera suivie l'évolution de la Tunisie où la polarisation de la vie politique entre partisans et adversaires de La Troïka[1] au pouvoir – c'est d'ailleurs ce que recherche ce parti depuis février 2011 – peut mener au pire.

Instabilité à l’assemblée Constituante

Premier parti à l’issue du scrutin à l’assemblée constituante du 23 octobre 2011, mais minoritaire dans l’absolu, Ennahdha qui a obtenu 89  sièges sur 217 fut contraint de constituer une coalition avec deux partis   considérés avant 2011  de « centre gauche ».

Le poids de la troïka au sein de l'Assemblée passe progressivement de 63,59 % des sièges à 56,68 % après l'enregistrement de plusieurs démissions / défections chez les deux partis satellites des islamistes :

  • Ennahdha compte 89 députés et seize ministres ;
  • Ettakatol compte initialement vingt députés (sept ont quitté le parti) et cinq ministres ;
  • Le  Congrès pour la République compte initialement 29 députés (quatorze ont quitté le parti) et quatre ministres.

« Le doute  caractérisant le paysage politique en Tunisie s’est transposé à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) avec, notamment, une défection de 23 députés parmi les 49 que possèdent les alliés d’Ennahdha au sein de la Troïka gouvernante, d’où une recomposition des équilibres entre les blocs politiques. Les équilibres établis à la sortie des urnes le 23 octobre 2011 ont été chambardés, à la suite des multiples migrations des constituants entraînant, entre autres, l’affaiblissement des deux alliés d’Ennahdha, le CPR et Ettakatol, …Le CPR, deuxième force électorale le soir du 23 octobre avec 29 sièges, ne dispose plus que de 15 constituants. La scission du groupe Wafa d’Abderraouf Ayadi lui a fait perdre 14 membres. Pour sa part, Ettakatol n’a désormais plus que 12 sièges alors qu’il en avait 20 au départ.
Ebranlée par ces secousses, la Troïka gouvernante qui avait 138 élus lors de sa constitution, soit près des deux tiers des 217 membres, ne dispose plus que de 115 voix potentielles. Pire encore, il lui est arrivé de ne pas parvenir à réunir les 109 voix nécessaires à la majorité absolue, comme ce fut le cas lors du vote sur l’instance provisoire de la magistrature». [2]

Bipolarisation à la Tunisienne 

Les observateurs de la situation tunisienne  constatent que le paysage politique est en passe de se bipolariser entre le parti islamiste Ennahdha et ses satellites salafistes voire fondamentalistes  d'un côté, et Nida Tounes, le conglomérat politique résultant de  la fusion de plusieurs partis  et de  fait la machine à absoudre les intellectuels et les politiques jadis entichés du régime fort de Ben Ali, de l'autre côté.

De ce fait , aujourd’hui en Tunisie, chacun est donc prié de choisir son camp: l'islamisme soft à la sauce Ennahdha ou la nostalgie du régime fort et des hommes d'Etat à l'ancienne que laisse miroiter Nida Tounes. Souvent le choix se porte par la négative, les détracteurs de l'islamisme se rallient à Nida Tounes et ceux qui sont vigilants face la refondation  politique se jettent dans les bras d'Ennahdha espérant que les islamistes fassent le nettoyage qu'ils ont promis de la scène politique.

Situation sociale explosive :

Deux ans se sont écoulés suite à la fuite du président déchu Ben Ali. Le constat est sans appel : le  gouvernement issu de la constituante a été et est encore incapable de répondre aux espoirs et aux attentes  populaires suscitées par la «  révolution » ! Le pays navigue à vue. Les objectifs de recouvrement de la dignité et de la liberté individuelle sont loin d’être atteints. La violence politique est légion, la division règne dans le pays …

Après le départ forcé  du président  déchu ben Ali, la « révolution  » n’ayant résolu aucun des maux du pays, l’euphorie fut donc de courte durée : la corruption n’a pas disparu, Le nombre de chômeurs a quasiment doublé  (les 490 000 chômeurs de 2010 sont plus de 800 000). Fin décembre 2012, le chômage  touche presque  20% de la population active-, pire encore le  chômage des jeunes, atteint le chiffre de 42%. Les plus pauvres subissent cet état de fait encore plus que les autres, or, un Tunisien sur cinq vit dans la grande précarité, d’où, dans de nombreuses localités comme à Siliana, des contestations et des manifestations voire des  affrontements de grande intensité avec les forces de l’ordre.

