L'IESR, en coopération avec le CIEP, organise un colloque international : "École et enseignement des faits religieux en Europe: objectifs et programmes"

IESR : Institut Européen en Sciences des Religions

CIEP : Centre International d’Études Pédagogiques (CIEP)

Les jeudis 20, vendredi 21 et samedi 22 septembre 2012

Au CIEP (salle des gardes) 1 avenue Léon-Journault 92310 Sèvres. Plan d'accès : http://www.ciep.fr/seminaire/docs/acces_ciep.pdf

PRÉSENTATION

Dix ans après le rapport de Régis Debray sur l’enseignement des faits religieux à l’école publique laïque (2002), après le bilan effectué en mars 2011 par la Direction de l’Enseignement Scolaire sur l’enseignement des faits religieux dans les différentes disciplines, il est devenu urgent de reprendre l’analyse comparée à l’échelle européenne sur des aspects précis de cet enseignement, à savoir ses objectifs, les programmes qui le définissent et les matériels pédagogiques utilisés.

Avec la participation de Dominique Borne, le CIEP avait déjà organisé une session sur «école et religion» incluant une analyse comparée à l’échelle européenne (voir le dossier publié dans La Revue internationale d’éducation de Sèvres, n°36, juillet 2004). Dans le cadre du programme européen financé par Bruxelles (le programme REDCo : La religion dans l’enseignement) qui s’est déroulé de 2006 à 2009, les diverses situations nationales et leurs évolutions ont été analysées, ainsi que la perception et les attentes que les élèves de 14-16 ans ont vis-à-vis de cet enseignement. Le fait que l’on puisse s’appuyer sur ces travaux antérieurs permet aujourd’hui d’aller plus loin en se concentrant sur des aspects particuliers.

Le but de ce colloque international est de poursuivre la comparaison européenne en se focalisant tout d’abord sur les objectifs assignés à cet enseignement sur les faits religieux non seulement en matière de connaissances et de compétences, mais aussi comme élément d’une éducation à la citoyenneté démocratique dans des sociétés pluralistes. Il s’agira ici de documenter et d’analyser les textes définissant les objectifs de cet enseignement et délimitant les programmes et les cursus (étude comparée des curricula). La deuxième focalisation de ce colloque portera sur les ressources documentaires élaborées et utilisées pour cet enseignement, en particulier le matériel pédagogique mis à disposition des maîtres et des élèves. La comparaison, à dominante européenne, s’ouvrira à la francophonie en intégrant le Québec, car des évolutions importantes en matière d’enseignement culturel des religions se sont produites dans cette province francophone du Canada. Concernant la France, nous n’oublierons pas de prendre en compte la situation des écoles publiques d’Alsace-Moselle où l’enseignement religieux confessionnel connaît d’importantes évolutions ces dernières années.

Ce colloque intéressera aussi bien les praticiens de l’enseignement des faits religieux que toutes les personnes désirant se tenir informées des évolutions de cet enseignement et des débats qu’il suscite.

PROGRAMME

Jeudi 20 septembre
14h:
Accueil (Isabelle Saint-Martin, directrice de l’IESR et François Perret, directeur du CIEP)
Introduction et présentation du programme (Jean-Paul Willaime, EPHE-IESR)
Intervention d’un représentant du ministère de l’Éducation nationale
Intervention de Carole Reich (Conseil de l’Europe, responsable des Rencontres sur la dimension européenne du dialogue interculturel)
I) Objectifs et organisation de l’enseignement des faits religieux dans quelques pays d’Europe
Présidence de séance: Jean-Dominique Durand (Université Jean Moulin, Lyon 3)
15h:

Julia Ipgrave (Université de Warwick, Royaume-Uni): «Le débat anglais sur la “Religious Education”»

Roberto Mazzola (Université de Piemonte Orientale Amadeo Avogadro – Alessandria – Novara – Vercelli, Italie) : «La religion à l’école en Italie: état des lieux et évolutions»

16h – 16h15: Pause
16h15:

Tim Jensen (Université de Copenhague, Danemark): «Danish Religious Education. Developments, Trends and Tendencies 1970-2012»

Wolfram Weisse (Université de Hambourg, Allemagne): «La religion à l’école dans le Land de Hambourg»

17h15: Débats

Vendredi 21 septembre
II) Le cas français
Matinée – Président de séance : Dominique Borne (Président du conseil de direction de l’IESR)
9h:

Philippe Gaudin (IESR): «Enseignement des faits religieux et laïcité en France»

Isabelle Saint-Martin (IESR): «Enseignement des faits religieux et histoire des arts. Concurrence et complémentarité»

10h-10h15: Pause
10h15:

Anna Van den Kerchove et Stéphanie Laithier (IESR): «L’enseignement des faits religieux dans les programmes et les manuels d’histoire en France»

Evelyne Martini (IPR, Éducation nationale, France): «L’enseignement des faits religieux dans les programmes et les manuels de lettres en France»

11h30-12h15: Débats
12h15-14h: Pause déjeuner
Après-midi-Président de séance: Jean-Marie Husser (Université de Strasbourg)
14h:

Louis Hourmant et Jean-Paul Willaime (IESR): «L’enseignement religieux dans les écoles publiques d’Alsace-Moselle : évolutions et défis»

14h30 -14h45: Débats
III) Le matériel pédagogique
14h45:

Mariachiara Giorda (Université de Turin, Italie): «Les faits religieux dans les manuels d’histoire en Italie»

Andrea Rota (Université de Bayreuth, Allemagne), Séverine Desponds et Christine Fawer-Caputo (Haute école pédagogique de Lausanne, Suisse): « Entre théologie, pédagogie et science des religions : l’évolution des manuels scolaires pour l’enseignement religieux en Suisse»

15h45-16h: Pause
16h:

Mireille Estivalèzes (Université de Montréal, Canada): «Les religions dans les manuels d’éthique et culture religieuse du secondaire au Québec»

16h30: Débats

Samedi 22 septembre
IV) Débats et polémiques scientifiques et socio-politiques autour de cet enseignement et de ses enjeux
Président de séance: Charles Coutel (Université d’Artois)
Ouverture par Denis Pelletier (président de l’EPHE)
9h:

Jean-Paul Martin (GSRL): «L’enseignement d’éthique et de culture religieuse au Québec: quelle approche des faits religieux?»

Jacques Pettigrew (Responsable des programmes « Éthique et culture religieuse », Québec, Canada): «L’enseignement d’éthique et de culture religieuse au Québec et le respect des droits fondamentaux: les procès et la décision de la Cour Suprême du Canada»

10h-10h15: Pause
10h15:

Patrick Loobuyck (Université d’Anvers, Belgique): «Les cours de religion en Belgique: situation actuelle et débats»

Maria del Mar Griera (Université de Barcelone, Espagne): «Les débats espagnols autour de l’enseignement relatif aux religions à l’école»

11h15-12h: Débats
12h-13h:

Table ronde finale animée par Jean-Paul Willaime, avec la participation des intervenants et celle de Philippe Joutard (professeur émérite d’histoire moderne): «L’enseignement des faits religieux en Europe: perspectives, débats et conflits»
 

Entrée libre sur inscription jusqu'au 17 septembre 2012, dans la limite des places disponibles, auprès de iesr@ephe.sorbonne.fr (indiquer civilité, nom, prénom, coordonnées postales et courriel, numéro de téléphone et statut professionnel) en précisant les journées et demi-journées auxquelles vous souhaitez assister.

