Voilà bientôt quarante ans que Maxime Dumoulin est mort et nul ne peut prédire quand son œuvre musicale obtiendra la renommée à laquelle elle peut prétendre. La France reconnaît jusqu’à un certain point, le mérite de ses peintres et de ses écrivains ; elle semble moins prompte à découvrir, à apprécier et à défendre l’incomparable richesse de son patrimoine musical. La génération à laquelle appartient Maxime Dumoulin -celle qui est née entre 1890 et 1905- comprend une profusion de musiciens dont la valeur est loin d’être reconnue. Quelques-uns d’entre eux comme Francis Poulenc, Maurice Duruflé, Arthur Honegger ont acquis depuis longtemps, auprès du grand public, une audience qui ne s’est pas démentie. D’autres, au contraire, ont joui d’une notoriété momentanée, aujourd’hui amoindrie : c’est la cas d’un grand artiste tel que Marcel Delannoy ou celui de Georges Migot dont l’œuvre immense réserve à ceux qui entreprendraient de l’explorer des surprises incalculables et des joies inattendues. Des maîtres comme Raymond Loucheur, Jean Rivier, Louis Beydts, pour n’en citer que quelques-uns, méritent sans doute mieux que le silence qui les entoure. Que dire des femmes compositeurs souvent tenues à l’écart et qui se nomment Lili Boulanger, Germaine Tailleferre, Claude Arrieu, Jeanne Leleu ? Bien d’autres musiciens de cette époque attendent qu’on révèle plus largement leurs œuvres : citons, entre autres, le nom d’Emile Goué (1904-1946), un fulgurant génie qui, grâce aux efforts de ses proches et de ses amis commence enfin à sortir de la pénombre. Il serait long de rechercher et d’énumérer les causes de la désaffection dont souffre notre école française : exercice de sociologie musicale qui dépasserait le cadre de cette étude.

       Comme tant d’autres, Maxime Dumoulin a été victime de l’état de choses que nous venons d’évoquer : ce musicien-poète qui n’avait d’autre ambition que d’exprimer dans ses œuvres ses rêves, ses joies, ses tristesses, ses souvenirs aurait eu besoin d’un protecteur, d’un mécène ou d’une institution qui le soutînt. Au contraire, il a dû lutter toute sa vie contre une malchance chronique –le Guignon qu’évoque Mallarmé-. Il a connu le spectre de la misère et il lui a fallu, pour assurer son existence quotidienne, s’astreindre à des besognes fastidieuses, exténuantes et parfois humiliantes. A Paris, où il réside pendant l’entre-deux-guerres, il joue du violoncelle dans des cinémas muets, il accompagne au piano, dans les studios de l’époque, des chanteurs de fantaisie dénués de goût et de talent ou bien il donne des leçons à des élèves souvent peu doués. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale l’oblige à quitter Paris pour Châtellerault où il résidera définitivement. Aux privations engendrées par la guerre, s’ajoutent les difficultés financières. En 1947, pourtant, grâce aux démarches d’amis dévoués il obtient –à 54 ans !- une place de professeur au Conservatoire municipal de Poitiers. Il y enseigne le solfège, l’harmonie, assure l’accompagnement des classes de chant et de danse classique. Il doit alors presque quotidiennement faire en train l’aller et retour Châtellerault-Poitiers. Ses fonctions de professeur et d’accompagnateur, harassantes à la longue ne lui garantissent qu’un très modeste salaire, insuffisant, qu’il complète en prêtant son concours dans des soirées dansantes ou dans des bals. Par la suite, sa situation matérielle semble s’être un peu améliorée ; en 1962, il est nommé professeur d’écriture musicale au Conservatoire de Châtellerault. Mais, à un moment où le destin semble lui sourire un peu, il ressent, en 1967, les premières atteintes d’un mal qui ne pardonne pas. Après de multiples hospitalisations plus ou moins prolongées, il succombe en 1972 à une opération devenue inévitable.

       Mais, dans cette vie peuplée de misères, d’adversités et de déboires, ce dont le compositeur a le plus souffert, ce sont les difficultés qu’il connut pour faire exécuter ses œuvres en public : indépendamment de la satisfaction légitime de révéler à un auditoire ce qu’il a créé et d’être reconnu, tout compositeur éprouve la curiosité bien naturelle de savoir « comment cela sonne » pour employer le jargon du métier, surtout quand il s’agit d’une composition orchestrale ou d’un ensemble vocal important. Or, il faut reconnaître que cette satisfaction ne fut pas souvent accordée à Maxime Dumoulin et il est des œuvres qu’il n’entendit jamais exécuter.

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       La formation musicale du compositeur a commencé à Lille où il était né en 1893. A dix ans il fut inscrit à la maîtrise de l’église Notre-Dame de la Treille (promue église cathédrale en 1913). Les élèves y étudiaient et y chantaient l’office grégorien et les polyphonistes de la Renaissance. L’apprentissage du solfège, du plain-chant et de la technique vocale était confié à trois professeurs distincts. Pour le jeune Maxime Dumoulin, l’œuvre de Palestrina fut une éblouissante révélation qui décida de sa vocation. Les quatre années passées à la maîtrise furent pour lui la plus belle propédeutique à la musique qu’on puisse rêver.