 Dans la vie de tous les jours tout semble s’être détérioré depuis la prise de contrôle par les islamistes des services fondamentaux de l’Etat : les poubelles ne sont plus ramassées régulièrement, les coupures d’eau, d’électricité et de gaz sont de plus en plus fréquentes. Comme si un but conscient ou inconscient était recherché : faire disparaitre l’Etat en montrant son incompétence voire son«  inutilité » [3].

Le climat social est également marqué  par les grèves sauvages.  Ce qui a  eu pour conséquences le départ de nombreuses entreprises étrangères pourvoyeuses d’emplois : En 2011, la baisse Investissements étrangers directs (IED)  est énorme autour de 30 %, alors que jusqu’à 2010  les IED  permettaient de créer annuellement 25% de tous les nouveaux emplois.

La Tunisie deviendra-t-elle le premier exemple arabe de la «démocratie islamiste» ?

Aujourd’hui, fragilisés par les énormes difficultés  économiques et sociales de la Tunisie, les islamistes essaient de  faire passer en force leurs principes afin d’empêcher tout retour en arrière et d’instaurer une République islamique…voire un Califat ! Le combat qu’ils espèrent gagner se situe aujourd’hui sur des sujets insensés pour nous en Europe : rétablissement de la polygamie ou de la nécessité de l’excision clitoridienne, fin de la mixité dans le système éducatif…Mais la société civile veille à préserver les acquis de la Tunisie moderne : C’est le combat quotidien mené  aussi bien par les intellectuels, les artistes, les femmes et surtout la puissante centrale syndicale l’UGTT.[4]

 Les islamistes qui sont au pouvoir tout en étant minoritaires, ont un objectif politique très clair : faire adopter une constitution ayant la charia pour norme et comme source unique du droit. Alors, la Tunisie sera-t-elle ce premier laboratoire arabe de la «démocratie islamiste»? Pour cela, un seul impératif : gagner les prochaines élections,  élections dont les dates ont été maintes fois repoussées…finalement annoncées pour fin  juin 2013. Dossier à suivre…

 

Abderrazak HALLOUMI

enseignant à Poitiers, membre associé de l'Institut Jacques Cartier

 

 


[1] La troïka est une coalition rassemblant trois partis représentés à l'assemblée constituante tunisienne dans le but de former une majorité stable : Ennahdha,  Ettakatol b et Le  Congrès pour la République .

 

 

 

[2] Tunisie – Le véritable nouveau poids de la Troïka à l’Assemblée constituante, http://www.businessnews.com.tn/  (23/11/2012 )

 

 

[3] cf. «L'affaire de la Zitouna: quand l'Etat capitule devant la société», http://www.businessnews.com.tn/ , 11 mai 2012.

 Pour  Samy Ghorbal, «Ennahdha n'a en réalité qu'un seul adversaire: l'Etat, l'Etat moderne, centralisé, envahissant, détourné de ses finalités véritables. L'Etat moderne bourguibien est un Etat réformateur, qui agit sur la société pour la transformer. Or, aux yeux des islamistes, l'Etat n'a pas vocation à transformer ou à réformer la société. Il a, au contraire, vocation à conserver. C'est un Etat conservateur, un Etat gardien. Gardien de l'identité et de la religion. Gardien de l'ordre moral et de la tradition»

 

 

 

[4] Lire l'article sur www. Jeuneafrique.com :  L'UGTT fait de la résistance ( 25/12/2012)

Lire également http://www.kapitalis.com/ Tunisie : L'Etat, l'Ugtt et la violence ou la triple erreur d'Ennahdha!  ( 25/12/2012)

 

 

 

 

Le 12 août 2012 était organisée à Vernon, petite commune située à l’est de Poitiers, dans le département de la Vienne, la commémoration du passage de la ligne de démarcation par Robert Schuman. Des personnes âgées venues de fermes, de hameaux et de villages voisins rappelèrent quelques souvenirs liés à la présence de la ligne de démarcation sur le territoire communal.
Cet événement, qui était presque tombé dans l’oubli, suscite bien des interrogations. Que faisait Robert Schuman dans la Vienne, lui qui était originaire des territoires de l’Est occupés par les Allemands et qui ne connaissait guère l’Ouest de la France ? Pourquoi avait-il choisi Vernon pour franchir la ligne de démarcation et rejoindre la France non occupée ? Quelle fut la portée de cet événement, commémoré en 2012 ? Quelle fut ensuite et jusqu’à nos jours la fonction de la mémoire vouée à Robert Schuman ?
Nous rappellerons qui était Robert Schuman et pourquoi il se trouvait dans la Vienne, non pas pour raconter cet événement à la manière d’une épopée héroïque mais pour tenter de donner des clés permettant de comprendre et d’ouvrir la réflexion non seulement sur le passé mais également sur l’usage qu’en fait notre société[1].

