I-  Documents d’application internationale
 

1. Déclaration universelle des droits de l’homme Nations Unies, 10 décembre 1948

Art. 18. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

2. Pacte international relatif aux droits civils et politiques Nations Unies, 16 décembre 1966

Art. 18. 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.

2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.

3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.

4. Les États parties au présent pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions.

3. Convention relative aux droits de l’enfant Nations Unies, 20 novembre 1989

Art. 14. 1. Les États parties respectent le droit de l’enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion.

2. Les États parties respectent le droit et le devoir des parents ou, le cas échéant, des représentants légaux de l’enfant, de guider celui-ci dans l’exercice du droit susmentionné d’une manière qui corresponde au développement de ses capacités.

3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut être soumise qu’ aux seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires pour préserver la sûreté publique, I’ordre public, la santé et la moralité publiques, ou les libertés et droits fondamentaux d’ autrui.

4. Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dite Convention européenne des droits de l’homme Conseil de l’Europe, 4 novembre 1950

Art. 9. 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’ accomplissement des rites.

2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.
II-  Documents d’application nationale
 

1. CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

Préambule
Le Peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils sont définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946.

Déclaration des Droits de l ’Homme et du Citoyen (26 août 1789)

Art. 5. La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation en trouble pas l’ordre établi par la loi.

Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyace, possède des droits inaliénables et sacrés. (…)

Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

Titre premier. – De la souveraineté

Art. 2 – La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi des tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

2. LÉGISLATION

Loi relative à l’obligation et à la neutralité de l’enseignement primaire – 28 mars 1882

Article premier. L’ enseignement primaire comprend  : l’instruction morale et civique (…). L’article 23 de la loi du 15 mars 1850 est abrogé (cet article inscrivait « I’instruction morale et religieuse » dans le programme).

Art. 2. Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires. L’enseignement religieux est facultatif dans les écoles privées.

Art. 3. Sont abrogées les dispositions des articles 18 et 44 de la loi du 15 mars 1850, en ce qu’elles donnent aux ministres des cultes un droit d’inspection, de surveillance et de direction dans les écoles primaires publiques et privées et dans les salles d’asile, ainsi que le paragraphe 2 de l’article 31 de la même loi qui donne aux consistoires le droit de présentation pour les instituteurs appartenant aux cultes non catholiques.

Loi de séparation des Églises et de l’État 9 décembre 1905

Article premier. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Art. 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence (…) seront supprimées des budgets de l’ État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des exercices d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que Iycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Art. 13. Les édifices servant à l’exercice public du culte, ainsi que les objets les garnissant, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte, puis des associations appelées à les remplacer.

Art. 28. Il est interdit à l’avenir d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices du culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions.

Ordonnance du 6 janvier 1959

Article premier. L’instruction est obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans révolus pour les enfants des deux sexes, français et étrangers (…).

Art. 3. Elle peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou libres (sic), soit dans les familles (…).

Loi du 31 décembre 1959 (dite Loi Debré)

Article premier. Suivant les principes définis dans la Constitution, I’État assure aux enfants et adolescents dans les établissements publics d’enseignement la possibilité de recevoir un enseignement conforme à leurs aptitudes dans un égal respect de toutes les croyances. L’État proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts. Il prend toutes dispositions utiles pour assurer aux élèves de l’enseignement public la liberté des cultes et de l’instruction religieuse. Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, I’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’État. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyances, y ont accès.

Art. 4 (modifié par les lois du 01.06.71, 25.11.77 et 25.01.85). Les établissements d’enseignement privé du premier et du second degré peuvent demander à passer avec 1’État un contrat d’association à 1’enseignement public, s’ils répondent à un besoin scolaire reconnu.

(…) Le contrat d’association peut porter sur une partie ou sur la totalité des classes de l’établissement. Dans les classes faisant l’objet du contrat, I’enseignement est dispensé selon les règles et programmes de l’enseignement public. (…) Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public (…). Les établissements organisent librement toutes les activités extérieures au secteur sous contrat.

Art. 5.[Dispositions relatives au contrat simple].

Art. 7. Les collectivités locales peuvent faire bénéficier de mesures à caractère social tout enfant sans considération de l’établissement qu’il fréquente.

Loi d’orientation sur l’éducation 10 juillet 1989

Art. 10. (…) Dans les collèges et les Iycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression. L’exerce de ces libertés ne peut porter atteinte aux activités d’enseignement.

Loi relative aux conditions de séjour et d’entrée des étrangers en France 2 août 1989

Les agissements discriminatoires des détenteurs de l’autorité publique, des groupements ou personnes privées, la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, la diffamation ou l’injure au motif de l’appartenance ou de la non appartenance à une ethnie une nation ou une religion sont interdits. L’école doit inculquer aux élèves le respect de l’individu, de ses origines et de ses différences.

3. JURISPRUDENCE

Avis du Conseil d’État 27 novembre 1989

I.2. (…) La liberté ainsi reconnue aux élèves comporte pour eux le droit d’exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l’intérieur des établissements scolaires, dans le respect du pluralisme et de la liberté d’autrui, et sans qu’il soit porté atteinte aux activités d’enseignement, au contenu des programmes et à l’obligation d’assiduité. Il résulte de ce qui vient d’être dit que, dans les établissements scolaires, le port par les élèves de signes par lesquels ils entendent manifester leur appartenance à une religion n’est pas par luimême incompatible avec le principe de laïcité, dans la mesure où il constitue l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation des croyances religieuses ; mais que cette liberté ne saurait permettre aux élèves d’arborer des signes d’appartenance religieuse qui, par leur nature, par les conditions dans lesquelles ils seraient portés individuellement ou collectivement, ou par leur caractère ostentatoire ou revendicatif, constitueraient un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande, porteraient atteinte à la dignité ou à la liberté de l’élève ou d’autres membres de la communauté éducative, compromettraient leur santé ou leur sécurité, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement et le rôle éducatif des enseignants, enfin troubleraient l’ordre dans l’établissement ou le fonctionnement normal du service public.

III. Il appartient aux autorités détentrices du pouvoir disciplinaire d’apprécier, sous le contrôle du juge administratif, si le port par un élève, à l’intérieur d’un établissement scolaire public ou dans tout autre lieu où s’exerce l’enseignement, d’un signe d’appartenance religieuse qui méconnaîtrait l’une des conditions énoncées (ci-dessus) ou la réglementation intérieure de l’établissement, constitue une faute de nature à justifier la mise en oeuvre de la procédure disciplinaire et l’application, après respect des garanties instituées par cette procédure et des droits de la défense, de l’une des sanctions prévues par les textes applicables, au nombre desquelles peut figurer l’exclusion de l’établissement. (…)

Arrêt du Conseil d’État du 2 novembre 1992

Suite à une mesure d’exclusion prise contre des élèves d’un collège de Montfermeil, le Conseil d’État confirme sa position en annulant un article du règlement intérieur du collège :

Par la généralité de ses termes, ledit article institue une interdiction générale et absolue, en méconnaissance (…) notamment de la liberté d’expression reconnue aux élèves dans le cadre des principes de neutralité et de laicité de l’enseignement public.

De fait, I’exclusion avait été prononcée sur la seule base de l’article incriminé, alors qu’il n’était nullement établi que les élèves aient eu une attitude de prosélytisme ou de provocation, ou aient suscité des troubles dans l’établissement.

4. RÉGLEMENTATION

Décret du 22 avril 1960

Art. 3. Les Iycées, collèges, écoles nationales professionnelles, centres d’apprentissage et généralement tous établissements d’enseignement du niveau du second degré, ne recevant pas d’internes et non encore pourvus d’un service d’aumônerie, peuvent en être dotés, à la demande de parents d’élèves. La décision est prise par le recteur (…). Si la sécurité ou la santé des élèves le justifie, le recteur peut, après avis du chef d’établissement, autoriser les aumôniers à donner l’enseignement religieux à l’intérieur des établissements.

Art. 4. L’enseignement sera dispensé en dehors des heures de classe (…).

Art. 5. Dans les écoles primaires ne comportant pas d’ internat, il n’ est pas prévu d’ aumôneries . L’instruction religieuse est donnée, si les parents le désirent, le jeudi ou (. ..) un autre jour, à l’ extérieur des locaux scolaires et en dehors des heures de classe.

Art. 6. Les aumôniers sont proposes à l’agrément du recteur par les autorités des différents cultes.

Art. 8. Les frais d’aumônerie sont à la charge des familles, sous réserve de l’application des dispositions de l’art. 2 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.

Circulaire du 28 avril 1970

Une information relative aux questions d’actualité peut être donnée aux élèves (…) par l’intermédiaire de l’association socio-éducative groupant les élèves de l’établissement. Elle concerne, entre autres, les problèmes politiques qui doivent être traités dans le cadre du foyer, conformément aux dispositions qui en réglementent les activités.