Vous pouvez aussi vous inscrire en complétant un bulletin d'inscription téléchargeable sur notre site (http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/docannexe/file/6807/site_bull_inscription_202122.09.12.pdf) à renvoyer à l'IESR, 14 rue Ernest Cresson 75014 Paris ou à iesr@ephe.sorbonne.fr

Informations complètes sur le site de l'IESR: http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index6806.html

 

 

Pas facile de penser avec Spinoza que « la puissance fait le droit ». Pas facile, mais tellement réaliste et pas du tout cynique quand du moins on a su se débarrasser de certains préjugés, de certaines  illusions ou encore de certaines affirmations de mauvaise foi.

Spinoza est un penseur systématique. Pour toute problématique qu’il construit et déploie le fondement en est l’équation métaphysique qu’il lui valut tant de haine : « DIEU OU LA NATURE ». Entendons bien : Dieu est TOUT, et tout est nature. Si tout est nature, alors tout, dans la Nature, « obéit » à des lois (relations nécessaires). Pour nous, individus-hommes, NOTRE nature se caractérise par une puissance de comprendre qui, même réformée et donc accrue, n’est pas suffisante pour que nous puissions connaître toutes les lois de la NATURE et pas même toutes les lois de Notre nature, laquelle n’est d’ailleurs qu’un « fragment minuscule » de la NATURE tout entière. Un entendement spinoziste sait qu’il ne sait pas tout mais sait aussi qu’il en sait suffisamment pour comprendre que le concept de NATURE n’enveloppe aucune détermination par une quelconque puissance extérieure (parce que cette cause extérieure serait nécessairement elle aussi, nature, donc enveloppée dans le concept de NATURE). N’étant limitée ou empêchée par aucune puissance extérieure (Dieu n’est pas transcendant et rien ne transcende Dieu !) il est clair que la puissance de la NATURE tout entière consacre la NATURE comme absolument LIBRE, i.e. absolument INDEPENDANTE, i.e. n’agissant que selon ses propres lois auxquelles elle ne peut pas se soustraire. Spinoza affirmera sans relâche que la liberté « ne supprime pas mais pose au contraire la nécessité de l’action » (Traité Politique. Chap. II §11).

Affirmer l’absolue liberté de la NATURE c’est affirmer que le DROIT de la NATURE tout entière se confond avec la PUISSANCE de la NATURE tout entière. La puissance fait le droit. Le droit est un fait. Très exactement un  fait de puissance. Et puisque toute puissance est naturelle, alors le droit est lui aussi naturel. Par où l’on voit que Spinoza fait figure, certes à sa manière propre, de théoricien du droit naturel si l’on veut bien admettre (et il le faut !) que c’est dans sa conception de la nature que se trouve le fondement qu’il reconnait au droit, à toute forme de droit.

Si la question du droit est bien entendue, donc entendue à partir de la question du droit de Dieu (ou de la Nature), il importe de considérer ce qu’il en est du droit des individus humains sachant que ces derniers doivent être étudiés en ce qu’ils sont des éléments de la nature déterminés à la fois par les lois de la Nature, par leurs propres lois de fonctionnement, par les « lois » des groupements sociaux dans lesquels et par lesquels ils manifestent leur puissance d’être. Et voilà que Spinoza reprend clairement la formule d’Aristote stipulant que « l’homme est un animal politique ».

La reprise par Spinoza de cette proposition peut paraitre surprenante voire paradoxale. Comment articuler l’idée de sociabilité naturelle avec celle d’une inimitié généralisée donnant le spectacle très hobbesien d’une « guerre de tous contre tous » ? Seule une analyse du problème classique, mais toujours embarrassant, du passage de « l’état de nature » à « l’état de société civile », peut permettre de lever le paradoxe.

Je rappelle d’abord qu’il serait aventureux de tenir la conception spinoziste de l’état de nature pour la préfiguration du modèle théorique que Rousseau élaborera plus tard. Mieux vaut repérer quelques différences majeures. Par son ambitieux projet d’une critique sans concession des institutions existantes qu’il considérait assisses sur des principes hautement contestables Rousseau a été, pour ainsi dire « condamné » à concevoir l’état de nature originel comme un état où les hommes sont « bons » (non poussés par des calculs d’intérêts individuels qui supposent des capacités de raisonner !) mais stupides et bornés, vivant dispersés et nomades, n’ayant entre eux d’autres formes de relations que des rencontres fortuites et somme toute fugaces. Avec Spinoza le concept d’état de nature signifie avant tout un état de non société civile ou, plus exactement un état de société non civile, donc un état (mode d’existence) où règne seul le droit naturel brut des individus, qu’ils soient séparés ou agrégés par les circonstances. Dans un tel état les rapports interindividuels ou inter-groupements sont foncièrement anarchiques, fluctuants, déterminés par le jeu des passions primitives qu’on sait indestructibles (Désir, Espoir, Crainte). La question est de savoir si les individus humains peuvent être comblés d’aise dans un état déterminé par le droit naturel exclusif et brut, droit dont Spinoza aime à rappeler qu’il n’interdit rien, « sinon ce que nul n’a le désir ou le pouvoir de faire ».

J’insiste sur la question : un tel état correspond-il à un véritable bien-être ? Certes chacun a le droit de faire ce qu’il veut mais ce droit étant mesuré par la puissance, mieux vaudrait tenir l’idée que chacun a le droit de faire ce qu’il peut. Il convient même de dramatiser cette proposition en faisant remarquer que chacun possédant un tel droit éprouve cette crainte d’être empêché de faire ce qu’il « veut ». Spinoza avertit d’ailleurs que les hommes sont d’autant plus dépendants que leurs motifs de crainte sont plus nombreux, plus constants, plus forts. Or l'état de nature généralise ce type de crainte. Donnant trop à craindre, donnant à craindre trop, l'état de nature porte à son comble le sentiment d'insécurité. Étant insupportable un tel état conduit naturellement les hommes (naturellement veut dire conformément aux lois de leur nature) à rechercher des conditions d'existence plus favorables. Par la dynamique de la mécanique des passions l'état de droit naturel brut va ouvrir à la nécessité de l'état de société civile (réglée par des lois communes, formulées, connues).