       En 1907 il devient élève de l’Ecole nationale de musique de Lille, succursale du Conservatoire de Paris. Il y perfectionne sa technique instrumentale (piano, orgue, violoncelle) et à partir de 1910, se jette à corps perdu dans l’étude de l’harmonie, du contrepoint et de la fugue, sous la tutelle d’Emile Ratez, directeur de l’établissement. Ses premières œuvres remontent à cette époque.

       En octobre 1914, sous la pression de l’occupation allemande, il quitte Lille et gagne Paris. En janvier 1917, il est admis au Conservatoire National dans la classe de Paul Vidal (fugue et composition) et dans celle de Marcel Samuel-Rousseau (harmonie). Il obtient coup sur coup en 1918 un premier prix de fugue, puis, en 1919 le prix Lili Boulanger et le prix de la Fondation Halphen. Il quitte le Conservatoire en 1920 après s’y être lié d’amitié avec trois de ses condisciples Arthur Honegger, Eric Sarnette et Arthur Hoérée.

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       La production musicale de Maxime Dumoulin est abondante : le catalogue de ses œuvres comporte environ 170 titres. Malgré les épreuves qu’il a traversées et les périodes de découragement qu’il a connues il n’a jamais perdu la foi qu’il avait en sa vocation de compositeur. Il a la faculté de reprendre après une longue interruption la composition d’une œuvre momentanément abandonnée.

       Cette œuvre musicale comprend deux domaines bien distincts : les compositions profanes et les compositions religieuses. Les unes et les autres obéissent à des normes profondément différentes.

L’œuvre profane peut être distribuée sous quatre rubriques :

  1. Les œuvres pour piano : 3 sonates, 12 suites, des pièces diverses, 12 études contrapuntiques. Chaque suite comporte 3, 4 ou 5 pièces titrées. La totalité de cette musique pour clavier constitue un ensemble d’environ 450 pages de format usuel.
  2. Les œuvres pour orchestre : 2 symphonies, 6 poèmes symphoniques, parmi lesquels des Variations chorégraphiques et un Poème pour saxophone et orchestre ; quelques œuvres de musique de scène.
  3. La musique de chambre : pièces pour violon et piano, violoncelle et piano, alto et piano ; instruments à vent (clarinette, flûte, cor) et piano ; quatuors à cordes, quatuor de saxophones.
  4. Une quarantaine de mélodies (chant et piano) ; 5 d’entre elles sont composées sur des poèmes flamands ; 8 pièces vocales a cappella.

 

       Dans la plupart de ces œuvres on peut déceler deux sources d’inspiration qui se rejoignent et se renforcent. Ceux qui ont approché Maxime Dumoulin apprenaient bien vite qu’il était passionnément attaché à Lille, sa ville natale, à son histoire, à ses légendes, à son architecture et qu’il était fasciné par le Nord : celui de la France et celui de l’Europe. Après la Grande Guerre, il revient périodiquement à Lille, véritable pèlerinage sur les lieux de son enfance. Entre 1920 et 1930, il parcourt à pied les routes de Flandre et du Brabant pour gagner Anvers, Bruges, Gand. A partir de 1925, il suit attentivement la reconstruction de la ville d’Ypres qui deviendra pour lui une sorte de patrie spirituelle. C’est le sujet de sa première grande composition symphonique, le Cantique de Pâques qui célèbre la résurrection de la vieille cité. On ne saurait citer toutes les œuvres qui évoquent la Flandre franco-belge ; voici le titre assez éloquent de quelques pièces dont la plupart font partie des suites pour piano : Béguinage sous la pluie, A l’estaminet (souvenir d’un quartier du vieux Lille), Au beffroi de Lille, Esquermes, Les Rogations (évocation de Wazemmes et de son lointain passé), La chapelle fluviale (simple chapelle en bois construite sur une péniche qui naviguait sur les canaux et où les mariniers pouvaient assister à l’office). La Scandinavie apparaît dans deux danses norvégiennes Halling et Springar (pour violon et piano) et dans le portrait de figures féminines La dame des fjords, Ingrid, A une dame nordique (une jeune danoise rencontrée à Lille en 1935). D’autres œuvres nous ouvrent les portes des légendes septentrionales : Eva, Le géant Hallowijn (héros wiking protecteur de Dunkerque), La promenade du Reuze (pièce pour cor et piano).