Il est rappelé que l’éducation ne peut plus se limiter à l’instruction par l’acquisition de connaissances. Elle comporte à la fois un entraînement à l’activité intellectuelle, manuelle, sportive, un apprentissage de la liberté et de la responsabilité. Certaines de ces activités peuvent être l’information culturelle, philosophique et religieuse, économique et sociale, politique et civique.

La vie scolaire ne doit pas tendre à isoler les Iycéens de la société dans laquelle ils sont appelés à vivre, mais à leur permettre progressivement la recherche de l’information objective et la pratique de la tolérance, conditions nécessaires à l’éducation du citoyen.

Décret du 30 août 1985 (J.-P. Chevènement)

Art. 3. Le règlement intérieur adopté par le conseil d’administration définit les droits et les devoirs de chacun des membres de la communauté scolaire. Il détermine notamment les modalités selon lesquelles seront mis en application : 1. Le respect des principes de laïcité et de pluralisme  ; 2. Le devoir de tolérance et de respect d’autrui dans sa personnalité et dans ses convictions ; 3. Les garanties de protection contre toute agression physique ou morale et le devoir qui en découle pour chacun de n’user d’aucune violence  ; 4. L’ obligation pour chaque élève de participer à toutes les activités correspondant à sa scolarité organisées par l’établissement, et d’accomplir les tâches qui en découlent ; 5. La prise en charge progressive par les élèves eux- mêmes de la responsabilité de certaines de leurs activités.

Circulaire du 12 décembre 1989 (L. Jospin)

(…) Lorsqu’un conflit surgit à propos du port de signes religieux (…), le dialogue doit être immédiatement engagé avec le jeune et ses parents afin que, dans l’intérêt de l’élève et le souci du bon fonctionnement de l’école, il soit renoncé au port de ces signes. (…) Bien des problèmes pourront être résolus par le dialogue, l’action continue des chefs d’établissement et des équipes éducatives et par la pratique quotidienne des enseignants. Si, au terme d’un délai raisonnable, le conflit persiste, alors il vous incombe de faire en sorte que, dans le respect des principes rappelés par le Conseil d’État, les règles de laucité de l’école soient pleinement appliquées, selon les procédures de droit.

(…) Aucune atteinte ne doit être portée aux activités d’enseignement, au contenu des programmes et à l’obligation d’assiduité des élèves.

(…) Le service public de l’enseignement est laïque. Ce principe de laïcité est l’un des aspects du principe plus général de la laïcité de la République. Il doit s’imposer à l’école avec une force particulière. Rien n’est plus vulnérable qu’une conscience d’enfant. Les scrupules à l’égard de la conscience des élèves doivent amplifier, s’agissant des enseignants, les exigences ordinaires de la neutralité du service public et du devoir de réserve de ses agents.

L’école publique ne privilégie aucune doctrine. (…) Elle respecte de façon absolue la liberté de conscience des élèves (…). En conséquence, dans l’exercice de leurs fonchons, les enseignants, du fait de l’exemple qu’ils donnent explicitement ou implicitement à leurs élèves, doivent impérativement éviter toute marque distinctive de nature philosophique, religieuse ou politique qui porte atteinte à la liberté de conscience des enfants ainsi qu’au rôle éducatif reconnu aux familles.

Circulaire du 20 septembre 1994 (F. Bayrou)

tion et d’intégration où tous les enfants et tous les jeunes se retrouvent, apprennent à vivre ensemble et à se respecter. La présence, dans cette école, de signes et de comportements qui montreraient qu’ils ne pourraient pas se conformer aux mêmes obligations, ni recevoir les mêmes cours et suivre les mêmes programmes, serait une négation de cette mission. Ala porte de l’école doivent s’arrêter toutes les discriminations, qu’elles soient de sexe, de culture ou de religion. (…)

C’est pourquoi il n’est pas possible d’accepter à l’école la présence et la multiplication de signes si ostentatoires que leur signification est précisément de séparer certains élèves des règles de vie commune de l’école. Ces signes sont, en eux-mêmes, des éléments de prosélytisme, à plus forte raison lorsqu’ ils s’accompagnent de remise en cause de certains cours ou de certaines disciplines, qu’ils mettent en jeu la sécurité des élèves ou qu’ils entraînent des perturbations dans la vie en commun de l’établissement.

Je vous demande donc de bien vouloir proposer aux conseils d’administration, dans la rédaction des règlements intérieurs, I’interdiction de ces signes ostentatoires, sachant que la présence de signes plus discrets, traduisant seulement l’attachement à une conviction personnelle, ne peut faire l’ objet des mêmes réserves, comme l’ont rappelé le Conseil d’État et la jurisprudence administrative.

III- La laïcité : vocabulaire
 

Concordat. Traité international signé par le Saint-Siège (Vatican) et un État pour définir le statut de l’Église catholique sur le territoire de cet État. La France a connu deux concordats : celui de 1516 passé entre Léon X et François Ier resta en vigueur jusqu’à la Révolution ; celui de 1801, négocié entre Pie VII et Bonaparte, a mis fin à la division entre 1’Église constitutionnelle et l’Église réfractaire ; il a conféré un statut prépondérant à l’Église catholique – « religion de la majorité des citoyens français » – en échange de sa docilité (catéchisme impérial…).

Congrégation. Au sens large, entendu dans les débats de la IIIe République : association de prêtres, religieux ou religieuses instituée sous une autorité et une règle de vie communes. L’adjectif congréganiste s’applique à ce qui relève d’une congrégation (école congréganiste). Ignorées par le Concordat de 1801 et exemptées de l’autorité des évêques, les congrégations jouissaient d’une liberté d’action et d’une influence supérieures à celles du clergé séculier. (Au sens restreint, propre à l’Église catholique : institut formé de prêtres, religieux ou religieuses réunis sans voeux ou par des « voeux simples », par opposition aux ordres religieux, soumis aux « voeux solennels »).

Conseil d’État. Cette institution, formée de membres désignés par le Président de la République en Conseil des ministres, a un double rôle : juge suprême des juridictions administratives (litiges impliquant les Administrations publiques) et conseil du gouvernement (ses avis, recueillis obligatoirement au cours de l’élaboration des projets de lois, des ordonnances et des décrets, ne lient pas le gouvernement).

Convention internationale. Accord conclu entre deux États ou plus ou entre des États et des organisations internationales. La Constitution de la Ve République (art. 55) reconnaît aux traités et accords internationaux « une autorité supérieure à celle des lois ».

Culte. Dans le langage courant, confession, culte et religion sont employés indifféremment. Le législateur utilise le terme de culte pour évoquer les pratiques et les manifestations extérieures de la religion, qui seules relèvent de sa compétence. Dans la loi de 1905, I’expression « la République ne reconnaît aucun culte » signifie que, par opposition au système institué à partir du Concordat de 1801, toutes les confessions religieuses bénéficient des mêmes droits, qui sont aussi ceux des associations non confessionnelles.

Laïc, laïque. Dans l’Église primitive, I’adjectif laikos désignait le membre ordinaire de la communauté chrétienne par opposition au klêrikos investi d’une charge (évêque, prêtre, diacre). Dans 1’Église catholique, le terme laïcat désigne l’ensemble des fidèles non ordonnés, par opposition au clergé. C’est donc paradoxalement par un terme chrétien que nous nommons ce qui relève de la sphère profane et échappe au monde religieux. Il est convenu de distinguer par I’orthographe – laïc et laïque – le sens premier et le sens dérivé. La laïcité de l’État signifie son caractère étranger aux confessions religieuses et sa mission de garantir la liberté de conscience et l’égalité entre les religions, ainsi qu’entre celles-ci et les courants de pensée areligieux.

(Sécularisation.) Au sens juridique, intégration d’un bien d’Église au domaine de l’État (ex. : la sécularisation des biens du clergé en 1789). Plus couramment, ce terme désigne l’évolution historique qui a conduit les Églises à abandonner, le cas échéant au profit d’institutions publiques ou non confessionnelles, certaines fonctions de portée générale traditionnellement remplies par elles (ex. : l’état civil, l’enseignement et la santé, le contrôle sur la vie sexuelle ou l’expression de la pensée…). Dans cette acception, le terme est synonyme de laïcisation.