Cette inévitable sortie du régime du droit naturel brut représente-t'elle pour les hommes une énorme perte? La réponse de Spinoza est complexe. Première remarque: chacun devant se garder de tous il est clair que la défense du droit naturel est dans un tel état, beaucoup trop coûteuse, beaucoup trop épuisante. Deuxième remarque: Spinoza estime que le droit naturel est, d'une certaine façon, purement théorique tant que les hommes vivent dans l'état de nature. Certes il s'agit d'un droit réel puisque tout individu humain vivant possède toujours quelques puissances, mais il s'agit d'un droit en quelque sorte illusoire puisque nul n'est assuré de le conserver et ce aussi bien pour des causes qui tiennent à l'individu lui-même que pour des causes qui tiennent aux rapports déterminés par les autres individus. Au fond la question mérite donc d'être reformulée: le passage de l'état de nature à l'état de société civile entraine-t'il la disparition du droit naturel? Spinoza répond fermement par la négative.

La sortie de l'état de nature est caractérisée par l'apparition d'un nouveau type de droit naturel ou, plus exactement, le droit naturel brut va se manifester d'autre manière et prendre une autre valeur. Impuissant à supprimer les passions le nouvel état pourra en revanche les réorienter et les réorganiser. La condition commune définie par des craintes fluctuantes et anarchiques, le plus souvent individuelles, va céder la place à une forme nouvelle d'existence caractérisée par les mêmes craintes et les mêmes espoirs pour tous. Dans cette condition nouvelle chacun craint avant tout (pas exclusivement) la puissance la plus puissante, i.e.  la puissance née du rassemblement d'un maximum de puissances. Chacun espère aussi que son salut individuel sera assuré par cette puissance la plus puissante. On pourrait même aller jusqu'à dire que chacun espère dans un tel état que tous craindront les mêmes choses et que chacun craint que tous n'espèreront pas les mêmes choses. Ainsi ce nouvel état, en réorientant les passions fondamentales de tout homme, réoriente le droit naturel de chacun mais ne le supprime pas.

Spinoza nous enseigne donc qu'il est impossible de prétendre que les hommes quittent le régime du droit naturel puisque ceci reviendrait à croire que les hommes pourraient cesser d'être hommes (i.e.  cesser d'agir selon les lois qui les enveloppent en déterminant celles qui les constituent dans leur particularité d'espèce et d'individus). Pour autant la destinée humaine n'est pas figée. Spinoza voit en effet dans l'État une puissance capable de rendre effectifs (plus ou moins!) les droits naturels de tous et notamment le droit qu'a chacun de développer sa puissance de comprendre, augmentant ainsi son degré de liberté personnelle. On saisit ici la figure d'un philosophe rationaliste confiant à la raison nombre de missions dont celle de développer par l'éducation au sein de l'État les conditions du meilleur accord possible des intelligences et des cœurs. Il revient à la Raison de déclarer avec force que le droit « de » l'État et « selon » l'État est toujours relatif. C'est poser que le droit constitué, de quelque autorité qu'il soit, n'a pas le droit de se donner tous les droits. D'où il découle que si un Peuple est asservi, tenu de mille façons au plus loin de sa liberté naturelle, non seulement il possède le droit mais a le devoir de s'élever, par tous les moyens, contre les Autorités défaillantes, responsables, coupables, voire criminelles. Nul doute que pour Spinoza les individus ne disent oui à l'État que parce qu'ils disent non à la servitude. Ce NON d'intelligence et de cœur opposé coûte que coûte aux oppresseurs signale clairement la valeur normative du droit naturel humain. Oui, c'est toujours la puissance qui « fait » le droit mais c'est toujours aussi la puissance qui le défait. Le monde du droit est assurément un monde de conflits de puissances…

 

 

Une dizaine de villes en Amérique latine (Medellín en Colombie, Arica au Chili, Cuernavaca au Mexique, et quelques autres) revendiquent chacune d’être la « ville de l’éternel printemps ». Parmi elles, Trujillo au Pérou, dont les descriptions anciennes montrent clairement qu’elle a été fondée par Diego de Almagro, le compagnon de Pizarro, en 1534 dans un lieu très agréable, quasi paradisiaque. En effet, ce port est situé sur une côte qui profite de la chaleur du climat tropical, tempéré par le courant froid de Humboldt qui passe non loin en mer. Par-dessus le marché, la région bénéficie d’un sol remarquablement fertile. Ces qualités naturelles expliquent que de nombreux conquistadores s’y soient autrefois installés.

Cet agrément du climat, associé à une richesse du sol (mais il faudrait ne pas oublier, non plus, celle du sous-sol), est d’une façon plus générale la principale caractéristique du Pérou. Ce qui ressort clairement de tous les textes de chroniqueurs dès le xvie siècle. En espagnol, d’ailleurs, la formule (italienne ou française) « pays de cocagne » se traduit depuis cette époque-là par Esto es Jauja, « C’est Jauja », comme nous disons « C’est Byzance ! » L’expression vient du fait que, si l’on en croit l’ébahissement des voyageurs — encore à la fin du xixe siècle —, la région de Jauja, au centre du pays, à un peu plus de 250 km à l’est de Lima, permettait deux et parfois trois récoltes dans l’année. Qui plus est, à une époque où il n’y avait ni engrais ni techniciens agricoles ! On comprend que les conquistadores — pour la plupart des paysans de Castille ou d’Andalousie devenus soldats — aient été séduits par un tel endroit qui leur rappelait les descriptions du jardin d’Éden. Le symbole est resté, puisque, de nos jours encore, le dépit nous fait employer, en français familier, l’antiphrase « C’est pas l’ Pérou ! », pour dire que quelque chose n’a pas grande valeur.

Cependant, cette richesse agricole n’était pas tout : le sous-sol du pays, lui aussi, était généreux en or et, surtout, en argent (sans compter les découvertes postérieures de minéraux les plus variés : antimoine, zinc, plomb, molybdène, cuivre, étain, tungstène, fer, etc.). De cet ensemble de bienfaits de la nature vient cette idée que le Pérou, où il suffit de tendre la main pour se servir, est un véritable paradis sur terre, le pays « de l’éternel printemps ».

Et un jour que, au tout début du xviie siècle, Henri IV se plaignait devant Sully que la France n’avait pas la chance de l’Espagne qui possédait, elle, les richesses de cette terre lointaine, le ministre répondit au bon roi — la phrase est presque toujours citée de façon tronquée — : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, et les vraies mines et trésors du Pérou. » (Les Économies royales).

Signifiant sagement par là qu’il n’est de paradis que pour qui travaille et s’efforce.

 

 

Les sous-marins sont des navires conçus pour naviguer en permanence sous l'eau, soit à très grande profondeur, soit plus rarement à l'immersion périscopique. Un sous-marin ne fait pas de gesticulation. Il est là pour frapper et détruire ou accessoirement pour faire du renseignement. Les sous-marins sont donc des armes politiques qui agissent sur ordre du gouvernement.