       Maxime Dumoulin ne se contente pas d’évoquer le décor chatoyant des villes flamandes ; ses suites pour piano constituent un véritable album autobiographique où se mêlent les souvenirs les plus attachants et les plus inattendus. Voici l’enfance : La Saint-Nicolas en Flandre, Cithare (une vieille cithare désaccordée trouvée dans le grenier de grand-mère). L’adolescence apparaît avec la pièce Dans l’église (souvenir de Notre-Dame de la Treille et de la maîtrise) ; voici les trajets à pied dans les plaines belges : Sur la grand-route (arrivée à Bruges), Quand la nuit descend (arrivée tardive à Anvers). Le compositeur se souvient des heures de découragement : In memoriam (chagrin d’amour), Bourrasque (violente colère éprouvée pendant son adolescence), Jour de tristesse (vacances forcées en banlieue parisienne, loin de Lille, quand il avait quinze ans). Voici des pages plus réconfortantes : Chant d’espoir, Jour de joie (retour à Lille), Bacchantes (ivresse de la jeunesse, rêve de gloire future). La huitième suite forme une galerie de portraits où apparaissent des figures particulièrement chères : Au constructeur d’une cathédrale (il s’agit de Monseigneur Vandame, chapelain de Notre-Dame de la Treille, créateur de la maîtrise, maître d’œuvre de la cathédrale en chantier, l’homme le plus admiré de Maxime Dumoulin). Autre portrait en musique, celui de MonsieurDefives, professeur de solfège de la maîtrise. On peut compléter le recueil des suites par des œuvres non titrées mais qui recèlent un argument biographique précis dont la signification nous a été indiquée par le compositeur : la Première sonate pour piano fait revivre la passion du musicien pour une jeune Germano-hollandaise dont il fut brutalement séparé en 1914 ; l’andante de la Sonate pour piano et violoncelle est un chant d’amour adressé à une parisienne pour laquelle Maxime Dumoulin eut une passion violente. Le finale de la Première symphonie nous transporte dans l’atmosphère joyeuse et tumultueuse d’une kermesse flamande.

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       Sur le plan purement musical, le langage de Maxime Dumoulin apparaît comme tout à fait personnel. Il réalise la fusion d’influences à première vue incompatibles : celle du chant grégorien dont il utilise les échelles modales et celle de la musique allemande (il a en particulier pour Wagner une admiration sans limites). Maxime Dumoulin qui était d’une apparence souriante et sereine était en réalité le théâtre de passions violentes qu’il n’exprimait que dans ses compositions. On ne s’étonnera pas de trouver, dans son inspiration, quelque chose de la véhémence franckiste ou de l’exaltation wagnérienne. Aussi, à cause de son lyrisme, sa musique a-t-elle été qualifiée de romantique. Encore faut-il reconnaître que son langage n’est plus celui d’une école dont le rayonnement se limite au XIXème siècle.

       Son écriture, en son temps, a paru dissonante. Redoutable contrapuntiste, il n’a pas recherché pour elles-mêmes des harmonies subtiles et préfabriquées. Des accords imprévisibles naissent de la rencontre et de l’entrecroisement des mélodies. Mais ce type d’écriture horizontale n’a rien d’absolu ni de systématique et le compositeur peut très bien, si son sujet l’exige, pour employer une formule empruntée à la création littéraire, faire usage de moyens d’expression très simples, comme l’accord parfait, par exemple.

       Chaque composition obéit à une architecture bien précise et constitue presque toujours un drame d’une puissance émotive surprenante. La plupart des œuvres de Maxime Dumoulin entrent dans le cadre de la forme sonate bithématique à laquelle il a fait subir quelques transformations morphologiques.

       Ce que l’on désigne en musique sous le nom de symbolisme ou de figuralisme n’est pas un des aspects les moins intéressants du langage musical du compositeur. Ce mode d’expression a pris naissance en Allemagne au début du XVIIème siècle et J.S. Bach, dans ses cantates d’église, l’a élevé à un degré de perfection et de bon goût jamais dépassé. Quelques exemples pris dans l’œuvre de Maxime Dumoulin pourront illustrer cet aspect de son langage. Des arpèges ascendants symbolisent les tours d’une ville ; une ligne mélodique descendante figure une chute, un précipice. Des trilles peuvent sans doute évoquer des chants d’oiseaux ; ils traduisent aussi le scintillement d’une lumière, cierge ou étoile. Une lente succession d’accords donne l’idée d’une plaine sans fin. Mais les lignes mélodiques ascendantes peuvent aussi suggérer un sentiment d’orgueil, des lignes descendantes correspondent à un abattement, à un désespoir. L’harmonie, par ses teintes sombres ou colorées, le jeu de figures rythmiques, l’instrumentation s’associent pour donner plus d’ampleur à ce figuralisme musical. Maxime Dumoulin s’est ainsi forgé un véritable lexique d’images sonores dont la connaissance est indispensable pour la compréhension de son œuvre et pour son interprétation.

       D’après ce qui précède nous pouvons imaginer que, dans cette production, la musique pure n’occupe qu’une place très restreinte, illustrée par les douze Etudes contrapuntiques pour piano et par quelques pièces de musique de chambre. De même, le musicien n’a pas pratiqué l’atonalité, ni la polytonalité, ni le dodécaphonisme. Il était très attiré par le drame lyrique,mais l’occasion ne lui a pas été donnée de cultiver ce genre.