Service public. L’expression désigne à la fois toute activité destinée à satisfaire un besoin d’intérêt général et les organismes chargés de gérer cette activité. Certains services publics peuvent être concédés à un tiers (ex. : la distribution d’eau), en particulier à des organismes privés « associés au service public ». Tel est le cas des écoles privées sous contrat. Dans ce cas, les établissements privés sont soumis aux règles communes de tout service public : adaptation aux exigences de l’intérêt général, liberté de conscience des usagers et non discrimination entre eux, le cas échéant gratuité…

André Metzger

 

L'investiture – inauguration– du 44e Président des États-Unis, la 56e de la série depuis celle de Georges Washington, a été très largement médiatisée. L'avènement pour la première fois, d'un afro-américain à la tête de la première puissance mondiale, le méritait bien. Par contre, au-delà de l'obamania réelle dans notre pays, bon nombre de Français, très habitués à la laïcité de l'État depuis la loi de 1905, ont été surpris par la forte présence du religieux tout au long des cérémonies officielles . Ce que certains pensaient devoir être attribué à des particularités religieuses d'un Georges Bush, born again1 fervent, relève t-il finalement du système américain lui-même ? Les États-Unis ne seraient-ils pas un État laïque ?

1-Afin d'y voir plus clair, au-delà des apparences troublantes, commençons par regarder les faits « incriminés » .

  • Le discours du nouveau Président, à la fois grave et solennel, est très empreint de nombreuses références religieuses. Comme à chaque investiture, le serment est effectué sur une Bible ( ici celle d'Abraham Lincoln de 1861, de manière très symbolique) . Notons bien que la Bible était fermée, ce qui est très important pour notre propos, nous le verrons, contrairement à la dernière investiture de Georges Bush où le livre était ouvert. Citons entre autres, ce passage du discours d'Obama: « Pour  reprendre les mots de la Bible…le temps est venu de réaffirmer…cette noble idée transmise de génération en génération : la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur ».
  • La cérémonie a été préalablement ouverte par la prière du pasteur Richard Warren2, puis elle fut close par le sermon du révérend Joseph Lowery. Joseph Lowery, pasteur à la retraite depuis 1992 a prononcé son dernier sermon public en 2006 lors des obsèques de la veuve du pasteur King . Le choix d'Obama est donc hautement symbolique, Lowery est un vétéran du mouvement des droits civiques et ancien compagnon de combat du pasteur Martin Luther King.
  • Le lendemain matin, le mercredi 21 janvier, le nouveau Président, accompagné de son épouse Michelle et de nombreuses personnalités politiques, ont assisté à une cérémonie religieuse officielle en la cathédrale nationale de Washington3. L'office a été célébré pour la première fois par une femme, le pasteur Sharon Watkins de l'Église des disciples du Christ .

2- Le caractère religieux de cette investiture n'est nullement une nouveauté, mais, au contraire, il obéit à une tradition qui remonte aux origines du pays. Est-ce à dire que nous avons là une confusion des registres politique et religieux? Qu'en est-il ?

Les États-Unis sont un pays laïque, mais à leur manière . En effet, contrairement à la Déclaration d'indépendance qui fait référence à Dieu créateur de l'Univers, et à la Déclaration des Droits ( 1776) qui, elle, évoque un Être Suprême, la Constitution Fédérale de 1787 est parfaitement laïque, voire même étonnamment laïque pour cette époque . Avec les États-Unis, nous avons le premier État laïque de l'histoire moderne . La reconnaissance de l'autonomie de l'individu, issue de la philosophie des lumières, entraine la liberté absolue de croire ou de ne pas croire. La condition d'exercice de cette liberté est la neutralité de l'État qui s'abstient de propager un dogme religieux quelconque, d'aider les Églises ou d'utiliser une religion comme instrument de sa politique. Il y a bien séparation des sphères de l'État et des religions.

Par contre, n'oublions pas que ce pays constitué de migrants d'horizons culturels et religieux différents, nécessitait un lien fort pour créer un peuple, une nation. La devise nationale, E Pluribus Unum, empruntée à Virgile ( De plusieurs, un seul!) montre bien le souci pour cette nation ethniquement multiculturelle et religieusement plurielle, de se construire de façon unitaire .

Ainsi, s'est crée une religion civile ( Civil Religion) constituée d'un ensemble de valeurs, de rites quasi sacralisés qui permettent ce « vivre ensemble » comme nous dirions en France . Cette religion civile a son calendrier où les temps forts sont Thanksgiving4, le Memorial Day, le National Day of Prayer.. et tous les quatre ans, l'Inauguration, la cérémonie d'investiture présidentielle.

Le Dieu des discours présidentiels n'est pas exactement le Dieu de telle ou telle confession chrétienne, ce qui serait contraire à l'esprit laïque de la Constitution, c'est le Dieu abstrait de cette religion civile. Ce dernier n'est pas le Dieu d'amour des chrétiens, c'est le Dieu de l'Ordre et de la vocation morale de la nation américaine. Certes, rituels et citations textuelles sont largement puisés à l'héritage judéo-chrétien, mais vidés de toutes références confessionnelles. Cette religion civile a pour objet d'unir, aussi, elle ne peut donc en aucun cas adopter un contenu théologique particulier . Le Président lors de l'Inauguration, prête serment sur une Bible fermée . Ouverte, cela aurait le sens d'une interprétation particulière, confessionnelle . Ce Dieu de la religion civile est culturellement situé, mais non défini volontairement sur le plan confessionnel . Chaque confession peut s'y retrouver, aucune n'est privilégiée . C'est donc bien un outil majeur du vivre ensemble .

Au fondement de tout cela, il y a cette conviction largement partagée de l'existence d'une transcendance méta-confessionnelle, d'un Dieu, sorte d'Être Suprême auquel tout Président doit se référer . Cette transcendance dépasse le principe de souveraineté populaire reconnue par la Constitution américaine . Le Président Kennedy lui-même qui insistait beaucoup sur la laïcité de l'État aimait à rappeler que « les droits de l'homme ne viennent pas de la générosité de l'État mais de la main de Dieu ».

L'omniprésence du drapeau américain est non seulement un indicateur de la fierté nationale, c'est aussi le signe d'une exigence missionnaire voire même messianique d'une Amérique qui se conçoit comme le pays élu par Dieu comme jadis se pensait le peuple hébreu. C'est le thème classique de la Destinée Manifeste5 du pays.

3- Tout ce rituel d'investiture suit donc des règles codifiées par la tradition, et cela indépendamment des options religieuses de la personne même du Président .

Chacun se souvient du ton donné lors des deux mandats de Georges Bush, par lui-même , born again de confession méthodiste, très engagé religieusement, par son entourage sous l'influence des néo-conservateurs ( Paul Wolfowitz et Donald Rumsfeld), personnages sans appartenance confessionnelle précise mais passés maitre dans l'utilisation de la rhétorique biblique au service de leur politique .

Barack Obama n'a pas le même positionnement, même si lui aussi est chrétien, d'obédience protestante ( et non musulman comme 20 % des Américains le croyaient encore à la veille des élections ). Lors de sa campagne électorale , il a rompu avec le sulfureux pasteur noir Jeremiah Wright qui tenait des propos inacceptables pour un futur Président. Selon J. Wright, l'Amérique méritait bien le châtiment du 11 septembre en raison du mauvais traitement infligé aux noirs pendant longtemps, « Que Dieu maudisse l'Amérique » lança-t-il en tribune  ! Obama qualifia ces propos « d'incendiaires et d'épouvantables ». Depuis cette séparation, Obama est devenu une sorte de SDF religieusement parlant, selon une formule utilisée par Sébastien Fath, un spécialiste de ces questions . SDF , « Sans Dénomination Fixe », signifie qu'Obama est devenu un chrétien sans rattachement confessionnel officiel . Les Américains changent assez facilement de religion, ou plus exactement de confession . Il y a dans ce domaine religieux, comme dans d'autres, une mobilité caractéristique du pays . Georges Bush qui est né d'un père épiscopalien et d'une mère presbytérienne, est devenu méthodiste suite à son mariage. Son véritable changement de vie date de sa « conversion » comme born again.

Obama, lui, affirme avoir toujours été un chrétien .Le père(1936-1982) d'Obama d'origine kenyane, était musulman, or en islam, la religion est transmise à l'enfant par le père. Ses prénoms, Barack et Hussein, en témoignent .En février 2008, Obama déclara: «Je n'ai jamais été un Musulman. … à part mon nom et le fait d'avoir vécu dans une population musulmane pendant quatre ans étant enfant – en Indonésie de 1967 à 1971- , je n'ai que très peu de lien avec la religion islamique.» Sa mère, Stanley Ann Dunham (1942-1995) bien que née dans une famille américaine chrétienne était plutôt agnostique .

Sébastien Fath s'interroge sur une nouvelle appartenance confessionnelle plausible pour Obama. Le couple présidentiel a assisté, une semaine avant l'investiture, à un culte protestant de l'Église baptiste de la 19e rue à Washington, église à majorité afro-américaine qui remonte à 1802. Les baptistes représentent aux États-Unis la principale famille protestante .