Les sous-marins les plus évolués sont bien évidemment les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, dont la mission est de lancer des missiles équipés d'ogives nucléaire sur les villes de l'ennemi qui menace nos intérêts vitaux. La capacité de destruction à bord d'un seul sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) du type Triomphant équivaut à la totalité des bombes déversées durant la seconde guerre mondiale par tous les belligérants. Ces bateaux ont une longueur de 140 mètres, un déplacement de 14 000 tonnes et transportent 16 missiles balistiques transportant chacun plusieurs ogives nucléaires.  Les missiles peuvent atteindre l'Asie du Sud-Est depuis les zones de patrouille. Les sous-marins sont donc des armes terribles.

Ces armes stratégiques doivent pouvoir être mises en œuvre à tout moment sur ordre du gouvernement.

Ces navires sont des bases spatiales sous l'eau qui doivent pouvoir lancer leurs missiles à tout moment avec un très faible préavis. Généralement, en mer, au large, il y a du vent et des vagues. Il est évidemment hors de question d'attendre un calme plat pour lancer les missiles et exécuter ainsi l'ordre reçu du Président de la République. Le sous-marin a des installations de lancement qui lui permettent d'éjecter ses missiles dans l'air alors qu'il est en immersion. Les missiles actuels embarqués sur les SNLE français, les missiles M45, ont une masse de 35 tonnes. Ils sont lancés en rafale alors que le navire est en immersion relativement profonde. Le lancement de tous les missiles ne prendrait que quelques minutes.

Il importe de maintenir la liaison entre le Président de la République et le navire en toutes circonstances. Or, les ondes radio pénètrent difficilement dans l'eau. C'est la raison pour laquelle les liaisons se font normalement à très basse fréquence, le sous-marin remorquant une antenne linéaire extrêmement longue à faible immersion. D'autres systèmes permettent évidemment de maintenir les liaisons et donc le contrôle par le politique à tout moment.

Les missiles M45 sont des missiles balistiques.

Cela signifie qu'il leur est donné au moment du tir les coordonnées du point de départ et les coordonnées du point d'arrivée. Le missile se recale sur la trajectoire qui lui a été assignée mais ne peut discerner si la trajectoire aboutit bien au point prévu. Une erreur de 10 nautiques (18,5 km) au départ se traduirait donc nécessairement par une erreur de 10 nautiques à l'arrivée. En clair, la précision de navigation du sous-marin équivaut à des mégatonnes.

Les sous-marins utilisent des dispositifs appelés centrales inertielles de navigation qui intègrent (au sens mathématique) les accélérations dans les trois dimensions depuis l'appareillage du navire et lui permettent ainsi de connaître avec précision la position du bâtiment d'une manière totalement indépendante de tout système extérieur, par exemple du GPS qui est contrôlée par le gouvernement américain.

Les missiles M51, qui devraient prochainement équiper les sous-marins français sont dotés d'un système de recalage stellaire qui permettra aux missiles de rattraper au cours de leur vol une erreur éventuelle de navigation du sous-marin.

 

En plongée, le seul « sens » dont dispose le sous-marin est l'ouïe. Le son se propage en effet extrêmement loin dans l'eau. Comme sur terre, le spectre sonore est extrêmement vaste. Il va des sons à très basse fréquence, émis par exemple par des mouvements de flexion d'une coque, aux sons à très haute fréquence émis par l'autodirecteur d'une torpille qui attaquerait le sous-marin.

Le premier devoir d'un sous-marin est d'être discret au plan acoustique. Par exemple, un lave-vaisselle réputé silencieux, fixé rigidement à la coque, s'entendrait à des centaines de kilomètres.

Ceci impose des contraintes extrêmement fortes au plan de l'architecture du sous-marin aussi bien qu'au niveau de la conception des appareils et de l'assemblage final. La coque est la plus lisse possible, sans aspérités, sans accident de forme pour éviter de générer des tourbillons. Les hélices ont été abandonnées pour des sortes de turbines possédant un grand nombre d'aubes, pour éviter un couplage entre les barres de plongée (les gouvernes) et l'hélice. À l'intérieur, l'ensemble des appareils, conçus pour être silencieux, sont montés en atelier sur des grandes structures, appelées berceaux, par l'intermédiaire de plots élastiques qui arrêtent les vibrations et donc les bruits. Ces berceaux, équipés en atelier, pèsent plusieurs centaines de tonnes. Ils sont ensuite enfilés dans la coque et montés sur celle-ci par l'intermédiaire d'autres plots élastiques.

Le sous-marin, ainsi rendu silencieux, doit de son côté détecter les menaces ou les navires qu'il aurait pour mission de couler. Pour cela il dispose de sonars, qui sont constitués d'hydrophones, c'est-à-dire des micros pouvant fonctionner sous l'eau, d'une chaîne de traitement électronique puis de logiciels destinés à analyser en temps réel le spectre sonore entendu et enfin d'écrans de visualisation. Les sonars sont installés sur la coque et également sur une antenne de plusieurs centaines de mètres remorquée par le sous-marin, à plusieurs kilomètres derrière lui.

La détection sous-marine consiste à extraire du bruit de fond créé par les vagues, la faune marine (en particulier les crevettes !) et le trafic maritime des bruits cohérents inférieurs au niveau du bruit de fond. Les bruits cohérents sont en effet créés par l'homme. C'est un peu comme d'essayer dans une Techno Parade d'écouter le Miserere d'Allegri, qu'écouterait un participant sur son iPod. Pour ce faire, il faut de l'électronique, du traitement du signal, des mathématiques, des algorithmes, des banques de données et des logiciels extrêmement puissants.

Le navire en plongée doit pouvoir naviguer en toute sécurité. Son ennemi, c'est la profondeur. La sécurité plongée est primordiale. Il faut empêcher le sous-marin de dépasser sa pression de calcul, faute de quoi la coque s'écrase et le sous-marin est perdu.

Première mesure : empêcher l'eau de mer d'entrer alors que le sous-marin a de multiples tuyaux véhiculant l'eau de mer, ne serait-ce que pour extraire la puissance des condenseurs. Deuxième mesure : empêcher les erreurs de pilotage. Le pilotage du sous-marin est évidemment entièrement informatisé comme sur un avion, même si bien sûr il y a des hommes de barre. Le sous-marin demeure ainsi dans un domaine de navigation reliant l'immersion, l'assiette et la vitesse. Enfin, les équipages subissent des formations à terre sur simulateur pour pouvoir réagir en cas d'incident.

La propulsion nucléaire a conféré aux sous-marins le don d'ubiquité.

Les sous-marins à propulsion nucléaire peuvent se déplacer à grande vitesse pendant de très longues durées. À 25 nœuds, un sous-marin fait 1200 km en une journée. C'est dire que les pays qui disposent de sous-marins à propulsion nucléaire peuvent déployer au loin en très peu de temps et en toute discrétion des forces de destruction considérables.

Le nucléaire permet également aux sous-marins de disposer d'une énergie illimitée. Cela permet par exemple de fabriquer de l'oxygène à partir de l'eau de mer et d'éliminer le gaz carbonique exhalé par les hommes d'équipage, ce qui permet à l'équipage de vivre en vase clos durant très longtemps.