Robert Schuman, député des réfugiés mosellans

Robert Schuman est né en 1886 à Luxembourg, dans ce territoire de marche situé entre l’Allemagne, la France, la Belgique. Sa langue natale était le luxembourgeois et il apprit également le français et l’allemand. Après avoir fait des études de droit en Allemagne (Bonn, Munich, Berlin, Strasbourg), il ouvrit un cabinet d’avocat à Metz, en juin 1912. Il était donc un homme issu d’une terre de confluence, carrefour de cultures, né en une période d’exacerbation des nationalismes. Les rivalités franco-allemandes à la fin du XIXe siècle se focalisaient en effet précisément sur les questions de territoires, de frontières et d’identités nationales.

Robert Schuman fut candidat aux élections législatives de 1919dans le département de la Moselle pour la liste de L’union républicaine lorraine. Élu, il siégea à la Chambre des députés sans discontinuité de 1919 à 1940[2]. Son engagement politique était déterminé à la fois par son patriotisme lorrain, l’attachement à la « petite patrie » (Heimat) et par ses convictions religieuses, qui se traduisaient en souci de défendre l’Église catholique.

Les conditions du retour de l’Alsace-Lorraine à la France posaient en effet nombre de problèmes entre la France et les provinces restituées, dont certains étaient aigus. Les Lorrains étaient heureux de redevenir français mais craignaient de perdre leur identité. Par la lutte menée conjointement avec les Alsaciens, ils avaient précédemment obtenu de l’Empire allemand la reconnaissance de certaines particularités, qu’ils entendaient conserver. Fort attachés à leurs usages, à leurs institutions et à leur clergé, ils craignaient que l’incorporation à la République française une, indivisible et laïque se traduisît par la perte de ce statut.
Robert Schuman travailla avec discrétion et efficacité au sein de la commission parlementaire qui examinait l’un après l’autre et point par point toutes ces questions. Il rédigea plusieurs rapports, par exemple sur la nécessaire adaptation du Code civil, sur l’usage de la langue allemande dans les tribunaux, sur l’enseignement bilingue. Il était cependant « départementaliste », c'est-à-dire qu’il ne remettait pas en cause le retour à la France  et ne suivait pas les autonomistes alsaciens. Les témoignages soulignent qu’il était d’un tempérament à la fois ouvert à la discussion et tenace dans les objectifs à atteindre.

Catholique fervent, il était également fort engagé dans le mouvement de la jeunesse catholique, alors en plein essor. Il agissait pour que le catholicisme lorrain se réinsérât dans le catholicisme français et pour défendre le statut de l’Église catholique en Lorraine, régi par le régime concordataire, en particulier pour l’école primaire. Il fut le porte-parole des députés d’Alsace et de Moselle contre les projets laïcs du Cartel des Gauches (1924) dirigé par Edouard Herriot – les radicaux entendaient étendre aux territoires retrouvés la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905 – et du Front Populaire (Jean Zay, 1936).

Robert Schuman ne connaissait donc pas la France de l’Ouest.  Il vint à Poitiers pour la première fois le 4 septembre 1939. La France venait de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie et avait décidé d’évacuer les populations situées à proximité de la ligne Maginot. Les réfugiés furent dirigés vers la Vienne (Mosellans), la Vendée (Ardennais), la Creuse, la Charente, la Haute-Vienne… Robert Schuman ouvrit un bureau destiné à aider les réfugiés à trouver un hébergement et à percevoir leur allocation. Il s’efforçait d’atténuer les heurts qui pouvaient se produire devant l’arrivée de 50000 Mosellans, dont la langue, les modes de vie, les habitudes alimentaires étaient parfois très différents des ceux des habitants de la Vienne. Il était secondé par le sous-préfet de Forbach, Robert Holweck, qui avait été nommé secrétaire général du service départemental des réfugiés.

