1-  La paix est-elle possible en Palestine ? par Jean-Henri CALMON (conférence)     


2- Portraits de Pechkoff (1884-1966) par Francis HURE
    

 
3- Les défis de la bioéthique par Alain Claeys (conférence)
    


4- Le courage du bon sens pour construire l’avenir autrement par Michel GODET
    

 5- Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? par Bernard Pénisson (conférence)    

6-Ces Messieurs de Saint Savin par Frédéric DEBIAIS 

7- La volonté de puissance par  J-Y MEZERETTE 

8- Histoire du café par Jean-Pierre CLEMENT 

9- Eloge de l’individualité par Ph.SOUAl 

10- La Chine pâr J.-P. RAFFARIN et Cl. CHANCEL 

Les défis de la bioéthique Alain Claeys

Synthèse de la présentation donnée le 6 novembre 2009 par Alain Claeys, député-maire de Poitiers, Président de la commission parlementaire en charge du projet de loi prévu pour 2010. Résumé par Stéphanie Avril

 À la veille d’une révision de son cadre législatif, Alain Claeys a tracé un portrait des principes et nouveaux enjeux relatifs à la recherche sur le vivant et à ses applications. 

Apparue en 1947, lors du procès de Nuremberg, la bioéthique renvoie à la protection de l’être humain dans sa dignité et son identité. Depuis 1994, la loi relative au don et à l’utilisation des éléments du corps humain a posé les premiers jalons du droit actuel parmi lesquels figure le principe d’indisponibilité du corps humain, visant à interdire la vente d’organes. C’est en 2004, lors de la première révision de la loi sur le don médical et l’assistance à la procréation, que le terme de bioéthique apparaît pour la première fois en droit français. Dans son acceptation prescriptive, la bioéthique se décline selon trois principes fondamentaux : le droit du chercheur en biologie et en médecine, le droit du patient à disposer librement de son corps, et le droit du corps humain, dont l’intérêt doit prévaloir sur celui de la société et de la science.  

La recherche cellulaire 


La connaissance des cellules, et plus particulièrement celles touchées par les mécanismes de la dégénérescence, constitue un enjeu scientifique majeur. Qu’elle concerne les cellules souches adultes, embryonnaires et aujourd’hui, celles passant du stade adulte au stade embryonnaire, les cellules souches pluripotentes induites (iPS), il convient mieux de parler de recherche médicale plutôt que de recherche fondamentale. L’objectif de cette médecine réparatrice émergente consiste à remplacer des cellules malades, détruites après traitement, par ces nouvelles cellules aux potentialités plus grandes. Autorisé depuis 2002 à partir de cellules surnuméraires, ce domaine de recherche s’opère en France sous le contrôle de l’Agence de Biomédecine, dont le rôle consiste à maintenir ses applications dans un cadre strictement thérapeutique.

  

La procréation médicalement assistée

 


A l’heure actuelle, le recours à la transplantation d’un embryon n’est admis que pour des raisons médicales liées à l’infertilité et uniquement au sein d’un couple hétérosexuel. La procréation médicalement assistée, et en particulier la gestation pour autrui (GPA) fait débat en France tandis qu’elle s’observe déjà dans certains pays frontaliers et au-delà. L’apparition de cette nouvelle pratique place la filiation dans un rapport contractuel et engendre une marchandisation du corps de la femme. D’autre part, le statut de l’embryon puis du nouveau-né est remis en question. À cette instrumentalisation du progrès scientifique, la bioéthique préfère l’adoption, une alternative dont il faut rapidement repenser le processus.

  

Le code génétique

 


Grâce à l’informatique, une révolution biotechnologique est en marche. Ainsi, la recherche sur le génome humain, la thérapie génétique ou encore les neurosciences sont autant de nouveaux champs d’expérimentation. Parmi ses applications, la thérapie génétique permet à présent des diagnostics pré-implantatoires sur l’embryon. En France, trois centres (Clamart-Neker, Strasbourg et Montpellier) sont autorisés à formuler ces diagnostics qui nécessitent un encadrement strict, sous peine de dérives eugénistes. Toutefois, la mise à disposition sur Internet de tests génétiques dont l’objectif premier est marchand, menace le principe de respect de la dignité humaine. En 2006, ce problème a été examiné par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) au niveau des cellules souches et autres lignées cellulaires. En outre, l’encadrement des sentiers de la recherche sur le cerveau est sujet à controverse alors qu’elle sert déjà des fins juridiques outre-atlantique.