Même si la prière d'ouverture de la cérémonie d'investiture a été faite par un pasteur évangélique anti-avortement, l'une des premières mesures du nouveau Président a bel et bien été cette volonté de tourner la page Bush sur la question de l'avortement. Cette décision est conforme aux promesses électorales faites, correspond aux souhaits d'une grande partie de la population mais met de fait l'Église catholique américaine en porte à faux sur ce dossier sensible .

On l'aura compris, au-delà d'orientations politiques différentes , les constantes de la tradition, de cette religion civile américaine, marquent fortement les rituels officiels américains. L'État est bien laïque, mais cette laïcité américaine prend des chemins bien différents des nôtres, que nous avons tort de concevoir parfois comme universels.

Aux États-Unis, les Églises et l'État sont bien séparés, cela ne doit pas faire l'ombre d'un doute, mais la religion et la politique ne le sont pas . La religion en question est bien entendu cette religion civile, expression symbolique de l'appareil d'État.

Lectures conseillées:

Fath Sébastien, Dieu bénisse l'Amérique : la religion de la Maison-Blanche, Seuil, 283p., 2004

Bernard Christian, « Religion et politique aux Etats-Unis », in  D'Osiris à 1905 et au-delà, éléments pour enseigner le fait religieux , pp. 139 à 152, Publication du Crdp de Poitiers, nov. 2005.

Christian Bernard

1Le born again christian, le chrétien né à nouveau : l'expression fait référence à l'Évangile selon Jean ( III; 1-13) où Jésus annonce à Nicodème la nécessité de naître à nouveau – naître à l'esprit-, pour accéder au Royaume de Dieu ; L'expression Born again désigne de fait une conversion réelle à la religion chrétienne manifestée par un changement de style de vie .

2Richard Warren dit Rick né en 1954, est une figure importante du groupe des Baptistes du sud des États-Unis où ses sermons attirent les foules dans son église de Saddleback Church, qu'il a fondée à Lake Forest en Californie Ce choix opéré par Obama a suscité la colère de la communauté homosexuelle américaine et les défenseurs des droits civiques qui ont soutenu son élection . En effet, le pasteur Warren dans un ouvrage récent, véritable best seller a qualifié le mariage gay d' « équivalent moral du mariage entre frères et sœurs », et l'avortement d' « holocauste ».

3A cette cérémonie assistait des personnalités religieuses de diverses obédiences : juive, musulmane, hindoue..L'un des rabbins présents, le rabbin orthodoxe Haskel Lookstein, a été vertement critiqué par le Rabbinical Council of America (RCA) pour avoir participé à cet Office National de Prière (National Prayer Office). Le RCA souligne que la loi juive interdit aux Juifs de prier dans une église. Pour sa défense, le rabbin Haskel Lookstein a expliqué qu'il était à ses yeux nécessaire de représenter la communauté juive orthodoxe à un tel événement historique qui comprenaient des représentants réformistes et conservateurs .

4Véritable fête nationale américaine, le dernier jeudi du mois de novembre, où l'on remercie Dieu par des prières, d'avoir donné cette belle terre américaine .

5Manifest Destiny : créé par le journaliste John O'Sullivan lors de l'annexion du Texas en 1848, ce concept de « Destinée Manifeste », solidement ancré dans la conscience collective américaine exprime l'idée d'une mission civilisatrice du pays voulue par Dieu et justifiée par l'exemplarité du modèle américain fondé à la fois sur la démocratie libérale et sur la foi chrétienne.

 

L’Institut Jacques Cartier est une association d’environ quinze membres cooptés, pour la plupart universitaires et chercheurs, tous bénévoles, formant un Comité plus proche d’une académie que d’un cercle fermé ou d’un club privé, a fortiori d’un cénacle, puisqu’il s’ouvre également à des membres associés ou corresponpondants, ainsi qu’à une Cellule Jeunes, puisque surtout les rencontres qu’il organise (conférences, colloques, débats, voyages d’études notamment d’élèves, expositions, etc) sont ouverts librement à tout public et les travaux de ses membres à son site ou à ses éditions Escap.

Soutenu par le Département de la Vienne, la Caisse d’Epargne, à l’occasion l’Etat et le mécénat, tout particulièrement par le groupe ESCEM Tours-Poitiers, où se tient son siège social, il a pour but de porter un regard sur le monde contemporain dans toute sa dimension géopolitique et culturelle, à la lumière de son passé, dans le souci de son avenir, et sous les approches aussi diverses et pourtant liées que sont les économies, les organisations sociales, les religions, les arts, les langues, les stratégies politiques de tous les pays qui le composent.

Depuis 1990 il a reçu plus de cent personnalités les plus diverses et prestigieuses du monde culturel, spirituel, intellectuel, politique, scientifique, militaire et financier ainsi que des personnalités locales. Ses membres dirigeants ont également donné de nombreuses conférences, à son siège dans le Département, et en France, ils ont aidé et éclairé des étudiants dans la préparation de leur examen ou de leur recherche.

La force de l’Institut Jacques Cartier tient à l’amitié qui lie ceux qui le dirigent, et aussi, toutes générations confondues, ceux qui prennent part à ses activités.

Micel RICHARD

Président

 

[Ferdinand BUISSON (1841-1932), philosophe, homme politique, ce grand commis de l’État (Inspecteur Général de l’Éducation Nationale), issu du protestantisme libéral, fut un acteur clef de l’installation de la laïcité en France.(on lui doit le mot). Ce proche de Jules Ferry présida la commission parlementaire chargée en 1909 de mettre en œuvre la toute nouvelle séparation des Églises et de l’État (1905).

Co-fondateur et Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Président de la Ligue de l’Enseignement (à un moment crucial : 1902-1906), Franc-maçon, Président de l’Association Nationale des Libres Penseurs, il reçut le Prix Nobel de la Paix en 1927.] Note biographique de Ch. Bernard

« Dans un premier temps, j’avais pensé reprendre le titre un brin provocateur du petit livre de Laurence Loëffel, « Ferdinand Buisson, un apôtre de la laïcité » (collection Hachette Education). Ce n’était pas seulement une facilité, mais une façon de reconnaître le considérable travail de chercheurs comme Laurence Loëffel, Pierre Kahn, Mireille Guessaz, Patrick Dubois, Jean-Paul Martin1, parmi beaucoup d’autres, et de m’inscrire comme leur débiteur. Et de m’inscrire aussi dans un des axes de leur travail, le lien selon eux étroit entre les convictions religieuses de Ferdinand Buisson protestant libéral et son rôle essentiel dans la définition et l’approfondissement du concept de laïcité d’une part et d’autre part, l’édification des institutions de la république qui mettent en œuvre ce concept. Mais de plus, en tant que militant, je perçois que la pensée de Ferdinand Buisson peut aider à mieux saisir les nuances, les divergences et même les oppositions que traversent aujourd’hui la laïcité et ceux qui s’en réclament. Il n’est pas le seul à nous permettre de réfléchir, mais son rôle éminent il y a un siècle peut contribuer, si l’on tente de poursuivre sa réflexion approfondie, à maintenir une pertinence et une productivité à la laïcité. Le lecteur pourra distinguer dans un premier temps l’analyse de son œuvre et de son action, et dans un second, un essai pour actualiser cette pensée.

Deux institutions principales constituent ce que j’appellerai le dispositif institutionnel de laïcité en France, enrichi ensuite jusqu’en 1946 puis 1958 par l’inscription du caractère laïque de la République dans la constitution : l’école publique laïque et l’instruction obligatoire d’une part, et d’autre part l’Etat séparé des religions mais qui garantit le libre exercice public de leurs différents cultes en assurant la liberté de conscience de toutes celles et de tous ceux qui sont inclus indistinctement dans le peuple, le « laos ». Car si les deux « dé-liaisons » se recoupent le plus souvent, la séparation des religions et des savoirs, donc de l’école, et la séparation des religions et du pouvoir politique, elles sont loin de se recouvrir exactement et de s’identifier l’une à l’autre. D’ailleurs entre 1881 et 1886 en France, la séparation des religions et de l’école, et donc des savoirs, est un fait accompli en grande partie ; il faudra vingt ans de plus – entre 1905 et 1907 – pour que soit accomplie la séparation des religions et du pouvoir politique. Dans cette double élaboration du dispositif institutionnel de laïcité, Ferdinand Buisson a joué un rôle essentiel.

Les  « neuf vies » de Ferdinand Buisson.

Buisson (1841-1932) est connu de quelques enseignants comme le maître d’œuvre d’un monumental « Dictionnaire Pédagogique » 2 dont il a lui-même rédigé des articles fondamentaux comme « laïcité » ou « prière »3. Quelques-uns n’oublient pas qu’il a été sans interruption de 1879 à 1896, avec le grade d’Inspecteur général, le directeur des enseignements élémentaires au Ministère de l’Instruction publique ; par conséquent aucun des textes parus à cette période ne lui est étranger ; et particulièrement en 1881, 1882, 1886, les lois Ferry et Goblet parmi d’autres, les décrets, les instructions, les circulaires, les programmes, les réponses aux questions ; même si la responsabilité politique des ministres, successivement Jules Ferry, Paul Bert et beaucoup d’autres, demeure essentielle. Enfin on sait généralement qu’il a présidé, en tant que député de Paris, la commission sur la loi de séparation dont Aristide Briand a été rapporteur entre 1904 et1905.