Son action fut appréciée, si bien qu’il fut nommé sous-secrétaire d’État aux réfugiés du ministère constitué par Paul Reynaud le 21 mars 1940. Il laissa Poitiers pour Paris. Son bureau fut installé à l’Hôtel Matignon. Lors de l’offensive allemande, les réfugiés affluèrent à Paris, venant du Luxembourg, de la Belgique, des Ardennes françaises, fuyant l’armée ennemie. Dans un climat de panique, avec les faibles moyens dont il disposait, Robert Schuman tenta de faire face et d’organiser accueil et hébergement de fortune dans les gares de l’Est et du Nord.
Il se replia avec le gouvernement en juin 1940. Après une étape à Azay-le-Rideau, il passa de nouveau à Poitiers le 14 juin, fut hébergé chez les parents de son collaborateur Robert Holweck, continua avec le gouvernement pour Bordeaux. Le maréchal Pétain, nouveau Président du Conseil, le reconduisit dans ses fonctions ; après l’armistice, Robert Schuman suivit donc le gouvernement à Clermont puis Vichy.
Il fit un aller-retour rapide pour Poitiers du 7 au 9 juillet. Après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, il revint à Poitiers et décida alors de retourner à Metz (4 septembre) en accompagnant la diaspora lorraine qui regagnait ses terres, sur l’injonction des Allemands soucieux de remettre en route les industries lorraines.

L’expérience poitevine de Robert Schuman était donc liée à la tragédie de la guerre et de l’évacuation forcée des réfugiés mosellans. Il agit en député soucieux de ses compatriotes et ne ménageant pas sa peine pour les aider dans ces moments difficiles. Rien ne le prédestinait donc à choisir ce département pour passer la ligne de démarcation, si ce n’est des attachements contractés en ces moments difficiles.

La ligne de démarcation en France et dans la Vienne

Le deuxième temps de notre propos s’efforcera de préciser pourquoi la ligne de démarcation, dans la Vienne, prit la forme d’une frontière inédite qui scindait en deux le département sans tenir compte des divisions traditionnelles. Nous nous interrogerons également sur l’impact de cette ligne de démarcation sur la société rurale.

La ligne de démarcation remplit trois fonctions : militaire, économique et politique

La convention d’armistice du 22 juin 1940 établit une ligne de démarcation qui séparait la France en deux ensembles, la France du Nord et de l’Ouest, occupée par les Allemands, la France du Sud et de l’Est, dite France libre. Cette frontière militaire correspondait à peu près au point extrême de l’avancée des trouves allemandes au moment de la signature de l’armistice. Il n’y eut que quelques ajustements, notamment pour que l’armée allemande pût gagner Bordeaux et fortifier le littoral atlantique. La ligne de démarcation traversait treize départements, au long de 1200 kilomètres. Le tracé fut imposé ; dans le détail, il était souvent approximatif et put être adapté localement selon les besoins de l’armée d’occupation.

Dans le département de la Vienne, la ligne arrivait d’Indre et Loire (la Haye Descartes), puis continuait le long de la Creuse jusqu'à La Roche Posay. Ensuite elle traversait le département de la Vienne par Pleumartin, Archigny, Bonnes, Jardres, Tercé, Dienné, St Secondin, Saint-Martin L'Ars, Mauprevoir. Elle traversait en tout pas moins de 17 communes.

Il s’agissait donc d’une frontière artificielle et inédite, pour la France comme pour la Vienne. Aux points de passage, des panneaux indiquaient qu’il était interdit de la franchir : « Demarkationslinie überschreiten verboten ».

Cette séparation fut rendue caduque par l’occupation par l’armée allemande de la totalité de la France en novembre 1942. Elle fut réellement supprimée en mars 1943.

Pendant toute la période de l’occupation, la ligne de démarcation établit également une frontière économique, qui fut cause de bien des difficultés pour les Français. Il s’agissait, au niveau national, d’une coupure entre la France du Nord plus riche, plus peuplée et plus industrielle, dont l’outil de production avait été réquisitionné par les Allemands – par exemple les usine Peugeot de Montbéliard pour fabriquer véhicules militaires – et la France du Sud, majoritairement rurale et agricole. Au niveau local, la ligne de démarcation perturba la production et les échanges ; les structures économiques étaient parfois totalement désorganisées. Bien des réseaux commerciaux ne pouvaient plus fonctionner. Les communications et les échanges étaient difficiles, voire impossibles. Des communes et des propriétés familiales avaient été scindées, ce qui compliquait parfois la culture des propriétés. La présence de l’armée puis de la douane, chargées de surveiller la ligne de démarcation, était pesante pour les populations.