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        Comme nous l’avons indiqué plus haut la musique religieuse de Maxime Dumoulin doit être envisagée à part : encore faut-il distinguer sous cette rubrique la musique qui entre dans le cadre de la liturgie catholique de celle qui a un caractère d’apparat.

       La musique liturgique comprend dix messes dont cinq sont accompagnées d’un salut. Quatre d’entre elles forment un cycle, celui des quatre dimanches de l’Avent. Une messe de Noël devait couronner l’ensemble ; elle ne fut jamais écrite. Parmi les six autres, il convient de remarquer tout particulièrement la Messe pour la fête de Saint-Hilaire, celle pour la fête de la Sainte Vierge et celle pour la fête de Saint-Thomas de Cantorbéry. Huit messes sont conçues pour quatre voix mixtes et orgue. Chacune comporte, à l’exception de celles destinées au temps de l’Avent, un prélude, un offertoire, un postlude pour orgue seul. Chaque partie chantée de l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei) repose sur des thèmes grégoriens empruntés par le compositeur au propre du temps. Par exemple, il choisit comme motif essentiel du Gloria, un fragment mélodique du graduel ou de l’Alleluia de la fête du jour ; l’Agnus Dei reprend une phrase de la communion grégorienne. Ces rappels thématiques donnent à la messe cohésion et unité. Les trois pièces constituant chaque salut sont également composées sur des thèmes grégoriens prélevés dans les antiennes des Vêpres du jour..

       Les autres œuvres religieuses sont des pièces d’apparat : six motets parmi lesquels on peut signaler un beau Salve Regina, œuvre de jeunesse datée de 1916 et deux morceaux pour un instrument et orgue. Il convient de mentionner, à part, trois œuvres importantes pour grand orgue : Prélude et fugue pour la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, Prélude et fugue pour la fête de Saint-Hilaire, Prélude pour une Messe de mariage.

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       Quelle diffusion l’œuvre de Maxime Dumoulin a-t-elle connue durant sa carrière, à Paris ou en province ? Nous avons signalé plus haut les difficultés qu’il avait rencontrées pour s’imposer au public parisien : il se heurta au refus poli des interprètes et à la froide incompréhension de nombreux musiciens professionnels. Dépourvu de sens pratique et dénué d’arrivisme, il était incapable d’entreprendre des démarches compliquées en vue de faire exécuter une œuvre de quelque importance. Pourtant, vers 1935, son condisciple Eric Sarnette mieux introduit dans les milieux musicaux officiels réussit à faire inscrire au programme de l’Orchestre National récemment fondé les deux premiers poèmes symphoniques de Maxime Dumoulin : ils furent joués plusieurs fois aux grands concerts et retransmis par la Radiodiffusion française, ainsi que d’autres œuvres de moindre dimension.

       Mais la Seconde Guerre mondiale mit fin à ces initiatives prometteuses et le repli du musicien sur Châtellerault brisa une réputation naissante. Après la guerre, il y eut quelques manifestations à Lille et à Paris où, en 1952, grâce à Eric Sarnette, les chœurs de la Radiodiffusion Nationale, dirigés par René Alix, firent entendre, au Théâtre des Champs-Elysées une grande partie de la Messe pour la fête de la Sainte Vierge. Mais ces manifestations restaient trop rares ou trop espacées dans le temps pour imposer de façon durable la notoriété du musicien.

       En revanche, des efforts méritoires se répétèrent en Poitou pour faire connaître des œuvres de Maxime Dumoulin. A ce propos, il faut rendre hommage à deux directeurs du Conservatoire de Poitiers. Le premier, Charles Bégnard, dès 1947, inscrivit au programme de ses concerts symphoniques deux œuvres orchestrales de Maxime Dumoulin. Le second, Jean Beauregard, à partir de 1963 et pendant les années suivantes, dirigea plusieurs œuvres pour orchestre du compositeur. Enfin, dès 1962, date à laquelle fut créé l’orchestre symphonique de Châtellerault, son chef, Roger Masson, dirigea plusieurs œuvres importantes et fit interpréter des pièces de musique de chambre et des œuvres vocales.

       En 1966, on voit se prononcer de façon nette, un mouvement de sympathie et de curiosité enthousiaste à l’égard du vieux musicien : sous l’impulsion d’un universitaire rochelais des collègues et des élèves du compositeur, instrumentistes et chanteurs, se groupent pour faire exécuter ses œuvres dans plusieurs villes de la région (Poitiers, Angoulême, La Rochelle).

       En 1968, Odette Goumard qui dispose d’une importante chorale au Conservatoire de Poitiers où elle enseigne le chant, entreprend de faire exécuter la Messe pour la fête de la Sainte Vierge : une première audition a lieu à Poitiers en 1969, puis trois autres en 1970 à Châtellerault, Poitiers, Angoulême. Peu après le compositeur eut l’heureuse surprise d’apprendre que, grâce aux démarches d’Eric Sarnette, son poème symphonique D’après un poème d’Ibsen avait été joué et bissé à New Delhi !