L'industrie d'armement est une industrie lourde de haute technologie à cycle long.

En temps de paix, comme celui que nous connaissons depuis 70 ans grâce à l'équilibre de la terreur, le cycle de vie d'une génération de sous-marins est d'environ 40 ans. Il faut compter cinq ans pour la conception, cinq ans pour la construction du premier sous-marin de la série, qui aura une duré de vie de 30 ans. Les constructions des sous-marins suivants puis les modernisations s'échelonnent ensuite au cours du temps. L'expérience montre que ces cycles sont en fait modifiés de manière considérable par des impératifs budgétaires. Les durées des programmes sont toujours allongées et le nombre de bateaux réduit.

En fait, le problème qui se pose pour les démocraties est la différence entre le temps long des programmes d'armement et le temps court de la vie politique, cinq ans de mandature. Dans notre inconscient, il sera toujours possible de récupérer en un tournemain des années d'impéritie et d'imprévoyance, comme cela fut décidé en 1938 avec les résultats que l'on sait.

Et pourtant, le monde peut changer brusquement. Il y a deux ans, la Méditerranée était un espace paisible, une terre de vacances, même si le conflit israélo-palestinien perdurait. En un an, tout a changé. La rive sud de la Méditerranée est maintenant le théâtre de toutes les incertitudes, des régimes islamistes s'installent, la Turquie, traditionnellement l'un des meilleurs élèves de l'OTAN, affirme une volonté de puissance régionale et a cessé tout dialogue avec Israël, Israël est tenté par une attaque préventive contre l'Iran, la Grèce est menacée de faillite, etc. . À ce jour, en dehors de l'intervention de l'OTAN en Libye, la seule évolution envisagée et une diminution des budgets militaires des pays européens.

Est-ce raisonnable alors que la Méditerranée est la seule région du monde qui présente des déséquilibres potentiellement dangereux : le Nord âgé, riche, chrétien et le Sud jeune, pauvre et musulman. À cet égard, la seule bonne nouvelle récente est l'inauguration de l'usine Renault à Tanger, qui permettra à de nombreuses familles marocaines de vivre décemment de leur travail.

L'industrie de l'armement fait appel à tous les domaines industriels et cela au plus haut niveau scientifique et technique. L'affaissement industriel de la France constitue une grave menace pour notre indépendance.

Un seul exemple : à la fin des années 70, le Royaume-Uni, faute d'industrie sidérurgique, avait décidé de commander les pièces de forge des réacteurs nucléaires de ses sous-marins en France. Si la sidérurgie française disparaît, pourrons-nous commander ces pièces indispensables en Chine ou en Inde alors que ces pays ont des ambitions de superpuissances. Le même raisonnement vaut évidemment pour les systèmes électroniques, la mécanique, etc.

Les programmes d'armement sont onéreux. Il peut être tentant d'allonger les délais de réalisation et/ou de diminuer le nombre d'exemplaires commandés. Ainsi le programme de SNLE NG du type Le Triomphant a été rallongé et le nombre de sous-marins réduit de 6 à 4. Le coût du programme est resté identique : 16 milliards d'euros 2011, soit 4 milliards par bateau. C'est un chiffre important mais à rapprocher d'investissements dont l'utilité est douteuse, par exemple le nouveau stade de football de Lille, 630 millions d'euros, ou de subventions toujours renouvelées sans volonté d'y mettre fin bien que leur justification soit douteuse, par exemple la subvention annuelle de l'Etat à la SNCF de 13 milliards d'euros (hors dépenses des régions) ou le trou du régime des indépendants du spectacle, 1 milliard d'euros par an sans compter la subvention de l'Etat.

Le chiffre d'affaires de l'industrie d'armement peut devenir (et est probablement déjà) trop faible pour maintenir dans des conditions économiques acceptables un outil industriel performant et surtout pour attirer dans ce secteur des jeunes gens et jeunes filles de qualité, alors même que l'on recherche l'excellence technique.

La seule solution est sans doute l'intégration européenne qui seule permettra d'avoir des budgets suffisants et à l'Europe de parler d'égal à égal avec les superpuissances présentes ou à venir : les États-Unis, la Chine et l'Inde.

 

 
Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments. 

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Un article du journal Le Monde daté du 18 novembre 2011 met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.

Lire l'article du Monde : Le rôle discret des sous-marins français dans les opérations en Libye de Nathalie Guibert en date du 8 nov.2011. de larges extraits sont disponibles sur le blog "secret défense" de Jean-Dominique Merchet : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/La-Marine-devoile-les-missions-de-ses-sous-marins-au-large-de-la-Libye_a424.html

"Dans la nuit du 19 au 20 mars 2011, pour la première fois dans l’Histoire, des sous-marins ouvrent la voie à une offensive aérienne. Cet événement, rarement relevé, marque cependant une évolution remarquable des extraordinaires capacités de combat de ce type de bâtiments".

Plus de 120 missiles de croisière SLAM Tomahawk s’abattent sur la Libye, en prélude à l’opération Odyssey Dawn[1]. Il s’agit de frappes de précision destinées à désorganiser le système de défense aérienne libyen pour permettre le survol du territoire à moindre risque aux équipages des avions de combat des différentes nations de l’OTAN. Ils sont chargés de mettre en place  une « no fly zone » et d’assurer la protection des populations civiles en application de la résolution 1973[2].

Tous ces missiles sont lancés à partir de bâtiments de combat anglo-saxons, la plupart à partir de sous-marins. L'USS Florida en lance 93 à lui seul. Selon la marine américaine, il s'agit des premiers tirs en opération de missiles de croisière depuis un SSGN[3]. Le sous-marin nucléaire d’attaque britannique HMS Triumph dont ce n’est pas le système d’arme principal en aurait lancé quatre ou cinq. Les sous-marins sont donc responsables de 80 % des tirs. Les autres l’ont été à partir de plusieurs bâtiments de surface américains[4].

Cet aspect visible de l’intervention des forces sous-marines ne constitue cependant pas les seules actions effectuées par celles-ci au cours de cette opération, qui, en France, a reçu l’appellation Harmattan. Sur toutes les zones d’opérations maritimes, ce sont eux qui sont toujours déployés les premiers et longtemps avant les autres,  pour collecter en toute discrétion les informations d’environnement et de renseignement indispensables au déploiement en sécurité de forces de surfaces et aériennes. Cet article du journal Le Monde daté du 8 novembre 2011[5] met en exergue le rôle précurseur indispensable des sous-marins pour les opérations de projection de puissance : « first in and last out » selon une expression américaine.


[1]

                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

 

 

 

 

[2]

                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

 

 

 

 

[3]

                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

 

 

 

 

[4]

                        [4] Cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

 

                   Spécificités des sous-marins

Quels sont les caractères déterminants qui rendent les sous-marins efficaces au point que tous les pays qui souhaitent exercer une influence stratégique veulent en acquérir malgré un coût de possession élevé et les difficultés à maintenir une ressource en personnel de très haut niveau technique et tactique ?