  

Écrire a priori une législation adaptée à la recherche publique et caractérisée par un attachement à la notion de gratuité du corps, tels sont les enjeux de la bioéthique ; son rôle devra être déterminant, au regard du basculement des valeurs du qualitatif vers le quantitatif engagé, depuis la prise de conscience du pouvoir démesuré que la science offre aujourd’hui à l’homme, sur son propre devenir.   

 

La paix est-elle possible en Palestine ?

Jean-Henri CALMON     

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 29 Janvier 2009, par Jean-Henri CALMON, Agrégé de l’Université, historien, politologue, président de la Commission d’information de la Centrale de Civaux.

Résumé  

JHC compare le territoire de la Palestine à ceux du Poitou-Charentes et de la Vienne. Il fait un rapide retour sur l’histoire. Les Juifs sont chassés de Palestine en 135 après JC, les Arabes y arrivent au début du Vile siècle. En 1880, la Palestine compte 500 000 Arabes et 35 000 Juifs. Il montre que la création d’un Foyer National Juif (1922) et d’Israël (1948) contrevenait au principe, édicté par la SDN et par l’ONU, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais les souffrances infligées à la communauté juive par les nazis justifiait, aux yeux de l’ONU, la création de l’État hébreu, programmé depuis le début du siècle [en 1948, il y a 1350 000 Arabes et 650 000 Juifs dans la Palestine historique]. Les États arabes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme une injustice, ce qui explique les guerres qui s’ensuivent. Celle des six jours (1967) a des conséquences incalculables : Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-est, le Golan, le Sinaï, sont occupés par Israël (Le Sinaï sera restitué à l’Égypte en 1982) et des colonies juives sont implantées sur ces territoires. Cette colonisation constitue un des problèmes majeurs à résoudre aujourd’hui avec les réfugiés (4 millions dans les pays voisins),les frontières, l’eau, Jérusalem.  

En 1988 Arafat annonce que les Palestiniens acceptent de créer un État conformément aux résolutions antérieures de l’ONU sur les 23 % du territoire qu’on veut bien leur concéder, c’est reconnaître, de facto, l’existence d’Israël. Les accords d’Oslo vont dans ce sens et donnent une date butoir pour y parvenir : 1999. Mais Israël fait tout pour retarder cette échéance :il se retire de Gaza, tout en maintenant l’isolement de ce territoire, isole par la construction d’un mur la Cisjordanie où la colonisation se poursuit et où les vexations et humiliations à l’endroit des Palestiniens se multiplient. Les tergiversations du gouvernement israélien à accepter la création de l’Etat palestinien ont permis au Hamas, mouvement extrémiste qui refuse de reconnaître l’Etat hébreu, de s’implanter en Palestine, et de s’opposer à l’Autorité palestinienne qui souhaitait l’exécution rapide des traités. En 2007, le Hamas prend le pouvoir à Gaza et en chasse les représentants du président palestinien, Mahmoud Abbas. Le Hamas souhaite faire de Gaza une vitrine de son savoir faire mais il faut, pour cela, qu’Israël mette fin au blocus du territoire. Il espère l’obtenir en suspendant les tirs de roquettes et d’obus de mortier sur son voisin et accepte, à cet effet, la trêve négociée par l’Egypte le 19 juin 2008. N’ayant pas obtenu satisfaction, il reprend ses tirs(qui n’avaient pas complètement cessé) avec les conséquences militaires dramatiques auxquelles nous assistons en ce moment même.  

Jh C montre qu’en dépit de la Feuille de route, de la conférence d’Annapolis, la communauté internationale, et d’abord les États – Unis, n’a pas eu le courage de forcer Israël à respecter ses engagements. L’Union européenne qui assure, à plus de 50%, l’aide matérielle au peuple palestinien, a manqué de fermeté à l’égard d’Israël. En revanche, il se félicite des propositions extrêmement novatrices faites en 2002, et renouvelées en 2007 par la Ligue arabe unanime, les 22 États, la composant étant disposés à reconnaître Israël. Il s’étonne du silence médiatique qui entoure cette résolution.  