       En janvier 1970, une association fut créée « Les amis de Maxime Dumoulin ». Elle se proposait de sauvegarder les partitions du musicien, de faire publier celles qui étaient encore manuscrites, d’organiser des concerts publics ou privés consacrés totalement ou partiellement à ses œuvres. Le nombre des membres s’éleva rapidement à plus de deux cents. La présidence d’honneur fut confiée à Marcel Landowsky qui avait, quelque temps auparavant, collaboré à la direction du Conservatoire de Poitiers et qui avait alors manifesté une grande sympathie à l’égard de Maxime Dumoulin et un très vif intérêt pour son œuvre. La création de cette association fut une grande joie pour le compositeur qui, malgré la fatigue et la maladie, participa aux premiers concerts à Poitiers, à Châtellerault, à Angoulême. Après son décès, l’association organisa une trentaine de manifestations au cours desquelles 67 œuvres furent présentées au public, dont 14 en première audition.

       En 1978, l’association prit l’initiative de créer une chorale dont la direction fut confiée à Monique Gaillard, professeur à l’Ecole de musique de Châtellerault. Composé d’une trentaine d’amateurs, ce groupe vocal prit part à 17 manifestations publiques et fit entendre sept fois la Messe pour la dédicace d’une église qui figura à l’office du 21 octobre 1979, à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, dans le cadre des cérémonies commémorant le sixième centenaire de l’édifice.

       En 1993, la municipalité de Châtellerault commémora le centenaire de la naissance du musicien. L’Ecole de musique de la ville fut mise à contribution et le 14 décembre, des professeurs de l’établissement exécutèrent, au Nouveau Théâtre, de nombreuses pièces de musique de chambre. L’ensemble symphonique de l’Ecole, ayant à sa tête le directeur Philippe Sagnier, donna la première audition du Poème pour saxophone et orchestre, la partie de soliste étant confiée à Philippe Dibetta. Le poème symphonique D’après un poème d’Ibsen acheva la soirée.

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       Pour avoir fréquenté, déchiffré, interrogé, joué et fait jouer pendant presque quarante ans un grand nombre de partitions de Maxime Dumoulin, nous ne voudrions pas terminer cette étude sans attirer l’attention sur quelques-unes de ses compositions qui nous semblent s’imposer comme des chefs-d’œuvre.

Voici donc cette petite anthologie :

  1. Œuvres pour piano : Le sommeil de Jacob, Halling, A une dame nordique, Les Rogations, Memento, Andante et Allegro giocoso (première sonate).

      2.    Musique de chambre : Springar (violon et piano), Sonate pour piano et violoncell

  1. Œuvres symphoniques : Cantique de Pâques, Première symphonie.
  2. Mélodies : Hosannah, Sommeil, Tulipe, Madame, La pie (a cappella, voix mixtes).
  3. Musique religieuse : Prélude et fugue pour orgue Saint-Pierre et Saint-Paul, Motet Salve Regina, Messe pour le 2ème dimanche de l’Avent, Messe pour la fête de la Sainte Vierge, Messe pour la dédicace d’une église, Memorare (Salut pour le commun d’un confesseur pontife).

       De même, nous voudrions rappeler le nom de tous ceux qui, de près ou de loin, ont œuvré pour défendre la mémoire de Maxime Dumoulin durant la seconde moitié du XXème siècle et leur rendre l’hommage qui leur est dû : Pierre Auclert, Suzanne Demarquez, Arthur Hoérée, Raymond Robillard, Lucien Jean-Baptiste, et tous ceux qui ont été cités précédemment dans cette étude. Parmi les principaux interprètes citons : Monique Bécheras, Dominique Ferran, Jean Bonfils, Pierre Bouyer, Michèle Dasriaux, André Delage, Charlie Lilamand, Gérard Murat, Jean-Claude Pennetier, Madeleine Plaëte, Jocelyne Richard, Gabriella Lengyel.

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       On chercherait en vain dans un dictionnaire musical français le nom de Maxime Dumoulin ; à l’étranger, le Grove’s Dictionary of Music and Musicians est le seul à lui consacrer un bref article. Les études relatives à sa personnalité et à son œuvre publiées entre 1924 et 2000 ne dépassent pas la quinzaine.

       En juillet 2006, paraît aux éditions L’Harmattan (collection Univers Musical) le premier ouvrage concernant le musicien. Il est dû à l’auteur de cet article qui, durant sept années a été son élève. La biographie assez mal connue n’y tient qu’une place restreinte. L’étude de l’œuvre instrumentale, orchestrale, vocale occupe plusieurs chapitres ; l’un, assez développé, aborde la question de son langage musical. Un des objectifs essentiels de l’ouvrage est de sauver de l’oubli des renseignements transmis de vive voix à son entourage par Maxime Dumoulin (par exemple, la signification de titres parfois énigmatiques de pièces pour piano). Un catalogue de l’œuvre, aussi complet que possible, figure à la fin du volume.