1-      En premier lieu, la discrétion que procure la navigation sous la surface. Elle permet au sous-marin d’agir dans des zones contrôlées par un adversaire, y compris quand il a la maîtrise de l’air. La permanence de sous-marins américains devant Tokyo, aux moments les plus sombres de la guerre du Pacifique pour l’US Navy, en est un exemple parmi tant d’autres. Le sous-marin est particulièrement bien adapté aux opérations spéciales (renseignement de zone, mouillage offensif de mines, mise en œuvre de commandos, exfiltration et infiltration d’agents…).

2-      Ensuite, une endurance extraordinaire comme l’ont montrés les U-boote allemands, capables de patrouilles de plusieurs mois pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950, l’avènement de la propulsion nucléaire constitue dans le domaine maritime une révolution comparable à celle du passage de la voile à la vapeur. La gestion du couple énergie/puissance, une préoccupation permanente des commandants de sous-marins à propulsion diesel-électrique, n’est plus nécessaire. Au prix d’un surcroît de technologie, l’énergie fournie par un réacteur nucléaire est quasi illimitée, et cela quelle que soit la puissance demandée. Elle permet de produire de l’eau douce, luxe suprême pour les sous-mariniers classiques, et même de l’oxygène par électrolyse de cette eau. Les commandants, libérés de cette contrainte, peuvent se consacrer entièrement aux aspects tactiques de leurs missions. L’énergie n’est plus l’élément déterminant qui limite l’endurance. C’est l’équipage qui devient dimensionnant en raison, d’une part en raison de la fatigue induite par des missions de plus de dix semaines pendant lesquelles les quarts se succèdent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept[1], et d’autre part par l’épuisement des vivres dont les quantités embarquées sont limitées par le volume disponible restreint.

3-        Cette endurance donne au sous-marin une double mobilité. Tactique, d’abord, puisqu’il peut se mouvoir en trois dimensions sous la surface dans un milieu où sa détection est rendue très difficile par l’hétérogénéité du milieu; stratégique ensuite, car pouvant rester immergé en permanence, il ne subit pas les effets néfastes du mauvais temps qui peu contraindre même les navires les plus gros à modifier leurs cinématiques. Dans une zone où le risque d’interception est faible, un SNA peut parcourir plus de 1000 km par jour, ce qui lui permet d’enchaîner les missions sans discontinuer en changeant éventuellement rapidement de théâtre d’opérations au gré des besoins des commandants opérationnels. 71 % de la surface du globe étant couvert par des océans, il peut gagner sans contrainte la plupart des zones maritimes. Équipé de missiles de croisière contre la terre, il peut agir sur les bandes côtières où se concentre l’activité de 80 % de la population du monde qui vit à moins de 200 kilomètres d’une côte.

4-        La puissance de feu du sous-marin est toute à fait exceptionnelle par rapport à sa taille. Elle est à la fois considérable et sans nuance : le sous-marin est un tueur qui ne sait pas agir à faible niveau autrement que par l’incertitude quant à son éventuelle présence qui pèse sur un adversaire incapable de le détecter systématiquement. Il peut délivrer une panoplie diversifiée d’armes, toutes létales : mines marines, torpilles contre les autres sous-marins ou contre les bâtiments de surface, missiles tactiques à changement de milieu contre des objectifs terrestres et navals, et enfin, dans le cas des SNLE, missiles stratégiques à charges nucléaires. Il peut également débarquer et récupérer en toute discrétion des forces spéciales et en particulier des nageurs de combat.

                   Évolutions des techniques et des tactiques

Pendant les deux guerres mondiales, le sous-marin a montré son efficacité pour le blocus stratégique (attaque des flux commerciaux) et les opérations spéciales (transport discret d’agents et de commandos, sauvetage des pilotes abattus en mer, mouillage offensif de mines, renseignement…). Pendant la guerre froide, il devient d’une part le système d’arme principal de la dissuasion nucléaire et d’autre part la plus efficace des plateformes de lutte anti-sous-marine et anti navires de surface. À présent, il a démontré ses capacités de frappe conventionnelle massive contre la terre.

1)  ·Seconde guerre mondiale:

La principale mission des sous-marins allemands pendant cette guerre est d’assurer un blocus stratégique du Royaume-Uni en coupant ses flux d’approvisionnement transatlantique. Il s’agit de couler plus de tonnage de navires marchands qu’il n’en est lancé.

Cette stratégie, simple continuation de celle appliquée trop brièvement pour être pleinement efficace pendant la Première Guerre mondiale, n’a cependant pu être menée avec l’ampleur nécessaire dès le début du conflit. Hitler ayant affirmé que la guerre ne commencerait pas avant 1945, le programme d’armement naval était conçu dans cet objectif. En 1939, l’Allemagne ne dispose que de 54 sous-marins, c’est à dire moins que la France par exemple.

Grâce en particulier à l’aide industrielle et technique américaine, et malgré l’énorme effort allemand, c’est un échec. Pendant la durée de la guerre, l’Allemagne admet au service actif le nombre stupéfiant de 820 sous-marins qui se heurtent sans discontinuer pendant les cinq ans de guerre à une force anti-sous-marine alliée comprenant au total 800 escorteurs de haute mer, 2250 escorteurs côtiers et 1500 avions. 2779 navires alliés sont coulés.

781 U-Boote sont perdus, pour la plupart corps et biens, et 32 000 des 39 000 sous-mariniers sont morts. Ce taux de 82 % de pertes est de très loin le plus élevé de tous les types de force engagés sur tous les théâtres pendant ce conflit. Il s’explique par le fait que l’équipage d’un sous-marin qui subit des avaries importantes en plongée n’a aucun moyen de s’échapper et coule avec son bâtiment.

Bien que de moindre ampleur, la guerre sous-marine menée contre la logistique de l’Afrika Korps par les bâtiments britanniques à partir de Malte est un succès. Leur efficacité, conjuguée avec le retrait d’une grande partie des forces aériennes de la Luftwaffe en méditerranée orientale et centrale pour être engagées en Russie, contraint finalement Rommel à la défensive puis à la défaite par manque de munitions et de rechanges.

Dans le Pacifique, cette stratégie d’attrition du commerce est un succès. L’empire japonais, composé essentiellement d’îles, dépend de façon vitale des flux maritimes.

Il s’agit de la Première Guerre sous-marine gagnée dans l’Histoire.

Les Japonais perdent 1178 navires de commerce et 214 bâtiments de combat par l’action des sous-marins américains (soit 55 % du total).

Seulement 52 des 288 sous-marins américains coulent (dont 48 au combat). Cela s’explique par la relative faiblesse des moyens techniques de défense anti-sous-marine de la Marine du Soleil Levant ainsi que par l’application d’une doctrine d’emploi inadaptée.