En conclusion Jh C estime que Barack Obama sera, en matière de politique étrangère, jugé sur sa capacité à régler ce problème qui commande tous les autres au Moyen Orient et dont dépend la paix du monde. Il rappelle que le droit à l’existence, pour Israël, n’est bien sûr, pas négociable.  

PALESTINE : de quoi parle-t-on ? (comparaison territoriale + densité)
PALESTINE = ISRAËL + CISJORDANIE+ GAZA
un territoire légèrement supérieur en superficie à la région Poitou-Charentes (1500 km2 de plus)
ISRAËL = un territoire inférieur de 4740 km² à la région- d = 337
CISJORDANIE = territoire inférieur de plus de 1000 km2 à celui du département de la Vienne – d = 335.
GAZA f un territoire de 360 km2 soit 19 fois plus petit que le département de la Vienne. La densité la plus élevée du monde : 3601 !    

Clausewitz, un stratège pour le XXIe siècle ? Bernard Pénisson

Conférence donnée à l’Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier, le 17 novembre 2008, par Bernard Pénisson, agrégé et docteur en histoire, et auditeur de l’IHEDN.

Résumé  

Pourquoi s’intéresser encore à Cari von Clausewitz au XXIe siècle ? Critiqué par les uns comme responsable de la conduite des deux Guerres mondiales, encensé par les autres comme le plus grand théoricien de la guerre, Clausewitz reste-t-il toujours au cœur de la réflexion stratégique ?
Après une brève biographie de Clausewitz (1780-1832), qui s’est heurté à Napoléon en 1806 lors de la campagne d’Iéna, et en 1812 lors de celle de Russie, avant de devenir directeur de l’École de guerre de Berlin, le conférencier retrace les sources d’inspiration du général prussien, qui sont aussi bien Frédéric II et Scharnhorst que Kant et Montesquieu, puis il esquisse le plan et l’objectif du Traité De la guerre ( Vom Kriege).  

Vient alors l’étude fondamentale de la nature de la guerre, cette « étonnante trinité » qui met en relation permanente le peuple, l’armée et l’État. La guerre est aussi le domaine de la friction, du danger, de l’incertitude et du hasard. La guerre, qui est un instrument subordonné de la politique, aurait donc pour but l’anéantissement de l’ennemi, ce qui signifie surtout qu’il faut placer l’adversaire dans l’impossibilité de poursuivre le combat.  

Clausewitz, dont certains font un adepte de l’offensive à outrance, accorde dans son Traité le primat à la défense active, formée de contre-offensives menées contre un ennemi qui vient d’atteindre « le point culminant » de son attaque. Il est aussi un brillant théoricien de la guerre populaire au point d’influencer Mao Zedong. Il a également inspiré les stratèges de la dissuasion nucléaire par son analyse pénétrante de la montée aux extrêmes et sa référence sous-jacente à la notion de guerre absolue. Le premier extrême est constitué par une violence réciproque qui peut devenir sans limites ; le deuxième extrême, c’est la lutte réciproque jusqu’à l’anéantissement de l’adversaire ; le troisième extrême est représenté par l’escalade réciproque des moyens et des volontés. La guerre absolue, qu’il ne faut pas confondre avec la guerre totale, est un concept philosophique qui sert de point de repère à celui qui veut comprendre la guerre.  

Un grand débat agite enfin les commentateurs français de Clausewitz : la guerre absolue, concept d’analyse théorique, peut-elle devenir réelle ? Raymond Aron, l’optimiste répond par la négative ; pour lui, la logique de la politique doit toujours prédominer sur la grammaire de la guerre. Emmanuel Terray, le réaliste, estime que la guerre absolue est possible en échappant au contrôle du pouvoir politique. René Girard, le pessimiste, croit à son inévitabilité, dans la mesure où « la montée aux extrêmes s’impose comme l’unique loi de l’histoire. »  

Le conférencier termine son exposé en citant Jean Guitton : « Si la métaphysique est la part la plus haute de la pensée, c’est la stratégie qui lui correspond dans le domaine de l’agir. » La pensée et la guerre.