       Six conférences publiques ont assuré la promotion de l’ouvrage : en 2006, le 29 septembre à Poitiers, à l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier ; le 9 octobre à Paris, à l’espace L’Harmattan ; le 14 décembre, à la Faculté des Lettres de Poitiers devant les membres de l’Association Guillaume Budé ; en 2007, le 12 avril à Limoges (Université tous âges) ; le 9 mai, à Châtellerault (Société des Sciences de Châtellerault) ; le 12 octobre à Bailleul (Nord) à la Bibliothèque municipale.

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       Dès sa parution, l’ouvrage a attiré l’attention d’un jeune musicien très actif Damien Top, également musicologue et propagateur de la belle musique française. Il préside à Cassel (Nord) le Centre International Albert Roussel et il a créé en 1992 le Festival International Albert Roussel dont le but est de révéler les musiciens méconnus du Nord de la France. Tous les ans des manifestations sont organisées dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais, éventuellement en Belgique et en Normandie. Elles se déroulent en septembre et en octobre dans différentes villes et peuvent atteindre et dépasser la quinzaine.

       En octobre 2007, Maxime Dumoulin fait son entrée au Festival Albert Roussel à Esquelbecq (Nord), Damien Top, connu aussi comme ténor, fait entendre, accompagné par le pianiste Alain Raës les Mélodies flamandes du compositeur. Pendant l’été précédent, au Centre artistique de Piégon, dans la Drôme, Damien Top avait déjà interprété avec la pianiste Catherine Silie deux mélodies de Maxime Dumoulin.

       L’année 2008 est particulièrement riche en manifestations. En mai, Damien Top et Cédric Burgelin, titulaire des orgues de la cathédrale de Saintes participent au Festival International d’orgue du Mexique : ils exécutent de Maxime Dumoulin le motet O Salutaris, le 13 mai à Guadalajara et le 17 mai à Morelia. Le 20 mai, au Conservatoire russe de Paris, le pianiste hongrois Atty Lengyel, premier prix Franz Liszt de Budapest et la violoncelliste Svetlana Kossyreva, diplômée du Conservatoire de Moscou interprètent la Sonate pour piano et violoncelle de Maxime Dumoulin. En août, Damien Top et Catherine Silie se retrouvent à Piégon pour présenter en première audition une mélodie du compositeur. Le 11 octobre enfin, dans le cadre du Festival Albert Roussel, au théâtre d’Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) une œuvre de jeunesse du compositeur La Roussalka fait l’objet d’une création mondiale. Il s’agit d’un petit drame musical en un acte inspiré par une légende bien connue ; il comporte trois personnages incarnés en l’occurrence par le ténor Damien Top (Yégor), le baryton canadien Marc Boucher (le pope) et la soprano Brenda Witmer (La Roussalka) professeur à l’Ecole de Musique de l’Université Madison en Virginie, Olivier Bodin, professeur au Conservatoire de Montréal, assurant l’accompagnement pianistique assez délicat.

       Le bilan de l’année 2009 est plus modeste : le 19 septembre, à Sainte-Marie-Cappel (Nord) le concert d’ouverture du Festival Albert Roussel comprend le joli Scherzo pour flûte et piano de Maxime Dumoulin interprété par la concertiste Coralia Galtier-Roussel et le pianiste Alain Raës.

       En 2010, deux manifestations à signaler : le 16 mai, lors de l’inauguration des orgues de l’église Saint-Erasme de Sercus (Nord) Damien Top et Emmanuel Hocdé, grand prix de Chartres, font réentendre le motet O Salutaris et le 25 août, à Piégon, la grande pianiste belge Diane Andersen interprète la première pièce de la huitième suite de Maxime Dumoulin, Diane.

 

Robert Guilloux,

Président de l’Association « Les amis de Maxime Dumoulin »,

membre de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier –

Bibliographie :

Guilloux Robert : Maxime Dumoulin, musicien français, poète du Nord, dans Revue du Nord n° 246, juillet et septembre 1980. pp. 637-649.

Guilloux Robert : Maxime Dumoulin, compositeur français (1893-1972) éd. L’Harmattan (Univers musical) juin 2006. 268 pages.

Œuvres de Maxime Dumoulin publiées :

  1. Piano Suites 1, 2, 3, 4, 7

Sonate 1 (2ème et 3ème mouvements)

Sonate 2. Sonate 3.

    2.Musique de chambre : une grande quantité a été publiée (violon, flûte, clarinette, violoncelle et piano). En 1972 ont paru les 6 pièces pour cor et piano chez Choudens.

    3.  Orchestre : seule la partition d’orchestre de D’après un poème d’Ibsen a été imprimée. 

    4. Mélodies : 11 ont été publiées. 

     5. Musique religieuse : Prélude et fugue pour orgue (fête de Saint-Pierre et Saint-Paul) et Andante religioso pour violon et orgue.