 

Deux tâches opérationnelles que seuls des sous-marins pouvaient assurer sont développées et pratiquées avec beaucoup de succès :

–         à partir du mois de mars 1942, soit seulement trois mois après la déclaration de guerre, une permanence de sous-marins américains en mission de renseignement est assurée en baie de Tokyo, et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

–         En support aux opérations aéronavales intensives, des sous-marins américains sont prépositionnés dans les zones de combat pour assurer des opérations de récupération des pilotes abattus au-dessus des eaux contrôlées par l’ennemi (Combat Search and Rescue). Le futur président des États-Unis, alors enseigne de vaisseau de 1re classe, George Bush doit la vie sauve au sous-marin USS Finback qui assure cette mission, après que le bombardier Avenger qu’il pilote est abattu le 2 septembre 1944, au cours de l’attaque de l’île de Chi Chi Jima. Cette tâche était considérée comme particulièrement importante pour le moral des équipages d’avions.

La Guerre froide

Elle marque au plan naval la primauté des forces sous-marines. C’est le budget de développement et d’équipement le plus important de l’US Navy. Avec l’avènement de la propulsion nucléaire, le submersible devient un véritable sous-marin anaérobie, parfaitement adapté à transporter en toute discrétion les armes de dissuasion nucléaire. En France, l’avènement du SNLE conduit le général de Gaulle à dire en 1965

 « La Marine se trouve maintenant, et sans doute pour la première fois de son histoire, au premier plan de la puissance guerrière de la France, et ce sera dans l’avenir tous les jours un peu plus vrai ».

En raison de son enclavement géographique résultat de l’échec de toutes les courses aux mers chaudes menées par la Russie depuis Pierre 1er, l’URSS ne dispose que de très peu de côtes libres de glaces toute l’année. L’accès aux ports passe par des détroits tous contrôlés par des pays appartenant au camp adverse. Elle développe alors une formidable flotte sous-marine dont les unités représentent environ la moitié de l’ensemble des 915 sous-marins en service dans le monde en 1986. Ces sous-marins à propulsions diesel-électrique ou nucléaire sont déployés sur toutes les mers du monde. On trouve en particulier :

–         en Méditerranée des sous-marins d’attaque munis de torpilles et de missiles antinavires destinés à couler les porte-avions de la VIe flotte américaine qui ont pour mission de renforcer la défense aérienne du « ventre mou » du sud-est de l’Europe

–         en Atlantique Nord, dans l’océan arctique et dans le Pacifique nord des « bastions » où des SNLE soviétiques sont protégés des redoutables prédateurs que sont les sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) américains et britanniques par des barrières de sous-marins classiques et de SNA.

Pour détecter les mouvements des sous-marins soviétiques, les Américains développent un extraordinaire réseau d’hydrophone qui quadrille les océans : le réseau SOSUS. Très secret comme tout ce qui touche à l’arme sous-marine dont l’efficacité repose en grande partie sur la supériorité technologique sur un adversaire, l’existence même de ce réseau n’est révélée qu’aux membres de l’OTAN sur les territoires desquels des stations techniques doivent être installées.

La chute de l’empire soviétique en 1991 conduit à la disparition de l’essentiel de la menace nucléaire. Cette transformation de l’environnement géostratégique conduit à une réévaluation de la composition des forces navales. L’importance relative des forces sous-marines décroît fortement dans l’US Navy au profit des forces de projection, c’est à dire des groupes aéronavals de porte-avions et de débarquement de troupes. 

 

En 1982, un conflit de haute intensité oppose l’Argentine au Royaume-Uni, deux pays du camp occidental. En réponse à l’invasion le 2 avril 1982 par les forces argentines des îles malouines (Falkland en anglais ou Malvinas en espagnol) sous administration britannique, le gouvernement de madame Thatcher décide d’envoyer une force aéronavale pour les reprendre.

En raison de leur mobilité et de leur disponibilité immédiate, ce sont deux sous-marins nucléaires d’attaques qui abandonnent leurs missions en cours et sont envoyés en précurseur dès que la menace se précise : le 31 mars, le HMS Spartan en opération devant Gibraltar est dérouté vers l’archipel.

Dès le 12 avril, il est en mission d’observation devant Port Stanley où il assiste à la montée en puissance du dispositif argentin. Le 1er avril, le HMS Splendid quitte la base de Faslane en Écosse. Il va franchir les 7000 milles nautiques en seulement 13 jours. Cette rapidité de déploiement est à comparer à celle du groupe aéronaval, qui appareille le 5 avril pour arriver dans la zone de combat le 29 avril, soit 17 jours après celle du premier SNA.

Les sous-marins vont assurer des missions de surveillance et d’alerte avancées, l’un d’entre eux étant placé à proximité des côtes argentines, à l’endroit où les avions argentins chargés d’attaquer la force navale franchissent la côte. Il informe l’amiral Woodward, un ancien sous-marinier, commandant les forces britanniques, du départ des raids aériens, avec un préavis suffisant pour permettre à la défense aérienne de se préparer à l’interception des avions qui subiront de lourdes pertes. D’autres opérations sont menées par les sous-marins : débarquement de commandos et surtout attaque le 2 mai, sur ordre du premier ministre britannique, du croiseur ARA Belgrano par un troisième SNA, le Conqueror, qui le pistait depuis plusieurs jours. La perte de cette grande unité va conduire les Argentins à faire revenir à quai leur porte-avions par crainte de le perdre de la même façon. Cette décision va les priver du seul moyen dont ils disposaient pour approcher leurs avions de combat Super Etendard de la zone de combats qui se trouve en limite de rayon d’action des avions basés sur le continent. De leur côté, les Argentins envoient le San Luis, un de leurs sous-marins à propulsion diesel-électrique, attaquer le groupe aéronaval. Il prononcera deux attaques infructueuses à la torpille les 1er et 10 mai contre de « grandes unités ennemies ». Il semblerait qu’un fonctionnement défectueux des torpilles utilisées soit la cause de l’échec. Par parenthèse, il est intéressant de noter que les torpilles modernes (Tigerfish) lancées par le Conqueror étaient également défectueuses ; le Belgrano est finalement coulé par deux torpilles anciennes (Mark 8) dont la technologie remonte à la Seconde Guerre mondiale. Par sa seule présence, le San Luis complique l’action des forces navales britanniques qui se trouvent sous double menace aérienne et sous-marine. Au total, plus de 70 torpilles vont être lancées sans résultat contre le sous-marin argentin (ou de faux contacts sonars).

Les îles sont reprises par les Britanniques le 14 juin, après un débarquement de vive force le 21 mai 1982.

            Développements géostratégiques et prospective

Après une courte période d’euphorie pendant laquelle les moins clairvoyants réclament « les dividendes de la paix », l’émergence de nouvelles puissances (Brésil, Inde, Chine en particulier) et la prolifération des armes nucléaires (Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël…) remet la dissuasion nucléaire sur le devant de la scène, et en particulier sa composante sous-marine.