Il convient enfin de ne pas négliger le fait qu’il s’agissait d’une frontière politique qui séparait les provinces françaises du Nord et de l’Est, soumises à l’armée d’occupation, des provinces du Centre et du Sud, sous administration française.

C’est pourquoi les personnes qui fuyaient la France occupée – Juifs pourchassés, résistants en fuite, volontaires voulant gagner l’Angleterre – pour gagner la France libre cherchaient à franchir la ligne de démarcation. Ils voulaient sauver leur vie ou combattre l’Allemagne depuis l’extérieur. La présence de la ligne de démarcation contraignit les populations des départements traversés à prendre position, entre attentisme et activisme. Si, dans leur majorité, les Français ne prirent pas les armes pour combattre l’occupant, ils ne furent pas pour autant des collaborateurs. Par patriotisme, par refus idéologique ou par intérêt personnel – par exemple pour éviter le STO – beaucoup furent des opposants. Les actes mis en œuvre furent extrêmement variés, depuis les attentats jusqu’aux renseignements communiqués aux Anglais en passant par l’aide apportée aux résistants actifs ou aux personnes en fuite. Ce furent parfois des actes ponctuels que les auteurs eux-mêmes ne considéraient pas comme relevant de l’héroïsme.

Ainsi des passeurs. Ils habitaient à proximité de la ligne de démarcation et connaissaient les moindres chemins ruraux. Parfois, ils bénéficiaient d’un laissez-passer qui leur donnait la possibilité de franchir la ligne de démarcation sans éveiller de soupçon. Ce fut le cas de Roger Robin, cultivateur à La Perdrigère, qui fit « passer » Robert Schuman[3].

Un acte décisif ?

En retournant dans son département de la Moselle, en septembre 1940, le député Robert Schuman savait probablement qu’il prenait un risque. Il fut approché par le Gauleiter, qui lui proposa de collaborer avec les autorités allemandes. Il refusa, fut arrêté et emprisonné puis contraint de demeurer en résidence surveillée dans le Palatinat. Après plus d’une année d’inaction forcée, en juillet 1942, Schuman décida de s’évader. Après être passé à Metz, il voyagea en train jusqu’à Poitiers où il retrouva son collaborateur Holweck. Ce dernier le conduisit à Ligugé, où il passa quelques jours avant d’être conduit à Vernon pour franchir la ligne de démarcation.

Il est incontestable que l’événement fut important pour lui. Après s’être dévoué pour les réfugiés, après avoir subi la prison puis la résidence surveillée, il s’était décidé à fausser compagnie à ses geôliers et à gagner la France libre. Selon son biographe François Roth, après des mois d’inaction, il refusait de se soumettre à la fatalité et souhaitait agir pour son pays.
Force nous est cependant de reconnaître que Schuman ne joua pas un rôle important dans le processus qui conduisit à la libération du pays. Après le passage de la ligne de démarcation, il vint à Lyon et y retrouva des réfugiés lorrains. Il se rendit plusieurs fois à Vichy, sans doute pour rencontrer des personnalités et réfléchir aux modalités d’action possibles, mais l’occupation de la zone libre par les troupes allemandes le 11 novembre 1942 le contraignit à la clandestinité. Il se réfugia successivement chez des amis, puis dans plusieurs communautés religieuses. Il demeura notamment plusieurs mois dans l’orphelinat de Beaupont, dans l’Ain, qui était tenu par des Sœurs de la Providence.
Ce fut après la Libération que Robert Schuman joua un rôle important dans la vie politique du pays. Il devint l’un des membres importants du MRP, qui fut sous la Quatrième République l’un des principaux partis. A ce titre, il fut plusieurs fois ministre.
Le 9 mai 1950, ce fut comme ministre des Affaires étrangères qu’il prononça le fameux « discours de l’horloge », qui proposait de créer la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier. Cet acte fut le premier jalon de la construction d’une Europe communautaire. Par la suite, il devint l’inlassable défenseur de ce projet.