       La plupart de ces publications sont épuisées, sauf celles éditées à Oslo par la Gamma Musikforlag qui sont en dépôt au siège de l’Association et les pièces pour cor et piano en vente chez l’éditeur Choudens.

Adresses utiles :

– Association « Les amis de Maxime Dumoulin ».

* 4 bis, rue Louis Renard – 86000 Poitiers – Tél. : 05-49-88-02-52

– La plupart des œuvres de Maxime Dumoulin sont déposées à la Bibliothèque Bozidar

Kantuser rattachée à la Médiathèque Hector Berlioz (on peut consulter ses œuvres sur place).

* Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris

209, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris

– Un autre dépôt des œuvres figure provisoirement au fonds ancien de la Bibliothèque

Universitaire de Poitiers.

* Bibliothèque Universitaire – 93, avenue du Recteur Pineau – 86000 Poitiers

– Centre International Albert Roussel (Damien Top, président)

* 541, rue de Cassel – 59670 Bavinchove – Tél. : 09.53.63.32.08 / 03.28.40.54.14

ciar@free.fr

 

 

Présentation de la conférence du général de division Éric Bonnemaison sur la formation des officiers français, prononcée à l’Institut Jacques Cartier, le 8 février 2011.

Le Cardinal de Richelieu écrivait dans son Testament politique : « Les Français sont capables de tout, pourvu que ceux qui les commandent soient capables de bien enseigner ce qu’il faut qu’ils pratiquent. » Et, pour bien enseigner l’art militaire, il faut à la fois de l’expérience, des connaissances et une haute idée des valeurs éthiques et humaines. Il me semble, mon Général, que vous réunissez en votre personne cette remarquable trinité. N’affirmez-vous pas dans votre livre : « J’ai cette préoccupation de former des officiers compétents et dotés de solides forces morales. »

« Le chemin est long par les paroles, il est court et efficace par l’exemple », disait Sénèque. Vous avez ainsi, mon Général, participé à de nombreuses opérations extérieures, où vous avez affronté, à la tête de vos hommes, le feu d’un adversaire parfois dissimulé derrière des boucliers humains. Ces opex vous ont mené d’abord en Afrique subsaharienne (au Tchad, en Centrafrique et au Gabon) ; puis dans la corne de l’Afrique, à Djibouti et en Somalie, particulièrement à Mogadiscio, au prix de violents combats de rue contre les rebelles du général Aïdid ; enfin en Europe balkanique, c’est-à-dire en Bosnie-Herzégovine. Vous avez même été envoyé en mission en France d’Outre-mer, sur les bords du fleuve Maroni, en Guyane.

Cette expérience opérationnelle de l’étranger et de l’Outre-mer ne vous a pas fait perdre pour autant le contact avec la métropole, avec cette France, « mère des arts, des armes et des lois. » Il suffit d’énumérer quelques-unes de vos villes de garnison : Vannes, Angoulême, Poitiers, bien sûr, où vous avez commandé le prestigieux RICM, Nantes, où vous avez été le chef d’état-major de la 9e brigade légère blindée de marine, et enfin Saint-Cyr Coëtquidan où, comme général de division, vous dirigez les écoles de formation des officiers de l’Armée de Terre.

 Mais « la guerre, comme le dit Clausewitz, n’est rien d’autre que la poursuite de la politique d’État par d’autres moyens », et en France c’est à Paris que se décident les grands choix de stratégie générale. Vous avez donc aussi effectué plusieurs séjours à Paris, d’abord à la mission militaire de coopération pour l’Afrique centrale, puis comme adjoint militaire de l’ambassadeur du RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), enfin comme chef de la cellule Afrique/Moyen-Orient au cabinet du ministre de la Défense. Et entre temps, vous aviez représenté la France à Washington, auprès du Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique.

À cette expérience opérationnelle et stratégique, vous joignez une préparation intellectuelle des plus solides. Vous avez été en effet étudiant à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion Montcalm, et, heureuse coïncidence, vous retrouvez l’esprit d’ouverture de la Nouvelle France à l’Institut Jacques Cartier. Puis vous avez passé un an à Saumur, à l’École d’application de l’arme blindée cavalerie. Vous avez ensuite étudié aux États-Unis, à Fort Leavenworth au Kansas, et au Collège militaire de Norfolk en Virginie ; vous êtes d’ailleurs breveté de ces deux établissements de formation des officiers supérieurs américains. Enfin, vous avez été, à Paris, auditeur du Centre des hautes études militaires, créé par le maréchal Foch, et auditeur de l’IHEDN, illustré à l’origine par les cours de stratégie de l’amiral Castex.