En 2007, en application des traités de réduction des armes nucléaires (START), quatre des nouveaux SNLE de la classe Ohio, sont transformés en SSGN lanceurs de missiles de croisière capables d'emporter 154 missiles Tomahawk à charge conventionnelle et 66 membres de commandos marine (SEALs). La pertinence de ce choix est prouvée lors des opérations de Libye de 2011.

En Asie, la Chine mène une importante politique de développement maritime pour accompagner ses exportations de produits finis et ses importations de flux énergétiques. Cette politique s’accompagne d’un très important développement de sa Marine avec pour objectif de pouvoir contrer la seule puissance navale de taille mondiale, l’US Navy. Cette montée en puissance inquiète les pays riverains et entraîne le développement de forces sous-marines par tous ceux d’entre eux qui peuvent se le permettre financièrement. Elles sont composées d’unités toutes commandées à des pays occidentaux ou à la Russie et disposent de capacités en lutte sous la mer supérieures à celles de leur adversaire potentiel. L’aspect dissuasif traditionnel de ce type de bâtiment est encore accru par l’actuelle faiblesse de la marine chinoise en matière de lutte ASM (sous-marins, avions de patrouille maritime, bâtiments de surface, hélicoptères). Il s’agit d’une réelle course aux armements navals qui touche tous les pays d’Asie du Sud Est, ainsi que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et bien sûr l’Australie. Elle provoque également un rééquilibrage des forces navales américaines vers le Pacifique.

 

De leur côté, les Indiens viennent de se doter d’une véritable triade nucléaire avec des vecteurs terrestres (missile Agni V de 5000 km de portée), aériens (Sukhoi-30MKI et Mirage-2000) et sous-marins (4 SNLE de conception nationale sont prévus). Le premier de la série, l’INS Arihant devrait être admis au service actif fin 2012 ou début 2013. Il sera équipé de 12 missiles K15 de 700 km de portée. Ce missile devrait toutefois être remplacé par un engin plus puissant sur les trois SNLE devant suivre l'Arihant. Pour ces bâtiments, New Delhi prévoit l'embarquement de quatre K-4, des missiles balistiques de 20 tonnes d'une portée de 3500 kilomètres et pouvant emporter une charge militaire d'une tonne.

En Méditerranée orientale, Israël qui ne veut pas être le premier État à introduire formellement des armes nucléaires au Proche-Orient applique une politique d'« ambiguïté nucléaire » en ne reconnaissant pas posséder l'arme nucléaire et en ne la testant pas. C’est un moyen de dissuasion destiné à empêcher un nouvel Holocauste. Israël posséderait entre 75 et 200 têtes nucléaires, selon l'organisation américaine Arms Control Association. L’État juif a également constitué une triade qui comprend des chasseurs bombardiers F-16 et F-15, des missiles balistiques Jéricho ainsi que des missiles de croisière à têtes nucléaires embarqués sur les sous-marins du type Dolphin.

Outre l’Iran qui veut également se doter d’armes nucléaires et qui développe rapidement les missiles capables de la délivrer, c’est le Pakistan qui pose le problème le plus prégnant. S’il dispose de nombreuses têtes et des missiles pour les emporter, le risque qu’il représente vient surtout de son instabilité politique. Des doutes pèsent sur son aptitude à les mettre à l’abri des convoitises des puissants courants islamistes du pays et en particulier du mouvement Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) qui a montré à plusieurs reprises ses capacités à pénétrer et à agir sur les sites militaires les mieux protégés, comme la base aéronavale Mehran près de Karachi le 22 mai 2011 où il a pu détruire deux des trois avions de patrouille maritime P3C Orion de la marine pakistanaise, et, très récemment, le 16 août 2012, à Minhas, la base du  Northern Command de l’armée de l’air pakistanaise où un des trois avions de guet aérien du pays a été détruit. Le Pakistan cherche à moderniser sa flotte sous-marine et à développer une composante nucléaire sous-marine de même type que celle d’Israël.

 

Pour terminer, il faut remarquer que la possession de sous-marin a propulsion nucléaire, comme celle d’un porte-avions, marque un niveau de puissance élevé.

Les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposent de ces types de bâtiments.

Deux des quatre pays grands pays émergents (BRIC) qui n’appartient pas à ce groupe restreint cherchent à s’en doter depuis plus d’un quart de siècle. L’Inde vient d’y parvenir, et le Brésil qui possède déjà un porte-avions de construction française vient d’accélérer son programme de construction de SNA en signant des accords de coopération techniques avec la France (à l’exception de la partie nucléaire).

 

Si le nombre total des sous-marins a diminué après la chute du mur de Berlin pour atteindre un niveau bas de 495 unités en 2002, il est à nouveau en hausse partout dans le monde… sauf en Europe où il continue à décroître malgré une dépendance toujours croissante des flux maritimes intercontinentaux qui traversent des zones où se développe cette menace sous-marine et l’instabilité politique de la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures.

 

 


[1]

                        [1] La plaisanterie suivante, qui a cours dans la marine américaine reflète cet état de fait : « Savez-vous ce que signifie le signe SSN (SNA en Français) ? Saturdays, Sundays and Nights (samedis, dimanches et nuits) »

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                        [1] Nom de code donné par les Américains à l’opération aérienne déclenchée contre la Libye le 19 mars 2011

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                        [2] Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU décide d’instaurer un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les ivils contre les attaques systématiques et généralisées. Il renforce également l’embargo sur les armes imposé le 26 février

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                        [3] Sous-marins nucléaires d’attaque lanceurs de missiles de croisière. Au nombre de quatre (USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia), les SSGN mesurent 170,7 mètres de long et affichent un déplacement de 18 750 tonnes en plongée. Il s'agit d'anciens sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SSBN selon l’appellation de l’OTAN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002. A cet effet, 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomawak, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués.

[4]

                        [4] Par parenthèse, cette opération rappelle deux précédents historiques de la longue lutte menée par l’Occident contre les Régences barbaresques (Tripoli, Tunis, Alger). Le premier concerne l’utilisation de navires conçus pour conduire des frappes massives contre la terre. Ce sont les galiotes à bombes créées par l’ingénieur Renau d’Elissagaray à bord desquelles des mortiers étaient montés pour tirer des projectiles explosifs capables de causer des dégâts considérables. Elles furent inaugurées lors de deux bombardements d’Alger (1682,1683) effectués sous les ordres de Duquesne, lieutenant général des armées navales, à titre de représailles contre ce nid de corsaires qui mettaient à mal la liberté de navigation et razziaient les côtes de l’Europe. Le second marque la première intervention navale de la jeune République américaine qui fut menée précisément contre Tripoli. Les Américains sont conduits à faire plusieurs démonstrations de force aux régences, dont la « War with Tripoli» de 1801-1804 pour diminuer le montant des tributs exigé par les Barbaresques et récupérer les otages des navires américains pris par ceux ci.

[5]
                        [5] http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20111108/html/822829.html8 novembre 2011