Mais le plus souvent on s’en tient là, et du coup, on peine à saisir l’unité profonde de ce que je serais tenté d’appeler « ses neuf vies » tant ses engagements, son action et son œuvre écrite ont été à la fois multiples, cohérents, approfondis et divers. A commencer par le fait que, professeur agrégé de philosophie en 1868, il s’exile à Neuchâtel où il obtient d’enseigner la pédagogie à l’Université, par conviction républicaine afin d’éviter d’avoir à prêter serment à Napoléon III. En cela, il est fidèle à l’esprit d’Edgar Quinet réfugié lui-même en Suisse, auquel il a rendu visite, ou de Victor Hugo. En 1869, il crée à Neuchâtel une Eglise réformée « sans clergé et sans dogme » avec ses amis Pécaut et Steeg. Durant cette période il fréquente à Genève les premiers congrès internationaux pour la paix en tant que membre de la Ie Internationale. 

Rentré en France en 1870, proche de la Commune, il se voit confier par Jules Simon une mission pour éduquer les enfants des communards devenus orphelins. Simultanément il est nommé Inspecteur des écoles de la Ville de Paris, mais Monseigneur Dupanloup obtient son déplacement.  Il est alors chargé de mission en direction des Expositions universelles, qu’il visite soigneusement et sur lesquelles il établit des rapports, et il étudie dans chaque pays le système d’enseignement, ce qui lui permet, le premier en France, d’avoir une vision comparatiste des différents systèmes scolaires dans le monde4 La plupart des français, particulièrement les républicains, sont convaincus à cette époque de la nécessité d’améliorer l’école élémentaire mise en place par la loi Guizot de 1833 en la systématisant et en la généralisant, mais selon quels principes ? C’est l’époque aussi ou l’on s’accorde à considérer que l’instituteur allemand a permis à la Prusse de gagner la guerre parce que les conscrits allemands mieux instruits auraient fait de meilleurs soldats en 1870-71.

Je ne vais pas retracer en détail la carrière et l’œuvre de Ferdinand Buisson. Ses œuvres sont maintenant accessibles sur Gallica /BNF et un gros dossier le concerne sur Google, inégal bien entendu. Mais avant d’aborder le problème du lien étroit entre ses convictions religieuses et la laïcité, je veux néanmoins pointer quelques traits selon moi significatifs.

I) Dans la suite de la mission que lui avait confiée Jules Simon il ouvre en 1878 au nord de Beauvais à Cempuis5 un internat mixte laïque où les orphelins de la ville de Paris reçoivent une instruction élémentaire, mais aussi s’exercent aux travaux manuels et aux outils des professions manuelles, aux leçons de choses ; de plus ils chantent, font de la musique, du sport, de la marche, partent deux mois à la mer à Mers-les-Bains dès 1883… Les aînés, garçons et filles, sont institués tuteurs de leurs cadets. Le directeur est Paul Robin, un ancien pacifiste de la Ie internationale de tendance anarchiste ; cet ancien professeur de sciences issu de l’ENS, en congé depuis 1865, que Buisson a rencontré en Suisse dix ans plus tôt, conçoit une « Education intégrale » qu’il applique à Cempuis.

En 1894, une violente campagne de presse se déchaîne dans « La Croix », l’organe de la congrégation des Assomptionnistes du Père d’Alzon6, contre cette « école sans Dieu », cet «  internat du diable », et Robin doit démissionner.  « Ce matin Robin quitte la Porcherie7 … Ceux qui connaissent Buisson, Buisson le directeur de l’enseignement primaire, le patron de Robin (et) qui a dit : « Cempuis c’est moi ! »…Ce qui importait au pays c’est que ce système (l’éducation intégrale de Robin) fût amendé…. Pour cela il aurait fallu que la cause initiale disparût : cette cause c’est Buisson lui-même, le franc maçon qui reste plus puissant que jamais et qui essaie d’acclimater le système d’éducation de Cempuis dans quelques écoles parisiennes. Le Gouvernement ne va-t-il pas révoquer Buisson ? » (« La Croix »  du 10 Octobre 1894, p. 2). Mais l’orphelinat Prévost8 de Cempuis fonctionnait encore sur ces bases dans les années 1960. Et c’était un plaisir d’entendre les anciennes et les anciens des années 1960 évoquer l’efficacité chaleureuse de cette pédagogie lors du colloque « Ferdinand Buisson » organisé par la Ligue de l’Enseignement, Fédération de l’Oise, à Grandvilliers en 2002, sous la direction scientifique de Laurence Loëffel 9. Les différents spécialistes cités dans le premier paragraphe sont intervenus et l’ensemble donne une bonne approche de Buisson.

II) Buisson, c’est aussi la Ligue des Droits de l’Homme dont il est membre fondateur et qu’il présidera de 1913 à 1926. Comme Jaurès, il n’a pas été immédiatement convaincu de l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus et il a fallu qu’il rencontre son frère Mathieu Dreyfus pour changer d’avis. La signification politique de l’Affaire est claire : une souveraineté désacralisée a des comptes à rendre à la loi et au droit et son premier office est de protéger les citoyens. Pendant la Première Guerre mondiale et immédiatement après, Buisson n’aura de cesse, en tant que président de la Ligue, de lutter pour obtenir que les veuves et les orphelins d’une partie des fusillés, ceux qui l’ont été arbitrairement « pour l’exemple », soient rétablis dans leurs droits10.

III) Buisson avait présidé aussi la Ligue de l’Enseignement dont l’objectif initial, à sa création par Jean Macé en 1866, était l’institution d’une école publique et laïque gratuite ; ce premier résultat ayant été atteint entre 1881 et 1886 en partie grâce à Buisson, c’est lui qui contribuera à faire évoluer la Ligue de l’Enseignement vers le mouvement exemplaire d’éducation populaire autour de l’école publique qu’on connaît encore aujourd’hui.

IV) Un autre trait, c’est aussi, en 1911, la proposition de Ferdinand Buisson, député de la ville de Paris, d’ajouter au code électoral après « les Français » la mention « des deux sexes », ce qui aurait eu pour effet d’accorder aux femmes un droit de vote aux élections, locales dans un premier temps, qu’elles n’obtiendront finalement qu’en 1944. Buisson fournit là aussi un énorme travail pour la diffusion internationale de l’idée du suffrage des femmes et l’avancée de cette idée dans les lois électorales de chaque État.

V) Dernier point à souligner, son engagement très intense dès 1919 pour rétablir des liens fraternels entre enseignants français et allemands par l’intermédiaire de leurs syndicats ce qui, avec le reste de son action et de ses engagements, lui vaudra l’attribution en 1927 du Prix Nobel de la Paix partagé symboliquement cet année là avec l’allemand Ludwig Quidde11.

La transmission du savoir, du protestantisme libéral à la République laïque

Buisson apparaît malheureusement souvent aujourd’hui comme le prototype de ces républicains de la troisième République, un radical portant barbiche et binocles, pour nous un peu dépassé, apparemment fort éloigné de nos préoccupations. Aujourd’hui encore les libres penseurs continuent de le revendiquer à raison pour un des leurs. Mais attention ! Si l’on veut bien comprendre la complexité de ses analyses et de ses réflexions, leur pertinence et leur profondeur, il est indispensable d’expliquer tout de suite ce que lui entend par « libre-penseur » en citant une phrase de la préface de sa thèse sur Sébastien Castellion 12: « Castellion ce pieux et libre penseur, cet apôtre de la tolérance ». Et plus loin : « La raison dernière et la seule solide de la liberté religieuse, c’est la conviction qu’il existe deux domaines distincts, celui de la science et celui de la conscience. » Il rédige d’ailleurs avec Charles Wagner un ouvrage où il explique la logique qui unit selon lui le libre examen des réformés à la libre-pensée. Cet ouvrage situe bien Buisson vers 1900, contraint d’expliquer à ses amis protestants libéraux pourquoi il se dit libre-penseur dans la tradition exigeante du libre examen, et à ses amis libres-penseurs en quoi « réduire la libre pensée à une profession sectaire d’athéisme »  risquerait de les rendre « ni libres, ni penseurs »13.