C’est pourquoi, Robert Schuman est aujourd’hui considéré comme l’un des « Pères fondateurs de l’Europe », aux côtés du chancelier allemand Konrad Adenauer et du président du conseil italien Alcide de Gasperi. Honorer sa mémoire au XXIe siècle, c’est non seulement rappeler son courage devant l’occupant, mais surtout célébrer ce projet audacieux de réconcilier les anciens ennemis en leur proposant de construire ensemble un édifice politique destiné à éradiquer pour longtemps la guerre de l’Europe.

Le 10 décembre 2012, les représentants de l’Union européenne venus à Oslo recevoir le prix Nobel de la paix rappelèrent cet acte fondateur. Commémorer le franchissement de la ligne de démarcation par Robert Schuman, c’est souligner que cet acte ne fut pas une fuite éperdue mais un acte d’audace politique.

Jérôme GREVY Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Poitiers

 

 


[1] Nous nous sommes appuyés principalement sur les livres de François Roth, Robert Schuman, Fayard, 2008 d’Eric Alary, La ligne de démarcation, 1940-1944, Paris, Presses universitaires de France, 1995, L'exode : un drame oublié, Paris, Perrin, 2010 ; de Jean-Pierre Azéma, 1940, l'année terrible, Paris, Éd. du Seuil, 1990 et en codirection avec François Bédarida 1938-1948, les années de tourmente : de Munich à Prague : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995. Henri Rousso, Les années noires : vivre sous l'Occupation, Paris, Gallimard, 1992.

 

[2] A partir de 1928, année du rétablissement du scrutin de liste, il fut élu dans la circonscription de Thionville, région d’industrie sidérurgique.

 

[3] Jacques Farisy, La ligne de démarcation dans la Vienne, La Crèche, Geste Editions, 2007 ; Roger Picard, La Vienne dans la guerre, Sayat, Editions De Borée, 2006

 

 

Edito du Président de l’Institut Jacques Cartier

 

En ce début d'année 2013 l'institut Jacques cartier de Poitiers célèbre le 25eme anniversaire de sa fondation et lance la seconde de ses newsletters dans lesquelles ses membres actifs et correspondants expriment, par d'autres moyens que ses réguliers colloques et conférences, le résultat de leurs réflexions, tout en prétendant, sans y parvenir encore, à couvrir toute l'étendue des questions qui se posent sur le monde actuel, tant du point de vue géopolitique que géoculturel.

 
Nous exprimons à nos lecteurs, ainsi qu’à  nos auditeurs, nos meilleurs vœux, avec l’espoir de susciter leur croissant intérêt pour les résultats de nos travaux ou la liberté d'expression va de pair avec le bénévolat des actions poursuivies, ainsi que, le cas échéant, un retour, dans le même esprit de rigueur, ne serait-ce qu'en faisant connaître notre existence à leur entourage. Qu'ils en soient d'avance vivement remerciés.
 
Michel Richard, Président, au nom du comité directeur

 

Cette News Letter n° 2 couvre le premier trimestre 2013

 

Conférences annoncées pour le premier trimestre 2013

– Janvier mardi 22 « La vie : permanence et changements » par le Pr GIL

– Février  jeudi 14 « La Chine en expansion » 18-20 heures par Claude CHANCEL

– Mars mardi 19 «La Chine, une future grande puissance maritime? » par Hugues EUDELINE

 

Vous trouverez également sur le site institut-jacquescartier.fr le texte des conférences de l’automne

Jean-Marc HUISSOUD « Dieu sauvera t-il l’Amérique »

François BOESPFLUG, « la sainte Anne des peintres et de sculpteurs » texte intégral de la conférence

 

Des membres de l'Institut Jacques cartier sont intervenus au Futuroscope lors des vacances de fin d'année pour assurer des conférences-débats sur le thème de la fin du monde : 

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/24H/n/Contenus/Articles/2012/12/13/La-Fin-du-Monde-s-invite-au-Futuroscope

 

L'hebdomadaire 7 à Poitiers dans son n° 152 de décembre (p.23) a consacré un bel article à notre Président Michel Richard

Jean-Pierre CLEMENT « la difficile succession d’Hugo Chavez » sur le site du Nouvel Ob’s

Christian BERNARD texte oral d’interview sur « la fin du monde selon les religions »

Christian BERNARD Verbatim sur le site "le plus" du Nouvel Ob's "Aqmi, origines et nature"