Vous dirigez maintenant, aux Éditions Economica, la collection « Guerres et guerriers », qui publie des témoignages sur des opérations militaires, et aussi des analyses stratégiques mettant en relation deux pointes du triangle clausewitzien, les politiques et les militaires ; cette collection met enfin en valeur des exemples de héros plongés au cœur de la violence guerrière et capables de maîtriser cette violence qui réside au cœur de chaque homme. Vos études et votre expérience, jointes à votre sens de l’éthique, vous ont poussé à écrire ce livre, Toi, ce futur officier, qui s’adresse et aux jeunes tentés par l’Ordre militaire, et à leurs familles. Vous estimez en effet qu’il est de votre responsabilité de chef de transmettre aux jeunes non seulement ce que vous avez reçu, mais encore ce que vous avez compris de votre métier, dans un monde où les stratégies irrégulières l’emportent pour l’instant sur les guerres conventionnelles. « Sur le plan éthique, écrivez-vous, apporter mon expérience aux générations qui arrivent me semble primordial pour qu’elles puissent commencer leur apprentissage à un niveau de sophistication supérieur à celui que j’ai connu voici trente ans. »

Pour que vous puissiez nous faire part de votre réflexion sur le métier des armes, mon Général, j’ai l’honneur de vous laisser la parole.

Le général Eric Bonnemaison, commandant les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, a donné le 8 février 2011 devant le public de l’Institut Jacques Cartier, une conférence sur la formation des officiers français. 

Le général a d’abord présenté les quatre vertus cardinales qui doivent guider tout homme de bonne volonté, et particulièrement les chefs militaires: la prudence, la justice, la force et la tempérance. Puis il a énuméré les quatre vertus du commandement: l’autorité, l’exemplarité, la sollicitude et la responsabilité. 

En bon chef d’école, le général Bonnemaison a ensuite utilisé une méthode pédagogique interactive, en faisant largement participer le public à la résolution de cas concrets vécus. Ces cas se sont en effet posés sur le terrain à de jeunes chefs militaires confrontés à des situations dramatiques. Ces situations demandent une réponse adaptée dans l’urgence, sans pouvoir recourir à la « couverture » d’un ordre hiérarchique supérieur. Il faut donc à l’officier une solide préparation physique, intellectuelle et éthique préalable pour faire face et ne pas subir. 

Deux exemples retenus parmi d’autres pour illustrer ce propos. Face à un sniper ennemi qui a perdu son arme et qui envoie une femme la ramasser pour continuer à bloquer le passage d’un immeuble, que doit faire le tireur d’élite de la Force internationale? Tuer la femme? La meilleure solution trouvée: tirer sur l’arme pour la détruire, et non sur la femme. Face à un groupe de rebelles tchadiens qui campe de l’autre côté de la rivière, que peut faire l’officier français qui dispose de la supériorité numérique et de feu? Liquider les rebelles et gagner une médaille? Le lieutenant choisit la solution diplomatique mais risquée: il s’avance sans arme vers le chef adverse, parlemente et le rallie avec ses hommes au gouvernement légitime.  

Plusieurs autres cas, tous difficiles, ont été soumis au public qui a répondu de façon variée, mais non sans réflexion ni passion. »

Bernard Pénisson, vice-président de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier

 

 

Que les hommes d’esprit sont donc rares, et rares les hommes de cœur si tant est que ces deux vertus puissent exister séparément sans faillir l’une l’autre.

Gérard Rousseau était de ces personnages d’exception qui les réunissait au point qu’on éprouvait toujours, à son contact, le sentiment de s’enrichir.

Il fut, c’est bien connu, un conseiller fiscal éminent, un expert judiciaire tout récemment honoré sur le plan national, un élu de sa terre natale vendéenne, un professeur à la faculté de Droit, pendant quinze ans un directeur général de l’Ecole supérieure de commerce dont les étudiants aujourd’hui chefs de grandes entreprises se rappellent encore la bienveillance pédagogique.

Ce qu’on connaît moins de lui est le musicien, l’homme passionné d’histoire médiévale, de littérature, d’art, de philosophie. L’Institut Jacques Cartier, dont il est le président d’honneur, lui doit d’avoir été fondé il y a vingt ans. Il assistait encore le douze janvier dernier à la conférence sur François Ier, l’Islam et la Mer avec la même curiosité intellectuelle.

Beaucoup perdent un conseiller, un défenseur, un commissaire aux comptes, un professeur, un conférencier, un confrère et pour ce qui me concerne, ayant été un de ses proches collaborateurs à la direction de l’Ecole supérieure de commerce, mais à bien d’autres titres également, un ami.

L’humour, cette distance propre à ceux qui, avec l’expérience, sont revenus de tout sauf de l’essentiel, l’étourdissante maîtrise de la parole étaient son image, non de marque mais marquante, même chez ceux qui l’approchaient pour la première fois.

Parler de Gérard Rousseau au passé, surtout à l’imparfait, ne convient guère, mais au présent de sa disparition comme d’un vide, oui, car ce mot s’impose. Cruellement.

Michel Richard

Président de l’Institut géopolitique et culturel Jacques Cartier de Poitiers