Le choix d’écrire une thèse sur Sébastien Castellion, ce réformé qui évite Genève pour échapper à la férule de Calvin, et de compléter cette thèse en français par une thèse en latin intitulée « De libertate Dei », indique assez de quelle position religieuse et spirituelle est parti Ferdinand Buisson. Pour bien saisir les enjeux, rappelons qui est Castellion pour Calvin : celui qui « dit qu’il ne faut pas punir les hérétiques pour ce que chacun amène telle exposition que bon lui semble sur l’Ecriture, et que la vérité est comme cachée dedans nuées obscures.  Ainsi ce bon théologien aime mieux effacer la foi du cœur des hommes que souffrir qu’on punisse ceux qui la renversent.» Sébastien Castellion ferait donc partie, toujours selon Calvin, de ces gens « tous moqueurs de Dieu et débordés en impiété et pareillement tous mutins débattant que les Princes et Magistrats ne doivent pas maintenir par glaive la vraie religion… »14

En faisant des réformés les précurseurs des républicains, Michelet et Quinet par exemple avaient tendance à les présenter indistinctement sous un jour « éclairé » sinon tolérant. Buisson est de ceux qui contraignent à nuancer cette présentation. Pour lui, Calvin est d’abord le responsable ecclésial sinon clérical d’une confession à définir et préciser face aux erreurs de la tradition papiste, confession à faire connaître par le prêche et à défendre, au besoin par la force des institutions civiles fonctionnant comme bras séculier, comme le prouvent la condamnation et la mort de Servet à Genève. Les protestants libéraux sinon libérés par rapport à toute cléricature, dont Castellion représenterait pour Buisson comme un ancêtre ou un modèle, entendent les choses tout autrement.

Si l’on considère que Buisson reprend sa thèse au milieu de sa vie dans les années 1890, la soutient et la publie en 1893 ; puis qu’en 1896, après avoir quitté son poste de directeur au ministère, il succède à la Sorbonne à Henri Marion15 dans une chaire de Sciences de l’Education, qu’à la même époque Félix Pécaut choisi par lui dirige l’Ecole normale supérieure de Fontenay qui prépare les directrices et les professeures des nouvelles écoles normales départementales de jeunes filles, les futures institutrices, il faut bien envisager à travers Buisson et Pécaut en particulier, l’articulation étroite entre protestantisme libéral, savoirs, pédagogie, République et laïcité.

Pour mieux réfléchir à l’ensemble de cette articulation, je me permets d’avancer une opposition que Buisson ne formule peut-être pas en toutes lettres sous cette forme mais que j’estime néanmoins centrale, celle qui existe depuis longtemps entre le peuple « enseigné » et le peuple «  instruit », ou plus exactement «le peuple  qui s’instruit » et qui, par l’instruction, devient capable de prendre ses distances par rapport à ses assujettissements.

Dans l’Église grégorienne du XIIe siècle, le peuple, le « laos »,  composé des « laici », « laikoi », ne sait pas ; il est enseigné par les « clerici », « klerikoi », ceux qui savent, dont la connaissance du dogme religieux, de son élaboration à sa transmission est la fonction essentielle ; ce qui, au passage, marquait aussi un approfondissement de la tradition chrétienne, pour laquelle la réflexion et l’élaboration théologique devenaient plus importantes et supposaient un long travail de méditation et de formation. Cette position sera encore, en allant très vite, la position de l’Église catholique de la Contre-Réforme qui continuera d’interdire le libre accès des fidèles à la bible. Mais au XVIe siècle, l’une des revendications de certains partisans de la Réforme est précisément le partage du savoir, l’engagement personnel du croyant dans la recherche, la libre interprétation du texte de la bible, désormais et traduit en langue vernaculaire, par Luther pour l’allemand ou par Castellion pour le français par exemple, et rendu accessible par l’imprimerie.

C’est bien sûr une vision très particulière de la Réforme, une vision radicalement anticléricale en ce qu’elle récuse définitivement toute légitimité d’un écart substantiel ou ontologique entre ceux qui savent et ceux qui apprennent. La conséquence est triple : religieuse, politique et pédagogique.

Du point de vue religieux, la cléricature est désormais impossible, à moins qu’elle ne devienne universelle et ne concerne toutes et tous les membres du peuple chrétien ; le dogme est moins important que la responsabilité de chaque croyant. A partir de là, le point où en est arrivé Buisson lui permet-il de se dire encore chrétien ? Lui au moins ne paraît pas en avoir douté.

Du point de vue politique, le commun ne peut être religieux, et cela définitivement, si l’on veut inclure dans le laos toutes et tous indistinctement. C’est une manière de tirer une leçon de la Saint-Barthélemy de 1572 et d’éviter que des faits semblables puissent jamais se reproduire : jusqu’à 1561, l’unité du royaume était assurée par la croyance religieuse commune unique du monarque et de ses sujets, par le caractère sacré du « lieutenant de Dieu sur la terre », « oint du Seigneur » lors de la cérémonie quasi sacramentelle du sacre et par le fait que le monarque se faisait l’exécuteur de la loi de Dieu ; en effet les représentants de la justice rendue en son nom exécutaient, comme bras séculier, les sentences de la justice ecclésiastique16. La faute contre la loi du royaume était d’abord un péché contre la loi divine. Et l’Eglise, chargée par ailleurs de fonctions sociales essentielles comme l’enseignement, le secours et l’assistance et disposant de biens pour assurer ces fonctions, était comme le garant de l’ordre politique que le sacre légitimait. Même si le gallicanisme, la méfiance vis-à-vis de la papauté puissance séculière, ou la présence de légistes non canonistes autour du monarque depuis Philippe le Bel en particulier, conduisent à nuancer cette présentation simplifiée.

La Réforme divisait le christianisme et divisait donc le royaume qui devra désormais fonder son unité sur un autre élément, la Nation par exemple en 1789, mais à coup sûr pas la religion, plus jamais. Désormais, religion et politique sont deux ordres autonomes et irréductibles l’un à l’autre, à moins qu’on tente de les manipuler ou de les instrumentaliser en opérant ce que Buisson dénomme une « confusion », indue selon lui. Au passage on s’engage ici sur une réflexion du politique qui doit plus, me semble-t-il, à La Boëtie, Bodin, Hobbes et Spinoza, Bayle, voire Montesquieu et Rousseau, bref à ce qu’on appellera « les Lumières », qu’à Luther ou Calvin. La conviction que les civilisations sortent peu à peu de l’âge religieux sinon théologique est très répandue au XIXe siècle, dans la ligne non religieuse de «  l’Esquisse » de Condorcet17 et du positivisme d’Auguste Comte ; manifestement Buisson la fait sienne et entre ainsi dans une approche de la religion qui ne doit plus tout à celle du protestantisme libéral.

Du point de vue pédagogique, non seulement le savoir est indispensable à chacune, chacun pour qu’il puisse opiner, s’exprimer et agir comme homme ou comme femme, comme citoyenne ou comme citoyen, ainsi que le précisait Condorcet dans ses « Mémoires sur l’Instruction publique » que Buisson reprend et commente. Mais l’important est la mise en marche du processus qui va permettre à chaque élève avec ses ressources et sa personnalité d’apprendre, de construire ses connaissances en se construisant lui même. On est beaucoup plus près non seulement de Rabelais, Montaigne ou Fénelon mais plus encore de l’oratorien Bernard Lamy, de Rousseau qui se réclame de lui, de Pestalozzi, Fröbel et même Jacotot18 que des discours sur le savoir qu’on transmet parce que le maître sait ce que les élèves ne savent pas. « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même » fait dire le Narrateur de la « Recherche du Temps perdu » au peintre Elstir.

Manifestement, pour Buisson l’opération est compliquée ; il est nettement du côté de « l’éloge des pédagogues »19, ceux qui sont capables de placer les élèves dans une situation telle que ceux-ci ne peuvent que s’engager entièrement et avec confiance dans leur travail d’apprentissage. Ces pédagogues sont pour lui le contraire exact de « démagogues ». Le seul savoir qui compte est celui que les élèves sont parvenus, pour grandir et s’émanciper, à s’approprier sans le déformer ni le réduire. Au contraire, dans une vision non laïque sinon cléricale, la vérité du savoir existe indépendamment de ceux qui savent : c’est l’objet précisément de la cléricature, transmettre en la préservant une vérité qui vient d’ailleurs. Un enseignement laïque déplace nécessairement le statut du savoir et celui de la vérité. »

Alain Bondeelle, membre de l’A. R. E. L. C., de la Ligue de l’Enseignement et de la Ligue des Droits de l’Homme.

1 Voir la bibliographie en annexe.

2 Cité désormais « D. P. »

3 A lire absolument, en prenant garde au fait que les deux éditions, la première en 1882-93 et la seconde en 1911, diffèrent sensiblement tant par la liste des collaborateurs que par les contenus de certains articles. Voir à ce sujet Patrick Dubois, « Le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson, répertoire biographique des auteurs », INRP, Service d’histoire de l’éducation, 2002.

4 La présentation analytique et la comparaison des différents systèmes constituent une des multiples richesses du D. P.

5 Près du village de Thieuloy-Saint-Antoine où sa mère est née et s’est convertie au protestantisme, où il garde toute sa vie une maison et où il est enterré ; son père était aussi un protestant, magistrat de profession.

6 Qu’on peut retrouver aussi sur Gallica/BNF.

7 Surnom délicat donné à l’orphelinat par la rédaction de « La Croix ».

8 Du nom du donateur qui a permis la construction de l’Orphelinat.

9 Les actes de ce colloque ont été édités au C.N.D.P. Sevpen, Académie d’Amiens, en 2003.

10 Au colloque de Grandvilliers, ce point a fait l’objet d’une Communication orale de Madeleine Rebérioux, historienne de la République Radicale et alors présidente de la L.D.H. Cette communication n’a pas été transcrite dans le volume des Actes.

11 Ludwig Quidde, journaliste puis parlementaire allemand né à Brême en 1858, fut fortement engagé très tôt contre le militarisme et l’antisémitisme et dans la lutte pour le désarmement et pour la paix, (O. Stenersen, I. Libaek, A. Sveen, « The Nobel Peace prize, one hundred years for peace, Laureates 1901-2000 », Oslo 2001, p. 102-103).

12 Ferdinand Buisson, « Sébastien Castellion, sa vie et son œuvre (1525-1563), étude sur les origines du protestantisme libéral français », Tomes I & II, Paris, Hachette, 1892.

13 Ferdinand Buisson et Charles Wagner : « La libre pensée et le protestantisme libéral », Paris, Fischbacher, 1903.

14Jean Calvin, « Déclaration pour maintenir la vraie foi », Genève, 1553, Œuvres, Gallimard Pléiade, 2009, p. 902-903.

15 Henri Marion (1846-1896) fut l’un des collaborateurs du D. P. et l’un des maîtres d’œuvre des programmes d’instruction morale et de psychologie appliquée à l’éducation pour les écoles normales. Il a été le premier titulaire d’une chaire de « Cours complémentaire sur la science de l’Éducation » à la Sorbonne. Voir Patrick Dubois, ouvrage cité à la note 3.

16 Le chevalier de la Barre, accusé de sacrilège au XVIIIe siècle encore, d’abord poursuivi par la justice ecclésiastique de l’évêché d’Amiens, est jugé, condamné et exécuté par le Parlement de Paris. L’évêque d’Amiens pris d’un remords car il se rend compte d’une possible machination convainc ses collègues de l’assemblée du clergé qu’il faut au moins prendre du temps et ils rédigent ensemble une adresse pour surseoir, mais la machine judiciaire est engagée, rien ne peut l’arrêter et elle ira jusqu’au bout de l’infamie en exécutant La Barre de manière cruelle. L’intrication et l’imbrication du théologique et du politique et le rôle institutionnel du clergé demeuraient très importants dans la France du 18e siècle, comme le rôle de bras séculier de la justice royale.

17 Condorcet, « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain » Ouvrage posthume, 1e édition : Paris, Agasse, 1794.

18 Voir les longues notices qui leur sont consacrées dans le D.P.

19 Référence anachronique mais voulue à l’ouvrage d’Antoine Prost, « Eloge des pédagogues », Paris, Seuil, 1985, qui répliquait à l’ouvrage de Jean Claude Milner, « De l’école », Paris, Seuil, 1984.

 

« L’enseignement du mépris » … il est des titres qui sont plus et moins qu’un livre : une formule qu’on retient, une lecture qu’on ne fait pas …N’en est-il pas ainsi de cet « Enseignement du mépris » qu’un an avant sa mort, Jules Isaac écrivait en 1962 et qui ponctue si fortement le long chemin du rapprochement entre juifs et chrétiens ? Ce moment essentiel, ce livre important méritent qu’on s’y arrête.

ISAAC Jules L’enseignement du mépris suivi de L’antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ? 195p.+ 75p. Paris Bernard Grasset 2004 rééditions de 1962 et 1960

I- LE LIVRE. « Mieux vaudrait, me dit-on, faire œuvre positive : au lieu d’incriminer l’enseignement du mépris, instaurons l’enseignement de l’estime. Mais l’un ne va pas sans l’autre … On ne bâtit pas la vérité sur l’erreur … Une œuvre de purification … nous ne nous lasserons jamais de (la) proposer à tous les cœurs chrétiens » (p.7-8)

Le livre est écrit en 1962 mais il prolonge et en quelque sorte conclut une œuvre commencée pendant la deuxième guerre mondiale. Avec clarté, rigueur et simplicité, l’auteur affirme le poids immense de la tradition de l’antisémitisme dans la chrétienté et, en même temps, à quel point cette tradition ne se fonde sur aucune réalité textuelle ou historique. Et puisque le mépris du monde juif existe chez les chrétiens, les arguments employés par ceux-ci doivent être analysés d’abord pour être mieux critiqués ensuite puis détruits.

Pour Isaac, c’est en se fondant sur trois affirmations que se construit l’antisémitisme chrétien.

  1. La diaspora, la dispersion d’Israël, date des années 70 après Jésus-Christ ; elle est consécutive à la prise de Jérusalem par Titus et à la ruine du Temple. Elle est le châtiment divin de la crucifixion de Jésus dont les juifs sont la cause.
  1. Le judaïsme du temps de Jésus-Christ est une religion dégénérée, enfoncée dans « un légalisme sans âme ». Ainsi, un professeur au grand séminaire de Lyon parle-t-il en 1934 « d’un formalisme étroit et minutieux jusqu’au ridicule  (et des pharisiens qui) joignaient l’orgueil et l’hypocrisie la plus raffinée » (p.70).
  1. Le peuple juif est déicide . « Ce sont les juifs et les juifs seuls(qui) conçurent le déicide » écrit Giovani Papini en 1934 et encore en 1958, dans une Histoire du droit et des institutions de l’Eglise en Occident, l’auteur, Jean Gaudemet, explique l’opposition chrétienne par « l’hostilité à la race qui fit périr le Christ » (cités p.104).

Or, ces trois accusations, Jules Isaac les ruine dans une argumentation serrée.

La diaspora du peuple juif est bien une réalité mais elle se déroule dans un mouvement de longue durée qui se développe à partir des conquêtes d ‘Alexandre et va bien au-delà de l’époque du Christ (révoltes en 132-135 mais encore aux 4ème et 6ème siècles contre les empereurs Constance et Justinien). Elle n’est en rien liée à la condamnation et à la mort du Christ.

La dégénérescence du peuple juif au temps de Jésus-Christ …Peut-on en parler quand on connaît la vitalité de la littérature canonique et extra-canonique (Daniel, Maccabées, livre d’Henoch … ) des deux derniers siècles avant Jésus-Christ et toute la richesse qu’apportent les découvertes (récentes à ce moment) des manuscrits de la Mer Morte? Quand on voit la multiplication, à l’époque, de ces maisons d’étude, de prière et de réunion que sont les synagogues ? Quand on sait enfin la vigueur des résistances à l’occupant romain ?

Le peuple déicide … La formule, lapidaire, est la plus « terrifiante accusation (mais aussi la plus) flétrissante et absurde » (p.102). La mise en croix de Jésus ne peut s’appeler déicide que si la majorité des juifs voyait dans celui-ci non pas le Messie-Roi mais le Dieu incarné, ce qui n’est nullement le cas. Elle suppose aussi une liberté de décision et d’action des juifs de Jérusalem vis-à-vis de l’occupant romain bien éloignée de la lourde tutelle qu’il fait peser sur eux.

Et pourtant, ce mépris existe. Mais ses sources ne sont nullement dans la doctrine chrétienne elle-même. Elles se trouvent dans « une tradition séculaire sans doute et par là même puissante, agissante, malfaisante, mais sans caractère « normatif » du point de vue de la foi, – une tradition trouble en ses origines, mal définie en son essence, diverse en ses interprétations … plus encore une routine qu’une tradition … faite des plus détestables habitudes d’esprit, de cœur et de langage » (p.25).Et Jules Isaac de citer son ami Charles Péguy : « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme perverse, c’est d’avoir une âme habituée » …

L’antagonisme entre juifs et chrétien naît dans le troisième tiers du 1er siècle après Jésus-Christ, quand le christianisme qui est issu du judaïsme et s ‘est développé d’abord en lui, en sort pour s’orienter vers la « gentilité » – le monde païen – et s’affranchit alors de la loi mosaïque, la Torah. Au fil des siècles, pour l’apostolat chrétien dans ces terres païennes, le refus des juifs de reconnaître en Jésus le Christ ou Messie et Fils de Dieu est un obstacle qui ne peut se surmonter qu’en jetant un lourd discrédit sur eux.

L’enquête, menée sur un plan strictement historique – nous n’en avons pas rapporté ici le déroulement minutieux – ne porte nullement atteinte à la foi chrétienne. C’est seulement « la tradition mythique néfaste du peuple déicide qui porte atteinte à la vérité, à la justice, à la dignité d’Israël » (p.131). Et il en sort bien « un enseignement du mépris ».

II L’HOMME.

Or, qui écrit ces lignes ? qui mène ce combat dans les années quarante, cinquante et soixante ? … C’est Jules Isaac, celui des fameux « Malet-Isaac » avec lesquels des générations d’élèves ont étudié l’histoire pendant leur scolarité secondaire.

Né en 1877 à Rennes, d’une famille juive alsacienne ayant opté pour la France en 1871, Jules Isaac vit dans un milieu – le père est militaire, le grand-père s’est battu à Waterloo _ où l’amour de la patrie et de la république a supplanté les valeurs religieuses. A 13 ans, il perd ses parents à quelques mois d’intervalle et devient interne au lycée Lakanal de Sceaux. Les études, brillantes, le mènent à l’agrégation d’histoire qu’il passe en 1902. Mais nous sommes dans l’affaire Dreyfus, Isaac rencontre le jeune Péguy, son aîné de quatre ans, tous deux s’engagent dans le combat pour la justice et la vérité.

Puis c’est une vie de professeur, mêlée de militantisme. Ernest Lavisse (1842-1922) a repéré deux bons professeurs pour publier chez Hachette des manuels d’histoire destinés à l’enseignement secondaire. Albert Malet, né en 1864, catholique, républicain, patriote commence la collection. Mais, volontaire pour partir à la guerre malgré son âge, il disparaît en 1915 dans l’offensive d’Artois. Jules Isaac, qui a vécu trente-trois mois dans les tranchées et a été blessé, va donc assurer une grande partie du travail d’édition. Mais la maison Hachette hésite à appeler « Isaac » une collection visant aussi les écoles chrétiennes … ce sera donc « le Malet-Isaac ».

Jusqu’à la guerre, Jules Isaac poursuit sa carrière. Il est membre de la Ligue des Droits de l’Homme puis du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, créé en 1934. En 1936, il est nommé inspecteur général de l’instruction publique et en 1939 prend la présidence du jury de l’agrégation d’histoire..

Puis la catastrophe, les catastrophes s’abattent. La loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs stipule, article 2 : «  L’accès aux fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont interdits aux juifs … 4. les membres du corps enseignant ». Jules Isaac est révoqué. Le 7 octobre 1943, sa femme et son deuxième enfant sont arrêtés (ils seront exterminés à Auschwitz), lui-même échappant de justesse à l’arrestation. Son fils aîné, arrêté lui aussi, réussira à s ‘enfuir d’un camp en Allemagne, entrera dans la Résistance et passera en Espagne

Pendant ces années d’épreuves, Jules Isaac, qui jusqu’ici se savait juif mais n’avait reçu aucune formation religieuse et n’en éprouvait guère le besoin, évolue profondément. Certes, il reste « non-confessionnel », mais pour lui, la religion existe, elle doit briser les frontières théologiques et imposer une exigence de vérité. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne les juifs et les chrétiens.

C’est alors le long et double combat des vingt dernières années de sa vie : mener conjointement la mise en place d’une authentique amitié judéo-chrétienne et l’appuyer sur une étude approfondie des origines de l’antisémitisme chrétien. Dès 1940, il s’attelle à la tâche. « Jésus et Israël » paraît en 1948 mais sa rédaction a commencé huit années plus tôt. En 1956, c’est « La genèse de l’antisémitisme » et en 1962, cet « Enseignement du mépris » où le grand professeur reprend, avec clarté et simplicité, le fruit des précédentes années de travail.

III SON COMBAT .

Il ne cesse de le redire. Le mal le plus profond est dans l’antisémitisme chrétien et c’est par la construction d’une amitié judéo-chrétienne qu’on pourra, sereinement, l’analyser d’abord pour l’extirper ensuite.

En 1947, avec Edmond Fleg, agrégé d’allemand, issu lui aussi d’une famille juive alsacienne mais installée à Genève en 1871, le projet d’une association s’élabore. En 1948, l’équipe se constitue : on y trouve H.I.Marrou et le R.P.Daniélou, le grand rabbin Kaplan et Jacques Madaule et, évidemment, Jules Isaac et Edmond Fleg. Ces « Amitiés judéo-chrétiennes » ont un objectif : « faire en sorte qu’entre judaïsme et christianisme, la connaissance, la compréhension, le respect, l’amitié se substituent aux malentendus séculaires et aux traditions d’hostilité. Elle œuvre non seulement pour que soit éradiqué l’antijudaïsme ancestral mais aussi pour que juifs et chrétiens aident par une présence civique et spirituelle, la société moderne à s’orienter ».

En fait, on retrouve là l’esprit des dix points de Seelisberg élaborés l’année précédente. En août 1947 en effet, à Seelisberg (Suisse) se tient un congrès international extraordinaire de chrétiens et de juifs dont l’objectif est de combattre l’antisémitisme et ses effroyables effets « par des institutions éducatives, politiques, religieuses et sociales ».Une des commissions a pour objet d’envisager « les tâches de l ‘Eglise dans sa lutte contre l’antisémitisme » et partant des dix-huit points proposés par Jules Isaac dans son « Jésus et Israël », elle adresse aux églises chrétiennes un message qui commence par ces mots : « Nous venons d’assister à une explosion d’antisémitisme qui a conduit à la persécution et à l’extermination de millions de juifs vivant au milieu des chrétiens … Nous nous adressons donc aux églises pour attirer leur attention … nous avons le ferme espoir qu’elles auront à cœur d’indiquer à leurs fidèles comment exclure toute animosité à l’égard des juifs que pourraient faire naître des représentations fausses, inexactes ou équivoques dans l’enseignement et la prédication de la doctrine chrétienne ». Suivent les « dix points de Seelisberg » (voir annexe). 

Le combat que Jules Isaac mène dans les vingt dernières années de sa vie contre l’enseignement du mépris porte ses fruits. Le 13 juin 1960 il est reçu en audience privée par le pape Jean XXIII. Il meurt en 1963, trop tôt pour avoir connaissance de cette formule de la déclaration Nostra Aetate élaborée en octobre 1965 lors du Concile Vatican II : « Scrutant le mystère de l’Eglise, le concile rappelle le lien qui unit spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham ». Mais son message est passé … passé dans les textes sûrement, passé dans les faits … voire, et c’est ce à quoi s’attelle « son enfant », les Amitiés judéo-chrétiennes. Le grand professeur le sait bien qui, avec une banalité lourde, rappelait tout simplement dans une conférence prononcée à la Sorbonne le 15 décembre 1959 : « Un programme, c’est bien ; son application, c’est mieux ! ».

Jean CARPENTIER

ANNEXE

LES DIX POINTS DE SEELISBERG (août 1947)

  1. Rappeler que c’est le même Dieu vivant qui nous parle à tous dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.
  1. Rappeler que Jésus est né d’une mère juive de la race de David et du peuple d’Israël et que son amour éternel et son pardon embrassent son propre peuple et le monde entier.
  1. Rappeler que les premiers disciples et les premiers martyrs étaient juifs.
  1. Rappeler que le précepte fondamental du christianisme, celui de l’amour de Dieu et du prochain, promulgué déjà dans l’Ancien Testament et confirmé par Jésus, oblige chrétiens et juifs dans toutes les relations humaines sans aucune exception.
  1. Éviter de rabaisser le judaïsme biblique ou post-biblique dans le but d’exalter le christianisme.
  1. Éviter d’user du mot « juifs » au sens exclusif de « ennemis de Jésus » ou de la locution « ennemis de Jésus » pour désigner le peuple juif tout entier.
  1. Éviter de présenter la Passion de telle manière que l’odieux de la mise à mort de Jésus retombe sur tous les juifs ou sur les juifs seuls. En effet, ce ne sont pas tous les juifs qui ont réclamé la mort de Jésus. Ce ne sont pas les juifs seuls qui en sont responsables, car la Croix qui nous sauve tous révèle que c’est à cause de nos péché que le Christ est mort.
  1. Éviter de rapporter les malédictions scripturaires et le cri d’une foule excitée : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » sans rappeler que ce cri ne saurait prévaloir contre la prière infiniment plus puissante de Jésus : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ».
  1. Eviter d’accréditer l’opinion impie que le peuple juif est réprouvé, maudit, réservé pour une destinée de souffrances.
  1. Eviter de parler des juifs comme s’ils n’avaient pas été les premiers à être de l’Église.

Les dix points se prolongent par cette suggestion (à laquelle l’Arelc ne peut que souscrire !) : « introduire ou développer, dans l’enseignement, scolaire et extrascolaire à tous les degrés, une étude plus objective et plus approfondie de l’histoire biblique et post-biblique du peuple juif … ».